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Jean C. Baudet

Articles récents

Le primat de la Technique

14 Décembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Technique

L'idée fondamentale à la base de tout mon travail philosophique est particulièrement simple et totalement évidente, c'est la constatation que l'humanité (le caractère distinctif de l'animalité) est la conséquence de la Technique, que c'est l'outil qui a créé l'homme. Je ne sais pas encore avec certitude si chez l'homme l'existence précède l'essence (Heidegger, Sartre), mais ce qui me semble certain c'est que chez tout homme la Technique précède l'existence. Etre, c'est d'abord vivre, et l'on ne peut vivre qu'en mangeant, et il faut des moyens "techniques" pour se procurer de la nourriture. Le plus acharné de mes contradicteurs, après son déjeuner ou son petit déjeuner, ne pourra pas le nier, la Technique est primordiale, dans le sens fort et ontologique du terme : elle fonde l'humain. Et le plus fanatique des spiritualistes, qui me répétera, dans les transes de la foi, que c'est un dieu qui a créé l'homme, ne nie pas que l'homme a besoin de riz ou de pain, et que les aliments ne peuvent être produits que par la Technique (voir, chez les chrétiens, le très significatif miracle de la multiplication des pains).

Cette idée semble à d'aucuns vulgaire, voire simpliste, et cette "vulgarité" a nui à la diffusion de ma philosophie. Les intellectuels germanopratins préfèrent méditer sur l'inconscient (Freud), sur la liberté (Sartre) ou sur le plan d'immanence (Deleuze) plutôt que sur les locomotives, les métiers à tisser ou les lampes à pétrole. Le parisianisme préfère parler de concepts que de réalités. Mais ce dédain pour la technique (et pour la science qui en découle, Heidegger ne disait-il pas que "la science ne pense pas") est instructif. Cette forclusion des réalités techniciennes par la majorité des "penseurs" (même Bachelard n'a pas écrit un seul paragraphe sur la technique), est révélatrice : l'homme pensant veut ignorer ses origines, il veut s'halluciner en croyant que le propre de l'homme est dans la pensée, dans le langage, dans le rire, dans la culture...

Certes, l'Humanité ne vit pas que de tenailles, d'arbres à cames et de pétrochimie, elle a aussi besoin de rêves, et elle a inventé la démocratie (qui, au fond, est d'abord une technique de gestion des conflits sociaux), la musique (qui est peut-être d'abord une technique de lutte contre l'ennui) et les contrepèteries. Mais, d'abord et avant tout, pour son existence même, elle a d'abord besoin d'outils, de machines et de systèmes technologiques.

J'aurais bien aimé fonder ma réflexion sur des constatations plus exaltantes, sur l'enthousiasme nietzschéen du sur-homme ou sur la détestation évangélico-marxisto-socialiste des riches, par exemple. Mais je n'ai trouvé, pour distinguer l'homme de la bête, que la Technique (dont dérivent les rites et les religions, les mythes et la philosophie et la science, les littératures et les beaux-arts). Mais je n'ai trouvé comme signe distinctif que l'intelligence créatrice d'instruments permettant à l'homme (ce singe technicien) de résister aux persécutions de la nature, et d'abord à celles de son estomac.

Simpliste ? Dites-le à un affamé, si c'est simpliste de "trouver" à manger...

Sur la Technique, voir mes livres :

- 2003 : De l'outil à la machine,

- 2004 : De la machine au système,

- 2005 : Le signe de l'humain - Une philosophie de la technique,

- 2011 : Curieuses histoires des inventions.

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Histoires belges

12 Décembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Belgique

J'ai fait paraître, sans compter quelques articles dans des revues, cinq livres consacrés à divers aspects de l'histoire de la Belgique, petit royaume (11 millions d'habitants) n'existant que depuis 1831, enclavé entre la France et l'Allemagne, les deux pays qui ont dominé l'histoire de l'Humanité pendant quelques siècles. Maintenant, c'est fini, la France et l'Allemagne étant en voie de sous-développement. Quant à la Belgique, elle est ravagée par les grèves et les discours haineux contre ceux qui tentent de produire, et elle va disparaître par islamo-socialisme multiculturel.

