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Jean C. Baudet

Articles récents

L'honneur de l'esprit humain

24 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Il est des écrivains qui fondent leur autorité intellectuelle sur leur ignorance, et qui tirent parti d'un ou deux minces recueils de poèmes, édités à compte d'auteur ou grâce à une subvention octroyée par un fonctionnaire distrait - ou plus ignorant encore que l'auteur subventionné -, pour se donner le droit de pontifier, souvent avec une générosité candide proprement désarmante (mais qui ne désarmera pas, je le crains, le terrorisme islamiste ou le terrorisme palestinien, pour lesquels ils ont d'ailleurs d'étranges complaisances), sur les choix politiques que devraient opérer les dirigeants des grandes nations. J'écris ceci, ne nous y trompons pas, à propos des écrivains de France - grande nation s'il en est -, je ne vais évidemment pas dire du mal des écrivains de la petite nation Wallonie-Bruxelles, qjui sont tous admirables, comme je l'ai expliqué dans mon livre "A quoi pensent les Belges", où j'ai démontré l'insondable profondeur de Charles Potvin et la finesse exquise de Paul Dresse.

Ignorant l'arithmétique la plus élémentaire ainsi que les données les plus basiques de la biologie, ils ne doutent pas de connaître cependant, par intuition littéraire, les modes les plus adéquats de gouvernement, et ils connaissent l'économie politique et l'administration des ressources minières (sans compter la technologie des énergies "renouvelables", où ils sont incontestablement experts) mieux encore que les ingénieurs et les gestionnaires d'entreprises. Ayant analysé avec une profondeur de pensée proprement abyssale les mécanismes des sentiments humains en nous racontant les amours de Lulu et de Toto ou le "chemin de vie" constitué par les péripéties du divorce de Madame Dupont née Durand, et cela dans un style qjui renouvelle, que dis-je, qui révolutionne les procédés discursifs et narratoires (qui s'étaient enlisés, comme on sait, dans les facilités fades d'après le "Nouveau Roman"), étant revenus avec bonheur aux valeurs sûres de l'enracinement sub-régional et du multiculturalisme sous-prolétarien, ils ont tou vu, tout lu, tout entendu et tout pensé. C'est probablement ce qu'ils appellent l'honneur de l'esprit humain.

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Le surendettement des Etats

23 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Pour commenter le surendettement des Etats occidentaux (ex-industrialisés, ex-civilisés), de nombreux journalistes évoquent avec dégoût La-Loi-des-marchés, comme s'il s'agissait d'une bête immonde et nauséabonde se repaissant de la chair vive des bons gouvernants, une espèce de vampire assoiffé du sang des plus démunis, une monstrueuse entité qui voudrait la mort du petit peuple travaillant 35 heures par semaine jusqu'à 55 ans. Pourquoi, au lieu de tout ce pathos imbécile, ne nous rappellent-ils pas, sobrement et avec pédagogie, qu'un Etat endetté est un Etat qui a emprunté de l'argent, trop d'argent (à des Chinois, des Arabes ou des Suisses...), sans avoir évalué avec sérieux ses capacités de remboursement. Ce qui est la pire des mauvaises "gouvernances", moralement plus grave qu'un écart de langage (Sarkozy) ou qu'un exploit sexuel (Strauss-Kahn). Celui qui ne rembourse pas ses dettes est un voleur. Plus indigne de gouverner qu'un amateur de chansons douces ou de fellations profondes. La "loi des marchés", c'est la justice (rendre à César ce qui est à César) et l'arithmétique (100 euros à 10 % deviennent 110 euros en un an) combinées. C'est le plus fondamental des fondamentaux. De quoi revenir du Pays des Rêves (qui semble être à gauche) au Pays des Réalités.

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Joseph Bodson et les religions

22 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Joseph Bodson, président de l'AREW (Association royale des écrivains wallons), a présenté hier soir, lors de la réunion mensuelle de l'AEB (Association des écrivains belges), mon dernier livre "Curieuses histoires de la Pensée" qui est, comme le précise le sous-titre, une étude sur les origines des religions et de la philosophie. Présentation sobre, compétente (Joseph est formé à la philologie classique et a lu Platon, Aristote et les autres), enthousiaste même - pourquoi cacher que cela m'a fait plaisir ? L'écrivain ne vit pas seulement de droits d'auteur, il lui faut aussi de bonnes paroles.

