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Jean C. Baudet

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Contre l'europeocentrisme

18 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Civilisation

Contre l'europeocentrisme

Les intellectuels de tous les pays doivent s’unir pour lutter contre l’européocentrisme, ce hideux révisionnisme historiographique qui privilégie et exagère les apports des Européens à la Civilisation de l’Humanité, en oubliant systématiquement les contributions décisives à la Civilisation des peuples d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et de l’Amérique précolombienne.

Les historiens des systèmes de pensée ont pu établir l’origine de nombreuses découvertes et inventions, et je me suis efforcé, dans mes travaux d’épistémologie, de tenir compte des avancées les plus récentes de la science historique. Il faut, disait un juif il y a deux mille ans, « rendre à César ce qui est à César », et ce judicieux principe reste la règle de tout travail historique se prétendant « scientifique ».

C’est ainsi que l’on peut considérer les faits suivants comme acquis.

Dès l’Antiquité, les Grecs Thalès, Pythagore, Euclide et quelques autres inventent l’arithmétique et la géométrie démonstratives, qu’il ne faut pas confondre avec les techniques rudimentaires du comptage et de l’arpentage, pratiquées dès la fin de la Préhistoire par les peuples les plus divers. Les mathématiques d’aujourd’hui, dans les universités du monde entier, utilisent encore les concepts helléniques de démonstration, de théorème, d’axiome…

Vers 250 de notre ère, le Grec Diophante invente l’algèbre. Vers 300, Zosime de Panopolis invente les manipulations « chimiques » qu’au Moyen Âge on appellera « alchimie ». C’est aussi pendant les premiers siècles de notre ère que sont inventés les chiffres décimaux (improprement appelés « chiffres arabes ») et le zéro. Il est établi que les mathématiciens et astronomes indiens étaient initiés aux mathématiques grecques.

En 1543, le Polonais de langue allemande Copernic propose l’héliocentrisme qui est la base de l’astronomie contemporaine. En 1610, l’Italien Galilée découvre l’existence d’étoiles invisibles à l’œil nu. En 1637, le Français Descartes invente la géométrie analytique. En 1687, l’Anglais Newton établit les équations de la gravitation universelle, qui sont encore utilisées aujourd’hui par les physiciens et les ingénieurs du monde entier, notamment pour calculer les trajectoires des fusées, des satellites artificiels et des sondes spatiales. En 1712, l’Anglais Newcomen invente la machine à vapeur, qui est le point de départ du développement de tous les moteurs thermiques. En 1735, le Suédois Linné invente la nomenclature binomiale des êtres vivants, utilisée universellement par les biologistes et les agronomes. En 1789, le Français Lavoisier met au point la chimie quantitative. En 1819, le Danois Oersted découvre l’électromagnétisme. En 1839, l’Allemand Schwann développe la théorie cellulaire des êtres vivants, base de la biologie et de la médecine contemporaines. En 1869, le Belge Gramme invente la dynamo, qui va permettre le développement de l’électrotechnique. En 1877, le Français Pasteur découvre le rôle pathogène des microbes. En 1895, les deux frères français Lumière inventent le cinématographe. En 1905, le juif allemand immigré en Suisse Einstein invente la théorie de la relativité, explique l’effet photoélectrique et découvre l’inertie de l’énergie. En 1912, l’Anglais Rutherford (d’origine néo-zélandaise) découvre le noyau des atomes. En 1927, le Belge Lemaître découvre l’expansion de l’Univers, base de la cosmologie contemporaine. En 1932, l’Anglais Chadwick découvre le neutron. En 1934, l’Italien Fermi réalise la fission de l’atome d’uranium, qui va permettre la maîtrise de l’énergie nucléaire. En 1946, le Français Réard invente le bikini.

Tout cela pose de nombreuses questions. Notamment celle-ci : que serait la Civilisation sans mathématique, sans astronomie, sans physique, sans chimie, sans biologie ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Louis Savary, les singes et les signes

