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Jean C. Baudet

Articles avec #biographie tag

La vie de Jean Baudet

27 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

J'ai connu des femmes, j'ai eu des enfants, j'ai fait des voyages, j'ai visité des pays, j'ai rencontré des gens, j'ai mangé des fruits et des légumes, j'ai mangé des saucisses de porc, j'ai mangé de la blanquette de veau, j'ai mangé des hachis Parmentier, j'ai mangé des spaghetti, j'ai mangé du canard laqué, j'ai mangé du foie gras, j'ai mangé des fromages au lait cru, j'ai mangé des crêpes à la place Jussieu (Paris), j'ai mangé des frites à la Foire du Midi (Bruxelles), j'ai bu du minervois, du bordeaux, du beaujolais, du bourgogne, du rosé d'Anjou et du coca-cola, j'ai assisté à des concerts, je suis allé au théâtre et au cinéma, j'ai marché dans des forêts tropicales, j'ai vu des lions et des éléphants dans des savanes d'Afrique, j'ai étudié les mathématiques, la physique, la chimie, la mécanique analytique, la biologie et la philosophie, j'ai donné des cours, j'ai fait des conférences, j'ai lu des livres, y compris l'oeuvre complète de Gaston Bachelard, j'ai composé des poèmes, je me suis assis dans des fauteuils, j'ai pris le train, le métro, l'avion, je suis allé à Nantes et à Rouen, j'ai construit des phrases, j'ai inventé des concepts, j'ai évalué des hypothèses, j'ai élaboré des synthèses, j'ai travaillé dans des laboratoires, j'ai publié des livres, j'ai connu des imbéciles, j'ai connu quelques "grands hommes" (moins nombreux), j'ai eu des maladies, je me suis coupé les ongles des orteils, j'ai fait de longues siestes, longtemps, je me suis couché de bonne heure, j'ai accordé des interviews, j'ai critiqué Hegel, Husserl et Heidegger, j'ai fait souvent un rêve étrange et pénétrant, j'ai aimé les films d'Ingmar Bergman, les poèmes de Nerval, les romans de Julien Green, les mémoires de Winston Churchill, les travaux de Mircea Eliade, la musique d'Adré Jolivet, les aventures de Bob et Bobette, j'ai détesté les textes de Jacques Ellul et les idées de Jean-Jacques Rousseau, j'ai connu le professeur Guy Hirsch, la médiéviste Carmélia Opsomer, l'ingénieur Stéphane Cnockaert, le poète Philippe Leuckx, le dramaturge Jean-Pierre Dopagne, la romancière Martine Rouhart. J'ai vécu.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Qui suis-je ?

5 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Epistémologie

Je ne me contente pas, je me méfie même des déterminations convenues, telles que "je suis né à Bruxelles", "je suis marié et père de deux enfants", "je suis philosophe", "je suis docteur de l'Université de Paris VI", et autres formulations qui ne font que signaler quelques traits, véridiques, certes, mais peu éclairants. Car je veux me connaître au niveau d'exigence de la philosophie universitaire, et je veux bénéficier dans ma recherche des plus hautes avancées de la recherche ontologique. Je n'ai guère pour répondre que les lectures (le "moi" de Socrate ou de Gadamer m'éclaire-t-il sur le mien ?) et l'introspection. Je n'ai malheureusement pas eu la chance, en 70 ans d'existence (d'être-là !), d'avoir rencontré d'autres modes d'acquérir des savoirs que par l'observation (y compris de moi-même) et par le raisonnement. Comme j'envie ceux qui trouvent des certitudes (et consolantes, en plus !) dans un coran ou un évangile ! Moi je n'y trouve que des phrases rédigées par des hommes. C'est que "je suis", aussi, historien des systèmes de pensée dont je vise une critique radicale. Et je suis quand même très averti, par mon parcours intellectuel, que je peux avoir des hallucinations en observant, ou sombrer dans les paralogismes en raisonnant ! Comment donc une définition de soi par soi pourrait-elle échapper au subjectivisme ?

