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Jean C. Baudet

Articles récents

Science et litterature

22 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Poésie

Récemment, quelques correspondants de Facebook m’ont fait remarquer que les romanciers et les poètes possèdent un don tout particulier pour découvrir des vérités inaccessibles aux savants et aux philosophes, pour dévoiler les mystères de l’Être en tant qu’être, et en particulier pour sonder les profondeurs abyssales des facultés mentales des humains. Je leur sais infiniment gré de m’avoir ouvert les yeux et tiré de mon sommeil dogmatique. Par manque de subtilité et de clairvoyance, je pensais tout benoîtement que la sociologie était l’affaire des sociologues, la psychologie celle des psychologues, et la philosophie celle des philosophes, comme il est de règle dans le monde des simples de croire que la pâtisserie est l’affaire des pâtissiers. Que de naïveté de ma part. Et que je regrette de n’avoir pas été éclairé plus tôt !

Je vais donc, pour poursuivre mes recherches (si mal engagées jusqu’ici) sur la cognition, sur le progrès intellectuel et sur les rapports entre l’intelligence et les émotions, entre le vrai et le faux, abandonner l’étude exténuante (et stérile) des ouvrages de Kant et de Freud, de Popper et de Sarton, de Husserl et de Carnap, des historiens et des ethnographes, des épistémologues et des chercheurs en physiologie du système nerveux, et me plonger dans l’étude des aventures de d’Artagnan et d’Edmond Dantès, de Madame Bovary, de Bouvard et Pécuchet, de la famille des Rougon-Macquart, de Sherlock Holmes, de Charles Swann, d’Hercule Poirot, de Tintin et Milou, du commissaire Maigret, de James Bond, de San Antonio… Et je trouverai certainement les réponses aux questions que je me pose, depuis plus de cinquante ans, dans les œuvres de Nerval, de Baudelaire et de René Char, et dans les ouvrages d’André Breton, de Julien Green, de Jean d’Ormesson et d’Amélie Nothomb.

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Physique et métaphysique

18 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Science

Que sont devenus les anges, les archanges et les chérubins des croyances primitives, l’apeiron d’Anaximandre, le logos d’Héraclite, les 4 éléments d’Empédocle, les atomes de Démocrite, les Idées de Platon, les catégories d’Aristote, les éons de Plotin, les 3 personnes divines des théologiens du Moyen Âge, la pierre philosophale des alchimistes, les 3 principes de Paracelse, les tourbillons de Descartes, le conatus de Spinoza, les monades de Leibniz, les noumènes de Kant, l’Esprit (Geist) de Hegel, la Volonté de Schopenhauer, le Sur-Homme de Nietzsche, l’Englobant de Jaspers, les existentiaux de Heidegger ?

De toutes ces entités proposées par l’imagination des métaphysiciens, seuls les atomes se sont révélés correspondre au Réel, sous la forme précisée (et rendue observable) par Dalton, par Ampère, par Avogadro… La physique et la chimie des XIXème et XXème siècles ont amplement, par des millions d’expériences de plus en plus sophistiquées, vérifié l’existence des atomes, les astronomes les trouvant dans les étoiles, les géologues dans les roches, les botanistes dans les plantes, les zoologistes dans le corps des animaux. Dans tous les domaines, la technologie se développe à partir du concept d’atome, et aucun homme instruit ne doute que la matière soit formée de corpuscules !

Ainsi la métaphysique qui, pendant 26 siècles, a mobilisé les facultés mentales les plus subtiles et les plus pénétrantes de l’Humanité, a produit de nombreuses hypothèses, dont une seule s’est finalement avérée « vraie », prouvée par la convergence des expériences et par l’efficacité des techniques. Les atomes « existent » parce que les ingénieurs métallurgistes peuvent prévoir les opérations qui permettront d’extraire du fer métallique de certaines pierres rougeâtres, parce que les ingénieurs nucléaires peuvent prévoir les opérations qui permettront de produire de l’électricité à partir de pechblende, parce que les ingénieurs électroniciens peuvent construire des ordinateurs, des téléviseurs, des téléphones, prouvant d’ailleurs en outre l’existence des électrons, qu’aucun métaphysicien n’avait prévue, même dans ses méditations les plus « profondes ».

