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Jean C. Baudet

Articles avec #biographie tag

Vie et mort de Jean Baudet

9 Février 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Philosophie

Philosopher, c’est chercher à connaître et comprendre l’Être, c’est-à-dire tout ce qui peut vraiment agir sur la destinée du philosophe (sur sa « recherche du bonheur »). Car « exister », c’est avoir la propriété d’altérer, de s’opposer, de contraindre le philosophe, et par le fait même tout homme ordinaire. L’Être est tout ce qui existe, tout ce qui « conditionne » l’Humanité, tout ce qui est la source de la vie et de la mort des humains. Or, l’humain ne possède que son être pour accéder à l’Être, et toute investigation du Réel (autre nom de l’Être) ne peut commencer que par un examen du « moi ». Ce n’est que par le truchement de l’étude de son être que l’être (humain) peut atteindre la connaissance de l’Être qui l’englobe et le détermine de toutes parts. C’est ainsi que commencèrent les grandes méditations de Socrate (« connais-toi toi-même »), de Descartes (« je » pense donc « je » suis), de Fichte (la métaphysique du « Ich »), de Sartre quand il répète que l’existence (du « moi ») précède l’essence. Je n’est pas « un autre », c’est mon moi vécu – dans la joie ou la peine – et c’est le seul chemin qui conduit à l’Être, mais avec la dramatique scissure du moi et du non-moi, et peut-être est-ce un « chemin qui ne mène nulle part », comme le pensait Heidegger (Holzwege). Toute philosophie commence par un égocentrisme et par une subjectivité.

Voilà donc que je dois reprendre mes « observations intérieures », mes analyses de ce « moi », de cet être singulier et foncièrement étrange à lui-même que l’on nomme « Jean Baudet ».

Ma philosophie commence par mon autobiographie (c’est aussi vrai de toute œuvre littéraire, et voici une passerelle posée entre le « littéraire » et le « philosophique »).

Mon « je » fut d’abord professeur de mathématiques puis de philosophie, puis il fut chercheur (en botanique et en biologie), puis éditeur, puis écrivain. Jean Baudet « gagna sa vie » (son « être ») successivement en enseignant, en cherchant, en éditant et en écrivant.

L’enseigner, le chercher, l’éditer, l’écrire sont ainsi des modalités de mon être, des « tranches de vie », et « qu’appelle-t-on penser » sinon, dans un ordre différent, chercher, écrire, éditer et enseigner ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Le vieil homme et l'amer

13 Janvier 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Epistémologie

Dévoré par l’angoisse d’un avenir sans espoir, fait des humiliations du vieillissement et des souffrances de la maladie, je poursuis mon travail philosophique, malgré l’affaiblissement de mon énergie mentale, renonçant à contempler jamais la splendeur de la vérité (splendor veritatis), pour « passer le temps », me consolant en me remémorant les étapes de mon cheminement intellectuel, depuis l’époque, enfouie dans les brumes du passé, des interrogations de mon adolescence. J’essaye, par le souvenir et l’introspection, de reconstruire les moments-clés de mes tentatives de répondre aux « grandes questions », que je commençais à me poser, autant qu’il m’en souvienne, vers 1958, au temps de l’Exposition Universelle de Bruxelles. C’est en 1968 seulement que je fis de cette quête une activité professionnelle, étant nommé professeur de philosophie au Burundi (j’y restai cinq ans). En 1973, je mis de côté pour quelque temps mes préoccupations métaphysiques, et je connus les enthousiasmes de la recherche scientifique, en botanique et en biologie. Mais je revins à la philosophie en 1978, en fondant la revue Technologia, dédiée à l’histoire de la science et de la technologie. Car, lecteur de Karl Popper, de George Sarton, de Gaston Bachelard, de Michel Foucault, je m’étais rendu compte que l’examen critique de la science (c’est-à-dire de sa généalogie, de son archéologie comme disait Foucault, de son histoire comme disaient Sarton et Bachelard) était, pour la philosophie, un travail préjudiciel obligé, car il s’agissait d’apprécier les différences entre la pensée commune et la pensée scientifique.

