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Jean C. Baudet

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Les tartines et les religions

20 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Religion

Quand j’étais petit garçon, c’était dans les années 1950, nous mangions, mes parents et moi, du pain blanc de section carrée. Nous assemblions deux tranches beurrées, éventuellement garnies le matin de confiture ou de sirop de Liège et le soir de fromage ou de charcuterie, et le dispositif ainsi obtenu était découpé en deux parties égales, de forme rectangulaire, pour faciliter la mise en bouche. Le dimanche, notre petit déjeuner était différent, formé de croissants et de « couques au beurre ».

Un jour – je ne saurais dire à quel âge ni dans quelles circonstances –, je découvris qu’il était possible de couper les deux tranches formant sandwich diagonalement, et cela donnait deux triangles égaux au lieu de deux rectangles. J’ai certes oublié les circonstances de la découverte, mais je ressens encore le ravissement, l’émerveillement, presque la fascination que me procurait cette façon nouvelle de manger mes tartines.

Pendant de longues années, je ne mangeai plus mon pain quotidien que sous forme trigonale, et cela me procurait une étrange et tenace satisfaction.

Aujourd’hui, je coupe à nouveau mon pain, banalement, en rectangles. C’est que je suis bien loin de ma jeunesse.

Mais réfléchissons à la forme de mes tartines, avec les secours de la phénoménologie, de la psychologie, peut-être même de la psychanalyse. N’avais-je pas, étonné et ébloui un jour par une forme inhabituelle, inventé le rite de la triangulation du pain et imaginé le mythe de la supériorité de la tartine triangulaire sur la tartine en rectangle ? N’avais-je pas, dans la naïveté de mon cœur d’enfant, inventé une mystique nouvelle, le noyau obscur d’une nouvelle religion, celle de la Trinité de la tartine à trois côtés ? Car toute religion ne trouve-t-elle pas ses deux sources (en dépit de la belle réflexion sur la question d’Henri Bergson) dans le rite (le geste), qui va au cours de l’histoire se développer en liturgie, et dans le mythe (la parole) qui va se transformer en dogme et en théologie ? Mes tartines triangulaires ne me remplissaient pas mieux l’estomac que des tartines aux côtés parallèles. Mais, peut-être, qu’elles éclairaient mon âme.

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De l'idealisme au materialisme

18 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Matérialisme

De l'idealisme au materialisme

La logique nous permet d’affirmer qu’il n’y a que deux ontologies possibles, le matérialisme et le non-matérialisme. Si l’on n’admet pas que cette alternative épuise les possibilités de la pensée philosophique, il vaut mieux s’occuper d’autre chose que de chercher à connaître les déterminations de l’Être ! Ou bien seule existe la matière, ou bien il existe la matière et autre chose, qui doit forcément être non-matérielle. Bien sûr, la notion un peu vague de « matière » doit être analysée jusqu’au niveau du concept, mais aussi vague soit-elle la notion de matière est « claire et distincte ». Est matière tout ce qui est de même nature que le corps humain (des os, du sang, des muscles), et en particulier tout ce qui est accessible par les sens (éventuellement aidés par une instrumentation forcément matérielle : microscopes, télescopes, etc.). L’unicité ontologique du corps humain (et plus largement du corps des êtres vivants) fait qu’il n’existe qu’une seule matière, et donc qu’un seul matérialisme. Mais il est possible d’envisager de nombreux non-matérialismes, selon les entités non-matérielles dont l’existence est admise. Par exemple, la religion hindouiste admet l’existence de nombreux dieux (de nature immatérielle), le christianisme admet l’existence d’un monde spirituel avec un dieu unique, des anges, des démons et les âmes (immatérielles) des hommes, le cartésianisme admet l’existence, à côté de la matière (appelée « étendue » par Descartes), de la pensée, etc.

Ainsi, le matérialisme est un monisme, les non-matérialismes sont des dualismes. On les appelle des idéalismes ou spiritualismes. Certains auteurs distinguent les idéalismes des spiritualismes, mais il s’agit toujours bien d’admettre l’existence autonome d’entités non-matérielles. Le terme « autonome » est indispensable. Les matérialistes acceptent évidemment l’existence de la pensée (sinon, comment philosopher ?), des idées, de la volonté, de l’inconscient, etc., mais il s’agit de réalités produites par la matière. Selon une formule, je crois, de Feuerbach, pour le matérialiste « c’est l’être qui produit la conscience, et pas la conscience qui produit l’être ».

