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Jean C. Baudet

Articles récents

Bravo, Christine Boutin !

14 Février 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Il faut applaudir le ralliement de Christine Boutin (Parti chrétien-démocrate) à Nicolas Sarkozy en vue de l'élection présidentielle. Les valeurs qu'entend défendre Madame Boutin sont tout à fait honorables, et un éventuel redressement de la France (et de l'Europe) me paraît impossible sans une sérieuse analyse des slogans qui parcourent l'espace discursif de cette région du monde, où l'on a inventé la géométrie algébrique (René Descartes), la morale du bon sens (Jean de La Fontaine), la chimie (Antoine-Laurent de Lavoisier), le traitement des maladies microbiennes (Louis Pasteur) et la mécanique ondulatoire (Louis de Broglie). "Patrie", "famille", "travail", "République" et "civilisation" me paraissent être des objectifs denses, concrets, humains, préférables aux pseudo-valeurs de pacotille de mouvements de pensée basés sur 'attitude compassionnelle ou sur la confusion (style : "toutes les civilisations se valent", ce qui est du plus haut comique).

Mais enfin, qui ne voit que "tous les X se valent" est une incroyable foutaise ? Quel que soit X d'ailleurs. Le monde est basé sur la différence, et c'est de la différence que vient le changement et, parfois, le progrès.

Je ne vais certes pas jusqu'à suivre Madame Boutin dans son christianisme, mais cette religion (qui accompagne la France depuis la naissance même de celle-ci) a su évoluer et ne pratique plus le prosélytisme armé et la chasse aux athées. Je ne peux pas en dire autant de toutes les religions actuellement pratiquées en France.

 

Pour info, l'URL (à copier et coller après http://) d'une vidéo sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Jacques Steiwer, moraliste sans dieu

7 Février 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Baudet Foire 2008 PortraitJe viens de terminer la très passionnante lecture du dernier livre de Jacques Steiwer : Une morale sans dieu (L'Harmattan, Paris, 2011, 155 pages). Le titre résume bien l'objet de ce travail : il s'agit de proposer une nouvelle morale, tenant compte des avancées considérables de la haute pensée (parfois encore appelée philosophie) depuis quelques décennies. Car l'homme pensant est arrivé à des sommets, l'homme non-pensant étant toujours le même depuis Cro-Magnon, la femme étant, comme le prétendent les humoristes, l'être dépensant.

Mais il ne s'agit pas d'humour, mais d'une des questions les plus graves, les plus sérieuses, les plus fondamentales de notre siècle, déjà posée il est vrai par quelques esprits particulièrement déliés au XIXe siècle : puisqu'il n'y a pas de dieux, comment fonder une morale ? Selon la formule célèbre : puisque Dieu est mort, tout est-il permis ?

On sait que Jean-Paul Sartre, être moral s'il en fut, avait promis, après avoir donné à l'Humanité éblouie son essai d'ontologie phénoménologique modestement intitulé L'Etre et le Néant, avait promis donc de rédiger une morale, et qu'il n'est jamais arrivé au bout de ce projet. Jacques Steiwer y est arrivé !

 

Avec une phraséologie splendide, une documentation très complète (notre auteur connaît aussi bien les philosophes allemands, comme des Habermas ou des Jonas, que les philosophes français), un raisonnement d'une logique implacable et presque étourdissante, il nous rappelle d'abord que l'intelligentsia contemporaine, depuis Nietzsche, Marx et Freud (et quelques autres), ne peut plus accepter l'idée archaïque d'une transcendance qui dicterait des règles de comportement à l'Humanité - qu'elle aurait d'ailleurs créée, on se demande pourquoi ? Dès lors, il s'agit de fonder une morale sur d'autres bases que l'obéissance à des impératifs révélés par l'ange Gabriel ou par d'autres intermédiaires entre le Grand Manitou et les petits hommes. Et bien sûr, Steiwer analyse la morale de Kant, des kantiens et des post-kantiens (sans oublier les néo-kantiens). Mais ça ne marche pas ! S'il y a des impératifs catégoriques, nous explique clairement Steiwer, c'est qu'il y a un imperator ! On n'échappe pas à la nécessité d'une transcendance.

 

Alors que faire ? Jacques Steiwer, qui en a lu d'autres, prend le taureau éthico-moral par les cornes (en nous épargnant, Dieu merci - si j'ose dire -, les gnangnanderies des apprentis-penseurs sur la différence entre l'éthique et la morale), et voici. Si l'on ne peut pas trouver un fondement à la morale, passons-nous de fondement, et constatons qu'il y a de la moralité. C'est ce que notre auteur appelle une "approche systémique de la morale". Et de constater que si la morale des uns diffère souvent de la morale des autres, au moins dans toute collectivité humaine y a-t-il à propos des actes des hommes, des approbations par le corps social ou des désapprobations. En somme, ne trouvant pas de raison à la morale, il s'agit d'en construire une petit à petit, en expérimentant les évolutions de la sensibilité des peuples et du système d'approbation-désapprobation. C'est remplacer la pensée exigeante, mais en effet impuissante, des penseurs professionnels, par la résultante (imprévisible) des innombrables idées morales de la population humaine tout entière.

