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Jean C. Baudet

Articles récents

Sur la question de l'Etre

18 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Finalement, la seule question qu’il importerait de résoudre est la question de l’Être, puisque d’elle découlent toutes les problématiques qui assaillent l’esprit humain (esthétique, éthique, politique…). Mais voilà déjà qu’à peine formulée la question nous place devant une inextricable difficulté, qui est celle du lien causal, dont l’existence est indispensable pour que l’on puisse développer des réflexions discursives (rationalisme) ou des observations démonstratives (empirisme). La connaissance de l’Être ne peut conduire à des connaissances dérivées que si le principe de causalité est valable, c’est-à-dire s’il existe effectivement une liaison absolue et objective entre l’Être et la raison, et donc entre l’Être et le langage par lequel la raison s’exprime. C’est, en philosophie, le truisme (et l’immense difficulté) de l’interdépendance de l’ontologie et de la gnoséologie. Parménide d’Elée, un des premiers penseurs à avoir résolument arraché la question de l’Être aux traditions archaïques du mythe, pensait avoir trouvé la clé du « logos » dans la négation qui oppose l’Être au non-Être, c’est-à-dire au Néant, annonçant les ambitieuses synthèses d’Aristote, de Descartes et Spinoza (et donc de Husserl qui reprend la méditation du cogito), de Hegel… Cela conduit aux conceptions « dialectiques » de l’Être, comme le marxisme, qui « résolvent » la question du changement (passage mystérieux de l’être au non-être) par l’attribution à l’Être d’une capacité dynamique, dialogique, proposée déjà par Héraclite d’Ephèse. C’est en somme l’explication, toute verbale et peut-être naïve, du mouvement par le moteur (Aristote), de la modification par l’agent capable de modifier.

Constatant les apories auxquelles conduit l’usage seul de la raison dans le travail philosophique, Protagoras, Gorgias et d’autres que l’on a appelés les sophistes ont initié une nouvelle tradition de recherche qui est un « retour au concret », un examen de la « condition humaine », conduisant à ce que les contemporains appelleront les existentialismes, qui sont des « humanismes ». Des formules comme « l’homme est la mesure de toutes choses » (Protagoras), « connais-toi toi-même » (Socrate), « chez l’homme, l’existence précède l’essence » (Sartre) expriment ce courant de pensée.

J’ai tenté, au début des années 1980, d’effectuer un « retour au concret » (une approche indirecte de la question de l’Être) par la considération du primat de la Technique. Cette-ci étant l’ensemble des moyens dont se dote l’homme pour répondre à ses besoins, il s’agissait de développer une philosophie à partir des besoins humains, c’est-à-dire de la situation des hommes face à la souffrance. Car « être », c’est toujours « avoir besoin », souffrir, tôt ou tard.

Mais comment passer de l’être souffrant de l’homme à l’Être dans sa plénitude et son mystère ? La formidable difficulté de ce passage me conduit au scepticisme. Mais je cherche encore…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Bob Dylan est-il un poete ?

17 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie, #Littérature

La récente attribution du prix Nobel de Littérature au chanteur Bob Dylan pose trois questions intéressantes. Primo, la production de Dylan est-elle de la poésie ? Secundo, la poésie est-elle de la littérature ? Tertio, qu’est-ce qui distingue la littérature parmi les productions textuelles ? Cette troisième question intéresse tout particulièrement l’épistémologue, car il faut se demander en quoi certaines formations discursives sont « littéraires », comme on se demande en quoi certains textes sont « scientifiques ».

J’ai étudié certains aspects des relations entre littérature et poésie dans mon livre Une philosophie de la poésie (L’Harmattan, Paris). La question est délicate, car la poésie et la littérature (orale) sont nées bien avant l’invention de l’écriture, et l’on ne dispose donc d’aucuns textes permettant de documenter la genèse du « poétique » et du « littéraire ».

Pour tenter de définir la poésie au sein des diverses manifestations culturelles (musique, art, technique, religion, etc.), il faut s’efforcer – malgré le vide documentaire – d’établir les modalités de son apparition et de son évolution après l’invention du langage. On peut, avec prudence, se baser sur l’étude de l’apprentissage du langage par les enfants (les comptines…), se baser sur l’étude psychiatrique des troubles du langage (écholalie…), se baser sur l’étude des textes produits par les peuples primitifs situés encore dans l’oralité, et bien sûr se baser aussi sur l’étude de l’apparition des littératures chez les peuples connaissant l’écriture. On découvrira ainsi facilement que la poésie précède la prose, et que l’apparition de la poésie coïncide avec le développement des rites (prières) et des mythes (récits des origines).

