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Jean C. Baudet

Articles récents

L'horizon des souffrances

18 Février 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

La question de l'éditologie, dont l'ambition première était de dévoiler l'Être par l'approche épistémologique qui creuse profondément dans les strates du savoir humain, finit par se transfigurer en une angoisse du devenir (de l'action future de l'Être sur le Moi), quand les réalités, d'abord simplement connues par l'érudition tranquille deviennent tragiquement vécues, et que le cogito (ou l'edito) se transforme en "je vais souffrir". Tout un pan de la culture (espoir et illusion) a déjà été jeté aux orties par l'Editologue (mythes, superstitions rebaptisées religions, mièvreries poétiques, idéologies) dans la reconnaissance apodictique de l'implacable mouvement annihilateur d'illusions de la STI (science-technique-industrie) et dans la dénonciation des impostures, des supercheries et des usurpations de cette "culture". Il nous faut maintenant abattre les murs restants des prétentieuses constructions humanistes dans la noire jubilation des phases terminales des déchéances. Chaque cancer (ou chaque crise d'hypertension artérielle, ou chaque massacre, etc.) montre la vérité livide, et la STI révèle, dans sa grandiose imperturbabilité, la vanité des espérances, fussent-elles cadencées de jolies métaphores et écrites en voyelles de couleur.

Le non-être n'est même plus une consolation, car il n'y a pas de non-devenir. L'être et l'esprit (Hegel), l'être et le temps (Heidegger), l'être et le néant (Sartre), l'être et l'avoir (Marcel), l'être et le connaître (Popper) ne sont plus que borborygmes de pensée, jeux d'enfants et récréations, cacographies orgueilleuses et vaines, à peine plus pertinents qu'un slogan fanatique ou qu'une chanson. Le Dasein, c'est encore pire que l'être-pour-la-mort, car c'est le surgissement de la Douleur.

La Civilisation, qui aurait pu être brillante et chère au coeur des hommes véritables, sombre hideusement (comme, individuellement, chacune des bêtes humaines) dans la dégénérescence de ses divertissements grossiers, lançant comme de stériles feux d'artifice les fulgurantes mais inutiles beautés de la musique de Lili Boulanger, des poèmes de Charles Baudelaire, des analyses vertigineuses d'Albert Einstein et du tableau sublime et suprême de Dimitri Mendéléev. 

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Jean-Baptiste Baronian et les plis de l'espace-temps

7 Février 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature

Je lis peu de romans. Je préfère souvent la description des réalités, qui de toutes manières dépassent la fiction, que la relation de faits inventés par l'imagination des écrivains. Mais je ne boude pas mon plaisir à lire ou relire un récit de Julien Green, de Georges Simenon ou de Jean-Baptiste Baronian. Ainsi viens-je de terminer un roman récemment publié de celui-ci, lecture passionnante, je n'ai pas pu poser le livre avant d'en avoir lu la fin. Ce qui m'arrive rarement, et je sais des titres prestigieux dans l'histoire du roman français dont je ne suis pas parvenu à lire plus que les dix ou vingt premières pages, tant les faits décrits me semblaient mornes et moroses. Le titre choisi par Baronian (ou, peut-être, par son éditeur) est bizarre, L'Enfer d'une saison, mais l'on ne juge pas un roman à son titre.