 

Je ne suis pas totalement d'accord avec Jacques Steiwer, mais je n'ai pas envie de faire de ce billet une Critique de la raison steiwerienne. L'effort me paraît méritoire, il n'y a pas mal d'idées intéressantes, et au total le livre de Steiwer donne à penser - ce qui n'est pas le cas de tous les ouvrages contemporains marqués "philosophie". Je recommande en tout cas son livre aux hommes et aux femmes de bonne volonté, qui souhaitent vivre avec d'autres hommes et femmes. Car cela me plairait que l'on arrive (c'est la fin du livre) à la tolérance - qui est la clé de la morale steiwerienne : cette tolérance "évitera les conflits sanglants s'inspirant de fantasmes religieux et ouvrira peut-être la voie à une dialectique universelle, à une paix perpétuelle parmi les hommes. Ceux-ci, en effet, aspirent à une valeur importante, celle du bien-être construit par et pour eux-mêmes". Et voilà : la morale est la recherche du bonheur ! Pythagore le savait déjà.

 

Au fait, quand Nietzsche annonçait la mort de Dieu, en 1883, il y avait 1,3 milliard d'humains dans le monde. Depuis, sans morale fondée, nous sommes cependant arrivés à 7 milliards. Combien serions-nous si les philosophes avaient pu fonder une morale ?

 

Pour info, l'URL (à copier et coller après http://) d'une vidéo sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Confession

3 Février 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Cur Pensee

Je suis arrivé à l'âge des bilans et des confessions. Mes amis s'en sont allés (je ne sais où), et je pense, je n'ai d'ailleurs jamais fait que cela. Je pense depuis l'année 1958, quand j'achetai, à l'Exposition Universelle de Bruxelles, le livre (traduit en français) d'Albert Einstein sur la théorie de la relativité restreinte et générale. J'avais quatorze ans, et j'admirais Elvis Presley et Louis Armstrong. Mais j'en connais qui diraient que la haute physique n'est pas encore la pensée, et alors je dois plutôt faire partir le commencement de mon cogito en 1959, quand je commence à lire L'Etre et le Néant de Jean-Paul Sartre, et que je décide que je serai philosophe. Mes goût musicaux avaient évolué, et j'aimais surtout les quatuors de Beethoven et la trompette envoûtante de Miles Davis. Certains dimanches, l'après-midi, quand j'écoutais avec ma mère un disque "long playing"... J'entrepris, simultanément, des études de philosophie et de chimie, j'appris non seulement la mathématique, la gestion d'entreprise, la phénoménologie husserlienne et l'herméneutique de Paul Ricoeur, mais en outre la biologie, et spécialement la génétique végétale. Je publiai mon premier article en 1969, puis je m'occupai de choses diverses, je fondai des revues, je donnai des cours, je participai à des travaux de recherches, je publiai en 1986 un ouvrage sur Les Ingénieurs belges (j'enseignai la Philosophie de la technique et l'Histoire de la profession d'ingénieur, dans un programme de 3ème cycle du FNRS, le Fonds national belge de la recherche scientifique). En 1968, je m'étais fixé un programme pour la vie: étudier comparativement la formation de la science et la formation des religions, et tenter d'en tirer des conclusions épistémologiques et peut-être (on verrait bien...) ontologiques et éthiques. J'y suis presque arrivé !

Et voilà que mes organes commencent à me lâcher, que je ne peux plus passer des nuits entières à lire et à écrire, que mes forces s'amenuisent et que mes passions se calment. J'ai publié plus de 800 textes, depuis de courts poèmes exécrant la Pensée Unique et la Bêtise (que j'ai rencontrée si souvent) jusqu'à deux livres de plus de 600 pages, l'un sur la transformation de la technique en technologie (De la machine au système, Paris) et l'autre sur l'origine des religions (Curieuses histoires de la pensée, Bruxelles). Je ris, dans ma barbe blanchie, des commentaires naïfs de quelques lecteurs, et je ricane avec volupté quand je rencontre un écervelé, conditionné comme un chien de Pavlov à aboyer quand il rencontre une phrase qu'il ne comprend pas.

Je m'amuse à penser que mes deux plus gros ouvrages sont précisément consacrés l'un aux religions (la pensée archaïque) et l'autre à la technologie (la pensée postmoderne). L'alpha et l'oméga des productions de cette étrange chose qu'est la pensée des hommes. Et je dissous mes conceptualisations dans la longue série des idées qui vont de Thalès de Milet à... Au fait, à qui, sinon à ce Moi singulier qui est chacun de ceux qui pensent, sincèrement, débarrassés des slogans des partis et des préceptes des sectes, et qui participent à ce qui est peut-être, pourquoi pas, l'honneur de esprit humain.