Ainsi, existe-t-il une profonde connivence entre les apparitions du rituel, du mythique et du poétique, c’est-à-dire entre religion et poésie. Dans les temps contemporains, les religions cèdent partiellement la place aux idéologies, et l’on ne s’étonnera pas que les chansons de Dylan soient « engagées ».

Ainsi, « blowin’ in the wind » de Dylan, « am stram gram » des enfants, « frères humains qui après nous vivez » de Villon, et tant d’autres poèmes, ou plaisants, ou sublimes, ont leurs racines dans les plus archaïques et plus intenses émotions du cœur humain, et qui sont la Peur (le soleil noir de la mélancolie) et l’Espérance (là tout n’est qu’ordre et beauté) !

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Pour quoi ecrire encore ?

14 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Philosophie

Et maintenant, au seuil de l’agonie, que vais-je faire ? Au-delà de la question égoïste, il y a ici questionnement universel, car il vient pour chacun le temps de la mort proche, quand les forces déclinent et que l’on se demande pour quoi l’on a vécu. Les démographes estiment à cent milliards le nombre de mes « semblables » déjà disparus. Quels furent leurs apports à la Civilisation, si tant est que l’on accorde une quelconque valeur aux avancées civilisationnelles ? Et quelle humilité quand on voit ce qu’on laisse soi-même par rapport à quelques dizaines de grands destins : Aristote, Spinoza, Lavoisier, Einstein !... Quel démon de la perversité me pousse à ajouter à cette liste glorieuse les noms de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, ou de Maurice Maeterlinck et de Romain Rolland ?

Or donc, je vais bientôt mourir. Ma mémoire s’affaiblit, j’écris péniblement, la lecture me pèse, mes organes se détériorent les uns après les autres, mes enthousiasmes ont disparu, mes passions sont éteintes, je m’approche, dans l’angoisse de nouvelles douleurs, de mon néant. Il est temps de faire le bilan de ma vie, encore que ce dernier exercice ne servira à rien.

Outre quelques travaux de biologie, au temps lointain de ma jeunesse, et quelques poèmes, j’ai consacré la plus grande partie de ma vie à la recherche épistémologique, espérant apporter une contribution à la question de la connaissance. C’est dans cette perspective que j’ai résumé, en quelques milliers de pages, l’histoire des systèmes de pensée : la technique (fondatrice d’humanité) ; les religions (avec les inventions des rites, des mythes, des dogmes…) ; la philosophie ; la science (mathématique, physique, chimie, biologie) ; la technologie (fille de la science ayant permis l’actuelle « mondialisation » des hommes). Au total, une quarantaine de livres, et quelques centaines d’articles.

Pourquoi (ou pour quoi) continuer ? Malgré la magnifique splendeur de cet esprit humain qui sort lentement des ténèbres de l’animalité par l’invention d’outillages de plus en plus efficaces (dont le langage) pour atteindre des vérités sublimes, malgré mon admiration pour Epicure, pour Galilée, pour Newton, pour Mendéléev, tout mon travail de déconstruction du progrès intellectuel m’a conduit au pessimisme le plus noir, au nihilisme le plus strict, mais débarrassé de l’ultime illusion nietzschéenne du « surhomme ». Pourquoi alors transmettre mes idées et les questions laissées pendantes aux nouvelles générations – qui, d’ailleurs, ne me lisent pas, sacrifiant à de nouvelles idoles : la Nature, le Vivant, la Démocratie, la Justice, l’Ethique… A quoi sert-il d’expliquer à des jeunes gens obnubilés par le « retour du spirituel », tentés par le bouddhisme, l’évangélisme, l’islamisme, ou qui vénèrent les chansons de Bob Dylan, que la philosophie, c’est le doute perpétuel ? Que deux millénaires de haute pensée, malgré la découverte des galaxies et des quarks, malgré les téléphones portables de Samsung et les fusils-mitrailleurs de Kalachnikov, n’ont pas fait progresser beaucoup l’esprit des hommes par rapport aux positions de Socrate, qui savait qu’il ne savait rien.

