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Jean C. Baudet

Articles récents

Philosophie et politique

30 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

L’observation de l’actualité politique est inquiétante : Brexit, Hollande, Trump, Mélenchon, Erdogan, etc. Et les sociologues, politologues, historiens, anthropologues, journalistes et blogueurs d’y aller de leurs petits commentaires. Cela relève de la préoccupation, c’est-à-dire du divertissement. Les commentateurs se préoccupent de l’avenir de la Grande-Bretagne, de la France, des USA, et même du futur de l’Humanité, pour ne pas devoir se soucier de leur propre avenir, qui est une agonie inexorable. Penser au sort de tous les hommes pour ne pas avoir à méditer sur son propre destin. Mais les philosophes ? Doivent-ils se laisser prendre aux charmes illusoires d’une telle distraction ?

La philosophie n’est pas physique (l’être du monde) mais métaphysique (le devenir du monde). Elle n’est pas littérature (embellissement de l’existence) mais pensée (recherche de l’Être). Elle ne s’arrête pas à l’examen des apparences phénoménales (si ce n’est comme porte d’entrée vers la connaissance du Réel), mais elle scrute (limitée dans ses capacités cognitives par les possibilités de l’esprit humain) l’Absolu. Pas l’Absolu absolument, mais l’Absolu relatif à l’homme, c’est-à-dire à la destinée du « moi » de chacun, empiriquement invérifiable du fait de l’irréversibilité pratique du temps. La philosophie se hisse ainsi au-dessus des bavardages, et y retombe sans cesse parce qu’elle ne peut penser qu’avec des mots, outils imparfaits de l’intellection qui portent en eux la double tentation distrayante du poétique (l’enchantement des phrases : assonances, allitérations, anaphores…) et du rhétorique (l’émotion de la communication avec un public). La double tentation aussi du comique (les ridicules ne manquent pas dans l’histoire des hommes) et du tragique (la vie est un malheur programmé), qui sont les deux ressorts du littéraire.

Après 26 siècles d’efforts d’un très petit nombre de penseurs qui ont porté leur attention au-delà des préoccupations ordinaires, la philosophie est sublime dans son projet et très humble dans ses réalisations. Car la philosophie cultive le doute, elle est recherche et non savoir, elle est inquiétude et non dogmatisme fanatique conduisant au terrorisme, elle est perpétuelle interrogation face aux analyses des sociologues, des politologues et des historiens, elle est interrogation perpétuelle face aux certitudes illusoires des religions.

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Les 3 sortes d'hommes

27 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Anthropologie, #Politique

La logique classificatoire, qui est une des bases de la pensée scientifique, est impitoyable et irrécusable. Ainsi nous indique-t-elle qu’il existe trois sortes d’hommes, et cette trichotomie est incontournable, malgré tous les discours égalitaristes des idéologies politiquement correctes, et malgré les aspirations les plus soutenues du « coeur » et de l’humanisme sentimental. Il y a, dans toute société, trois classes d’individus, les utiles, les inutiles et les nuisibles !

Cette taxonomie est basée sur les trois activités de l’humain : consommer, produire et détruire. Les consommateurs-producteurs forment la classe des personnes utiles (du point de vue de la société dont elles assurent l’existence face à la nature) : artistes, chercheurs scientifiques, artisans, commerçants, banquiers, industriels, ingénieurs, ouvriers, médecins… C’est que les hommes ont des besoins, qui ne peuvent être satisfaits que par la production : eau potable, aliments, habitat, chauffage, etc. Les consommateurs nets (c’est-à-dire ceux qui consomment sans rien produire) forment la classe des inutiles : vieillards, malades, handicapés, chômeurs… Enfin, il existe dans toute société une troisième classe, nuisible, celle des consommateurs-destructeurs, qui consomment et qui, au lieu de participer à l’effort productif de la collectivité, détruisent. Ce sont les assassins, les voleurs et les vandales, les escrocs et les menteurs, les falsificateurs et les faussaires, les terroristes, les incendiaires, les casseurs des manifestations, les violeurs…

Considérant que, dans une société donnée, tous les individus sont forcément consommateurs, on peut légitimement se demander quelle est la pertinence de l’idée de « société de consommation ». En tout cas, il est clairement impossible de faire vivre une « société de non-consommation » !

Enfin, il faut noter que si les enfants sont des consommateurs nets (à moins qu’ils ne travaillent), on ne les considérera pas comme inutiles, dès lors qu’ils sont appelés à devenir adultes et à participer à l’effort collectif de production.

