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Jean C. Baudet

Articles récents

Du fric avant toutes choses

10 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Economie, #Politique

Pour indemniser les victimes des inondations, des tornades, des feux de forêts, il faut de l’argent, beaucoup d’argent. La France (mais c’est vrai pour tous les pays), que ce soit les pouvoirs publics ou le secteur privé (les compagnies d’assurance), doit disposer de ressources financières suffisantes pour lutter contre les effets dévastateurs de ces catastrophes, qui d’ailleurs iront en s’aggravant avec le changement du climat. De même, pour protéger la population des agressions meurtrières du terrorisme islamiste, la France (mais c’est vrai pour tous les pays visés par le djihadisme) doit avoir de l’argent pour payer les salaires et les équipements de l’Armée, de la Gendarmerie, de la Police et des établissements pénitentiaires, et si l’on parvient à détruire Daech, il faudra quand même encore de l’argent pour lutter contre les autres organisations combattantes qui naîtront de la violence inhérente à l’idéologie islamiste. De même, pour lutter contre le chômage, la France (mais c’est vrai pour la plupart des pays paléo-industrialisés) doit avoir de l’argent pour créer des entreprises viables : il faut des bâtiments, des machines, des matières premières, des véhicules, et il faut rémunérer la main-d’œuvre. Et ce n’est pas encore tout ! Même si la France dispose de suffisamment de moyens de payement pour résoudre les trois grandes questions (vitales) du changement climatique, de l’islamisme et du chômage (c’est-à-dire de la concurrence de plus de 7 milliards d’individus), il lui faut encore de l’argent, toujours de l’argent, pour les musées et les hôpitaux, pour les écoles et les théâtres, pour les routes et les chemins de fer, pour la poste et les asiles d’aliénés, pour la télévision et les manifestations sportives…

D’où cet argent vient-il ? Des bénéfices réalisés par les entreprises exportatrices qui parviennent à vendre des biens et des services « made in France » ! Il n’y a pas d’autres sources de moyens financiers que les entreprises ayant suffisamment de commandes, qu’il s’agisse de vendre du vin ou du fromage, des avions de combat ou des bateaux de plaisance, des logiciels ou des chansons.

Et il se trouve des imbéciles qui prétendent que « l’argent ne fait pas le bonheur » ! Je me demande avec quoi ils achètent leurs téléphones portables, leurs skis pour l’hiver, leurs bikinis ou burkinis pour l’été, et leur pain quotidien, leur couscous, leur maïs, leur riz ou leur sorgho ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Le cheval Tod (conte philosophique)

5 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Conte

Je marche dans la Ville. Je viens de quitter le boulevard, et je pénètre dans un quartier que je ne connais pas, où je ne me suis jamais promené. Une avenue plantée de platanes à l’écorce grisâtre. De grandes maisons, toutes semblables, aux murs de briques jaunes. Des jardinets fleuris. Je marche. Un sentiment fait d’étonnement et de curiosité, et de crainte, m’envahit. L’étrangeté du lieu, sans rien qui bouge dans le soleil d’une fin d’été, est accentuée par le silence, car je n’entends aucun bruit. Pas une seule automobile ne passe. Aucun promeneur sur les trottoirs. Je sens des gouttes froides de sueur couler dans mon dos. Mon anxiété se développe. Ma solitude est totale, et j’ai la pénible impression d’être épié. Je m’arrête. Je fais demi-tour, fortement angoissé. Un grand cheval blanc, très beau, s’avance vers moi, à pas lents. Il s’arrête quand il est à portée de main. Il me dit « Je m’appelle Tod ». J’ai toujours peur, mais je ne suis pas étonné spécialement de parler à un cheval. Il s’exprime avec un fort accent allemand. Je lui demande « Vous venez d’Allemagne, ou d’un pays germanique ? ». Il me répond qu’en effet il vient de Berlin, où il a suivi les cours de Georg Hegel, et qu’il était avant à Königsberg, où il suivait les enseignements d’Emmanuel Kant, et qu’encore avant il était à l’Université de Halle, pour s’initier à la philosophie de Christian von Wolff. Nous échangeons quelques propos et, brusquement, il me souhaite « une bonne fin de journée » et s’éloigne au galop.