Et pourtant, s’ils acceptaient le doute philosophique, les hommes ne connaîtraient plus le fanatisme destructeur des religions, la démagogie perverse des promesses électorales et des idéologies, les illusions (conduisant aux pires atrocités) proférées par les hommes providentiels et leurs prophètes, et les humains pourraient vivre tranquillement, en cultivant leur jardin. Mais cela ne les empêcherait pas de connaître, tôt ou tard, la douleur, les souffrances et la mort. En attendant, écoutons Beethoven…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Le vrai et le cru

13 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Croyance

Le vrai et le cru

Il faut se rendre à l'évidence ! Le cru est beaucoup plus puissant, pour orienter l'action individuelle ou collective, que le vrai. D'où le vif succès de l'astrologie, des régimes pour maigrir, des lotions pour faire pousser les cheveux des chauves, de l'islam, du bouddhisme, de l'hindouisme, de l'évangélisme, du racisme, du nazisme, du communisme, de la chiromancie, de la numérologie, etc.

Les meilleurs représentants de l'Humanité ont, pendant de nombreux siècles, cru à l'hépatoscopie, au polythéisme, à l'alchimie, aux quatre éléments, à l'harmonie des sphères, à la sorcellerie, à la quadrature du cercle, à la machine à mouvement perpétuel...

C'est que les savoirs vrais s'édifient grâce à l'intelligence, alors que les croyances se construisent grâce aux émotions.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Matérialisme ou idealisme ?

8 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Matérialisme, #Idéalisme

Ma recherche épistémologique m'a conduit au scepticisme relatif, c'est-à-dire à la position de Kant, qui est aussi la position du "bon sens" : l'esprit humain n'est pas de nature à connaître et à comprendre la totalité de l'Être, ce que Kant expliquait par sa théorie du phénomène et du noumène. Ayant examiné dans l'Histoire de très nombreux systèmes de pensée, je ne vois vraiment pas d'autre option soutenable. Et quand je qualifie mon scepticisme de "relatif", c'est pour indiquer que certaines connaissances sont quand même possibles, celles qui sont acquises par "la science" (c'est ce qui distingue mon scepticisme du pyrrhonisme).

Je ne pourrais pas suivre un penseur qui voudrait invalider l'héliocentrisme ou la circulation sanguine ou l'arithmétique !

Mais une fois le scepticisme reconnu comme incontournable, que reste-t-il à faire pour le philosophe ? Le "je sais que je ne sais rien" de Socrate est extrêmement sage, mais conduit au silence. Je continue donc ma recherche, qui devient ontologique, et qui s'exprime de manière toute simple : y a-t-il une "scission dans l'Être" (Karl Jaspers), c'est-à-dire n'y a-t-il que des corps et des produits de ces corps (les atomes de Démocrite, les éléments d'Empédocle, l'étendue de Descartes, la matière de La Mettrie...), ou y a-t-il en plus "autre chose", de nature différente (le monde des Idées de Platon, le monde divin des religions, la liberté de l'humanisme sartrien, etc.) ? Bref, soit le monisme de la matière (généralisation du corps animal), soit le dualisme des idéalismes : Ciel et Terre, Créateur et créatures, monde des Idées et monde sensible, esprit et matière, culture et nature, transcendance et immanence, etc.

Dans l'état actuel de ma recherche, étant donné ce que j'ai vécu, je penche fort du côté du matérialisme. Les conséquences logiques du matérialisme s'opposent - c'est l'évidence - en plein aux différentes aspirations des différents idéalismes. Je rencontre la farouche résistance des bigots et des curés de toutes les religions, des humanistes de toutes les sortes, des gendarmes de la pensée unique sociale et humanitaire, des admirateurs de l'indicible et des chantres du "non-encore-aperçu" (Heidegger). C'est fatal ! L'opposition entre matérialisme (unique) et idéalismes (multiples) est le coeur de la réflexion philosophique et la source des guerres de religions. Il faut se demander pourquoi tant d'hommes, malgré les évidences de l'Histoire, de l'Actualité, de la Vie, voudraient que le Réel coïncide avec l'Espéré ? Mais ma recherche n'est pas terminée... Comme je voudrais qu'un doux Jésus m'accueille dans son paradis éternel !!!

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Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

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Sur les bases de la philosophie

26 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Epistémologie

Sur les bases de la philosophie

La plupart des philosophes ont développé leur pensée à partir de quelques idées fondamentales, parfois une seule : l’Atome de Démocrite, le Monde des Idées de Platon, le Cogito de Descartes, la Substance de Spinoza, la Monade de Leibniz, l’Opposition entre le phénoménal et le nouménal de Kant, l’Evolution de l’esprit absolu de Hegel, la Volonté de Schopenhauer, la Généalogie de la morale de Nietzsche, la Durée de Bergson, l’Oubli de l’Être de Heidegger, etc.