Fécondité de la physique, et stérilité de la métaphysique. Cela ne donne-t-il pas à penser ?

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Art et Science

15 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Art

Il est un fait qui s’impose avec force à ceux qui étudient de manière comparée l’histoire de l’Art et l’histoire de la Science, c’est que l’idée de progrès est appropriée quand on observe l’évolution de la pensée scientifique, alors qu’elle n’est nullement pertinente quand on établit la chronologie des œuvres d’art. Les concertos de Rachmaninov ne sont pas plus « beaux » que les concertos brandebourgeois, la poésie de Villon est aussi admirable que celle de Gérard de Nerval, et nous sommes aussi profondément émus par les grottes de Lascaux ou par un masque dogon que par l’œuvre de Vélasquez ou par les toiles de Klee. Par contre, personne ne nie la « supériorité » des théories d’Einstein sur celles de Newton, ou de la chimie de Lavoisier sur celle de Paracelse ! L’héliocentrisme, l’atomisme, la théorie cellulaire des biologistes sont « vrais » ! Il y a un progrès scientifique, il n’y a pas de progrès artistique. La Vérité est absolue (et absolument inatteignable, la Science ne fait que s’en approcher de plus en plus, contrairement aux religions et aux idéologies qui détiennent la Vérité Absolue et Sacrée), la Beauté est relative (et atteignable dans la splendeur des chefs-d’œuvre). D’ailleurs, l’opinion commune le sait bien, quand elle prévient que « des goûts et des couleurs, on ne dispute point ».

Le fait est, aussi, que la Science s’adresse à l’intelligence quand l’Art s’adresse au sentiment – ce qui ne veut évidemment pas dire que les artistes sont dénués d’intelligence et les scientifiques privés de sentiment. Mais parmi les productions culturelles, l’Art et la Science n’ont pas la même fonction. On ne « comprend » pas un poème, un roman ou un tableau comme on « comprend » une expérience de physique ou un théorème.

Il convient d’ajouter – contre les mouvements anti-science qui se développent depuis une soixantaine d’années – que l’Art est né partout, alors que la Science est née quelque part. Il n’existe que très peu de cultures sans activité artistique, ne serait-ce que les frustes décorations des poteries du Néolithique. Mais de très nombreuses cultures ignorent totalement la recherche scientifique, et jusque récemment encore bien des peuples croyaient que la Terre est plate et que le Soleil tourne autour de la Terre.

L’Art est sublime, la Science est superbe. L’Art est aimé par tous, car il enchante et propose des messages enthousiasmants d’espérance. La Science est détestée par beaucoup, car elle révèle des réalités souvent désagréables. L’Art est la science du rêve et de l’imaginaire. La Science est l’art de dévoiler le réel, qui est bien désespérant.

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Les trois etapes de la science

11 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science

Je voudrais, aujourd’hui, poursuivre ma réflexion entamée dans mon billet précédent, intitulé « Les bases historiques de l’épistémologie ». Sur les rapports entre science et philosophie, d’abord, je reprends à mon compte les définitions du philosophe et mathématicien britannique Bertrand Russell, qui disait que la science est ce que l’on sait, et la philosophie ce que l’on ne sait pas encore. La formule est brutale, « simpliste » diront les subtils, et pourtant force est de constater qu’il existe de nombreuses propositions « scientifiques » devenues des certitudes, alors que l’on chercherait vainement une seule proposition « philosophique » faisant l’unanimité des hommes instruits. Personne ne met plus en doute, aujourd’hui, l’héliocentrisme (Copernic, 1543) ou l’atomisme (Dalton, 1803) ou la relativité (Einstein, 1905), alors que les philosophes ne sont toujours pas parvenus à nous dire si, oui ou non, il existe une vie après la mort ! Pendant des siècles, l’astronomie fut une branche de la philosophie (on disait philosophia naturalis), et elle devint un chapitre de la science dès que le mouvement des corps célestes devint vérifiable. Il faut noter d’ailleurs que l’adoption de l’héliocentrisme, de l’atomisme et de nombreuses autres « vérités scientifiques » rencontra en leur temps de brutales oppositions (procès de Galilée, etc.).