La philosophie est la « pensée sur la pensée », et il fallait donc, en 1978, analyser les différents modes de penser, et aller même zu den Sachen selbst, comme le souhaitait Husserl, pour répondre à la question de Heidegger « was heist denken ? » (qu’appelle-t-on penser ?). Or, pour connaître la pensée, il faut l’observer à l’état naissant, et il faut donc observer les commencements de l’activité mentale chez les animaux (éthologie), chez les enfants (psychologie), chez les primitifs (ethnologie), chez les fous (psychiatrie), chez les poètes (philologie). Il faut ensuite comparer ces pensées embryonnaires avec la pensée scientifique, acceptant le postulat que la pensée de Hegel ou d’Einstein est plus élaborée que celles du chimpanzé, de l’australopithèque ou de l’enfant. La pensée est une construction, et l’on doit étudier la psychogenèse chez l’individu (« épistémologie génétique ») et dans l’histoire (« histoire des systèmes de pensée »). Je me mis donc à étudier l’histoire de la science (et de la technologie qui lui est associée), et aussi l’histoire des littératures, des religions, et bien entendu de la philosophie. C’est alors que je développai le concept d’éditologie, pour désigner l’épistémologie basée sur la critique des « textes édités », dès lors que les systèmes de pensée (religions, science, etc.) ne sont observables qu’en tant que textes (séquences de mots) rendus publics. On pense avec des mots. Mais il faut s’en méfier, car il est facile d’inventer des mots qui ne correspondent à rien de réel.

La philosophie commence par une anxiété : « que vais-je devenir ? ». Pas que vais-je faire dans un mois ou dans un an, mais que vais-je devenir dans l’absolu, après ma mort ? Répondre à cette question redoutable, c’est déterminer ce qui dessine mon destin, ce qui existe vraiment par sa capacité d’agir sur mon être, et « ce qui existe vraiment » c’est l’Être, d’où la définition de Parménide développée par Aristote : la philosophie est l’étude de l’Être (to on è on).

La philosophie se décline alors en différentes observations de l’Être, en tant que Connaissance (épistémologie), en tant que Tout (ontologie), en tant que Valeurs (éthique), en tant que Destinée (eschatologie), en tant que Divin (théologie), en tant qu’Humain (anthropologie). Et le philosophe, quel que soit son talent pour inventer des thèses, des antithèses et des synthèses, est bien démuni pour observer l’Être (dont il n’est qu’une infime partie) dans son entier. Le caractère « englobant » (Karl Jaspers) du tout sur la partie interdit la connaissance pleine et entière. Je dois me résoudre à l’admettre, l’homme est un être-pour-l’ignorance. Les poèmes les plus profonds, les philosophèmes les plus sublimes, les théorèmes les plus subtils n’y changeront rien. Ignorance, ou illusion et fantasme. Le philosophe ne peut que détromper les croyants de toutes sortes, il peut désigner le faux, sans pouvoir repérer le vrai, comme tout homme cherchant un objet perdu, qui peut facilement montrer qu’il n’est pas ici ou là, tout en ignorant où il se trouve.

Avec un tel message de scepticisme vis-à-vis des religions, des morales, des éthiques, des idéologies, des supercheries bavardes et des savoirs illusoires, je ne me suis pas fait beaucoup d’amis. Mais je continue, avec mes forces qui s’amenuisent, à tâcher d’observer le réel, car c’est dans le réel que se trouve mon tragique devenir.

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Pour qui j'ecris ?

7 Janvier 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Littérature

J’ai publié, sur papier, plus de 40 livres et plusieurs centaines d’articles. Mon premier texte édité, intitulé « L’histoire des sciences dans l’enseignement », est paru en 1969 dans la Revue nationale d’Education du Burundi. Le fil rouge de cette production de près de 50 années est ma recherche philosophique centrée sur la comparaison des systèmes de pensée dans une perspective épistémologique (d’où de nombreux textes consacrés à l’histoire de la pensée), mais il s’y trouve aussi des comptes rendus de recherches en botanique et en biologie, un bref roman et quelques nouvelles, des poèmes, des textes journalistiques, des billets d’humeur (notamment dans le quotidien belge L’Echo), des recensions.

En décembre 2010, je crée le présent blog. Ceci devait remplacer le journal intime que je tenais, d’ailleurs fort irrégulièrement, depuis 1962, et qui n’avait pour seul lecteur que moi-même, car il s’agissait d’éclaircir mes idées et pas de faire œuvre littéraire. Je n’ai en effet jamais envisagé de publier des extraits de ce journal, qui n’était qu’un aide-mémoire de l’évolution de mes méditations. Mais un blog étant accessible par quiconque, je fus vite amené, un peu malgré moi, à songer à d’éventuels lecteurs, et je cherchais le mot juste, la phrase intrigante, afin de retenir l’attention de mon lectorat. Ma philosophie, dès lors qu’elle devenait partagée, se transformait ainsi en littérature, et le souci rhétorique (c’est-à-dire esthétique et sentimental) me conduisait sur de nouveaux chemins.