 

A la même séance, Marie-Ange Bernard présentait les derniers recueils de poèmes de Philippe Leucks, le poète de Rome (c'est un peu réducteur, mais Philippe a beaucoup écrit sur la "ville éternelle" et ses charmes actuels). Il y avait aussi le dernier ouvrage d'Armel Job, sympathique romancier des Ardennes.

 

Et en rentrant chez moi, je me suis écouté sur les ondes radio de la RTBF Première. Je m'y entretenais avec Pascale Tison sur la science et spécialement sur mon livre "Curieuses histoires de la science". La suite de l'entretien sera diffusée mercredi prochain (émission "Par ouï-dire").

 

Je parle trop de moi dans mon blog ? Mais, je le répète souvent et je persiste : la philosophie est, d'abord et avant tout, l'étude du moi. Du moi qui court... vers la mort. 

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La Grèce et Israël

21 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

L'idée se répand qu'il ne faut pas expulser la Grèce de l'Union Européenne, parce que les valeurs européennes (démocratie, science, philosophie) trouvent leur source en Grèce. On peut même dire que la Grèce fut le berceau de la Civilisation mondiale, parce que la relativité de l'Américain Einstein ou la théorie des forces nucléaires du Japonais Yukawa ou la classification des éléments du Russe Mendéléev ont pour origine la physique des Grecs Thalès, Empédocle et Archimède. La logique d'Aristote s'impose autant aux Indiens Tupi qu'aux Afghans, la politique de Platon (le citoyen doit respecter les lois de sa cité) vaut autant pour les Nord-Coréens que pour les Iroquois, et c'est Hérodote qui a montré aux historiographes des cinq continents comment il faut écrire l'histoire...

 

Mais si la Grèce est bien une des sources de la spécificité européenne (qui s'est mondialisée pour devenir la Civilisation), cette spécificité doit autant, et peut-être même plus, à Israël. Les valeurs de l'Europe sont autant chrétiennes que grecques, et donc juives, et Paul de Tarse a influencé l'histoire européenne plus profondément que Platon et Aristote réunis. Le socialisme et le marxisme sont les derniers avatars du judéo-christianisme, et Marx était allemand. Il n'est pas exagéré de dire que la droite d'Europe est grecque (d'origine) et que sa gauche est juive.

 

Si l'on est logique (comme le Grec Aristote), on devrait donc tenir à placer tant Israël que la Grèce au coeur même de l'Europe, à la place d'honneur qui revient aux fondateurs. L'Europe a deux âmes, à l'Est de la mer Méditerranée. C'est l'histoire qui nous le rappelle.

 

Et on comprend pourquoi certains intellectuels (européens ?) veulent que l'on abandonne l'enseignement de l'histoire !!!

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France Bastia, joyeusement

18 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Je viens de terminer la lecture de Joyeusement du présent, de France Bastia (éditions Les Claines, Hamme-Mille, 159 pages). Il s'agit en fait du Journal de l'auteur pour les années 2009 et 2010. 
 
Je sors de ma lecture avec un sentiment mélangé de plaisir (le simple plaisir des mots, et là, France gâte ses lecteurs) et d'admiration pour une vie qui se présente comme simple et tranquille, joyeuse et zen (puisque France affectionne la "vision du monde" des bouddhistes). J'admire l'écrivain FB, la femme FB, et ce n'est pas simple amitié, c'est même plutôt une franche admiration, un peu jalouse, peut-être. Comme je voudrais pouvoir écrire avec un tel bonheur 8 Et comme j'aimerais trouver le temps, comme France, d'admirer les jonquilles (jaunes, forcément, puisque bourrées de flavonoïdes) de mon jardin, ou d'écouter le pépiement allègre des oiseaux, car il y en a aussi en ville.
 
Faut-il rappeler que France Bastia est romancière, rédacteur en chef de la Revue Générale, et que pendant l'année 2009 et le début de 2010 elle était encore présidente de l'Association des Ecrivains belges.
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Jean-Luc Wauthier : résistant, trois fois...