Dans mon billet précédent, j’ai rappelé que les progrès récents de l’épistémologie ont conduit à une analyse en somme très simple de l’esprit humain (déjà magistralement esquissée par Kant en 1781), qui voit dans le processus d’acquisition des savoirs la mise en œuvre de seulement deux facultés, qui collaborent : la sensibilité (l’observation, déjà existante chez les animaux) et l’intelligence (le raisonnement, déjà en germe chez l’animal).

Il est alors stimulant et très fascinant de se rendre compte que la science a été construite par l’Humanité en trois étapes, que trois grandes dates marquèrent le développement de la « méthode scientifique ». La première étape, fondatrice de ce que l’on appellera l’esprit scientifique, est datée d’environ 600 avant notre ère, c’est l’apparition de la philosophie, qui est le rejet des traditions, par Thalès et Anaximandre de Milet. Quelques hommes, d’ailleurs bien rares, commencent de « penser par eux-mêmes », se méfiant des idées, largement invérifiables, des prêtres, des poètes, des législateurs, ou du simple « bon sens »… La rareté de ces audacieux penseurs confirme la thèse de l’historien belge des sciences Jean Pelseneer, qui faisait de la science une activité éminemment aristocratique.

La deuxième étape de l’édification de la science commence en 387 (avant la naissance supposée du Christ), avec la fondation de l’Académie par Platon. Celui-ci entame une prodigieuse analyse du raisonnement, travail qui sera poursuivi de manière proprement géniale par son élève Aristote. Cette « logique » permettra aux mathématiciens grecs (puis viendront les Indiens, puis les Byzantins, puis les Arabes…) de construire un immense, admirable et même sublime corps de connaissance (Euclide, Archimède, Apollonius, Hipparque, Nicomaque, Ptolémée, Diophante…).

La troisième étape est la formidable amélioration des possibilités observationnelles par l’instrumentation. On peut la dater de 1543, quand Copernic livre les résultats de ses observations du mouvement des planètes à l’aide du quadrant gradué. A vrai dire, les astronomes grecs avaient déjà réalisé des observations astronomiques quantitatives, mais les circonstances sociopolitiques ne permirent pas à l’instrumentation fruste des Grecs de se développer. Il fallut attendre la Renaissance pour assister au développement réellement « explosif » de l’instrumentation : instruments de dissection (Vésale, 1543), lunette astronomique (Galilée, 1610), thermoscope puis thermomètre, verrerie de laboratoire, baromètre, microscope, télescope, jusqu’à nos accélérateurs de particules et nos sondes spatiales…

Trois moments : 600 (libération de la pensée), 387 (règles du raisonnement et mathématiques démonstratives), 1543 (instrumentation). Un résultat : la science, c’est-à-dire la base de la Civilisation.

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Les bases historiques de l'épistémologie

8 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Histoire

Les grandes manœuvres d’épistémologie (ou gnoséologie), pendant le premier tiers du XXème siècle, ont conduit à comprendre le processus cognitif comme la coopération de l’intelligence (die Vernunft) et de la sensibilité (die Sinnlichheit), ce qui revient en somme à reprendre l’analyse par Kant de l’esprit humain, qui faisait la synthèse entre le rationalisme de Descartes et l’empirisme de Locke. Les travaux de Husserl (la réduction eidétique), de Wittgenstein (les limites insurmontables de la connaissance), du Cercle de Vienne (le positivisme logique et le physicalisme), de Popper (la falsification) ont montré que les seuls moyens d’acquisition de savoir sont le raisonnement et l’observation, avec pour criterium la vérifiabilité expérimentale (c’est-à-dire vécue), disqualifiant les prétentions de vérité de la foi, de l’intuition, de la voyance mystique, de la révélation, de l’interprétation de textes « sacrés », tous modes de connaissance dont les liens avec la pensée mytho-religieuse archaïque sont évidents. Nous avons complété cette épistémologie par la remarque que la vérification poppérienne (ou « méthode expérimentale ») doit être complétée par l’instrumentation, d’ailleurs constamment perfectible, ce qui conduit à la fois à l’idée de « progrès scientifique » et à un scepticisme paradoxal : la science n’est jamais achevée.

