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Jean C. Baudet

Articles récents

La Recherche continue

7 Décembre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Je poursuis ma recherche, car ce n'est pas en quarante-cinq ans que l'on arrive aux déterminations les plus décisives de l'Être. La philosophie est une longue patience, et si l'on arrive à des résultats en biologie ou en sociologie en seulement quelques années, il faut des décennies pour apprendre à penser par soi-même. Mes écrits publiés sont évidemment autant d'étapes dans mon cheminement spirituel, mais ne sont que des moments d'une pensée, et je ne suis pas encore prêt à m'endormir d'un sommeil dogmatique. Les grandes leçons de Kant et de Husserl et de quelques autres m'en préservent. C'est ainsi que mon dernier livre La vie des grands philosophes (Jourdan, Bruxelles) n'est pas, comme l'ont cru quelques lecteurs rapides, un exposé simplifié de l'histoire de la philosophie ad usum populi, mais il s'agissait de m'expliquer à moi-même, en termes les plus clairs et les plus déterminants possible, les découvertes effectives des quarante plus grands philosophes de tous les temps, de Thalès à Deleuze. Exercice particulièrement difficile mais indispensable : ramener Critik der reinen Vernunft, Sein und Zeit et quelques autres textes majeurs à quelques phrases gonflées de sens. Comprimer au maximum les pages de Spinoza, ou de Neitzsche, pour en révéler l'apport à la construction multiséculaire de la Philosophia perennis

Car la mission du philosophe est de comprendre l'Être (l'être des étants et plus profondément la source et donc la destinée du moi, dans la synthèse d'une archéologie et d'une eschatologie), c'est-à-dire de simplifier, de chercher les schémas, ce qui ne veut pas dire rendre accessible au vulgum pecus, mais aller à l'essentiel. Dégager les idées des philosophes de leur gangue de rhétorique et de vaine littérature. Je poursuis ma recherche dans la solitude, avec pour viatique dans mon voyage vers l'Être la synthèse de quarante pensées, les plus vigoureuses et les plus profondes au cours des 2 600 dernières années. J'essaye de ne pas négliger les travaux actuels de mes collègues "amateurs de sagesse", même si je dois observer que les travaux actuellement publiés sont plus souvent chargés d'érudition que de vraies découvertes concernant l'origine de l'Être, la destinée du moi ou le sens réel (impératifs catégoriques ou pulsions sentimentales ?) des prescriptions éthiques.

Je poursuis ma recherche, dans les tremblements de l'Angoisse et les gémissements du Désespoir, mais je continue de penser.                        

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles)

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Perdu en mer (poeme)

2 Décembre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Je parcours les saisons à l’abri de mes rêves

J’engrange les savoirs au gré des vents

Et je vogue en voyant venir les vagues, et les vacarmes,

Les voiles déchirées et les cordes rompues

La mer tumultueuse aux ondes enragées

Et le ciel gris de plomb et le feu des orages

Et je parcours encore la distance dernière.

Dernier combat, dernier effort, dernier espoir, orgueil ultime

Je m’accroche aux mains mortes, je remplis les bouteilles pansues

D’un élixir très ancien qui me remplit de haine

Et je déteste encore, une dernière fois, sans illusion,

Le mensonge qui hurle de très vieilles chansons.

Les mains mortes m’apportent le bruit de leurs rancunes

A la porte des songes où s’ouvrent les naufrages

Pendant que se décline le signal de lumière rouge et bleue

Qui termine en souffrance la pâleur du voyage.

Océan de misère, eaux fougueuses envahissantes

Venues de fleuves là-bas, des vallées, des montagnes

De toutes ces forêts pour finir en noyade

Dans l’ouverture immense des espoirs et des balises

D’une folie de cuivre et de bois rouge et de cordages

Pour devenir épaves sur la dernière plage.