Qui sont les lecteurs de mon blog ? A part quelques collègues et amis, je ne les connais pas. Dans ma production papier, je m’adressais à des publics assez bien définis, et mes articles de botanique, par exemple, visaient la communauté internationale des botanistes, des agronomes, des biologistes et des phytochimistes, quand mes contributions à la Revue Générale ou à Technologia visaient évidemment les abonnés à ces périodiques. A qui s’adresse mon blog ? Peut-être à ceux qui cherchent à comprendre, chacun dans le silence de ses inquiétudes, d’où leur vient d’être ce qu’ils sont. C’est pour comprendre d’où vient (et où va ?) ce que je suis que l’écris, depuis 1969 pour un public, et depuis 1962 pour moi-même. Mais qu’est-ce qui me pousse à partager avec des inconnus mes émotions de chercheur et ma passion de connaître (si peu !) et de comprendre (si mal !) ?

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Travailler jusqu'au bout

31 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

Je continue de travailler malgré l’amenuisement de mes forces mentales, alors que je pourrais me reposer en attendant la fin. Je continue de chercher les déterminations de l’Être, de l’Être en tant que savoir (épistémologie), en tant qu’être (ontologie), en tant que devenir (eschatologie), en tant qu’humain (anthropologie), en tant qu’absolu (éthique). Je n’ai accompli que le tout début de ce programme, arrivant en épistémologie à la conclusion (peut-être définitive et désespérée) du scepticisme.

Depuis cinquante ans, et même davantage, j’ai arpenté les chemins enchanteurs de la Poésie, et ceux plus rudes et moins achalandés de la Philosophie et de la Science. J’ai étudié l’histoire des religions, lisant les historiens et les ethnologues, j’ai étudié l’histoire de la philosophie, l’histoire de la science, l’histoire de la technologie, l’histoire aussi de la littérature française (y compris la littérature française de Belgique), rédigeant plus de 50 mille fiches de lecture, soit une moyenne d’un millier de fiches par an. Mon fichier (digitalisé) comporte à ce jour 57.595 fiches, réparties en 27.631 notices bibliographiques (références), 11.141 notices biographiques (personnalités) et 18.823 « grandes dates » (événements). Cette documentation m’a servi à publier une quarantaine de livres, à approfondir mes doutes, et aussi à me divertir, car la philosophie la plus exigeante peut aussi distraire le penseur de l’angoisse. Penser l’être pour ne pas penser le disparaître !

A la demande d’un de mes éditeurs, je termine en ce moment l’édition d’une Histoire de la Chimie, qui fera la synthèse de trois livres antérieurs : Penser la matière, La Vie expliquée par la chimie, A la découverte des éléments de la matière. Cet ouvrage sera mon ultime opus, qui devrait paraître en avril 2017. J’y évoque ces hommes admirables que furent Lemery, Lavoisier, Dalton, Berzelius, Liebig, Berthelot, Mendéléev, Kipp, Bunsen, Erlenmeyer, Bohr, Staudinger, Pauling, Bragg, Watson et quelques autres. Un seul récit (un roman, si l’on veut) pour mettre en évidence la filiation des idées qui va, en 25 siècles, des spéculations poétiques d’Empédocle d’Agrigente sur les quatre éléments aux réalisations expérimentales inouïes et aux théories amplement vérifiées dans les laboratoires de notre temps.

Je ne sais toujours pas, après 50 ans de recherches intenses, si les dieux, les anges et les âmes existent, mais au moins je ne doute pas de l’existence des molécules, des protons et des électrons ! Et je me souviens avec une infinie nostalgie des odeurs de nitrotoluène et d’acétate d’amyle des laboratoires de ma jeunesse, et du goutte à goutte fascinant dans la colonne de Vigreux d’un distillateur.

