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Jean C. Baudet

Articles récents

Histoire de la physique

11 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Physique, #Histoire

J'ai consacré 2 livres à l'histoire de la physique.

Penser le monde - Une histoire de la physique jusqu'en 1900

Vuibert, Paris, IV + 283 pages, 2006.

Expliquer l'Univers - Une histoire de la physique depuis 1900

Vuibert, VII + 420 pages, 2008.

Il s'agit d'une étude épistémologique de la construction des savoirs de la physique, et aussi de l'astronomie, depuis les premières hypothèses des Physiciens de Milet jusqu'aux observations de particules élémentaires et aux théories cosmologiques de la fin du XXème siècle. C'est une histoire "explicative", qui vise à comprendre comment (grâce au langage mathématique) les idées se sont formées et se sont précisées au cours du temps, à l'encontre de tant d'histoires de la physique qui se bornent à énumérer les dates des découvertes et des théories et les noms des physiciens, sans entrer dans le processus intellectuel de formation des connaissances.

J'ai en particulier tenté la "reconstruction" de la mécanique newtonienne à partir des lois du mouvement des planètes (Kepler) et des lois de la chute des graves (Galilée) ; de la mécanique quantique à partir des expériences sur le rayonnement du corps noir ; de la théorie de la relativité à partir de l'électromagnétisme (Maxwell) et des mesures de la vitesse de la lumière. Pour ne pas alourdir mon texte, j'ai principalement utilisé le formalisme mathématique d'aujourd'hui, mon souci étant plus de comprendre la filiation des idées que de présenter le pittoresque des anciennes notations.

Je me devais également de décrire en profondeur les expériences (dues surtout à J.J. Thomson et à E. Rutherford) qui ont abouti à connaître la structure des atomes, et qui sont à la base de la découverte des particules subatomiques.

Le résultat épistémologique principal de cette étude est d'une parti de confirmer le lien épistémique entre science, technique et industrie (pas de physique sans instruments produits par l'industrie...) et d'autre part de montrer que la naissance de la physique (et donc de la science sensu stricto) ne date que du XVIème siècle, avec l'apparition de l'instrumentation, c'est-à-dire l'utilisation d'instruments permettant des observations quantitatives, et donc la mathématisation des raisonnements. Quand on veut bien donner au mot "science" tout son sens (une méthode de recherche dont les résultats sont vérifiables à l'aide d'instruments), il n'y a donc pas de "science arabe", pas (ou presque pas) de "science grecque", pas de "science chinoise"...

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Triple menace sur l'Europe

10 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique

Trois éléments majeurs menacent le bien-être et même la vie des Européens.

1° L'explosion démographique non-européenne

Il y a grosso modo 0,5 milliard d'Européens et 7 milliards de non-Européens. Ceux-ci ne sont pas tous hostiles aux Européens (voir ci-dessous 2°), mais du fait du transfert des technologies ils s'industrialisent, et constituent une concurrence commerciale de plus en plus vive. Cette concurrence devient telle qu'elle entraîne la fermeture de plus en plus d'entreprises en Europe, d'où chômage, baisse des rentrées fiscales pour les Etats européens et finalement appauvrissement généralisé des Européens. Rien n'indique un renversement des tendances actuelles : stagnation démographique en Europe, augmentation démographique s'accélérant ailleurs. Les remous sociaux conséquences de l'appauvrissement (grèves, émeutes, vandalisme, pillages, assassinats de policiers...) vont s'aggraver d'année en année, conduisant à un véritable mécanisme d'autodestruction.

2° L'islam

L'islamisme est une menace physique immédiate, qui a fait des progrès spectaculaires au cours des 10 dernières années en "puissance de feu", grâce à des ressources financières et humaines grandissantes. Rien ne permet d'espérer un renversement de la courbe de progression de l'islamisme et du djihadisme dans les prochaines années. Certes, il est nécessaire de ne pas confondre islam et islamisme. Mais qui pourrait nier que le recrutement de djihadistes se fait plus aisément au sein des populations musulmanes que parmi les non-musulmans ? Et il y a 1,5 milliard de musulmans. L'appauvrissement des Européens (voir ci-dessus) a pour conséquence un affaiblissement constant de leurs moyens militaires et policiers pour tenter de résister à l'islamisme.