Je suis une douleur, une souffrance d'autant plus vive qu'elle s'alimente de l'image des souffrances à venir. Et même si ma douleur est une hallucination, et même si la conscience de ma douleur est un paralogisme, je souffre ! Le malade imaginaire souffrait "réellement". L'être de mon être est un être où il est question de son devenir, et ce devenir - au vu de ma mémoire, de mes lectures, de mes réflexions - est source d'une angoisse croissante, et je ne suis finalement qu'angoisse et peur. J'échappe par moments (deux verres de bourgogne, un comprimé de xanax ou quelques mesures de Mozart) à cette anxiété raisonnée, mais c'est pour y retomber mieux. Comment ma raison pourrait-elle me dire que "ça ira mieux demain" avec des douleurs dans le bas-ventre, une vue qui baisse, une femme malade, des casseurs dans les rues, des imbéciles de plus en plus nombreux avec l'explosion démographique, des poètes qui voudraient me gonfler d'optimisme parce que l'astucieux renard a mangé le fromage, une toux permanente, et une fatigue lancinante qui m'ôte le simple plaisir de bouger bras et jambes ?

Je suis ma souffrance, ou plus ontologiquement le ressenti de ma souffrance, décuplée par la conscience d'un futur pire. Que peut l'optimisme, l'amour du genre humain, la confiance en Manitou ou en la Gauche, devant l'incontinence urinaire, la tuberculose revenue, le cancer du colon, l'hémiplégie, ou les maladies sociales comme le fanatisme ? Je ne fais pas des phrases - la littérature distrait un peu de la souffrance - je crie ma peur !

A propos de lecture, je retrouve dans un coin de ma bibliothèque un des manuels que j'ai utilisés, il y a cinquante ans, quand je m'initiais à la pensée libre (ironie : dans une faculté... catholique !). Il s'agit de l' "Introduction à la philosophie" de Louis De Raeymaeker (4ème édition, 1956). J'y retrouve ce passage.

"le cartésianisme imprima d'emblée à la philosophie moderne certains traits caractéristiques: l'exigence d'une méthode rigoureuse et d'une critique radicale, la préoccupation de considérer toutes choses dans la perspective du moi conscient, la recherche d'un système d'explication universelle et qui soit fondé sur la richesse dynamique de la pensée constructive"

Mon "moi conscient" - le "moi" de n'importe quel lecteur de ce blog, qui finira par souffrir hideusement, tôt ou tard - est donc le fondement unique (par où commencer, sinon par soi-même) de la critique radicale de toute pensée constructive. Les plus âgés n'ont que la conscience de leur angoisse. Les plus jeunes ont encore les illusions (ah oui, comme je me souviens de mes enthousiasmes) de pouvoir construire un monde nouveau. Ce ne serait pas mal, un monde sans cancer, sans paralysie, sans fanatisme et donc sans illusions !

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Auto-portrait (poeme bizarre)

22 Août 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poème, #Biographie

Je suis bourgeois, judéo-chrétien, capitaliste, unilingue, francophone, libéral, occidental, démocrate, féministe (jusqu'à un certain point), misanthrope, taciturne, sans illusions, intellectuel, matérialiste, athée pratiquant.

Je suis poète maximaliste, écrivain professionnel, philosophe, épistémologue, éditologue, ancien biologiste, ancien botaniste, ancien éditeur, ancien journaliste, ancien universitaire, reformulateur de phrases absconses, réévaluateur de concepts abstrus, détestateur de la poésie minimaliste, exécreur de Maeterlinck, admirateur d'Albert Einstein, de Gaston Bachelard, de Mélanie Rios et de René Descartes.

Je suis chevelu et barbu, obèse, couvert d'ulcères, de dermites, de dermatoses, de télangiectasies, de papules, de papillomes, de pustules, de bubons, de comédons, de furoncles, d'eczéma, d'abcès, de chancres.