Comment puis-je orienter mon travail d’étude et de réflexion pour pouvoir décider de la position à adopter ? Je remarquerai d’abord que si le matérialisme « a raison », cela revient à admettre que la philosophie coïncide avec la science, car alors l’Univers des physiciens, des astronomes et des biologistes coïncide avec l’Être (l’ensemble de tout ce qui existe vraiment). Même l’éthique et la politique dépendent alors de la science, puisque les « valeurs » ne sont pas ontologiquement autonomes par rapport à la matière (les idées d’humanité, de justice, etc., n’étant plus que des productions du système nerveux central).

Dois-je approfondir l’histoire de la philosophie, depuis le premier matérialiste (Thalès de Milet) jusqu’aux matérialistes contemporains (Badiou, Comte-Sponville, Quiniou, Onfray…) ? Dois-je par exemple réétudier en profondeur le « grand passage », vers 1840, en Allemagne, de l’idéalisme de Georg W.F. Hegel au matérialisme de Frédéric Engels et de Karl Marx ? Devrais-je relire, crayon en main, les œuvres de Friedrich von Schelling, d’Arthur Schopenhauer, de Max Stirner, de Bruno Bauer, de David Friedrich Strauss, de Jakob Friedrich Reiff, de Ludwig Feuerbach, de Friedrich Albert Lange ? L’érudition m’apportera-t-elle la grande réponse à la grande question de l’Être : y a-t-il une scission dans l’Être, ou le Réel coïncide-t-il parfaitement avec le Monde des scientifiques ? Les idéalismes, et notamment les religions, sont-ils des mystifications, sont-ils des productions des « facultés mentales » (l’activité du système nerveux) imaginées astucieusement par les forces biologiques pour rendre la vie supportable ? Je relis en ce moment L’essence du christianisme de Feuerbach, dans la traduction de 1968 de Jean-Pierre Osier. J’essaye de reconstituer la filiation des idées qui, avec les travaux de Reiff, de Feuerbach, d’Engels et finalement de Marx, conduisirent du schéma hégélien « l’Esprit fit apparaître la Nature » au schéma inverse du matérialisme « la Nature fit apparaître l’Esprit ».

En relisant ces grands penseurs, ces grands Allemands qui étudièrent avec le plus de profondeur et de subtilité la question de l’Être, rejetant dans l’archaïsme les pensées encore naïves et débutantes d’Anaxagore et de Platon, vais-je, un jour prochain, pouvoir me décider pour ou contre les idéalismes, et savoir enfin si j’ai une âme ? Et si Marx avait raison ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Contre une pornographie de l'entreprise

15 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Economie, #Politique

Contre une pornographie de l'entreprise

Il est très remarquable que la gauche ignore (ou fasse semblant d’ignorer) les principes les plus élémentaires de l’entreprise. Rappelons-les ! Pour créer une entreprise (et donc pour créer des emplois), il faut réunir des « moyens de production », que l’on peut répartir en sept facteurs. 1° il faut de l’énergie ; 2° il faut des matières premières (ne serait-ce que du papier pour établir l’indispensable comptabilité) ; 3° il faut des équipements (locaux, mobilier, machines…) ; 4° il faut de la main-d’œuvre intellectuelle (cadres, ingénieurs, comptables…) ; 5° il faut de la main-d’œuvre manuelle ; 6° il faut des clients solvables ; 7° il faut un climat socio-politique qui ne soit point hostile à l’idée même d’entreprise et d’entrepreneur.

Ces sept moyens sont rigoureusement indispensables : si l’un d’eux manque, l’entreprise ne tarde pas à faire faillite. Les facteurs 4 et 5 sont bien distincts, on ne peut pas mettre dans la même catégorie celui qui balaye les ateliers et celui qui dirige la production ou qui négocie avec les fournisseurs et les clients. Même dans une société unipersonnelle, l’entrepreneur solitaire doit effectuer des tâches dont certaines sont intellectuelles et d’autres manuelles (ne serait-ce que taper le courrier ou prendre régulièrement les poussières).

Les facteurs 1 à 5 doivent être achetés ou loués, il faut donc, avant même d’entamer une quelconque activité, de l’argent, c’est-à-dire des capitaux. Sans capital initial, pas d’entreprise, quels que soient les talents, la créativité et la ténacité du candidat-entrepreneur. Il est intéressant de noter que ces cinq facteurs, aussi différents soient-ils, sont en quelque sorte « unifiés » par le moyen de les acquérir : il faut de l’argent aussi bien pour acheter une machine-outil que pour louer des bureaux ou pour rémunérer des ouvriers. Pas d’entreprise sans capital, et pas d’entreprises pérennes sans bénéfices. On comprend mieux la haine des entreprises et de leurs cadres et patrons chez les intellectuels de gauche, qui sont dans leur grande majorité rémunérés par l’Etat (enseignants, fonctionnaires, et même journalistes, salariés de médias subventionnés par les pouvoirs publics…). C’est même amusant de noter que l’idéologie marxiste est basée sur une exécration du « Capital », pourtant indispensable pour faire tourner l’économie de n’importe quelle collectivité humaine !