16 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie, #Wallonie

J’aime beaucoup l’œuvre du poète wallon Louis Savary, né à Wasmes en 1938, auteur d’une bonne quarantaine d’ouvrages (publiés de 1960 à 2016), qui sont pour la plupart des recueils d’aphorismes astucieux, souvent délicieusement narquois. Sa dernière livraison de pensées lapidaires vient de paraître il y a quelques jours, portant un titre malicieux : Maintenant que je suis un vieux singe (aux éditions Les Presses Littéraires, Saint-Estève, 100 pages). Titre malicieux et judicieux ! Ne sommes-nous pas tous destinés à devenir de vieux singes ? Je veux dire qu’avec l’âge l’homme finit par perdre ses illusions, finit par se rendre compte qu’il n’est, en effet, qu’un singe devenu bavard grâce au langage, inventeur d’espérance et rêveur d’infini, qui achève sa vie dans les souffrances et la tristesse de ne pas comprendre pourquoi il a vécu. Reste le doute : « De toutes mes certitudes c’est le doute qui l’emporte ». Avec un net penchant pour le matérialisme : « Je n’irai pas au ciel le paradis a fait faillite ». Ou encore : « Tous mes chemins de croix se rejoignent à l’infini du néant ». Et surtout cette négation de l’illusion suprême : « J’ai tué Dieu / Dieu m’a tué / nous sommes quittes ».

Avec cette centaine d’aphorismes – autant de signes jetés au vent, venus de plus de cinquante années de méditations sur l’existence –, Savary nous rappelle le drame humain, qui est de suivre un chemin qui va de l’homme à l’animal, remontant en somme dans la vie individuelle le parcours de l’espèce qui est allé (pendant des millions d’années) du singe à l’homme. Dans la force insolente de sa jeunesse, l’homme (le singe parlant) construit de lui-même tout un échafaudage de valeurs, qu’il magnifie encore dans sa maturité en créant des chefs-d’œuvre, se croyant un dieu, ou du moins la créature d’un dieu, et puis, avec le vieillissement de ses ardeurs, il finit par comprendre que tout cet humanisme qui prétend distinguer l’humain de la bête n’est que fantasmagorie, chimère, duperie et vaniteuse rêverie. Le signe que nous envoie Savary ? Que ce fameux « sens de la vie » cherché depuis des siècles par les philosophes, et par les poètes, se trouve dans les enseignements désespérants de ces disciplines scientifiques que sont la préhistoire, la paléoanthropologie, la primatologie… Le poète nous prévient : « Je ne suis plus sûr de rien excepté du pire ».

L’espèce humaine a produit la logique d’Aristote, le calcul intégral de Leibniz, les symphonies de Beethoven, la théorie de l’évolution de Darwin, les avions de Boeing (et les aphorismes de Savary), les pelleteuses de Caterpillar, tant de splendeurs. Inutiles ?

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La Civilisation une et indivisible

14 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Civilisation

La Civilisation une et indivisible

La Civilisation est l’ensemble des productions culturelles positives de l’Humanité. Elle rassemble toutes les réalisations, matérielles ou idéelles, qui concourent à l’amélioration de la condition humaine, et qui proviennent des innombrables cultures. Il ne faut donc pas confondre les cultures, liées à des collectivités ethniques ou linguistiques (la culture basque, celle des Noirs d’Amérique du Nord, la culture danoise, la culture arabe, etc.), avec la Civilisation, unique, qui en est la synthèse. Phénomène historique (et peut-être dialectique au sens de Hegel), la Civilisation est en constante évolution, et la Civilisation en 2016 est devenue très différente de ce qu’elle était en 1940 ou au temps de Jules César. Chaque culture, au cours de l’Histoire, a apporté à l’ensemble des hommes des éléments civilisationnels, parfois décisifs (l’écriture…), parfois dérisoires (le bilboquet…), et font donc partie de la Civilisation aussi bien la Grande muraille des Chinois que la tour Eiffel, les opéras de Puccini que le théâtre sanscrit, l’avion à réaction que la pince à linge (j’ignore au sein de quelle culture elle a été inventée), le Mahabharata que les évangiles, le Coran (lu comme un texte arabe du VIIème siècle) que les aventures du commissaire Julie Lescaut… Ainsi les diverses cultures diversifient les hommes, identifient, séparent, isolent et opposent, quand la Civilisation unifie les hommes, rassemble, relie et réconcilie. La Civilisation est le bien commun de l’Humanité, et être humain, c’est être civilisé, c’est partager avec des milliards d’hommes ce que des milliers d’hommes ont découvert et inventé pour résister aux agressions de la Nature : la faim et la soif, le trop froid et le trop chaud, l’ennui et les illusions, etc.