Je suis anti-communiste, anti-écologiste, anti-humaniste, anti-nationaliste, anti-communautariste, anti-terroriste, anti-Rimbaud, anti-Mallarmé, anti-Char, anti-socioconstructiviste.

Je suis bruxellois, belge, européen, historien des mathématiques, de la physique, de la chimie, de la biologie, de la médecine, de la technique, de la technologie, de la cuisine, des religions, de la philosophie, de la littérature française, de la littérature belge.

Je suis démolisseur de mythes, écrabouilleur de mystiques, écraseur de moustiques (en Afrique, de 1966 à 1975), déboulonneur de statues littéraires, éparpilleur d'illusions, annonciateur de misères, pourfendeur d'espérances.

Je suis contre les bien-pensants, les maniaques humanitaires, les moralistes, les curés, les imams, les humanistes sélectifs, les éthiciens, les vendeurs de prêt-à-penser, les assassins, les voleurs, les zoophiles, les pédophiles, les littérateurs de la compassion, de la gnangnantitude, les couvercles de pots de confiture que l'on ne parvient pas à ouvrir sans pince, les steaks trop cuits, les lentilles pas assez cuites, le chablis tiède, le pommard trop froid, les pizzas, les fromages sans odeur, les choux rouges, la rhubarbe, les poèmes égocentriques. 

Pour info :                      

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Mon oeuvre inachevee...

11 Août 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Biographie

En 1997 (j'ai 53 ans), je mets fin à mon activité d'éditeur et je me charge d'un projet en quatre étapes. Primo, publier une "Histoire de la science" ; secundo, publier une "Histoire des religions" ; tertio, publier une gnoséologie (ou épistémologie, ou théorie de la connaissance) basée sur les résultats de mes travaux d'histoire critique ; quarto, publier les conséquences philosophiques de ces recherches et mourir. Je disposais, à cette époque, d'une certaine expérience d'enseignant, de chercheur et de chef de petite entreprise, et j'avais récolté environ 50 mille fiches de lecture, aisément manipulables grâce au gestionnaire de bases de données Access de Microsoft. Merci, Bill Gates !

En 2009, le "primo" était accompli, je publiais en effet le neuvième volume de mon "Hstoire de la science" chez Vuibert, à Paris, sous le titre "A la découverte des éléments de la matière". Et j'avais déjà publié les premiers linéaments d'une épistémologie, avec trois titres parus chez L'Harmattan (Paris) : "Mathématique et vérité", "Le signe de l'humain", "Une philosophie de la poésie".

Je travaille au "secundo", et j'ai déjà publié les deux premiers volumes, chez Jourdan (Bruxelles) : "Curieuses histoires de la pensée" et "Hstoire de la pensée de l'an Un à l'an Mil". J'hésite à poursuivre ce travail exténuant, car il me semble que l'intérêt philosophique de l'étude des religions réside surtout dans l'histoire des commencements. Comment l'idée de sacré se forme-t-elle dans l'esprit humain ? Comment s'organisent les rites primitifs et comment s'élaborent les mythes originaires ? Après la première acceptation des croyances, le développement des religions intéresse plus l'histoire des historiens que la critique des philosophes. Je ne suis donc pas sûr qu'il y aura un troisième volume, mais je ne suis pas encore mort.

Je travaille donc déjà au "tertio", et j'ai déjà publié quelques idées qui me semblent intéressantes. J'ai d'ailleurs donné quelques textes d'épistémologie à la "Revue Générale", ainsi que dans le présent blog. Je n'ai encore "découvert" que deux moyens d'acquérir des savoirs, l'observation (die Sinnlichkeit, chez Kant) et le raisonnement à partir de l'observation (der Verstand und die Vernunft). Cela ne signifie pas que je nie d'autres chemins de connaissance, mais depuis que je m'occupe professionnellement de philosophie (1968) je n'en ai pas encore rencontrés. Bien sûr, j'ai rencontré de très nombreux croyants du christianisme, du bouddhisme, de l'humanisme, etc., mais jusqu'à présent aucun n'a pu me convaincre de la validité de ses "savoirs" lus dans les évangiles (ce qui revient à une observation) ou trouvés "au fond de leur coeur". J'ai souvent sondé mon coeur, et je n'y ai trouvé que ce que la société y a mis (des traditions) ou les mécanismes purement biologiques de ma nature animale.