Ces livres sont "Les ingénieurs belges" (1986), "Histoire des sciences et de l'industrie en Belgique" (2007), "A quoi pensent les Belges ?" (2010), "Les plus grands Belges" (2014), "Les plus grands ingénieurs belges" (2014). A ce jour, mes deux ouvrages sur les ingénieurs sont les seules études qui existent sur l'histoire de cette profession dans l'historiographie de la Belgique.

J'ai tenté de remettre à leur place quelques "gloires nationales", mais je ne me suis pas empêché d'écrire en toute subjectivité, l'histoire n'étant pas une science exacte. Mais c'est plus qu'un travail littéraire, c'est une tentative de réflexion sur l'importance relative des personnages historiques. Emile Verhaeren est-il plus ou moins important que Lucien Noullez ou qu'Yves Namur ? Ernest Solvay est-il plus ou moins important que le Grand Jojo ou que Michel Ducobu ? Ilya Prigogine est-il plus ou moins important qu'Isabelle Bielecki (deux Belges d'origine russe) ? René Magritte est-il plus ou moins important que Louis Mathoux ? Chaïm Perelman est-il plus ou moins important que Michel Meyer ? Adolphe Sax est-il plus ou moins important que Jacques Van Rillaer ? Les banquiers sont-ils plus importants que les syndicalistes ? Les philosophes (rares en Belgique) sont-ils plus importants que les chanteurs de music-hall ?

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Les elements chimiques

11 Décembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Chimie, #Histoire

Dans mon livre "A la découverte des éléments de la matière" (Vuibert, Paris, VI+170 pages), j'ai reconstitué l'histoire des découvertes successives des éléments chimiques (une centaine !). Je me suis attaché tout particulièrement à montrer les chemins par lesquels les chimistes sont passés pour, à partir de l'idée de "corps simple" (Antoine-Laurent de Lavoisier, 1789), aboutir au tableau des éléments de Dimitri Mendéléev (1869). J'ai repéré et analysé les travaux de quelques précurseurs de la classification "périodique", tels que Johann W. Döbereiner, Leopold Gmelin, John A.R. Newlands, William Odling, Alexandre-Emile Béguyer de Chancourtois, et quelques autres.

Véritable roman de l'aventure de l'esprit humain aux prises avec le Réel, ce livre raconte des faits passionnants et des idées parfois étonnantes. Son intérêt épistémologique est évident, puisqu'il montre concrètement (j'ai travaillé à partir des textes mêmes des auteurs) comment se fonde et se vérifie une théorie scientifique. Et il s'agit d'une théorie particulièrement importante, puisqu'elle est devenue la base de toute la chimie. Je montre, en particulier, le rôle décisif des observations quantitatives : détermination des masses atomiques.

Les enseignants de physique et de chimie (et aussi de philosophie) verront aussi l'intérêt pédagogique d'une telle recherche. Pour "expliquer" le tableau de Mendéléev, quoi de mieux que de montrer comment, dans l'histoire de l'Humanité, il s'est réellement construit ?

Quant au grand public, il aura l'occasion de comprendre la différence qu'il y a entre une proposition "scientifique" et une fumisterie. A notre époque, ça peut servir !

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Marre de la Pensee Unique !

1 Décembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique

Est-ce que l'Humanité comporte 7,4 milliards d'individus, oui ou non ?

Est-ce que la France comporte 0,06 milliard d'individus, oui ou non ?

Est-ce que les salaires sont plus élevés en France qu'en Chine, oui ou non ?

Est-ce que la compétitivité des entreprises dépend des salaires, oui ou non ?

Est-ce que le terrorisme islamiste est en progrès depuis 40 ans, oui ou non ?

Est-ce que l'Humanité comporte 1,5 milliard de musulmans, oui ou non ?

Est-ce que les terroristes islamistes sont de confession musulmane, oui ou non ?

Est-ce qu'en multipliant les grèves on crée des emplois, oui ou non ?

Est-ce que la mer Méditerranée touche le territoire français, oui ou non ?

Est-ce que la République française est criblée de dettes, oui ou non ?

Est-ce que les catastrophes naturelles détruisent des richesses, oui ou non ?