Cette question de l’instrumentation nous semble cruciale car, outre qu’elle explique la progression des savoirs (qui s’approchent asymptotiquement de « la Vérité » ?), elle replace la Technique (la construction d’instruments) au cœur de la question gnoséologique. L’homme sait parce qu’il pense, parce qu’il observe, et parce qu’il pense à améliorer ses moyens d’observation.

L’Histoire nous montre le long, patient, et parfois tortueux, chemin de l’esprit humain vers la connaissance du monde et de lui-même. Mais si l’on prend suffisamment de recul pour repérer les moments décisifs de cette quête, on s’aperçoit que le raisonnement fut théorisé au IVème siècle avant notre ère, par les efforts de Platon et surtout d’Aristote pour répondre au défi des sophistes, qui avaient développé une vision pessimiste des possibilités de connaissance. Cette « invention du raisonnement » a permis aux Grecs d’élaborer la magnifique construction intellectuelle des mathématiques démonstratives (arithmétique, géométrie, astronomie de position : Euclide, Archimède, Apollonius, Hipparque, etc.).

Quant à l’ « invention de l’instrumentation », elle ne date que des XVIème et XVIIème siècles, avec la lunette astronomique, le microscope, le télescope, le thermomètre, le baromètre, etc.

Il conviendrait de développer la remarque que la science (raisonnement + instrumentation) conduit au doute et au scepticisme, malgré ses résultats spectaculaires, et non au dogmatisme, qui est la caractéristique des religions et des idéologies.

Prochainement, la recherche épistémologique devra intégrer les résultats des « sciences cognitives », qui permettront sans doute de mieux comprendre les mécanismes du raisonnement et de l’observation, ainsi que des conflits entre l’intelligence et les émotions.

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Les mots

3 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Littérature, #Editologie

C’est une évidence bien connue. On pense avec des mots. On écrit avec des mots. La philosophie et la littérature ne sont que des mots, des « ensembles de textes édités » (d’où le concept d’éditologie). Mais les mots du penseur n’ont pas la même fonction que celle des mots du littérateur, qu’il soit romancier, poète, essayiste… Même si certains auteurs cumulent une œuvre philosophique avec des productions littéraires, la différence est radicale entre le travail littéraire et le travail philosophique. Pour le dire avec des mots (forcément…) trop simples, empruntés à Pascal, les termes de la philosophie visent à atteindre la « raison » et sont le fruit de l’intelligence, quand les termes de la littérature veulent ébranler le « cœur » et sont le fruit du sentiment. Encore y a-t-il de l’intelligence, parfois très déliée, dans les textes littéraires, et du sentiment, parfois très vif, dans les ouvrages des philosophes.

Il ne faut pas confondre les mots et les choses, et avec les vocables dont nous disposons dans les différentes langues, le rapport entre un mot et la chose qu’il désigne est au moins ternaire. Le mot désigne un concept (une idée, une « représentation mentale »), qui détermine une chose. On ne confond pas cette pierre (qui « existe » dans mon vécu, c’est peut-être une pierre sur laquelle j’ai trébuché) avec l’idée de pierre (qui existe dans mon « esprit ») ni avec le mot « pierre » (qui devient stone en anglais ou Stein en allemand).

Nous proposons d’appeler « verbosphère » l’ensemble de tous les mots, pour s’associer au terme « noosphère » que Pierre Teilhard de Chardin a utilisé pour désigner l’ensemble des idées, se référant aux termes « atmosphère », « lithosphère », etc. de la géophysique. La verbosphère et la noosphère sont observables matériellement, sous la forme concrète de tous les livres disponibles dans toutes les bibliothèques et librairies. Encore faut-il savoir lire !

