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Jean C. Baudet

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Histoire de la science et de la non-science

28 Juillet 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Histoire, #Science

Entre 2002 et 2009, j’ai publié aux éditions Vuibert, à Paris, une « Histoire de la science » déclinée en 9 volumes, totalisant plus de 3 000 pages. C’était une synthèse critique (conçue comme une introduction à la question épistémologique) de mes propres recherches et des travaux de Ferdinand Hoefer, de George Sarton, de Gaston Bachelard, de Thomas S. Kuhn, de René Taton, de Bertrand Gille et de bien d’autres. Il s’agissait de repérer dans l’Histoire, depuis les origines préhistoriques de la pensée jusqu’à nos jours, les découvertes et inventions les plus décisives de l’esprit scientifique, afin d’expliquer dans la diachronie les mécanismes cognitifs. En 2009, ce travail étant achevé, je conçus le projet complémentaire de publier une « Histoire de la non-science », c’est-à-dire d’étudier l’évolution de la pensée ne faisant pas appel à la « méthode scientifique », qui a produit les mythes, les religions et la philosophie.

Je parvins à produire deux premiers volumes, publiés aux éditions Jourdan, à Bruxelles : Curieuses histoires de la pensée (2011, 601 pages) et Histoire de la pensée de l’an Un à l’an Mil (2013, 335 pages). Le premier tome analysait l’apparition de la pensée et son développement depuis les commencements de l’hominisation jusqu’au début de l’Empire romain (c’est-à-dire avant le début du christianisme). Le deuxième tome étudiait le déclin et la quasi disparition de la philosophie pendant qu’apparaissaient des religions nouvelles : christianisme, gnosticisme, manichéisme, islam. Il me restait à traiter l’évolution des idées de l’an 1000 au début du XXIème siècle, ce que j’envisageai de réaliser en trois volumes, mais les premiers symptômes du vieillissement me privèrent des forces nécessaires pour mener à bien ce programme devenu trop ambitieux.

Je réussis cependant à produire encore quelques ouvrages, et j’eus la satisfaction de faire paraître, aux éditions La Boîte à Pandore, à Paris, en 2016 : Les plus grandes dates de la science et Les plus grandes dates de la philosophie.

 

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

 

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A quoi pensent les Belges ?

23 Juillet 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

En 2010, j’ai publié un livre chez Jourdan, à Bruxelles, qui est une étude historique et critique de la pensée en Belgique, c’est-à-dire de la production par des auteurs belges en philosophie, en sciences humaines et en littérature, ce que l’on appelle communément « les lettres ». Le titre de l’ouvrage : A quoi pensent les Belges ? (361 pages). Il s’agissait en somme de tester, en prenant l’exemple de la Belgique, où je vis et que je peux donc observer aisément, mon hypothèse d’une opposition radicale (psychologique et épistémologique), dans le monde intellectuel, entre la « culture » et la « STI » (science-technique-industrie), entre les sciences et les non-sciences, entre, pour citer Pascal, le cœur et la raison. J’avais en effet précédemment, chez le même éditeur, publié une Histoire des sciences et de l’industrie en Belgique.

Ce qui m’a le plus frappé dans ce travail, c’est le contraste entre l’importance prise par la science et la technique, dans mon pays, avec des étoiles de première grandeur comme Etienne Lenoir (l’automobile), Zénobe Gramme (l’électrotechnique), Georges Lemaître (qui met en équations l’origine de l’Univers), Ilya Prigogine (qui met en équations l’origine de la Vie), et la modestie des résultats obtenus par les philosophes et les écrivains. Il n’y a guère que Georges Simenon et Hergé à avoir acquis une renommée internationale (et dans des genres populaires, le roman policier et la bande dessinée), et il ne se trouve pas chez les Belges de philosophes de la taille d’un Jean-Paul Sartre chez les Français, ou d’un Martin Heidegger chez les Allemands.