Est-ce que le vandalisme et les sabotages détruisent des richesses, oui ou non ?

Est-ce que les intellectuels doivent chercher la vérité, oui ou non ?

Est-ce que la courbe du chômage va s'inverser prochainement, oui ou non ?

Est-ce que le fanatisme religieux va disparaître prochainement, oui ou non ?

Est-ce que la population humaine diminue malgré deux guerres mondiales, plusieurs génocides, de nombreuses famines, la tuberculose, le cancer, l'obésité, les déficiences mentales, le sida, l'ébola, les fièvres aviaires ?

Est-ce que les intellectuels sont capables de répondre à ces questions sans être emportés par une hystérie idéologique due à la une structure présuppositionnelle engendrée par des conditionnements d'origine émotionnelle et non intellective, et sans agiter compulsivement les fétiches des droits-de-l'homme, de la démocratie, de l'herméneutique (Gadamer), de la médiologie (Debray), de la problématologie (Meyer), de la "différance" (Derrida), de l'éthique (Badiou) ?

Est-ce que les penseurs submergés par les masses humaines sont encore capables de penser, avec pour avenir la violence démographique et pour horizon la souffrance ?

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Poeme en prose dans le metro

25 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poème

Je cherche le bonheur dans le métro station Trône station Porte de Namur vers Odéon et Château d'Eau dans les barrières à ouverture automatique l'acier inoxydable et le plastique coloré dans la foule qui s'écoule comme une houle ou mieux encore comme une boule qui roule dans les odeurs de caoutchouc brûlé et les lumières saturantes dans la savane congolaise ou angolaise parmi les éléphants et les préoccupations de la vie courante avec les banquiers les notaires le plaisir sexuel et les quatuors à cordes tendues et un repas rapide dans un restaurant minable avec un serveur pas très accort près de la station Sèvres-Babylone vers Opéra et le boulevard des Italiens et je cherche dans les longs couloirs et la foule ici moins dense la direction vers la Porte des Lilas qu'en pensez-vous que je dois m'arrêter et pénétrer dans l'échoppe de ce marchand de journaux pour feuilleter deux ou trois magazines aux nouvelles illustrées du sourire de François Hollande et de l'air inspiré d'Alain Badiou en tutu rose et la reine d'Angleterre jouant au tennis avec Christine Lagarde ou croyez-vous que je devrais plutôt boire un café dans un café ou tenter de me souvenir de l'air de la chanson et de la douceur de sa peau débarrassée du chemisier blanc décoré de broderie anglaise dans sa chambre inondée de soleil et pensées roses extrêmement agréables et détente salvatrice comme un alléluia plein de grâces que votre règne arrive en pensant à la relativité du temps et du cassoulet avec un beau morceau de poitrine de porc et du vin noir de Cahors dans les mondes parallèles qu'en dites-vous si ce n'est pour devenir moins jeune et le cancer de la vessie ou le couteau sanglant de l'assassin ou les idées qui passent en faisant mal nonobstant les douceurs du printemps rue Croulebarbe ou place Jussieu avec un verre de sauvignon et trop de cigarettes sans huile de palme pur sucre au matin blême chargeant de poudre noire mon arquebuse c'était au temps de Louis le treizième parmi les mousquetaires et les précieuses.

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Art, philosophie, psychiatrie

19 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

En rangeant mes notes de lecture, je retrouve cette phrase de Gilles Deleuze : "L'art pour son compte, même littéraire, ne peut avoir le même objet que la philosophie. Il conserve l'événement non pas comme sens dans des concepts, mais comme sensation dans du percept et des affects". Cela met à mal la prétention, née avec le romantisme et encore présente chez de nombreux artistes contemporains, d'être des "explorateurs de l'indicible" et des "chercheurs de sens". C'est en somme la confusion platonicienne entre le Vrai et le Beau, qu'il importe de repenser. Pour ce qui est de l'art "littéraire", c'est-à-dire essentiellement de la poésie, la confusion est d'autant plus tentante que le poète - comme le philosophe - n'a pour seul outil que le langage, qui est le "lieu de rencontre" de la conscience et du réel, du moi et du non-moi, ou comme le disait Michel Foucault des mots et des choses. Encore faut-il un lien "réel" entre le "réel" et les mots, car sinon ceux-ci gonflent et se multiplient dans le "n'importe quoi". J'ai entamé, en 2006, une analyse critique de la prétention cognitive d'une certaine poésie postmoderne, dans mon livre "Une philosophie de la poésie" (L'Harmattan, Paris, 153 pages). Tout le problème du savoir réside dans le passage de la sensation au sens. Il faut un "garde-fou" pour que le passage ne soit pas fantasmatique. Je suis arrivé à la conclusion (peut-être provisoire) que ce garde-fou est l'instrument (qui permet le passage inverse de vérification du sens à la sensation), ce qui distingue la "science" des autres "systèmes de pensée".