Pour info :

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Jose Tshisungu et les Belges

29 Novembre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Je me suis plusieurs fois, jadis et naguère, interrogé sur l'existence d'écrivains belges, et j'ai dû m'incliner devant les faits : il y a des écrivains parmi les Belges, j'en ai rencontrés ! J'en ai même rencontrés beaucoup, et j'ai dans mes fiches de lecture des centaines de noms. Il était donc fatal que je finisse par me poser une question corrélative et subalterne : existe-t-il des écrivains congolais, c'est-à-dire citoyens ou ex-citoyens du Congo ex-belge ? Eh bien, la réponse est positive : il y en a au moins un, José Tshisungu wa Tshisungu, linguiste des langues bantoues, mais aussi poète, romancier de talent, dramaturge. Après avoir enseigné à l'Université d'Elisabethville, Tshisungu a quitté son pays (c'était à l'époque où il était gouverné - si l'on peut dire - par Mobutu), il a vécu quelques mois en Belgique, puis s'est installé à Montréal.

Joséphine Mulumba, qui enseigne dans une université à Munich et qui s'est spécialisée dans l'étude de la littérature africaine actuelle, vient de réunir 8 études consacrées à l'oeuvre de Tshisungu, ce qui forme un livre bien intéressant paru sous le titre Des rives du Congo à la Meuse (L'Harmattan, Paris, 2013, 169 pages). Les études rassemblées se focalisent toutes sur le "cycle belge" de Tshisungu, formé de Errances en Flandre (1995), La Flamande de la gare du Nord (2001), La Villa belge (2001), Patrick et les Belges (2004).

Madame Mulumba (deux contributions) et six de ses collègues croisent leurs projecteurs critiques sur le rapport littéraire entre Tshisungu et son vécu, c'est-à-dire entre la langue française et la langue tshiluba, entre l'ex-colonisateur et l'ex-colonisé, entre les luttes tribales le long du fleuve Congo et les luttes tribales dans les vallées de l'Escaut et de la Meuse, et peut-être bien entre la pomme de terre frite et le manioc pilé (mais les préoccupations alimentaires sont peu présentes dans les textes tshisunguiens). L'analyse, toujours très empathique et parfois très savante, révèle en Tshisungu un "écrivain qui a dépassé la poétique de la Négritude et les théories postcoloniales" (p. 14). Réservant ses observations aiguës tant aux élites congolaises qu'aux intellectuels flamands, bruxellois et wallons, José Tshisungu a su éviter les analyses naïves, faites plus de ressentiment que d'intelligence, d'une certaine militance anti-colonialiste. Et en somme, ce qui donne un pittoresque esthétiquement intéressant à ses oeuvres, se moquant des ethnologues belges qui ont tenté de décrire l'étrangeté des tribus congolaises, Tshisungu s'établit - sous le déguisement de l'écrivain - ethnologue des ethnies belges, et il forge les concepts de flamanditude et de wallonité pour tenter une compréhension de l'étrangeté belge. Force est de constater que Tshisungu, sous les apparences du récit, atteint parfois la hauteur d'une question universelle, qui est celle du rapport entre les mots (en français ou en tshiluba) et le réel, entre la littérature et la compréhension du monde. 

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Eloge des patrons

28 Novembre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique

Le patron - ou chef d'entreprise, ou entrepreneur - est le maître de l'Action, l'initiateur de la Nouveauté, le héros de l'Espérance, le démiurge de la Production, le chevalier du Réel, le plus saint, le plus utile, le plus nécessaire des hommes, qui tire les peuplades de leur passivité et les sociétés de leur résignation. Boulanger, il fournit du pain aux hommes. Viticulteur, il leur fournit le vin. Apiculteur ou laitier, il procure à l'Humanité des rivières de miel et de lait. Industriel de la construction automobile ou de l'aéronautique, il assure aux humains la mobilité ; industriel en pharmacie, il offre aux malades des remèdes à la douleur ; industriel des technologies de l'électron, il a construit le réseau des réseaux unissant les hommes et les femmes communiant devant leurs écrans ; champion du Progrès, il invente sans cesse de nouveaux hot-dogs, de nouveaux big-hamburgers, de nouveaux blue-jeans, de nouveaux tee-shirts, de nouveaux smart-phones, de nouveaux sex-toys.

