Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Jean C. Baudet

Articles récents

Il faut moderniser l'islam

17 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Religion

On entend dire qu’il faut moderniser l’islam. Des intellectuels de toutes sortes, notamment en France, dissertent et débattent sur la nécessité d’adapter l’islam à la modernité, allant même jusqu’à préconiser un « islam de France ». Il faut, disent-ils, que les théologiens musulmans relisent le Coran et l’interprètent à la lumière du modernisme.

Le fait est que le christianisme, par le contact avec la philosophie (notamment la pensée du Grec Aristote, largement connu par les chrétiens d’Europe occidentale grâce à la transmission des textes par les Arabo-musulmans !) puis avec la science (Copernic, Galilée, Darwin…), s’est transformé à partir de la fin du Moyen Âge, pour tenir compte des avancées de la pensée, mais avec quelles résistances ! Il suffit de mesurer le temps qu’il a fallu pour que l’Eglise admette l’héliocentrisme copernicien.

Mais que signifie « moderniser une religion » ? En quoi une religion diffère-t-elle dans les Temps modernes de ce qu’elle fut au Moyen Âge ? Comment tiendra-t-elle compte de la pensée de Spinoza, de Diderot et de Voltaire, de Feuerbach, de Nietzsche et de Freud, de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir, d’André Comte-Sponville (L'esprit de l'athéisme. Introduction à une spiritualité sans Dieu, 2006) et de Michel Onfray (Traité d'athéologie. Physique de la métaphysique, 2005), d’Eric Zemmour et de Caroline Fourest et de Christine Tasin ?

Et d’abord, qu’est-ce que la modernité ? Ce n’est pas nécessairement l’athéisme et le refus de toute religion, mais c’est la prise en compte, sérieusement, du fait qu’il se pourrait bien que les dieux et les « réalités spirituelles » n’existent pas, qu’elles ne sont que des illusions élaborées par l’esprit humain sous l’effet de la peur de la mort. La modernité, c’est le doute systématique et le scepticisme, c’est non pas la contemplation d’une Vérité donnée (révélée) mais la recherche d’une vérité qui s’éloigne toujours à mesure qu’on s’en approche, c’est tout le contraire d’un dogme fanatiquement accepté et imposé par des « savants ».

Alors, au temps d’Al-Qaïda et de Daech, peut-on raisonnablement penser que des musulmans soient prêts, non pas à renoncer à leur foi, mais à admettre qu’une foi religieuse n’est qu’une hypothèse invérifiable ? Que des musulmans soient prêts à admettre que, peut-être, Allah n’existe pas, et que, peut-être, Mahomet fut un illuminé comme Bouddha, comme Jésus, comme Ron Hubbard ? Peut-on raisonnablement penser que des imams soient prêts à se réunir en concile pour renouveler leur lecture d’un texte rédigé au VIIème siècle ?

J’aimerais bien voir fleurir un christianisme de France, un judaïsme de France, un bouddhisme de France, un hindouisme de France, un confucianisme de France, un athéisme de France et un islam de France. Pour apaiser les besoins de spiritualité et d’espérance du peuple de France. Nous verrons…

Lire la suite

La pensee de Jean Baudet

15 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

L’observation, l’introspection phénoménologique, le raisonnement et l’étude critique de l’histoire de la pensée (mythes, religions, philosophie, science, technologie) m’ont conduit, quant à la question gnoséologique, à une synthèse de l’empirisme de Locke, du scepticisme de Kant, du rationalisme appliqué de Bachelard et de l’épistémologie de Popper (avec, en plus, une insistance toute particulière sur le rôle de la technique dans le processus cognitif). Cette position quant aux possibilités de connaissance me conduit ensuite, en ontologie, au matérialisme (tempéré par un coefficient de scepticisme), ce qui m’interdit les illusions des religions, spiritualismes et autres réconforts, et m’amène à dénoncer tout humanisme comme une résurgence des idées mythologiques sacralisant l’humanité (voir « La religion est la première conscience de soi de l’homme », in L. Feuerbach : L’Essence du christianisme, 1841).