Il est intéressant aussi de s’arrêter un moment à la séparation des facteurs 4 et 5. Les collaborateurs intellectuels dont les entreprises ont impérativement besoin sont rares, et ne sont pas interchangeables : on ne transforme pas, même en quelques mois, un juriste en ingénieur électromécanicien, ni un comptable en informaticien. C’est qu’il faut de nombreuses années pour former un juriste, un ingénieur, un comptable. Alors que l’on forme un manutentionnaire en quelques jours, et un balayeur en quelques heures. Dans un pays comme la France, la « réserve » de balayeurs est plus que suffisante. Par contre, il y a une insuffisance grandissante de travailleurs intellectuels, ce qui devient un facteur limitant pour la création et la croissance d’entreprises. Voilà un des éléments qui expliquent la « courbe du chômage », et l’on comprend que cela irrite ceux qui affirment que « tous les hommes sont égaux ». Il y aurait aussi beaucoup à dire sur un système d’enseignement qui forme plus de sociologues que de mécaniciens, et davantage d’historiens de l’art que de chimistes.

Les facteurs 6 (clients) et 7 (climat socio-politique) ne s’achètent pas, mais n’en sont pas moins indispensables. Ils sont subis par l’entrepreneur qui devra constater sans recours qu’un client passe à la concurrence, ou qui devra observer que la mentalité d’une partie de la population n’éprouve que peu d’appétence pour certains métiers. On constate aisément que la « mondialisation » actuellement en cours intensifie l’importance de ces facteurs. La concurrence des producteurs des pays naguère sous-développés ne peut que croître, et les idéologies anti-entreprise se développent dangereusement. Pourquoi un patron ferait-il l’effort de créer une entreprise en France (ou dans d’autres pays à forte imprégnation socialiste), s’il doit redouter des grèves, des sabotages, des absences pour maladie imaginaire, voire même des insultes, des séquestrations et des violences physiques ? L’entreprisophobie, qui donne lieu à toute une littérature cacographique ou pornographique (slogans sur les murs, banderoles de manifs, prises de parole à la télévision de détestateurs du monde patronal, presse de gauche…), freine à l’évidence la création d’entreprises, et la courbe du chômage ne s’inverse pas !

J’ai étudié les mécanismes de la création d’entreprise dans mon livre récent Les plus grandes entreprises (La Boîte à Pandore, Paris, 319 pages).

Il faudra étudier en profondeur les sources historiques et psychologie de l’entreprisophobie, particulièrement insidieuse en France, et clairement liée à la pensée de gauche. On découvre en tout cas facilement que l’entreprisophobie (comme l’antisémitisme) a de profondes racines chrétiennes : Jésus n’a-t-il pas chassé les marchands du Temple ?

Et pourtant ce même Jésus avait d’authentiques talents d’entrepreneur. Il savait s’entourer de collaborateurs dévoués, les apôtres, et aurait pu faire fortune dans le secteur agroalimentaire, car il connaissait le moyen de changer l’eau en vin.

Mais au fait, quelle est la plus ancienne, la plus riche et la plus grande « multinationale », dans le monde d’aujourd’hui ? N’est-ce pas l’Eglise catholique romaine ? Qui a su développer et vendre un produit-miracle (forcément !), qui a de nombreux clients : l’espérance.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur le scepticisme philosophique

9 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Scepticisme

Sur le scepticisme philosophique

La raison humaine n’est pas assez puissante pour connaître seule la totalité de l’Être, cela est difficilement contestable. C’est la position philosophique que l’on appelle « scepticisme », pour la première fois soutenue par Pyrrhon d’Elis (d’où « pyrrhonisme »), et peut-être déjà avant lui par les sophistes Protagoras d’Abdère et Gorgias de Léontium. Les textes manquent pour préciser ce point d’histoire. La raison humaine n’est qu’une partie du tout de l’Être, et comment la partie, munie de ses seules ressources (intelligence, mémoire, imagination, intuition), pourrait-elle atteindre le tout, qui la dépasse de toutes parts ? Il y a d’ailleurs un argument du scepticisme qui, pour sembler simpliste, est cependant imparable : il est impossible pour quiconque d’avoir lu tous les livres…