Dans la position difficile du Changement permanent et de l'Amélioration continue, le patron est dramatiquement coincé entre l'âpreté de ses clients - qui veulent avoir plus en donnant moins - et la rudesse de ses collaborateurs - qui veulent travailler moins pour gagner plus. Dominé par les lois du marché, assailli par les jeux cruels de la concurrence (venant même des antipodes), agressé par les règles innombrables d'une Administration envieuse et inintelligente, insulté par ceux qui ne savent organiser que des cortèges destructeurs et qui ne peuvent créer que des slogans débiles, le patron est seul.

Entre l'élite des "penseurs" ignorants qui prennent Marx et Engels pour des prophètes et la racaille des jeanfoutres qui avalent les populismes comme des hosties, le chef d'entreprise est vilipendé par les premiers, haï par les seconds, incompris et détesté par tous. Les journalistes sont ses ennemis, les politiciens sont ses adversaires.

Curieux qu'il subsiste encore quelques patrons en France, et que l'on continue d'y produire le meilleur pain, le meilleur vin, les meilleurs fromages, les meilleurs parfums, les meilleures robes, les meilleurs sacs à mains et les meilleurs avions de combat du monde. Et curieux, aussi, que l'on y produise la plus niaise des philosophies et la plus sotte des littératures.  

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Marita Tatari, Heidegger et Rilke

26 Novembre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

En 2006, je faisais paraître Une philosophie de la poésie (L'Harmattan, Paris), une étude dans laquelle je posais la question de la portée cognitive de la poésie : les poètes auraient-ils accès à des vérités inatteignables par les autres hommes ? Je me basais notamment sur le travail de Jacques Sojcher : La démarche poétique (1969). C'est un questionnement qui a fortement préoccupé Martin Heidegger, notamment dans Wozu Dichter ? ("Pourquoi des poètes ?"), texte rédigé en 1946 à l'occasion de la commémoration du 20ème anniversaire de la mort de Rainer Maria Rilke, et repris avec d'autres travaux dans un volume Holzweg publié en 1946, qui paraîtra en français sous le titre Chemins qui ne mènent nulle part, en 1962. Du reste, Heidegger avait déjà abordé ce problème du rapport entre "connaissance" poétique et philosophie dans une conférence donnée à Rome en 1936, intitulée Hölderlin und das Wesen der Dichtung.

Marita Tatari vient de faire paraître, chez L'Harmattan, un beau livre Heidegger et Rilke (151 pages), qui propose une analyse très pénétrante, basée sur de nombreuses lectures, de cette question importante, qui revient en somme à tenter de déterminer s'il existe deux voies différentes vers la connaissance de l'Être, celle de la raison (philosophie) et celle du coeur (poésie), pour reprendre le vocabulaire pascalien, non sans glissement sémantique, d'ailleurs. Et Madame Tatari explore l'interprétation heideggérienne de certains poèmes de Rilke, elle analyse les rapports entre la pensée de l'auteur de Sein und Zeit (1927) et les oeuvres de Hölderlin et de Nietzsche, et elle va même - intrépide - jusqu'à reprendre une lecture interprétative du chef-d'oeuvre du grand philosophe.

En somme, Marita Tatari nous explique l'explication, proposant une subtile distinction entre interprétation (Auslegung) et éclaircissement (Erläuterung) de l'être, ou de l'approche de l'être, ou, mieux dit, de l'expérience de l'être... Lorsque, du moins, "le dire poétique devient une question". Cette dernière petite phrase résume peut-être fort bien les 150 pages de réflexions de Tatari, et la position de Heidegger vis-à-vis de la poésie : le poète est capable de poser les bonnes questions. Quant à y répondre ?...

En effet, demande la commentatrice de Heidegger (page 88), "comment penser, nommer et éprouver l'être comme tel si l'être n'est pas" ? Et Tatari précise : "La critique heideggérienne de Rilke relève donc d'une équivoque fondamentale de sa pensée qui tient à sa tentative de penser l'impensable". Et elle va encore plus loin dans la précision : "Heidegger est plus métaphysique que Rilke lorsqu'il réserve à l'homme seul (en tant qu'il a la parole) l'accès à l'être, faisant ainsi de l'être quelque chose d'appropriable".