L’avenue est de nouveau silencieuse, et l’angoisse est revenue. C’est tellement pénible que je voudrais sortir de moi-même, échapper à cette épouvante hideuse, et je reprends ma marche, dans un décor cruellement désert où tout m’est hostile, les arbres, les maisons jaunes, et le ciel devenu gris comme du plomb. J’ai beaucoup marché, et je m’approche des grilles de fer d’un parc. Je pénètre dans ce lieu également silencieux, mais égayé par de grands buissons d’hortensias et d'aucubas. Le parc entoure un vaste bâtiment que je n’avais pas vu en franchissant les grilles, avec des portes de verre et sur le fronton la seule inscription « Hôpital ». Je pousse une porte, ma sueur coule à grosses gouttes, je m’avance vers un comptoir derrière lequel bavardent et rient des infirmières en blouse blanche.

Je sais maintenant que je ne marcherai plus jamais dans la Ville.

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Caterpillar ferme ses installations a Gosselies

4 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Economie, #Politique

Je continue de penser avec tristesse aux employés de la multinationale Caterpillar qui vont perdre leur emploi à Gosselies. Sans compter les collaborateurs des sous-traitants et des fournisseurs également menacés de chômage, dans ce pays de Charleroi déjà fortement désindustrialisé. On y remplace les usines manufacturières par des musées, alors que les usines produisent des richesses, quand les musées ne produisent aucune « valeur ajoutée ».

Les responsables politiques, ministres fédéraux et régionaux rassemblés (ce qui, en l’occurrence, est plutôt sympathique), font de belles et pathétiques déclarations volontaristes : « nous mettrons tout en œuvre pour sauver l’emploi ». Que peuvent-ils faire ? Que pourront-ils inventer de plus que lors des disparitions des ACEC, des Forges de Clabecq, de Cockerill, de la SABENA, de Ford à Genk, de Renault à Vilvorde ?...

Au-delà de l’analyse journalistique, que peut-on penser de toutes ces fermetures d’entreprises en Belgique ? La gauche et l’extrême gauche y voient la conséquence d’une anthropologie binaire : l’Humanité est formé des bons (les ouvriers et les employés, c’est-à-dire le prolétariat) et des méchants (les actionnaires, les dirigeants, les ingénieurs et les cadres, c’est-à-dire la bourgeoisie), et l’Histoire est la poursuite implacable de la lutte acharnée des méchants contre les bons. C’est la fameuse « lutte des classes ». Je n’ai pas la place, dans ce billet, pour analyser finement la question, mais il me semble que certains indices montrent que la Belgique, et spécialement la Wallonie, est fortement imprégnée de marxisme, et c’est peut-être une des causes de la désindustrialisation du pays. Quand de nombreux médias insultent régulièrement le patronat, quand de nombreux intellectuels annoncent régulièrement la fin du capitalisme, quand de nombreux écrivains dénoncent régulièrement la voracité des multinationales (et même de tous les entrepreneurs), quand des grèves sont régulièrement organisées par les activistes des syndicats et des partis marxistes, quand l’éducation nationale préfère former des historiens de l’art et des sociologues plutôt que des ingénieurs, des mécaniciens et des gestionnaires, on ne peut pas dire que la Belgique, et spécialement la Wallonie, soit une terre d’accueil pour les initiatives industrielles pourvoyeuses d’emplois !

Faut-il prévoir, à Gosselies, des grèves, des émeutes, du vandalisme, des destructions et des pneus brûlés, et peut-être pire ? Penser plus loin ? Il faut se demander pourquoi une entreprise peut se développer sans ouvriers (robots et ordinateurs), mais ne peut pas subsister sans actionnaires. Ni d’ailleurs sans clients, mais avec 7,5 milliards d’individus, l’Humanité reste un marché pour longtemps !