Je me moque de bien des choses, c'est un délicat plaisir, et notamment de tous ceux qui s'enorgueillissent de faire partie d'un troupeau.

Ah oui, un petit détail. J'ai visité de nombreuses églises (même des cathédrales) et quelques mosquées. En Afrique, je me suis intéressé aux sorcelleries locales, et j'ai beaucoup prié les forces spirituelles pour qu'elles me fassent un signe, un faible signe. Je suis persuadé qu'elles l'ont fait - comment pourraient-elles rester sourdes à mes implorations ? Mais mon récepteur d'ondes surnaturelles est trop peu sensible. Je n'ai rien entendu.

 

Pour info, l'URL (à copier et coller après http://) d'une vidéo sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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La technique et l'humain

30 Janvier 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Technique

Machine-au-systeme.jpgJ’ai commencé à m’intéresser à la question de la technique en 1978, quand j’ai fondé la revue Technologia, consacrée à l’histoire de la technologie. En 2003 et 2004, je publie une « histoire de la technique » en deux volumes : De l’outil à la machine (la technique avant 1800) et De la machine au système (la technique après 1800), aux éditions Vuibert.

En 2005, je rassemble mes idées sur la nature du fait technique dans un livre publié chez L’Harmattan, Le Signe de l’humain, avec pour sous-titre « Une philosophie de la technique ».

Ces travaux m’ont conduit à envisager la technique comme la réalité la plus déterminante pour l’humain ! En 1954 déjà, Jacques Ellul  pensait que la technique est l’enjeu du siècle. Mais ma conclusion va plus loin : la technique n’est pas un simple « enjeu » pour l’homme, mais elle est ce qui lui donne son humanité, ce qui le distingue de la bête, ce qui détermine totalement la « condition humaine ». En nos temps de doute et d’inquiétude, ne convient-il pas dès lors d’encore revoir la question, d’étudier plus au cœur de l’Être ce que sont la technique et la technologie ?

En tout cas, depuis la parution du Signe de l’humain, je n’ai pas cessé de penser la relation entre l’homme et ses outils. Mes conclusions me mènent à un matérialisme qui satisfera les uns et dégoûtera les autres. Je m’attends à des critiques, à des invectives, à des silences. Mais c’est le lot de toute philosophie sincère.

Pour résoudre les problèmes de l’homme, l’homme n’a guère que l’outil ou la prière.

J’opte pour l’outil.

 

Pour info, l'URL (à copier et coller après http://) d'une vidéo sur l'histoire des sciences :

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Histoire des sens (poème)

26 Janvier 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie

Histoire des sciences Curieuses-histoires-sciences_g.jpg

histoire des sens

descente

vers l’absolu

du savoir, voir ça ?

les chemins de la connaissance

l’éveil de la conscience

vers le définitif

du connaître, n’être cône

ni cylindre – sections coniques

d’Apollonius de Perge

et les harmonies de Nicomaque de Gérase

n’être côte ni rivage

de Claude Ptolémée

mille ans sans un seul théorème

géographie

géologie

j’ai eu ton Algérie

histoire de France un lavage d’estomac

géographie des vérités un sondage

d’opinion un saupoudrage d’oignon

avec de la moutarde

et un peu de safran

histoire de la chimie de la physique de la technologie et des armes blanches et des ennuis savoir pour ne pas voir

connaître pour passer le temps

l’histoire est la science du temps qui passe tank y passe tank qui écrase

kilométrique année-lumière de l’astronomie

des photons clairs

et des gluons évanescents

Dieu est Amour est Amer est A mettre à mort et le tank continue d’écraser

mieux que l’espoir de l’étrange

et la chimie de l’histoire

et la physique du silence

et l’astronomie du plaisir

et la technologie de l’ennui

et la zoologie de la souffrance

et la botanique de la mort

et la mathématique de l’oubli

et la logique de l’historicité.

 

Les particules sont lamentables

et les ethnographies discutables

et les modélisations rares

ne mènent toujours pas vers l’unification

le silence des textes

le silence des mots

l’expérience cruciale

de Lavoisier et de Grignard

Avez-vous bien pensé à ceux qui nous précèdent ?

L’équation serait-elle cachée au fond d’un pot

De confiture de fraises pour couvrir le pain blanc

D’un tout autre appétit ?