L'examen critique des systèmes de pensée (dans leur construction historique), que j'ai appelé "éditologie" (mais ceci est anecdotique) doit considérer les religions, la philosophie, la science... En recourant aux concepts "physiologique-pathologique","supérieur-inférieur", "avancé-archaïque", l'éditologie rencontre forcément des systèmes de pensée aberrants : le primitif, l'enfant, le mystique, le fou. Ainsi, une approche adéquate de la question épistémologique passe par la psychiatrie, car il est nécessaire de connaître les dysfonctionnements de l'esprit humain pour en déterminer les possibilités. Par exemple, un symptôme fréquent de la paranoïa est le "délire logique", qui consiste à élaborer des discours sans fin, dans une véritable logorrhée, développant "logiquement" des conséquences fantastiques à partir d'idées a priori raisonnables. On doit évidemment s'interroger sur le mécanisme mental du paranoïaque, et examiner dans quelle mesure il explique les productions discursives du mythe, de la poésie "savante", et même de certains philosophes qui "se payent de mots". Le noeud du problème est sans doute la proximité et même l'interdépendance, dans l'esprit humain, du générateur de concepts (l'intelligence) et du générateur d'affects (la sensibilité, l'émotivité et l'imagination). L'approche naturaliste (évidemment décriée par tous les idéalistes : musulmans, chrétiens, animistes, humanistes, etc.) conduit à décrire l'homme comme un animal au cerveau développé, et accorde à ce cerveau la "faculté mentale" qui permet à l'individu de survivre pendant quelques années dans son environnement. Et pour survivre, l'espoir est aussi utile que l'intelligence (c'est l'instinct de conservation de la biologie classique). Depuis peu, la psychiatrie dispose d'un instrument lui permettant d'ajuster ses concepts à la réalité phénoménale : l'imagerie du système nerveux central par résonance magnétique nucléaire.

Pendant que les idéalistes vocifèrent contre les incroyants et en décapitent quelques-uns, les matérialistes localisent de plus en plus finement les zones cérébrales qui créent les concepts et les affects. Tiens, voici une deuxième phrase de Deleuze : "La philosophie n'est pas un discours sur la vie mais une activité vitale, une manière qu'a la vie de s'intensifier". Et Deleuze poursuit : "rien n'est plus pénible que les jérémiades haineuses concernant l'abstraction des philosophes". En effet, comme le disait je crois Lao Tseu : "plutôt que de vociférer contre les ténèbres, allume une petite lumière".

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Emploi et chomage

18 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique, #Economie

Est-ce donc si difficile à comprendre ? Soit une entreprise, en France ou en Belgique, qui fabrique des cravates. Le patron envisage d'engager un employé pendant un an. Il calcule qu'il va devoir, tous les mois, payer à son nouveau collaborateur un salaire S, et qu'il va devoir en outre verser des cotisations C (exigées par les pouvoirs publics) et qu'il devra enfin dépenser des frais F (local, chauffage et éclairage, outillage, administration, etc.). Il va donc devoir "trouver" chaque mois un montant de S+C+F euros. Pour fixer les idées, supposons que S+C+F = 2.000 euros, cela représente une dépense annuelle de 12x2.000 = 24.000 euros.