Qu’est-ce que la Civilisation ? C’est la démocratie, la liberté de penser et d’écrire, la recherche constante du sens de l’existence, le doute. C’est la pensée de Confucius, d’Averroès, de Kant, d’Onfray. C’est la chimie de Zosime de Panopolis, de Lavoisier, de Pauling. C’est la théorie de la relativité d’Einstein et la théorie de l’évolution de Darwin. C’est la géométrie d’Euclide, la trigonométrie d’Hipparque, l’arithmétique de Nicomaque, l’algèbre de Diophante, les chiffres décimaux de Brahmagupta, la géométrie analytique de Descartes, le calcul différentiel de Newton, le calcul intégral de Leibniz, le calcul tensoriel de Voigt, la théorie des ensembles de Bourbaki. C’est le cassoulet de Castelnaudary, c’est la saucisse de Francfort, c’est le jambon de Parme, c’est le riz cantonais des Chinois, c’est le chili les Mexicains. C’est le jazz de Louis Armstrong, c’est le rock and roll de Little Richard, c’est Hollywood et Bollywood, c’est toute la musique du monde. C’est le marteau et la faucille, le couteau et la fourchette, l’automobile et l’avion, le téléphone et l’ordinateur, la fusée et le robot, le bikini et le monokini.

La Civilisation ? C’est tout ce que détestent les islamistes.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Les mysteres de l'Etre

12 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Les mysteres de l'Etre

La détermination de la ligne de démarcation entre la science et la philosophie est un thème majeur de la recherche philosophique. Il s’agit de distinguer le travail du chercheur scientifique de celui du philosophe, soit en reconnaissant des différences dans la méthode (les facultés mentales du sujet mises en œuvre), soit en découvrant des différences dans l’objet même de la recherche. C’est-à-dire que l’on se place, pour opposer la science à la philosophie, soit dans une perspective gnoséologique, soit dans une perspective ontologique. Ces deux perspectives n’étant d’ailleurs distinguées que verbalement, par commodité d’expression, parce qu’une réflexion suffisamment poussée montre que la question de la Connaissance et la question de l’Être sont inextricablement liées !

Nous pouvons dire, en première approximation, et presque en forme de boutade, que le chercheur scientifique étudie et s’efforce de comprendre ce qu’il voit, alors que le philosophe tente d’étudier et de comprendre ce qu’il ne voit pas. Les propositions de la science sont « claires et distinctes », et toujours vérifiables (dans les limites de l’instrumentation disponible pour observer le réel), quand celles de la philosophie comportent souvent un caractère mystérieux, ineffable, c’est-à-dire fortement émotionnel, et intrinsèquement invérifiable. L’objet de la science est l’Univers, l’objet de la philosophie est l’Être. Il y a dans cette idée d’Univers quelque chose de concret, de solide, d’évident, peut-être même de vulgaire, qui contraste avec les résonances mystiques ou poétiques (sentimentales et « indicibles ») liées à l’idée d’Être. Remarquons cependant que pour les penseurs matérialistes (de Thalès à Lénine…) l’Univers et l’Être coïncident parfaitement, et la distinction entre science et philosophie disparaît. Elle n’est maintenue que par la tradition universitaire qui, pour des raisons pratiques (le recrutement des élèves), sépare encore les facultés « des sciences » des facultés « de philosophie et lettres ». L’adjonction des belles-lettres à la philosophie est d’ailleurs significative, et l’opposition entre le caractère noble de la philosophie et le caractère populaire de la science (avec ses « manipulations » qui rappellent le travail manuel des manants) est un trait remarquable de la culture occidentale.

Mais qu’est-ce que l’Être ? L’Univers, et rien que l’Univers, décrit dans son immense complexité par les astronomes, les physiciens, les chimistes, les biologistes et les anthropologues ? Ou l’Être est-il l’Univers plus « quelque chose », ce quelque chose n’étant pas de nature matérielle (sans quoi, il ferait partie de l’Univers !) ? L’étude historique critique des systèmes de pensée, y compris dans le temps présent, montre clairement que l’apparition de cette idée d’un « quelque chose d’immatériel », c’est-à-dire d’inaccessible par les sens, correspond à l’apparition des comportements (rites) et des croyances (mythes) à l’origine du fait religieux. Ce fait religieux apparaîtrait, d’après les préhistoriens, il y a cent mille ans, quand la philosophie n’apparaît qu’il y a 2 600 ans, avec l’œuvre de Thalès. La science est encore plus récente, ne commençant à accumuler des résultats qu’à partir du XVIème siècle !