Mais si la raison des hommes est impuissante seule, elle peut se faire aider par l’observation et, mieux encore, par l’instrumentation. La pensée humaine est alors guidée dans certaines directions, elle est assistée dans ses choix, et elle peut même vérifier certaines de ses « idées ». Aussi vénérable soit la raison humaine, seule elle ne peut reconstruire le monde. Soutenue par l’observation à l’aide d’instruments de plus en plus sophistiqués, elle peut en connaître (et de mieux en mieux au cours de l’Histoire) les lois, et il est remarquable que ces lois soient de mieux en mieux vérifiées. Grâce à ses télescopes, l’astronome connaît de mieux en mieux les étoiles et, à l’aide de ses microscopes, le biologiste a inventorié les microbes les plus inattendus. La raison seule ne peut pas affirmer « Dieu existe », ni « Dieu n’existe pas », ni « tous les hommes sont égaux », et le scepticisme triomphe toujours des assertions uniquement « rationnelles » (c’est-à-dire basées sur l’exercice du raisonnement sans le concours de l’observation). Mais l’homme qui raisonne et qui observe est passé du doute à la certitude pour affirmer que « les électrons existent ». Il ne voit certes pas les électrons de manière immédiate, mais il utilise son ordinateur, son téléphone, son rasoir électrique (si du moins il se rase), bref toute une technologie basée sur l’existence des électrons, établie il y a un peu plus d’un siècle par Crookes, Thomson, Perrin et quelques autres. Le lecteur qui voudrait me contredire devrait aller jusqu’à nier l’existence d’Internet !

Ainsi l’Humanité s’est-elle tragiquement divisée en deux camps, en un dramatique face à face entre d’un côté le petit groupe des philosophes (animés par le doute) et des scientifiques (animés par l’expérience) et de l’autre côté la troupe immense des « croyants », animés par le respect (qui peut aller jusqu’au fanatisme et à la violence) de traditions invérifiées.

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Sur le Vrai et sur le Beau

7 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Axiologie

On observe assez facilement que toute activité est un effort pour atteindre quelque chose de désirable, que j’appellerai une « valeur ». Cela correspond à l’observation quotidienne, naïve (je veux dire sans présupposés), ou, plus « scientifiquement », cela découle de la réflexion sur les activités « imaginées » (l’observation directe est évidemment impossible) des hominiens quand ils entreprirent de faire l’effort d’améliorer leur condition par la Technique, qui vise à atteindre l’Utile (l’Outil) – la valeur primordiale pour la perpétuation de l’existence. Ainsi la Technique, fondatrice d’humanité, peut être pensée comme un « effort pour éliminer, ou du moins atténuer, l’effort ». Quittant un moment le champ philosophique pour m’exprimer de manière « littéraire », je pourrais ajouter que la Démocratie, valeur promue haut et clair par les nations, est « un effort pour éliminer les forts »…

Toute activité a donc son but, cela me semble indiscutable. Le Divertissement a pour « valeur » l’Agréable (et aussi l’Oubli). L’Agriculture a pour valeur la Nourriture. La Manducation, la Satiété. La Science et la Philosophie, par des chemins différents, le Vrai. L’Art, le Beau. La Politique, la Sécurité des citoyens et l’Organisation des sociétés.

Certains auteurs, plus littérateurs que philosophes, appellent cela « Amour », et l’on peut dire en effet que le Divertissement est l’amour de l’Agréable, que la Technique est l’amour de l’Utile, la Technologie, l’amour de l’Efficace, la Science, l’amour du Vrai, l’Art, l’amour du Beau, et ainsi de suite.

Les cuistres, les pédants, les snobs et les gogos me diront que voilà une philosophie bien simple, voire simpliste, et il me citeront avec délectation l’un ou l’autre apophtegme de l’abondante production hégélo-husserlo-heideggério-gadamérienne, haussant la réflexion « au niveau » de la dialectique triadique ou de l’analytique existentiale. Mais si le but de la philosophie est le Vrai, et si le Vrai est certainement d’une complexité extrême et d’une difficulté abyssale, la philosophie est une activité de l’homme vivant, de l’homme concret qui d’abord a besoin de nourriture, d’outils, d’ordre et de beauté, et qui ne peut entreprendre sa réflexion (car il a besoin aussi de vérité) qu’à partir des humbles expériences (agréables ou douloureuses) de son vécu. Dans sa base concrète, la philosophie doit être simple et directe, compréhensible par « la ménagère de 50 ans », et doit se méfier des mystifications du verbalisme et des ratiocinations. Avant d’être un Dasein, ou « un être dans l’être duquel il est question de son être », un humain pénétré d’interrogations est d’abord José ou Isaac, Martine ou Mohamed, Françoise ou Bernard.

