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Jean C. Baudet

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Les erreurs de la science

14 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Epistémologie

Les erreurs de la science

Mon dernier livre vient de paraître ! Trente-sixième titre, si ma comptabilité est à jour, et sans tenir compte de quelques brochures auto-éditées (par exemple mon roman "Les mystères de Konioss"), d'articles dans des revues et magazines, de billets dans le quotidien belge "L'Echo" (2008-2009, si ma mémoire est bonne), de poèmes et nouvelles dans des revues littéraires, et de plus de 500 billets de (méchante) humeur dans ce blog. Bref, une oeuvre "culturelle" pour démontrer l'inanité de la "culture" (voir billet précédent).

Néanmoins (et oreilles en plus, j'aime bien cette expression de San Antonio), je continue, et donc voici que vient de sortir de presse "Les plus grandes erreurs de la science", chez l'éditeur La Boîte à Pandore (Paris, 237 pages).

Il s'agit en fait d'une réédition mise à jour de "Curieuses histoires de la science - Quand les chercheurs se trompent", ouvrage paru chez Jourdan (Bruxelles) en 2010 et qui fut bien accueilli par le public, d'où la réédition.

Il s'agit à la fois d'un recueil d'historiettes édifiantes, parfois cocasses et parfois horrifiques (la transfusion sanguine d'un mouton à un homme au XVIIème siècle !), et d'un essai de réflexion épistémologique : comment la science peut-elle progresser, alors que les hommes, même les plus savants du monde, peuvent se tromper, prendre des vessies pour des lanternes, être hallucinés (voir l'incroyable histoire de la "découverte" des rayons N), être menteurs et faussaires ?... Bref j'ai voulu, à partir de 25 "grandes erreurs" (depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours) de la recherche scientifique, examiner concrètement, sur le terrain de l'Histoire, la "grande question" de la Vérité et de l'Erreur.

A une époque sans doute cruciale pour le sort de l'Humanité de résurgence du "spirituel" avec les manifestations odieuses d'obscurantisme et de fanatisme que nous révèle l'Actualité, il est nécessaire de réfléchir sérieusement à l'origine et à la valeur des "discours de vérité". La science n'est pas infaillible, elle peut se tromper, mais elle reconnaît ses erreurs et progresse en les éliminant. Je ne vois pas, hélas, les religions et les idéologies (qui possèdent chacune la Vérité Unique Absolue), remettre en cause leurs dogmes les plus "sacrés".

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La culture et Patrick Modiano

11 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Culture, #STI

Je pense ici à la culture qui s'oppose à la STI (science-technique-industrie), et non au sens anthropologique du mot "culture". Je pense à cette culture que les hommes importants ou qui se croient importants étalent comme de la confiture. Qu'est-ce que c'est ? Quelle est la détermination ontologique du "culturel" ? Il est facile de répondre phénoménologiquement, pour peu que l'on ait eu l'occasion de faire l'expérience (le vécu) de la lecture d'un roman ou de la visite d'un musée. Car lire un texte de Patrick Modiano, écouter un concerto brandebourgeois ou contempler un fétiche nègre, c'est toujours passer son temps, c'est toujours s'oublier, oublier sa propre existence pour porter toute son attention et la totalité de ses affects à un réel qui nie le Réel, ou qui du moins le met entre parenthèses, le temps d'un concert ou d'une projection cinématographique. Car vivre avec Roméo et Juliette ou avec l'Etranger de Camus, c'est précisément oublier sa propre vie, c'est se laisser captiver par une occupation qui occulte les préoccupations de l'être-là-pour-souffrir. Admirer les phrases de Modiano, c'est oublier ses dettes et ses hémorroïdes, et Baudelaire, le Grand Cultivé, disait qu'il faut s'enivrer, c'est-à-dire dénier et oublier.