Eh bien, si en 2006 je ne savais pas encore si le poète est capable de penser l'impensable, aujourd'hui, après d'acharnées recherches sur la dialectique de l'être et du néant (et aussi du gnangnan, qui en est si proche dans certains textes), après de nombreuses lectures de commentateurs - comme Madame Tatari - qui m'ont mené aux sommets vivifiants les plus élevés de la métaphysique, que sais-je de plus aujourd'hui ? Peut-être bien, utilisant une expression que j'ai forgée en redescendant de la montagne, que je sais maintenant mieux que naguère que "l'homme est un être-pour-l'ignorance". Ce n'est pas un gai savoir, mais c'est peut-être le seul savoir de l'homme qui tente avec sa seule parole - avec sa raison et son coeur - de penser l'impensable. Mon chemin, avec ses rencontres, m'a-t-il mené quelque part ?...

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Pour comprendre l'Humain

25 Novembre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

L'Anthropologie est l'étude sérieuse (non sentimentale) de l'Humanité ou ensemble des humains. Il y a aujourd'hui 7.175.771.894 humains vivants et environ 100 milliards d'humains morts, selon les estimations des meilleurs démographes.

Un humain est constitué par un tube digestif, ouvert aux deux extrémités, enveloppé par des appendices, des protubérances et divers orifices, formant un corps. Tous les humains possèdent, enfermée dans une espèce de boîte résistant aux chocs, une masse glaireuse appelée "cerveau". Mais tous les humains ne s'en servent pas. A l'heure de la mort, ce corps s'immobilise et devient cadavre.

L'Humanité est subdivisée en 2 sexes, 3 âges et 4 races. Les sexes diffèrent par certaines protubérances. Le 1er âge comporte les enfants, le 2ème âge les adultes et le 3ème âge les vieillards. Les 3 races rassemblent 1° les mangeurs de maïs, 2° les mangeurs de blé, 3° les mangeurs de riz, 4° les mangeurs de sorgho.

Les humains s'agitent beaucoup, car ils doivent constamment trouver, dans leur environnement (forêt, savane, épiceries fines, supermarchés...), suffisamment de matières diverses pour remplir leur tube digestif. Les humains vivent en groupes. Dans les groupes bien organisés, tous les membres disposent de quoi alimenter leur tube central. Dans les groupes mal organisés, certains tubes digestifs ne se remplissent pas régulièrement. Le remplissage quotidien de leur tube par un orifice impose aux humains la nécessité d'une élimination régulière de substances par l'autre orifice. Outre pour la recherche de substances à introduire dans leur tube, les humains consacrent beaucoup de temps à chercher à s'accoupler, c'est-à-dire à se rapprocher (en général deux par deux) pour frotter l'une contre l'autre certaines parties de leur corps.

Les activités de remplissage et de vidange du tube digestif et de frottement d'organes sont dites "physiologiques". Les autres activités des humains sont dites "culturelles", comme par exemple colorer des morceaux de bois (peinture), tailler des blocs de pierre (sculpture), faire du bruit (musique, littérature), essayer de comprendre le monde (science), essayer de comprendre les humains (anthropologie), essayer de comprendre la transformation des corps en cadavres (philosophie), produire et distribuer des objets (économie)...                      

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Sur ces cultures qui se valent

21 Novembre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Je le veux bien, que "toutes les cultures se valent", puisque de "grands intellectuels" le proclament et que des foules hurlantes et menaçantes le vocifèrent. Mais je dois bien reconnaître que les résultats de mes recherches personnelles sont plus nuancés.

Par exemple, j'ai "découvert" que la culture anglaise de la fin du XVIIe siècle, avec la gravitation de Newton, est supérieure à la culture française de la même époque, avec les tourbillons de Descartes (Penser le monde, Vuibert, Paris, 2006). Je constate aussi - comme de très nombreux philosophes et historiens des sciences - que la culture grecque du Ve siècle avant notre ère, avec la théorie des quatre éléments d'Empédocle, est inférieure à la culture française de 1789, avec la théorie des corps simples de Lavoisier, et que celle-ci est inférieure à la culture russe de 1869, avec la classification des éléments chimiques de Mendéléev (Penser la matière, Vuibert, 2004). Je pense encore que la culture allemande de 1900, avec les idées de Planck, est de loin supérieure à la culture allemande de 1700, avec les idées de Leibniz (Expliquer l'Univers, Vuibert, 2008). Je pense enfin que la culture anglaise de 1859, avec Darwin, est supérieure à la culture suédoise de 1753, avec Linné (Penser le vivant, Vuibert, 2005).