Verbosphère et noosphère sont les deux composantes principales de la « culture », si on accepte de désigner par ce mot (à ne pas confondre avec « civilisation ») l’ensemble des productions intellectuelles de l’Humanité.

Verbosphère et noosphère correspondent aussi à la « médiasphère » du philosophe Régis Debray, l’inventeur de la médiologie, qui rejoint assez bien les analyses de l’éditologie, quand elle fait du médium (c’est-à-dire de la Technique) la base du développement de la pensée. Debray, recherchant le progrès technique (des choses) qui génère le progrès intellectuel, modernisant la loi des trois états d’Auguste Comte, découvre que la médiasphère est passée par trois moments successifs : la logosphère (l’invention du langage), la graphosphère (l’invention de l’écriture), la vidéosphère (l’électronique).

Ainsi, face aux mystères de l’Univers, face aux plaisirs et aux souffrances de sa propre existence, face à la hantise de son destin, le philosophe n’a que des mots – être, connaître, disparaître – pour échapper à l’épouvante et pour apaiser sa soif de vérité.  

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Philosophie et politique

30 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

L’observation de l’actualité politique est inquiétante : Brexit, Hollande, Trump, Mélenchon, Erdogan, etc. Et les sociologues, politologues, historiens, anthropologues, journalistes et blogueurs d’y aller de leurs petits commentaires. Cela relève de la préoccupation, c’est-à-dire du divertissement. Les commentateurs se préoccupent de l’avenir de la Grande-Bretagne, de la France, des USA, et même du futur de l’Humanité, pour ne pas devoir se soucier de leur propre avenir, qui est une agonie inexorable. Penser au sort de tous les hommes pour ne pas avoir à méditer sur son propre destin. Mais les philosophes ? Doivent-ils se laisser prendre aux charmes illusoires d’une telle distraction ?

La philosophie n’est pas physique (l’être du monde) mais métaphysique (le devenir du monde). Elle n’est pas littérature (embellissement de l’existence) mais pensée (recherche de l’Être). Elle ne s’arrête pas à l’examen des apparences phénoménales (si ce n’est comme porte d’entrée vers la connaissance du Réel), mais elle scrute (limitée dans ses capacités cognitives par les possibilités de l’esprit humain) l’Absolu. Pas l’Absolu absolument, mais l’Absolu relatif à l’homme, c’est-à-dire à la destinée du « moi » de chacun, empiriquement invérifiable du fait de l’irréversibilité pratique du temps. La philosophie se hisse ainsi au-dessus des bavardages, et y retombe sans cesse parce qu’elle ne peut penser qu’avec des mots, outils imparfaits de l’intellection qui portent en eux la double tentation distrayante du poétique (l’enchantement des phrases : assonances, allitérations, anaphores…) et du rhétorique (l’émotion de la communication avec un public). La double tentation aussi du comique (les ridicules ne manquent pas dans l’histoire des hommes) et du tragique (la vie est un malheur programmé), qui sont les deux ressorts du littéraire.

Après 26 siècles d’efforts d’un très petit nombre de penseurs qui ont porté leur attention au-delà des préoccupations ordinaires, la philosophie est sublime dans son projet et très humble dans ses réalisations. Car la philosophie cultive le doute, elle est recherche et non savoir, elle est inquiétude et non dogmatisme fanatique conduisant au terrorisme, elle est perpétuelle interrogation face aux analyses des sociologues, des politologues et des historiens, elle est interrogation perpétuelle face aux certitudes illusoires des religions.

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Les 3 sortes d'hommes

27 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Anthropologie, #Politique

La logique classificatoire, qui est une des bases de la pensée scientifique, est impitoyable et irrécusable. Ainsi nous indique-t-elle qu’il existe trois sortes d’hommes, et cette trichotomie est incontournable, malgré tous les discours égalitaristes des idéologies politiquement correctes, et malgré les aspirations les plus soutenues du « coeur » et de l’humanisme sentimental. Il y a, dans toute société, trois classes d’individus, les utiles, les inutiles et les nuisibles !