3° La détérioration du climat

Les conséquences tragiques du réchauffement du climat (conséquence de l'explosion démographique mondiale) concernent l'ensemble de l'Humanité, et pas seulement les Européens. C'est du reste le fait déterminant de la condition humaine que l'homme doive lutter contre la nature : faim, soif, chaleur et froidure, intempéries, inondations, incendies, maladies, bêtes féroces. La pesanteur même est dangereuse : les chutes font plus de morts que le virus ebola. Mais les tempêtes toujours plus violentes, les inondations toujours plus destructrices, les incendies de forêts toujours plus étendues mobilisent des moyens humains et financiers qui ne sont plus disponibles pour résister à l'islamisme ou pour créer de nouvelles entreprises. Tant que la démographie progresse, la pollution (pas seulement atmosphérique, d'ailleurs) progresse, car tous les hommes expirent du CO2, urinent et défèquent. Dans combien d'années la température de l'air deviendra-t-elle mortelle ?

4° Le quatrième élément

D'autres menaces existent, comme peut-être l'impérialisme russe ou une crise grave qui pourrait survenir entre certains Etats européens, mais à la réflexion il me semble qu'un quatrième élément exerce une menace sur les Européens, et qui est la bêtise ou l'aveuglement des politiciens européens et d'une grande partie de l'intelligentsia européenne. Politiques et intellectuels consacrent leur précieux temps à promulguer des directives pour la couleur des étiquettes des produits alimentaires ou pour savoir s'il faut prendre sa retraite à 63 ou à 64 ans, mais négligent d'analyser les menaces qui pèsent sur l'existence même de l'Europe, et ne préparent pas les opinions publiques aux efforts nécessaires pour lutter contre la désindustrialisation, contre l'islamisme et contre les menaces environnementales.

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Rationalisme, empirisme et poesie

7 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Gnoséologie

Le drame de l'historien, c'est qu'il est impossible de rendre dans un récit linéaire toute la densité des événements de l'histoire, et que les enchaînements retenus dans l'exposé ne constituent qu'un "extrait" de la Réalité. Semblablement, le philosophe ne peut pas revenir sur la complexité du développement de sa propre pensée, et tout curriculum vitae est comme un mensonge. C'est pourtant l'obligation de la synthèse conduisant à la compréhension, car dans tout esprit en mouvement il y a des moments-clés qu'il est nécessaire de repérer.

Ainsi, puis-je - et en même temps c'est une affirmation "simpliste" - situer en 1968 le départ de mon cheminement philosophique quand, amené par les circonstances de la vie professionnelle, je suis nommé professeur de philosophie (en Afrique, ce qui est anecdotique) et que je suis donc tenu d'éclaircir l'opposition entre le rationalisme et l'empirisme, et notamment l'opposition entre la doctrine des idées innées de Descartes et celle des idées acquises de Locke. Il m'apparaît ainsi, comme cela est longuement exposé dans tous les manuels, que les idées présentes dans l'esprit humain selon Descartes impliquent une préexistence de ces idées à l'humain, ce qui conduit à l'idéalisme, c'est-à-dire à une forme plus ou moins intellectuellement transformée de platonisme, et la gnoséologie cartésienne se ramène à la théorie de la réminiscence, son ontologie étant un nouvel avatar de la vision dualiste des primitifs : un monde matériel profane ici-bas et un monde spirituel sacré dans l'au-delà : le monde des idées. Quant à l'empirisme de Locke, il admet que les idées sont "produites" dans l'esprit humain à partir des sensations provenant d'objets extérieurs, ce qui peut conduire à admettre l'homogénéité du monde (monisme ontologique), constitué d'une substance (éventuellement la substance unique de Spinoza) que l'on appellera "matière". L'opposition du corps et de l'âme se dissipe, et l'esprit humain est une fonction corporelle comme les autres.