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Caterpillar, Gosselies, Grenoble

3 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Economie

Caterpillar, Gosselies, Grenoble

Quand je dirigeais le magazine Ingénieur et Industrie, de 1979 à 1996, j’ai eu l’occasion de visiter de très nombreuses entreprises industrielles en divers pays d’Europe (Siemens, Bayer en Allemagne, Philips aux Pays-Bas, ABB en Suisse, etc.) et d’interviewer certains cadres et dirigeants de plusieurs de ces sociétés. C’est ainsi que j’ai connu la MBLE à Bruxelles, les ACEC à Charleroi, Cockerill à Seraing, et d’autres usines belges de belle technologie aujourd’hui disparues. Car les entreprises sont aussi mortelles… Cela m’a permis de rassembler une abondante documentation qui me servira pour étudier les origines et le développement d’une trentaine des plus importantes multinationales dans un livre paru aux éditions Jourdan (Curieuses histoires des entreprises), puis augmenté et réédité aux éditions La Boîte à Pandore (Les plus grandes entreprises).

Ces entretiens et ces visites – il y a plus de vingt ans, déjà – m’ont appris le principe simple (« simpliste » diront mes adversaires), fondamental et universel de la gestion d’entreprise, que l’on enseigne d’ailleurs dans les écoles d’ingénieurs : « pour maximiser les bénéfices, il faut minimiser les coûts ». Terrifiant principe, qui est en somme l’expression dans la vie économique du « struggle for life » des biologistes.

Quand j’ai appris la fermeture prochaine de l’usine de Caterpillar à Gosselies (voir mon billet précédent), j’ai été terrifié par le malheur qui allait, une nouvelle fois, s’abattre sur la Wallonie en cours de désindustrialisation. On parle de la perte de 2 200 emplois, auxquels s’ajouteront des milliers d’emplois perdus chez les fournisseurs et les sous-traitants ! La société américaine ferme ses installations à Gosselies, mais maintient son activité productrice à Grenoble. Et les commentaires vont bon train : pourquoi garder l’usine en France et fermer celle en Belgique ? Curieux questionnement ! Les hommes ne sont-ils pas tous égaux, et un travailleur français (ou chinois, ou polonais) ne vaut-il pas un travailleur belge ? Du point de vue général (le bien de l’Humanité), que l’on produise des engins de génie civil en Wallonie ou en Alsace ou chez les Coréens, qu’est-ce que ça change ? Ne faut-il pas partager ?

Le responsable de ce désastre est, nous dit-on à gauche, l’état-major de la société américaine. Cela va de soi ! Mais il faut aller plus loin. L’élément responsable est la rapacité des actionnaires, nous dit-on à l’extrême gauche. Je passe sur le fait que s’il n’y avait pas d’actionnaires il n’y aurait pas Caterpillar, qui donne un salaire à plus de 100 000 personnes dans le monde ! Mais il faut aller encore plus loin. Le responsable de la fermeture à Gosselies, c’est la concurrence faite à Caterpillar par d’autres entreprises, capables elles aussi de construire et de vendre des pelleteuses et d’autres engins sur roues ou sur chenilles. Et le facteur causal se révèle ainsi être, au bout de l’observation attentive de la marche du monde, l’explosion démographique. En 1956, quand Caterpillar crée une filiale en Belgique, la population mondiale est de 2,6 milliards d’individus. Aujourd’hui, elle est de 7,5 milliards de gens, qui tous voudraient un emploi, à Gosselies, à Grenoble et ailleurs !

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Caterpillar, Gosselies et l'aveuglement

2 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique, #Economie, #Wallonie

Caterpillar, Gosselies et l'aveuglement

C’est fascinant de voir à quel point les commentateurs de la fermeture de l’usine de Caterpillar à Gosselies s’entêtent à ne pas vouloir regarder en face les réalités d’une Humanité mondialisée ! Imbibés jusqu’à la moelle des os par le marxisme et par la détestation des entreprises et des industriels, ils refusent (journalistes, syndicalistes, politiciens et même certains économistes…) d’admettre les principes les plus fondamentaux et d’ailleurs fort simples de la vie industrielle : une entreprise doit faire des bénéfices, ou disparaître. Et elle ne peut réaliser des bénéfices que si elle peut, à qualité égale, produire à moindres coûts que ses concurrents. Si les salaires sont plus élevés, si les taxes sont plus lourdes, si les règlementations sont plus astreignantes, la fin est inéluctable.