 

Les cultures, produites par des êtres vivants, sont des entités vivantes, c'est-à-dire historiques et complexes, formées de l'agrégation de nombreux traits. Certains de ceux-ci échappent aux hiérarchies, comme la musique ou la poésie. Pour moi (mais c'est ma subjectivité), les musiques de Mozart et de Miles Davis se valent, le tam-tam africain et le Sacre du Printemps se valent, la valse viennoise et la samba brésilienne se valent, la poésie d'Homère et celle de Jean-Pierre Verheggen se valent (A quoi pensent les Belges, Jourdan, Bruxelles, 2010), et dans les musées, je trouve la même valeur à tel fétiche arumbaya à l'oreille cassée qu'à une poterie néolithique ou aux toiles de Magritte. Et dans les restaurants, j'admire autant la culture de la crème Chantilly - culture française du XVIIe siècle - que la culture du baba au rhum - culture polonaise du XVIIIe siècle - ou que la culture du hot-dog - culture américaine du XXe siècle (Histoire de la cuisine, Jourdan, 2013). Mais il y a des traits culturels qui peuvent s'évaluer, et je pense que les cultures basées par exemple sur l'anthropophagie, sur la torture, sur le terrorisme, sur la sujétion d'un sexe par l'autre, sur le racisme ou sur l'organisation systématique de l'ignorance sont inférieures à celles qui ont écarté ces traits de leur panoplie d'idées et de pratiques sociales.

Tous les hommes se valent. Il n'en va pas de même de leurs idées.

Et au fond, puisque nous nous donnons la peine de réfléchir, la question n'est-elle pas de savoir comment il est possible que des hommes, avec parfois une formation intellectuelle assez poussée, en arrivent à proférer (avec véhémence presque hystérique, dans certains cas) que "toutes les cultures se valent", alors qu'au cours de son histoire l'humanité a produit des centaines de cultures diverses. Par quel miracle une culture née dans les plaines de l'Arizona serait égale à une culture née dans les forêts du Congo, ou le long du Nil, ou dans la vallée du Fleuve Jaune, ou dans les steppes de Sibérie ?

La sottise peut être définie comme un manque de discernement. C'est un manque très répandu, dans les différentes cultures...

Vous n'êtes pas d'accord ? Et pourtant, ma culture n'est-elle pas égale à la vôtre, si "toutes les cultures se valent" ?

 

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Mara Magda Maftei et Emile Cioran

19 Novembre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Mara M. Maftei vient de faire paraître Cioran et le rêve d'une génération perdue (L'Harmattan, Paris, 210 pages) qui est une étude approfondie et intelligente de l'évolution des idées en Roumanie de 1918 à 1944, basée sur une documentation abondante, mise en oeuvre avec finesse et précision, et débarrassée de préjugés idéologiques, ce qui est plutôt rare aujourd'hui, dans la production textuelle française, quand il s'agit d'essayer de comprendre cette période de l'histoire européenne illustrée par les horreurs de Hitler et de Staline. Les intellectuels roumains arrivés à maturité dans les années 1920 et 1930 ont été formés dans un contexte d'idées nouvelles pour un pays encore largement féodal, et je cite (dans le désordre) : le libéralisme, l'industrialisme, le nationalisme, le démocratisme, le communisme, l'anticommunisme, l'antisémitisme... Parmi les jeunes gens tentés - comme le sont souvent les jeunes - par les extrêmes, et fortement influencés par le nationalisme et l'antisémitisme de Nae Ionescu (1890-1940), professeur de philosophie (comment peut-on être à la fois philosophe et nationaliste ?), il y eut Eugen Ionescu (qui deviendra Eugène Ionesco, 1912-1994), Mircea Eliade (1907-1986) et Emile Cioran (1911-1995). C'est surtout celui-ci qui est étudié par MMM et cela nous vaut quelques très belles pages. Par exemple : "Même si la guerre (39-44) ne fut pas gagnée par l'Allemagne, la France était entrée dans une période de déclin ; orgueilleux, les Français ne le reconnaissent pas. De toute façon, il n'existe pas de nation plus vaniteuse que celle-ci, ce qui lui a coûté la guerre" (p. 88). Ou encore : "(Cioran) se sent maudit d'être né dans un pays insignifiant" (p. 86).