Il m'est alors paru évident que si je pouvais exposer à mes étudiants les grandes étapes de la pensée menant au matérialisme (Hume, Kant...) ou à l'idéalisme (Fichte, Hegel...) à partir de l'antagonisme entre les idées innées et les idées acquises (entre le mystère de l'intuition et le mystère de la sensation), je devais d'une manière ou d'une autre sortir du couple rationalisme-empirisme, prendre du recul pour décider d'adopter Descartes ou Locke.

Je peux dater ma deuxième époque de 1978, quand je fonde ma revue Technologia, et que j'entreprends d'examiner la question de la connaissance en étudiant dans l'histoire comment les connaissances (religieuses, scientifiques...) ont été effectivement acquises ou construites. J'ai bien sûr une dette envers les philosophes français de l'épistémologie historique (Brunschvicg, Bachelard, Foucault) et je suis à cette époque plutôt hostile au courant phénoménologique dominant, qui me semble mener vers une espèce de poésie amphigourique qui joue avec les concepts dans une espèce d'onanisme philosophique, dont "les chemins ne mènent nulle part" (la formule est de Heidegger). J'entreprends donc l'étude des systèmes de pensée (science, technique, religions, philosophie), mais mon travail est ralenti car je suis pris par mon métier d'éditeur. J'en arrive toutefois à cerner quelques concepts : STI, éditologie...

Ma troisième époque commence en 1997, quand j'ai terminé la longue procédure de mise en liquidation de ma maison d'édition, et que je retrouve tout mon temps pour la recherche philosophique et l'écriture. Je m'égare quelque peu, dans l'ivresse du temps retrouvé, dans la production poétique, mais surtout j'entreprends un vaste programme de publications, espérant aboutir à publier une Histoire de la science, une Histoire des religions, une Histoire de la philosophie et un Exposé systématique de mes idées (empirisme logique, matérialisme, nihilisme). Je travaille à l'achèvement de ce programme.

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Les Belges, les greves, la terreur

6 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Belgique, #Economie

Les Belges sont en train de découvrir que la Belgique n'est plus un "pays riche". Il le fut, certes, mais c'est bien fini ! Et, au lieu, dans cette prise de conscience, de se remettre à travailler, les Belges font... la grève !!! Comme si une grève produisait des richesses ! On devrait le savoir, en Belgique et spécialement en Wallonie : jamais une grève n'a créé un seul emploi.

Comment en est-on arrivé là ? J'ai analysé, dans deux livres (Histoire des sciences et de l'industrie en Belgique, 2007 ; Les plus grands ingénieurs belges, 2014), le mécanisme de la "croissance". Entre 1830 et 1974, et malgré deux guerres mondiales, les Belges sont parvenus à rester dans le groupe des "pays riches" grâce à leur industrie. Depuis, les caisses de l'Etat se sont vidées, par l'effet de plusieurs phénomènes convergents. C'est évidemment très complexe, mais l'analyse ne consiste pas à signaler tous les détails, mais à repérer les éléments principaux d'une dégringolade économique. J'en identifie quelques-uns dans le désordre. Il appartient aux économistes de les évaluer en euros pour les hiérarchiser.

1° il y a le choc pétrolier de 1974, qui entame fortement la rentabilité de nombreuses entreprises. C'est un des aspects de l'explosion démographique, avec l'émergence de concurrents nouveaux, à commencer par le monde arabo-pétrolier.

2° il y a la gabegie politico-administrative des coûteuses "réformes de l'Etat". Multiplier les parlements et les exécutifs coûte beaucoup d'argent et disperse le pouvoir de décision des dirigeants du pays.