J’ai fondé mon travail sur trois « intuitions premières » qui me semblent avoir valeur d’évidences. Primo, le primat de la technique sur toutes les autres productions culturelles de l’Humanité. On doit en effet admettre que l’homme a d’abord inventé le travail du bois (déjà esquissé par les gorilles et les chimpanzés) et la taille de la pierre avant d’inventer l’art, l’écriture, la métallurgie et les dieux ! Secundo, la continuité épistémologique qui unit la technique à la science. C’est qu’en effet les progrès incessants de la construction mécanique, de l’informatique et de l’automatisation, de la technologie médicale, sont clairement dépendants des progrès de la physique, de la chimie, de la biologie. Tertio, ce que j’appelle le « théorème d’existence » ou « principe ontologique » : tout concept désigne un objet qui existe de manière autonome ou qui n’existe que par sa dépendance d’un autre objet autonome. Ainsi, tout homme sain d’esprit est « obligé » d’admettre l’existence de son corps ou de sa chemise, ou du Soleil et de la Lune, mais il est en droit de s’interroger sur l’existence de la quadrature du cercle, de l’âme humaine, des fées, des dieux, des anges, du paradis, de l’enfer. On remarquera aisément que cette troisième proposition n’est rien d’autre qu’une reformulation de la loi du tiers exclu d’Aristote : « on a A ou non-A ».

J’ai traité du primat de la technique dans Le Signe de l’humain (L’Harmattan, Paris) et du complexe épistémique « science-technique » dans de nombreux livres et articles d’histoire de la science et d’histoire des techniques. On remarquera encore que la troisième « intuition première », qui peut s’exprimer simplement par l’alternative « Dieu existe ou n’existe pas », correspond au substrat mental qui conduit au fanatisme de la majorité des hommes, menant aux insultes, aux meurtres, au terrorisme et aux massacres de masse. Les historiens des religions, comme René Girard, ont établi la profonde relation qui existe entre croyance et violence.

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Penser, c'est s'exposer

24 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Philosophie

Penser, c'est s'exposer

Ceci est mon 810ème billet dans ce blog. J'ai créé ce blog en décembre 2010, et cela fait donc maintenant plusieurs années que je livre au public du monde entier - pourvu qu'il sache lire le français et qu'il accepte les servitudes de la lecture sur écran -, avec assiduité, mes pensées au jour le jour... Je livre ainsi ma pensée brute, parfois brutale, sans apprêts ni finition littéraire, à quelques centaines de lecteurs, réguliers ou occasionnels, approbateurs ou scandalisés par mes idées généralement politiquement incorrectes. Je remercie d'ailleurs les Français, les Canadiens, les Flamands, les Bruxellois, les Wallons, les Suisses, les Luxembourgeois, les Marocains, les Algériens, les Tunisiens, les Sénégalais, les Ivoiriens, les Gabonais, les Congolais, les Rwandais, les Burundais et tous les autres qui viennent visiter ce blog. Grâce à quelques tags (#Poésie, #Cuisine, #Science, etc.), ils peuvent facilement retrouver mes messages sur des thèmes précis, et connaître l'évolution au cours du temps de mon travail philosophique, exposé au grand jour.

Plus de 800 articles, cela fait l'équivalent d'une demi-douzaine de livres en librairie. Ma production "électronique" reste modeste par rapport à ma production "papier" (42 titres).