C'est en ce sens que les axes du scientifico-industriel et du culturel sont rigoureusement inverses, le premier se dirigeant vers une appréhension toujours plus rapprochée du Réel, quoique dans l'Angoisse, le second s'éloignant toujours plus des réalités, avec les deux ingrédients inséparables de l'imaginaire (ce que l'on imagine et qui n'est pas) et du sentiment (ce que l'on désire et qui n'est pas). Jusqu'au délire et à l'aliénation libératrice (on a assez remarqué la complaisance pour la folie et pour les primitifs dans la culture postmoderne). Combien de Grands Ecrivains n'ont-ils pas célébré les psychopathes et le dérèglement de tous les sens ?

On comprend alors que la modernité ait entraîné l'Art dans des rejets véhéments, avec une conviction d'autant plus hargneuse que les progrès de la STI devenaient plus spectaculaires. La Musique a rejeté la mélodie et l'harmonie, et certaines de ses formes les plus vulgaires ne servent qu'à assourdir (écouter pour ne plus entendre) ; la Peinture a rejeté la figuration ; le Nouveau Roman a voulu éliminer les personnages et les intrigues ; et la Poésie, qui a commencé modestement par rejeter les points et les virgules, est arrivée aux suprêmes délices de l'anéantissement du vers et de la justification signifiante. La Haute Culture du siècle des vidéo-téléphones portatifs est devenue un magma de bruit et de fureur ne signifiant plus rien. On a bien besoin de l'empirisme transcendantal de Gilles Deleuze pour trouver son chemin dans le tohu-bohu du postmodernisme.

Dans ce sens que j'ai retenu, on peut l'affirmer : "toutes les cultures se valent". Elles sont égales à zéro !

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Science et culture

10 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Culture, #STI

L'étude de l'histoire des sciences m'a conduit, déjà dans les années 1980, à comprendre le lien épistémologique qui lie la science (S) à la technique (T), et la fréquentation du monde belge des ingénieurs me montrait aussi l'évidente relation entre la technique et l'industrie (I), ce qui m'incita à forger le concept de STI. C'était aussi une réaction au pseudo-concept de "technoscience" proposé, dans les années 1970, par le philosophe américain Don Ihde. La STI est un ensemble d'attitudes (la méthode scientifique, la gestion d'entreprise...) et de productions (hypothèses, théories...) ayant la mathématique pour "noyau dur", celle-ci étant une extension de la logique, elle-même systématisation de l'empirie (et remontant à Aristote et à ses précurseurs comme Parménide). Je me suis rendu compte plus tard que la STI n'apparaît dans toute sa profondeur qu'au XVIe siècle, avec l'apparition de l'instrumentation.

Les "preuves" de la STI sont innombrables, et le moindre produit de l'activité économique montre ses rapports obligatoires avec les lois mathématiques (comptabilité, par exemple). La logique permet, à partir du concept de STI de construire celui de non-STI, qui rassemble toutes les productions "culturelles" ou "intellectuelles" que l'on ne peut pas ranger dans la STI : mythes et religions, rites et folklores, musique et autres arts, littérature, et même une grande partie des "sciences humaines" qui sont souvent plus littéraires que scientifiques...

J'appelle "culture" (sensu stricto) la non-STI, étant bien conscient que dans le vocabulaire courant le mot "culture" (sensu lato) peut englober la STI. Cette dualité est la systématisation philosophique d'un antagonisme que l'on trouve déjà chez Pascal (le coeur de la "culture" et la raison de la "science"), d'une psychologie rudimentaire que l'on connaît déjà au lycée quand on appose les lettreux aux matheux, et l'on peut même remonter aux premiers temps de la pensée grecque, quand les Hellènes inventaient leurs dieux. Car Homère, Hésiode et les premiers penseurs de l'hellénisme ont bien compris en quoi s'opposaient les déesses rivales Aphrodite et Athéna, la première déesse "de la beauté et de l'amour", la seconde étant la déesse "de l'intelligence et de la guerre". Bref, dans une pensée encore mystique, la sourde compréhension de la dualité des facultés mentales humaines : l'intelligence liée à la vérification d'une part, le sentiment lié à l'imagination d'autre part.

