Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Jean C. Baudet

Articles récents

La pensee de Jean Baudet

14 Mai 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Biographie

Je voudrais résumer ma pensée de la manière la plus simple, la plus « claire et distincte » possible. Et d’abord, je dois insister sur ceci. Ma pensée est rigoureusement métaphysique et non politique. Je m’occupe de l’Être, du Temps, de l’Esprit, de l’Absolu, du Moi, et je ne me soucie nullement des imprécations d’un Mélenchon ou des vociférations d’un Macron. D’ailleurs, je me suis rarement exprimé, dans mes écrits ou mes conférences, à propos des questions éthiques et d’organisation sociale. Que peuvent me faire l’avenir de l’Humanité ou le sort de la Planète, quand je sais que je souffre, et que je souffrirai de plus en plus ? Car la métaphysique, c’est la prise de conscience des douleurs par le métaphysicien.

J’ai commencé par analyser le problème (ou le mystère ?) de la connaissance, question préjudicielle sur laquelle se fonde la recherche métaphysique : comment connaître les déterminations de l’Être et du Temps, si l’on ne sait pas s’il est seulement possible de connaître ? J’ai donc, baptisant ma démarche « éditologie », débuté – il y a plusieurs dizaines d’années – par des introspections cognitives, par des recherches du côté de l’informatique (l’intelligence « artificielle ») et des neurosciences (les réseaux de neurones), et surtout par l’étude critique de l’évolution historique des systèmes de pensée. Je retrouve la référence d’un article publié par moi en 1990 : « Intelligence artificielle = épistémologie appliquée », Ingénieur et Industrie 15 : 15-16.

Mon étude méthodique des systèmes de pensée a commencé au temps de ma revue Technologia, que j’ai fondée en avril 1978. Il faudra attendre 2002 pour que paraisse le premier volume de mon « Histoire générale de la science », et 2011 pour que sorte de presse mon premier livre d’histoire des religions et de la philosophie.

Tout ce travail m’a mené au scepticisme. Il est impossible – malgré les extraordinaires progrès de la science et ceux, plus modestes, de la philosophie – d’atteindre une pleine et entière connaissance de l’Être, comme l’a montré de manière sans doute définitive Kant en 1781, et comme le savaient déjà Pyrrhon et Gorgias bien avant lui. Mais il ne s’agit pas d’un scepticisme absolu (comme le pyrrhonisme), mais d’une distinction (comme chez Kant) entre le phénomène connaissable et le noumène incogniscible. Le monde phénoménal est accessible par la science, qui se démarque de la philosophie par le recours à l’instrumentation.

Restait alors à bâtir une ontologie sur ce scepticisme relatif.

On peut regrouper toutes les nombreuses propositions ontologiques faites au sein de l’Humanité au cours de la Préhistoire et de l’Histoire (déjà avant même l’avènement de la philosophie avec Thalès de Milet) en deux et seulement deux groupes : les matérialismes et les anti-matérialismes ou idéalismes. Ou bien l’Être n’est formé que de matière, ou bien il est formé de matière et d’autre chose (tabou, sacré, esprits, âmes des morts, dieux multiples ou dieu unique, anges et démons, idées, valeurs…). On ne peut pas sortir de cette dualité : A ou non-A. Il est clair que la matière correspond au monde phénoménal de Kant et que l’éventuelle autre chose correspond au monde nouménal, à un « arrière-monde ». D’où une formulation très simple de la question ontologique : y a-t-il autre chose que la matière, que les objets de même nature que le corps humain, fait de chair et de sang ?

En toute rigueur, mon scepticisme m’interdit de répondre. Je ne peux donc proposer que des hypothèses, malheureusement invérifiables. Incapable d’atteindre le vrai, je dois me contenter du vraisemblable. Les succès impressionnants de la science – de l’exploration du Réel par l’observation et le raisonnement – et les réalisations extraordinaires de la technologie me donnent à penser. Si le monde phénoménal (matériel) est accessible à l’esprit humain, n’est-ce pas parce que celui-ci est de même nature que celui-là ? Et puis, il y a l’argument psycho-historique : les idéalismes sont apparus des millénaires avant les matérialismes, et caractérisent aussi bien la pensée archaïque (les religions) que la pensée infantile.