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

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Sur le peril demographique

19 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique, #Démographie

Il me semble percevoir, en consultant les médias, un début de prise de conscience du péril démographique chez certains dirigeants politiques, et même dans les couches les plus instruites de l’opinion publique. C’est qu’il est assez facile de comprendre que de très nombreux problèmes qui assaillent l’Humanité et menacent la Civilisation sont la conséquence directe ou indirecte de la formidable explosion démographique des dernières décennies. Les effrayantes suites des changements du climat, tornades dévastatrices, inondations meurtrières, feux qui détruisent des milliers d’hectares de forêts, canicules prolongées, dépendent à l’évidence de l’augmentation inouïe du nombre d’hommes. Les diverses pollutions de l’air, de l’eau, des sols sont également des conséquences bien visibles de l’expansion de la population mondiale. Le chômage, présent partout, et le marasme économique sont dus à une augmentation constante de la main-d’œuvre disponible. La raréfaction des ressources (espace, eau potable, pétrole, terres arables, minerais…) est également le fait du trop-plein d’hommes, de même que la diminution hélas spectaculaire de la biodiversité. Les migrations, parfois calamiteuses, résultent aussi de la natalité surpassant de plus en plus la mortalité, à l’échelle du globe terrestre. Et les conflits armés ne peuvent que s’amplifier quand il y a de plus en plus d’hommes et de moins en moins de ressources à partager. Comble de malheur, la natalité est la plus élevée, en général, dans les régions du monde les moins bien équipées en systèmes d’éducation et non seulement il y a de plus en plus d’hommes, mais en outre la proportion d’humains ayant accès à la pensée libre et autonome et à la haute culture ne cesse de diminuer !

On me demandera peut-être non de proposer un constat (facile), mais d’apporter des solutions. C’est extrêmement délicat, mais il me semble que face à tout problème il faut commencer par une analyse sérieuse, objective, débarrassée de tout présupposé. La première chose que devraient faire les dirigeants de l’ONU, c’est d’admettre que problème il y a !

On pourrait certes envisager, dans les pays les plus touchés par l’augmentation explosive de la population, d’organiser des campagnes de contraception et d’avortement. Mais je vois d’ici les récriminations des belles âmes pour qui « il n’y a de richesses que d’hommes ». On pourrait aussi cesser les aides alimentaires aux régions sous-développées, mais je prévois aussi des réactions scandalisées. Comment arriver à des « maternités responsables », à un « développement démographique durable » ? Je ne sais pas. Peut-être, après tout, faut-il laisser faire… La nature se chargera bien, tôt ou tard, d’imposer des limites à l’Humanité, quand la température atmosphérique sera devenue intenable, que la désertification se sera bien développée, et que la faim, la soif et les maladies mettront un terme définitif à l’aventure du Descendant du Singe, qui avait si bien commencé !

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Contre l'europeocentrisme

18 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Civilisation

Contre l'europeocentrisme

Les intellectuels de tous les pays doivent s’unir pour lutter contre l’européocentrisme, ce hideux révisionnisme historiographique qui privilégie et exagère les apports des Européens à la Civilisation de l’Humanité, en oubliant systématiquement les contributions décisives à la Civilisation des peuples d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et de l’Amérique précolombienne.

Les historiens des systèmes de pensée ont pu établir l’origine de nombreuses découvertes et inventions, et je me suis efforcé, dans mes travaux d’épistémologie, de tenir compte des avancées les plus récentes de la science historique. Il faut, disait un juif il y a deux mille ans, « rendre à César ce qui est à César », et ce judicieux principe reste la règle de tout travail historique se prétendant « scientifique ».

C’est ainsi que l’on peut considérer les faits suivants comme acquis.

Dès l’Antiquité, les Grecs Thalès, Pythagore, Euclide et quelques autres inventent l’arithmétique et la géométrie démonstratives, qu’il ne faut pas confondre avec les techniques rudimentaires du comptage et de l’arpentage, pratiquées dès la fin de la Préhistoire par les peuples les plus divers. Les mathématiques d’aujourd’hui, dans les universités du monde entier, utilisent encore les concepts helléniques de démonstration, de théorème, d’axiome…

Vers 250 de notre ère, le Grec Diophante invente l’algèbre. Vers 300, Zosime de Panopolis invente les manipulations « chimiques » qu’au Moyen Âge on appellera « alchimie ». C’est aussi pendant les premiers siècles de notre ère que sont inventés les chiffres décimaux (improprement appelés « chiffres arabes ») et le zéro. Il est établi que les mathématiciens et astronomes indiens étaient initiés aux mathématiques grecques.