Depuis quelques temps, je n’écris plus dans mon Journal (commencé en 1962), parce que ma main tremblante n’arrive plus à former une écriture lisible. Mais je parviens encore à dactylographier sur le clavier de mon ordinateur. Je continue de travailler… Jusqu’au bout.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

 

 

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Sur la mort de Jean Baudet

12 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Civilisation

Je suis prêt à mourir. Je ne suis pas vraiment pressé, mais le plus tôt sera le mieux. Car j’en ai marre de ce monde qui me dégoûte et me fait vomir, ce monde de bêtise, d’aveuglement sentimental, de pensée encadrée par les fanatismes les plus abjects ou par les bons sentiments bêlants ouvrant la porte à toutes les illusions. J’en ai marre des souffrances, des douleurs, et singulièrement des humiliations insupportables du vieillissement et des dégénérescences. Certes, j’admire encore les splendeurs trop rares de la Civilisation, dues à quelques hommes peu nombreux dans une population de milliards d’individus : la Science (le Polonais Copernic, l’Anglais Newton, le Suédois Linné, le Français Lavoisier, le Russe Mendéléev, l’Ecossais Maxwell, le Néerlandais van der Waals, l’Allemand Einstein, le Danois Bohr, l’Américain Hubble, l’Autrichien Schrödinger, le Wallon Lemaître, le Néo-Zélandais Rutherford, l’Américain Lawrence, le Japonais Yukawa, l’Italien Fermi, l’Américain Pauling, l’Américain Watson, l’Américain Feynman, l’Américain Gell-Mann, l’Américain Nirenberg…), la Technologie (Siemens, Peugeot, Bell, Edison, Ford, Boeing, von Braun, Gates…), la Musique (Mozart, Beethoven, Rachmaninov, Louis Armstrong, Miles Davis, Thelonious Monk, Messiaen, Jolivet…), la Littérature (Hergé et Simenon)… Certes aussi, je me réjouis encore parfois de ces autres merveilles civilisationnelles que sont la blanquette de veau, le gratin dauphinois, la choucroute, les saucisses de Francfort, le cassoulet, les saucisses de Toulouse, le foie gras, le chili con carne, le hamburger (avec du ketchup), le coq au vin, le filet américain (avec des pommes frites et beaucoup de mayonnaise), la sole meunière, le baba au rhum, la tarte Tatin, les spaghettis à la bolognaise, la truite aux amandes, le saumon fumé, la moussaka, le bœuf Stroganov (tout cela arrosé de champagne, de bordeaux, de corbières, de minervois, de rosé d’Anjou, de beaujolais, de bourgogne, et même de chianti et de valpolicella).

Mais toutes ces bonnes et belles choses n’occultent pas les misères du vieillissement individuel, ni les horreurs du déclin de la Civilisation, de plus en plus menacée de l’intérieur par la déchéance de la pensée critique et de l’extérieur par les fanatismes combattant venus des lointains déserts de sable.

Et ne venez pas, chers frères humains qui après moi vivrez, me consoler avec vos « pensées positives », votre « intelligence du cœur », votre « force de l’amour », votre « tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir », et autres « après la pluie le beau temps »… J’ai trop mal au ventre, ma vue se brouille, mes bras tremblent… Je vais réécouter un disque de Louis Armstrong. Cela s’appelle « What a beautiful world ». En attendant l’agonie.    

 

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Pour quoi ecrire encore ?

14 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Philosophie

Et maintenant, au seuil de l’agonie, que vais-je faire ? Au-delà de la question égoïste, il y a ici questionnement universel, car il vient pour chacun le temps de la mort proche, quand les forces déclinent et que l’on se demande pour quoi l’on a vécu. Les démographes estiment à cent milliards le nombre de mes « semblables » déjà disparus. Quels furent leurs apports à la Civilisation, si tant est que l’on accorde une quelconque valeur aux avancées civilisationnelles ? Et quelle humilité quand on voit ce qu’on laisse soi-même par rapport à quelques dizaines de grands destins : Aristote, Spinoza, Lavoisier, Einstein !... Quel démon de la perversité me pousse à ajouter à cette liste glorieuse les noms de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, ou de Maurice Maeterlinck et de Romain Rolland ?

Or donc, je vais bientôt mourir. Ma mémoire s’affaiblit, j’écris péniblement, la lecture me pèse, mes organes se détériorent les uns après les autres, mes enthousiasmes ont disparu, mes passions sont éteintes, je m’approche, dans l’angoisse de nouvelles douleurs, de mon néant. Il est temps de faire le bilan de ma vie, encore que ce dernier exercice ne servira à rien.