Or donc, il s'agit de raconter quelques jours de la vie d'un homme, un très jeune homme, Arthur, qui est un Français venu à Bruxelles en 1873. Un adolescent malpoli, avide de plaisirs grossiers, qui rêve d'absolu et qui invente des mots nouveaux (comme si la langue française n'était pas assez riche !) pour exprimer ses sentiments bouleversants, comme souvent le sont les sentiments des très jeunes hommes. Il s'est disputé avec son ami, ivrogne et pédéraste, qui a tiré deux coups de revolver sur son partenaire, blessant celui-ci au poignet. Et le récit commence quand Arthur sort de l'Hôpital Saint-Jean, le 18 juillet, et qu'il se met à déambuler dans un Bruxelles accablé de soleil. L'idée n'est pas très originale, les disputes au sein des couples homosexuels ne sont pas rares, encore que les coups de revolver n'y sont pas si fréquents. Mais l'auteur sait, par son écriture habile et prenante, donner de l'intérêt à ce fait divers, et l'on suit avec une attention toujours soutenue la promenade et les rencontres du jeune presque voyou dans un Bruxelles révolu. Et, après les quelques premières pages du roman, le lecteur est subitement plongé dans le Bruxelles de 1973, où un professeur de français bibliophile fait le tour des bouquinistes, encore nombreux en ce temps-là. Et l'on suit ainsi, à un siècle de distance, les pérégrinations parallèles du jeune Arthur et du professeur. Finalement, Arthur, qui a mis par écrit ses impressions dans des phrases qui, je dois le reconnaître, sont véritablement somptueuses, arrive rue aux Choux, où il fait publier, à compte d'auteur, son manuscrit par l'imprimeur Poot. Et, cent ans plus tard, le bibliophile arrive lui aussi rue aux Choux, dans la bouquinerie Poot. Le roman, réaliste et presque naturaliste jusque-là, touche alors au fantastique, car les derniers événements du récit ne se conçoivent que par l'effet d'une mystérieuse pliure dans l'espace-temps qui fait se correspondre certains événements de 1873 et de 1973. Il est vrai que Jean-Baptiste Baronian n'est pas que romancier, qu'il est un des meilleurs connaisseurs de la littérature fantastique, qu'il connaît tout particulièrement l'oeuvre hallucinante de Jean Ray, et que celui-ci était comme hanté par les étranges rencontres dans les replis de l'espace et du temps. Etranges, certainement. Et je me souviens que, quand j'étais éditeur, dans les années 1980 et 1990, je travaillais avec l'imprimerie de la famille... Poot. Poot a donc bien existé. Mais Arthur ?...

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Serge Bourgea, Eric Lysoe et la poesie belge

6 Février 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie, #Belgique

J'ai l'honneur de signaler aux visiteurs de mon blog la parution d'un ouvrage tout à fait intéressant chez L'Harmattan (Paris), intitulé Francophonies du proche et sous-titré Les poésies d'expression française en Suisse et en Belgique aujourd'hui. Dans ce livre de 205 pages, Serge Bourgea, professeur à l'Université de Montpellier III, rassemble quelques articles consacrés à la poésie française chez les Suisses et chez les Belges. On aurait aussi bien pu étudier la poésie française chez les Bretons et chez les Alsaciens, mais pour faire un livre, il faut se limiter. Dans le volume édité par Bourjea, il n'y a qu'un seul article sur la poésie des Belges, mais il est long et substantiel, dû à la plume compétente et complaisante d'Eric Lysoe, qui est professeur de littérature comparée à l'Université de Clermont-Ferrand II.

Dans une introduction subtile, Bourgea nous rappelle d'abord qu'est bien morte (les rêves s'évanouissent, quand on se réveille dans les bruits assourdissants de la mondialisation) "une certaine idéologie du français langue universelle (... gardienne...) des droits de l'Homme et des valeurs de la Civilisation". Car en effet, il n'est pas si loin le temps où, dans la foulée des décolonisations, des intellectuels illuminés croyaient que la langue du marquis de Sade et du jeune voyou Rimbaud était davantage porteuse de valeurs civilisationnelles que l'anglais des publications de Rutherford (physique nucléaire), de Bohr (mécanique quantique), d'Einstein (théorie de la relativité), de Hubble (astrophysique), de Watson et Crick (biologie moléculaire)... Est-ce vraiment grâce aux calembredaines d'un Mallarmé que la langue française dirige le monde vers la démocratie, la tolérance et l'égalité des hommes et des femmes ?

Mais venons-en à la poésie chez les habitants du royaume de Philippe. Dans sa contribution, Lysoe souligne, en Belgique, "une production luxuriante (...) curieusement disproportionnée en regard de la faible étendue géographique et humaine du pays". Mais ne nous trompons pas. La production de plaquettes de poésie est exorbitante chez les Belges. Mais les poètes authentiques, qui nous font rêver comme Rutebeuf ou comme Aragon, combien sont-ils ? Et quelle est l'audience - en Belgique même - de ces (rares) poètes vraiment créateurs ?