Avant d’être peut-être un « fils de Dieu » (d’après la Genèse), un « animal politique » (Aristote) ou une « passion inutile » (Sartre), ou « l’annonce du Surhomme » (Nietzsche), l’homme est d’abord un tube digestif, enfermé dans un sac de peau, dont une extrémité produit des paroles et l’autre des excréments. Et nombreux sont les humains qui ne produisent qu’à une extrémité du tube.

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Une histoire de la science

3 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Histoire, #Gnoséologie

Une histoire de la science

Il y a quelques mois, je faisais paraître, aux éditions La Boîte à Pandore (Paris), un ouvrage de 317 pages intitulé Les plus grandes dates de la science. Il s’agissait de résumer l’histoire de la science de manière à faire apparaître la filiation des idées (observations, hypothèses, vérifications…) qui a conduit à l’impressionnant édifice de la science de ce début de XXIème siècle : la fuite des galaxies, la chimie des protéines, la biologie moléculaire, les quarks, etc., etc. Il s’agissait, plus radicalement encore, de voir comment ces millions de savoirs (la distance de la planète Mars, la longueur d’onde des ultraviolets, la vitesse de la lumière…) se sont agrégés en une connaissance cohérente, immense, extrêmement vaste (de l’infiniment petit des quarks et des gluons à l’infiniment grand des étoiles et des trous noirs), précise, spectaculairement complexe, et constamment vérifiée par l’efficacité de la technologie. Il s’agissait de comprendre comment l’Humanité (ou du moins une petite fraction de l’Humanité) est capable d’acquérir des savoirs. Car les créateurs effectifs de la science sont étonnamment peu nombreux, parmi des milliards d’hommes, et je n’en trouve, dans toute l’histoire, que quelques centaines : Démocrite, Aristote, Ptolémée, Copernic, Kepler, Galilée, Newton, Linné, Lavoisier, Volta, Oersted, Darwin, Einstein et les autres. Y compris une quarantaine de femmes (voir mon livre Les plus grandes femmes de la science).

Le mot « science » peut être compris dans un sens très large : savoir, connaissance, qu’il avait déjà dans l’Antiquité latine : scientia, avec pour synonymes cognitio et doctrina. Mais l’épistémologie donne au terme « science » un sens plus précis, bien déterminé, il ne s’agit pas d’un savoir quelconque (la « science du chauffeur de taxi »), mais d’un système de savoirs acquis selon une méthode particulière, intellectuellement très exigeante, que l’on appelle évidemment la « méthode scientifique ». Mes travaux d’histoire « des sciences » et la réflexion gnoséologique m’ont amené à définir la science comme une représentation discursive du réel acquise par la combinaison systématique d’observations à l’aide d’instruments (instrumentation : télescopes, microscopes, spectromètres…) et de raisonnements mathématisés, à l’exclusion de tout recours à des traditions ou à l’intuition. Je situe l’avènement de la science, au sens restreint du terme, en 1543, avec la publication du De revolutionibus orbium coelestium de Copernic. En tant que « système de pensée », la science s’oppose frontalement aux religions (par le rejet de toutes traditions prétendues sacrées), elle se distingue aussi de la philosophie et des idéologies, qui n’ont pas recours à l’instrumentation et ne peuvent dès lors pas vérifier leurs propositions.

Epistémologiquement et sociologiquement, la science fait partie d’un « continuum épistémique » que j’appelle STI, « science-technique-industrie », base intellectuelle de l’activité des laboratoires de recherche (S), des bureaux d’études (T) et des entreprises (I). La Civilisation est formée du couple STI et non-STI, communément appelée « culture », ou mieux « cultures », car il y a autant de cultures (musiques, mythes, idéologies, pratiques sociales…) qu’il y a de communautés distinctes. Il y a une seule STI, universelle, mais il y a des centaines de cultures, par exemple la culture anglaise et la culture écossaise. Le psychologue découvre facilement que la STI est une production de l’intelligence et que la culture est une production des sentiments : la production de théorèmes et celle de poèmes ne mettent pas en action les mêmes ressources mentales.