Il y a sept ans, déjà. Je me souviens avec une douce nostalgie de mon ardeur à lire de nombreux textes, à dépouiller de nombreuses revues, à prendre de nombreuses notes, à la Bibliothèque Royale, à Bruxelles, et des conversations auxquelles je pris part dans les salons de l’Académie de langue et de littérature françaises ou de l’Association des Ecrivains belges, et j’évoque avec une mélancolie poignante quelques disparus que j’eus le bonheur de rencontrer, le dramaturge Georges Sion, les poètes Raymond Quinot, Jean-Luc Wauthier et Emile Kesteman, la romancière France Bastia, le romancier Alain Bertrand, les historiens des sciences Jean Pelseneer et Guy Hirsch (auxquels je dois beaucoup), le linguiste Firmin Rodegem, les historiens Maurice A. Arnould et Jean-Pierre Nandrin, et quelques autres. Que sont-ils devenus ?

 

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Pour une necrologie de Jean Baudet

19 Juillet 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

Jean Claude Gaston Jules Baudet est né à Bruxelles, rue Haute, en Belgique occupée par les nazis allemands, le 31 mai 1944, à 11 heures du matin, fils du Wallon Emile Baudet et de la Bruxelloise Marguerite de Souter. Il est marié à Marianne Allard, de Tournai, et est père de deux enfants, Sylvianne et Christine. Il a fait ses études à l’Institut Saint-Boniface, à Ixelles, à l’Athénée de Wavre, à l’Athénée d’Ixelles, à l’Institut Supérieur Industriel de Bruxelles (chimie et sciences nucléaires), à l’Université Saint-Louis, à Bruxelles (philosophie), à l’Université de Bujumbura (biologie et botanique) et à l’Université Pierre et Marie Curie Paris-VI. Il est docteur de l’Université de Paris.

Jean C. Baudet a été enseignant (mathématiques, histoire des sciences, philosophie) au Collège jésuite Saint-François-Xavier, à Kikwit (Congo ex-belge), au Collège Notre-Dame, à Gitega (Burundi), et au FNRS (Fonds National belge pour la Recherche Scientifique) dans le cadre du Programme d’enseignement de troisième cycle de l’histoire des sciences.

Il fut botaniste à Butembo, au Zaïre, biologiste (phytochimie, taxonomie, génétique) à la Faculté des Sciences agronomiques, à Gembloux, éditeur, journaliste, poète, écrivain et philosophe. Il a fondé la revue d’histoire de la science et de la technologie Technologia (1978-1989) et le magazine Ingénieur et Industrie (1979-1996).

J.C. Baudet fut président-fondateur de l’Association pour la Promotion des Publications scientifiques en langue française, administrateur de la SRBII (Société royale belge des Ingénieurs et des Industriels), secrétaire du Comité belge d’Histoire des sciences, membre du Centre national belge d’Histoire des sciences, administrateur du Comité Sluse d’Histoire des sciences et des techniques (Université de Liège), administrateur de l’association PIWB (Patrimoine industriel Wallonie-Bruxelles), membre de l’AJPBE (Association des Journalistes périodiques belges et étrangers), membre du Conseil supérieur belge de la langue française, membre du Comité de rédaction de la Revue Générale, chroniqueur au quotidien L’Echo, membre de l’association belge de poètes Grenier Jane Tony, membre de l’AREAW (Association Royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie), administrateur de l’AEB (Association des Ecrivains belges).

Il a publié plusieurs centaines d’articles scientifiques, d’articles historiques et philosophiques, d’articles journalistiques et de billets d’humeur, de comptes rendus de lecture, de poèmes et de nouvelles, ainsi qu’une quarantaine d’ouvrages parus chez les éditeurs ACCT (Paris), APPS (Bruxelles), Vuibert (Paris), L’Harmattan (Paris), Jourdan (Bruxelles), La Boîte à Pandore (Paris) et De Boeck (Louvain-la-Neuve).

La pensée de J.C. Baudet s’est développée à partir de l’idée d’éditologie, qu’il a proposée au début des années 1980, et qui est une épistémologie diachronique qui vise à résoudre le mystère de la Connaissance (donc de la Conscience, et donc de l’Être) en intégrant dans une méditation philosophique (et par moments poétique) les données de l’histoire des systèmes de pensée, des neurosciences, de la psychologie cognitive et de l’intelligence artificielle. L’éditologie découvre le primat (historique et gnoséologique) de la Technique, qui conduit à théoriser l’antagonisme entre les cultures et la STI (science-technique-industrie), actualisant l’opposition pascalienne entre le cœur et la raison. La pensée de Jean C. Baudet débouche sur un matérialisme sans illusions, tempéré par un scepticisme prudent. Elle a pour principaux inspirateurs Aristote, Spinoza, La Mettrie, Feuerbach, Nietzsche, Popper, George Sarton, Bachelard, Bertrand Gille.