3° il y a la politique de "protection sociale", d'inspiration socialo-chrétienne, dont il faut reconnaître la générosité, mais qui coûte extrêmement cher (l'Etat belge vit au-dessus de ses moyens, comme d'autres pays européens, il est vrai). Il faut ajouter peut-être, car cela est difficile à mesurer, que la générosité de ce "modèle social" incite peut-être certains éléments de la société à en profiter abusivement. Bref, l'Etat distribue de l'argent qu'il... emprunte !

4° il y a la désindustrialisation, qui diminue la capacité productive du pays. Elle est liée à une idéologie anti-technique qui fait la synthèse d'une détestation marxiste des chefs d'entreprise, d'une adulation naïve de l'interventionnisme étatique, d'un écologisme romantique et d'une tendance lourde de la mentalité belge (et européenne, en fait) de mépriser le travail technique : l'enseignement belge préfère former des étruscologues et des historiens de l'art que des électriciens et des ingénieurs. C'est plus "noble" de commenter une toile de Magritte que de calculer les dimensions d'une turbine à gaz.

5° il y a l'immigration, qui amène en Belgique des populations certes éminemment sympathiques, mais dont la structure démographique est caractérisée par une proportion élevée de consommateurs "purs".

Et voilà que dès qu'un gouvernement annonce des mesures d'économie pour tenter de redresser la situation des finances publiques, les Belges font... la grève, et que des dirigeants syndicaux annoncent qu'ils vont briser la "paix sociale". Cela a commencé, il y a déjà longtemps, par des tags sur les murs, puis des voitures incendiées, des usines saccagées, des manifestations avec casseurs de vitrines, des séquestrations de cadres d'entreprises... Où s'arrêtera l'émeute, jusqu'où ira la violence ? Que nous préparent les "intellectuels" de l'extra-gauche ? Je n'en sais rien, bien sûr, mais je suis plutôt pessimiste en assistant au désordre des choses. C'est, il est vrai, la loi inéluctable de l'être : il faut s'adapter ou disparaître ! L'on me dira que mon analyse est "simpliste" (l'arithmétique est trop simpliste pour ceux qui croient qu'on peut donner ce qu'on n'a pas produit ?). Eh bien, si j'ai raison, hélas, je me réjouirai d'avoir vu juste. Et si j'ai tort, je me réjouirai bien davantage. Car je l'aime bien, au fond, "ma" Belgique, la Belgique d'Adolphe Sax, d'Ernest Solvay, et de Jean Ray, "maître de l'épouvante"...

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Qui suis-je ?

5 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Epistémologie

Je ne me contente pas, je me méfie même des déterminations convenues, telles que "je suis né à Bruxelles", "je suis marié et père de deux enfants", "je suis philosophe", "je suis docteur de l'Université de Paris VI", et autres formulations qui ne font que signaler quelques traits, véridiques, certes, mais peu éclairants. Car je veux me connaître au niveau d'exigence de la philosophie universitaire, et je veux bénéficier dans ma recherche des plus hautes avancées de la recherche ontologique. Je n'ai guère pour répondre que les lectures (le "moi" de Socrate ou de Gadamer m'éclaire-t-il sur le mien ?) et l'introspection. Je n'ai malheureusement pas eu la chance, en 70 ans d'existence (d'être-là !), d'avoir rencontré d'autres modes d'acquérir des savoirs que par l'observation (y compris de moi-même) et par le raisonnement. Comme j'envie ceux qui trouvent des certitudes (et consolantes, en plus !) dans un coran ou un évangile ! Moi je n'y trouve que des phrases rédigées par des hommes. C'est que "je suis", aussi, historien des systèmes de pensée dont je vise une critique radicale. Et je suis quand même très averti, par mon parcours intellectuel, que je peux avoir des hallucinations en observant, ou sombrer dans les paralogismes en raisonnant ! Comment donc une définition de soi par soi pourrait-elle échapper au subjectivisme ?