En 1543, le Polonais de langue allemande Copernic propose l’héliocentrisme qui est la base de l’astronomie contemporaine. En 1610, l’Italien Galilée découvre l’existence d’étoiles invisibles à l’œil nu. En 1637, le Français Descartes invente la géométrie analytique. En 1687, l’Anglais Newton établit les équations de la gravitation universelle, qui sont encore utilisées aujourd’hui par les physiciens et les ingénieurs du monde entier, notamment pour calculer les trajectoires des fusées, des satellites artificiels et des sondes spatiales. En 1712, l’Anglais Newcomen invente la machine à vapeur, qui est le point de départ du développement de tous les moteurs thermiques. En 1735, le Suédois Linné invente la nomenclature binomiale des êtres vivants, utilisée universellement par les biologistes et les agronomes. En 1789, le Français Lavoisier met au point la chimie quantitative. En 1819, le Danois Oersted découvre l’électromagnétisme. En 1839, l’Allemand Schwann développe la théorie cellulaire des êtres vivants, base de la biologie et de la médecine contemporaines. En 1869, le Belge Gramme invente la dynamo, qui va permettre le développement de l’électrotechnique. En 1877, le Français Pasteur découvre le rôle pathogène des microbes. En 1895, les deux frères français Lumière inventent le cinématographe. En 1905, le juif allemand immigré en Suisse Einstein invente la théorie de la relativité, explique l’effet photoélectrique et découvre l’inertie de l’énergie. En 1912, l’Anglais Rutherford (d’origine néo-zélandaise) découvre le noyau des atomes. En 1927, le Belge Lemaître découvre l’expansion de l’Univers, base de la cosmologie contemporaine. En 1932, l’Anglais Chadwick découvre le neutron. En 1934, l’Italien Fermi réalise la fission de l’atome d’uranium, qui va permettre la maîtrise de l’énergie nucléaire. En 1946, le Français Réard invente le bikini.

Tout cela pose de nombreuses questions. Notamment celle-ci : que serait la Civilisation sans mathématique, sans astronomie, sans physique, sans chimie, sans biologie ?

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Louis Savary, les singes et les signes

16 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie, #Wallonie

J’aime beaucoup l’œuvre du poète wallon Louis Savary, né à Wasmes en 1938, auteur d’une bonne quarantaine d’ouvrages (publiés de 1960 à 2016), qui sont pour la plupart des recueils d’aphorismes astucieux, souvent délicieusement narquois. Sa dernière livraison de pensées lapidaires vient de paraître il y a quelques jours, portant un titre malicieux : Maintenant que je suis un vieux singe (aux éditions Les Presses Littéraires, Saint-Estève, 100 pages). Titre malicieux et judicieux ! Ne sommes-nous pas tous destinés à devenir de vieux singes ? Je veux dire qu’avec l’âge l’homme finit par perdre ses illusions, finit par se rendre compte qu’il n’est, en effet, qu’un singe devenu bavard grâce au langage, inventeur d’espérance et rêveur d’infini, qui achève sa vie dans les souffrances et la tristesse de ne pas comprendre pourquoi il a vécu. Reste le doute : « De toutes mes certitudes c’est le doute qui l’emporte ». Avec un net penchant pour le matérialisme : « Je n’irai pas au ciel le paradis a fait faillite ». Ou encore : « Tous mes chemins de croix se rejoignent à l’infini du néant ». Et surtout cette négation de l’illusion suprême : « J’ai tué Dieu / Dieu m’a tué / nous sommes quittes ».

Avec cette centaine d’aphorismes – autant de signes jetés au vent, venus de plus de cinquante années de méditations sur l’existence –, Savary nous rappelle le drame humain, qui est de suivre un chemin qui va de l’homme à l’animal, remontant en somme dans la vie individuelle le parcours de l’espèce qui est allé (pendant des millions d’années) du singe à l’homme. Dans la force insolente de sa jeunesse, l’homme (le singe parlant) construit de lui-même tout un échafaudage de valeurs, qu’il magnifie encore dans sa maturité en créant des chefs-d’œuvre, se croyant un dieu, ou du moins la créature d’un dieu, et puis, avec le vieillissement de ses ardeurs, il finit par comprendre que tout cet humanisme qui prétend distinguer l’humain de la bête n’est que fantasmagorie, chimère, duperie et vaniteuse rêverie. Le signe que nous envoie Savary ? Que ce fameux « sens de la vie » cherché depuis des siècles par les philosophes, et par les poètes, se trouve dans les enseignements désespérants de ces disciplines scientifiques que sont la préhistoire, la paléoanthropologie, la primatologie… Le poète nous prévient : « Je ne suis plus sûr de rien excepté du pire ».

L’espèce humaine a produit la logique d’Aristote, le calcul intégral de Leibniz, les symphonies de Beethoven, la théorie de l’évolution de Darwin, les avions de Boeing (et les aphorismes de Savary), les pelleteuses de Caterpillar, tant de splendeurs. Inutiles ?

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