Que l’idée d’une différence entre l’Être et l’Univers ait sa source dans une croyance élaborée par l’homme de Neandertal (Homo neanderthalensis) devrait donner à penser à ceux des hommes qui prétendent réfléchir librement, sans accepter le joug de traditions quelconques. Que l’Être soit égal à l’Univers des galaxies et des étoiles, ou qu’il soit plus grand que lui, il est mystérieux et tragique. Peut-être, comme le pensait Démocrite il y a plus de deux millénaires, n’est-il formé que de particules. Peut-être, comme le pensent les religieux, contient-il autre chose ? Comment savoir ? Il me semble que l’étude critique de l’origine et de l’évolution des religions conduit au matérialisme, ce « quelque chose » qui distinguerait l’Être de l’Univers n’étant finalement qu’une manifestation de l’Espoir des humains, manifestation bien matérielle de l’instinct qui pousse tous les vivants à persévérer dans l’existence, et à rêver de vie éternelle.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Du fric avant toutes choses

10 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Economie, #Politique

Pour indemniser les victimes des inondations, des tornades, des feux de forêts, il faut de l’argent, beaucoup d’argent. La France (mais c’est vrai pour tous les pays), que ce soit les pouvoirs publics ou le secteur privé (les compagnies d’assurance), doit disposer de ressources financières suffisantes pour lutter contre les effets dévastateurs de ces catastrophes, qui d’ailleurs iront en s’aggravant avec le changement du climat. De même, pour protéger la population des agressions meurtrières du terrorisme islamiste, la France (mais c’est vrai pour tous les pays visés par le djihadisme) doit avoir de l’argent pour payer les salaires et les équipements de l’Armée, de la Gendarmerie, de la Police et des établissements pénitentiaires, et si l’on parvient à détruire Daech, il faudra quand même encore de l’argent pour lutter contre les autres organisations combattantes qui naîtront de la violence inhérente à l’idéologie islamiste. De même, pour lutter contre le chômage, la France (mais c’est vrai pour la plupart des pays paléo-industrialisés) doit avoir de l’argent pour créer des entreprises viables : il faut des bâtiments, des machines, des matières premières, des véhicules, et il faut rémunérer la main-d’œuvre. Et ce n’est pas encore tout ! Même si la France dispose de suffisamment de moyens de payement pour résoudre les trois grandes questions (vitales) du changement climatique, de l’islamisme et du chômage (c’est-à-dire de la concurrence de plus de 7 milliards d’individus), il lui faut encore de l’argent, toujours de l’argent, pour les musées et les hôpitaux, pour les écoles et les théâtres, pour les routes et les chemins de fer, pour la poste et les asiles d’aliénés, pour la télévision et les manifestations sportives…

D’où cet argent vient-il ? Des bénéfices réalisés par les entreprises exportatrices qui parviennent à vendre des biens et des services « made in France » ! Il n’y a pas d’autres sources de moyens financiers que les entreprises ayant suffisamment de commandes, qu’il s’agisse de vendre du vin ou du fromage, des avions de combat ou des bateaux de plaisance, des logiciels ou des chansons.

Et il se trouve des imbéciles qui prétendent que « l’argent ne fait pas le bonheur » ! Je me demande avec quoi ils achètent leurs téléphones portables, leurs skis pour l’hiver, leurs bikinis ou burkinis pour l’été, et leur pain quotidien, leur couscous, leur maïs, leur riz ou leur sorgho ?

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Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

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Le cheval Tod (conte philosophique)

5 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Conte

Je marche dans la Ville. Je viens de quitter le boulevard, et je pénètre dans un quartier que je ne connais pas, où je ne me suis jamais promené. Une avenue plantée de platanes à l’écorce grisâtre. De grandes maisons, toutes semblables, aux murs de briques jaunes. Des jardinets fleuris. Je marche. Un sentiment fait d’étonnement et de curiosité, et de crainte, m’envahit. L’étrangeté du lieu, sans rien qui bouge dans le soleil d’une fin d’été, est accentuée par le silence, car je n’entends aucun bruit. Pas une seule automobile ne passe. Aucun promeneur sur les trottoirs. Je sens des gouttes froides de sueur couler dans mon dos. Mon anxiété se développe. Ma solitude est totale, et j’ai la pénible impression d’être épié. Je m’arrête. Je fais demi-tour, fortement angoissé. Un grand cheval blanc, très beau, s’avance vers moi, à pas lents. Il s’arrête quand il est à portée de main. Il me dit « Je m’appelle Tod ». J’ai toujours peur, mais je ne suis pas étonné spécialement de parler à un cheval. Il s’exprime avec un fort accent allemand. Je lui demande « Vous venez d’Allemagne, ou d’un pays germanique ? ». Il me répond qu’en effet il vient de Berlin, où il a suivi les cours de Georg Hegel, et qu’il était avant à Königsberg, où il suivait les enseignements d’Emmanuel Kant, et qu’encore avant il était à l’Université de Halle, pour s’initier à la philosophie de Christian von Wolff. Nous échangeons quelques propos et, brusquement, il me souhaite « une bonne fin de journée » et s’éloigne au galop.