Se bornant à étudier la production poétique belge en français depuis 1945 à nos jours, Lysoe se livre à une analyse minutieuse, qu'il place d'abord sous la double tentation du surréalisme d'un côté (et donc du vers libéré des règles de versification) et du néo-classicisme de l'autre (ici, l'alexandrin magnifique reste l'outil par excellence). Cette grille d'analyse est complétée par une autre opposition, celle entre la déstructuration du langage (comme chez Jacques Sojcher, par exemple) et l'abandon à l'épanchement lyrique. Christian Dotremont, Marcel Thiry, Louis Scutenaire, Robert Goffin, Yves Namur et quelques autres sont évoqués... Le beau travail du professeur Lysoe semble confirmer une impression qui me vient parfois (mais qu'il faudrait être "sociologue de la littérature" pour confirmer "scientifiquement") : en Belgique, presque tout le monde publie de la poésie, et presque personne n'en lit.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles)

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur)

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Science et non-sciences

29 Janvier 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Philosophie

Après avoir publié une "Histoire de la Science" chez Vuibert (9 volumes, 2002 à 2009), j'ai entrepris la rédaction d'une "Histoire des non-sciences", c'est-à-dire une "Histoire des mythes, des religions et de la philosophie". Les deux premiers volumes sont déjà parus chez Jourdan : "Curieuses histoires de la Pensée" (2011, 601 pages) et "Histoire de la Pensée de l'an Un à l'an Mil" (2013, 334 p.).

Ce découpage des productions textuelles de l'Humanité en Science et non-sciences correspond à la thèse centrale de mon épistémologie ("éditologie"), qui voit une coupure épistémique entre la STI (Science-Technique-Industrie) et la Culture (poésie, littérature, religions, philosophie, "sciences humaines"...), qui est une élaboration épistémologique de l'opposition pascalienne entre le coeur et la raison. L'étude approfondie de l'histoire de la Science (y compris l'histoire de la Technique et de la Technologie) montre clairement, à toutes les époques, la connexion profonde qui relie la Technique (dont l'avènement est comme le signe de l'hominisation), la Science et la Technologie aux activités économiques. Quant aux religions, elles naissent comme le montrent les travaux des ethnologues (voir notamment Malinowski) de la scission faite (pendant la Préhistoire) entre les récits "vrais" (sacrés) et les récits "inventés" (littérature). Ces récits primitifs sont engendrés par la Peur provoquée par des phénomènes naturels effrayants (nuit étoilée, orages, tempêtes, incendies, animaux féroces...), magiquement apaisée par les "explications" du mythe. Les textes les plus anciens dont nous disposons (Gilgamesh sumérien, Livre des morts égyptien, poèmes d'Homère et d'Hésiode) sont soit des textes purement religieux, soit des poèmes où les interventions divines sont décisives, ce qui montre bien le lien profond entre religion et littérature (entre l'émotion et l'imaginaire). Le mythe se transforme en religion quand le pouvoir impose la connexion entre ce mythe et des rites (l'avènement simultané de l'institution royale et de la religion socialement organisée est admise par de nombreux historiens des religions).

Je me suis livré à l'exercice de l'opposition entre Science et non-sciences dans le cas simple de la Belgique, dans mes livres (chez Jourdan) : "Histoire des sciences et de l'industrie en Belgique" et "A quoi pensent les Belges ?". D'un côté les travaux d'Etienne Lenoir (la voiture automobile), de Zénobe Gramme (l'électrotechnique), de Prigogine et de De Duve (thermodynamique et biologie moléculaire), de l'autre ceux de Simenon, d'Hergé et de Maurice Carême...