Mon travail est inachevé, et demain je proposerai peut-être d'autres conclusions. Mais à ce stade de ma recherche, je suis résolument kantien. La science est capable de connaître (de mieux en mieux, mais toujours dans l'approximation) le phénomène. Le noumène lui est inaccessible. Et, je le crains, l'homme ne dispose d'aucun moyen pour contempler le noumène. L'homme est un être-pour-ignorer.

Aujourd'hui, mon fichier a grandi, et j'ai 57.007 fiches. J'ai beaucoup lu depuis 1997. Et je suis toujours aussi ignorant.

Pour info :                  

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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De l'editologie a l'edition, entre Popper et Bachelard

26 Juillet 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Editologie, #Biographie

J'ai développé le concept d'éditologie vers le milieu des années 1980. Il s'agissait d'une "épistémologie historique", inspirée notamment des travaux de Gaston Bachelard et de George Sarton, qui visait à définir la scientificité par les modes d'édition des textes "scientifiques". Opposition donc à Popper, ou plus exactement complémentarité. Ma recherche, depuis lors, m'a conduit à déterminer le critère du "philosophique" dans le rejet des traditions, et à définir la science comme une démarche philosophique qui fait appel à l'instrumentation. C'était une espèce de retour à Popper, puisque la falsification implique la mise en oeuvre d'instruments. Cela éclaire le rapport entre science et technique, et confirme la pertinence épistémologique du continuum "STI".

De 2002 à 2009, je faisais paraître mon "Histoire de la science" en 9 volumes, tout en ayant résumé mes positions philosophiques dans 3 ouvrages parus chez L'Harmattan, Paris (2005 et 2006). En 2011, je commençais l'édition d'une "Histoire des religions" (2 volumes parus, chez Jourdan, Bruxelles).

Mes recherches se poursuivant, je devais reconnaître la liaison indestructible entre le questionnement épistémologique et l'investigation ontologique, et une critique radicale de la phénoménologie et des herméneutiques (Ricoeur, Gadamer) me conduisait à l'évidence des concepts fondateurs de toute recherche "sérieuse", l'Être et le Moi. L'introspection nécessaire me conduisait au travail poétique, avec comme aboutissement "Les mystères de Konioss" (auto-édition, 2012).

En 2014, j'ai publié un article dans la "Revue Générale" ("Science et religions"), ainsi que trois livres disponibles en librairie : "Les agitateurs d'idées en France" (avril, La Boîte à Pandore), "Histoire des mathématiques" (juin, Vuibert), "Les plus grands Belges" (juillet, La Boîte à Pandore). Ces textes sont autant d'étapes dans mon cheminement philosophique, qui doit explorer le langage mathématique en tant que "langue de la science", et qui doit se pencher sur l'opposition tragique entre pensée libre et pensée unique (qu'il s'agisse, par exemple, de la Pensée Unique produite par les mouvements de gauche chez les intellectuels français, ou de l'islamisme triomphant au Soudan, en Turquie, en Irak, à Gaza, au Nigeria, et dans quelques municipalités françaises ou belges).