J’en arrive donc à un « matérialisme prudent », fondé sur un « scepticisme relatif ». Je ne sais pas si Osiris, Zeus ou Vishnou existent, mais je suis sûr de l’existence de mes bras qui tremblent et de mon ventre douloureux, et je n’ai aucune raison de douter de celle des fermions et des bosons, c’est-à-dire de la matière. Il faudra que je me contente de ce triste savoir.

Post scriptum.- Il faut peut-être que je rappelle que le scepticisme est l’adversaire de tous les dogmatismes et que le matérialisme est l’ennemi de toutes les religions.

Lire la suite

Michel Onfray et l'atheisme

7 Mai 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Athéisme

Je suis en train de relire, avec délectation, le Traité d’athéologie de Michel Onfray (2005), en attendant les résultats des élections en France. J’ai lu ce beau livre en 2006 ou 2007, à une époque où j’étais déjà engagé, depuis fort longtemps, sur le chemin de l’athéisme, ne parvenant pas à prendre au sérieux les fables pittoresques des amours de Zeus, des avatars de Vishnou, des colères de Yahvé, de la crucifixion de Jésus et de sa résurrection, des commandements bizarres faits aux hommes par Allah, notamment la singulière interdiction de consommer de la viande de porc.

Michel Onfray est un écrivain de grand talent, abondant, un travailleur infatigable, un connaisseur remarquable de l’histoire de la pensée, un érudit considérable, un débatteur télévisuel redoutable, mais surtout un philosophe, un des meilleurs sans doute de sa génération.

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec Onfray quand il fait débuter l’histoire de l’athéisme avec l’œuvre posthume de l’abbé Meslier. Il pose qu’avant la négation nette de l’existence de divinités par celui-ci, les adversaires des religions croyaient en un dieu créateur ou en des divinités, lointaines du monde terrestre, pratiquant un déisme moins définitif que les poly- ou les mono-théismes. Je pense que l’athéisme rigoureux est bien plus ancien, et que Démocrite et Epicure étaient d’authentiques athées. Et probablement en allait-il de même de Protagoras d’Abdère, et aussi d’Anaxagore de Clazomènes (condamné pour impiété par les juges d’Athènes, lors d’un procès préfigurant celui de Socrate). Mais je conviens que les textes dont nous disposons sont rares, et d’interprétation délicate.

Mais que l’athéisme soit né en Grèce, au Vème siècle avant la naissance du juif Jésus, ou en France, au siècle de Louis XIV, il faut reconnaître avec Onfray que c’est avec la pensée de Nietzsche (succédant aux hégéliens « de gauche ») que l’athéisme devient un important courant de pensée. Il a fallu deux millénaires pour que quelques philosophes, d’ailleurs peu nombreux (il y aura Marx, Freud, Lénine, Sartre…), osent enfin se débarrasser de l’idée de « dieu ».

Au fait, qui est le dieu de Marine Le Pen, et celui d’Emmanuel Macron ?

Lire la suite

Une histoire de la chimie

2 Mai 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Chimie, #Histoire

Mon livre Histoire de la chimie (354 pages) vient de paraître aux éditions De Boeck, à Louvain-la-Neuve (Belgique). C’est en fait la réédition, entièrement refondue, de deux livres précédents (parus chez Vuibert, Paris) : Penser la matière (2004) et A la découverte des éléments de la matière (2009).

Il s’agit d’un travail d’épistémologie historique, qui s’inscrit dans un programme de recherches sur la « valeur de la science » : comment la chimie (et, dans d’autres livres, la même question est posée pour les mathématiques, la physique, la biologie…) s’est-elle construite au cours de l’Histoire, par la mobilisation de quelles ressources mentales (observation, imagination, réflexion, instrumentation), et quelle est sa pertinence pour décrire le Réel ?

Etudier l’histoire de la chimie, depuis les premières spéculations de Thalès de Milet jusqu’aux extraordinaires analyses de l’acide désoxyribonucléique par Watson et Crick et jusqu’aux formidables synthèses de matériaux nouveaux et de médicaments efficaces, c’est comprendre comment l’Humanité pensante (une faible fraction de l’Humanité) est arrivée à connaître la structure intime de la matière (molécules et atomes), connaissance amplement vérifiée par les travaux de laboratoire, par les développements de la technologie et par les performances de l’industrie chimique.