Avec l’empirisme rationaliste en gnoséologie, le matérialisme en ontologie et l’anti-humanisme en éthique, et avec le scepticisme en « arrière-garde », je ne peux qu’arriver au désespoir et au pessimisme le plus noir : la matière produit la vie, et la vie est douleur. La « conscience de soi » dans la lumière de la philosophie la plus exigeante conduit à une définition de l’homme plus angoissante encore que celle des existentialistes Heidegger et Sartre : l’homme n’est pas seulement un « être-pour-la-mort », c’est un « être-pour-la-souffrance ». La mort ne n’effraye nullement ; les souffrances m’épouvantent.

Je ne peux pas résumer plus brièvement (voir mes livres et mes articles) mon cheminement philosophique (un « chemin qui ne mène nulle part », disait Heidegger), évitant les travestissements littéraires, les parades dérisoires de l’humour ou les consolations « bon chic, bon genre » de la pression sociale et de l’amitié ou de la politesse.

Mais je n’oublie pas la politesse, fondement de la politique et du vivre-ensemble. Je remercie mes lecteurs, sympathisants ou adversaires, de leur attention, et pour certains d’entre eux de leurs paroles d’espoir, malgré tout. Malgré mon angoisse, mes peines et mes douleurs, cela me touche. Et puis, on ne sait jamais…

Lire la suite

Sur la mort de Jean Baudet

12 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Civilisation

Je suis prêt à mourir. Je ne suis pas vraiment pressé, mais le plus tôt sera le mieux. Car j’en ai marre de ce monde qui me dégoûte et me fait vomir, ce monde de bêtise, d’aveuglement sentimental, de pensée encadrée par les fanatismes les plus abjects ou par les bons sentiments bêlants ouvrant la porte à toutes les illusions. J’en ai marre des souffrances, des douleurs, et singulièrement des humiliations insupportables du vieillissement et des dégénérescences. Certes, j’admire encore les splendeurs trop rares de la Civilisation, dues à quelques hommes peu nombreux dans une population de milliards d’individus : la Science (le Polonais Copernic, l’Anglais Newton, le Suédois Linné, le Français Lavoisier, le Russe Mendéléev, l’Ecossais Maxwell, le Néerlandais van der Waals, l’Allemand Einstein, le Danois Bohr, l’Américain Hubble, l’Autrichien Schrödinger, le Wallon Lemaître, le Néo-Zélandais Rutherford, l’Américain Lawrence, le Japonais Yukawa, l’Italien Fermi, l’Américain Pauling, l’Américain Watson, l’Américain Feynman, l’Américain Gell-Mann, l’Américain Nirenberg…), la Technologie (Siemens, Peugeot, Bell, Edison, Ford, Boeing, von Braun, Gates…), la Musique (Mozart, Beethoven, Rachmaninov, Louis Armstrong, Miles Davis, Thelonious Monk, Messiaen, Jolivet…), la Littérature (Hergé et Simenon)… Certes aussi, je me réjouis encore parfois de ces autres merveilles civilisationnelles que sont la blanquette de veau, le gratin dauphinois, la choucroute, les saucisses de Francfort, le cassoulet, les saucisses de Toulouse, le foie gras, le chili con carne, le hamburger (avec du ketchup), le coq au vin, le filet américain (avec des pommes frites et beaucoup de mayonnaise), la sole meunière, le baba au rhum, la tarte Tatin, les spaghettis à la bolognaise, la truite aux amandes, le saumon fumé, la moussaka, le bœuf Stroganov (tout cela arrosé de champagne, de bordeaux, de corbières, de minervois, de rosé d’Anjou, de beaujolais, de bourgogne, et même de chianti et de valpolicella).

Mais toutes ces bonnes et belles choses n’occultent pas les misères du vieillissement individuel, ni les horreurs du déclin de la Civilisation, de plus en plus menacée de l’intérieur par la déchéance de la pensée critique et de l’extérieur par les fanatismes combattant venus des lointains déserts de sable.

Et ne venez pas, chers frères humains qui après moi vivrez, me consoler avec vos « pensées positives », votre « intelligence du cœur », votre « force de l’amour », votre « tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir », et autres « après la pluie le beau temps »… J’ai trop mal au ventre, ma vue se brouille, mes bras tremblent… Je vais réécouter un disque de Louis Armstrong. Cela s’appelle « What a beautiful world ». En attendant l’agonie.    