15 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Je viens de recevoir la livraison de septembre de la revue Nos Lettres (Association des Ecrivains belges), et j'y ai trouvé plein de bonnes choses, dont un excellent article de Jean-Luc Wauthier, agréable (par sa forme) et intelligent (par son propos). Wauthier explique, avec pénétration et un certain sourire, que l'écrivain d'aujourd'hui doit résister sur trois fronts. D'abord - et cela n'est pas nouveau, Jean-Luc cite Chateaubriand et Hugo, mais l'on pouvait remonter bien plus avant dans l'histoire - l'écrivain doit résister "sur le plan social". Cela pose la question sartrienne de l'écrivain "engagé", et c'est suffisamment connu pour que Jean-Luc puisse ne pas insister sur cette résistance difficile. Ensuite, l'écrivain moderne doit résister à "la marchandisation de la littérature". C'est clair, pour Wauthier on ne fait pas de la bonne littérature avec de bonnes affaires. Enfin, l'écrivain moderne - ou plutôt postmoderne - doit, résistance la plus difficile, développer la "vertu d'auto-résistance". C'est bien vu : Mais résister à soi-même, auto-résister, briser sans peur avec un lectorat qui, tranquillement, achète vos nouveaux livres parce que, précisément, ils ne sont plus nouveaux, tricher avec soi, être dupe de soi, quelle force il faut pour pouvoir résister à tout cela.

 

Jean-Luc Wauthier, bien à propos, n'oublie pas de citer Rimbaud : JE est un autre. Il aurait pu citer aussi Descartes : JE pense donc JE suis. Car le JE - ce MOI haïssable pour certains - est bien, qu'on le veuille ou non, le fondement et de la littérature et de la philosophie. Il n'y a pas d'autre point de départ - pour écrire un poème ou un philosophème - que soi-même. D'ailleurs, Jean-Luc cite aussi, fort judicieusement, Cocteau: Ce que le public te reproche, cultive-le, c'est toi. C'est bien le MOI, le JE, l'EGO que doivent cultiver les poètes, les romanciers et les philosophes. Et les autres ? Qu'ils cultivent leur jardin.

 

 

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Le Cimetière malin (poème)

15 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Le Cimetière malin

(poème)

 

1941 03 20

Mort d'Eric De Haulleville, poète, à Saint-Paul de Vence.

1941 05 26

Mort de Georges Doutrepont, écrivain, à Louvain.

1941 06 09

Mort de Georges Janssen, banquier (appendicite).

1941 07 13

Mort de Pol-Clovis Boël, industriel.

1941 09 25

Mort de Gaston Pulings, poète, à Hardy-Wardin.

1941 11 01

Mort de Camille Melloy, poète, à Saint-Nicolas-Waes.

1941 12 05

Mort de Grégoire Le Roy, poète, à Ixelles.

1942 01 04

Mort de Jules Brunfaut, architecte.

1942 05 06

Mort d'Auguste Lameere, zoologiste, historien des sciences, à Ixelles.

1942 06 09

Mort de Maurice Wilmotte, écrivain, à Saint-Gilles.

1942 10 22

Mort de Staf de Clercq, politicien, à Gand (infarctus).

1942 12 06

Mort de Jean Goffinet, poète, à Arlon.

1943 01 02

Mort de Franz Courtens, peintre, à Saint-Josse (Bruxelles).

1943 08 20

Mort de Désiré-Joseph d'Orbaix, poète, à Uccle.

1943 08 23

Mort de Désiré Horrent, poète, à Loncin.

1943 12 23

Mort d'Alfred Melotte, industriel, à Gembloux.

1944 01 13

Mort de Maurice Quoilin, éditeur, à Verviers (crise cardiaque).

1944 02 09

Mort de Jean Tousseul, écrivain, à Seilles.

1944 02 12

Mort d'Ernst Moerman, poète, à Bruxelles.

1944 02 28

Mort d'Alexandre Galopin, ingénieur, à Uccle (assassiné par un collaborateur nazi).

1944 03 21

Mort de Pierre de Caters, pionnier de l'aviation, à Paris.

1944 06 21

Mort d'Augustin Habaru, poète, à Arbin (Savoie).

1944 07 26

Mort de Victor Vreuls, compositeur.

1944 08 09

Mort de Marguerite Bervoets, poète, à Wolfenbüttel (guillotinée).

1944 10 06

Mort d'Horace Van Offel, écrivain, à Fulda.

1944 10 31

Mort de Léon Leclère, historien.

1944 12 10

Mort de Paul Otlet, bibliographe.

1944 12 11

Mort de Joseph Maréchal, philosophe, à Louvain.

La mort, la mort, toujours recommencée…

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Ironie

14 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Ah, cher Socrate ! Comme tes leçons ont été oubliées ou, mieux dit sans doute, récupérées (voire controuvées) par les dogmatismes les plus divers, ce qui est le comble de l'ironie. Le scepticisme le plus joyeux (et en même temps le plus inquiet, nous sommes chez les philosophes, et donc dans la constante ambivalence, et il n'y a pas si loin de Socrate à Kierkegaard) transformé en outil de dressage intellectuel et de "critique" (sic). Socrate, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font.

