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Jean C. Baudet

Articles récents

Sur la dualite de l'humain

26 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Anthropologie, #Philosophie

L’anthropologie nous montre que l’humain est habité par une dualité radicale, indissociable, qui se manifeste clairement à l’observation quotidienne : homme et femme (sexologie), jeune et vieux (gérontologie), bien-voyant et myope (ophtalmologie), lettreux et matheux (psychologie), équilibré et fou (psychiatrie), actif et passif (caractérologie), bien-portant et malade (médecine), civilisé et sauvage (ethnologie), sédentaire et nomade (géographie), riche et pauvre (économie)… J’ai indiqué entre parenthèses la discipline scientifique concernée par chaque couple oppositif. Cette dualité omniprésente dans les divers aspects du phénomène humain trouve vraisemblablement sa source dans la structure duale de « l’esprit humain » (c’est-à-dire l’ensemble des facultés mentales), avec ce qu’Emmanuel Kant appelait la sensibilité (die Sinnlichkeit) et l’intelligence (die Vernunft), avec ce que Blaise Pascal appelait « le cœur et la raison », avec ce que les Grecs appelaient pathos et logos

Il faut admettre que les progrès les plus récents de la neurobiologie retrouvent cette dualité dans le fonctionnement du système nerveux central, ce qui conduit à une interprétation matérialiste de la conscience et de l’Être (Démocrite, Epicure, Lucrèce, La Mettrie, Diderot, Marx, Lénine, Freud, Onfray…).

Cette dualité coupe en deux l’ensemble des productions culturelles, c’est-à-dire la Civilisation. D’un côté il y a (dans l’ordre d’apparition au sein de l’Humanité) la Musique, le Langage, la Poésie et les Mythes, l’Art…, qui sont des réalisations successives de la sensibilité, du sentiment (recherche de la Beauté : esthétique) ; de l’autre côté il y a la Philosophie et puis la Science, qui sont des réalisations successives de l’intelligence, de la raison (recherche du Vrai : épistémique). Nous avons développé dans d’autres travaux, plus achevés, cette double assertion que la Poésie est née du Langage (pendant le Paléolithique) et que la Science est née de la Philosophie (pendant la Renaissance).

Le Bien (éthique) sera-t-il l’heureuse rencontre réconciliante du Philosophe et du Poète, dans les retrouvailles apaisées du Réel et du Rêve ? Ou l’éthique n’est-elle, comme les dieux disparus des temps anciens, qu’un espoir impossible, qu’une grandiose illusion ?

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Qu'est-ce que la philosophie ?

25 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Qu'est-ce que la philosophie ?

Débarrassée de ses accoutrements d’érudition (souvent pédantesque), de rhétorique (pour tenter d’impressionner les non-philosophes) et de poudre aux yeux (pour frapper l’imagination des gogos), la philosophie est EXTREMEMENT simple, contrairement par exemple au droit constitutionnel, à la biologie moléculaire, à la codicologie ou à l’astrophysique !

La philosophie consiste simplement à se demander, avec sincérité et sagacité, d’où viennent et que valent les idées que nous avons « dans la tête », idées qui souvent orientent notre action. C’est ce qu’on appelle la « critique ». Car nous savons par la simple expérience de la vie quotidienne (pas besoin d’avoir lu Gilles Deleuze…) que nos idées peuvent être « vraies » (correspondant à la réalité) ou « fausses », les idées fausses provenant d’une erreur, d’une illusion ou d’un mensonge. Il n’est pas nécessaire de connaître les arcanes de la phénoménologie transcendantale (Husserl) ou les subtilités de l’analytique existentiale (Heidegger et puis Sartre) pour savoir que nos idées proviennent de nos observations, de nos raisonnements et des traditions transmises par notre entourage. Observation : je « pense » qu’il pleut parce que je vois des gouttes d’eau sur ma fenêtre. Raisonnement : je « pense » que douze et treize font vingt-cinq parce que j’ai raisonné à partir des propriétés des nombres (que je « connais » par de nombreuses observations, du genre « deux pommes et trois pommes font cinq pommes »). Tradition : je « pense » que Paris est la capitale de la France parce qu’on me l’a dit et répété dans ma famille, à l’école, dans des livres que j’ai lus, à la télévision, etc.

