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Jean C. Baudet

Articles récents

Actualité de Zosime de Byzance

10 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Dans son "HIstoire nouvelle", datant des environs de 500 de notre ère, l'historien byzantin Zosime explique très bien la chute de l'Empire Romain par la conjonction d'une cause politique et d'une crise morale. D'une part, Constantin a ruiné les finances publiques en dépensant au-delà des ressources de l'impôt pour assouvir son goût du faste (notamment le transfert à Byzance du siège impérial) et a compromis la sécurité des Romains en diminuant la présence militaire aux frontières exposées aux barbares (double faute politique). D'autre part, le même Constantin a protégé une secte monothéiste intolérante, fanatique et envahissante au détriment de la sagesse philosophique de Socrate et d'Aristote, accélérant une dégradation intellectuelle qui était déjà inscrite dans la longue durée (elle commence avant même l'Empire Romain, dans le monde hellénistique).

En 529, l'empereur Justinien promulgue un édit interdisant l'enseignement aux philosophes continuateurs de l'hellénisme.

 

Aujourd'hui, il me semble que quelques Etats dépensent plus que ce que rapporte l'impôt, diminuent l'effort sécuritaire au profit de productions culturelles décervelées, organisent des "changements de mentalité" en soutenant et même en propageant des idéologies fumeuses, et sont inattentifs aux progrès des obscurantismes.

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Penser l'humanisme aujourd'hui (et demain)

9 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

L’humanité, au début de l’année 2010, comptait 6,84 milliards d’hommes et de femmes. En 1980, cette valeur était de 4,44. Une simple extrapolation montre qu’en 2040 – c’est-à-dire dans moins de trente ans – il y aura 9,6 milliards d’humains qui devront se partager les ressources qui resteront…

D’où les beaux discours sur le « vivre-ensemble », la solidarité, la mondialisation des valeurs culturelles, le propre de l’homme, la « culture monde » (Gilles Lipovetsky), le partage. Le « supplément d’âmes » sera de trois milliards, avec un estomac et une cervelle pour chaque personne…

Pour ceux qui n'aiment pas les chiffres et préfèrent les images : nous étions 4 dans un ascenseur il y a trente ans, nous sommes 7 aujourd'hui, nous serons 10 dans le même ascenseur dans trente ans. 

 

 

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Le poète décalé (poème)

8 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

J'ai trouvé ce poème oublié dans une vieille armoire, comme un cadavre de pensée dans un placard. Reste à en faire l'autopsie, sachant qu'il date de juin 2004.

 

Le poète décalé

 

Je suis un poète tout à fait décalé

pensez-vous ! je préfère le coca-cola à la menthe et au thé

et j’aime mieux l’opéra italien que les musiques hurlantes

je ne suis même pas un peu tapette

et je préfère l’auto à la motocyclette

j’aime beaucoup mieux la guerre pour le pétrole

que la guerre pour la démocratie – qui me coupe la parole

car je n’ai pas accès à la scène médiatique

pensez-vous ! je connais trop bien la musique

des anges annonciateurs de lendemains heureux

prenant dans votre poche de quoi être généreux

je n’aime ni le grand Elio ni la grande Joëlle

je n’aime pas ces prêtres de la Pensée Unique

et je déteste même cette monotonie

je n’aime pas ces slogans de paix universelle

qui désarment les peuples contre les fanatiques

contre les fourbes de la sournoise envie

je préfère un ordre injuste et calme

qu’un désordre qui parle de justice et de bonheur

dans le bruit des massacres et des bombes des civilisateurs

je vois l’humain dans l’histoire et non dans les discours

je connais Waterloo, je connais Oradour,

je préfère le nucléaire qui me chauffe et m’éclaire

que le culte du Soleil et du Vent

car les cultes profitent aux organisateurs

 

Je suis un poète bâillonné par la Non-Pensée gagnante

mais je garde mon bâillon.

 

Je préfère le beaujolais au jus de la ciguë

et j’aime mon silence, plus qu’une crucifixion.

 

Juin 2004.

 

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Dans le vent tiède (poème)

3 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

En tirant les tiroirs d'une armoire oubliée, je retrouve un de mes poèmes, daté de novembre 2009. Il évoque pour moi mes prospections botaniques en Afrique, dans le Nord-Kivu (1973-1975), mais il peut aussi bien illustrer une panne de ventilateur, une réflexion désabusée sur la pédagogie, ou même le son du cor, le soir, au fond des bois.

