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Jean C. Baudet

Le masque du docteur Faust

Divertimento en prose et en vers, en deux actes gratuits

 

Prologue : sursum corda

 

L’écrivain, surtout s’il s’est engagé dans la voie sombre du travail philosophique, doit-il expliquer le pourquoi de ses phrases ? Artiste travaillant les mots comme un marbre pentélique, ou comme une terre grossière – c’est le choix du sculpteur –, doit-il révéler ses sources, exhiber ses dictionnaires et argumenter ses choix d’adverbes ? Doit-il même faire des phrases, et ne lui suffit-il pas de dire ?

Nous trouvons ici, après cent autres – il n’y eut tout de même pas qu’Aristote ! –, la dichotomie cent fois rétablie du fond et de la forme, du matériau et de la mise en œuvre, hylè et morphè. L’intelligence et l’émotion. Le vin et la bouteille. Ou le hardware et le software pour parler une langue plus noble, ennoblie veux-je dire par l’économique et le concret.

Dois-je donc justifier le fond de ma pensée, et justifier encore la forme de mes écrits, et justifier enfin jusqu’aux battements de mon cœur ? Ne sombrons point dans l’anecdotique, dans le pittoresque – d’ailleurs terne, dans le tristement humain – d’ailleurs si amer ! Je suis né le 31 mai 1944, à Bruxelles, d’une mère juive et d’un père français, faut-il que je l’écrive ? Faut-il que je montre mes chromosomes et mes certificats d’existence ?

Je déteste la pensée oblique, faut-il vraiment que je le chante ?

Je hais la haine des généralités froides, faut-il absolument que j’en fasse un blasphème ?

Je suis seul. Faut-il vraiment que je le crie ?

 

Don’t cry, cry baby.

 

Apologue : et cum spiritu tuo

 

J’enlèverai bientôt le masque de ma vie

Et mon visage nu révèlera, hideuse,

La douleur sombre de vérités indésirables

Et la blondeur des blés sera un souvenir

Et les nuages bleus seront d’anciens désirs

Et les soldats de l’ombre ajusteront leur tir

Et la cible sera tout le bonheur du monde.

 

Je poserai demain l’armure de mes rêves

Quelque souffrance encore ajustera sa lance

Quand l’ancre s’accrochera au sable de mes doutes

Des illusions viendront rassembler mes lectures

Au terme de mes vagabondages

Au rythme des merveilles et des chants fatigués

D’explorations des pensées d’altitude

 

Résonance

Des mélodies anciennes aux confins des mirages

J’achèverai fiévreux le dernier des calculs

Révélant aux passions la force des soupirs

Retrouvant le calme vert des paysages

Dans la si douce odeur, balsamique et sucrée,

Des éthers d’hôpital.

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