Pasteur et les débuts de la microscopie

Petit, petit, tout est dans cette petitesse

Atomes, noyaux, vitesse des neutrons

Caresse des assistantes du laboratoire des hautes énergies

Promotions, debout tous les élèves et respectez le maître

Il a découvert l’infini et l’a mis en formules

Leibniz infinitésimal

Prix Nobel du chewing-gum et des symétries défectueuses

Virus, plasmides, protozoaires des hémolyses

Nitrate

Nitrite

Dérivés nitrosés

Ses cheveux blonds mal cachés par le bonnet blanc

Par le blanc bonnet de l’asepsie

Bec Bunsen, bout de sein, tuyau de plastique vert

Fesses rondes tendant la blouse de laboratoire

Recherche, observation, mon œil dans l’oculaire

Télescope d’un observatoire, mécanisme

Isaac Newton est mort le vingt mars 1727

Mathématique des axiomes en pagaille

Logique des raisonnements hypothético-déductifs

Logorrhée de Lacan, boniments de Popper

Et puis Sartre qui vient pour l’imagination

Etendue ou pensée ? La toute grande question et Descartes, Spinoza, Leibniz déjà cité,

Et David Hume, et la découverte de l’inconscient

Un certain docteur Freud, un Juif, un Viennois, un médecin, un psychiatre,

Oui, Madame, un psychiatre, comme je vous le dis,

Et Charcot dans l’ancienne fabrique de poudre à canon

Et la formule du nitrate, encore une fois

Et Jules, et Jean, et Gaston,

Reconstituer la démarche de la pensée humaine

Comprendre l’effort multi-millénaire vers la compréhension

Comprendre que l’on cherche à comprendre

Comprendre qu’il n’y a plus rien à comprendre

Que le sens est ailleurs, et fusil-mitrailleur

Et saucisson de foie de porc et l’équation de Schrödinger

Une beauté mathématique

Fulgurante, inouïe, incompréhensible

Une espèce de conservation de l’énergie, mais aléatoire,

Où allez vous faire foutre

Allez vous faire pendre ailleurs

Allez vous faire voir par les zoologistes

Hors du champ de l’expérience

En dehors des machines à subventions

Car il faut financer la recherche scientifique

Il faut du fric pour les chercheurs

On vous le dit depuis Moïse, depuis Thalès de Milet

Depuis la secte de Pythagore

Il faut construire un accélérateur

Pour accélérer plus encore

Toujours plus

Et casser des protons

Pour comprendre

après deux mille ans d’effort intellectuel puissant

Comment les quarks ne se mangent pas entre eux

Pour comprendre la Terre et le Soleil et l’atmosphère

Pour savoir où déposer les morts

Ou s’il faut les brûler, les recycler, les trier

Et récupérer les métaux rares et le phosphore

Histoire de savoir

S’il est préférable de diffuser l’information

Ou s’il vaut mieux que la plupart ignore

Ce qu’est le phosphore

Et l’électrolyse

Histoire du savoir

Des hommes, du savoir humain

Du savoir accumulé par l’humanité

depuis la découverte de l’écriture

Il y a cinq mille ans

C’était avant Homère, c’était avant Rimbaud

Ils traçaient des figures dans de l’argile fraîche

Et commençaient l’histoire

l’histoire du savoir des humains.

 

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Civilisation

21 Janvier 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Qui a...Curieuses hist Inventions

déterminé la structure moléculaire de l'ADN ?

- James Watson, né en 1928 à Chicago;

inventé le laser ?

- Theodore H. Maiman, né en 1927 à Denver;

inventé le personnage de Tintin ?

- Hergé, né en 1907 à Bruxelles;

inventé le personnage de Maigret ?

- Georges Simenon, né en 1903 à Liège;

imaginé l'hypothèse cosmologique du "Big Bang" ?

- Georges Lemaître, né en 1894 à Charleroi;

inventé la théorie de la relativité ?

- Albert Einstein, né en 1879 à Ulm;

inventé la phénoménologie ?

- Edmond Husserl, né en 1859 à Prostejov;

inventé la théorie des quanta ?

- Max Planck, né en 1858 à Kiel;

inventé la psychanalyse ?

- Sigmund Freud, né en 1856 à Freiberg;

inventé la classification des éléments chimiques ?

- Dimitri Mendéléev, né en 1834 à Tobolsk;

inventé le saxophone ?

- Adolphe Sax, né en 1814 à Dinant;

inventé la théorie de l'évolution des espèces vivantes ?

- Charles Darwin, né en 1809 à Shrewsbury;

composé la 9ème symphonie ?

- Ludwig van Beethoven, né en 1770 à Bonn;

inventé la pile électrique ?

- Alexandre Volta, né en 1745 à Côme;

découvert la gravitation universelle ?

- Isaac Newton, né en 1643, à Woolsthorpe;

inventé la géométrie analytique ?

- René Descartes, né en 1596 à La Haye (Touraine). 

 

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Gabriel Marcel au Congo

17 Janvier 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Je viens de terminer la lecture du livre que le père Pontien Biajila Ifumba vient de consacrer au grand philosophe existentialiste chrétien français : L'existentialisme chez Gabriel Marcel (L'Harmattan, Paris, 2011). L'auteur enseigne la philosophie à Kisangani (Congo ex-belge).