 

Lire la suite

La philosophie et l'histoire

4 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Métaphysique

La philosophie trouve ses sources, mais aussi ses limites, dans le Monde et dans l’Histoire. C’est en effet avec le questionnement des réalités mondaines par Thalès et les physiciens de Milet que commence l’enquête philosophique se débarrassant des traditions magico-religieuses de la pensée archaïque, et c’est avec l’étude de l’historiographie par Hegel et les hégéliens (dont Feuerbach, Engels et Marx) que débute la philosophie vraiment moderne. On peut voir dans le titre énigmatique de l’ouvrage fameux de Heidegger, Sein und Zeit, une indication des deux sources de la philosophie.

Mais l’immense complexité du Monde et de l’Histoire conduit le travailleur intellectuel à s’arrêter au seuil du philosophique, restant comme enlisé dans l’étude du physique (les sciences « expérimentales ») ou dans celle de l’historique (les sciences « humaines »). L’observation des choses (astronomie, sociologie, politique…), fascinantes et inépuisables, détourne ainsi de leur compréhension, et les astronomes, les biologistes, les sociologues, les observateurs politiques et tous les spécialistes d’un domaine plus ou moins étendu de l’Être, produisent d’innombrables textes qui ne sont que des prolégomènes à toute recherche se voulant philosophique, c’est-à-dire compréhensive et « absolue ». Il s’agit donc de construire, au-delà de la physique, une « méta-physique », et au-delà de l’historique, une « méta-historique » !

Mais comment atteindre ce « méta », et d’ailleurs existe-il ?

Le seul chemin possible pour atteindre ce méta – qui serait le cœur de l’Être – est le retour sur le « moi », c’est-à-dire le retour au concret, au vécu même du philosophe, à ses plaisirs et à ses souffrances, et (retombant dans les pièges de l’érudition !), l’on évoque ici les figures grandioses et pathétiques de Protagoras, de Socrate, de Descartes, de Fichte, de Kierkegaard, de Stirner, de Nietzsche, de Husserl…

Plutôt que de rester au stade propédeutique de la contemplation des galaxies ou de la formation et de la chute des empires – contemplation qui se fera, c’est selon, sur le mode scientifique, ou de manière littéraire ou journalistique –, le philosophe examinera l’Être par le seul truchement dont il dispose, qui est l’être de son moi, et il découvrira que la source profonde et mystérieuse de ses interrogations n’est rien d’autre que la douleur : « je souffre, donc j’existe ». L’important n’est pas dans le réchauffement de l’atmosphère, dans la disparition des espèces vivantes, dans le choix entre Donald et Hillary, dans les mouvements migratoires, dans la dictature du prolétariat, dans le face-à-face de la Wallonie communiste et du Canada libéral, mais dans les souffrances du moi, c’est-à-dire de chacune des sept milliards et quelques personnes formant l’Humanité et qui souffrent ou souffriront. Tout le reste n’est que science ou littérature, c’est-à-dire divertissement et espérance.

 

Lire la suite

Encore un jour (poeme immoraliste)

1 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Poème

Encore un jour à vivre, et même tout un mois de novembre, encore un jour à exister, sous le ciel gris de Bruxelles, à un kilomètre de Molenbeek, en attendant l'hiver et les neiges, encore un jour à subir cette existence entretenue par des pulsions de vouloir-être, attristé par des regrets et des remords (vécus autrement par Martine Rouhart), entouré de sottises et de slogans d'espérance, cerné de l'incompréhension de mes lecteurs, soutenu malgré moi par la "société de consommation" pourtant si décriée, écoeuré par la "société d'illusion" qui vocifère fanatiquement pour célébrer l'absolu et l'infini...

Encore un jour à réchauffer mon corps près des radiateurs, à consommer trois repas, à boire une eau purifiée par la science et l'industrie, à m'informer des affaires du monde par la télévision grâce à la technologie, à m'inquiéter pour ma femme malade, pour l'avenir de mes enfants, pour l'inexorable augmentation de mes douleurs, pour ma déchéance et pour les humiliations corporelles...

Encore un jour à assister aux péripéties de la comédie des "grands hommes" (Mélenchon, Trump, Macron, Hollande, Magnette...) et des tragédies des croyances, des activismes, des processions hurlantes...