La fin de l’industrialisation de la Wallonie est inéluctable, les géographes sérieux et les économistes compétents le savent depuis… 1960 (la fermeture des charbonnages), ou depuis… 1974 (l’augmentation brutale du prix du pétrole). Charbonnages, usines sidérurgiques, entreprises carbochimiques, ateliers de construction mécanique ont disparu. Aujourd’hui, c’est Caterpillar qui ferme, avec quelques sous-traitants. Demain, les dernières entreprises manufacturières (aérospatial, chimie fine, pharmacie) cesseront leurs activités, concurrencées par un milliard de Chinois, par un milliard d’Indiens et par tous les autres.

Dans dix ans, et peut-être avant, la Wallonie sera un pays de homes pour vieillards, de sites touristiques, de musées et de friches industrielles, aux routes défoncées, aux infrastructures délabrées, et avec une immense dette publique.

Aurait-on pu éviter cette marche annoncée vers le sous-développement ? Je ne le sais pas. Mais les responsables sont clairement identifiés, ce sont ces « décideurs » qui ont préféré la démagogie et les dépenses publiques improductives à l’analyse prospective, à la rigueur et à l’austérité. Que les Wallons se consolent. Déjà l’admirable Athènes et la Rome admirable ont connu le même sort. Il est difficile d’éviter l’aveuglement quand le passé est glorieux.

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Sur la cuisine et la condition humaine

1 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Cuisine, #Histoire

Sur la cuisine et la condition humaine

Qu’est-ce qui fait la différence entre le bestial et l’humain ? Qu’est-ce qui distingue l’homme de la bête ? Qu’est-ce qui est vraiment propre et spécifique à l’humanité, qui a fait sortir les hommes de l’animalité ? C’est la cuisine ! Parmi des milliers et des milliers d’espèces animales, l’humain est seul à préparer sa nourriture, à cuisiner, il est le seul animal mangeant de la nourriture cuite, parfois avec des raffinements extrêmes. Pendant longtemps j’ai professé l’idée (que l’on trouve chez Marx à l’état embryonnaire, voir son analyse des « moyens de production ») que la technique est le signe de l’humain (voir mon livre Le Signe de l’humain, L’Harmattan, Paris), et donc qu’elle est le fondement de l’humanité. Je ne récuse certes pas cette thèse : il y a ou il y eut des peuples sans science, sans religion, sans poésie, sans musique, il n’y en a pas sans technique, sans outils. Le langage, d’ailleurs, apparu longtemps après l’outil de bois et de pierre, est une création technique, mais venu bien après l’invention du feu, de la cuisson des aliments, de la cuisine. Car le philosophe doit poursuivre toujours plus loin ses analyses, et ne pas s’arrêter aux évidences : toutes les collectivités humaines disposent d’une technique (plus ou moins évoluée), c’est la condition même de leur subsistance, mais une technique pour quoi faire ? Pour acquérir, préparer, conserver, transporter et consommer des nutriments indispensables à l’existence des hommes. La technique répond aux besoins des hommes, et le premier besoin, vital, est la nutrition. La cuisine est donc la technique primordiale. Le premier outil fut le bâton servant à attraper un fruit, puis la pierre utilisée pour séparer, dans un fruit dur, l’écorce inconsommable de la pulpe nourricière…

J’ai donc étudié les origines de la cuisine et son évolution au cours du temps, dans un livre Histoire de la cuisine paru aux éditions Jourdan (Bruxelles). Un voyage bien agréable, avec « l’eau à la bouche », où l’on passe au cours du temps du repas cru des australopithèques et des primitifs aux plats ultrasophistiqués de la « Nouvelle cuisine » et des chefs étoilés. On rencontre au passage quelques-unes de mes gourmandises, la sauce béchamel, la crème Chantilly, le baba au rhum, la moussaka des Grecs, le filet américain des Belges…

Ainsi, le véritable héros n’est pas le Savant plus ou moins incompréhensible, ni le Religieux plus ou moins fanatique, ni le Guerrier plus ou moins vaillant, ni le Politicien plus ou moins véreux, ni le Poète plus ou moins inspiré, le héros véritable est le Cuisinier et le Restaurateur.