Cette taxonomie est basée sur les trois activités de l’humain : consommer, produire et détruire. Les consommateurs-producteurs forment la classe des personnes utiles (du point de vue de la société dont elles assurent l’existence face à la nature) : artistes, chercheurs scientifiques, artisans, commerçants, banquiers, industriels, ingénieurs, ouvriers, médecins… C’est que les hommes ont des besoins, qui ne peuvent être satisfaits que par la production : eau potable, aliments, habitat, chauffage, etc. Les consommateurs nets (c’est-à-dire ceux qui consomment sans rien produire) forment la classe des inutiles : vieillards, malades, handicapés, chômeurs… Enfin, il existe dans toute société une troisième classe, nuisible, celle des consommateurs-destructeurs, qui consomment et qui, au lieu de participer à l’effort productif de la collectivité, détruisent. Ce sont les assassins, les voleurs et les vandales, les escrocs et les menteurs, les falsificateurs et les faussaires, les terroristes, les incendiaires, les casseurs des manifestations, les violeurs…

Considérant que, dans une société donnée, tous les individus sont forcément consommateurs, on peut légitimement se demander quelle est la pertinence de l’idée de « société de consommation ». En tout cas, il est clairement impossible de faire vivre une « société de non-consommation » !

Enfin, il faut noter que si les enfants sont des consommateurs nets (à moins qu’ils ne travaillent), on ne les considérera pas comme inutiles, dès lors qu’ils sont appelés à devenir adultes et à participer à l’effort collectif de production.

Nous pouvons nous risquer à formuler un projet de société : des personnes utiles en grand nombre, des personnes inutiles en petit nombre, et le moins possible de personnes nuisibles.

Mais cela pose au philosophe une question qui comporte des abîmes de difficultés : pourquoi (pour quelle raison ?) et pour quoi (dans quel but ?) formuler un projet de société ? Cela est-il utile ?

 

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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La philosophie progresse-t-elle ?

23 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Gnoséologie, #Ontologie

La question gnoséologique est résolue. L’homme peut connaître grâce à ses facultés mentales (sensibilité et intelligence), selon les axes complémentaires de l’observation et du raisonnement. Les autres chemins de connaissance (foi des religieux, intuition de Bergson, voyance des médiums, visions des poètes…) ne sont pas validés. Cette position correspond à celles du Cercle de Vienne et de Karl Popper, étant entendu que l’observation naturelle peut être augmentée par l’instrumentation. Au cours de l’Histoire, celle-ci est en constant progrès, mais les performances cognitives sont par le fait même limitées. Ceci conduit au scepticisme.

La question ontologique, par contre, semble insoluble, puisque la recherche gnoséologique conduit au scepticisme. L’Être est inaccessible, seules peuvent être dévoilées certaines déterminations de l’Être, par des raisonnements basés sur les observations du Monde, du Moi et de l’Histoire. C’est ainsi que le philosophe découvrira l’omniprésence de la souffrance dans la condition humaine et, plus radicalement, dans la condition animale (« l’homme est un être-pour-la-souffrance »), ce qui doit être croisé avec les découvertes des physiciens et des ingénieurs de limitations insurmontables dans l’univers matériel : conservation de la matière, dégradation de l’énergie et entropie, croissance inéluctable du désordre et interdiction de la réversibilité, destin des particules « condamnées » à la dégénérescence en bosons…

De cette universalité de la souffrance et de la dégradation, on pourra conclure que le Mal est une détermination radicale de l’Être, affirmée au-delà des mensonges de l’illusion.