Je suis une douleur, une souffrance d'autant plus vive qu'elle s'alimente de l'image des souffrances à venir. Et même si ma douleur est une hallucination, et même si la conscience de ma douleur est un paralogisme, je souffre ! Le malade imaginaire souffrait "réellement". L'être de mon être est un être où il est question de son devenir, et ce devenir - au vu de ma mémoire, de mes lectures, de mes réflexions - est source d'une angoisse croissante, et je ne suis finalement qu'angoisse et peur. J'échappe par moments (deux verres de bourgogne, un comprimé de xanax ou quelques mesures de Mozart) à cette anxiété raisonnée, mais c'est pour y retomber mieux. Comment ma raison pourrait-elle me dire que "ça ira mieux demain" avec des douleurs dans le bas-ventre, une vue qui baisse, une femme malade, des casseurs dans les rues, des imbéciles de plus en plus nombreux avec l'explosion démographique, des poètes qui voudraient me gonfler d'optimisme parce que l'astucieux renard a mangé le fromage, une toux permanente, et une fatigue lancinante qui m'ôte le simple plaisir de bouger bras et jambes ?

Je suis ma souffrance, ou plus ontologiquement le ressenti de ma souffrance, décuplée par la conscience d'un futur pire. Que peut l'optimisme, l'amour du genre humain, la confiance en Manitou ou en la Gauche, devant l'incontinence urinaire, la tuberculose revenue, le cancer du colon, l'hémiplégie, ou les maladies sociales comme le fanatisme ? Je ne fais pas des phrases - la littérature distrait un peu de la souffrance - je crie ma peur !

A propos de lecture, je retrouve dans un coin de ma bibliothèque un des manuels que j'ai utilisés, il y a cinquante ans, quand je m'initiais à la pensée libre (ironie : dans une faculté... catholique !). Il s'agit de l' "Introduction à la philosophie" de Louis De Raeymaeker (4ème édition, 1956). J'y retrouve ce passage.

"le cartésianisme imprima d'emblée à la philosophie moderne certains traits caractéristiques: l'exigence d'une méthode rigoureuse et d'une critique radicale, la préoccupation de considérer toutes choses dans la perspective du moi conscient, la recherche d'un système d'explication universelle et qui soit fondé sur la richesse dynamique de la pensée constructive"

Mon "moi conscient" - le "moi" de n'importe quel lecteur de ce blog, qui finira par souffrir hideusement, tôt ou tard - est donc le fondement unique (par où commencer, sinon par soi-même) de la critique radicale de toute pensée constructive. Les plus âgés n'ont que la conscience de leur angoisse. Les plus jeunes ont encore les illusions (ah oui, comme je me souviens de mes enthousiasmes) de pouvoir construire un monde nouveau. Ce ne serait pas mal, un monde sans cancer, sans paralysie, sans fanatisme et donc sans illusions !

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Science, philosophie et poesie

2 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Ce qui distingue la philosophie de toutes les autres démarches intellectuelles, c'est qu'elle n'a pas d'objet déterminé, qu'elle n'a pas d'horizons, qu'elle n'est pas une discipline. Pour des raisons diverses, la zoologie ou la linguistique, le socialisme ou l'islam, la poésie ou le roman sont des disciplines : il faut s'enfermer dans un domaine (les animaux, les langues), respecter des mots d'ordre, des règles, des traditions... Le médecin s'occupe de ses malades, le soldat s'occupe de sa patrie, le boulanger de son pain, le psychopathe de ses délires... Le philosophe s'occupe de "tout", qu'il appelle l'Être ou le Réel ou le Moi, et ne respecte rien. D'où le grand isolement du philosophe, qui a tous les "spécialistes", tous les "disciplinés", tous les "croyants", tous les "militants" contre lui. Les disciplines sont fondées sur des savoirs (véritables ou illusoires) et leur pratique conduit généralement à de nouveaux savoirs : le botaniste découvre de nouvelles plantes, le sociologue découvre de nouvelles modes (nouveaux partages d'émotions) et de nouvelles croyances. Le philosophe n'a rien à découvrir, puisque le Réel n'est pas enfermable dans des limites (cfr l'apeiron d'Anaximandre). Plongé dans l'Être qui le dépasse et qui l'ignore, le philosophe n'a que sa conscience pour comprendre dans l'angoisse de son double isolement (métaphysique et social) que sa recherche est impossible, même si cette recherche fait la dérisoire grandeur de l'Humanité.