Ainsi l'épistémologie est un approfondissement de la psychologie qui doit éviter le psychologisme. Il est très stimulant d'apprendre que les sciences neurocognitives d'aujourd'hui reconnaissent la dualité (intellective et émotive) du système nerveux central. Popper avait sans doute raison, mais insuffisamment. Le "scientifique" (au sens STI) est vérifiable, toujours orienté vers le réel, le "non-scientifique" (le religieux, le poétique, le littéraire, l'artistique) est invérifiable, toujours porté vers l'espoir...

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Ce que je crois

7 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Aphorismes

Dans les années 1950, l'éditeur Grasset a publié une collection "Ce que je crois", dans laquelle il donnait la parole à quelques intellectuels en vue afin qu'ils exprimassent leurs convictions. Je me souviens avoir, dans mon adolescence, particulièrement apprécié le volume rédigé par le biologiste Jean Rostand, qui affirmait, dans le style clair et avec l'ironie délicieuse d'un Descartes ou d'un Voltaire, son matérialisme et son athéisme, au grand scandale de nombreux lecteurs. Je ne trouverais pas, en notre siècle pudibond, "spirituel" et droits-de-l'hommiste, d'éditeur pour publier mon "Ce que je crois". Car la France de François Hollande et de Bernard-Henri Lévy (et a fortiori la Belgique de Geluck et d'Annie Cordy) s'étranglerait d'indignation en apprenant ce que je crois.

Car je pense, après plus de cinquante années de lecture, de travail philosophique (de déconstruction de la phénoménologie et de l'existentialisme) et d'écriture, que :

la science est l'unique chemin de connaissance,

la technique est ce qui distingue l'homme de la bête,

l'industrie est la seule gloire de l'Humanité,

les religions et la "spiritualité" sont "le sale de l'homme",

la littérature n'est pas autre chose qu'un divertissement, comme le bilboquet ou le jeu de quilles,

de nombreux poètes belges célébrés par les instances de promotion des "lettres belges" sont des imposteurs,

toutes les cultures ne se valent pas, et la culture des Anglais au XVIIIe siècle fut supérieure, par exemple, à celle des Romains sous Claude ou sous Caligula,

une collectivité humaine ne doit pas dépenser plus que ce qu'elle gagne,

une collectivité humaine doit soutenir ses producteurs à produire des biens (utiles) et des services (nécessaires),

une collectivité humaine doit inciter ses consommateurs à devenir producteurs,

la "dignité humaine" n'existe pas plus que celle du ver de terre, mais si elle existait elle serait la recherche du savoir et la maîtrise de la production,

l'énergie nucléaire était une chance pour la Civilisation, mais les civilisés ont préféré les fantasmes de l'Espoir aux données de la Science,

l'homme n'est pas plus "sacré" qu'un morpion ou qu'un moustique,

il faut aimer son prochain moins que soi-même et plus que son lointain,

l'union des Européens et plus largement des Civilisés est le seul espoir de la France, hélas...

la France va bientôt disparaître, physiquement sous les inondations et culturellement du fait de l'immigration musulmane.

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Jacques Delga et l'immoralite

5 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Ethique

Les éditions L'Harmattan (Paris) viennent de publier un livre bien intéressant, intitulé "De l'immoralité ou de la difficulté d'approche de la morale humaine" (259 pages). Jacques Delga, juriste spécialiste du droit de l'entreprise, s'est entouré d'une demi-douzaine de représentants des "sciences humaines", pour composer un ouvrage forcément quelque peu disparate, mais où l'on trouvera d'utiles réflexions sur la morale, en effet "difficile".

Un livre très utile, souvent plus concret (l'avocat sans scrupule, la pénalisation de la prostitution...) que philosophique, destiné à ceux qui rêvent de morale et qui sombrent trop souvent dans le moralisme gnan-gnan de la Pensée Unique...