L’avenue est de nouveau silencieuse, et l’angoisse est revenue. C’est tellement pénible que je voudrais sortir de moi-même, échapper à cette épouvante hideuse, et je reprends ma marche, dans un décor cruellement désert où tout m’est hostile, les arbres, les maisons jaunes, et le ciel devenu gris comme du plomb. J’ai beaucoup marché, et je m’approche des grilles de fer d’un parc. Je pénètre dans ce lieu également silencieux, mais égayé par de grands buissons d’hortensias et d'aucubas. Le parc entoure un vaste bâtiment que je n’avais pas vu en franchissant les grilles, avec des portes de verre et sur le fronton la seule inscription « Hôpital ». Je pousse une porte, ma sueur coule à grosses gouttes, je m’avance vers un comptoir derrière lequel bavardent et rient des infirmières en blouse blanche.

Je sais maintenant que je ne marcherai plus jamais dans la Ville.

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Caterpillar ferme ses installations a Gosselies

4 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Economie, #Politique

Je continue de penser avec tristesse aux employés de la multinationale Caterpillar qui vont perdre leur emploi à Gosselies. Sans compter les collaborateurs des sous-traitants et des fournisseurs également menacés de chômage, dans ce pays de Charleroi déjà fortement désindustrialisé. On y remplace les usines manufacturières par des musées, alors que les usines produisent des richesses, quand les musées ne produisent aucune « valeur ajoutée ».

Les responsables politiques, ministres fédéraux et régionaux rassemblés (ce qui, en l’occurrence, est plutôt sympathique), font de belles et pathétiques déclarations volontaristes : « nous mettrons tout en œuvre pour sauver l’emploi ». Que peuvent-ils faire ? Que pourront-ils inventer de plus que lors des disparitions des ACEC, des Forges de Clabecq, de Cockerill, de la SABENA, de Ford à Genk, de Renault à Vilvorde ?...

Au-delà de l’analyse journalistique, que peut-on penser de toutes ces fermetures d’entreprises en Belgique ? La gauche et l’extrême gauche y voient la conséquence d’une anthropologie binaire : l’Humanité est formé des bons (les ouvriers et les employés, c’est-à-dire le prolétariat) et des méchants (les actionnaires, les dirigeants, les ingénieurs et les cadres, c’est-à-dire la bourgeoisie), et l’Histoire est la poursuite implacable de la lutte acharnée des méchants contre les bons. C’est la fameuse « lutte des classes ». Je n’ai pas la place, dans ce billet, pour analyser finement la question, mais il me semble que certains indices montrent que la Belgique, et spécialement la Wallonie, est fortement imprégnée de marxisme, et c’est peut-être une des causes de la désindustrialisation du pays. Quand de nombreux médias insultent régulièrement le patronat, quand de nombreux intellectuels annoncent régulièrement la fin du capitalisme, quand de nombreux écrivains dénoncent régulièrement la voracité des multinationales (et même de tous les entrepreneurs), quand des grèves sont régulièrement organisées par les activistes des syndicats et des partis marxistes, quand l’éducation nationale préfère former des historiens de l’art et des sociologues plutôt que des ingénieurs, des mécaniciens et des gestionnaires, on ne peut pas dire que la Belgique, et spécialement la Wallonie, soit une terre d’accueil pour les initiatives industrielles pourvoyeuses d’emplois !

Faut-il prévoir, à Gosselies, des grèves, des émeutes, du vandalisme, des destructions et des pneus brûlés, et peut-être pire ? Penser plus loin ? Il faut se demander pourquoi une entreprise peut se développer sans ouvriers (robots et ordinateurs), mais ne peut pas subsister sans actionnaires. Ni d’ailleurs sans clients, mais avec 7,5 milliards d’individus, l’Humanité reste un marché pour longtemps !