Outre quelques travaux de biologie, au temps lointain de ma jeunesse, et quelques poèmes, j’ai consacré la plus grande partie de ma vie à la recherche épistémologique, espérant apporter une contribution à la question de la connaissance. C’est dans cette perspective que j’ai résumé, en quelques milliers de pages, l’histoire des systèmes de pensée : la technique (fondatrice d’humanité) ; les religions (avec les inventions des rites, des mythes, des dogmes…) ; la philosophie ; la science (mathématique, physique, chimie, biologie) ; la technologie (fille de la science ayant permis l’actuelle « mondialisation » des hommes). Au total, une quarantaine de livres, et quelques centaines d’articles.

Pourquoi (ou pour quoi) continuer ? Malgré la magnifique splendeur de cet esprit humain qui sort lentement des ténèbres de l’animalité par l’invention d’outillages de plus en plus efficaces (dont le langage) pour atteindre des vérités sublimes, malgré mon admiration pour Epicure, pour Galilée, pour Newton, pour Mendéléev, tout mon travail de déconstruction du progrès intellectuel m’a conduit au pessimisme le plus noir, au nihilisme le plus strict, mais débarrassé de l’ultime illusion nietzschéenne du « surhomme ». Pourquoi alors transmettre mes idées et les questions laissées pendantes aux nouvelles générations – qui, d’ailleurs, ne me lisent pas, sacrifiant à de nouvelles idoles : la Nature, le Vivant, la Démocratie, la Justice, l’Ethique… A quoi sert-il d’expliquer à des jeunes gens obnubilés par le « retour du spirituel », tentés par le bouddhisme, l’évangélisme, l’islamisme, ou qui vénèrent les chansons de Bob Dylan, que la philosophie, c’est le doute perpétuel ? Que deux millénaires de haute pensée, malgré la découverte des galaxies et des quarks, malgré les téléphones portables de Samsung et les fusils-mitrailleurs de Kalachnikov, n’ont pas fait progresser beaucoup l’esprit des hommes par rapport aux positions de Socrate, qui savait qu’il ne savait rien.

Et pourtant, s’ils acceptaient le doute philosophique, les hommes ne connaîtraient plus le fanatisme destructeur des religions, la démagogie perverse des promesses électorales et des idéologies, les illusions (conduisant aux pires atrocités) proférées par les hommes providentiels et leurs prophètes, et les humains pourraient vivre tranquillement, en cultivant leur jardin. Mais cela ne les empêcherait pas de connaître, tôt ou tard, la douleur, les souffrances et la mort. En attendant, écoutons Beethoven…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Penser, c'est s'exposer

24 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Philosophie

Penser, c'est s'exposer

Ceci est mon 810ème billet dans ce blog. J'ai créé ce blog en décembre 2010, et cela fait donc maintenant plusieurs années que je livre au public du monde entier - pourvu qu'il sache lire le français et qu'il accepte les servitudes de la lecture sur écran -, avec assiduité, mes pensées au jour le jour... Je livre ainsi ma pensée brute, parfois brutale, sans apprêts ni finition littéraire, à quelques centaines de lecteurs, réguliers ou occasionnels, approbateurs ou scandalisés par mes idées généralement politiquement incorrectes. Je remercie d'ailleurs les Français, les Canadiens, les Flamands, les Bruxellois, les Wallons, les Suisses, les Luxembourgeois, les Marocains, les Algériens, les Tunisiens, les Sénégalais, les Ivoiriens, les Gabonais, les Congolais, les Rwandais, les Burundais et tous les autres qui viennent visiter ce blog. Grâce à quelques tags (#Poésie, #Cuisine, #Science, etc.), ils peuvent facilement retrouver mes messages sur des thèmes précis, et connaître l'évolution au cours du temps de mon travail philosophique, exposé au grand jour.

Plus de 800 articles, cela fait l'équivalent d'une demi-douzaine de livres en librairie. Ma production "électronique" reste modeste par rapport à ma production "papier" (42 titres).