Certains écrits de J.C. Baudet sont caractérisés par un humour noir et féroce, qui dénonce les chimères des superstitieux de toutes sortes et qui se dresse contre les menaces que le « politiquement correct » fait peser sur la liberté de penser.

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Inventaire amoureux

10 Juillet 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

Les amours sont toujours électives, c’est-à-dire discriminantes, car il s’agit d’attribuer une valeur éminente à l’être aimé, et donc de fonder une hiérarchie entre les êtres, sous l’action de mystérieuses et peu compréhensibles pulsions et répulsions incoercibles venues du conscient et de l’inconscient.

Voici un catalogue (incomplet !) de mes amours et amitiés, que j’assume pleinement, même si je ne puis établir la profonde origine de mes dilections particulières. Pourquoi la sympathie vers l’un et l’antipathie vers l’autre ?

J’aime ma femme, mes enfants, mes amis, les Bruxellois, les Flamands, les Wallons, les juifs, les Israéliens, les Japonais, les Sud-Coréens, les Américains, les Canadiens, les Argentins, les Français, les Polonais, les Russes, les mathématiciens, les physiciens, les astrophysiciens, les chimistes, les cosmochimistes, les biologistes, les botanistes, les palynologues, les généticiens, les chasseurs, les industriels, les ingénieurs, les chefs d’entreprises, les commerçants, les gendarmes, les policiers, les pompiers, les romanciers, les dramaturges, les poètes (à l’exception des minimalistes), les armateurs, les subrécargues, les violoncellistes, les phytogéographes, les constructeurs de ponts et de chaussées, les fumeurs de tabac, les buveurs de vins, les mangeurs de boudins, les peintres (sur toile), les menuisiers, les ébénistes, les aquarellistes, les compositeurs de concertos ou de pavanes, les vitriers, les rémouleurs, les tourneurs, les fraiseurs, les ajusteurs, les affûteurs, les chauffeurs de taxi, les marchands des quatre saisons, les marchands de crèmes glacées, les marchands de gaufres, les marchands de frites et de sauce andalouse, les bouchers, les charcutiers, les armuriers, les avionneurs, les chapeliers, les actuaires, les agents de change, les capitaines au long cours, les professeurs (à l’exception des cuistres), les bijoutiers, les strip-teaseuses, les danseuses nues, les prostituées, les call-girls, les ménagères de moins de 50 ans, les ménagères de plus de 50 ans, les historiens de l’Antiquité, les historiens du Moyen Âge appelés médiévistes, les paléographes, les sigillographes, les préhistoriens, les philologues, les grammairiens, les lexicographes, les métaphysiciens, les sceptiques, les agnostiques, les nihilistes, les athées, les anticléricaux, les blasphémateurs.

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La pensee de Jean Baudet

14 Mai 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Biographie

Je voudrais résumer ma pensée de la manière la plus simple, la plus « claire et distincte » possible. Et d’abord, je dois insister sur ceci. Ma pensée est rigoureusement métaphysique et non politique. Je m’occupe de l’Être, du Temps, de l’Esprit, de l’Absolu, du Moi, et je ne me soucie nullement des imprécations d’un Mélenchon ou des vociférations d’un Macron. D’ailleurs, je me suis rarement exprimé, dans mes écrits ou mes conférences, à propos des questions éthiques et d’organisation sociale. Que peuvent me faire l’avenir de l’Humanité ou le sort de la Planète, quand je sais que je souffre, et que je souffrirai de plus en plus ? Car la métaphysique, c’est la prise de conscience des douleurs par le métaphysicien.

J’ai commencé par analyser le problème (ou le mystère ?) de la connaissance, question préjudicielle sur laquelle se fonde la recherche métaphysique : comment connaître les déterminations de l’Être et du Temps, si l’on ne sait pas s’il est seulement possible de connaître ? J’ai donc, baptisant ma démarche « éditologie », débuté – il y a plusieurs dizaines d’années – par des introspections cognitives, par des recherches du côté de l’informatique (l’intelligence « artificielle ») et des neurosciences (les réseaux de neurones), et surtout par l’étude critique de l’évolution historique des systèmes de pensée. Je retrouve la référence d’un article publié par moi en 1990 : « Intelligence artificielle = épistémologie appliquée », Ingénieur et Industrie 15 : 15-16.

