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Jean C. Baudet

Articles avec #afrique tag

Bachirou Oumarou, l'inventeur et le parasite

3 Janvier 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Afrique, #Anthropologie

Je viens d’achever la lecture, agréable et très intéressante, du livre du philosophe camerounais Bachirou Oumarou (né en 1986) : L’inventeur et le parasite. Essai sur la problématique de l’émergence des pays sous-développés (L’Harmattan, Paris, 2016, 108 pages). Je retrouve, dans cet ouvrage, quelques idées que je partage pleinement. Celle de l’importance de l’éducation pour soutenir le développement économique et social, idée qui est d’ailleurs devenue un lieu commun. Ou l’idée de la nécessité de la philosophie : « l’Afrique plus que le reste du monde a besoin de la philosophie au sens de l’unité de ses modes de production de savoirs sur la nature et la société » (p. 14). Car l’éducation doit être basée sur l’interrogation philosophique, c’est-à-dire sur le doute qui évite le bourrage des crânes par des slogans simplistes et des surévaluations de traditions conservatrices ou régressives. Et je retrouve également, dans ce livre d’un Africain sur la situation actuelle de l’Afrique, de nombreux constats amers déjà faits, avec une impitoyable lucidité, par René Dumont, dès 1962, dans son livre prophétique L’Afrique noire est mal partie. Oumarou ne manque pas d’analyser le retard persistant de son pays (plus de 50 ans après le temps des indépendances, soit 2 générations !) en termes de mauvaise gouvernance, de corruption, de déficit démocratique, etc. Il distingue très judicieusement culture et civilisation : « nous pensons en effet que tant qu’une culture n’a pas atteint le degré de perfectionnement qu’il faut pour impacter significativement le niveau de développement et le train de vie des populations, elle n’est pas encore civilisation » (p. 53). Et un peu plus loin : « L’euphémisme des sciences humaines qui voudrait que l’on considère que toutes les cultures se valent n’est qu’une sottise ». C’est que le manque de philosophie ne conduit pas uniquement au sous-développement et à la misère matérielle, il conduit aussi à la misère intellectuelle, à l’ignorance, et de là à l’obscurantisme, au fanatisme et au terrorisme, comme on ne le voit que trop évidemment au Cameroun, en Afrique et ailleurs dans le monde.

Mais au-delà de ces constats, faits largement par les observateurs des grands événements contemporains, l’intérêt du livre d’Oumarou réside dans sa construction d’une anthropologie très simple mais très juste (le vrai est souvent simple, quand il est débarrassé des subtilités pédantesques et des distinctions spécieuses), basée sur une taxonomie binaire : l’humanité (pas seulement en Afrique) est divisée en inventeurs et parasites. J’ai moi-même esquissé une classification des hommes (il n’y a pas de science sans classification) qui rejoint celle de l’auteur, en distinguant les producteurs (les « inventeurs » d’Oumarou), les consommateurs et les destructeurs. C’est qu’il y a des degrés dans le parasitisme. La différence entre l’inventeur et le parasite, nous dit Oumarou, « réside dans le degré d’appropriation de cette science noble et totale à savoir la philosophie » (p. 105). Et de conclure : « La clé de notre développement réside en réalité dans notre audace à nous servir de notre raison pour inventer. L’éducation est la clé principale de ce départ » (p. 105).

Et je me souviens, avec une pénétrante nostalgie, en refermant le beau livre de Bachirou Oumarou, jeune collègue, que l’ai enseigné la philosophie, de 1968 à 1973, au Burundi. En Afrique noire…

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