L’analyse la plus approfondie possible des observations, des raisonnements et des traditions constitue donc la base indispensable de la recherche philosophique, que les doctes appellent la « théorie de la connaissance » ou, mieux encore, « épistémologie » ou « gnoséologie ».

Les non-philosophes, qui forment la grande majorité de l’Humanité, acceptent un grand nombre d’idées sans avoir l’idée de les mettre en doute. Ainsi, nombreux sont les hommes qui admettent que la Terre est plate (observation), ou qu’après la pluie viendra le beau temps (raisonnement), et les idées religieuses ou politiques proviennent de traditions qu’il serait « sacrilège » de rejeter : les chrétiens ne doutent pas qu’il y a trois personnes en Dieu, les musulmans admettent (chez certains jusqu’au fanatisme) qu’Allah est grand, et les communistes acceptent les idées de Karl Marx, sans nécessairement l’avoir lu.

La philosophie accepte les résultats des observations et des raisonnements, mais après avoir déterminé les conditions d’une observation correcte et d’un raisonnement juste (les sciences expérimentales ont amplement montré que la pratique de l’observation – métrologie – et du raisonnement – logique – nécessite un long apprentissage).

Par contre, le philosophe rejette en bloc toutes les traditions, parce que douteuses et souvent contradictoires, et même les traditions philosophiques sont impitoyablement rediscutées. Il n’admet aucune vérité « révélée ».

Et donc la philosophie consiste à critiquer, à évaluer les idées les plus diverses, y compris les plus « sacrées » : que les chats noirs portent malheur, que le Soleil tourne autour de la Terre, que tous les hommes sont égaux, que l’homosexualité est une abomination, que Jupiter est le roi des dieux, qu’il faut instaurer la dictature du prolétariat, que l’âme humaine est immortelle, qu’il faut manger cinq fruits et légumes par jour, qu’il faut accorder les participes passés…

Sera donc philosophe celui qui aura l’idée de douter de ses convictions les plus profondes, de ses fois les plus sacrées, de ses assurances les plus vénérées. Le philosophe se méfie de toutes les prétendues vérités. Il pense par lui-même, sans accorder d’attention aux discours même les plus prestigieux.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur l'elitophobie et la sottise ordinaire

19 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique, #Terrorisme

La dernière bêtise à la mode sera donc le mépris des élites, accusées d’incapacité à gouverner les grands pays (la France), et même les petits (la Belgique). Les incultes et les ignares ont tout compris des problèmes économico-budgéto-technico-juridico-socio-politiques qui doivent être résolus par les gouvernements, et ils décèlent avec intelligence et même finesse les insuffisances de « ceux qui nous mènent droit dans le mur » ! A vrai dire, cette élitophobie n’est pas entièrement nouvelle, mais elle prend des proportions effroyables.

Mais réfléchissons un peu, même si c’est beaucoup demander aux foules hurlantes qui scandent des slogans imbéciles. Qui va soigner les malades, sinon des médecins ? Qui va construire des ponts, sinon des ingénieurs ? Et qui va rédiger des lois, sinon des législateurs ?

Faudra-t-il, pour diriger la Belgique ou la France, faire appel à une « non-élite », à de braves gens titulaires d’un brevet de débilité mentale ou d’un diplôme d’ignorance ?

Un musulman fanatisé massacre quelques dizaines de Parisiens, ou quelques dizaines de Niçois : est-ce de la faute du ministre de l’Intérieur, du Premier ministre, du Président de la République ? Ne serait-ce pas plutôt de la faute de l’islamisme radical, euphémisme inventé pour désigner le djihad ou « guerre sainte » ? Peut-on exiger d’un service public quelconque de ne faire ni erreurs ni omissions, quand tout le monde nous rappelle « qu’il n’y a pas de risque zéro » ?

Car ceux qui ne font pas partie de l’élite savent comment faire pour « sécuriser » les peuples. Il niaca emprisonner tous les salafistes, il niaca interdire tous les rassemblements de plus de cent personnes, il niaca disposer des blocs de béton aux entrées de toutes les zones piétonnisées, il niaca déclarer la guerre à l’Arabie Saoudite et à quelques autre pays qui ne respectent pas les droits de l’homme au nom de l’islam (bien entendu, « sans faire d’amalgames ») !