 

Dans le vent tiède

 

Le nuage a fendu mon attente

et mes désirs bleus s’épanouissent

dans le calme clair d’une étendue

homogène et douce

 

le rose et l’orange s’accomplissent

et je marche mieux dans ce vent tiède

devenir de mes pas

avenir de mes peines

surprise d’un grand ciel

et toujours le nuage

 

je marche dans le réconfort des lumières

et c’est la longue plaine

et quelques arbres

et le vent léger descendant des montagnes

et les couleurs chaudes des argiles

et mes désirs suspendus

aux intensités des absences.

 

C’était le temps des nuages

l’espace accompli des chemins

la poussière latéritique

et de grandes douceurs d’espérance.

 

Novembre 2009.

 

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La pensée selon Sylvain Tousseul

2 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Sylvain Tousseul (Université de Paris-VII) vient de publier un excellent livre : Les principes de la pensée (L'Harmattan, Paris, 270 pages). Vraiment l'adjectif n'est pas trop fort : Tousseul excelle à nous présenter une analyse rigoureuse, innovatrice et passionnante de cette question vieille comme le monde (ou presque) : qu'est-ce que penser ? Qu'appelle-t-on penser (comme disait Heidegger) ? Comment l'homme est-il capable de connaître et de comprendre ? Ce que l'on peut encore formuler autrement : quelle est la valeur de la science ? Je me suis aussi posé la question, et je constate que Tousseul arrive, par un tout autre cheminement que le mien, à des conclusions auxquelles je puis adhérer, avec même enthousiasme !

 

Ouvrage excellent, mais qui (rien n'est parfait) pâtit par endroits soit de la difficulté du sujet, soit des envolées de l'auteur qui souvent se répète (ce qui embrouille le lecteur peu attentif) ou qui parfois se contredit. Ainsi trouve-t-on ci et là des formules ahurissantes, qui sont le contraire même des conclusions de l'auteur. A la page 43, par exemple, il explique qu'il va proposer "une nouvelle perspective épistémologique (qui) renverse l'idée traditionnelle d'une connaissance illimitée". Et il semble dire que cette connaissance illimitée est la science. Mais où a-t-il trouvé cette idée de connaissance sans limites, alors que l'on sait depuis Kant (et même depuis Pyrrhon d'Elis) que la science humaine est limitée, du fait de ce que les successeurs de Kant appelleront la finitude de l'être humain. Il n'y a que les pensées archaïques, les superstitions organisées comme le christianisme ou le mahométisme qui prétendent proposer une "connaissance illimitée", mais il ne s'agit justement pas de science !!!

 

Il y aurait quelques autres petits reproches à faire au livre de Tousseul - notamment d'avoir négligé la pensée de Bachelard, et surtout celle de Hegel - mais tout cela est véniel. L'essentiel, c'est que l'auteur fournit un texte qui va loin, qui pourrait bien devenir une nouvelle et précieuse "Critique de la raison"... S'agissant de la connaissance, et singulièrement de la connaissance scientifique, Tousseul va d'emblée au noyau dur de cette connaissance, qui est la logique, alors que j'ai entrepris d'aborder cette question difficile "par la bande", en examinant l'histoire des systèmes de pensée. Mais nos chemins se rejoignent.

 

Tousseul entreprend donc d'analyser les bases de la logique, des "lois de la pensée", sur lesquelles en effet sont construits tous les discours sérieux, la science, mais aussi le droit (mais la question des fondements du droit n'est pas abordée). D'une manière rigoureuse et implacable, l'auteur montre que les quatre principes de la logique (les trois principes d'Aristote et le principe de raison suffisante de Leibniz) sont chacun basés sur une constatation empirique : l'impossibilité du continu (qui fonde le principe du tiers-exclu), de la simultanéité (principe de non-contradiction), de l'ubiquité (principe d'identité) et de l'éternité (principe de raison suffisante). C'est dans ces constatations que la logique aristotélico-leibnizienne (qui est encore la nôtre, Tousseul le montre bien en analysant aussi les logiques "formelles") trouve la source et la force incoercible des "lois de la pensée". L'originalité de la pensée de Tousseul est de montrer que ces impossibilités "s'expérimentent" dans le cadre de l'idée d'infini, et il donne ainsi une élégante explication des apories de l'infini, qui fascinent philosophes et mathématiciens depuis plus de deux mille ans.