Voilà pourquoi il n'y a pas de progrès cognitif de Parménide à Aristote, ou de Descartes à Gadamer, et que le philosophe même après 25 siècles de philosophie n'a aucune réponse à aucune question. Il ne possède que le précieux et futile don de la lucidité, qui concentre sa recherche sur le Moi - seule certitude douloureusement vécue - et qui comprend que le destin du Moi vient du Réel, opaque à ses observations et à ses raisonnements.

Songes-y bien, cher lecteur ! Tu te félicites sans doute de tes liens sociaux, de tes réseaux de famille, d'amitié, de profession, et tu as sans doute la fierté de te proclamer "citoyen du monde" ! Mais réfléchis à tes moments de détresse, et surtout à tes souffrances ultimes : quand tu seras seul avec tes douleurs sur ton lit d'agonie. Ce sera enfin la découverte de ton Moi, au moment même de sa disparition !

La science dessine de mieux en mieux l'image de l'Univers. La philosophie explore avec toujours une plus taraudante acuité l'incognoscibilité de l'avenir de l'Être et donc du destin du Moi. Reste la poésie, avec ses paradis artificiels : là tout n'est qu'ordre et beauté, dit le Poète. Qui ne voit que cette formulation magnifique n'est qu'un cache-misère, un songe, un mensonge, et en somme une insulte à la souffrance des hommes ?

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Philosophie, histoire et pornographie

31 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Histoire

J'ai commencé mon travail philosophique en 1978, après quelques années d'enseignement (enseigner la philosophie n'est pas "faire" de la philosophie) et puis un épisode de recherche (en biologie) qui fut comme une parenthèse - j'abandonnais la philosophie pendant quelques années, mais j'acquérais une connaissance approfondie et vécue de la praxis scientifique. Car au vrai j'avais entamé mon questionnement déjà plus tôt, pendant les naïvetés romantico-poétiques de l'adolescence. Conformément à la tradition scolastique, j'envisageais un programme en trois étapes : épistémologie, ontologie, éthique, et j'entamai donc mes travaux par la réflexion épistémologique, que je croyais devoir appuyer sur l'étude critique de l'histoire de la science - modèle de chemin de connaissance qu'il s'imposait de "déconstruire". Cela me prit beaucoup de temps, car je dus exercer le métier d'éditeur qui me laissait peu de loisir pour la méditation (pécuniairement improductive), comme d'autres furent mercenaires (Descartes), polisseurs de lentilles de verre (Spinoza), dramaturges (Sartre).

En 1997, j'abandonnais l'édition et j'entreprenais un premier opus : la réalisation d'une "Histoire de la science", qui occupera plus de 3 000 pages imprimées réparties en 10 volumes (parus chez Vuibert). En 2005 et 2006, tout en poursuivant la rédaction de cette "Histoire", je pouvais décliner mes positions épistémologiques dans trois ouvrages (L'Harmattan) : Mathématique et vérité, Le signe de l'humain, Une philosophie de la poésie. Je me rendais évidemment compte que mon travail sur la science n'abordait qu'un seul mode d'acquisition de savoir (mais le plus important et le plus solide), et qu'après l'examen du logos je devais aborder l'étude du mythos, c'est-à-dire qu'il me restait à produire une "Histoire de la non-science" (littératures, religions, idéologies) pour faire pendant à mon "Histoire de la science".

C'est ainsi que je fis paraître, en 2011 et en 2013, les deux premiers volumes d'une "Histoire des religions" (Jourdan). J'ai (provisoirement ?) interrompu ce travail, car dans une perspective gnoséologique l'approfondissement des mécanismes de formation des croyances se révélait moins intéressant et moins fécond que l'approfondissement des mécanismes de formation des théories scientifiques. Je donnai encore en librairie quelques ouvrages d'histoire de la science consacrés à divers thèmes, comme ceux de l'erreur ou de la situation des femmes dans l'évolution de la science.