Quand on aura débarrassé la France et la Belgique de ses élites (incompétentes, vénales et corrompues), la masse pourra s’attaquer victorieusement aux « vrais problèmes des gens » : le réchauffement climatique, les inondations, les feux de forêt, le terrorisme, le chômage, le cancer, la myopie, l’obésité, la drogue, la vaisselle à laver, le linge à repasser, l’explosion démographique… Déjà pendant la Révolution, les juges qui envoyèrent Lavoisier à la guillotine savaient que « la République n’a pas besoin de savants ». Mais je me demande si la République n’a pas besoin d’intelligence ?

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Les Belges et la philosophie

16 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Belgique, #Philosophie

Les Belges et la philosophie

Il arrive parfois que je relise l'un ou l'autre passage de l'un ou l'autre de mes livres, et j'y prends même un scandaleux plaisir car, à tout prendre, je préfère ma prose explicite, précise et sereine à celles, inutilement obscures, alambiquées, vainement prétentieuses et ridiculement pédantesques d'un Edmond Husserl, d'un Martin Heidegger, ou même d'un Gilles Deleuze. Comme s'il fallait être amphigourique pour être "profond" ! C'est ainsi que hier, dans la soirée, je relisais, avec une joie présomptueuse et même carrément outrecuidante, la page 129 de mon ouvrage A quoi pensent les Belges ? publié en 2010 par les éditions Jourdan. J'y présentais l'ouvrage (publié en 1910) de Maurice De Wulf : Histoire de la philosophie en Belgique, un gros volume de 374 pages. Voilà ce que j'écrivais il y a quelques années - et mon appréciation sévère n'a pas changé: " Après tout, qu'est-ce que les Kant et les Platon et les Schopenhauer ont vraiment apporté à l'Humanité, par rapport à ce que lui ont donné le Belge Etienne Lenoir - le moteur qui équipera les autos et les avions, le Belge Zénobe Gramme - l'électricité, le Belge Ernest Solvay - l'industrialisation de la chimie, ou le Belge Adolphe Sax - les suaves et envoûtantes sonorités du saxophone ? ". Quelques années plus tard, je n'ai rien à modifier à ce texte, sinon peut-être que je remplacerais le mot "Belge" par le mot "Wallon".

Maurice Wulf, au terme de son enquête sérieusement érudite - il était professeur à l'Université de Louvain et disposait des richesses de la meilleure bibliothèque de Belgique -, formule sa conclusion de manière claire et distincte : " la Belgique n'a donné le jour à aucun philosophe de génie ". Cent ans plus tard, je crains bien n'avoir rien à ajouter à ce triste constat. La Belgique a donné le jour à de grands ingénieurs, fort nombreux, mais à très peu de penseurs systématiques. C'est peut-être parce que la Belgique est profondément imprégnée de christianisme (la seule université en Belgique, de 1426 à 1797, est l'Université Catholique de Louvain), que ses "intellectuels" n'ont pas su rejeter les traditions catholiques ou sont, pour la plupart, tombés dans les ornières modernes des socialismes, qui sont les résurgences sécularisées de la charité judéo-chrétienne. A quoi bon penser quand on trouve la Vérité dans les livres de Marc, de Matthieu, de Luc, de Jean et de Marx ?

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Aux editions L'Harmattan

13 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Aux editions L'Harmattan

Mes livres publiés par les éditions L'Harmattan (Paris) sont encore disponibles. On les trouve rarement en rayons chez les libraires, étant donné la profusion d'ouvrages actuellement édités chaque année, ce qui empêche les libraires de conserver des montagnes d'ouvrages, mais il suffit de les commander. L'Harmattan a en effet adopté la production par POD (Print On Demand). Et la distribution est internationale, la maison L'Harmattan étant bien implantée dans la plupart des pays francophones.

Mes trois livres sont : Mathématique et vérité - Une philosophie du nombre ; Le Signe de l'humain - Une philosophie de la technique ; Une philosophie de la poésie.