Mais j'ai été intéressé principalement par les pages 74 et 75, où MMM nous explique que Cioran se désolait de devoir constater que son pays, son "peuple" était "incapable de faire l'histoire et donc de devenir nation". Et voici l'explication : "La manière d'être et de vivre (en Roumanie) est due à l'influence fatale des occupants slaves, turcs, grecs, mais aussi à l'Eglise orthodoxe, qui prêche une religion de la pitié et de la soumission". J'ai envie de remplacer Roumanie par Belgique ou Wallonie, et orthodoxe par catholique, car "mon peuple" fut aussi meurtri par de nombreuses et dures occupations, et dénaturé par une idéologie de la compassion.

La génération qu'étudie MMM est appelée "génération 30" ou "génération Criterion", du nom d'un mouvement politico-littéraire, l'association Criterion, fondée en 1932.

Emile Cioran, littérateur roumain baigné dans l'extrémisme, est devenu philosophe de langue française quand il a compris - après son exil à Paris - la vanité des idéologies et qu'il s'est concentré sur l'examen du destin non des foules mais des personnes. Certes, il crut naïvement, dans sa jeunesse, à la Garde de Fer (ou Mouvement Légionnaire). Mais quel penseur authentique et pénétrant n'a pas, dans sa jeunesse, cru au Père Noël ou à la Dictature du Prolétariat ? Et quelles sont, pour la "génération 2010", les idéologies qui dégradent la Pensée ?...

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Qu'est-ce que la litterature ?

18 Novembre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Cela fait longtemps que je repousse au lendemain la construction d'une théorie de la littérature, et pourtant il s'agit du prolongement naturel de mes recherches personnelles ayant conduit à l'élaboration de l'éditologie. Celle-ci étant une épistémologie qui part de l'idée opérationnelle que "tout savoir est un texte édité", il est en effet fatal de généraliser le questionnement en se focalisant sur l'essence des "textes", ce qui revient à explorer la relation originaire entre les savoirs et le langage, ce qui nous renvoie au moins au Cratyle de Platon. J'ai cependant, en 2006, fait paraître une contribution à la critique du "littéraire" dans Une philosophie de la poésie (L'Harmattan, Paris).

L'idée principielle de l'approche textuelle (et donc linguistique) du savoir est qu'il n'est de savoir que partageable, d'où la possibilité du dialogue, du débat, et donc du couple "vérité-erreur". J'ai naguère, en 1997, entamé une étude du rapport entre savoir et communication ("Editologie : entre communication et cognition", Revue Générale 132(4): 45-54).

Nous dirons donc que la littérature est l'ensemble des textes édités, le concept de "texte édité" étant basé sur les concepts premiers de "texte" et de "public", premiers c'est-à-dire n'ayant pas besoin d'une élaboration conceptuelle délicate, puisque "texte" renvoie aux termes clairs et distincts que sont "phrase" et "mot" (un texte est une séquence de phrase ; une phrase est une séquence de mots), et que "public" ne présente aucune difficulté de détermination, puisqu'on peut le faire coïncider avec l'Humanité concrète. En effet, dès qu'il est édité ("publié"), un texte est accessible par tout le monde.

Reste alors à déterminer les sous-ensembles (les "genres") de la littérature.