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A propos des penseurs belges

24 Janvier 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Belgique

Pensee belgeMon livre " A quoi pensent les Belges ? " (éditions Jourdan, Bruxelles) s'efforce de présenter les principaux intellectuels belges, francophones ou flamands, et s'attache plus à la littérature de réflexion qu'à la littérature de divertissement. C'est-à-dire que je m'y intéresse plus à l'essai (philosophie, sciences humaines, histoire) qu'aux romans, à la poésie et au théâtre. J'essaye notamment d'y analyser comment l'intelligentsia en Belgique, qui s'exprimait exclusivement en français au lendemain de la révolution de 1830, va évoluer vers la diglossie français-néerlandais. Dans cet ouvrage, je propose comme thèse que la conception de la Belgique par les intellectuels belges est basée sur deux grands mythes, celui de la Belgique héroïque résistant aux envahisseurs (Jules César, le duc d'Albe, les Allemands en 1914...) et celui de la Flandre picturale (de Jean Van Eyck à James Ensor, qui d'ailleurs était francophone, comme René Magritte). Ces deux mythes se conjuguent de manière exemplaire dans le personnage de Hergé, car en effet Tintin est une image (primat du visuel) et un héros.

Ce livre situe dans l'histoire quelque 700 auteurs, romanciers (Simenon), dramaturges (Ghelderode), poètes (Verhaeren), philosophes (Perelman), grammairiens (Grevisse), historiens (Pirenne)...

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Sur la fonction de l'Art

20 Janvier 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Art, #Editologie

L'éditologie propose de distinguer les productions intellectuelles de l'Humanité en deux ensembles épistémiques, la STI (Science-Technique-Industrie) et la Culture. De même que les diverses composantes de la STI sont articulées à partir de la Mathématique (J.C. Baudet : Mathématique et vérité, L'Harmattan, Paris), les différents produits de la Culture sont centrés sur un noyau dur, l'Art. On peut aussi bien reprendre la dichotomie des psychologues qui opposent l'intelligence compréhensive à l'intelligence émotionnelle. Mais reste la délicate question de la fonction de l'Art. A quoi ça sert ? Il semble évident (Pascal, déjà, l'avait noté, dans son analyse du divertissement) que l'Art, sous ses différentes formes, sert à sortir du Temps, à oublier le Réel, et à vivre le temps d'une symphonie ou de la visite d'un musée à se saturer l'esprit pour évacuer toute réflexion sur le Devenir. Sous les oripeaux du sublime, du splendide, de l'émotion esthétique, l'Art se présente comme un évacuateur d'angoisse, un écarteur d'anxiété, un remplaceur du Devenir effrayant par un Pays des merveilles qui fait oublier (d'où la relation découverte par les artistes d'avant-garde entre l'Art et les drogues psychotropes). Si la STI nous apprend la terrible loi de l'entropie et des dégradations inéluctables, l'Art nous promène dans les jardins du Rêve, de l'Amour, et des nuages qui passent là-bas, les beaux nuages, avec les fugues de Bach et les carrés de Mondrian.

Car nous le savons bien, que la condition humaine n'est pas d'être, mais de devenir, de sentir ses membres raidis petit à petit par le vieillissement, de se trouver - tôt ou tard - la peau couverte d'ulcères, d'escarres, de bubons, de chancres, de télangiectasies purulentes, d'eczéma, de purpura, de furoncles putrides, de pustules, de rougeurs au prurit infernal, de papules, de se transformer en pourriture, avec de la fièvre exténuante, des céphalées, avec l'humiliation de ses sphincters qui échappent à la volonté, avec les diarrhées, l'incontinence urinaire, le ptyalisme, baignant dans les excrétions, la bave, le pus et la sanie, avec des crampes qui taraudent cruellement les mollets, avec des douleurs fulgurantes dans le bas-ventre, un feu dévorant dans la poitrine, avec des vertiges, des pertes de mémoire, des vomissements, des tremblements incoercibles. Le cancer, le diabète, l'athérosclérose. Et les douleurs morales, en plus, comme si cela ne suffisait pas : la perte d'un ami, d'un conjoint, d'un enfant...

Chacun peut se demander s'il finira aveugle comme Jean-Paul Sartre, ou cancéreux comme Sigmund Freud.

Voilà la fonction psychique de l'Art : éviter de penser à demain. Quant à sa fonction sociale, elle est de réaliser le partage des émotions : quand on applaudit dans une foule, on ne pense pas. La fonction de l'Art ? Faire converger les regards vers le spectaculaire pour permettre le "vivre ensemble" dans l'oubli des futurs.