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La vie de Jean Baudet

27 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

J'ai connu des femmes, j'ai eu des enfants, j'ai fait des voyages, j'ai visité des pays, j'ai rencontré des gens, j'ai mangé des fruits et des légumes, j'ai mangé des saucisses de porc, j'ai mangé de la blanquette de veau, j'ai mangé des hachis Parmentier, j'ai mangé des spaghetti, j'ai mangé du canard laqué, j'ai mangé du foie gras, j'ai mangé des fromages au lait cru, j'ai mangé des crêpes à la place Jussieu (Paris), j'ai mangé des frites à la Foire du Midi (Bruxelles), j'ai bu du minervois, du bordeaux, du beaujolais, du bourgogne, du rosé d'Anjou et du coca-cola, j'ai assisté à des concerts, je suis allé au théâtre et au cinéma, j'ai marché dans des forêts tropicales, j'ai vu des lions et des éléphants dans des savanes d'Afrique, j'ai étudié les mathématiques, la physique, la chimie, la mécanique analytique, la biologie et la philosophie, j'ai donné des cours, j'ai fait des conférences, j'ai lu des livres, y compris l'oeuvre complète de Gaston Bachelard, j'ai composé des poèmes, je me suis assis dans des fauteuils, j'ai pris le train, le métro, l'avion, je suis allé à Nantes et à Rouen, j'ai construit des phrases, j'ai inventé des concepts, j'ai évalué des hypothèses, j'ai élaboré des synthèses, j'ai travaillé dans des laboratoires, j'ai publié des livres, j'ai connu des imbéciles, j'ai connu quelques "grands hommes" (moins nombreux), j'ai eu des maladies, je me suis coupé les ongles des orteils, j'ai fait de longues siestes, longtemps, je me suis couché de bonne heure, j'ai accordé des interviews, j'ai critiqué Hegel, Husserl et Heidegger, j'ai fait souvent un rêve étrange et pénétrant, j'ai aimé les films d'Ingmar Bergman, les poèmes de Nerval, les romans de Julien Green, les mémoires de Winston Churchill, les travaux de Mircea Eliade, la musique d'Adré Jolivet, les aventures de Bob et Bobette, j'ai détesté les textes de Jacques Ellul et les idées de Jean-Jacques Rousseau, j'ai connu le professeur Guy Hirsch, la médiéviste Carmélia Opsomer, l'ingénieur Stéphane Cnockaert, le poète Philippe Leuckx, le dramaturge Jean-Pierre Dopagne, la romancière Martine Rouhart. J'ai vécu.

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Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

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Le scepticisme et le stoicisme indepassables