Au fait, la morale, rebaptisée éthique (mais cela n'y change rien), est-elle seulement possible ? Depuis l'analyse de la généalogie de la morale par Nietzsche et ses continuateurs, nous avons compris son impossibilité. Car une morale ne peut s'imposer universellement que si elle est universelle, c'est-à-dire si elle découle d'un "impératif catégorique" qui s'impose absolument, et qui n'est pas le simple effet d'une pression sociale de valeur évidemment relative. La morale absolue doit être la conséquence d'une ontologie absolue, et comme les philosophes sont encore loin d'avoir atteint la certitude ontologique, les conséquences éthiques de l'Être s'écroulent avec le "voilement de l'Être" pour parler comme Heidegger. Si l'homme est un être "sacré", il faut condamner le meurtre. Mais si la sacralisation de l'humain est un fantasme, à partir de quoi prétendre "tu ne tueras point" ?

Et pourtant, il faut bien vivre, en société, et donc il faut des règles pour "vivre ensemble". Ainsi, si une éthique transcendante est impossible, une éthique "pragmatique" est nécessaire. On sait qu'un Sartre, notamment, a tenté de construire une telle morale sans transcendance (sans essence humaine...), et qu'il est retombé dans la tradition compassionnelle et sentimentale qui va des prophètes juifs de l'Ancien Testament à leurs héritiers du socialisme.

Ayant renoncé à l'Absolu absolu, je trouve un Absolu relatif dans l'examen critique de l'évolution de la Pensée, cet absolu étant le complexe STI (science-technique-industrie), qui relie fortement la raison du Moi à la spontanéité exubérante du non-Moi (le Monde, et l'Être aussi bien). Car en cinq mille ans de pensée (depuis l'invention de l'écriture), seule la STI offre des possibilités de consensus universel, ce qui ne constitue pas un absolument absolu, mais au moins un absolu opérationnel. Il est banal de dire que 7 milliards de personnes fort diverses culturellement (la culture est la non-STI) utilisent ou envisagent d'utiliser un téléphone portatif ou un vélocipède, qui sont des réalisations (des passages du réel décrit au réel construit) de la STI. On ne trouve un tel consensus dans aucun domaine de la culture (choix politique, religion, musique, etc.). Certains me rétorqueront que c'est dérisoire, que ce sont des "gadgets". Ah bon, c'est "dérisoire" de permettre aux hommes de boire (pompes) et de manger, de se déplacer et de communiquer ?

Les "hommes de bonne volonté" qui doivent construire l'éthique relative de demain n'ont pas d'autre point de départ indiscutable que le noyau dur de la STI : "on n'a rien pour rien". Il faut choisir entre une nouvelle Renaissance et un nouveau Moyen Âge. L'explosion démographique (l'immoralité par excellence !) me fait craindre qu'il sera plus facile de retomber dans la sorcellerie et les comportements barbares que dans une nouvelle naissance de l'Art (Botticelli, Monteverdi), de la Poésie (Ronsard) et de la Science (Galilée)... et de la Politique (Machiavel).

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Jacques Richard chez les Wallons

3 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Wallonie

J'étais, avant-hier, à la réunion mensuelle de l'AREAW, l'Association royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie, qui se tient à Bruxelles, se déroulant selon une immuable liturgie, avec d'abord les trois coups de trois présentations de livres (l'offertoire), suivis de l'ardente communion des fidèles adorateurs de la Grande Littérature, avec le sacrifice rituel de quelques bouteilles de vin rouge et de vin jaune, aux couleurs de la Wallonie. Libations exaltantes, mais je me suis contenté de quatre verres de chardonnay.

Je n'ai lu aucun des trois livres présentés, et ce qui suit n'a donc pas valeur de critique littéraire ou philosophique, je ne songe qu'à graver ce moment de "convivialité" et de frémissement sentimental entre écrivains (et écrivants, ajouterait une méchante plume, mais l'on me sait respectueux de presque tous les représentants de l'espèce humaine) dans la mémoire électronique de mon blog.