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Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

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Fin de vie

19 Juillet 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

J'étouffe dans la chaleur d'un été trop chaud, je suis effrayé par les monstrueux progrès du terrorisme islamique (la "bête immonde" a montré son visage), et je suis affligé - c'est peut-être le plus insupportable - par la naïveté qui confine à la sottise des opinions publiques des pays civilisés. Je crève dans le crépuscule des espoirs, et mon amertume me sert de breuvage. Je fais encore des phrases, je déroule encore des idées, j'ai même encore quelques projets, au sein d'une Humanité pourrie par ses fantasmes de solidarité sélective. Je resserre mes bandages dans l'ignominie des sanies, et je respire avec peine dans une atmosphère d'illusions et de bêtises. Ah, comme j'ai cru en l'Homme ! Mais les hommes ne sortent plus de leur bestialité couronnée de croyances, ils ignorent l'arithmétique, se moquent des mots justes, et font des guerres saintes.

Je déteste les poètes minimalistes qui se gavent de silence et de la prétention des mots rares, je déteste les croyants de toutes les fois, je déteste les airs compassés des culturels adulateurs de balivernes, je déteste les spécialistes, je déteste les végétariens prosélytes, les contempteurs de la recherche vraie, les admirateurs du minable, les prêcheurs de vertus, les sectaires du naturel et de l'égalitaire, les pourchasseurs de marchands du Temple, et je trouve un reste d'énergie dans mes détestations.

Je déteste au dessus de tout les vérités relatives (à chacun sa vérité, dit le sot), les conférenciers du vide, les escrimeurs de l'Amour, de l'Espérance et des inquisitions.

Je pense. Donc je hais.

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Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

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Monter et puis descendre

8 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

J'ai atteint mon acmé en 2005. J'avais soixante-et-un ans. Cette année-là, je publiais, aux éditions L'Harmattan, à Paris, mes deux livres les plus importants, les plus denses, exprimant le mieux qu'il m'était possible les résultats de mes réflexions : Mathématique et vérité, ainsi que Le signe de l'humain. Dans le premier de ces ouvrages, je précisais mes positions épistémologiques, et dans le second je dessinais les traits principaux d'une "philosophie de la technique" dont j'avais entamé la conceptualisation dès 1978 (avec le lancement de ma revue Technologia). Egalement en cette année de grande fécondité, je publiais chez Vuibert (Paris) une "Histoire de la médecine et de la biologie" sous le titre Penser le vivant, qui était en fait le cinquième tome d'une "Histoire générale de la science" qui allait totaliser neuf volumes et plus de trois mille pages. J'étais arrivé, en 2005, au climax de ma productivité conceptuelle, au maximum de mes capacités philosophantes, au sommet de mes possibles. Ayant atteint le point le plus élevé de la montagne, il ne me reste plus qu'à redescendre vers la plaine, vers l'amer, vers le bas au goût âcre et fétide. J'avais cotoyé Aristote et Nietzsche, Descartes et George Sarton, Gaston Bachelard et Bertrand Gille, Maurice Daumas et La Mettrie, et il me restait les débats télévisés et les slogans des cortèges, et les émois poétiques de quelques vieillards, et les affirmations péremptoires de la Pensée Unique droits-de-l'hommiste. Sans compter la mode nouvelle de l'europhobie, symptôme de démence sénile.

Je descends de la montagne... Il m'arrive de ne pas savoir maîtriser un tremblement, et j'ai de plus en plus souvent des pertes de mémoire, et ma fatigue m'empêche parfois de penser. Mon oeuvre est achevée, et sa substance la plus consistante se trouve dans deux livres, Mathématique et vérité, Le signe de l'humain. Quelques collègues (amis, je ne sais pas ?) sont morts, d'autres sont en train de mourir. Tant que j'en ai la force, je publierai des textes, courts dans ce journal-blog, plus longs dans des ouvrages destinés à la librairie. Je composerai encore, de temps en temps, de beaux poèmes à propos de ma tour abolie sur mon luth constellé, sachant désormais que je ne connaîtrai plus jamais l'ordre et la beauté, le luxe, le calme et la volupté. Je suis arrivé au temps des déchéances et des laideurs.

Mais au fait, que reste-t-il de l'oeuvre (rongée aux mythes) de Platon, ou de Spinoza, ou de Heidegger ? Des pages sublimes, certes, j'en conviens, mais quelles vérités ? Allons, je ne suis pas encore mort, tant que je ricane.