Mon étude méthodique des systèmes de pensée a commencé au temps de ma revue Technologia, que j’ai fondée en avril 1978. Il faudra attendre 2002 pour que paraisse le premier volume de mon « Histoire générale de la science », et 2011 pour que sorte de presse mon premier livre d’histoire des religions et de la philosophie.

Tout ce travail m’a mené au scepticisme. Il est impossible – malgré les extraordinaires progrès de la science et ceux, plus modestes, de la philosophie – d’atteindre une pleine et entière connaissance de l’Être, comme l’a montré de manière sans doute définitive Kant en 1781, et comme le savaient déjà Pyrrhon et Gorgias bien avant lui. Mais il ne s’agit pas d’un scepticisme absolu (comme le pyrrhonisme), mais d’une distinction (comme chez Kant) entre le phénomène connaissable et le noumène incogniscible. Le monde phénoménal est accessible par la science, qui se démarque de la philosophie par le recours à l’instrumentation.

Restait alors à bâtir une ontologie sur ce scepticisme relatif.

On peut regrouper toutes les nombreuses propositions ontologiques faites au sein de l’Humanité au cours de la Préhistoire et de l’Histoire (déjà avant même l’avènement de la philosophie avec Thalès de Milet) en deux et seulement deux groupes : les matérialismes et les anti-matérialismes ou idéalismes. Ou bien l’Être n’est formé que de matière, ou bien il est formé de matière et d’autre chose (tabou, sacré, esprits, âmes des morts, dieux multiples ou dieu unique, anges et démons, idées, valeurs…). On ne peut pas sortir de cette dualité : A ou non-A. Il est clair que la matière correspond au monde phénoménal de Kant et que l’éventuelle autre chose correspond au monde nouménal, à un « arrière-monde ». D’où une formulation très simple de la question ontologique : y a-t-il autre chose que la matière, que les objets de même nature que le corps humain, fait de chair et de sang ?

En toute rigueur, mon scepticisme m’interdit de répondre. Je ne peux donc proposer que des hypothèses, malheureusement invérifiables. Incapable d’atteindre le vrai, je dois me contenter du vraisemblable. Les succès impressionnants de la science – de l’exploration du Réel par l’observation et le raisonnement – et les réalisations extraordinaires de la technologie me donnent à penser. Si le monde phénoménal (matériel) est accessible à l’esprit humain, n’est-ce pas parce que celui-ci est de même nature que celui-là ? Et puis, il y a l’argument psycho-historique : les idéalismes sont apparus des millénaires avant les matérialismes, et caractérisent aussi bien la pensée archaïque (les religions) que la pensée infantile.

J’en arrive donc à un « matérialisme prudent », fondé sur un « scepticisme relatif ». Je ne sais pas si Osiris, Zeus ou Vishnou existent, mais je suis sûr de l’existence de mes bras qui tremblent et de mon ventre douloureux, et je n’ai aucune raison de douter de celle des fermions et des bosons, c’est-à-dire de la matière. Il faudra que je me contente de ce triste savoir.

Post scriptum.- Il faut peut-être que je rappelle que le scepticisme est l’adversaire de tous les dogmatismes et que le matérialisme est l’ennemi de toutes les religions.

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Bibliographie de Jean Baudet

19 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Littérature

De 1969 à nos jours, j’ai publié un ouvrage de biologie végétale, un roman, deux recueils de poésie et 40 livres, soit de philosophie, soit d’histoire des systèmes de pensée (religion, philosophie, science), sans compter plusieurs centaines d’articles et de poèmes.

Mais mon œuvre n’est pas achevée, et j’édite encore, dans ce blog (depuis 2010), de courts textes qui constituent comme les pages d’un « journal intime » dévoilées au public (aléatoire et improbable), qui donnent, au jour le jour, le récit d’un voyage métaphysique qui est une descente aux Enfers, un lent dévoilement de l’Être qui est comme un obscène strip-tease de la Mort, un cheminement vers la Souffrance ultime et vers le Néant.