Voilà pourquoi les musiciens, les plasticiens, les poètes, les dramaturges et les comédiens détestent l'éditologie. Voilà pourquoi j'ai tant d'ennemis - ce qui est d'ailleurs la moindre de mes souffrances à venir. Aurais-je des contradicteurs assez indifférents aux souffrances humaines et au sérieux des douleurs pour affirmer que le cancer n'existe pas ?

L'éditologie tente (et continue de chercher, elle n'est pas un dogmatisme) de dévoiler la vérité du Réel. L'Art veut construire un monde où tout n'est qu'ordre et beauté. Mais c'est un monde imaginaire.

Pour info :

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L'histoire de la cuisine ou Julie Gayet ?

18 Janvier 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Cuisine

Grands destinsQuelques-uns de mes amis (car j'ai, malgré tout, quelques amis) s'étonnent qu'après avoir publié une vingtaine d'ouvrages consacrés à l'histoire des systèmes de pensée (religions, philosophie, science, poésie...) j'ai fait paraître, tout récemment, une "Histoire de la cuisine" (éditions Jourdan, Bruxelles-Paris, 268 pages). Quoi, me disent-ils, d'ailleurs cordialement, tu as étudié les productions les plus sublimes de l'Humanité, la Relativité d'Albert Einstein, la Psychanalyse de Sigmund Freud, la Théorie électronique de Niels Bohr, l'Utopie communiste de Karl Marx, la Théorie des ensembles de Georg Cantor, la Phénoménologie d'Edmond Husserl, et voilà que tu t'intéresses au sujet si vulgaire de l'alimentation ? Sombrerais-tu dans le populisme en étudiant le remplissage des estomacs, alors qu'il y a tant à dire sur l'indicible, sur le spirituel, sur les sacro-saints droits de l'homme ou sur le programme de François Hollande pour faire, grâce à de nouvelles lois, le bonheur définitif de tous les Français, si libres, si égaux et si fraternels ?

C'est que je suis tenté par le matérialisme - aussi "vulgaire" soit-il. C'est qu'il me semble que les humains ont plus besoin de pain (et si possible de boeuf Stroganov, de poulet Marengo, de poires Belle Hélène, de steaks tartares et de filets américains, voire de hot-dogs et de choucroute) que de cortèges hurlant dans les grandes villes d'Europe et que de discours pour la préservation des langues d'Amazonie.

Certes, j'aurais pu, aujourd'hui, orienter ma réflexion vers Cahuzac, vers Dieudonné, vers Julie Gayet, représentants de la Très Sainte Humanité mis à l'honneur par les appétits populaires. Mais je préfère m'intéresser à la lente et difficultueuse construction des vérités (ne serait-ce que la recette de la béchamel ou de la crème Chantilly) plutôt qu'à la trop facile élaboration de mensonges. Mais quand même, les trois "héros" que je viens de citer symbolisent assez bien la Cupidité, la Haine et la Sexualité, qui sont, il faut en convenir, parmi les plus puissants moteurs de l'Histoire. Mes "héros" à moi sont plutôt Einstein, Freud, Bohr, Marx, Cantor, Husserl (voir, notamment : Les grands destins qui ont changé le monde, Jourdan, 331 pages). Au fait, savez-vous quel est le dénominateur commun de ces six personnages ?

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Mathematique, technique et poesie

16 Janvier 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

 

Le temps passe, et je me dis que je n'ai publié encore qu'une partie des résultats de ma pensée philosophique. Certes, j'ai dit bien des choses dans mes ouvrages et mes articles, mais il manque un exposé doctrinal documenté et systématique du produit de mon travail. J'ai cependant publié quelques résultats subtantiels dans trois volumes de la collection "Ouverture philosophique" (éditions L'Harmattan, Paris).