Premier acte : de Philippe Marchandise, "Le jour de l'amélanchier", roman présenté, avec beaucoup de finesse et de bienveillance, par Eveline Legrand. C'est l'histoire de l'auteur qui a subi une opération cardiaque et qui raconte sa convalescence en regardant l'amélanchier de son jardin, arbre aux fleurs blanches de la famille des Rosaceae, comme chacun sait, et que les non-botanistes et les gens sans vocabulaire appellent "poirier sauvage". Bref une étude psychologique sur l'espoir de guérir.

Deuxième acte : de Nathalie Boutiau, "Le silence de Jimmy", roman présenté par le poète Thierry-Pierre Clément, avec un bel enthousiasme. C'est l'histoire d'un petit garçon, Jimmy, qui est dans le coma. Bref une étude romanesque sur l'espérance de vivre.

Troisième acte : de Jacques Richard, peintre et écrivain, "L'homme peut-être", recueil d'une trentaine de nouvelles présenté par Michel Ducobu, écrivain sensible et érudit coutumier des présentations à l'AREAW. L'auteur explique qu'il a travaillé en s'inspirant des Variations Goldberg de Bach, ce qui situe d'emblée son niveau d'exigence. Et l'échange est animé entre Ducobu et Richard, le premier voulant situer le second à la fois dans le sillage du Nouveau Roman et dans la survivance du surréalisme, le second se défendant bien d'un quelconque jeu surréaliste, et affirmant son attachement à l'écriture de Thomas Owen.

Bref, encore : deux livres sur l'espoir écrits avec de bons sentiments, et un livre de littérature-peinture qui décrit l'homme et le monde comme ils sont, ou plutôt comme ils paraissent être, ou peut-être les deux et encore autre chose. Pas de la philosophie à soixante-quinze centimes, m'a-t-il semblé (je répète que je n'ai pas lu le livre), mais de la littérature. Les philosophes, les convalescents et les parents d'enfants malades ne sont pas les seuls à s'interroger sur ce qui nous attend vraiment.

Peu de monde, mais j'ai eu le plaisir de revoir Isabelle Fable, Isabelle Bielecki, Mireille Dabée, Noëlle Lans...

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Qu'est-ce que la philosophie ?

25 Septembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Moi

La philosophie est la recherche du bonheur. L'homme-fondateur-de-la-philosophie, dans sa naïveté primitive, possède au moins deux idées, encore confuses, celle de son existence (son Moi) et celle de la souffrance (le non-Moi, le Monde d'où viennent les douleurs). C'est dire que le Moi et le Monde sont intrinsèquement liés dans le développement de la conscience qui mènera au projet philosophique. La dualité du Moi et du non-Moi est la source de la conscience, et le désir (de souffrir moins) est le moteur de la recherche que nous appelons "philosophie". Si nous acceptons la tradition universitaire, nous situons cet avènement de la pensée philosophique (autocentrée et disposant à l'action : que dois-je "faire" pour être heureux ?) au temps de Thalès de Milet, il y a 2 600 ans. Mais ce commencement est reproduit, revécu, par chaque philosophe authentique, qui ne se soucie pas d'abstractions comme "le bonheur de l'Humanité" ou "l'avenir du genre humain", mais qui cherche dans la déréliction et l'angoisse à adoucir son destin.

La philosophie est donc d'abord découverte du Moi (et du non-Moi, inséparablement), et le "cogito" cartésien n'est qu'une répétition (magnifiée par l'admiration scolaire confondant philosophie et littérature) de cette épiphanie du Moi à la conscience. En termes historiques ou sociologiques, la naissance de la philosophie est ainsi l'avènement de l'individualisme, la sortie du tribalisme, la rupture conscientisée du lien social, le rejet des traditions de l'ère mythique. Car le mythe naît chez l'homme membre d'une horde, quand la philosophie naît chez l'homme solitaire, ayant éprouvé la solitude dans l'expérience de la douleur. Le mythe est un discours qui s'adresse au public de la tribu, quand la philosophie est un discours qui s'adresse au(x) philosophe(s).