Encore un jour à boire du bourgogne (ou du beaujolais), à lire du Husserl (ou du Gabriel Marcel), à manger des charcuteries, à relire des poèmes de Louis Mathoux ou de Philippe Leuckx ou de Liza Leyla, à écouter du Beethoven (ou du Stravinski ou du Messiaen ou du Poulenc), à passer la soirée avec le lieutenant Columbo, ou le commissaire Lescaut, ou le détective belge Hercule Poirot, à écrire dans mon blog qu'il est inutile d'écrire comme il est inutile de mener à la rivière un âne qui n'a pas soif...

Encore un jour inutile...

Lire la suite

Ethique et doute

29 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Ethique, #Editologie

L’éditologie est une philosophie inachevée. Mais il en va ainsi, à vrai dire, de toutes les entreprises humaines tragiquement marquées du sceau noir de la finitude et de la rupture. Même Husserl, malgré une œuvre immense, n’a pas su aboutir à une définition claire, distincte et achevée de la Conscience. Même Heidegger, malgré une production textuelle considérable, n’a pas su achever son élucidation des mystères de l’Être.

Toute recherche philosophique a un programme bien défini déjà par Aristote. Elle doit élaborer une épistémologie (la Connaissance), une ontologie (l’Être), une axiologie (les Valeurs), une éthique (l’Action), une politique (le Vivre ensemble), l’ontologie étant classiquement divisée en une cosmologie (le Monde), une anthropologie (l’Homme), une théologie (l’Absolu), une eschatologie (les Fins dernières).

Tout au long d’une vie pourtant longue, je n’ai trouvé ni le temps, ni la force, ni les circonstances favorables, pour achever et publier le « Traité d’éditologie » qui aurait été un exposé systématique des résultats de mon travail. Mais j’ai, bien entendu, dans mes publications (y compris dans ce blog), laissé percevoir mes observations, mes raisonnements, mes idées, et l’on trouvera un exposé documenté de mon épistémologie dans deux ouvrages parus aux éditions L’Harmattan, à Paris (Mathématique et vérité, Une philosophie de la poésie), un exposé de mon ontologie dans trois ouvrages parus chez Vuibert, à Paris (Penser la matière, Penser le monde, Histoire de la physique), une esquisse de mon anthropologie dans Le signe de l’humain (L’Harmattan), et les principaux linéaments de ma théologie dans Curieuses histoires de la pensée (Jourdan, Bruxelles).

J’ai très peu publié sur les questions morales (éthique et politique). Au risque de caricaturer ma propre pensée, je dirais que mon travail m’a conduit à n’admettre l’existence autonome (distincte des productions de « l’esprit humain ») ni des dieux, ni des valeurs. On ne peut donc édicter des règles éthiques et politiques sur aucun sacré, sur nulle transcendance, sur aucun impératif catégorique (cette négation repose sur le doute auquel aboutit l’épistémologie déduite des acquis de l’éditologie). On ne peut donc proposer des règles de vie (car il faut bien vivre !) qu’à partir du doute, ce qui exclut tout dogmatisme menant toujours, comme le montre l’Histoire, aux pires fanatismes. L’éthique du doute conduit à la recherche permanente, à l’ouverture d’esprit, à la tolérance, au respect (pas à la sacralisation) de l’autre. Pour l’éditologie, il n’est point besoin d’aller chercher les tables de la loi au sommet d’une montagne, il faut construire ses propres lois sans illusions.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Le Non-Dit de Michel Joiret

28 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie, #Belgique

Mon article « Les Belges et la philosophie », paru dans ce blog le 16 juillet 2016, vient d’être publié dans le numéro 113 (daté d’octobre 2016) de la revue Le Non-Dit (Bruxelles). Celle-ci, qui est trimestrielle, a été fondée par Michel Joiret, poète, romancier, essayiste et critique littéraire, en 1988, et continue de paraître sous la valeureuse direction de son fondateur. Valeureuse ? C’est qu’il faut un courage certain et une certaine abnégation pour éditer une revue littéraire en papier dans un pays (la Belgique de langue française) dont les autorités ne manifestent pas une attention aiguë à la littérature, à une époque où les médias électroniques (radio, télévision, réseaux) concurrencent de plus en plus les productions typographiques et la lecture sans images et sans sons, à un moment aussi où le marasme économique a endetté les pouvoirs publics, ce qui ne leur laisse qu’une faible « marge de manœuvre » pour soutenir financièrement l’activité des écrivains et des éditeurs. Je note toutefois que la revue de Joiret bénéficie du soutien du Fonds national de la Littérature, ainsi que du Département Culture de la Ville de Bruxelles.