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Yvon Quiniou et le materialisme

29 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Matérialisme

Je continue à travailler. C’est ainsi que je viens d’achever la lecture, avec délectation, du dernier livre d’Yvon Quiniou : Misère de la philosophie contemporaine, au regard du matérialisme (L’Harmattan, Paris, 258 pages). Il a publié d’autres livres bien intéressants, comme Athéisme et matérialisme aujourd’hui (2004), Critique de la religion, une imposture morale intellectuelle et politique (2014), et surtout un très utile Pour une approche critique de l’islam (2016), d’une très cruelle actualité. Quiniou est un philosophe français marxiste (j’allais écrire « français et donc marxiste » !). Je ne suis certes pas d’accord avec toutes ses positions, mais sa vigoureuse attaque de la dérive « littéraire » des philosophes contemporains les plus médiatisés rejoint tout à fait mes analyses, et je me réjouis qu’il soit encore possible, en France postmoderne, de publier des livres qui dénoncent la poudre jetée aux yeux de l’université (et donc des médias, et donc de l’opinion publique, et donc des politiciens développant un discours de pensée unique politiquement correcte), et qui déboulonnent les statues de ceux que René Pommier dénommait les « vaches sacrées ». Quiniou a choisi de critiquer en profondeur quatre de ces penseurs sacralisés par les prosternations médiatiques : Husserl, Heidegger, Foucault, Deleuze, mais il en cite quelques autres au passage, Henri Bergson, Jacques Lacan, Félix Guattari, Jacques Derrida…

Car en effet, le courant dominant et même dominateur (on a pu parler de « terrorisme intellectuel ») de la haute intelligence européo-américaine commence avec les travaux (très solides au départ) d’Edmond Husserl qui, au début du XXème siècle, entreprend de refonder la philosophie (après Kant, après Hegel, après Marx !) pour lui donner enfin le statut gnoséologique d’une science. Mais curieusement, le grand penseur allemand se détourne de la science en train de progresser de manière inouïe (évolution biologique, psychanalyse, sociologie, histoire comparée des religions, radioactivité, quanta…), et il fonde une logomachie amphigourique inextricable sous le nom impressionnant de « phénoménologie transcendantale », qui devient un irrationalisme stérile. Husserl a voulu faire de la philosophie une science en tournant le dos à la science en train d’accélérer ses progrès de façon pourtant spectaculaire ! Suivront les œuvres (aux qualités littéraires indiscutables, Quiniou le reconnaît volontiers) de Heidegger (les existentiaux), de Foucault (l’archéologie des savoirs), de Deleuze (le plan d’immanence), détricotées de façon rigoureuse.

Pour l’auteur, la philosophie doit désormais penser « théoriquement avec la science positive et repenser son objectif, sur la base matérialiste que la science impose » (pages 9 et 10). Nous ne saurions mieux dire, sinon que nous remplacerions la notion un peu vague de « science » par le concept « STI » (science-technologie-industrie), qui a l’avantage d’exprimer le lien épistémologique entre la recherche scientifique « pure », la technique et l’économie.

Le matérialisme, nous dit fort justement Quiniou, est « une conception moniste de l’Être qui affirme que l’unité réelle du monde consiste en sa matérialité et que celle-ci ne se prouve pas par quelques boniments de prestidigitateur, à savoir la spéculation (…) Cette conception du monde affirme par conséquent l’extériorité de la réalité matérielle par rapport à la conscience (…) et elle s’applique à la pensée humaine dont l’essence est considérée comme matérielle » (p. 32).

Au vrai, Yvon Quiniou s’en prend à l’idéalisme sans cesse renaissant dans l’histoire de la philosophie, et aux divers aspects de l’anti-science d’aujourd’hui, tels que l’épistémologie constructiviste.

Je voudrais citer de nombreux passages de ce beau livre, par exemple : « Pourquoi regretter que la science ne donne pas de sens à l’aventure humaine ? Il faut admettre que celle-ci est absurde en elle-même » (p. 137).

Et voici la conclusion : « La philosophie ne peut plus être ce qu’elle a prétendu être longtemps (…) un savoir immédiat de l’être à travers la simple réflexion. Les sciences, qu’elle avait incluses en elle, se sont détachées d’elle et ont révélé, ce faisant, que la réflexion n’avait aucun pouvoir cognitif, que cela plaise ou non à ceux qui en font profession et s’en enorgueillissent » (p. 253). Je le répète depuis longtemps : l’esprit humain ne peut avoir une prise sur le réel que par la combinaison du raisonnement et de l’observation, et celle-ci a besoin de l’instrumentation (donc de la technique) pour progresser. C’est l’instrument d’observation (et de mesure) qui donne ses pouvoirs à la science, et Husserl, Heidegger, Foucault et beaucoup d’autres ont voulu l’ignorer, dans l’orgueilleux mépris de cuistres, d’intellectuels « purs », ne voulant pas se salir les mains. Ainsi, plus la science étend ses conquêtes, plus des beaux parleurs la dédaignent, entraînant l’intelligentsia dans les méandres phraséologiques de leur pensée délirante, et transformant le sublime projet philosophique de connaissance en une simple et dérisoire entreprise littéraire. Ne pas s’étonner, alors, que les peuples « manquent de repères », et qu’il y ait « une crise dans la Civilisation » !