26 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Scepticisme

Le scepticisme et le stoicisme indepassables

Il faut se rendre à l’évidence ! Vingt-six siècles de philosophie, depuis le glorieux fondateur Thalès de Milet jusqu’à nos jours déboussolés, n’ont pas conduit l’élite intellectuelle de l’Humanité (les masses se contentent des religions et des idéologies) à résoudre le problème de la Connaissance (gnoséologie) ni celui de l’Action (éthique). Nous ne savons pas ce que nous pouvons savoir, et nous ignorons ce que nous devons faire. C’est-à-dire qu’en matière de connaissance, nous ne sommes pas plus loin que le scepticisme de Pyrrhon d’Elis, qui fonde une école de philosophie à Athènes en 322 avant notre ère : les facultés intellectuelles de l’esprit humain sont insuffisantes pour connaître le tout du monde. C’est une détermination de ce que plus tard on appellera la finitude de l’homme : la connaissance absolue est absolument impossible. C’est-à-dire, aussi, qu’en matière d’action, de comportement (et donc de politique), nous ne savons pas s’il existe des « valeurs » qui s’imposent à nous pour nous donner des règles de vie : pouvons-nous accepter l’avortement, la peine de mort, les drogues, le burkini, l’ingénierie fiscale ? Nous n’avons qu’une seule certitude : les souffrances et la mort sont inéluctables. Nous ne pouvons que l’accepter, et tenter d’élaborer des règles de vie et de résignation pour orienter nos existences jusqu’à la fin inéluctable. Cela signifie que nous ne sommes pas plus loin que le stoïcisme de Zénon de Cittium, qui fonde une école de philosophie à Athènes en 301.

Est-ce à dire que la philosophie est inutile, qu’il ne faut pas « perdre son temps » à lire Aristote, Spinoza, Schopenhauer et Michel Onfray ? Je ne le pense pas. Il me semble même que l’étude de la philosophie nous apprend le doute, nous incite à user en toutes choses d’esprit critique, et à nous prémunir contre les objurgations des prophètes, les imprécations des prêtres, les espérances des idéologues, les rêves fallacieux (mais si consolateurs…) des poètes. La philosophie nous apprend à nous méfier des illusions, et à rejeter les fanatismes. C’est là, dans un tragique non-savoir, que se trouve « l’honneur de l’humanité ». Nous devrons nous en contenter.

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A propos de Winston Churchill

24 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Politique

Hier, grande et belle soirée de télévision sur une chaîne française. Le flamboyant Stéphane Bern présentait avec enthousiasme une émission, magnifiquement documentée, consacrée à la vie et aux œuvres de Winston Churchill, citoyen britannique, officier intrépide, journaliste de talent, peintre très honorable, écrivain de génie, orateur incomparable, grand fumeur et buveur considérable, et surtout politicien habile, volontaire, lucide, courageux et intelligent. Churchill, à vrai dire, fut l’homme le plus remarquable du vingtième siècle, non seulement par les traits extraordinaires de sa personnalité, avec une perspicacité et une puissance de travail purement fantastiques, mais par les conséquences de ses décisions et de ses actes. Un homme est grand non par ce qu’il est, ni même par ce qu’il fait, mais par le résultat de son action sur la condition humaine. Je ne vois guère que des hommes comme Ernest Rutherford (le découvreur du noyau des atomes) ou comme James Watson (le découvreur de la structure moléculaire de l’ADN) ou comme Bill Gates (le pionnier de la microinformatique et de l’ordinateur pour tous) à égaler Churchill par les changements décisifs qu’ils apportèrent à la condition humaine. A moins que l’on ignore ce que la maîtrise de l’énergie nucléaire, le développement du génie génétique et Internet (vaste réseau d’ordinateurs « personnels ») ont modifié dans la condition de l’Humanité ! Churchill a su vaincre le nazisme et rendre la liberté aux Européens et, par voie de conséquence, aux peuples colonisés. En quoi les œuvres, pourtant si admirées, de Picasso, de Stravinsky, de Brigitte Bardot, de Marcel Proust, de Coluche, de Husserl, ont-elles changé la condition humaine ?

Certes, Winston Churchill, premier ministre du Royaume-Uni, n’a pas vaincu tout seul le national-socialisme ! Il fut, encore grandi par les circonstances, le chef admirable d’un peuple admirable, et l’Angleterre remporta la Victoire de 1945 avec le renfort des Américains, des nations du Commonwealth et de la France. De la France, du moins, du général de Gaulle.

Churchill a vaincu le fascisme noir de Mussolini et de Hitler, et il a vu, après avoir fini le job, que la réconciliation franco-allemande serait indispensable pour vaincre le fascisme rouge de Staline.