Ces trois ouvrages abordent divers aspects de la théorie de la connaissance (épistémologie). J'ai publié une quarantaine d'autres livres chez les éditeurs suivants : APPS (Bruxelles), Vuibert (Paris), Jourdan (Bruxelles), La Boîte à Pandore (Paris).

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Renouvier, Kant et moi

12 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Kantisme

Hier après-midi à la Bibliothèque Royale, à Bruxelles, au Mont des Arts, près de la Gare Centrale. Je prends connaissance des deux ouvrages posthumes du polytechnicien et philosophe français Charles Renouvier (1815-1903) : Critique de la doctrine de Kant (Félix Alcan, 1906) et Les principes de la nature (Armand Colin, 1912). C’était l’époque glorieuse où la petite fraction intelligente de l’Humanité inventait la psychanalyse (Freud), la sociologie « scientifique » (Durkheim), l’étude comparée des mythes (Frazer), la phénoménologie (Husserl), la psychologie expérimentale (Pavlov), la logique mathématique (Russell), la théorie des quanta (Planck), la théorie de la relativité (Einstein), la théorie chromosomique de l’hérédité (Sutton), et découvrait l’électron (Thomson), les rayons X (Röntgen), les rayons alpha, bêta et gamma (Rutherford)…

J’ai tenté de prendre quelques notes, mais je n’arrive plus à écrire lisiblement, ma main tremble et je ne peux dessiner que des lettres mal formées et minuscules. Voilà venus les prodromes de la dégénérescence neurologique ! Je ne peux presque plus écrire. Puis-je encore penser ? L’atteinte de mon système nerveux par le vieillissement annonce-t-elle la perte prochaine de ma faculté de conceptualiser ? Certes, je parviens encore à dactylographier. Mais pendant combien de temps ?

Renouvier, dans sa critique de l’œuvre de Kant, pose d’intéressantes questions, qu’à vrai dire Kant aurait dû se poser lui-même. Il a été pertinent (c’est de Kant qu’il s’agit) en tentant d’élaborer une analyse approfondie (et même « transcendantale » !) de la raison, c’est-à-dire de l’esprit humain. Si l’on veut résoudre le problème de la connaissance, il faut d’abord connaître les caractéristiques et performances de l’instrumentum qui permet à l’homme de savoir. Mais comment est-il possible que Kant, pourtant si subtil et pénétrant (et si lucide sur les limites de ses prédécesseurs), ait cru que la raison seule puisse découvrir les possibilités cognitives de la raison ? Comment n’a-t-il pas vu le cercle vicieux du projet de critiquer la raison par l’usage seul de la raison ? Certes, Kant dans son esthétique transcendantale met en évidence le rôle décisif de la sensibilité (die Sinnlichkeit) dans le processus qui mène la conscience de l’ignorance au savoir, mais il ne va pas assez loin dans son analyse, obnubilé qu’il est par la tradition universitaire de l’idéalisme. Car Kant (comme le mainstream de la philosophie depuis Platon) est encore englué, pour étudier les facultés mentales et la conscience, dans le schéma archaïque « corps et âme », hérité des religions. Il n’a pas vu que la raison seule (aussi « pure » soit-elle, et même du fait même de cette pureté) ne peut atteindre ce qui lui est extérieur (phénoménal aussi bien que nouménal) que par le truchement d’une entité de liaison entre la sensibilité et son extérieur. Pour nous, cette entité est la Technique, qui conduit à la possibilité de vérifier (ou de falsifier) les constructions thétiques de la raison. Successeur de Kant, Hegel développera un nouvel idéalisme, voyant dans l’Histoire l’aventure de l’Esprit. On sait que Marx rectifiera l’hégélianisme, en faisant des « moyens de production » le moteur de l’Histoire. C’est-à-dire la Technique des outils, des machines et des systèmes. Kant était contemporain de la machine à vapeur et des débuts du romantisme. Il a choisi le romantisme…

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La doctrine de Jean Baudet

10 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

En décembre 2010, quand j’ai ouvert le présent blog, je n’avais pour projet que de remplacer mon Journal « papier » (que je tenais depuis février 1962) par l’enregistrement, au jour le jour, dans une mémoire informatique, des faits « intéressants » de mon existence et de l’avancement de mon travail philosophique. Je comptais bénéficier des avantages de l’électronique pour jalonner ma démarche de recherche par des éléments significatifs de mes observations et de mes raisonnements. Car philosopher, c’est faire des phrases, c’est évaluer en permanence la validité de ses « pensées » par la consistance phraséologique. Selon la belle expression de Sylvain Bolduc, c’est s’efforcer d’atteindre la « lucidité constructive » et construire, pour le philosophe, c’est toujours assembler des mots.