Je ne tente plus guère d’orner des fleurs de la poésie et de la rhétorique les résultats désolants de ma recherche, et je n’offre pas à mes lecteurs des pensées roboratives, des alignements de concepts parégoriques et des conseils de bonheur. Mais j’écris encore, je confectionne encore des guirlandes de mots avec les termes de mes observations introspectives et de mes raisonnements ontologiques, je continue encore de communiquer à des lecteurs disparates (qui n’ont en commun que de savoir lire le français) les fruits amers de mes investigations. Je passe, jour après jour, en construisant des phrases comme un enfant édifiant un éphémère château de sable sur une plage ensoleillée, de l’Être au Néant, et tout en écrivant je me méfie de la littérature, qui est un cache-misère, un fatras charmeur de rêveries sentimentales, un paradis artificiel (Baudelaire), un alcool (Apollinaire), une tentation d’exister (Cioran), de dérisoires illuminations (Rimbaud).

Mais peut-être y a-t-il une « valeur », un « sens », une « espérance », dans cet acharnement à penser, à écrire et à partager mes doutes avec des hommes et des femmes que je connais, et avec d’autres que je ne connais pas : « frères humains », disait Villon…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Des nouvelles de Jean Baudet

17 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

Cela fait maintenant plusieurs mois que je ne sors plus. Je me promène, chaque jour, de ma chambre à ma bibliothèque, et je vais quelquefois dans mon jardin (aujourd’hui, le lilas est en fleurs). Je ne me rends plus aux réunions de l’Association des Ecrivains Belges (AEB), de l’Association Royale des Ecrivains et des Artistes de Wallonie (AREAW), du Centre National belge d’Histoire des Sciences (CNHS), de l’Association des Journalistes Périodiques Belges et Etrangers (AJPBE), et d’autres groupements similaires. Je ne pousserai sans doute plus jamais la lourde porte de la Maison des Ecrivains, chaussée de Wavre, à Ixelles, et je ne déambulerai plus dans les vastes couloirs de la Bibliothèque Royale (siège du CNHS).

Le temps a fait son œuvre, et je commence à m’éteindre. Je ne verrai plus mes amis. Déjà, je n’écris plus « à la main », mais j’arrive encore à dactylographier sur le clavier de mon ordinateur, et j’alimente ce blog avec les fruits vénéneux de ma pensée. Car je pense encore, tant que je suis.

Parfois, il arrive que je reçoive un courrier électronique d’un écrivain, d’un historien des sciences, d’un journaliste, me demandant de mes nouvelles. J’avoue que cela me procure un certain plaisir, et me plonge dans les charmes magiques de la nostalgie.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Pourquoi j'ecris encore

1 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

J’ai créé le présent blog en décembre 2010, et j’y ai publié, jusqu’à ce jour, 864 articles : billets d’humeur, commentaires de l’actualité, critiques de livres, poèmes, et résultats (toujours provisoires) de mon travail philosophique. Celui-ci, fait de réflexions introspectives et de nombreuses lectures, m’a conduit, en ontologie, au matérialisme – comme Spinoza en 1677 – et, en gnoséologie, au scepticisme – comme Kant en 1781. Tout cela mène au nihilisme et au pessimisme le plus noir : qui pourrait nier l’existence des maladies, de la souffrance et de la mort ? Faut-il, pour démontrer que mon pessimisme est fondé, décrire avec une précision séméiologique les symptômes de mes affections, et faire le compte minutieux de mes ulcères, de mes furoncles, de mes télangiectasies, de mes pustules, de mes papules ? Les romanciers Jacques Richard, France Bastia (décédée depuis), Anne-Michèle Hamesse, Martine Rouhart, les poètes Philippe Leuckx, Louis Mathoux, Liza Leyla, Anne-Marie Derèse, Isabelle Bielecki, les philosophes Pierre Kutzner, José Fontaine, m’ont fait le reproche, plus ou moins vivement, de répandre le pessimisme dans mes écrits, de décourager ainsi les braves gens, d’émettre des « ondes négatives », et d’oublier les plaisirs de la vie, les beautés de la nature, les douceurs de l’amitié et les jouissances de l’amour.