Pour que l'entreprise ne soit pas en difficultés financières (ce qui, à terme, signifiera la faillite et la perte de tous les emplois de l'entreprise), il faut que le travail effectué par le nouvel employé génère un bénéfice annuel supplémentaire d'au moins 24.000 euros ! Supposons que l'entreprise vende des cravates à 10 euros, avec un bénéfice unitaire d'un euro. Il faudra donc que l'activité du nouvel employé soit telle que le chiffre d'affaires augmente en un an de 240.000 euros, ce qui correspond non pas à la fabrication mais à la vente de 24.000 cravates supplémentaires.

En plus, le chef de l'entreprise doit constituer une réserve financière pour couvrir différents risques. Il se pourrait que le nouveau travailleur tombe malade (maladie réelle ou simulée), et si c'est une femme, elle pourrait devenir enceinte : congé-maladie ou congé de maternité! Il se pourrait aussi, cela arrive, que l'employé se révèle incompétent ou même carrément néfaste, provoquant des sabotages ou organisant des grèves.

Le raisonnement vaut pour n'importe quelle activité économique, qu'il s'agisse de vendre des cravates, des sex-toys ou des bouteilles de bourgogne. Quel entrepreneur, en France ou en Belgique, peut être sûr qu'il va, pendant l'année à venir, trouver un nouveau collaborateur capable de faire augmenter le chiffre d'affaires de 240.000 euros ?

Malgré les nombreux débats télévisés où l'on examine la question du chômage, avec force déclarations néo-libérales ou ultra-gauchistes, je ne vois pas d'économistes ou de journalistes expliquant simplement que "pour engager plus, il faut vendre plus" ! Or, du fait de la formidable explosion démographique, il devient de plus en plus difficile de vendre pour les pays européens, étranglés par une concurrence étrangère toujours plus vive, et dont on ne voit aucun signe d'une baisse prochaine. En France et dans les autres pays avancés, le chômage est là, et il est là pour rester, et même pour croître. La courbe du chômage n'est pas inversable. A moins de diminuer drastiquement S, C ou F !!!

Il suffit d'un peu de bon sens et de la connaissance des deux opérations arithmétiques les plus simples (addition et multiplication) pour comprendre que le chômage est là pour longtemps. Point n'est besoin de macroéconomie et de mathématiques supérieures, et encore moins d'idéologie, pour savoir que pour engager des travailleurs il faut qu'une entreprise augmente ses bénéfices. C'est compréhensible par le premier venu sachant lire et calculer. Il est scandaleux que les politiciens et des intellectuels n'usent pas de plus de pédagogie pour l'expliquer clairement.

On peut d'ailleurs se demander qui exploite qui, des employeurs ou des employés ?

La vérité économique - comme la vérité de la condition humaine dans une nature hostile - est bien sombre, et jamais les lendemains ne chantent. Après avoir visité, plein d'un optimisme touchant, une école primaire et l'exubérance des enfants et le sourire des institutrices, il faut, pour comprendre la vie des hommes, visiter le département des cancéreux dans un hôpital.

Mais "positivons" !... Dans un pays où il y a 20% de chômeurs, il y a 80% de gens capables de travailler qui travaillent effectivement, et qui se nourrissent eux-mêmes et qui nourrissent en outre les enfants, les vieillards, les malades, les handicapés et les chômeurs ! Car, malgré le chômage persistant depuis 1974 (pourquoi cette date, au fait ?), il n'y a pas de famines ni même de disettes en France et en Belgique. Pas encore...

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Mathematique et poesie

16 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Mathématiques, #Poésie

Bachelard écrivit quelque part (je pense que c'est dans "La psychanalyse du feu") que "les axes de la science et de la poésie sont inverses". Ce n'est en réalité qu'un lieu commun, car les potaches les plus balourds savent déjà distinguer, dans les cours de récréation des collèges, les "matheux" et les "lettreux". Mais cette évidence mérite une réflexion, d'autant plus qu'elle correspond à une constatation remontant à l'Antiquité (Platon écrivant sur la porte de son Académie : "nul n'entre ici s'il n'est géomètre"), tout récemment brillamment confirmée par les techniques les plus avancées de la neurologie cognitiviste.

Cette opposition entre intellectualité et émotivité, entre travail et loisir, entre logos et mythos, correspond à la coupure épistémologique qui permet de distinguer comme les deux éléments d'une opposition radicale - une scission dans la conscience -, dans l'ensemble des productions intellectuelles de l'Humanité, la STI (science-technique-industrie) et la non-STI, ou Culture (art, littérature, idéologies).