Nous pouvons nous risquer à formuler un projet de société : des personnes utiles en grand nombre, des personnes inutiles en petit nombre, et le moins possible de personnes nuisibles.

Mais cela pose au philosophe une question qui comporte des abîmes de difficultés : pourquoi (pour quelle raison ?) et pour quoi (dans quel but ?) formuler un projet de société ? Cela est-il utile ?

 

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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La philosophie progresse-t-elle ?

23 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Gnoséologie, #Ontologie

La question gnoséologique est résolue. L’homme peut connaître grâce à ses facultés mentales (sensibilité et intelligence), selon les axes complémentaires de l’observation et du raisonnement. Les autres chemins de connaissance (foi des religieux, intuition de Bergson, voyance des médiums, visions des poètes…) ne sont pas validés. Cette position correspond à celles du Cercle de Vienne et de Karl Popper, étant entendu que l’observation naturelle peut être augmentée par l’instrumentation. Au cours de l’Histoire, celle-ci est en constant progrès, mais les performances cognitives sont par le fait même limitées. Ceci conduit au scepticisme.

La question ontologique, par contre, semble insoluble, puisque la recherche gnoséologique conduit au scepticisme. L’Être est inaccessible, seules peuvent être dévoilées certaines déterminations de l’Être, par des raisonnements basés sur les observations du Monde, du Moi et de l’Histoire. C’est ainsi que le philosophe découvrira l’omniprésence de la souffrance dans la condition humaine et, plus radicalement, dans la condition animale (« l’homme est un être-pour-la-souffrance »), ce qui doit être croisé avec les découvertes des physiciens et des ingénieurs de limitations insurmontables dans l’univers matériel : conservation de la matière, dégradation de l’énergie et entropie, croissance inéluctable du désordre et interdiction de la réversibilité, destin des particules « condamnées » à la dégénérescence en bosons…

De cette universalité de la souffrance et de la dégradation, on pourra conclure que le Mal est une détermination radicale de l’Être, affirmée au-delà des mensonges de l’illusion.

La recherche de l’Être commence par le poème Sur la nature de Parménide d’Elée, vers 475 avant notre ère, il y a donc plus de deux mille ans. L’érudition des historiens et des philologues (les « archéologues de la pensée ») a pu établir de manière précise la filiation continue des idées allant de l’interrogation parménidienne aux méditations successives des philosophes qui aboutissent aux interrogations profondes de Heidegger, de Gadamer et de la pensée postmoderne. Cette filiation tresse une glorieuse guirlande où brillent d’un vif éclat les noms d’Aristote, Epicure, Boèce, Bruno, Bacon, Descartes, Spinoza, Leibniz, Wolff, La Mettrie, Kant, Fichte, Hegel, Schopenhauer, Feuerbach, Stirner, Nietzsche, Freud, Husserl, Wittgenstein, Carnap, Popper, Heidegger, Bachelard, Sartre, Onfray…

Conclusion (provisoire ?) : « L’Être est le Mal. L’homme est le malheureux ».

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La Civilisation et les douleurs

21 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Civilisation, #Philosophie

De nombreux hommes se soucient du sort de l’Humanité et de l’avenir de la Civilisation. C’est qu’il y a de quoi s’inquiéter : chômage, famines, réchauffement de l’atmosphère, misère, obscurantisme religieux, terrorisme islamiste, disparition annoncée des baleines et des éléphants, immigrations massives, drogues, développement de l’autoritarisme (Corée du Nord, Russie, Turquie…), etc. Mais que peut-on faire ? Voter pour Clinton plutôt que pour Trump ? Soutenir Juppé plutôt que Fillon ? On voit bien que l’individu ne peut guère influencer les tendances lourdes de l’Histoire, et pourtant de nombreux hommes se soucient du sort de l’Humanité. C’est pour éviter d’avoir à penser à leur propre destin. Car il est « écrit », et rien ne peut le changer : vieillissement, douleurs, agonie, mort ! C’est pour échapper à la pensée sur soi et sur son inéluctable déchéance que l’homme se préoccupe de l’Humanité. Il se réfugie dans « l’oubli de l’Être » (Heidegger), qui est en fait l’oubli de son être et de son devenir, pour ne pas penser. Car « penser », ce n’est pas spéculer sur les énergies « renouvelables », sur le développement « durable », sur le commerce « équitable », sur le « vivre-ensemble » et sur la bonne « gouvernance », penser c’est avoir pleinement conscience de sa finitude et des souffrances qui attendent chacun. Pascal, déjà, avait compris que ce qu’il appelait le divertissement n’est qu’un subterfuge du vivant pour oublier la mort et pour entretenir une plaisante insouciance. Et malgré leur splendeur parfois sublime, l’Art, la Musique, la Littérature et la Poésie ne sont que d’astucieuses machinations du vivant pour éviter de penser à la mort. Même les histoires les plus tristes imaginées par les dramaturges, même les romans les plus noirs ou les chants les plus désespérés ont pour but de nous distraire de la « vraie vie », de ce que Heidegger, encore lui, appelait « Être et Temps ».