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Sur la dualite de l'humain

26 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Anthropologie, #Philosophie

L’anthropologie nous montre que l’humain est habité par une dualité radicale, indissociable, qui se manifeste clairement à l’observation quotidienne : homme et femme (sexologie), jeune et vieux (gérontologie), bien-voyant et myope (ophtalmologie), lettreux et matheux (psychologie), équilibré et fou (psychiatrie), actif et passif (caractérologie), bien-portant et malade (médecine), civilisé et sauvage (ethnologie), sédentaire et nomade (géographie), riche et pauvre (économie)… J’ai indiqué entre parenthèses la discipline scientifique concernée par chaque couple oppositif. Cette dualité omniprésente dans les divers aspects du phénomène humain trouve vraisemblablement sa source dans la structure duale de « l’esprit humain » (c’est-à-dire l’ensemble des facultés mentales), avec ce qu’Emmanuel Kant appelait la sensibilité (die Sinnlichkeit) et l’intelligence (die Vernunft), avec ce que Blaise Pascal appelait « le cœur et la raison », avec ce que les Grecs appelaient pathos et logos

Il faut admettre que les progrès les plus récents de la neurobiologie retrouvent cette dualité dans le fonctionnement du système nerveux central, ce qui conduit à une interprétation matérialiste de la conscience et de l’Être (Démocrite, Epicure, Lucrèce, La Mettrie, Diderot, Marx, Lénine, Freud, Onfray…).

Cette dualité coupe en deux l’ensemble des productions culturelles, c’est-à-dire la Civilisation. D’un côté il y a (dans l’ordre d’apparition au sein de l’Humanité) la Musique, le Langage, la Poésie et les Mythes, l’Art…, qui sont des réalisations successives de la sensibilité, du sentiment (recherche de la Beauté : esthétique) ; de l’autre côté il y a la Philosophie et puis la Science, qui sont des réalisations successives de l’intelligence, de la raison (recherche du Vrai : épistémique). Nous avons développé dans d’autres travaux, plus achevés, cette double assertion que la Poésie est née du Langage (pendant le Paléolithique) et que la Science est née de la Philosophie (pendant la Renaissance).

Le Bien (éthique) sera-t-il l’heureuse rencontre réconciliante du Philosophe et du Poète, dans les retrouvailles apaisées du Réel et du Rêve ? Ou l’éthique n’est-elle, comme les dieux disparus des temps anciens, qu’un espoir impossible, qu’une grandiose illusion ?

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Qu'est-ce que la philosophie ?

25 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Qu'est-ce que la philosophie ?

Débarrassée de ses accoutrements d’érudition (souvent pédantesque), de rhétorique (pour tenter d’impressionner les non-philosophes) et de poudre aux yeux (pour frapper l’imagination des gogos), la philosophie est EXTREMEMENT simple, contrairement par exemple au droit constitutionnel, à la biologie moléculaire, à la codicologie ou à l’astrophysique !

La philosophie consiste simplement à se demander, avec sincérité et sagacité, d’où viennent et que valent les idées que nous avons « dans la tête », idées qui souvent orientent notre action. C’est ce qu’on appelle la « critique ». Car nous savons par la simple expérience de la vie quotidienne (pas besoin d’avoir lu Gilles Deleuze…) que nos idées peuvent être « vraies » (correspondant à la réalité) ou « fausses », les idées fausses provenant d’une erreur, d’une illusion ou d’un mensonge. Il n’est pas nécessaire de connaître les arcanes de la phénoménologie transcendantale (Husserl) ou les subtilités de l’analytique existentiale (Heidegger et puis Sartre) pour savoir que nos idées proviennent de nos observations, de nos raisonnements et des traditions transmises par notre entourage. Observation : je « pense » qu’il pleut parce que je vois des gouttes d’eau sur ma fenêtre. Raisonnement : je « pense » que douze et treize font vingt-cinq parce que j’ai raisonné à partir des propriétés des nombres (que je « connais » par de nombreuses observations, du genre « deux pommes et trois pommes font cinq pommes »). Tradition : je « pense » que Paris est la capitale de la France parce qu’on me l’a dit et répété dans ma famille, à l’école, dans des livres que j’ai lus, à la télévision, etc.

L’analyse la plus approfondie possible des observations, des raisonnements et des traditions constitue donc la base indispensable de la recherche philosophique, que les doctes appellent la « théorie de la connaissance » ou, mieux encore, « épistémologie » ou « gnoséologie ».

