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Jean C. Baudet

Articles avec #art tag

Art et Science

15 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Art

Il est un fait qui s’impose avec force à ceux qui étudient de manière comparée l’histoire de l’Art et l’histoire de la Science, c’est que l’idée de progrès est appropriée quand on observe l’évolution de la pensée scientifique, alors qu’elle n’est nullement pertinente quand on établit la chronologie des œuvres d’art. Les concertos de Rachmaninov ne sont pas plus « beaux » que les concertos brandebourgeois, la poésie de Villon est aussi admirable que celle de Gérard de Nerval, et nous sommes aussi profondément émus par les grottes de Lascaux ou par un masque dogon que par l’œuvre de Vélasquez ou par les toiles de Klee. Par contre, personne ne nie la « supériorité » des théories d’Einstein sur celles de Newton, ou de la chimie de Lavoisier sur celle de Paracelse ! L’héliocentrisme, l’atomisme, la théorie cellulaire des biologistes sont « vrais » ! Il y a un progrès scientifique, il n’y a pas de progrès artistique. La Vérité est absolue (et absolument inatteignable, la Science ne fait que s’en approcher de plus en plus, contrairement aux religions et aux idéologies qui détiennent la Vérité Absolue et Sacrée), la Beauté est relative (et atteignable dans la splendeur des chefs-d’œuvre). D’ailleurs, l’opinion commune le sait bien, quand elle prévient que « des goûts et des couleurs, on ne dispute point ».

Le fait est, aussi, que la Science s’adresse à l’intelligence quand l’Art s’adresse au sentiment – ce qui ne veut évidemment pas dire que les artistes sont dénués d’intelligence et les scientifiques privés de sentiment. Mais parmi les productions culturelles, l’Art et la Science n’ont pas la même fonction. On ne « comprend » pas un poème, un roman ou un tableau comme on « comprend » une expérience de physique ou un théorème.

Il convient d’ajouter – contre les mouvements anti-science qui se développent depuis une soixantaine d’années – que l’Art est né partout, alors que la Science est née quelque part. Il n’existe que très peu de cultures sans activité artistique, ne serait-ce que les frustes décorations des poteries du Néolithique. Mais de très nombreuses cultures ignorent totalement la recherche scientifique, et jusque récemment encore bien des peuples croyaient que la Terre est plate et que le Soleil tourne autour de la Terre.

L’Art est sublime, la Science est superbe. L’Art est aimé par tous, car il enchante et propose des messages enthousiasmants d’espérance. La Science est détestée par beaucoup, car elle révèle des réalités souvent désagréables. L’Art est la science du rêve et de l’imaginaire. La Science est l’art de dévoiler le réel, qui est bien désespérant.

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Sur la fonction de l'Art

20 Janvier 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Art, #Editologie

L'éditologie propose de distinguer les productions intellectuelles de l'Humanité en deux ensembles épistémiques, la STI (Science-Technique-Industrie) et la Culture. De même que les diverses composantes de la STI sont articulées à partir de la Mathématique (J.C. Baudet : Mathématique et vérité, L'Harmattan, Paris), les différents produits de la Culture sont centrés sur un noyau dur, l'Art. On peut aussi bien reprendre la dichotomie des psychologues qui opposent l'intelligence compréhensive à l'intelligence émotionnelle. Mais reste la délicate question de la fonction de l'Art. A quoi ça sert ? Il semble évident (Pascal, déjà, l'avait noté, dans son analyse du divertissement) que l'Art, sous ses différentes formes, sert à sortir du Temps, à oublier le Réel, et à vivre le temps d'une symphonie ou de la visite d'un musée à se saturer l'esprit pour évacuer toute réflexion sur le Devenir. Sous les oripeaux du sublime, du splendide, de l'émotion esthétique, l'Art se présente comme un évacuateur d'angoisse, un écarteur d'anxiété, un remplaceur du Devenir effrayant par un Pays des merveilles qui fait oublier (d'où la relation découverte par les artistes d'avant-garde entre l'Art et les drogues psychotropes). Si la STI nous apprend la terrible loi de l'entropie et des dégradations inéluctables, l'Art nous promène dans les jardins du Rêve, de l'Amour, et des nuages qui passent là-bas, les beaux nuages, avec les fugues de Bach et les carrés de Mondrian.

Car nous le savons bien, que la condition humaine n'est pas d'être, mais de devenir, de sentir ses membres raidis petit à petit par le vieillissement, de se trouver - tôt ou tard - la peau couverte d'ulcères, d'escarres, de bubons, de chancres, de télangiectasies purulentes, d'eczéma, de purpura, de furoncles putrides, de pustules, de rougeurs au prurit infernal, de papules, de se transformer en pourriture, avec de la fièvre exténuante, des céphalées, avec l'humiliation de ses sphincters qui échappent à la volonté, avec les diarrhées, l'incontinence urinaire, le ptyalisme, baignant dans les excrétions, la bave, le pus et la sanie, avec des crampes qui taraudent cruellement les mollets, avec des douleurs fulgurantes dans le bas-ventre, un feu dévorant dans la poitrine, avec des vertiges, des pertes de mémoire, des vomissements, des tremblements incoercibles. Le cancer, le diabète, l'athérosclérose. Et les douleurs morales, en plus, comme si cela ne suffisait pas : la perte d'un ami, d'un conjoint, d'un enfant...

Chacun peut se demander s'il finira aveugle comme Jean-Paul Sartre, ou cancéreux comme Sigmund Freud.

Voilà la fonction psychique de l'Art : éviter de penser à demain. Quant à sa fonction sociale, elle est de réaliser le partage des émotions : quand on applaudit dans une foule, on ne pense pas. La fonction de l'Art ? Faire converger les regards vers le spectaculaire pour permettre le "vivre ensemble" dans l'oubli des futurs.

Voilà pourquoi les musiciens, les plasticiens, les poètes, les dramaturges et les comédiens détestent l'éditologie. Voilà pourquoi j'ai tant d'ennemis - ce qui est d'ailleurs la moindre de mes souffrances à venir. Aurais-je des contradicteurs assez indifférents aux souffrances humaines et au sérieux des douleurs pour affirmer que le cancer n'existe pas ?

L'éditologie tente (et continue de chercher, elle n'est pas un dogmatisme) de dévoiler la vérité du Réel. L'Art veut construire un monde où tout n'est qu'ordre et beauté. Mais c'est un monde imaginaire.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles)

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

 

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