Ainsi, la philosophie vraiment « profonde » n’est pas l’érudition des professeurs qui décortiquent pendant toute une vie studieuse les dialogues de Platon, ou qui tentent de déterminer si le spinozisme était un matérialisme ou un panthéisme. Ainsi, la philosophie vraiment « authentique » ne consiste ni à forger des concepts, ni à rassurer le bon peuple avec de belles phrases sur l’honneur de l’humanité, sur la liberté et l’égalité, et sur l’amour, comme dans les chansons. La philosophie vraie n’est ni l’étalage d’un savoir rare, ni une consolation. C’est la recherche du réel. Peut-être y a-t-il « quelque chose » après la mort mais, en attendant, il y a au moins la certitude, pour chacun dans sa solitude « existentielle », de douleurs à venir, chagrins inconsolables ou souffrances physiques insupportables. C’est moins amusant qu’une chanson de Charles Trenet ou qu’un monologue de Raymond Devos. Mais, si ça vous fait du bien, vous pouvez chanter Y a de la joie ! en imaginant le « changement de système » (sic) qui apportera le bonheur à 8 milliards de mammifères doués d’une conscience et empoisonnant les sols, les eaux et l’atmosphère de leurs déjections.

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Il faut moderniser l'islam

17 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Religion

On entend dire qu’il faut moderniser l’islam. Des intellectuels de toutes sortes, notamment en France, dissertent et débattent sur la nécessité d’adapter l’islam à la modernité, allant même jusqu’à préconiser un « islam de France ». Il faut, disent-ils, que les théologiens musulmans relisent le Coran et l’interprètent à la lumière du modernisme.

Le fait est que le christianisme, par le contact avec la philosophie (notamment la pensée du Grec Aristote, largement connu par les chrétiens d’Europe occidentale grâce à la transmission des textes par les Arabo-musulmans !) puis avec la science (Copernic, Galilée, Darwin…), s’est transformé à partir de la fin du Moyen Âge, pour tenir compte des avancées de la pensée, mais avec quelles résistances ! Il suffit de mesurer le temps qu’il a fallu pour que l’Eglise admette l’héliocentrisme copernicien.

Mais que signifie « moderniser une religion » ? En quoi une religion diffère-t-elle dans les Temps modernes de ce qu’elle fut au Moyen Âge ? Comment tiendra-t-elle compte de la pensée de Spinoza, de Diderot et de Voltaire, de Feuerbach, de Nietzsche et de Freud, de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir, d’André Comte-Sponville (L'esprit de l'athéisme. Introduction à une spiritualité sans Dieu, 2006) et de Michel Onfray (Traité d'athéologie. Physique de la métaphysique, 2005), d’Eric Zemmour et de Caroline Fourest et de Christine Tasin ?

Et d’abord, qu’est-ce que la modernité ? Ce n’est pas nécessairement l’athéisme et le refus de toute religion, mais c’est la prise en compte, sérieusement, du fait qu’il se pourrait bien que les dieux et les « réalités spirituelles » n’existent pas, qu’elles ne sont que des illusions élaborées par l’esprit humain sous l’effet de la peur de la mort. La modernité, c’est le doute systématique et le scepticisme, c’est non pas la contemplation d’une Vérité donnée (révélée) mais la recherche d’une vérité qui s’éloigne toujours à mesure qu’on s’en approche, c’est tout le contraire d’un dogme fanatiquement accepté et imposé par des « savants ».

Alors, au temps d’Al-Qaïda et de Daech, peut-on raisonnablement penser que des musulmans soient prêts, non pas à renoncer à leur foi, mais à admettre qu’une foi religieuse n’est qu’une hypothèse invérifiable ? Que des musulmans soient prêts à admettre que, peut-être, Allah n’existe pas, et que, peut-être, Mahomet fut un illuminé comme Bouddha, comme Jésus, comme Ron Hubbard ? Peut-on raisonnablement penser que des imams soient prêts à se réunir en concile pour renouveler leur lecture d’un texte rédigé au VIIème siècle ?