Il est passionnant (et philosophiquement éclairant) d’assister au passage (il a fallu de nombreux siècles) d’une soi-disant connaissance basée sur l’imagination (les éléments d’Empédocle, les atomes de Démocrite) à la connaissance vérifiée basée sur une instrumentation de plus en plus sophistiquée : les balances de Lavoisier, les thermomètres de Fahrenheit et de Celsius, les appareils de Kipp, les spectroscopes de Bunsen, les fioles d’Erlenmeyer, les colonnes de Vigreux, les tubes cathodiques de Crookes…

Plus de deux mille ans d’histoire pour passer de l’atome rêvé à l’atome constaté !

Mon livre pose la grande question, à la fois épistémologique et ontologique : la science, et en particulier la chimie, est-elle capable de connaître le Réel ? La chimie de Lavoisier et de Mendéléev conforte-t-elle le matérialisme d’Epicure, de Spinoza, de La Mettrie, de Marx et de Lénine ?

C’est au lecteur, si du moins il veut faire l’effort de penser par lui-même et de se hisser au niveau de l’interrogation philosophique, de tenter de répondre à cette question redoutable, qui divise les hommes en matérialistes et en idéalistes.

Lire la suite

Sur quelques ecrivains belges

28 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Belgique

Ce matin, après avoir pris mon petit déjeuner (pain aux raisins et café au lait), dans la morosité d’une journée d’avril au ciel de grisaille, je me suis mis à songer à tous ces écrivains belges que j’ai connus, que j’ai souvent appréciés, que j’ai admirés parfois, et qui sont morts : Emile Poumon (décédé en 2000), Georges Sion (2001), Charles Bertin (2002), Raymond Quinot (2005), Marcel Hennart (2005), Roger Foulon (2008), Jacques Henrard (2008), Roger Pâquet (2008), Jean-Louis Crousse (2008), Patrick Virelles (2010), Juliette Aderca (2011), Emile Kesteman (2011), Ariane François-Demeester (2012), Alain Bertrand (2014), Joseph Boly (2014), Maria Caunus (2014), Jean Dumortier (2014), Jean-Luc Wauthier (2015), France Bastia (2017)…

Que sont mes amis devenus ? (Rutebeuf).

En écrivant cette parole, à peu que le cœur ne me fend (Villon).

Et je poursuis ma méditation nostalgique…

Qui lit encore les poèmes et les romans, les drames et les essais de ces littérateurs qui par les ombres myrteux prennent leur repos ? (Ronsard).

Et je songe maintenant aux écrivains belges, amis ou ennemis, que je connais ou que j’ignore, dont j’ai lu quelques textes avec plaisir ou ennui, ou dont je n’ai pas lu une seule ligne, qui vivent encore et qui publient, et dont je sais que, tôt ou tard, ils vont aussi mourir.  

Lire la suite

Metaphysique et biologie

23 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Métaphysique, #Biologie

Pour comprendre la condition humaine (connaître le « sens de l’existence »), et donc pour tenter de construire une éthique et de proposer un « projet de société », il importe évidemment de tenir compte du fait que l’être humain est un être vivant. Il s’agit de ne pas oublier que l’homme a un corps, dont les déterminations sont de mieux en mieux connues par la biologie qui ne cesse de préciser sa description de l’humain. Il faut lire Carl von Linné, Charles Darwin, Claude Bernard, James Watson, Jacques Monod, Christian De Duve et leurs nombreux successeurs. La biologie explique la vie comme une propriété de la matière (voir J.C. Baudet : Penser le Vivant, et du même : La Vie expliquée par la chimie).

Reste alors à savoir si la biologie, avec ses scalpels, ses microscopes et ses chromatographes, est capable de dire le tout de l’homme, ou si un réel non corporel, immatériel, méta-physique (c’est-à-dire, étymologiquement, sur-naturel) et donc extrasensoriel détermine transcendentalement la vie humaine, réel dont l’étude révèlerait de la métaphysique.

Je ne vois que deux positions tenables. Ou bien la vie humaine est exclusivement matérielle dans ses fondements, et la biologie est compétente pour en connaître les dispositions – c’est la position du matérialisme. L’homme est de même nature que les cailloux et que le sable. Ou bien l’homme est un corps matériel plus quelque chose – c’est la position des idéalismes.