La recherche de l’Être commence par le poème Sur la nature de Parménide d’Elée, vers 475 avant notre ère, il y a donc plus de deux mille ans. L’érudition des historiens et des philologues (les « archéologues de la pensée ») a pu établir de manière précise la filiation continue des idées allant de l’interrogation parménidienne aux méditations successives des philosophes qui aboutissent aux interrogations profondes de Heidegger, de Gadamer et de la pensée postmoderne. Cette filiation tresse une glorieuse guirlande où brillent d’un vif éclat les noms d’Aristote, Epicure, Boèce, Bruno, Bacon, Descartes, Spinoza, Leibniz, Wolff, La Mettrie, Kant, Fichte, Hegel, Schopenhauer, Feuerbach, Stirner, Nietzsche, Freud, Husserl, Wittgenstein, Carnap, Popper, Heidegger, Bachelard, Sartre, Onfray…

Conclusion (provisoire ?) : « L’Être est le Mal. L’homme est le malheureux ».

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La Civilisation et les douleurs

21 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Civilisation, #Philosophie

De nombreux hommes se soucient du sort de l’Humanité et de l’avenir de la Civilisation. C’est qu’il y a de quoi s’inquiéter : chômage, famines, réchauffement de l’atmosphère, misère, obscurantisme religieux, terrorisme islamiste, disparition annoncée des baleines et des éléphants, immigrations massives, drogues, développement de l’autoritarisme (Corée du Nord, Russie, Turquie…), etc. Mais que peut-on faire ? Voter pour Clinton plutôt que pour Trump ? Soutenir Juppé plutôt que Fillon ? On voit bien que l’individu ne peut guère influencer les tendances lourdes de l’Histoire, et pourtant de nombreux hommes se soucient du sort de l’Humanité. C’est pour éviter d’avoir à penser à leur propre destin. Car il est « écrit », et rien ne peut le changer : vieillissement, douleurs, agonie, mort ! C’est pour échapper à la pensée sur soi et sur son inéluctable déchéance que l’homme se préoccupe de l’Humanité. Il se réfugie dans « l’oubli de l’Être » (Heidegger), qui est en fait l’oubli de son être et de son devenir, pour ne pas penser. Car « penser », ce n’est pas spéculer sur les énergies « renouvelables », sur le développement « durable », sur le commerce « équitable », sur le « vivre-ensemble » et sur la bonne « gouvernance », penser c’est avoir pleinement conscience de sa finitude et des souffrances qui attendent chacun. Pascal, déjà, avait compris que ce qu’il appelait le divertissement n’est qu’un subterfuge du vivant pour oublier la mort et pour entretenir une plaisante insouciance. Et malgré leur splendeur parfois sublime, l’Art, la Musique, la Littérature et la Poésie ne sont que d’astucieuses machinations du vivant pour éviter de penser à la mort. Même les histoires les plus tristes imaginées par les dramaturges, même les romans les plus noirs ou les chants les plus désespérés ont pour but de nous distraire de la « vraie vie », de ce que Heidegger, encore lui, appelait « Être et Temps ».

Ainsi, la philosophie vraiment « profonde » n’est pas l’érudition des professeurs qui décortiquent pendant toute une vie studieuse les dialogues de Platon, ou qui tentent de déterminer si le spinozisme était un matérialisme ou un panthéisme. Ainsi, la philosophie vraiment « authentique » ne consiste ni à forger des concepts, ni à rassurer le bon peuple avec de belles phrases sur l’honneur de l’humanité, sur la liberté et l’égalité, et sur l’amour, comme dans les chansons. La philosophie vraie n’est ni l’étalage d’un savoir rare, ni une consolation. C’est la recherche du réel. Peut-être y a-t-il « quelque chose » après la mort mais, en attendant, il y a au moins la certitude, pour chacun dans sa solitude « existentielle », de douleurs à venir, chagrins inconsolables ou souffrances physiques insupportables. C’est moins amusant qu’une chanson de Charles Trenet ou qu’un monologue de Raymond Devos. Mais, si ça vous fait du bien, vous pouvez chanter Y a de la joie ! en imaginant le « changement de système » (sic) qui apportera le bonheur à 8 milliards de mammifères doués d’une conscience et empoisonnant les sols, les eaux et l’atmosphère de leurs déjections.

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