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Caterpillar, Gosselies, Grenoble

3 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Economie

Caterpillar, Gosselies, Grenoble

Quand je dirigeais le magazine Ingénieur et Industrie, de 1979 à 1996, j’ai eu l’occasion de visiter de très nombreuses entreprises industrielles en divers pays d’Europe (Siemens, Bayer en Allemagne, Philips aux Pays-Bas, ABB en Suisse, etc.) et d’interviewer certains cadres et dirigeants de plusieurs de ces sociétés. C’est ainsi que j’ai connu la MBLE à Bruxelles, les ACEC à Charleroi, Cockerill à Seraing, et d’autres usines belges de belle technologie aujourd’hui disparues. Car les entreprises sont aussi mortelles… Cela m’a permis de rassembler une abondante documentation qui me servira pour étudier les origines et le développement d’une trentaine des plus importantes multinationales dans un livre paru aux éditions Jourdan (Curieuses histoires des entreprises), puis augmenté et réédité aux éditions La Boîte à Pandore (Les plus grandes entreprises).

Ces entretiens et ces visites – il y a plus de vingt ans, déjà – m’ont appris le principe simple (« simpliste » diront mes adversaires), fondamental et universel de la gestion d’entreprise, que l’on enseigne d’ailleurs dans les écoles d’ingénieurs : « pour maximiser les bénéfices, il faut minimiser les coûts ». Terrifiant principe, qui est en somme l’expression dans la vie économique du « struggle for life » des biologistes.

Quand j’ai appris la fermeture prochaine de l’usine de Caterpillar à Gosselies (voir mon billet précédent), j’ai été terrifié par le malheur qui allait, une nouvelle fois, s’abattre sur la Wallonie en cours de désindustrialisation. On parle de la perte de 2 200 emplois, auxquels s’ajouteront des milliers d’emplois perdus chez les fournisseurs et les sous-traitants ! La société américaine ferme ses installations à Gosselies, mais maintient son activité productrice à Grenoble. Et les commentaires vont bon train : pourquoi garder l’usine en France et fermer celle en Belgique ? Curieux questionnement ! Les hommes ne sont-ils pas tous égaux, et un travailleur français (ou chinois, ou polonais) ne vaut-il pas un travailleur belge ? Du point de vue général (le bien de l’Humanité), que l’on produise des engins de génie civil en Wallonie ou en Alsace ou chez les Coréens, qu’est-ce que ça change ? Ne faut-il pas partager ?

Le responsable de ce désastre est, nous dit-on à gauche, l’état-major de la société américaine. Cela va de soi ! Mais il faut aller plus loin. L’élément responsable est la rapacité des actionnaires, nous dit-on à l’extrême gauche. Je passe sur le fait que s’il n’y avait pas d’actionnaires il n’y aurait pas Caterpillar, qui donne un salaire à plus de 100 000 personnes dans le monde ! Mais il faut aller encore plus loin. Le responsable de la fermeture à Gosselies, c’est la concurrence faite à Caterpillar par d’autres entreprises, capables elles aussi de construire et de vendre des pelleteuses et d’autres engins sur roues ou sur chenilles. Et le facteur causal se révèle ainsi être, au bout de l’observation attentive de la marche du monde, l’explosion démographique. En 1956, quand Caterpillar crée une filiale en Belgique, la population mondiale est de 2,6 milliards d’individus. Aujourd’hui, elle est de 7,5 milliards de gens, qui tous voudraient un emploi, à Gosselies, à Grenoble et ailleurs !

Pour info :

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Caterpillar, Gosselies et l'aveuglement

2 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique, #Economie, #Wallonie

Caterpillar, Gosselies et l'aveuglement

C’est fascinant de voir à quel point les commentateurs de la fermeture de l’usine de Caterpillar à Gosselies s’entêtent à ne pas vouloir regarder en face les réalités d’une Humanité mondialisée ! Imbibés jusqu’à la moelle des os par le marxisme et par la détestation des entreprises et des industriels, ils refusent (journalistes, syndicalistes, politiciens et même certains économistes…) d’admettre les principes les plus fondamentaux et d’ailleurs fort simples de la vie industrielle : une entreprise doit faire des bénéfices, ou disparaître. Et elle ne peut réaliser des bénéfices que si elle peut, à qualité égale, produire à moindres coûts que ses concurrents. Si les salaires sont plus élevés, si les taxes sont plus lourdes, si les règlementations sont plus astreignantes, la fin est inéluctable.