Le dernier numéro du Non-Dit est presque entièrement dédié à la poésie, avec d’intéressantes études consacrées à des poètes belges disparus (Jean-Luc Wauthier, Liliane Wouters, Marie-Claire d’Orbaix, Jean Dumortier, Adrien Jans) et à des poètes encore vivants (Daniel Soil, Rose-Marie François, Dominique Aguessy, Noëlle Lans). Ces évocations d’œuvres poétiques importantes sont dues aux plumes érudites et amicales de Michel Joiret, de Joseph Bodson, de Renaud Denuit, de Thierry-Pierre Clément.

On trouvera aussi dans cette livraison un texte d’inspiration surréaliste de Louis Mathoux et deux poèmes de T.P. Clément.

Lire la suite

Les aphorismes : litterature ou philosophie ?

25 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Parémiologie

Il y a un jour ou deux, j’ai écrit sur ma page Facebook : « Le socialisme est un rêve merveilleux, magnifique et enchanteur ». Et il s’est trouvé des lecteurs pour trouver cela « un peu court », ou même « simpliste ». Pardi ! N’est-ce pas le métier du philosophe de chercher le simple nouménal sous la complexité des phénomènes, de procéder à la réduction eidétique pour déterminer l’essentiel (eidos) de l’Être et des étants, d’exposer en formules lapidaires (pour éviter les subterfuges de la rhétorique et les pièges de l’érudition) le fond des choses, de se hisser au niveau du concept en négligeant l’accessoire ? Reproche-t-on à Socrate la brièveté de son « gnôthi seauton », à Descartes la simplicité de son « cogito ergo sum » ? La science n’a-t-elle pas démontré de brillante façon la puissance cognitive du réductionnisme (tout le contraire d’un simplisme) en réduisant la matière à une centaine d’éléments, en réduisant les éléments aux combinaisons diverses de quelques particules, en réduisant le phénomène de la vie (rien n’est connu de plus complexe) à un ensemble de « simples » réactions chimiques ?

Du reste, n’est-il pas évident que le socialisme (comme d’ailleurs d’autres programmes politiques) soit un rêve : le projet utopique d’un « monde meilleur » ? On a écrit des milliers de pages sur le socialisme, mais l’essentiel ne réside-t-il pas dans cet aphorisme : « Le socialisme est un rêve merveilleux, magnifique et enchanteur » ?

Cette question pose également le problème des formules courtes (aphorismes, formules sentencieuses, proverbes, dictons…) étudiées par la parémiologie : les « parémies » ne sont-elles qu’une forme littéraire valorisant la concision du propos, ou ont-elles la valeur philosophique d’une réduction phénoménologique ayant accédé à l’essentiel ? Les maximes de La Rochefoucauld, les phrases courtes de Cioran sont-elles de la philosophie ? Ou ne sont-ce que des habillements littéraires d’une pensée qui veut impressionner, mais qui doit aller encore plus loin dans le dépouillement des détails ? Le socialisme est-il plus qu’un rêve ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Sur la question de l'Etre

18 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Finalement, la seule question qu’il importerait de résoudre est la question de l’Être, puisque d’elle découlent toutes les problématiques qui assaillent l’esprit humain (esthétique, éthique, politique…). Mais voilà déjà qu’à peine formulée la question nous place devant une inextricable difficulté, qui est celle du lien causal, dont l’existence est indispensable pour que l’on puisse développer des réflexions discursives (rationalisme) ou des observations démonstratives (empirisme). La connaissance de l’Être ne peut conduire à des connaissances dérivées que si le principe de causalité est valable, c’est-à-dire s’il existe effectivement une liaison absolue et objective entre l’Être et la raison, et donc entre l’Être et le langage par lequel la raison s’exprime. C’est, en philosophie, le truisme (et l’immense difficulté) de l’interdépendance de l’ontologie et de la gnoséologie. Parménide d’Elée, un des premiers penseurs à avoir résolument arraché la question de l’Être aux traditions archaïques du mythe, pensait avoir trouvé la clé du « logos » dans la négation qui oppose l’Être au non-Être, c’est-à-dire au Néant, annonçant les ambitieuses synthèses d’Aristote, de Descartes et Spinoza (et donc de Husserl qui reprend la méditation du cogito), de Hegel… Cela conduit aux conceptions « dialectiques » de l’Être, comme le marxisme, qui « résolvent » la question du changement (passage mystérieux de l’être au non-être) par l’attribution à l’Être d’une capacité dynamique, dialogique, proposée déjà par Héraclite d’Ephèse. C’est en somme l’explication, toute verbale et peut-être naïve, du mouvement par le moteur (Aristote), de la modification par l’agent capable de modifier.