Les non-philosophes, qui forment la grande majorité de l’Humanité, acceptent un grand nombre d’idées sans avoir l’idée de les mettre en doute. Ainsi, nombreux sont les hommes qui admettent que la Terre est plate (observation), ou qu’après la pluie viendra le beau temps (raisonnement), et les idées religieuses ou politiques proviennent de traditions qu’il serait « sacrilège » de rejeter : les chrétiens ne doutent pas qu’il y a trois personnes en Dieu, les musulmans admettent (chez certains jusqu’au fanatisme) qu’Allah est grand, et les communistes acceptent les idées de Karl Marx, sans nécessairement l’avoir lu.

La philosophie accepte les résultats des observations et des raisonnements, mais après avoir déterminé les conditions d’une observation correcte et d’un raisonnement juste (les sciences expérimentales ont amplement montré que la pratique de l’observation – métrologie – et du raisonnement – logique – nécessite un long apprentissage).

Par contre, le philosophe rejette en bloc toutes les traditions, parce que douteuses et souvent contradictoires, et même les traditions philosophiques sont impitoyablement rediscutées. Il n’admet aucune vérité « révélée ».

Et donc la philosophie consiste à critiquer, à évaluer les idées les plus diverses, y compris les plus « sacrées » : que les chats noirs portent malheur, que le Soleil tourne autour de la Terre, que tous les hommes sont égaux, que l’homosexualité est une abomination, que Jupiter est le roi des dieux, qu’il faut instaurer la dictature du prolétariat, que l’âme humaine est immortelle, qu’il faut manger cinq fruits et légumes par jour, qu’il faut accorder les participes passés…

Sera donc philosophe celui qui aura l’idée de douter de ses convictions les plus profondes, de ses fois les plus sacrées, de ses assurances les plus vénérées. Le philosophe se méfie de toutes les prétendues vérités. Il pense par lui-même, sans accorder d’attention aux discours même les plus prestigieux.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur l'elitophobie et la sottise ordinaire

19 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique, #Terrorisme

La dernière bêtise à la mode sera donc le mépris des élites, accusées d’incapacité à gouverner les grands pays (la France), et même les petits (la Belgique). Les incultes et les ignares ont tout compris des problèmes économico-budgéto-technico-juridico-socio-politiques qui doivent être résolus par les gouvernements, et ils décèlent avec intelligence et même finesse les insuffisances de « ceux qui nous mènent droit dans le mur » ! A vrai dire, cette élitophobie n’est pas entièrement nouvelle, mais elle prend des proportions effroyables.

Mais réfléchissons un peu, même si c’est beaucoup demander aux foules hurlantes qui scandent des slogans imbéciles. Qui va soigner les malades, sinon des médecins ? Qui va construire des ponts, sinon des ingénieurs ? Et qui va rédiger des lois, sinon des législateurs ?

Faudra-t-il, pour diriger la Belgique ou la France, faire appel à une « non-élite », à de braves gens titulaires d’un brevet de débilité mentale ou d’un diplôme d’ignorance ?

Un musulman fanatisé massacre quelques dizaines de Parisiens, ou quelques dizaines de Niçois : est-ce de la faute du ministre de l’Intérieur, du Premier ministre, du Président de la République ? Ne serait-ce pas plutôt de la faute de l’islamisme radical, euphémisme inventé pour désigner le djihad ou « guerre sainte » ? Peut-on exiger d’un service public quelconque de ne faire ni erreurs ni omissions, quand tout le monde nous rappelle « qu’il n’y a pas de risque zéro » ?

Car ceux qui ne font pas partie de l’élite savent comment faire pour « sécuriser » les peuples. Il niaca emprisonner tous les salafistes, il niaca interdire tous les rassemblements de plus de cent personnes, il niaca disposer des blocs de béton aux entrées de toutes les zones piétonnisées, il niaca déclarer la guerre à l’Arabie Saoudite et à quelques autre pays qui ne respectent pas les droits de l’homme au nom de l’islam (bien entendu, « sans faire d’amalgames ») !

Quand on aura débarrassé la France et la Belgique de ses élites (incompétentes, vénales et corrompues), la masse pourra s’attaquer victorieusement aux « vrais problèmes des gens » : le réchauffement climatique, les inondations, les feux de forêt, le terrorisme, le chômage, le cancer, la myopie, l’obésité, la drogue, la vaisselle à laver, le linge à repasser, l’explosion démographique… Déjà pendant la Révolution, les juges qui envoyèrent Lavoisier à la guillotine savaient que « la République n’a pas besoin de savants ». Mais je me demande si la République n’a pas besoin d’intelligence ?

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