J’étais très impressionné, ému même, hier soir, en fermant mon poste de télévision après les dernières images de ce beau « sujet ». Je me disais qu’une Humanité où l’on rencontre des hommes comme Churchill, comme de Gaulle, comme aussi Rutherford, Watson, Gates et quelques autres héros de la pensée ou de l’action, n’est peut-être pas si méprisable. Mais y a-t-il encore des Churchill, au temps des Trump, des Clinton, des Hollande ? Après le fascisme noir, après le fascisme rouge, voici venu le temps du fascisme religieux qu’est l’islamisme. Trouvera-t-on un chef clairvoyant, comme Churchill, et un peuple courageux, comme les Britanniques de 1940, pour débarrasser l’Humanité de cette peste nouvelle ?

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Sur la mort de Toots Thielemans

23 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Blues

J’ai déjà dit que je vais bientôt mourir. J’ai déjà dit que j’ai mis fin à ma carrière d’écrivain et que, mes forces s’amenuisant de jour en jour, je ne fais plus l’effort de publier des livres. J’ai déjà dit que je tiens ce blog comme un journal intime, le journal d’une déchéance physiologique et d’une mélancolie grandissante. J’ai déjà dit que je tâche, tant que j’en ai la force, de poursuivre dans ces billets successifs, disparates et dérisoires, mon travail philosophique de recherche de l’Être, renonçant désormais au Paraître et au Connaître. Car à quoi bon faire paraître des livres ? Et à quoi bon connaître l’œuvre de Ludwig Feuerbach, ou la charge électrique des différents fermions ? J’ai déjà dit que j’ai atteint l’âge des bilans, des répétitions radotantes, et de la relativité des choses. Je viens d’apprendre la mort de Jean Toots Thielemans, roi bruxellois de l’harmonica. Je viens de manger mes deux tartines quotidiennes de pain aux raisins. Je viens de demander à ma femme si elle a des nouvelles de nos deux filles. Je viens de penser à ma vie qui s’achève.

Pourquoi alors diffuser ces billets de mon blog sur les réseaux sociaux, comme d’autres y montrent leur chat, leur chien ou leur cheval ? Pour exprimer la peur de la souffrance précédant la mort ? François Villon l’a si bien fait. Pour exprimer la douloureuse nostalgie du temps qui passe ? Léo Ferré et Lamartine l’ont si bien fait. Ou sont-ce des messages de désespoir, qu’une volonté inconsciente me force à répandre, le « partage de mes émotions » (comme disent si bien les psychologues) apaisant quelque peu mon chagrin de vieil homme ?

L’âge des bilans ? Mon souvenir voit se dérouler ma vie, en trois tranches. Je suis d’abord, de 1973 à 1981, botaniste puis biologiste, je propose une nouvelle taxonomie de la tribu des Phaséolées et je publie un livre sur Les Céréales mineures (en 1981). Je me fais ensuite historien des sciences, journaliste et éditeur, de 1978 (mes deux premières époques se recouvrent) à 1997, fondant successivement la revue Technologia et le magazine Ingénieur et Industrie. Je deviens enfin écrivain et philosophe (j’avais enseigné la philosophie, dans ma prime jeunesse, de 1968 à 1973), de 1997 à aujourd’hui. Je publie quelques poèmes, quelques recensions critiques, de nombreux articles, notamment dans la Revue Générale de France Bastia, d’André Goosse et de Francis Delpérée, et j’étends mes recherches en histoire des sciences et en épistémologie à l’histoire critique des religions et des autres systèmes de pensée. Je publie 41 livres (dont un est une traduction en espagnol d’un de mes ouvrages sur l’histoire de la science).

J’entre dans une quatrième tranche de vie, la phase terminale de mon existence. Déjà mon bras droit ne répond plus très bien, divers lieux de mon corps sont douloureux, ma vue baisse, je deviens incapable d’écrire lisiblement à la main. Je fus biologiste, je fus éditeur, je fus écrivain. Je suis encore philosophe, mais pour combien de temps ? Et aujourd'hui, à Bruxelles sous un soleil trop chaud, j’ai le blues, celui de Louis Armstrong, de Billie Holiday et de Jean Toots Thielemans. Bluesette

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