J'interrompis mon projet d'un traité d'Histoire des religions, et je commençai (en 2013) à travailler à une "Histoire de la philosophie", qui devrait me permettre, sous les apparences du récit - avec forcément des personnages et des conflits - d'exposer en un texte explicatif les résultats de ma pensée, non seulement épistémologiques, mais aussi ontologiques et éthiques.

Ma première production dans cette direction fut La vie des grands philosophes (Jourdan, 2013) qui est une histoire fortement résumée de la philosophie situant l'évolution des idées dans leur inscription biographique chez 40 philosophes majeurs.

Du biographique (épistémologie) au pornographique (éthique) il n'y a qu'un pas, que je n'ai pas encore franchi, celui qui va de l'idéalisme humaniste éperdu attendant les lendemains qui chanteront au matérialisme radical.

http://www.geocities.ws/jeanbaudet/

 

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Les aventures du Moi

29 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Moi

C'est Montaigne qui, à l'aube de la pensée française (voir J.C. Baudet : "Les agitateurs d'idées en France", La Boîte à Pandore, 2014), redécouvre le Moi, déjà identifié par Socrate comme la source et l'objet de toute méditation sérieuse. Tout travail intellectuel qui néglige l'inspection du Moi est ainsi aliénation, et l'historien oublie son être et son destin tragique dans l'érudition, l'artiste l'oublie dans la production illusoire et inutile d'une Oeuvre, l'entrepreneur - économique, politique ou militaire - le perd dans l'édification de ses projets de production, de réforme sociale ou de conquête.

Voilà un acquis plus solide que l'éditologie, que l'histoire de la STI ou que la compréhension du fait religieux : le Moi comme fondation de toute philosophie. Et si les plus grands penseurs (voir J.C. Baudet : "La vie des grands philosophes", Jourdan, 2013) ont retrouvé, chacun dans son style, l'importance du Moi, ils n'ont pu s'y tenir, aliénés par des aspirations sociales diverses : Descartes s'enlise dans les rapports de l'âme et du corps, Hegel se perd dans une fantastique et fantasmatique interprétation de l'Histoire, Marx s'épuise à s'intéresser au sort des misérables, Baudet se disperse en racontant des histoires...

Si l'examen du Moi ne peut conduire qu'à l'Angoisse, au moins puis-je me féliciter d'en avoir conçu l'importance et de m'être dépêtré des consolations esthétiques et des divertissements infantiles. Ainsi mon Oeuvre (de scientifique, de philosophe, de poète et de calembourinaire) s'achève-t-elle dans la conscience la plus aiguë de ma conscience, dans la perception la plus intense et imparable de mon identité et de ma substance pathétique, et de ma douloureuse spécificité. Mon Moi comme soubassement, terrain de manoeuvres pensantes, tension perpétuelle pour persister dans l'être venue de l'Être, et comme objectif de souffrance et d'anéantissement (l'être de mon Moi étant de paraître puis de disparaître). On apprend à garder le silence (1), malgré tout.

(1) Note d'érudition pour les amateurs de Haute Culture : j'ai trouvé la belle expression "on apprend le silence" dans l'opéra Proserpine de Lully. Quant au jeu de mots avec paraître et disparaître, je l'ai trouvé dans le dialogue de Prévert pour Drôle de drame.

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Sur l'imposture des poetes belges

24 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie

Non, certes, TOUS les poètes belges contemporains ne sont pas des imposteurs, et mon titre généralisant relève de la rhétorique par exagération et métonymie (prendre la partie pour le tout). Mais il existe une mafia de poètes, en Belgique, dits "minimalistes", qu'il convient de dénoncer avec ardeur et fermeté. Je ne donnerai pas de noms, les intéressés se reconnaîtront, si du moins ils consentent à me lire, ce qui serait étonnant, car je ne suis pas de l'une de leurs chapelles. Et je salue au passage, en ne les nommant pas davantage, les poètes authentiques qui s'efforcent encore d'inventer du poétique, malgré la submersion du marché de la poésie par la médiocrité financièrement soutenue par certaines instances officielles.