Pour info :    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

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Itineraire philosophique : 1962

29 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Biographie

C'est en 1962, en février, que je commence à tenir un journal intime. En 2010, ce Journal deviendra mon blog, avec la différence (mais quelle importance ?) que mon Journal est confidentiel et que mon blog est accessible au monde entier... L'écriture et la publication devenues simultanées. C'est donc en février 1962 que j'achète un cahier d'écolier et que je commence à y raconter la vie d'un homme, la mienne. Voici la première phrase : "Un jardin, l'hiver, des arbres dépouillés, le vent que j'aime, la solitude / dehors il pleut..." Cinquante ans plus tard, je peux encore noter : "dehors il pleut".

En ce mois d'hiver, je compose un poème, le premier que j'ai conservé, qui commence ainsi :

Je voudrais aller vivre en ces jardins d'Ailleurs

en ces jardins de Feu ces jardins de Couleur

au rythme revenu des chansons lentes...

 

J'avais appris, en lisant Jacques Prévert, que la ponctuation est inutile !

En feuilletant ces premières pages de ce qui va devenir un exercice d'introspection et de recherche phénoménologique (ma conscience face au phénoménal), je trouve, par exemple, que le 9 avril 1964 je note que j'étais allé voir, la veille, avec mon amie Carla, le film "Le Silence" d'Ingmar Bergman. Quelques pages avant, je trouve aussi, à la date du 25 juin 1963, que je venais d'achever la lecture de l'essai de Camus Le mythe de Sisyphe. J'avais noté une phrase-clé : "Les hommes ont pris l'habitude de vivre avant d'avoir pris celle de penser". Le 24 décembre 1964, je note encore "Il semble bien qu'une seule chose ait finalement de l'importance : c'est de savoir si notre "âme" est immortelle, et ensuite de connaître son sort. C'est en somme la remarque de Camus : il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide". Cinquante ans plus tard, presque jour pour jour, le fondement de ma pensée est toujours le même, et consiste en théorie à déterminer ce qu'est l'importance, et en pratique à déterminer ce qui est important pour moi, dans l'angoisse des souffrances à venir. Après des années de lecture, de réflexion (inductive ou déductive), après des centaines de textes publiés (dont quelques poèmes et quelques gros livres), j'approfondis chaque jour cette intuition de mes vingt ans : ce qui importe, c'est ma douleur.

Pour info :  

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

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Itineraire philosophique : 1958

28 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Biographie

Il faut que j'éclaircisse. Que je passe mon temps à observer le temps qui passe et à chercher le sens du temps, de l'avenir, avec son horizon de souffrances et de déclin. Pour autant que je m'en souvienne, j'ai commencé à penser vers l'âge de quatorze ou quinze ans, c'est-à-dire en 1958 ou 1959. Cinquante-cinq années d'études, de recherches, d'enseignement, de lecture et d'écriture (c'est par l'écriture que la pensée se réalise). Au fait, je m'en souviens très bien, c'était en 1958, au temps de l'Exposition Universelle de Bruxelles, que j'ai visitée très souvent pendant les mois de juillet et d'août. C'était comme une grande foire, avec les rengaines de l'époque (Eso es el amor, du groupe bruxellois Les Chakachas), les attractions de la "Belgique Joyeuse", mais surtout le Palais de la Science, où je me souviens avec une acuité remarquable y avoir acheté le livre en français d'Einstein où il expose les équations de la relativité restreinte et de la relativité générale. Albert Einstein était, à ce moment d'éveil de ma conscience, le principal de mes modèles. Il y avait aussi Jean-Paul Sartre, le Sartre de la Nausée et de L'Être et le néant, car je ne m'intéressais pas à ses positions politiques.