En termes psychologiques, c'est-à-dire biochimiques (maturation du SNC, développement du système endocrinien...), la prise de conscience du Moi correspond à la crise de l'adolescence.

La dualité du Moi et du Monde détermine aussi (et limite) les moyens du philosophe pour accomplir son œuvre : la réflexion, qui naît en Moi (le "logos" des Grecs, la "ratio" des Romains, peut-être la "Vernunft" de Kant), et l'observation, dirigée vers le Monde.

Le truchement permettant de passer de Moi au Monde (de la réflexion à l'observation) se développe dans le langage, au risque permanent de prendre les mots pour des choses (poésie) ou les choses pour des mots (religion). L'invention du langage, qui conduit au mythe avant de permettre la naissance de la philosophie (on pense avec des mots), est comme la crise d'adolescence de l'Humanité.

L'homme libre, c'est-à-dire libéré, s'est débarrassé des pesanteurs de la tribu (les rites, le sacré, les morales) et des lourdeurs des mots de la tribu (les mythes, l'autre-Monde, les religions), pour se retrouver seul, disposant de la réflexion, de l'observation et d'un vaste vocabulaire, pour découvrir qu'il est le résultat mystérieux d'un passé qu'il subit et qu'il est condamné à poursuivre son existence et sa recherche plus ou moins lucide du bonheur dans un futur qu'il ignore.

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Michel Udiany et les mondes imaginaires

24 Septembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

C'est une excellente idée de consacrer un ouvrage aux mondes imaginaires, l'Atlantide, le pays de Cocagne, Sodome, Gomorrhe, le Jardin des Hespérides, etc. C'est ce qu'a réalisé Michel Udiany en publiant un livre intéressant et captivant, qui vient de paraître : "L'Histoire des mondes imaginaires" (Jourdan, Paris, 411 pages). Le style est vigoureux et viril, ainsi cette petite phrase (qui vaut son pesant d'épistémologie et d'herméneutique) : "Derrière un mythe se cache le plus souvent une majestueuse couillonnade". La documentation sur laquelle se base l'auteur est remarquable, exploitée sans pédanterie.

Le livre d'Udiany est d'abord une suite de récits (26 chapitres) qui, joyeusement, nous entraînent à rêver aux voyages d'Ulysse, à la grandeur et à la décadence des Atlantes, au périple des Argonautes. Mais il y a au fond du livre une "substantifique moelle", qui est l'occasion de réfléchir à l'élaboration des mythes. Qu'il s'agisse d'élaborer le mythe d'Adam et d'Eve, ou le mythe d'Ulysse et de Pénélope, ou le mythe du commissaire Maigret, toujours il y a à l'origine l'émotion et l'imagination d'un auteur (dont l'histoire a retenu ou a oublié le nom). Le mythe - mondes imaginaires ou autre chose - est ainsi la source à la fois des religions et des littératures. De deux "majestueuses couillonnades", pour employer le vocabulaire sonore de Michel Udiany.

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Pourquoi j'aime tant les ingenieurs

21 Septembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Ingénieur

J'ai publié trois livres consacrés à la profession d'ingénieur : "Les ingénieurs belges" (APPS, Bruxelles, 1986), "Introduction à l'histoire des ingénieurs" (APPS, 1987), et tout récemment "Les plus grands ingénieurs belges" (La Boîte à Pandore, Paris, 2014).

J'utilise le mot "ingénieur" non pour désigner, dans un sens juridico-administratif, les porteurs d'un diplôme d'ingénieur, mais pour noter un concept en éditologie. Le concept de STI (science-technique-industrie) implique trois concepts sociologiques dérivés, qui sont 1° les acteurs de la science (les "savants innovateurs", les "chercheurs qui ont trouvé"...), 2° les acteurs de la technique (les "ingénieurs"), 3° les acteurs de l'industrie (les "entrepreneurs", ou mieux les "patrons" pour tenir compte de l'analyse marxiste). L'ingénieur, au sens où je l'entends, est ainsi un double interface, épistémologique (entre la science et l'industrie, d'où l'expression commune de "sciences appliquées") et sociologique (entre le patronat et la classe ouvrière).