En langage ordinaire : la STI correspond à l'être (au donné que la conscience rencontre) et la Culture correspond au vouloir-être, à l'espoir (l'élan que subit l'être humain pour transformer fantasmatiquement l'être donné en un être désiré). C'est la dialectique des réalités qui sont et des valeurs que l'on voudrait qui soient.

Il est facile de découvrir (notamment par l'étude de l'histoire de la science) que le centre actif de la STI est le mathématique (objet des mathématiques), prolongation systématisée des déterminations de la logique (construite historiquement par Aristote et ses prédécesseurs comme Parménide), qui est un ensemble de règles de cohérence et d'adéquation de l'exprimé par le langage (concrétisation intersubjective de l'idéation) et du donné de l'observation. C'est parce que la logique vient de l'empirie que la logique est adaptée à l'empirique. L'observation naïve (avant toute démarche théorisante) fournit des modèles de raisonnement qui par la répétition et l'analyse s'inscrivent dans les "facultés mentales" comme "lois de la pensée", magistralement énoncées par Aristote et confirmées par les Modernes (Frege, Russel, Gödel, etc.). C'est parce que le logos est une abstraction de la physis que le logos parvient de manière si parfaite à décrire à l'avance (prédictibilité) le monde phénoménal. D'où l'efficacité époustouflante des équations de Newton (aérospatial), d'Einstein (nucléaire), de Schrödinger (chimie fine et biologie moléculaire).

Il est aussi facile d'apercevoir que le centre actif, l'élément commun à toutes les manifestations de la Culture est le poétique, c'est-à-dire ce quelque chose, irréductible peut-être au mathématique (voir "nombre d'or" et autres spéculations esthétiques de ce genre), capable d'émouvoir, et qui est commun à des expériences aussi variées qu'un quatuor de Beethoven, une toile de Delacroix, un sonnet de Ronsard... Le poétique d'un poème, c'est "ce qui reste quand on a oublié" la versification, la rime et la raison, et qui est l'impression, profondément ressentie, d'être emporté là où "tout n'est qu'ordre et beauté". Le poétique est le coeur palpitant et indicible de l'esthétique.

Mathématique et poésie ne s'opposent peut-être pas (les parallèles se rejoignent à l'infini) quand, avec Heidegger, la Haute Pensée, la plus profonde et la plus exigeante, en vient à situer l'Être dans le Temps, c'est-à-dire à mettre l'humain face à son avenir. Car ni les équations de la physique ni les poèmes de Rilke ou de Hölderlin et des autres ne peuvent répondre à la vraie question, non pas "qui suis-je ?", mais que vais-je devenir ?

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C'est du Belge !

15 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Belgique

J'ai consacré 5 livres à l'histoire de la Belgique.

1986 : Les ingénieurs belges

2007 : Histoire des sciences et de l'industrie en Belgique

2010 : A quoi pensent les Belges ?

2014 : Les plus grands Belges

2014 : Les plus grands ingénieurs belges.

Il s'agissait, dans ces études, de présenter l'histoire des Belges plus d'après l'évolution de la vie intellectuelle, de la "pensée", que d'après les particularités de la vie sociale et politique. J'ai donc exposé des synthèses de l'histoire des productions intellectuelles en Belgique, n'abordant pas l'organisation socio-politique du royaume. Bref, j'étudie les chefs d'entreprises, les poètes, les violonistes, etc. et ni la famille royale ni les politiciens. Il faut dire que l'historiographie politique et sociale est déjà considérable pour la Belgique.

Au-delà de ce travail de synthèse, il s'agissait surtout de proposer une réflexion sur l'importance historique, question centrale et délicate (tel Belge plus "important" que tel autre Belge...), qui d'ailleurs n'est évidemment pas propre à la Belgique. Mais je suis mieux documenté sur la Belgique que sur la Bolivie. Je me suis par exemple demandé pourquoi de nombreux manuels scolaires consacrent plusieurs pages aux artistes-peintres ou aux romanciers qu'aux chefs d'entreprises. Pourquoi le Belge moyen connaît-il mieux Magritte que Gramme, ou Eugène Ysaye qu'Edgard Frankignoul ?