Mais reproche-t-on au physicien de répandre l’idée que les protons sont électriquement positifs, ou au botaniste d’affirmer que les fleurs de haricot possèdent dix étamines ? Pourquoi le philosophe devrait-il taire les résultats de ses travaux, s’il pense qu’ils sont « vrais », et éviter les sujets qui peinent : le cancer, le vieillissement, la mort d’un parent ou d’un ami, les émeutes, les guerres, les incendies ? Le rôle du philosophe n’est pas d’enjoliver le Réel, mais de le décrire le mieux possible. Il ne s’agit pas de consoler et d’inventer de l’espérance, mais d’observer les êtres et les choses, et d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Mais que mon pessimisme ne vous empêche pas de jouir, jusqu’à l’orgasme, et d’ailleurs mon scepticisme m’oblige à considérer mon pessimisme comme un résultat provisoire, affecté d’un haut coefficient de doute. Qui sait ? Peut-être que mon pessimisme est une erreur, et que demain je retrouverai les enthousiasmes de ma jeunesse, les bonheurs de ma maturité et les enchantements du gai savoir ?

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Vie et mort de Jean Baudet

9 Février 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Philosophie

Philosopher, c’est chercher à connaître et comprendre l’Être, c’est-à-dire tout ce qui peut vraiment agir sur la destinée du philosophe (sur sa « recherche du bonheur »). Car « exister », c’est avoir la propriété d’altérer, de s’opposer, de contraindre le philosophe, et par le fait même tout homme ordinaire. L’Être est tout ce qui existe, tout ce qui « conditionne » l’Humanité, tout ce qui est la source de la vie et de la mort des humains. Or, l’humain ne possède que son être pour accéder à l’Être, et toute investigation du Réel (autre nom de l’Être) ne peut commencer que par un examen du « moi ». Ce n’est que par le truchement de l’étude de son être que l’être (humain) peut atteindre la connaissance de l’Être qui l’englobe et le détermine de toutes parts. C’est ainsi que commencèrent les grandes méditations de Socrate (« connais-toi toi-même »), de Descartes (« je » pense donc « je » suis), de Fichte (la métaphysique du « Ich »), de Sartre quand il répète que l’existence (du « moi ») précède l’essence. Je n’est pas « un autre », c’est mon moi vécu – dans la joie ou la peine – et c’est le seul chemin qui conduit à l’Être, mais avec la dramatique scissure du moi et du non-moi, et peut-être est-ce un « chemin qui ne mène nulle part », comme le pensait Heidegger (Holzwege). Toute philosophie commence par un égocentrisme et par une subjectivité.

Voilà donc que je dois reprendre mes « observations intérieures », mes analyses de ce « moi », de cet être singulier et foncièrement étrange à lui-même que l’on nomme « Jean Baudet ».

Ma philosophie commence par mon autobiographie (c’est aussi vrai de toute œuvre littéraire, et voici une passerelle posée entre le « littéraire » et le « philosophique »).

Mon « je » fut d’abord professeur de mathématiques puis de philosophie, puis il fut chercheur (en botanique et en biologie), puis éditeur, puis écrivain. Jean Baudet « gagna sa vie » (son « être ») successivement en enseignant, en cherchant, en éditant et en écrivant.

L’enseigner, le chercher, l’éditer, l’écrire sont ainsi des modalités de mon être, des « tranches de vie », et « qu’appelle-t-on penser » sinon, dans un ordre différent, chercher, écrire, éditer et enseigner ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Le vieil homme et l'amer