J’aimerais bien voir fleurir un christianisme de France, un judaïsme de France, un bouddhisme de France, un hindouisme de France, un confucianisme de France, un athéisme de France et un islam de France. Pour apaiser les besoins de spiritualité et d’espérance du peuple de France. Nous verrons…

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La pensee de Jean Baudet

15 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

L’observation, l’introspection phénoménologique, le raisonnement et l’étude critique de l’histoire de la pensée (mythes, religions, philosophie, science, technologie) m’ont conduit, quant à la question gnoséologique, à une synthèse de l’empirisme de Locke, du scepticisme de Kant, du rationalisme appliqué de Bachelard et de l’épistémologie de Popper (avec, en plus, une insistance toute particulière sur le rôle de la technique dans le processus cognitif). Cette position quant aux possibilités de connaissance me conduit ensuite, en ontologie, au matérialisme (tempéré par un coefficient de scepticisme), ce qui m’interdit les illusions des religions, spiritualismes et autres réconforts, et m’amène à dénoncer tout humanisme comme une résurgence des idées mythologiques sacralisant l’humanité (voir « La religion est la première conscience de soi de l’homme », in L. Feuerbach : L’Essence du christianisme, 1841).

Avec l’empirisme rationaliste en gnoséologie, le matérialisme en ontologie et l’anti-humanisme en éthique, et avec le scepticisme en « arrière-garde », je ne peux qu’arriver au désespoir et au pessimisme le plus noir : la matière produit la vie, et la vie est douleur. La « conscience de soi » dans la lumière de la philosophie la plus exigeante conduit à une définition de l’homme plus angoissante encore que celle des existentialistes Heidegger et Sartre : l’homme n’est pas seulement un « être-pour-la-mort », c’est un « être-pour-la-souffrance ». La mort ne n’effraye nullement ; les souffrances m’épouvantent.

Je ne peux pas résumer plus brièvement (voir mes livres et mes articles) mon cheminement philosophique (un « chemin qui ne mène nulle part », disait Heidegger), évitant les travestissements littéraires, les parades dérisoires de l’humour ou les consolations « bon chic, bon genre » de la pression sociale et de l’amitié ou de la politesse.

Mais je n’oublie pas la politesse, fondement de la politique et du vivre-ensemble. Je remercie mes lecteurs, sympathisants ou adversaires, de leur attention, et pour certains d’entre eux de leurs paroles d’espoir, malgré tout. Malgré mon angoisse, mes peines et mes douleurs, cela me touche. Et puis, on ne sait jamais…

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Sur la mort de Jean Baudet

12 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Civilisation

Je suis prêt à mourir. Je ne suis pas vraiment pressé, mais le plus tôt sera le mieux. Car j’en ai marre de ce monde qui me dégoûte et me fait vomir, ce monde de bêtise, d’aveuglement sentimental, de pensée encadrée par les fanatismes les plus abjects ou par les bons sentiments bêlants ouvrant la porte à toutes les illusions. J’en ai marre des souffrances, des douleurs, et singulièrement des humiliations insupportables du vieillissement et des dégénérescences. Certes, j’admire encore les splendeurs trop rares de la Civilisation, dues à quelques hommes peu nombreux dans une population de milliards d’individus : la Science (le Polonais Copernic, l’Anglais Newton, le Suédois Linné, le Français Lavoisier, le Russe Mendéléev, l’Ecossais Maxwell, le Néerlandais van der Waals, l’Allemand Einstein, le Danois Bohr, l’Américain Hubble, l’Autrichien Schrödinger, le Wallon Lemaître, le Néo-Zélandais Rutherford, l’Américain Lawrence, le Japonais Yukawa, l’Italien Fermi, l’Américain Pauling, l’Américain Watson, l’Américain Feynman, l’Américain Gell-Mann, l’Américain Nirenberg…), la Technologie (Siemens, Peugeot, Bell, Edison, Ford, Boeing, von Braun, Gates…), la Musique (Mozart, Beethoven, Rachmaninov, Louis Armstrong, Miles Davis, Thelonious Monk, Messiaen, Jolivet…), la Littérature (Hergé et Simenon)… Certes aussi, je me réjouis encore parfois de ces autres merveilles civilisationnelles que sont la blanquette de veau, le gratin dauphinois, la choucroute, les saucisses de Francfort, le cassoulet, les saucisses de Toulouse, le foie gras, le chili con carne, le hamburger (avec du ketchup), le coq au vin, le filet américain (avec des pommes frites et beaucoup de mayonnaise), la sole meunière, le baba au rhum, la tarte Tatin, les spaghettis à la bolognaise, la truite aux amandes, le saumon fumé, la moussaka, le bœuf Stroganov (tout cela arrosé de champagne, de bordeaux, de corbières, de minervois, de rosé d’Anjou, de beaujolais, de bourgogne, et même de chianti et de valpolicella).