La fin de l’industrialisation de la Wallonie est inéluctable, les géographes sérieux et les économistes compétents le savent depuis… 1960 (la fermeture des charbonnages), ou depuis… 1974 (l’augmentation brutale du prix du pétrole). Charbonnages, usines sidérurgiques, entreprises carbochimiques, ateliers de construction mécanique ont disparu. Aujourd’hui, c’est Caterpillar qui ferme, avec quelques sous-traitants. Demain, les dernières entreprises manufacturières (aérospatial, chimie fine, pharmacie) cesseront leurs activités, concurrencées par un milliard de Chinois, par un milliard d’Indiens et par tous les autres.

Dans dix ans, et peut-être avant, la Wallonie sera un pays de homes pour vieillards, de sites touristiques, de musées et de friches industrielles, aux routes défoncées, aux infrastructures délabrées, et avec une immense dette publique.

Aurait-on pu éviter cette marche annoncée vers le sous-développement ? Je ne le sais pas. Mais les responsables sont clairement identifiés, ce sont ces « décideurs » qui ont préféré la démagogie et les dépenses publiques improductives à l’analyse prospective, à la rigueur et à l’austérité. Que les Wallons se consolent. Déjà l’admirable Athènes et la Rome admirable ont connu le même sort. Il est difficile d’éviter l’aveuglement quand le passé est glorieux.

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Sur la cuisine et la condition humaine

1 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Cuisine, #Histoire

Sur la cuisine et la condition humaine

Qu’est-ce qui fait la différence entre le bestial et l’humain ? Qu’est-ce qui distingue l’homme de la bête ? Qu’est-ce qui est vraiment propre et spécifique à l’humanité, qui a fait sortir les hommes de l’animalité ? C’est la cuisine ! Parmi des milliers et des milliers d’espèces animales, l’humain est seul à préparer sa nourriture, à cuisiner, il est le seul animal mangeant de la nourriture cuite, parfois avec des raffinements extrêmes. Pendant longtemps j’ai professé l’idée (que l’on trouve chez Marx à l’état embryonnaire, voir son analyse des « moyens de production ») que la technique est le signe de l’humain (voir mon livre Le Signe de l’humain, L’Harmattan, Paris), et donc qu’elle est le fondement de l’humanité. Je ne récuse certes pas cette thèse : il y a ou il y eut des peuples sans science, sans religion, sans poésie, sans musique, il n’y en a pas sans technique, sans outils. Le langage, d’ailleurs, apparu longtemps après l’outil de bois et de pierre, est une création technique, mais venu bien après l’invention du feu, de la cuisson des aliments, de la cuisine. Car le philosophe doit poursuivre toujours plus loin ses analyses, et ne pas s’arrêter aux évidences : toutes les collectivités humaines disposent d’une technique (plus ou moins évoluée), c’est la condition même de leur subsistance, mais une technique pour quoi faire ? Pour acquérir, préparer, conserver, transporter et consommer des nutriments indispensables à l’existence des hommes. La technique répond aux besoins des hommes, et le premier besoin, vital, est la nutrition. La cuisine est donc la technique primordiale. Le premier outil fut le bâton servant à attraper un fruit, puis la pierre utilisée pour séparer, dans un fruit dur, l’écorce inconsommable de la pulpe nourricière…

J’ai donc étudié les origines de la cuisine et son évolution au cours du temps, dans un livre Histoire de la cuisine paru aux éditions Jourdan (Bruxelles). Un voyage bien agréable, avec « l’eau à la bouche », où l’on passe au cours du temps du repas cru des australopithèques et des primitifs aux plats ultrasophistiqués de la « Nouvelle cuisine » et des chefs étoilés. On rencontre au passage quelques-unes de mes gourmandises, la sauce béchamel, la crème Chantilly, le baba au rhum, la moussaka des Grecs, le filet américain des Belges…

Ainsi, le véritable héros n’est pas le Savant plus ou moins incompréhensible, ni le Religieux plus ou moins fanatique, ni le Guerrier plus ou moins vaillant, ni le Politicien plus ou moins véreux, ni le Poète plus ou moins inspiré, le héros véritable est le Cuisinier et le Restaurateur.

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