13 Janvier 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Epistémologie

Dévoré par l’angoisse d’un avenir sans espoir, fait des humiliations du vieillissement et des souffrances de la maladie, je poursuis mon travail philosophique, malgré l’affaiblissement de mon énergie mentale, renonçant à contempler jamais la splendeur de la vérité (splendor veritatis), pour « passer le temps », me consolant en me remémorant les étapes de mon cheminement intellectuel, depuis l’époque, enfouie dans les brumes du passé, des interrogations de mon adolescence. J’essaye, par le souvenir et l’introspection, de reconstruire les moments-clés de mes tentatives de répondre aux « grandes questions », que je commençais à me poser, autant qu’il m’en souvienne, vers 1958, au temps de l’Exposition Universelle de Bruxelles. C’est en 1968 seulement que je fis de cette quête une activité professionnelle, étant nommé professeur de philosophie au Burundi (j’y restai cinq ans). En 1973, je mis de côté pour quelque temps mes préoccupations métaphysiques, et je connus les enthousiasmes de la recherche scientifique, en botanique et en biologie. Mais je revins à la philosophie en 1978, en fondant la revue Technologia, dédiée à l’histoire de la science et de la technologie. Car, lecteur de Karl Popper, de George Sarton, de Gaston Bachelard, de Michel Foucault, je m’étais rendu compte que l’examen critique de la science (c’est-à-dire de sa généalogie, de son archéologie comme disait Foucault, de son histoire comme disaient Sarton et Bachelard) était, pour la philosophie, un travail préjudiciel obligé, car il s’agissait d’apprécier les différences entre la pensée commune et la pensée scientifique.

La philosophie est la « pensée sur la pensée », et il fallait donc, en 1978, analyser les différents modes de penser, et aller même zu den Sachen selbst, comme le souhaitait Husserl, pour répondre à la question de Heidegger « was heist denken ? » (qu’appelle-t-on penser ?). Or, pour connaître la pensée, il faut l’observer à l’état naissant, et il faut donc observer les commencements de l’activité mentale chez les animaux (éthologie), chez les enfants (psychologie), chez les primitifs (ethnologie), chez les fous (psychiatrie), chez les poètes (philologie). Il faut ensuite comparer ces pensées embryonnaires avec la pensée scientifique, acceptant le postulat que la pensée de Hegel ou d’Einstein est plus élaborée que celles du chimpanzé, de l’australopithèque ou de l’enfant. La pensée est une construction, et l’on doit étudier la psychogenèse chez l’individu (« épistémologie génétique ») et dans l’histoire (« histoire des systèmes de pensée »). Je me mis donc à étudier l’histoire de la science (et de la technologie qui lui est associée), et aussi l’histoire des littératures, des religions, et bien entendu de la philosophie. C’est alors que je développai le concept d’éditologie, pour désigner l’épistémologie basée sur la critique des « textes édités », dès lors que les systèmes de pensée (religions, science, etc.) ne sont observables qu’en tant que textes (séquences de mots) rendus publics. On pense avec des mots. Mais il faut s’en méfier, car il est facile d’inventer des mots qui ne correspondent à rien de réel.

La philosophie commence par une anxiété : « que vais-je devenir ? ». Pas que vais-je faire dans un mois ou dans un an, mais que vais-je devenir dans l’absolu, après ma mort ? Répondre à cette question redoutable, c’est déterminer ce qui dessine mon destin, ce qui existe vraiment par sa capacité d’agir sur mon être, et « ce qui existe vraiment » c’est l’Être, d’où la définition de Parménide développée par Aristote : la philosophie est l’étude de l’Être (to on è on).

La philosophie se décline alors en différentes observations de l’Être, en tant que Connaissance (épistémologie), en tant que Tout (ontologie), en tant que Valeurs (éthique), en tant que Destinée (eschatologie), en tant que Divin (théologie), en tant qu’Humain (anthropologie). Et le philosophe, quel que soit son talent pour inventer des thèses, des antithèses et des synthèses, est bien démuni pour observer l’Être (dont il n’est qu’une infime partie) dans son entier. Le caractère « englobant » (Karl Jaspers) du tout sur la partie interdit la connaissance pleine et entière. Je dois me résoudre à l’admettre, l’homme est un être-pour-l’ignorance. Les poèmes les plus profonds, les philosophèmes les plus sublimes, les théorèmes les plus subtils n’y changeront rien. Ignorance, ou illusion et fantasme. Le philosophe ne peut que détromper les croyants de toutes sortes, il peut désigner le faux, sans pouvoir repérer le vrai, comme tout homme cherchant un objet perdu, qui peut facilement montrer qu’il n’est pas ici ou là, tout en ignorant où il se trouve.

Avec un tel message de scepticisme vis-à-vis des religions, des morales, des éthiques, des idéologies, des supercheries bavardes et des savoirs illusoires, je ne me suis pas fait beaucoup d’amis. Mais je continue, avec mes forces qui s’amenuisent, à tâcher d’observer le réel, car c’est dans le réel que se trouve mon tragique devenir.

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