L'importance d'un événement (et donc de l'homme qui en est l'origine) réside dans son effet sur l'Être, et en particulier sur la partie observable de l'Être, c'est-à-dire l'Humanité. Après tout, on évalue un arbre d'après ses fruits.

Dans la vie intellectuelle d'une collectivité humaine, on peut faire diverses classifications, mais l'opposition entre la STI (science-technique-industrie) et la Culture (arts-littérature-idées religieuses, politiques et éthiques) me semble particulièrement pertinente, correspondant à une coupure de l'esprit humain entre intellectualité et émotivité. La vie des Belges serait bien grise (elle l'est déjà souvent par la couleur du ciel) sans Culture, et l'on s'imagine difficilement une Belgique privée des concertos d'Ysaye, des poèmes d'Emile Kesteman et d'Yves Namur, ou des images d'Hergé et de Franquin. Mais la vie des Belges, sans STI, serait rigoureusement impossible.

En Belgique comme ailleurs, la STI fonde l'existence, et la Culture donne à l'existence ce qui la rend digne d'être vécue.

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La poesie belge : toujours grande et belle

14 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie

J'ai consacré plusieurs livres à la Belgique, dont deux qui abordent la culture belge, c'est-à-dire la haute pensée philosophique, les "sciences humaines", les arts et la littérature.

A quoi pensent les Belges ? (Jourdan, Bruxelles, 2010),

Les plus grands Belges (La Boîte à Pandore, Paris, 2014).

J'ai voulu montrer, analyser et célébrer, dans ces ouvrages, la grandeur, la profondeur, la délicate sensibilité et l'extrême originalité (et diversité) de la "pensée belge", c'est-à-dire de la production intellectuelle (surtout textuelle, je me suis moins penché sur les producteurs de musiques et sur les plasticiens) des Flamands, des Limbourgeois, des Bruxellois, des Picards belges, des Wallons et des immigrés ayant choisi d'écrire en néerlandais ou en français. La productivité verbale du petit pays qu'est la Belgique (à peine 11 millions d'habitants, et une existence politique qui ne remonte qu'à 1830) est époustouflante, et je n'ai pu évoquer dans mes livres qu'une petite partie des auteurs philosophes, sociologues, philologues, historiens, archéologues, psychologues, politologues, dramaturges, romanciers et poètes. Ceux-ci méritent tout particulièrement notre attention, car ils ont beaucoup rimé (naguère) et beaucoup écrit (libérés des contraintes de la versification) aujourd'hui, faisant ressortir des mots mis ensemble des saveurs incomparables et, comment dire, une approche hallucinante de l'infini (et peut-être même de l'absolu).

Je me suis tout particulièrement intéressé aux somptueux trésors de la poésie belge, car quand on ne peut pas tout prendre, il faut s'efforcer de prendre le plus précieux. C'est ainsi que, pendant de longues journées, j'ai lu à la Bibliothèque Royale de Bruxelles, des biographies de poètes belges (surtout de langue française), ainsi que des recueils de leurs poèmes. J'ai aussi dépouillé de nombreuses revues littéraires comme La Jeune Belgique, Le Thyrse, Marginales, Le Spantole, etc. J'ai ramené de ce séjour studieux et ébloui des fiches biographiques (1131 poètes belges morts ou vivants) et des notes concernant 4921 textes (poèmes dans une revue, recueils ou ouvrages critiques).

Je n'ai évidemment pas pu, dans mes deux livres, citer 1131 poètes, et j'ai dû me concentrer sur l'évocation (suprême injustice !) de quelques-uns, sans l'illusion de pouvoir être objectif. Car dans mes travaux consacrés à la science et à la philosophie, il me fut assez facile de séparer les penseurs majeurs (Einstein, Newton, Spinoza, Husserl...) des auteurs moins créatifs, mais comment dire que le poète belge A* est supérieur au poète belge B* ? Et, surtout, comment départager les contemporains ? Ce serait d'ailleurs ramener la poésie à une technique, c'est-à-dire à une recherche d'efficacité. Car comment mesurer l'efficacité d'un poème belge, en français ou en néerlandais ?

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