L'ouvrage s'ouvre par une excellente et très claire présentation de l'existentialisme en général, qui est présenté comme un combat contre l'idéalisme allemand. On dirait aussi bien - on l'a d'ailleurs souvent dit dans les ouvrages consacrés aux existentialismes - que c'est un "retour au concret", et plus précisément encore un "retour sur soi". Mais après cette introduction, particulièrement éclairante, l'auteur plonge dans les pensées les plus profondes de Marcel. Il signale comme une des clés de la pensée de l'auteur du Journal métaphysique l'opposition faite entre la "réflexion première" et la "réflexion seconde". Après avoir suivi les commentaires, souvent subtils, du père Biajila Ifumba, on en arrive à comprendre qu'en somme cette opposition (qui conduit à la célèbre distinction entre le problème et le mystère) n'est finalement que l'opposition entre la raison et la foi. La réflexion primaire (on dirait aussi bien le rationalisme) est analytique, et sépare dans le processus de connaissance le sujet (le moi) de l'objet (le non-moi). Par contre, la réflexion seconde pense la recherche de la vérité sans vouloir dissocier l'objet du sujet. On voit qu'une décision doit être prise par le penseur (rester en première ou passer en seconde ?), et que la doctrine de Marcel n'a rien d'apodictique. Ou bien on accepte le pouvoir de la raison, et point n'est besoin d'ajouter une pensée seconde à une pensée première. Ou bien on accepte des limites à la raison, et on peut "justifier" ces limites en distinguant la pensée seconde de la première. Les mystères de la foi ne sont pas "découverts", mais "acceptés" par les croyants, de même que les mystères de la raison (car n'est-il pas mystérieux que la raison comprenne ne serait-ce qu'une partie du Réel ?) sont plus acceptés que découverts. Nous pouvons le dire autrement. Si les existentialismes ont insisté sur le fait que la condition humaine implique l'horizon de la mort (le fameux "être-pour-la-mort" de Heidegger), en allant "plus loin" que l'existentialisme on ne peut - me semble-t-il - que percevoir un autre horizon, tout aussi indépassable, correspondant à une définitiion de l'homme comme "être pour-l'ignorance". A l'angoisse de la non-vie s'ajoute maintenant l'anxiété du non-savoir. Sauf pour les écervelés, qui se vautrent dans l'humour et les joies transcendantes du music-hall ou des débats électoraux télévisés.

Le "socratisme chrétien" que constitue la pensée de Marcel est en somme, et il est significatif qu'un philosophe congolais nous le rappelle, une synthèse des idées de Socrate et de Jésus, les deux penseurs les plus influents à l'origine de la pensée "occidentale" (deux penseurs qui n'ont rien écrit, au fait).

Mais il reste LA question. Où se trouve la meilleure adéquation avec le Réel ? Dans l'existentialisme, ou dans l'idéalisme allemand ?

 

Pour info, l'URL (à copier et coller après http://) d'une vidéo sur l'histoire des sciences :

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Philosophie 012 - L'Etre et le Néant

16 Janvier 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Cur PenseeJusqu'à présent, nous avons rencontré, en Grèce, trois mouvements de pensée, qui se sont développés du début du VIe siècle jusqu'au milieu du Ve, à savoir ceux des Milésiens ou physiciens, des pythagoriciens et des atomistes. Mais l'histoire des débuts de la philosophie est encore plus compliquée. Après le milieu du VIe siècle, fuyant les Perses menaçant les cités grecques d'Ionie, Xénophane de Colophon quitte sa terre natale et s'installe à Elée, en Italie du Sud, où il fonde une école de philosophie. On peut le rattacher intellectuellement aux physiciens de Milet. Parmi les disciples de Xénophane, le plus important est Parménide d'Elée (v. 515 - v. 440), qui va s'éloigner tout à fait du "substantialisme" des Milésiens.

 

A l'époque de la réflexion de Parménide, celui-ci connaît deux interprétations du monde (du Réel, voir leçon précédente). Pour les Milésiens, le monde émane d'un principe substantiel. Pour les pythagoriciens, il émane des nombres. Cette opposition est déjà celle - qui organisera toute l'histoire subséquente de la philosophie - du matérialisme et de l'idéalisme. Les "éléments" des Milésiens sont de nature matérielle, c'est-à-dire analogue à la nature du corps. Les nombres des physiciens sont par contre de nature idéale : ce sont des idées accessibles par la pensée, mais pas des objets accessibles par les sens (on ne peut pas prendre un nombre en main). Parménide va méditer cette opposition entre choses du corps et choses de la pensée. Il va résumer ses réflexions dans un poème Sur la nature, dont on a conservé de nombreux fragments. Malgré cet important document, il nous est bien sûr impossible de reconstituer dans tous ses détails le cheminement intellectuel de Parménide. Mais nous pouvons tenter une reconstitution en nous demandant : dans ce vaste monde qui nous entoure, avec le spectacle varié des astres, des animaux et des plantes, qu'est-ce qui existe vraiment ? Ce que je touche et que je peux manipuler, ou ce que je pense et sur quoi je peux réfléchir ? La réalité ultime est-elle d'ordre corporel ou d'ordre intellectuel ? Parménide a choisi l'option idéaliste. Pour lui, le pensable (le rationnel, le logique) est antérieur et supérieur au visible. Parménide est ainsi à l'origine d'une lignée de penseurs que j'appelle "idéalistes", pour qui la matière est subordonnée à la pensée, à l'esprit. Nous verrons plus tard que Platon ou Hegel appartiennent à cette lignée de penseurs.