Constatant les apories auxquelles conduit l’usage seul de la raison dans le travail philosophique, Protagoras, Gorgias et d’autres que l’on a appelés les sophistes ont initié une nouvelle tradition de recherche qui est un « retour au concret », un examen de la « condition humaine », conduisant à ce que les contemporains appelleront les existentialismes, qui sont des « humanismes ». Des formules comme « l’homme est la mesure de toutes choses » (Protagoras), « connais-toi toi-même » (Socrate), « chez l’homme, l’existence précède l’essence » (Sartre) expriment ce courant de pensée.

J’ai tenté, au début des années 1980, d’effectuer un « retour au concret » (une approche indirecte de la question de l’Être) par la considération du primat de la Technique. Cette-ci étant l’ensemble des moyens dont se dote l’homme pour répondre à ses besoins, il s’agissait de développer une philosophie à partir des besoins humains, c’est-à-dire de la situation des hommes face à la souffrance. Car « être », c’est toujours « avoir besoin », souffrir, tôt ou tard.

Mais comment passer de l’être souffrant de l’homme à l’Être dans sa plénitude et son mystère ? La formidable difficulté de ce passage me conduit au scepticisme. Mais je cherche encore…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Bob Dylan est-il un poete ?

17 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie, #Littérature

La récente attribution du prix Nobel de Littérature au chanteur Bob Dylan pose trois questions intéressantes. Primo, la production de Dylan est-elle de la poésie ? Secundo, la poésie est-elle de la littérature ? Tertio, qu’est-ce qui distingue la littérature parmi les productions textuelles ? Cette troisième question intéresse tout particulièrement l’épistémologue, car il faut se demander en quoi certaines formations discursives sont « littéraires », comme on se demande en quoi certains textes sont « scientifiques ».

J’ai étudié certains aspects des relations entre littérature et poésie dans mon livre Une philosophie de la poésie (L’Harmattan, Paris). La question est délicate, car la poésie et la littérature (orale) sont nées bien avant l’invention de l’écriture, et l’on ne dispose donc d’aucuns textes permettant de documenter la genèse du « poétique » et du « littéraire ».

Pour tenter de définir la poésie au sein des diverses manifestations culturelles (musique, art, technique, religion, etc.), il faut s’efforcer – malgré le vide documentaire – d’établir les modalités de son apparition et de son évolution après l’invention du langage. On peut, avec prudence, se baser sur l’étude de l’apprentissage du langage par les enfants (les comptines…), se baser sur l’étude psychiatrique des troubles du langage (écholalie…), se baser sur l’étude des textes produits par les peuples primitifs situés encore dans l’oralité, et bien sûr se baser aussi sur l’étude de l’apparition des littératures chez les peuples connaissant l’écriture. On découvrira ainsi facilement que la poésie précède la prose, et que l’apparition de la poésie coïncide avec le développement des rites (prières) et des mythes (récits des origines).

Ainsi, existe-t-il une profonde connivence entre les apparitions du rituel, du mythique et du poétique, c’est-à-dire entre religion et poésie. Dans les temps contemporains, les religions cèdent partiellement la place aux idéologies, et l’on ne s’étonnera pas que les chansons de Dylan soient « engagées ».

Ainsi, « blowin’ in the wind » de Dylan, « am stram gram » des enfants, « frères humains qui après nous vivez » de Villon, et tant d’autres poèmes, ou plaisants, ou sublimes, ont leurs racines dans les plus archaïques et plus intenses émotions du cœur humain, et qui sont la Peur (le soleil noir de la mélancolie) et l’Espérance (là tout n’est qu’ordre et beauté) !

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 > >>