Mais toutes ces bonnes et belles choses n’occultent pas les misères du vieillissement individuel, ni les horreurs du déclin de la Civilisation, de plus en plus menacée de l’intérieur par la déchéance de la pensée critique et de l’extérieur par les fanatismes combattant venus des lointains déserts de sable.

Et ne venez pas, chers frères humains qui après moi vivrez, me consoler avec vos « pensées positives », votre « intelligence du cœur », votre « force de l’amour », votre « tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir », et autres « après la pluie le beau temps »… J’ai trop mal au ventre, ma vue se brouille, mes bras tremblent… Je vais réécouter un disque de Louis Armstrong. Cela s’appelle « What a beautiful world ». En attendant l’agonie.    

 

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La philosophie et l'histoire

4 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Métaphysique

La philosophie trouve ses sources, mais aussi ses limites, dans le Monde et dans l’Histoire. C’est en effet avec le questionnement des réalités mondaines par Thalès et les physiciens de Milet que commence l’enquête philosophique se débarrassant des traditions magico-religieuses de la pensée archaïque, et c’est avec l’étude de l’historiographie par Hegel et les hégéliens (dont Feuerbach, Engels et Marx) que débute la philosophie vraiment moderne. On peut voir dans le titre énigmatique de l’ouvrage fameux de Heidegger, Sein und Zeit, une indication des deux sources de la philosophie.

Mais l’immense complexité du Monde et de l’Histoire conduit le travailleur intellectuel à s’arrêter au seuil du philosophique, restant comme enlisé dans l’étude du physique (les sciences « expérimentales ») ou dans celle de l’historique (les sciences « humaines »). L’observation des choses (astronomie, sociologie, politique…), fascinantes et inépuisables, détourne ainsi de leur compréhension, et les astronomes, les biologistes, les sociologues, les observateurs politiques et tous les spécialistes d’un domaine plus ou moins étendu de l’Être, produisent d’innombrables textes qui ne sont que des prolégomènes à toute recherche se voulant philosophique, c’est-à-dire compréhensive et « absolue ». Il s’agit donc de construire, au-delà de la physique, une « méta-physique », et au-delà de l’historique, une « méta-historique » !

Mais comment atteindre ce « méta », et d’ailleurs existe-il ?

Le seul chemin possible pour atteindre ce méta – qui serait le cœur de l’Être – est le retour sur le « moi », c’est-à-dire le retour au concret, au vécu même du philosophe, à ses plaisirs et à ses souffrances, et (retombant dans les pièges de l’érudition !), l’on évoque ici les figures grandioses et pathétiques de Protagoras, de Socrate, de Descartes, de Fichte, de Kierkegaard, de Stirner, de Nietzsche, de Husserl…

Plutôt que de rester au stade propédeutique de la contemplation des galaxies ou de la formation et de la chute des empires – contemplation qui se fera, c’est selon, sur le mode scientifique, ou de manière littéraire ou journalistique –, le philosophe examinera l’Être par le seul truchement dont il dispose, qui est l’être de son moi, et il découvrira que la source profonde et mystérieuse de ses interrogations n’est rien d’autre que la douleur : « je souffre, donc j’existe ». L’important n’est pas dans le réchauffement de l’atmosphère, dans la disparition des espèces vivantes, dans le choix entre Donald et Hillary, dans les mouvements migratoires, dans la dictature du prolétariat, dans le face-à-face de la Wallonie communiste et du Canada libéral, mais dans les souffrances du moi, c’est-à-dire de chacune des sept milliards et quelques personnes formant l’Humanité et qui souffrent ou souffriront. Tout le reste n’est que science ou littérature, c’est-à-dire divertissement et espérance.