 

Pour l'Eléate, ce qui existe vraiment, c'est ce qui est, l'Être, et donc ce qui n'existe pas c'est le Non-Être, le Néant. D'où la formule qui reviendra souvent dans l'histoire de la philosophie : "l'Être et le Néant". Dans son poème Sur la nature, Parménide expose cette idée et en conclut qu'il existe deux chemins qui prétendent accéder à la vérité, c'est-à-dire à la connaissance de l'Être :

 

"Allons, je vais parler, et toi recueille mes paroles.

Deux voies seules s'ouvrent à la quête de la connaissance.

L'une affirme être est, et non-être n'est pas.

C'est le chemin de certitude, la vérité l'accompagne.

L'autre affirme être n'est pas, et non-être est.

C'est une route qui se détourne du savoir."

 

Cette idée d'opposer le "chemin de certitude" à la "route qui se détourne du savoir" correspond à une idée fréquente chez les Grecs (peut-être déjà avant Parménide), qui consiste à opposer la doxa (opinion) de la foule à l'épistémè (science) des penseurs. Souvent même, les Grecs iront jusqu'à distinguer trois niveaux de connaissance : la doxa sans valeur, l'épistémè des spécialistes et la sophia, la sagesse des vrais philosophes.

 

De l'existence de l'Être (que Parménide ne peut pas nier : l'existence de ce qui existe s'impose à ma raison), l'Eléate déduit des attributs négatifs. Car toute définition, toute limitation de l'Être impliquerait l'existence d'un non-être au-delà de la limite, or le non-être ne peut pas être ! Pour Parménide, l'Être est donc inengendré, impérissable et immobile. L'immobilité de l'Être opposait Parménide à Héraclite, qui au contraire voyait le Réel en perpétuel changement.

 

En pensant l'Être et en se méfiant de la doxa, du "sens commun", Parménide est sans doute le premier philosophe au sens plein du terme. Thalès se méfiait des traditions. Parménide va plus loin, et se méfie aussi de la pensée spontanée et naïve. On pourrait dire, pour résumer l'évolution de la haute pensée grecque de Thalès à Parménide, que Thalès a inventé le raisonnement, c'est-à-dire le recours à la raison, à la logique du logos pour s'opposer aux erreurs et aux mensonges des traditions. Ensuite, Pythagore a inventé la démonstration (souvenons-nous de son fameux théorème du triangle rectangle), c'est-à-dire le raisonnement organisé pour que l'on ne puisse pas douter de sa conclusion. Enfin, Parménide a perfectionné le raisonnement pour en faire un puissant outil d'analyse. Les admirateurs de Parménide en font le véritable fondateur de la philosophie, et ne voient dans les idées des physiciens et des pythagoriciens qu'une préhistoire de la pensée pure. Les contradicteurs de Parménide voient en lui l'inventeur de la ratiocination.

 

Vers 450, Parménide et son élève Zénon d'Elée viendront à Athènes faire connaître leurs idées sur l'Être et le Néant.

 

Nous retiendrons la séquence historique raisonnement - démonstration - ratiocination. Nous retiendrons aussi que la philosophie est l'étude de l'Être et qu'elle a été inaugurée dans toute son immense ambition par Parménide l'Eléate. Cependant, l'oeuvre de Parménide et de son école n'aboutit qu'à une suite de négations finalement assez stériles : l'Être n'est pas engendré (et donc il est sans commencement), n'est pas périssable (il est sans fin), n'est pas mobile (et donc le mouvement est impossible).

 

Pour info, l'URL (à copier et coller après http://) d'une vidéo sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Louis Mathoux, l'Eglise et le message évangélique

11 Janvier 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Religion

Cur PenseeJe viens de recevoir le numéro de janvier de la Revue Générale (148ème année !), qui contient entre autres un intéressant article du poète et journaliste Louis Mathoux, intitulé "Et si l'Eglise redécouvrait l'évangile". D'abord, ce ne serait pas si simple. Car l'évangile (au singulier) n'existe pas. Il y a trois évangiles synoptiques (Marc, Matthieu et Luc) et une douzaine d'évangiles datant du premier ou du deuxième siècle de notre ère, sans compter quelques évangiles encore plus récents. Ces textes nous parlent tous d'un certain Jésus, disent presque tous qu'il a été crucifié et qu'il était prophète, mais en dehors de ça divergent sur de nombreux points, qui ne sont pas toujours de détail. Comment alors découvrir l'évangile, c'est-à-dire le message authentique de ce Jésus, dont on ne sait pas grand-chose ? Et d'ailleurs pourquoi s'intéresser à ce personnage semi-légendaire, alors que les historiens et les philologues ont établi que les origines de l'Eglise catholique romaine remontent au sens de l'organisation de quelques disciples de Jésus (plutôt que de Jésus lui-même), parmi lesquels un des plus actifs fut Paul de Tarse ?