 

Dans deux livres parus en 2005 chez L'Harmattan (Mathématique et vérité, Le signe de l'humain), j'ai montré d'une part que les "êtres mathématiques" sont des abstractions de l'Objet (de l'Être phénoménal), et comme la logique est le coeur des mathématiques, j'exprimais ainsi, de manière embryonnaire, l'idée magistralement développée par Tousseul. Et j'expliquais en outre que "si l'objet c'est l'être, c'est alors la technique qui dévoile l'être". Nous sommes donc bien dans le même camp épistémologique : la constatation empirique - c'est-à-dire la technique - fonde la logique, et la logique fonde la science. Celle-ci est en construction, toujours vérifiable mais jamais vérifiée (Tousseul ne manque pas de commenter Popper). La science, le savoir des hommes, n'a pas besoin d'un "monde des idées" pour être fondée. Elle n'est fondée que sur ces impossibilités constatées. Dans le monde spatio-temporel qu'il habite, l'homme rencontre des limites. Il peut en franchir quelques-unes, grâce à la technique. Mais, et il devra s'y résoudre, il ne pourra pas les franchir toutes.

 

 

 

 

 

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La fin des poèmes

2 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Le poète étudie son moi dans les phrases qu'il peut faire AVEC les mots de la tribu. Le philosophe observe son moi dans les phrases qu'il compose CONTRE les paroles de la tradition. Le poète, sym-pathique, adhère. Le philosophe, anti-pathique, résiste.

 

Ainsi la poésie est-elle devenue une démarche abolie, un badinage constellé aux étoiles mortes, une machine à mélancolie, un machin pour les saintes et les fées.

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My philosophy based on the history of science

1 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

 

Approaching the end of that tragic comedy which is my life, I have to pack my luggage, to fold my shirts, and to sort my very ideas. I have to summarize my work, although it is not at all achieved. I have initiated my reflection in 1968. I was, at that moment, a young professor in philosophy, and I had the banal opinion that we have to begin with the great “epistemological” question.

 

This was the reason why I devoted a large part of my professional life to the history of the science (Gaston Bachelard, George Sarton, and also Michel Foucault) and to the history of the religions (Mircea Eliade), i.e. the history of the “non-science”. During the year 1978, I made the discovery of the real meaning of technology (Bertrand Gille, Melvin Kranzberg), and I was building the concept of STI (Science-Technology-Industry).

 

The circumstances of my life were not always favorable to deep meditation and to publish, but I was able to write some texts, and my bibliography contains 20 books and some 800 articles.

 

I finish my existence by trying - after so many others - to determine if the existence possesses another value than that to have been.

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Wallonie : dynamisme et innovation

1 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Bien intéressant, le numéro de septembre de Dynamisme, le magazine de l'UWE (Union Wallonne des Entreprises) ! Il est essentiellement consacré à la Recherche, avec cette proposition en exergue : "les entreprises qui réussissent sont toujours celles qui misent sur l'innovation". C'est le titre d'un article de Jean Stéphenne, président de GSK Biologicals, une des grandes entreprises de Wallonie, dont les origines remontent à 1945, quand la société RIT (Recherche et Industrie Thérapeutiques) était fondée à Genval pour la production de pénicilline. Il y a aussi, dans ce Dynamisme du mois qui court, l'éditorial du président même de l'UWE, Jean-Pierre Delwart, qui nous rappelle opportunément la différence entre recherche et innovation. Utilité de la sémantique ! Et je me dis que la Wallonie est bien repartie (après bien des années sombres), avec des patrons si clairvoyants, comme au temps de John Cockerill (1790-1840) et d'Ernest Solvay (1838-1922). Et je me dis que face à un milliard de Chinois, un milliard d'Indiens et 0,006 milliard de Flamands, la Wallonie est sur le chemin (elle le fut déjà naguère) de l'innovation technique, donc du progrès économique, donc du bonheur social. Les politiciens vont maintenant enfin comprendre qu'il faut financer la recherche qui mène à l'innovation plutôt que celle qui compte les étoiles, qu'il faut former des ingénieurs plutôt que des étruscologues, qu'il faut plus d'écoles techniques et moins d'écoles des arts du cirque ou de sociologie. A vrai dire, je le disais déjà il y a trente ans, mais ne revenons pas sur le passé ! Le passé ? Au fait, l'innovation de Cockerill, en 1817, fut cette idée remarquable d'installer un haut fourneau tout près d'un charbonnage, et celle de Solvay, en 1861, fut cette excellente idée de produire en masse du carbonate de sodium dont les verreries avaient besoin. Des idées excellentes et remarquables, mais au fond des idées très simples, et Cockerill connaissait peu de physique, et Solvay savait peu de chimie. Mais aujourd'hui, les idées simples ont été trouvées depuis longtemps, et pour faire du nouveau, qu'il s'agisse de produire des vaccins ou des alliages de titane, il faut des connaissances d'une complexité formidable, dont l'acquisition demande des capacités intellectuelles de plus en plus rares, et des équipements de recherche de plus en plus sophistiqués, donc de plus en plus coûteux ! Il faut comprendre bien autre chose que Na2CO3 (que pourtant des milliers de Wallons "cultivés" et "diplômés" ne comprennent pas) pour pouvoir innover en 2011.