L'imposture en question est audacieuse, mais des lecteurs un peu balourds ou fortement snobs s'y laissent prendre, y compris des critiques littéraires patentés. Il s'agit de rassembler quelques mots (le moins possible) sur quelques pages (le plus possible), et de prétendre, avec des airs de mamamouchi, que ce "travail" est une "recherche de sens", ou une "recherche de soi", une "plongée dans l'indicible, révélatrice de déterminations secrètes", une "mise au jour du non-encore-aperçu", bref le poète (belge contemporain adulé par la Haute Culture Officielle et Subventionnée) est un voyant extra-lucide, un découvreur d'infinités, un capteur d'absolu (par résonance poétique), un dissecteur de miettes verbales, un déconstructeur de la langue française dans tous les sens. Il "renouvelle" la poésie, il "réinvente" la beauté verbale par l'abandon des vers, des rythmes et des images, et par la prétention philosophique.

Au fond, c'est ridicule et rigolo, et les poètes belges que je désigne ne seraient que des clowns inoffensifs s'ils ne détournaient à leur profit les maigres subventions que peuvent encore distribuer les autorités publiques compétentes en matière culturelle, et surtout s'ils ne contribuaient pas à répandre dans le grand public la confusion entre les vessies et les lanternes, entre la recherche sérieuse des philosophes, des sociologues, des historiens, et la "quête de sens" des illusionnistes verbeux et des distillateurs de simagrées. Admirateurs des shakespitreries de Maeterlinck, les poètes du minimalisme belge répandent l'idée du n'importe quoi, sèment la confusion entre la pensée véritable et les jeux de mots, ce qui pourrait bien être un danger pour la démocratie si elle détourne des hommes de ce qui devrait faire leur dignité : penser.

J'ai développé le soubassement théorétique de ma dénonciation de l'imposture d'une certaine poésie postmoderne, avec tout l'appareil critique nécessaire, dans mon livre "Une philosophie de la poésie" (L'Harmattan, Paris, 153 pages).

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A bas les collaborateurs !

23 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique, #Islamisme

Quand une collectivité humaine A est en conflit avec une communauté B, il arrive très souvent que des membres de A soutiennent B par des discours, par des écrits, ou même par des actes. On dit dans ce cas que ces individus de A sont des collaborateurs de B, ou "collabos", ou "traîtres". Du point de vue de A, ils doivent être dénoncés fermement, pourchassés et mis hors d'état de nuire. Il en va de l'existence même de A.

L'Histoire offre de nombreux exemples de collaboration.

Les hommes politiques d'aujourd'hui, dans quelque collectivité A que ce soit, ont d'abord pour mission suprême de défendre les intérêts de la population A, et en tout premier lieu de protéger la vie et l'intégrité des A, face aux prédateurs externes ou internes. Le rôle d'un dirigeant politique n'est pas d'élaborer des règles éthiques (il y a des philosophes pour cela, du moins dans les pays avancés), ni de dénoncer les collaborateurs du passé (il y a des historiens pour ça). Le rôle d'un dirigeant politique, que ce soit au Canada, en France, en Wallonie, en Irlande, en Grèce (et il y a bien d'autres pays civilisés où hélas le fanatisme religieux est présent...), est de dénoncer, de pourchasser et de mettre hors d'état de nuire les collaborateurs de l'islamisme, qui concernent le présent et le futur. Toute faiblesse envers les terroristes et candidats-terroristes renforce le terrorisme. Il n'est pas de saison de dénoncer les collabos du temps des guerres napoléoniennes ou d'autres conflits passés. Il y a les menaces présentes et grandissantes de l'islamisme, et de ses milliers de collaborateurs dans les pays qui préfèrent la liberté de penser à la théocratie.

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