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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La vie de Jean Baudet

27 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

J'ai connu des femmes, j'ai eu des enfants, j'ai fait des voyages, j'ai visité des pays, j'ai rencontré des gens, j'ai mangé des fruits et des légumes, j'ai mangé des saucisses de porc, j'ai mangé de la blanquette de veau, j'ai mangé des hachis Parmentier, j'ai mangé des spaghetti, j'ai mangé du canard laqué, j'ai mangé du foie gras, j'ai mangé des fromages au lait cru, j'ai mangé des crêpes à la place Jussieu (Paris), j'ai mangé des frites à la Foire du Midi (Bruxelles), j'ai bu du minervois, du bordeaux, du beaujolais, du bourgogne, du rosé d'Anjou et du coca-cola, j'ai assisté à des concerts, je suis allé au théâtre et au cinéma, j'ai marché dans des forêts tropicales, j'ai vu des lions et des éléphants dans des savanes d'Afrique, j'ai étudié les mathématiques, la physique, la chimie, la mécanique analytique, la biologie et la philosophie, j'ai donné des cours, j'ai fait des conférences, j'ai lu des livres, y compris l'oeuvre complète de Gaston Bachelard, j'ai composé des poèmes, je me suis assis dans des fauteuils, j'ai pris le train, le métro, l'avion, je suis allé à Nantes et à Rouen, j'ai construit des phrases, j'ai inventé des concepts, j'ai évalué des hypothèses, j'ai élaboré des synthèses, j'ai travaillé dans des laboratoires, j'ai publié des livres, j'ai connu des imbéciles, j'ai connu quelques "grands hommes" (moins nombreux), j'ai eu des maladies, je me suis coupé les ongles des orteils, j'ai fait de longues siestes, longtemps, je me suis couché de bonne heure, j'ai accordé des interviews, j'ai critiqué Hegel, Husserl et Heidegger, j'ai fait souvent un rêve étrange et pénétrant, j'ai aimé les films d'Ingmar Bergman, les poèmes de Nerval, les romans de Julien Green, les mémoires de Winston Churchill, les travaux de Mircea Eliade, la musique d'Adré Jolivet, les aventures de Bob et Bobette, j'ai détesté les textes de Jacques Ellul et les idées de Jean-Jacques Rousseau, j'ai connu le professeur Guy Hirsch, la médiéviste Carmélia Opsomer, l'ingénieur Stéphane Cnockaert, le poète Philippe Leuckx, le dramaturge Jean-Pierre Dopagne, la romancière Martine Rouhart. J'ai vécu.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Qui suis-je ?

5 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Epistémologie

Je ne me contente pas, je me méfie même des déterminations convenues, telles que "je suis né à Bruxelles", "je suis marié et père de deux enfants", "je suis philosophe", "je suis docteur de l'Université de Paris VI", et autres formulations qui ne font que signaler quelques traits, véridiques, certes, mais peu éclairants. Car je veux me connaître au niveau d'exigence de la philosophie universitaire, et je veux bénéficier dans ma recherche des plus hautes avancées de la recherche ontologique. Je n'ai guère pour répondre que les lectures (le "moi" de Socrate ou de Gadamer m'éclaire-t-il sur le mien ?) et l'introspection. Je n'ai malheureusement pas eu la chance, en 70 ans d'existence (d'être-là !), d'avoir rencontré d'autres modes d'acquérir des savoirs que par l'observation (y compris de moi-même) et par le raisonnement. Comme j'envie ceux qui trouvent des certitudes (et consolantes, en plus !) dans un coran ou un évangile ! Moi je n'y trouve que des phrases rédigées par des hommes. C'est que "je suis", aussi, historien des systèmes de pensée dont je vise une critique radicale. Et je suis quand même très averti, par mon parcours intellectuel, que je peux avoir des hallucinations en observant, ou sombrer dans les paralogismes en raisonnant ! Comment donc une définition de soi par soi pourrait-elle échapper au subjectivisme ?

Je suis une douleur, une souffrance d'autant plus vive qu'elle s'alimente de l'image des souffrances à venir. Et même si ma douleur est une hallucination, et même si la conscience de ma douleur est un paralogisme, je souffre ! Le malade imaginaire souffrait "réellement". L'être de mon être est un être où il est question de son devenir, et ce devenir - au vu de ma mémoire, de mes lectures, de mes réflexions - est source d'une angoisse croissante, et je ne suis finalement qu'angoisse et peur. J'échappe par moments (deux verres de bourgogne, un comprimé de xanax ou quelques mesures de Mozart) à cette anxiété raisonnée, mais c'est pour y retomber mieux. Comment ma raison pourrait-elle me dire que "ça ira mieux demain" avec des douleurs dans le bas-ventre, une vue qui baisse, une femme malade, des casseurs dans les rues, des imbéciles de plus en plus nombreux avec l'explosion démographique, des poètes qui voudraient me gonfler d'optimisme parce que l'astucieux renard a mangé le fromage, une toux permanente, et une fatigue lancinante qui m'ôte le simple plaisir de bouger bras et jambes ?