Mais, contrairement à mon Journal (où j’écris encore de temps en temps), mon blog est ouvert à tous, et il y a des Japonais, des Burundais, des Canadiens, des Arabes qui me lisent. J’ai enseigné la philosophie pendant quelques années, suffisamment pour savoir que la philosophie se communique difficilement, l’esprit philosophique étant la chose la moins répandue au monde. Je ne m’étonne donc pas de l’incompréhension de nombreux lecteurs, dont certains prennent mes hypothèses pour des affirmations et mes doutes pour des délires. La psychiatrie m’a enseigné que les imbéciles sont très nombreux, et le fait qu’ils sachent naviguer sur Internet ne les rend pas moins sots.

Heureusement, il n’y a pas que des imbéciles qui s’expriment dans les réseaux sociaux électroniques, et mon blog me donne l’occasion très appréciable de recevoir les commentaires intelligents de José Fontaine, de Steve Van Laer, de Syvain Bolduc déjà cité, de Philippe Leucks, de Philippe Lemoine, de Yoko Inagawa, de Martine Rouhart, de Daniel Otto, et de bien d’autres.

Rédigé de jour en jour, mon blog n’est bien sûr pas un exposé méthodique et cohérent du « baudetisme » (le ridicule de ce vocable convient assez bien pour exprimer le fond de ma pensée, qui se moque de tous les « systèmes », aussi honorés et vénérés soient-ils par les traditions universitaires : que nous apprennent vraiment le platonisme, le thomisme, le kantisme, l’hégélianisme ?). Dans les années 1980, j’ai proposé le terme « éditologie » pour désigner ma méthode de travail, basée sur deux « croyances », 1° la valeur heuristique de l’Histoire (un reste d’hégélianisme…), 2° le primat de la Technique pour le phénomène humain (une reformulation de l’axiome marxiste de l’importance structurante des « moyens de production »). L’éditologie est donc une épistémologie historique, une généalogie des systèmes de pensée, inspirée de Hegel, d’Auguste Comte, de Marx, de Léon Brunschvicg, de Gaston Bachelard… C’est un anti-idéalisme, un anti-humanisme, un anti-bavardage.

Quelle est alors – en ce jour de juillet 2016 – ma doctrine ? Enrichie des travaux grandioses des philosophes pendant plus de deux mille ans, ma pensée se résume par la formule magistrale de Socrate : « je sais que je ne sais rien ». Je « connais » le spinozisme, le kantisme, l’électromagnétisme de Maxwell, la relativité d’Einstein, la paléoanthropologie, la phénoménologie, je sais que les électrons existent et que les fantômes n’existent pas, mais j’ignore pourquoi il y a des électrons ! Ma doctrine peut s’appeler scepticisme.

Pourtant, malgré mon pessimisme cognitif – je pense que l’homme est un être-pour-ignorer – je poursuis ma recherche, et j’écrirai encore, sans doute, dans mon blog. L’éditologie m’a au mois appris qu’il existe deux grands systèmes de pensée, farouchement inconciliables (jusqu’au fanatisme des bûchers et des guerres saintes), qui sont le matérialisme et le non-matérialisme, celui-ci formant d’innombrables doctrines : les religions (avec des dieux immatériels), les idéologies (avec des valeurs non matérielles), de nombreuses philosophies (platonisme, cartésianisme, kantisme, etc.). Le matérialisme est unifié, le non-matérialisme se conjugue en de nombreux idéalismes. Lénine a écrit quelque part une définition géniale du matérialisme et de ses ennemis, en disant que, pour le matérialisme l’être détermine la conscience alors que pour les idéalismes c’est la conscience qui détermine l’être. L’ardeur et la hargne de certains idéalismes m’effrayent plus que les deux infinis de Pascal.