Dans Mathématique et vérité, je montre que le nombre, en tant qu'abstraction du Réel observé (l'Objet), manifeste des propriétés liées à son origine objective, et que l'on peut donc se fier aux contraintes du raisonnement mathématique. Les nombres ne sont pas une création arbitraire et donc contingente de l'esprit humain, mais sont la concentration opérationnelle de certaines réalités de l'Être. Ce qui explique les succès de la Science, et pourrait conduire à un néo-scientisme délivré des naïvetés du scientisme du XIXe siècle.

Dans Le Signe de l'humain, j'analyse la Technique (devenue récemment technologie) et j'aboutis à cette idée qui rejoint celle du simple bon sens que non seulement la Technique est à l'origine des savoirs et en particulier de la Science, mais qu'elle est en fait le "propre de l'homme". C'est en acquérant la capacité de produire des outils (avant même l'invention du langage, si célébré par les penseurs idéalistes) que le singe accède à la dignité humaine. Cela peut conduire au matérialisme.

Dans Une philosophie de la poésie, je tente de construire une épistémologie qui limite les pouvoirs cognitifs de l'humain à l'utilisation de l'observation (les sens) et du raisonnement (l'intelligence), rejetant résolument les prétentions des traditions ou de l'intuition, qu'elle soit mystique ou poétique.

Tout cela débouche sur un scepticisme métaphysique (l'impossibilité découverte par Kant d'accéder aux réalités nouménales) et sur un dogmatisme scientifique. Soigneusement débarrassée de toute littérature, de toute rhétorique et des illusions de l'Espoir et du Sentiment (les larmes empêchent toute vision claire), la Philosophie doit admettre son propre échec en tant qu'ontologie, et reconnaître la valeur de la Science pour les "affaires terrestres". L'homme peut organiser son royaume qui est de ce monde par le recours à la Technologie (source unique de l'Ethique et de la Politique), et ne peut qu'accepter l'ignorance des éventuelles entités d'un monde nouménal inatteignable. Si l'homme doit s'incliner devant l'Incogniscible, et lui reste à cultiver son jardin phénoménal.


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Librairie Filigranes (Bruxelles)

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Francophonie, mon amour

11 Janvier 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Hier, en fin de matinée, le soleil est radieux place Sainctelette, et j'assiste, dans les locaux de l'agence WBI (Wallonie-Bruxelles International), à la présentation de la dernière édition (2013-2014) de l'ouvrage annuel "L'Année francophone internationale". Cette publication (436 pages) offre une très riche documentation sur l'état actuel de la Francophonie, et donc de la langue française dans le monde. Discours... Philippe Suinen, administrateur général du WFI, ouvre la séance. Charles Moumouni, directeur de l'AFI (Année Francophone Internationale), présente l'ouvrage, qui en est à sa 22ème édition. D'autres encore interviennent, comme Laurence Boudart, qui est la collaboratrice de Marc Quaghebeur, poète et directeur des Archives et Musée de la Littérature (Bibliothèque Royale, Bruxelles). Je citerai encore l'allocution d'Edgar Fonck, président de l'Association pour la Promotion de la Francophonie en Flandre. Après les paroles, les questions et les réponses, un excellent vin mousseux est offert à la cinquantaine de participants à la réunion, accompagné de petits fours et zakouski variés, savoureux et nutritifs. C'est que l'on ne vit pas que de beau langage.

Et, verre dans une main et bouchée au foie gras ou au saumon dans l'autre, j'ai le plaisir de parler la bouche pleine (de mots) à Laurence Boudart, à Erol Kulahci, politologue, à Christiane Buisseret, qui est le président de l'Association Belge des Professeurs de Français. Je bavarde avec d'autres encore, avec qui je partage l'usage de la langue française, prenant conscience une fois de plus qu'appartenir à une communauté c'est pouvoir communiquer.

On s'étonnera peut-être de découvrir, dans L'Année francophone internationale, des notices sur des pays comme la Nouvelle-Zélande, Chypre, la Moldavie... C'est étonnant, en effet, que les instances pensantes et dirigeantes de la Francophonie s'intéressent à des pays où le français n'est connu que par quelques étudiants et par quelques linguistes, mais accordent fort peu d'attention au génocide culturel du français perpétré par la Flandre (à la frontière même de la France !), où le français est la langue maternelle de deux ou trois cents mille personnes. Y aurait-il des francophones plus francophones que les autres ?