Je suis ma souffrance, ou plus ontologiquement le ressenti de ma souffrance, décuplée par la conscience d'un futur pire. Que peut l'optimisme, l'amour du genre humain, la confiance en Manitou ou en la Gauche, devant l'incontinence urinaire, la tuberculose revenue, le cancer du colon, l'hémiplégie, ou les maladies sociales comme le fanatisme ? Je ne fais pas des phrases - la littérature distrait un peu de la souffrance - je crie ma peur !

A propos de lecture, je retrouve dans un coin de ma bibliothèque un des manuels que j'ai utilisés, il y a cinquante ans, quand je m'initiais à la pensée libre (ironie : dans une faculté... catholique !). Il s'agit de l' "Introduction à la philosophie" de Louis De Raeymaeker (4ème édition, 1956). J'y retrouve ce passage.

"le cartésianisme imprima d'emblée à la philosophie moderne certains traits caractéristiques: l'exigence d'une méthode rigoureuse et d'une critique radicale, la préoccupation de considérer toutes choses dans la perspective du moi conscient, la recherche d'un système d'explication universelle et qui soit fondé sur la richesse dynamique de la pensée constructive"

Mon "moi conscient" - le "moi" de n'importe quel lecteur de ce blog, qui finira par souffrir hideusement, tôt ou tard - est donc le fondement unique (par où commencer, sinon par soi-même) de la critique radicale de toute pensée constructive. Les plus âgés n'ont que la conscience de leur angoisse. Les plus jeunes ont encore les illusions (ah oui, comme je me souviens de mes enthousiasmes) de pouvoir construire un monde nouveau. Ce ne serait pas mal, un monde sans cancer, sans paralysie, sans fanatisme et donc sans illusions !

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Auto-portrait (poeme bizarre)

22 Août 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poème, #Biographie

Je suis bourgeois, judéo-chrétien, capitaliste, unilingue, francophone, libéral, occidental, démocrate, féministe (jusqu'à un certain point), misanthrope, taciturne, sans illusions, intellectuel, matérialiste, athée pratiquant.

Je suis poète maximaliste, écrivain professionnel, philosophe, épistémologue, éditologue, ancien biologiste, ancien botaniste, ancien éditeur, ancien journaliste, ancien universitaire, reformulateur de phrases absconses, réévaluateur de concepts abstrus, détestateur de la poésie minimaliste, exécreur de Maeterlinck, admirateur d'Albert Einstein, de Gaston Bachelard, de Mélanie Rios et de René Descartes.

Je suis chevelu et barbu, obèse, couvert d'ulcères, de dermites, de dermatoses, de télangiectasies, de papules, de papillomes, de pustules, de bubons, de comédons, de furoncles, d'eczéma, d'abcès, de chancres.

Je suis anti-communiste, anti-écologiste, anti-humaniste, anti-nationaliste, anti-communautariste, anti-terroriste, anti-Rimbaud, anti-Mallarmé, anti-Char, anti-socioconstructiviste.

Je suis bruxellois, belge, européen, historien des mathématiques, de la physique, de la chimie, de la biologie, de la médecine, de la technique, de la technologie, de la cuisine, des religions, de la philosophie, de la littérature française, de la littérature belge.

Je suis démolisseur de mythes, écrabouilleur de mystiques, écraseur de moustiques (en Afrique, de 1966 à 1975), déboulonneur de statues littéraires, éparpilleur d'illusions, annonciateur de misères, pourfendeur d'espérances.

Je suis contre les bien-pensants, les maniaques humanitaires, les moralistes, les curés, les imams, les humanistes sélectifs, les éthiciens, les vendeurs de prêt-à-penser, les assassins, les voleurs, les zoophiles, les pédophiles, les littérateurs de la compassion, de la gnangnantitude, les couvercles de pots de confiture que l'on ne parvient pas à ouvrir sans pince, les steaks trop cuits, les lentilles pas assez cuites, le chablis tiède, le pommard trop froid, les pizzas, les fromages sans odeur, les choux rouges, la rhubarbe, les poèmes égocentriques. 

Pour info :                      

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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