 

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Encore un jour (poeme immoraliste)

1 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Poème

Encore un jour à vivre, et même tout un mois de novembre, encore un jour à exister, sous le ciel gris de Bruxelles, à un kilomètre de Molenbeek, en attendant l'hiver et les neiges, encore un jour à subir cette existence entretenue par des pulsions de vouloir-être, attristé par des regrets et des remords (vécus autrement par Martine Rouhart), entouré de sottises et de slogans d'espérance, cerné de l'incompréhension de mes lecteurs, soutenu malgré moi par la "société de consommation" pourtant si décriée, écoeuré par la "société d'illusion" qui vocifère fanatiquement pour célébrer l'absolu et l'infini...

Encore un jour à réchauffer mon corps près des radiateurs, à consommer trois repas, à boire une eau purifiée par la science et l'industrie, à m'informer des affaires du monde par la télévision grâce à la technologie, à m'inquiéter pour ma femme malade, pour l'avenir de mes enfants, pour l'inexorable augmentation de mes douleurs, pour ma déchéance et pour les humiliations corporelles...

Encore un jour à assister aux péripéties de la comédie des "grands hommes" (Mélenchon, Trump, Macron, Hollande, Magnette...) et des tragédies des croyances, des activismes, des processions hurlantes...

Encore un jour à boire du bourgogne (ou du beaujolais), à lire du Husserl (ou du Gabriel Marcel), à manger des charcuteries, à relire des poèmes de Louis Mathoux ou de Philippe Leuckx ou de Liza Leyla, à écouter du Beethoven (ou du Stravinski ou du Messiaen ou du Poulenc), à passer la soirée avec le lieutenant Columbo, ou le commissaire Lescaut, ou le détective belge Hercule Poirot, à écrire dans mon blog qu'il est inutile d'écrire comme il est inutile de mener à la rivière un âne qui n'a pas soif...

Encore un jour inutile...

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Ethique et doute

29 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Ethique, #Editologie

L’éditologie est une philosophie inachevée. Mais il en va ainsi, à vrai dire, de toutes les entreprises humaines tragiquement marquées du sceau noir de la finitude et de la rupture. Même Husserl, malgré une œuvre immense, n’a pas su aboutir à une définition claire, distincte et achevée de la Conscience. Même Heidegger, malgré une production textuelle considérable, n’a pas su achever son élucidation des mystères de l’Être.

Toute recherche philosophique a un programme bien défini déjà par Aristote. Elle doit élaborer une épistémologie (la Connaissance), une ontologie (l’Être), une axiologie (les Valeurs), une éthique (l’Action), une politique (le Vivre ensemble), l’ontologie étant classiquement divisée en une cosmologie (le Monde), une anthropologie (l’Homme), une théologie (l’Absolu), une eschatologie (les Fins dernières).

Tout au long d’une vie pourtant longue, je n’ai trouvé ni le temps, ni la force, ni les circonstances favorables, pour achever et publier le « Traité d’éditologie » qui aurait été un exposé systématique des résultats de mon travail. Mais j’ai, bien entendu, dans mes publications (y compris dans ce blog), laissé percevoir mes observations, mes raisonnements, mes idées, et l’on trouvera un exposé documenté de mon épistémologie dans deux ouvrages parus aux éditions L’Harmattan, à Paris (Mathématique et vérité, Une philosophie de la poésie), un exposé de mon ontologie dans trois ouvrages parus chez Vuibert, à Paris (Penser la matière, Penser le monde, Histoire de la physique), une esquisse de mon anthropologie dans Le signe de l’humain (L’Harmattan), et les principaux linéaments de ma théologie dans Curieuses histoires de la pensée (Jourdan, Bruxelles).

J’ai très peu publié sur les questions morales (éthique et politique). Au risque de caricaturer ma propre pensée, je dirais que mon travail m’a conduit à n’admettre l’existence autonome (distincte des productions de « l’esprit humain ») ni des dieux, ni des valeurs. On ne peut donc édicter des règles éthiques et politiques sur aucun sacré, sur nulle transcendance, sur aucun impératif catégorique (cette négation repose sur le doute auquel aboutit l’épistémologie déduite des acquis de l’éditologie). On ne peut donc proposer des règles de vie (car il faut bien vivre !) qu’à partir du doute, ce qui exclut tout dogmatisme menant toujours, comme le montre l’Histoire, aux pires fanatismes. L’éthique du doute conduit à la recherche permanente, à l’ouverture d’esprit, à la tolérance, au respect (pas à la sacralisation) de l’autre. Pour l’éditologie, il n’est point besoin d’aller chercher les tables de la loi au sommet d’une montagne, il faut construire ses propres lois sans illusions.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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