Si l'on prend comme criterium taxonomique la fonction sociale assignée à un texte édité par son auteur et/ou par ses instances éditoriales, on distingue aisément la littérature didactique, qui vise à transmettre un savoir relatif à l'Être, et la littérature divertissante, qui vise à procurer une émotion, à engendrer du plaisir par l'audition (théâtre, déclamation, chanson...) ou par la lecture. Un manuel de physique ou le code pénal, qui appartiennent à la littérature didactique, sont clairement publiés pour insérer leurs lecteurs dans le Réel, pour les initier à l'une ou l'autre particularité de l'Être, alors qu'au contraire les romans qui racontent les enquêtes du commissaire Maigret ou les Fleurs du mal sont, tout aussi clairement, destinés à sortir leurs lecteurs du Réel, à les éloigner, pendant le temps de la lecture, des pesanteurs du Réel. Nous pouvons dire que la littérature didactique vise à comprendre le monde alors que la littérature divertissante vise à éloigner du monde. La première est une expression du souci de l'Être, la seconde une manifestation de l'oubli de l'Être. Il y a donc des textes "ontopètes" et des textes "ontofuges".

Les "écrivains", qui divertissent, sont des enchanteurs. Les "philosophes", qui avertissent, sont des désenchanteurs.

Reste à analyser pourquoi la tradition scolaire perpétue - en France, singulièrement - la glorification des écrivains qui amusent (Ronsard, Molière, Balzac, Charles Aznavour...) et ignore les penseurs comme La Mettrie, Lavoisier, Pasteur, les Curie, Brunschvicg ?...

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Les ecrivains belges

17 Novembre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Je me suis souvent demandé s'il existe des écrivains en Belgique, ou plus précisément s'il existe une contribution notable et significative, aujourd'hui, de Belges à la littérature française. Bien sûr, il y a de braves gens et aussi de sottes gens, chez les Belges, qui font des phrases et tentent de les vendre, et cela est commun à tous les peuples qui connaissent l'écriture. Mais l'on sait que la littérature fait un constant usage de la distinction entre les écrivains et les écrivants (comme sacripants) ou, mieux encore, entre les "grands écrivains" et les écrivailleurs ou écrivaillons.

J'ai déjà répondu "oui", car j'ai en effet, dans un billet précédent, expliqué que j'en avais rencontré environ quatre-vingts dans une belle livraison de la revue "Le Non-Dit", inventée, fondée et dirigée par Michel Joiret.

Eh bien, voici une nouvelle preuve d'existence, malgré tout (car bien des caractéristiques de la Belgique d'aujourd'hui rendent la chose malaisée), de la "littérature française de Belgique". Pascale Hoyois, avec l'aide de Marie-Claire Beyer, de Mireille Dabée, de Noëlle Lans et d'Anne-Marie Weyers vient de faire paraître une espèce de chrestomathie ou de florilège qui rassemble des textes (prose ou vers) de "50 auteurs belges actuels". C'est un beau volume de 253 pages, intitulé "L'Être, les liens, la vie", publié par les éditions Parler d'Être (Bruxelles).

Informations : www.parlerdetre.be

 

Je ne vais évidemment pas citer les 50 auteurs retenus par Pascale, Marie-Claire, Mireille, Noëlle et Anne-Marie. Et surtout, je ne vais pas m'astreindre à établir, dans cet ensemble de 50 noms, le sous-ensemble des "grands écrivains" et le sous-ensemble des "écrivains petits". Et pourtant, c'est le rôle de la critique de hiérarchiser, et c'est une mission bien difficile, et qui expose le critique à bien des critiques. Encore que, il suffit peut-être de parcourir l'anthologie, sans préjugés, pour repérer l'or vif, l'argent pâle et le plomb terni. En tout cas, il y a parmi les Cinquante quelques auteurs importants, ou qui ne doutent pas de leur importance. Cela fait un ouvrage nécessaire pour tous ceux qui s'intéressent, pas tellement à ce que la Belgique littéraire fut (et qu'elle ne sera plus jamais), mais à ce que la Belgique est et sera, du moins la Belgique de l'émotion et de l'imaginaire.

 

L'ouvrage est préfacé par Jean-Pierre Dopagne, président de l'Association des Ecrivains Belges. Voici encore une preuve de leur existence : les écrivains belges existent, puisqu'ils s'associent !

 

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles)

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles

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