 

Mais passons sur cette question, qui a fait couler, comme on dit, beaucoup d'encre. Le fond du propos de Mathoux est de trouver l'explication de la désaffection qu'il constate de nos jours pour le culte catholique. Il pose la question ainsi : "Pourquoi tant de chrétiens sincères ne se reconnaissent-ils plus dans le discours officiel de la hiérarchie ecclésiale ?". Une bonne question, indéniablement. Mais que valent les réponses du journaliste-poète ? Ne soyons pas trop corrosif (nous le sommes d'ailleurs rarement, car nous détestons les détestations), car il est extrêmement difficile d'établir la causalité des faits socio-historiques !

 

Louis Mathoux voit dans la baisse de la pratique religieuse chez les catholiques (je crois qu'il limite sa rélfexion au cas de son pays, la Belgique) trois causes : 1° la richesse de l'Eglise et son goût pour l'argent et le décorum solennel et coûteux ; 2° l'existence de l'Etat du Vatican et donc le rôle politique joué par l'Eglise, c'est-à-dire son intervention dans les affaires "temporelles" ; 3° son attitude vis-à-vis du fait sexuel, et en particulier les questions a) du célibat des prêtres et b) de la position sociale de la femme d'après les enseignements du Magistère.

 

Tout cela semble finement analysé, mais il faut creuser davantage. L'Eglise est riche et organise un décorum spectaculaire (cathédrales somptueuses, instruments du culte en or, vêtements richement décorés des membres du clergé pendant les offices...) depuis le Haut Moyen Âge. Le pape possède des territoires et les prérogatives d'un Etat au moins depuis Charlemagne. La position accordée à la femme (vue par l'Eglise comme épouse et mère et écartée des fonctions cléricales) est également très ancienne. Alors ? Pourquoi les lieux de culte sont-ils désertés depuis le milieu du XXe siècle seulement, si les causes de cette désertion remontent à de nombreux siècles ?

 

Inconstestablement, il faut chercher ailleurs, et peut-être pas au sein de l'Eglise. Quand un commerçant fait faillite, c'est le plus souvent parce que les biens ou services qu'il propose ne correspondent plus aux demandes du marché. Je sais que la comparaison irritera quelques-uns, mais après tout l'Eglise n'est-elle pas une entreprise fournissant de la consolation et de l'espoir, "services" fort appréciés naguère? Pourquoi d'ailleurs la désaffection du christianisme en Europe occidentale, dans les pays où l'enseignement est le plus poussé, et nullement dans les pays arabes, où l'islam est plus vigoureux que jamais, ni dans les pays d'Afrique noire, où l'animisme gagne du terrain ?

 

Sur l'origine du fait religieux, je me permets de renvoyer à mon livre Curieuses histoires de la Pensée (éditeur Jourdan, Bruxelles, 601 pages) qui, malgré un titre un peu tapageur, est une étude très approfondie et documentée des origines de la pensée mtystique et des croyances en un monde "spirituel".

 

Tiens, au fait, parmi les préceptes du "message évangélique", il y aurait une assez belle idée : "Rendez à César ce qui est à César". Cela me plairait bien que l'on applique cette recommandation, notamment dans les milieux universitaires !

 

Pour info, l'URL (à copier et coller après http://) d'une vidéo sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Philosophie 011 - Le Réel

10 Janvier 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Nous avons vu que le départ historique de la philosophie se situe au début du VIe siècle avant notre ère, à Milet, en Ionie, avec la réflexion de Thalès. Mais ce n'est qu'un fait "historique", c'est-à-dire en somme anecdotique. Il importe davantage de connaître le départ psychologique de la philosophie, c'est-à-dire savoir dans quelles conditions un homme (Thalès ou chacun de ses successeurs) se met à philosopher. On connaît la formule qui nous dit que la recherche vient de l'étonnement. Mais encore ? Satisfaire une curiosité ne conduit pas nécessairement à la philosophie. Bien des hommes furent étonnés par le ciel nocturne étoilé et devinrent astronomes, ou furent étonnés par le chant des oiseaux et devinrent zoologistes. Ils ne devinrent pas philosophes pour autant.