Il y a évidemment une notice sur la Belgique, rédigée par Quaghebeur, qui est parvenu à donner une excellente synthèse de la situation politique, éducative et culturelle du pays. Je m'amuse de constater qu'il cite Spirou et Tintin, et que parmi les grands littérateurs belges il évoque Henry Bauchau ou Michel de Ghelderode ou Raymond Trousson, mais qu'il passe sous silence Simenon ou Camille Lemonnier.

L'AFI a donc repéré 93 pays où le français est présent. Cela nous conduit-il à l'optimisme pour l'avenir de la langue de Descartes, de Lavoisier, de Pasteur, de Curie, de Prigogine, du Grand Jojo et de Gérard Depardieu ? Partout, même en France, le français est menacé par les replis identitaires et le goût des idiomes locaux. Et le français parlé en Louisiane ou en Acadie s'éloigne de plus en plus du français standard, compromettant l'inter-compréhension entre francophones. Pour qu'une langue prospère, il faut bien sûr la volonté de ses locuteurs, et c'est du domaine de l'émotion et des sentiments (forces non négligeables). Mais cela ne suffit pas. Il faut une base démographique et économique solide. Car "les gens" n'apprennent pas une langue pour parler (il y en a tant qui n'ont rien à dire), mais pour échanger des biens et des services, et pour trouver du travail. Tous les projets politiques (et quel plus beau projet qu'une Francophonie diverse par ses cultures et unifiée par le français d'Aimé Césaire, de Simone de Beauvoir et d'Emile Cioran ?) risquent, tôt ou tard, de se casser les dents sur les dures réalités démographico-économiques !

Pour info :

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L'echelle de scientificite de Walter H. Hehl

8 Janvier 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Curieuses-histoires-sciences g

Le Suisse germanophone Walter H. Hehl, un ancien ingénieur de recherches chez IBM, a développé une Hardness Scale, ou "Echelle de scientificité", bien intéressante, et qui devrait stimuler la réflexion de tous ceux qui s'intéressent à l'extrêmement difficile question de la "vérité". W.H. Hehl est par ailleurs auteur de "Die unheimliche Beschleunigung des Wissens" (ETH, Zurich, 2012).

L'échelle de Hehl classe les théories proposées à l'Humanité dans sept groupes, notés de "-3" à "+3". Le meilleur score est obtenu par les théories bien établies, qui ne font plus l'objet de controverses au sein de la communauté scientifique internationale, et dont Hehl remarque qu'elles ont toutes la particularité d'être "surhumaines", c'est-à-dire d'être incompréhensibles par une large part de la population. Méritent ainsi la note "+3" la théorie de la relativité, la biologie moléculaire, la valeur de la vitesse de la lumière... L'on peut alors classer en "+2" la théorie de l'évolution (dont certains aspects font encore l'objet de discussion), en "+1" la théorie de la présence de vie sur les exoplanètes, en "0" la théorie de la fusion nucléaire froide (ce qui me paraît exagéré), en "-1", l'astrologie et le spiritisme, en "-2" l'homéopathie, en "-3" l'hépatoscopie. Je peux ajouter que de nombreux régimes pour maigrir et de nombreuses idéologies politiques qui prétendent faire le bonheur des peuples méritent aussi la mention "-3".

Je renvoie à mon livre Curieuses histoires de la science (Jourdan, Bruxelles) pour une étude approfondie de quelques cas d'erreurs scientifiques, qui illustrent bien, je crois, la difficulté de la question. D'autre part, les constatations suivantes donnent à penser.

Tous les physiciens acceptent la théorie de la relativité du temps et de l'espace.

Tous les chimistes acceptent la théorie atomique de la constitution de la matière.

Tous les biologistes acceptent la théorie de l'évolution des êtres vivants.

Certains médecins acceptent l'homéopathie.

Certains psychologues acceptent la psychanalyse.

Aucun astronome n'accepte l'astrologie.

Aucun chimiste n'accepte la théorie de la pierre philosophale.

Tous les hommes instruits acceptent l'arithmétique.

Pour info :

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