 

Ils me croient destructeurs, là où j'essaye, péniblement, de construire (en poésie, par exemple), et ils vantent certaines de mes constructions, qui sont pourtant des entreprises (masquées, il est vrai) de démolition. Faut-il donc qu'ils ignorent d'où vient mon esprit ? De l'Être ! Faut-il donc qu'ils ignorent d'où vient ma prudence ? De la bêtise constatée (c'est facile à constater, elle se répand volontiers) ! Faut-il donc qu'ils ignorent d'où vient mon audace ? Du Temps ! D'où mon admiration éperdue, toujours renouvelée à chaque lecture, de Sein und Zeit, monument formidable, poétique et sublime de Suprême Savoir (*) de la pensée allemande à son acmé, avant la destruction pour avoir mal visé.

 

Ecrasons l'infâme, répétait Voltaire. Hélas, nos pieds sont trop petits. Ecrasons l'esthétique et la compassion. Hélas, ils porteront leurs coups sur nos meilleurs alliés.

 

(*) J'emprunte la merveilleuse formule "Suprême Savoir" à la poète belge Liza Leyla.

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Ce n'est que littérature

13 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Ne pas se laisser distraire par la littérature, et surtout pas par la poésie. Ne pas se laisser distraire par l'actualité, ni par les ennuis de la vie ordinaire - à quoi servirait de méditer sur la panne de mon ventilateur ? Ne pas se laisser distraire par l'humanité, et encore moins par l'humanisme. Faire de ce blog une annexe de mon travail ontologique, un miroir (déformant ?) de ma recherche, un lieu de recueillement, et de prière au Saint Néant (je suis athée très pratiquant), un jardin d'essais et d'acclimatation de mes idées, un entrepôt de mes espérances mises prudemment en quarantaine.

 

Et voilà qu'en dactylographiant ces lignes, je me rends compte d'une réminiscence. La Nausée, c'est-à-dire le journal intime d'Antoine Roquentin, commence ainsi, par un rejet du littéraire (le comble pour un roman), en essayant d'aller à l'essentiel (qui, pour Sartre, est l'existentiel). Ce roman en forme de journal (de blog pré-internétique) préfigure bien mon propos et mon état d'esprit. Le mieux serait d'écrire les événements au jour le jour. C'est l'incipit du chef-d'oeuvre de Sartre. Et quels autres événements, pour un philosophe, que les idées qui surgissent du Néant, ou d'une lecture oubliée ? Comme cette phrase au début du roman de Sartre : "Eux aussi, pour exister, il faut qu'ils se mettent à plusieurs". Moi, je suis capable d'exister (c'est-à-dire de souffrir) sans la présence de quiconque.

 

Demain, il pleuvra sur Bruxelles.

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Science-fiction

12 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

J'avais douze ans, treize tout au plus, quand j'ai vu un des films qui m'a le plus impressionné, il est vrai que j'étais encore très impressionnable. Il s'agit de Forbidden Planet ("Planète interdite"), un film américain dont W.J. Stuart (pseudonyme de Philip MacDonald) fera un roman publié sous le même titre (et paraissant en français en 1957, dans la célèbre collection Le Rayon fantastique). J'avais bien sûr, avec délectation, lu déjà quelques romans de Jules Verne (mon préféré étant L'Ile mystérieuse). Mais le film avec sa soucoupe volante et sa musique "électronique" m'avait comblé. J'ai continué à lire de la SF, et j'ai même consacré un petit essai à "Histoire des sciences et science-fiction", que j'ai fait paraître dans ma revue Technologia en 1983 (volume 6, fascicule 3). On n'est pas sérieux, quand on a douze ou treize ans...

Ce qui me reste de ces lectures, de ces films, de ces réflexions - il y aura encore le superbe roman de Charles Bertin : Les Jardins du désert, 1981 - c'est l'idée, pas si dénuée d'importance qu'elle paraît, que la SF est plutôt de la TF (technologie-fiction), car les "littéraires" sont plus impressionnés (on est impressionnable, quand on est littéraire) par les réalisations technologiques que par les avancées de la science. Il n'y a guère de romans, à ma connaissance, développant les idées de la physique des quarks ou de la biologie des stomates. Une autre idée, que je néglige de développer, est le lien entre SF et poésie. Après tout, les couleurs des voyelles de Rimbaud, ce n'est peut-être rien d'autre que la fascination de la polychromie quand elle pénètre dans les travaux imprimés, à la fin du XIXème siècle.

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