Il est hautement significatif qu’il n’y ait qu’un matérialisme (la matière est la même pour tous), alors que l’histoire de la pensée nous montre une multitude d’idéalismes, selon ce qu’ils disent de ce quelque chose. Ces idéalismes, opposés les uns aux autres, sont les religions (christianisme, islam, déisme…) et les idéologies (humanisme, libéralisme, socialisme…). Voir J.C. Baudet : Curieuses histoires de la pensée, et du même : Histoire de la pensée.

Pour le matérialisme, qui trouve dans la biologie une description suffisante de l’être humain, la mort est la fin sans lendemain de l’existence. Les idéalismes admettent généralement qu’un quelque chose (valeur, âme, esprit…) subsiste après la mort corporelle.

Ainsi je pourrais dire, de manière sans doute un peu trop littéraire, que la biologie a pour objectif d’expliquer la Vie, quand la métaphysique a pour but d’expliquer la Mort.

Pour le matérialiste, l’homme n’est qu’un tube digestif nanti de quelques organes périphériques, vivant en société comme les abeilles et les gorilles.

Pour l’idéaliste, l’homme est un tube digestif ayant une « valeur », souvent considérée comme « sacrée », capable de composer des sonates, des symphonies et des poèmes, à même d’inventer la biologie moléculaire et les nanotechnologies, en mesure d’édifier les camps d’extermination du Goulag et de massacrer d’autres tubes digestifs au nom d’Allah.

Lire la suite

Bibliographie de Jean Baudet

19 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Littérature

De 1969 à nos jours, j’ai publié un ouvrage de biologie végétale, un roman, deux recueils de poésie et 40 livres, soit de philosophie, soit d’histoire des systèmes de pensée (religion, philosophie, science), sans compter plusieurs centaines d’articles et de poèmes.

Mais mon œuvre n’est pas achevée, et j’édite encore, dans ce blog (depuis 2010), de courts textes qui constituent comme les pages d’un « journal intime » dévoilées au public (aléatoire et improbable), qui donnent, au jour le jour, le récit d’un voyage métaphysique qui est une descente aux Enfers, un lent dévoilement de l’Être qui est comme un obscène strip-tease de la Mort, un cheminement vers la Souffrance ultime et vers le Néant.

Je ne tente plus guère d’orner des fleurs de la poésie et de la rhétorique les résultats désolants de ma recherche, et je n’offre pas à mes lecteurs des pensées roboratives, des alignements de concepts parégoriques et des conseils de bonheur. Mais j’écris encore, je confectionne encore des guirlandes de mots avec les termes de mes observations introspectives et de mes raisonnements ontologiques, je continue encore de communiquer à des lecteurs disparates (qui n’ont en commun que de savoir lire le français) les fruits amers de mes investigations. Je passe, jour après jour, en construisant des phrases comme un enfant édifiant un éphémère château de sable sur une plage ensoleillée, de l’Être au Néant, et tout en écrivant je me méfie de la littérature, qui est un cache-misère, un fatras charmeur de rêveries sentimentales, un paradis artificiel (Baudelaire), un alcool (Apollinaire), une tentation d’exister (Cioran), de dérisoires illuminations (Rimbaud).

Mais peut-être y a-t-il une « valeur », un « sens », une « espérance », dans cet acharnement à penser, à écrire et à partager mes doutes avec des hommes et des femmes que je connais, et avec d’autres que je ne connais pas : « frères humains », disait Villon…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Des nouvelles de Jean Baudet

17 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

Cela fait maintenant plusieurs mois que je ne sors plus. Je me promène, chaque jour, de ma chambre à ma bibliothèque, et je vais quelquefois dans mon jardin (aujourd’hui, le lilas est en fleurs). Je ne me rends plus aux réunions de l’Association des Ecrivains Belges (AEB), de l’Association Royale des Ecrivains et des Artistes de Wallonie (AREAW), du Centre National belge d’Histoire des Sciences (CNHS), de l’Association des Journalistes Périodiques Belges et Etrangers (AJPBE), et d’autres groupements similaires. Je ne pousserai sans doute plus jamais la lourde porte de la Maison des Ecrivains, chaussée de Wavre, à Ixelles, et je ne déambulerai plus dans les vastes couloirs de la Bibliothèque Royale (siège du CNHS).