C'est dans le tohu-bohu clinquant et enthousiaste de l'Expo 58 que, jeune collégien, j'ai commencé à découvrir que j'étais d'accord avec certaines pensées et certaines formes, et que je rejetais certaines idées, souvent dominantes. J'ai commencé à m'intéresser aux deux axes opposés de la pensée systématique, la Physique et la Chimie d'un côté, la Philosophie et la Littérature de l'autre. C'est alors que j'ai commencé à lire Sartre, Beauvoir, Merleau-Ponty, Marcel, Berdiaeff, Kierkegaard, et que j'ai entrepris de m'initier à la mécanique quantique. Je négligeais totalement l'étude de l'Histoire et de la Géographie, si bien qu'à la fin de mon adolescence je connaissais assez bien l'équation de Schrödinger (que j'approfondirai pendant mes études universitaires), mais que je ne savais pas si Louis XIV venait avant ou après Louis XIII. J'étudiais les humanités à l'Athénée de Wavre, où je détestais par dessus tout les cours de flamand, d'anglais et d'allemand ! Car il me fallait ingurgiter trois langues étrangères pendant de précieuses heures que j'aurais volontiers consacrées à la Physique, la Chimie, ou à l'histoire de la pensée française. J'ai toujours eu l'impression que j'avais plus à gagner à lire Descartes ou Auguste Comte que Joost van den Vondel ou Guido Gezelle. Sur ce point, au moins, je n'ai pas changé d'avis.

C'est en tout cas de cette obligation scolaire, que je percevais comme injuste et imbécile, que date ma position de révolté, de rebelle à la pression sociale. Pourquoi m'imposait-on des apprentissages qui ne m'intéressaient pas, et qui gaspillaient le temps que j'aurais pu passer à des études peut-être pas plus utiles, mais qui me concernaient passionnément ? Comment le jeune garçon que l'étais, en blue jeans, écoutant Elvis Presley ou les Chakachas, aurait-il pu aimer une société si stupidement contraignante ? A quoi bon savoir dire "être" et "avoir" en flamand ou en allemand, quand je voulais connaître, en français, le destin de l'être et les modalités de l'avoir ? C'est en 1958 que j'ai commencé à percevoir le sens du mot (français) "liberté".

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Pourquoi je suis si quelque chose

26 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

Je fus, j'ai été, ou je suis encore : botaniste (Les Céréales mineures, 1981), sociologue (Les Ingénieurs belges, 1986), historien des techniques (Introduction à l'histoire des ingénieurs, 1987, De l'outil à la machine, 2003, De la machine au système, 2004, Curieuses histoires des inventions, 2011, Curieuses histoires des entreprises, 2012), chimiste (Penser la matière, 2004, A la découverte des éléments de la matière, 2009), biologiste (Penser le vivant, 2005, La vie expliquée par la chimie, 2006), épistémologue (Mathématique et vérité, 2005), philosophe (Le Signe de l'humain, 2005), poète nostalgique (Mes mois, 2005), poéticien (Une philosophie de la poésie, 2006), physicien (Penser le monde, 2006, Expliquer l'Univers, 2008), Belge (Histoire des sciences et de l'industrie en Belgique, 2007, A quoi pensent les Belges, 2010), historien des sciences (Curieuses histoires de la science, 2010), féministe (Curieuses histoires des dames de la science, 2010), historien des religions (Curieuses histoires de la pensée, 2011, Histoire de la pensée de l'an Un à l'an Mil, 2013), historien (Les grands destins qui ont changé le monde, 2012), poète métaphysique anti-minimaliste (Les cinq éléments, 2012), romancier (Les mystères de Konioss, 2012), historien de la philosophie (La vie des grands philosophes, 2013), gastronome (Histoire de la cuisine, 2013), humoriste transcendantal et néo-herméneutiste (Maximes et sentences immorales, 2014), romaniste (Les agitateurs d'idées en France, 2014).

Jean-Paul Sartre a écrit quelque part (je crois que c'est dans L'Être et le néant) : " Ainsi nous choisissons notre passé à la lumière d'une certaine fin, mais dès lors il s'impose et nous dévore ".

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