On notera d'ailleurs que les deux plus grands ingénieurs belges, qui ont véritablement "changé le monde", sont Lenoir (l'automobile) et Gramme (les courants électriques de forte intensité), et qu'ils n'avaient aucun diplôme. Mais il faut tempérer cette remarque. C'était des inventeurs du XIXe siècle, au tout début de la transformation de la technique en technologie. Aujourd'hui il paraît impossible, dans n'importe quel domaine de la STI, de faire une avancée significative, sans une formation scientifique suffisante.

L'idée que l'ingénieur est au centre de la STI et qu'il est "actif" a d'intéressantes conséquences éthiques. Dans une société avancée, les ingénieurs doivent organiser la production et la distribution des biens et services indispensables pour répondre aux besoins humains, et "répondre aux besoins humains" est l'acte éthique par excellence. Dans une société en régression (par exemple la France de François Hollande), la formation d'ingénieurs est remplacée par la formation d'experts en communication : les producteurs cèdent la place aux néo-sachems, aux néo-chamanes et aux prophètes du "tout ira mieux en augmentant le pouvoir d'achat et en diminuant le temps de travail".

L'ingénieur, héros éthique ? Oui. Et que l'on ne vienne pas me parler, avec des larmes dans les yeux, de la pollution ! Car pour lutter contre la pollution par les usines, il n'y a qu'un moyen : faire construire, par des ingénieurs, des.. usines de dépollution.

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Penser la Belgique avec Vincent Laborderie

19 Septembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Belgique

Le numéro 40 de la revue française de géopolitique "Outre-Terre" vient de sortir de presse ! Cette livraison de 394 pages, agrémentée de nombreuses cartes en couleur, est entièrement consacrée à la Belgique, sous le titre volontairement ambigu "(Dé)blocage belge". Orchestré par Vincent Laborderie (de l'Université Catholique de Louvain, à Louvain-la-Neuve), cet ouvrage rassemble de nombreuses contributions qui éclairent différemment la situation politique actuelle du royaume de Philippe, et je note parmi les contributeurs les presque inévitables, et très savants, Pascal Delwit (Université Libre de Bruxelles) et Dave Sinardet (Vrije Universiteit Brussel). Soit dit en passant, "vrije", en flamand, veut dire "libre". Il y a donc deux universités "libres" dans la capitale de l'Europe, ce qui est réjouissant si, comme je le suppose et l'espère, libre veut dire libéré de toute tradition religieuse et de tout préjugé idéologique !!! Ce n'est pas dans une université, même subventionnée par l'Etat, que l'on cultive une "Pensée Unique"...

Ce volume apporte vraiment une abondante matière pour aider à la compréhension de la Belgique, pays petit par sa taille et grand par sa complexité (et par les œuvres de certains Belges, voir mon livre "Les plus grands Belges", La Boîte à Pandore, 2014). Sont particulièrement intéressantes les interviews de politiciens effectuées par Laborderie : Jean-Luc Dehaene, Gérard Deprez, François-Xavier de Donnéa, Karl-Heinz Lambertz.

J'ai apporté à cet ouvrage une très modeste contribution (4 pages) intitulée "De l'âme belge à la belgitude". Malicieusement, l'éditeur a placé mon texte tout à la fin, ce qui fait que, s'agissant de la Belgique, le numéro 40 d'Outre-Terre se termine ainsi : "C'est en combinant un certain oubli de l'histoire, la forclusion de la Flandre littéraire et artistique, de même que la valorisation du dérisoire que l'intelligentsia belge de langue française s'est donné une spécificité, mi-réelle mi-rêvée". La Belgique ne serait-elle qu'un songe ?

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