En somme, le « baudetisme » (sur mes cahiers j’écris ton nom) n’est qu’une ignorance réfléchie. Mais quel « isme » peut prétendre détenir la vérité ?

Je ne sais donc pas qui a raison, le matérialiste ou les idéalistes. Mais s’il fallait choisir, il me semble que le matérialisme rend mieux compte de l’état du monde et de la condition humaine. Il examine les choses comme elles paraissent, et peut-être comme elles sont. Au contraire, les idéalistes voient les choses comme ils aimeraient qu’elles soient. L’opposition entre le matérialisme et ses ennemis est peut-être le simple combat de l’intelligence lucide et du sentiment halluciné !

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Sur la connaissance et la gnoseologie

8 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Gnoséologie

Le problème épistémologique ou gnoséologique, autrement dit la question de la connaissance, est exprimé, depuis des siècles de recherche philosophique, par une formule binaire, duale, comme celui d’un lien (assez mystérieux) entre ce qui connaît et ce qui est à connaître, entre la Conscience et l’Être, entre le Sujet et l’Objet, entre le Moi et le Non-Moi, entre l’esprit humain et les choses du monde, voire entre l’Emetteur et le Récepteur, si l’on reprend les termes de la théorie de la communication, développée en 1948 par l’Américain Claude Elwood Shannon (« A mathematical theory of communication », Bell System Technical Journal 27(3) : 379-423, 1948). Voir J.C. Baudet : « L’éditologie, entre communication et cognition », Revue Générale 132(4) : 45-54, 1997. On a donc un schéma binaire de la connaissance S-O, ou mieux ternaire, si l’on prend en compte le lien L qui fonde le savoir : S-L-O. Mais analysons les concepts, en espérant que la logique soit un guide suffisant. L’Objet O, que l’on appellera comme on veut le Grand Tout, l’Être, le Réel, n’est pas autre chose que « tout ce qui existe vraiment ». Dès lors, S et L appartiennent à O, ce qui semble difficilement contestable : je fais partie de l’Univers, comme les étoiles et les microbes, et mes capacités cognitives ne suffisent pas à établir une coupure ontologique entre la conscience d’un homme et le monde ! L’Autrichien Moritz Schlick avait, déjà en 1918, pensé que le problème de la connaissance implique le monisme, l’ontologie et l’épistémologie (Erkenntnislehre) étant indissolublement liées (Allgemeine Erkenntnislehre, Julius Springer, Berlin, IX+346 p. Voir aussi : Chr. Bonnet : Moritz Schlick. Théorie de la connaissance, Gallimard, Paris, 551 p., 2009).

Avec Schlick (qui fut le fondateur du Cercle de Vienne), nous trouvons un chemin qui va du problème épistémologique au matérialisme, c’est-à-dire qui remplace l’esprit humain par les facultés mentales, par les propriétés du système nerveux central, c’est-à-dire l’âme des primitifs animistes par le cerveau accessible par le scalpel, le microscope, l’électroencéphalographie, l’imagerie médicale, c’est-à-dire tout l’attirail technologique dont se servent les « neurosciences ».

Mais la cognition – passage de l’état psychique d’ignorance à l’état de connaissance – n’en reste pas moins mystérieuse, et le lien cognitif L est une énigme. Peut-être une piste à suivre se trouve-t-elle dans la physique des particules élémentaires, où l’on étudie aussi des liens A-L-B. Si A et B sont les quarks, L est constitué de gluons. Si A et B sont les atomes, le lien qui les unit dans la molécule AB est formé d’un champ électrique produit par des photons. L’Être serait ainsi radicalement ternaire, l’existence d’une réalité quelconque impliquant son essence, c’est-à-dire l’ensemble de ses propriétés qui, pour les particules, sont la masse, le spin, la charge électrique, la charge chromodynamique, etc. La connaissance n’est plus qu’une propriété de la matière, et je connais l’Univers (des étoiles, des microbes et des hommes) parce que j’en fais partie. Mais j’ignore l’avenir, parce que je n’y suis pas encore ! C’est dans cet état de connaissance-ignorance que je dois vivre et mourir, tâcher de construire une éthique pour « vivre ensemble » avec mes « semblables », et essayer de trouver des solutions aux « défis de notre temps » : l’obscurantisme-fanatisme des religions, le chômage et la misère des « plus démunis », le réchauffement climatique avec ses inondations et ses tornades et ses incendies, et la disparition annoncée des grandes baleines et des petits pandas.