 

La Wallonie, qui compte trois millions de cervelles, aura-t-elle assez de têtes bien faites ? Peut-être. On sait déjà qu'elle a beaucoup de têtes bien pleines. Pleines de slogans. 

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Vieillissement et démographie

31 Août 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Démographie

Quand je suis né, le 31 mai 1944, vers onze heures du matin, à la rue Haute, à Bruxelles, alors que les Anglais et les Américains s'apprêtaient à délivrer l'Humanité du nazisme allemand et de l'impérialisme japonais, cette Humanité comptait 2 milliards d'hommes, et je représentais donc cinq dix-milliardièmes de l'humanité vivante. Aujourd'hui, du fait de l'explosion démographique, je ne suis plus qu'à peine un peu plus qu'un dix-milliardième du groupe grouillant, polluant et proliférant des humains. Ainsi, en vieillissant, et malgré tous mes efforts de scientifique (dans ma jeunesse), de poète (dans ma maturité) et de philosophe (dans ma sénescence), j'ai perdu les quatre cinquièmes de ma valeur. Et je ne parle pas de l'état de mes organes !

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Une apologie de l'esclavage

30 Août 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Esclavage

Je ne sais trop pourquoi, ce matin, je me rappelais les idées d'Auguste Comte sur l'esclavage antique. L'inventeur de la sociologie (et de quelques autres choses, dont peut-être une certaine conception de l'histoire de la science) faisait remarquer qu'au fond, dans l'Antiquité, l'institution de l'esclavage était l'expression d'une grande mansuétude et d'un véritable esprit de miséricorde. Car, à l'issue d'un combat, le vainqueur, au lieu de tuer le vaincu pour le manger ou, plus cruellement encore, pour l'offrir en sacrifice aux dieux, lui laissait la vie, et l'entretenait même en échange d'un travail régulier. Travailler pour vivre. C'était le sort des vaincus. Il est toujours profitable de repenser ces grands mots comme "esclavage", "démocratie", "justice", et autres pareils, dans l'éclairage d'une grande intelligence et doté des enseignements de l'histoire. On a condamné peut-être trop vite la démocratie athénienne parce qu'elle était basée sur l'esclavage des vaincus, et sur la sujétion des femmes et des métèques. Mais c'était quand même la vie, avec des olives cueillies vertes, conservées dans de l'huile, avec des pois chiches bouillis. Et avec du vin au parfum de résine. Mais, que ces dames se rassurent, ce n'est pas parce que j'aime le vin résiné que je justifie la sujétion des femmes. Les Athéniens n'avaient pas raison sur tout ! Et puis, parce que l'évocation d'une purée de pois chiches me met de fort bonne humeur, poursuivons ce billet, avec un peu d'érudition. Posons-nous la question : Auguste Comte avait-il lu la Phénoménologie de l'Esprit de notre cher Hegel ? Si le maître est pour-soi et si l'esclave découvre l'en-soi, qu'en est-il du moi de Socrate ("connais-toi toi-même"), de Descartes ("JE pense donc JE suis") ou de la logique éternelle et son principe d'identité : JE est JE ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

 

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