Le temps a fait son œuvre, et je commence à m’éteindre. Je ne verrai plus mes amis. Déjà, je n’écris plus « à la main », mais j’arrive encore à dactylographier sur le clavier de mon ordinateur, et j’alimente ce blog avec les fruits vénéneux de ma pensée. Car je pense encore, tant que je suis.

Parfois, il arrive que je reçoive un courrier électronique d’un écrivain, d’un historien des sciences, d’un journaliste, me demandant de mes nouvelles. J’avoue que cela me procure un certain plaisir, et me plonge dans les charmes magiques de la nostalgie.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Propos sur les entreprises

9 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Economie, #Technologie

L’Humanité est formée d’hommes et de femmes qui ont des besoins. Ceci est une base de réflexion qui me semble incontournable si l’on veut analyser la condition humaine. Pour satisfaire ces besoins, il faut des biens et des services. Voilà un premier pas dans mon raisonnement qui me semble également exact. Pour produire et pour distribuer ces biens et ces services, il faut des entreprises de production, de transport et de commercialisation. Comment le nier ? Pour créer des entreprises, il ne faut pas nécessairement des ouvriers (robotisation), ni des employés (informatisation), ni même des cadres (intelligence artificielle). Mais il faut impérativement des entrepreneurs (le patronat), des capitaux (les banques et les actionnaires) et des clients solvables (les marchés). Voilà ce que nous enseigne l’histoire économique depuis le XVIIIème siècle, quand eut lieu, en Grande-Bretagne, la Révolution industrielle, qui fut le passage de la Technique à la Technologie (c’est-à-dire de l’empirisme à la rationalité). De 1979 à 1996, quand j’éditais le magazine Ingénieur et Industrie, j’ai pu observer dans le détail ce remplacement inéluctable des ouvriers par la Machine et des employés par l’Ordinateur. J’ai vu disparaître, jour après jour, des milliers d’emplois (Cockerill, MBLE, ACEC…). Aujourd’hui, le processus de désouvriérisation de l’économie continue. L’usine d’ordinateurs et de robots sans main-d’œuvre est devenue une réalité. Les dirigeants politiques feraient bien de tenir compte de cette réalité pour « inverser la courbe du chômage ».

Karl Marx a bien vu que les « moyens de production » (la Technique, et donc le Capital) étaient le moteur de l’Histoire, mais il n’est pas arrivé à comprendre que le passage de la Technique à la Technologie – qui avait lieu sous ses yeux – allait faire disparaître (ou du moins amenuiser fortement) le prolétariat. D’abord les ouvriers sans qualification furent remplacés par les machines, puis les ouvriers qualifiés, les techniciens, et même une partie des ingénieurs furent remplacés par l’automatisation et puis par la digitalisation.

Il est évident que mon propos n’est pas une analyse complète de la situation économique en 2017. Pour se risquer à des considérations prospectives, il convient encore de tenir compte de l’explosion démographique, et de l’évolution des courants de pensée. Mais comment ne pas admettre que si la Technique a fondé l’Humanité (l’invention de l’outil fait sortir l’homme de la condition animale), la Technologie est en train de bouleverser toutes ses « valeurs » ?

Lire la suite

La philosophie, la psychologie et l'histoire

6 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Je l’ai déjà dit dans ce blog, il faudra, un jour, pour comprendre l’Être (et donc les discours sur l’Être), croiser les résultats de deux disciplines : l’Histoire des systèmes de pensée, et la Psychologie. L’Histoire nous permet d’observer comment les idées se transmettent et se transforment au cours du temps, quand la Psychologie se donne pour objectif de déterminer comment les idées se forment dans l’esprit humain. L’Histoire des systèmes de pensée utilise aujourd’hui la méthode qu’elle utilisait déjà, il y a plus de deux mille ans, peu de temps après l’invention de la philosophie. Il s’agit de lire et de comparer les textes, accessibles grâce à l’édition (d’où l’éditologie). On ne voit pas de nouvelle méthode à venir qui bouleverserait la manière d’étudier les textes, et les émules d’Emile Bréhier travailleront encore longtemps en lisant des livres, comme le faisaient déjà Platon au temps de l’Académie, et Aristote après lui. Par contre, la Psychologie connaît depuis quelques décennies les grandes révolutions des « neurosciences » et de l’intelligence artificielle, qui auront sans doute pour l’Humanité qui pense des conséquences plus décisives encore que la révolution copernicienne pour l’astronomie ou la révolution darwinienne pour la biologie.