 

Il y a au départ de la démarche philosophique le surgissement dans la conscience d'un état particulier où il y a de l'étonnement, du questionnement, mais aussi une volonté, ou du moins un désir d'amélioration personnelle. L'astronome étudie les astres, sans s'occuper d'autre chose. Le philosophe, quelle que soit l'orientation que prendra sa pensée, fait d'abord un travail sur lui-même. Socrate répétait souvent : "connais-toi toi-même". C'est en effet le ressort de toute philosophie. Le sociologue étudie la société des hommes pour en connaître les particularités, exactement comme le zoologiste compte les pattes des araignées. Il ne devient éventuellement philosophe que s'il tente de comprendre les rapports entre la société et lui-même. Toute philosophie est égocentrée (1).

 

Au départ de tout travail philosophique, il y a donc une prise de conscience de soi (2). Il y a tout un complexe de notions vagues que la réflexion philosophique tentera de clarifier et de transformer en concepts : je suis là (d'où le concept d'ipséité), et toujours là malgré le temps qui passe (concept de temps), j'éprouve parfois des joies et parfois des peines, qui proviennent de mon environnement, c'est-à-dire que je subis comme ne venant pas de moi. J'aimerais me trouver définitivement dans un état de joie sans souffrances, ce que j'appelle le bonheur. Il y a alors la compréhension, encore "naïve" mais fondatrice de ma recherche, 1° que je dépends d'un extérieur, d'une situation, 2° que je peux tenter de modifier mon état (plus ou moins distant du bonheur auquel j'aspire) par certains actes (un projet de vie), 3° que pour connaître les actes à choisir pour approcher du bonheur il me faut connaître l'extérieur dont je dépends.

 

Les philosophes appellent cet extérieur dont je suis dépendant, et qui comprend d'innombrables objets, le Non-Moi, le Monde, l'Univers, le Cosmos, l'Être, le Tout, le Réel... Il est important de comprendre que tous ces termes désignent la même notion : celle de tout ce qui existe, au sein de quoi je me trouve (et dont je fais éventuellement partie, mais la relation entre le moi et le non-moi ouvre des difficultés considérables que nous examinerons plus tard). Pour le philosophe, le Réel est donc "tout ce qui existe vraiment", et plus précisément "tout ce qui peut avoir une influence sur moi". Car à vrai dire un objet qui n'aurait aucune influence sur mon état ne me concerne pas, son étude serait totalement vaine et me détournerait de la vraie philosophie (3).

 

Le Réel comprend mon corps, le monde matériel et, peut-être, le monde spirituel.

Le Réel comprend d'abord mon corps, car il est évident que de lui me viennent des plaisirs et des souffrances.

Le Réel comprend ensuite tout ce qui est sensible, le matériel, qui se présente à moi comme une immensité inimaginable dans sa totalité, où à la diversité des choses qui avait induit la réflexion de Thalès s'ajoute pour nous l'insondable durée depuis le "Big Bang" et les inconcevables distances dont nous parlent les astronomes.

Le Réel comprend enfin, peut-être, du non-sensible, du non-matériel, que l'on appelle traditionnellement l'au-delà, le spirituel (c'est-à-dire le monde de l'esprit, spiritus en latin).

 

Aucun philosophe sérieux ne nie l'existence de son propre corps ni celle du monde matériel. Par contre, il y a une très forte opposition entre ceux qui nient l'existence de réalités "spirituelles" telles qu'âmes, anges, démons, dieux, fées, lutins, etc. et ceux qui admettent l'existence d'un monde "dépassant" le monde matériel, d'une autre nature que le corps humain, et inaccessible par les sens. Les premiers sont les matérialistes. Les seconds sont nommés dualistes, spiritualistes ou idéalistes. Toute l'histoire de la philosophie se ramène essentiellement à la lutte, parfois sanglante, entre les matérialistes et les idéalistes.

 

Nous retiendrons qu'il y a deux positions philosophiques opposées concernant la réalité du "non-moi". Pour le matérialisme, l'Être est exclusivement constitué de matière, c'est-à-dire d'objets accessibles par les sens (4). Pour l'idéalisme, il est formé d'un monde matériel et d'un autre monde, non-matériel. Il y a, d'après l'idéalisme, une "coupure ontologique" entre les deux mondes. Le christianisme, par exemple, est un idéalisme. Il admet l'existence d'un monde matériel (le Ciel et la Terre, selon l'expression des "écritures saintes") et d'un monde immatériel, formé par Dieu, les anges, les démons et les âmes des hommes.

 

(1) J.C. Baudet : "Moi et les autres", Revue Générale 142(6/7): 49-53 (2007).

(2) Décrite par exemple par Jean-Paul Sartre dans son roman La Nausée.

(3) Nous retrouvons ici l'idée de "divertissement" chère à Blaise Pascal. Etudier des objets sans influence sur mon bonheur est un divertissement qui m'écarte de la seule recherche qui m'importe. Mais le fait est qu'il est difficile d'affirmer que tel objet, même lointain, est sans effet ou sera sans effet sur ma quête du bonheur.

(4) Eventuellement munis d'instruments d'observation. Les particules étudiées par les physiciens (protons, électrons, bosons, etc.) sont bien entendu invisibles, mais produisent des effets visibles.

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