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Sur la profondeur et sur l'ethique

4 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Sur la profondeur et sur l'ethique

Le philosophe explore l'Être jusque dans ses plus lointaines profondeurs comme l'astronome observe l'Univers jusqu'à ses plus lointaines galaxies. Ainsi le Réel, dans ses profondeurs fondatrices, est-il inaccessible, et la vie pratique, notamment celle des politiciens et des réformateurs sociaux, est basée sur les sables mouvants des sentiments et de l'émotion. Le Bien et le Mal se déduisent des déterminations de l'Être, qui ne sont encore connues, après plus de deux mille ans de philosophie, que de manière très incomplète, et les penseurs les plus profonds ne peuvent proposer que des doutes. L'astronome dispose de télescopes de plus en plus puissants, de radiotélescopes toujours plus sensibles et de spectromètres toujours plus précis, mais le philosophe ne dispose que de sa sensibilité, sa mémoire, son imagination et son intelligence, ce que les psychologues appellent les "facultés mentales". L'esprit humain est une donnée du Réel, ce qui signifie qu'il est de même nature ontologique que "ce qui existe vraiment", mais cela ne garantit point la faculté de connaître, si l'on veut du moins aller "au fond des choses". Ainsi la définition programmatique de la philosophie en révèle-t-elle les limites et, dans l'absolu, seul le scepticisme est tenable.

L'homme, cependant, ne vit pas dans les étendues glacées de l'absolu. Il vit dans une situation donnée et contraignante, dans les préoccupations des instincts, des besoins, des désirs et des douleurs. C'est avec son corps qui l'accompagne et avec ses "semblables" qui l'entourent qu'il doit vivre et mourir. S'il est philosophe, c'est-à-dire s'il sait qu'il ne sait rien, et s'il connaît donc l'indigence des éthiques et des idéologies, il doit cependant se résoudre à vivre, et doit se doter d'une éthique - de règles de vie - qu'il lui faut construire sur la seule certitude de la souffrance et de la mort. L'édification d'une éthique devient ainsi la tâche des hommes, tâche à la fois sublime et dérisoire. Ainsi, après avoir fréquenté Husserl et Heidegger et avoir appris le doute systématique avec les hommes de pensée, faut-il revenir aux beaux discours des hommes d'action, et écouter sans trop d'illusion Valls ou Macron, Junker ou Obama, Mélenchon ou Juppé, et quelques autres, comme Bernard Guillaume à Schaerbeek ou comme Françoise Schepmans à Molenbeek.

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Litanie en forme de poeme, ou l'inverse

2 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poème, #Politique

Je déteste les racistes, les islamistes, les extrémistes, les anarchistes, les communistes, les syndicalistes (violents), les gauchistes, les marxistes, les léninistes, les maoïstes, les trotskistes, les gauchistes (et même certains socialistes), les fumistes, les activistes.

J'exècre les hindouistes, les bouddhistes, les personnalistes, les shintoïstes, les confucianistes, les mahométistes, les animistes, les papistes, les tristes, les idéalistes, les spiritualistes, les phénoménologistes, les spinozistes, les kantistes, les néokantistes, les cyclistes, les automobilistes (quand ils roulent trop vite), les équilibristes, les accordéonistes (quand ils jouent faux), les guitaristes altruistes, les juristes, les droits-de-l'hommistes, les surréalistes, les lettristes.

Je hais les avant-gardistes, les nudistes, les puristes, les journalistes (pas tous, cependant), les pigistes (avec beaucoup d'exceptions), les moralistes, les humanistes véhéments, les cégétistes, les doloristes, les théistes, les panthéistes, les déistes, les manichéistes, les jansénistes, les calvinistes, les baptistes, les évangélistes.

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