En tout cas, ce que nous ont appris jusqu’ici tant la Psychologie que l’Histoire, c’est que l’évolution des idées procède par dichotomies successives, car à toute idée « A » correspond, tôt ou tard, l’idée « non-A ». L’évolution de la haute pensée n’est qu’une suite d’oppositions, et Démocrite s’oppose à Empédocle, Aristote à Platon, Spinoza à Descartes, etc. Et les études psychologiques montrent également des dualités permanentes dans l’esprit humain, et notamment l’opposition profonde et constante entre ceux qui développent leurs idées sous l’empire de la raison (les facultés intellectives) et ceux qui pensent dirigés par le cœur (les facultés affectives). L’on pourrait même, ici, aller jusqu’à réactiver la vieille doctrine chinoise du yin et du yang, et opposer la pensée rationnelle de l’éternel masculin à la pensée sentimentale de l’éternel féminin. Les oppositions structurent en effet clairement l’évolution de la philosophie : rationalisme et mysticisme, matérialisme et idéalisme, scepticisme et dogmatisme, différencialisme et égalitarisme, athéisme et théisme (ou déisme), etc. Mais je n’ai évidemment pas dit que les hommes sont tous rationnels et que les femmes sont toutes mystiques !

Bientôt, les ingénieurs psychoticiens construiront des robots différenciés, à l’intelligence artificielle « masculine » ou « féminine ». Peut-être s’agira-t-il alors de faire la synthèse de leurs « esprits », par copulation gnoséologique, pour qu’apparaissent les nouvelles idées non-encore-aperçues qui permettront à l’Humanité, réconciliée avec les différences sexuelles, de comprendre enfin l’Être dans toutes ses déterminations ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Pourquoi j'ecris encore

1 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

J’ai créé le présent blog en décembre 2010, et j’y ai publié, jusqu’à ce jour, 864 articles : billets d’humeur, commentaires de l’actualité, critiques de livres, poèmes, et résultats (toujours provisoires) de mon travail philosophique. Celui-ci, fait de réflexions introspectives et de nombreuses lectures, m’a conduit, en ontologie, au matérialisme – comme Spinoza en 1677 – et, en gnoséologie, au scepticisme – comme Kant en 1781. Tout cela mène au nihilisme et au pessimisme le plus noir : qui pourrait nier l’existence des maladies, de la souffrance et de la mort ? Faut-il, pour démontrer que mon pessimisme est fondé, décrire avec une précision séméiologique les symptômes de mes affections, et faire le compte minutieux de mes ulcères, de mes furoncles, de mes télangiectasies, de mes pustules, de mes papules ? Les romanciers Jacques Richard, France Bastia (décédée depuis), Anne-Michèle Hamesse, Martine Rouhart, les poètes Philippe Leuckx, Louis Mathoux, Liza Leyla, Anne-Marie Derèse, Isabelle Bielecki, les philosophes Pierre Kutzner, José Fontaine, m’ont fait le reproche, plus ou moins vivement, de répandre le pessimisme dans mes écrits, de décourager ainsi les braves gens, d’émettre des « ondes négatives », et d’oublier les plaisirs de la vie, les beautés de la nature, les douceurs de l’amitié et les jouissances de l’amour.

Mais reproche-t-on au physicien de répandre l’idée que les protons sont électriquement positifs, ou au botaniste d’affirmer que les fleurs de haricot possèdent dix étamines ? Pourquoi le philosophe devrait-il taire les résultats de ses travaux, s’il pense qu’ils sont « vrais », et éviter les sujets qui peinent : le cancer, le vieillissement, la mort d’un parent ou d’un ami, les émeutes, les guerres, les incendies ? Le rôle du philosophe n’est pas d’enjoliver le Réel, mais de le décrire le mieux possible. Il ne s’agit pas de consoler et d’inventer de l’espérance, mais d’observer les êtres et les choses, et d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Mais que mon pessimisme ne vous empêche pas de jouir, jusqu’à l’orgasme, et d’ailleurs mon scepticisme m’oblige à considérer mon pessimisme comme un résultat provisoire, affecté d’un haut coefficient de doute. Qui sait ? Peut-être que mon pessimisme est une erreur, et que demain je retrouverai les enthousiasmes de ma jeunesse, les bonheurs de ma maturité et les enchantements du gai savoir ?

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 > >>