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Jean C. Baudet

Articles avec #biographie tag

Fin de vie

19 Juillet 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

J'étouffe dans la chaleur d'un été trop chaud, je suis effrayé par les monstrueux progrès du terrorisme islamique (la "bête immonde" a montré son visage), et je suis affligé - c'est peut-être le plus insupportable - par la naïveté qui confine à la sottise des opinions publiques des pays civilisés. Je crève dans le crépuscule des espoirs, et mon amertume me sert de breuvage. Je fais encore des phrases, je déroule encore des idées, j'ai même encore quelques projets, au sein d'une Humanité pourrie par ses fantasmes de solidarité sélective. Je resserre mes bandages dans l'ignominie des sanies, et je respire avec peine dans une atmosphère d'illusions et de bêtises. Ah, comme j'ai cru en l'Homme ! Mais les hommes ne sortent plus de leur bestialité couronnée de croyances, ils ignorent l'arithmétique, se moquent des mots justes, et font des guerres saintes.

Je déteste les poètes minimalistes qui se gavent de silence et de la prétention des mots rares, je déteste les croyants de toutes les fois, je déteste les airs compassés des culturels adulateurs de balivernes, je déteste les spécialistes, je déteste les végétariens prosélytes, les contempteurs de la recherche vraie, les admirateurs du minable, les prêcheurs de vertus, les sectaires du naturel et de l'égalitaire, les pourchasseurs de marchands du Temple, et je trouve un reste d'énergie dans mes détestations.

Je déteste au dessus de tout les vérités relatives (à chacun sa vérité, dit le sot), les conférenciers du vide, les escrimeurs de l'Amour, de l'Espérance et des inquisitions.

Je pense. Donc je hais.

Pour info :          

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Monter et puis descendre

8 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

J'ai atteint mon acmé en 2005. J'avais soixante-et-un ans. Cette année-là, je publiais, aux éditions L'Harmattan, à Paris, mes deux livres les plus importants, les plus denses, exprimant le mieux qu'il m'était possible les résultats de mes réflexions : Mathématique et vérité, ainsi que Le signe de l'humain. Dans le premier de ces ouvrages, je précisais mes positions épistémologiques, et dans le second je dessinais les traits principaux d'une "philosophie de la technique" dont j'avais entamé la conceptualisation dès 1978 (avec le lancement de ma revue Technologia). Egalement en cette année de grande fécondité, je publiais chez Vuibert (Paris) une "Histoire de la médecine et de la biologie" sous le titre Penser le vivant, qui était en fait le cinquième tome d'une "Histoire générale de la science" qui allait totaliser neuf volumes et plus de trois mille pages. J'étais arrivé, en 2005, au climax de ma productivité conceptuelle, au maximum de mes capacités philosophantes, au sommet de mes possibles. Ayant atteint le point le plus élevé de la montagne, il ne me reste plus qu'à redescendre vers la plaine, vers l'amer, vers le bas au goût âcre et fétide. J'avais cotoyé Aristote et Nietzsche, Descartes et George Sarton, Gaston Bachelard et Bertrand Gille, Maurice Daumas et La Mettrie, et il me restait les débats télévisés et les slogans des cortèges, et les émois poétiques de quelques vieillards, et les affirmations péremptoires de la Pensée Unique droits-de-l'hommiste. Sans compter la mode nouvelle de l'europhobie, symptôme de démence sénile.

Je descends de la montagne... Il m'arrive de ne pas savoir maîtriser un tremblement, et j'ai de plus en plus souvent des pertes de mémoire, et ma fatigue m'empêche parfois de penser. Mon oeuvre est achevée, et sa substance la plus consistante se trouve dans deux livres, Mathématique et vérité, Le signe de l'humain. Quelques collègues (amis, je ne sais pas ?) sont morts, d'autres sont en train de mourir. Tant que j'en ai la force, je publierai des textes, courts dans ce journal-blog, plus longs dans des ouvrages destinés à la librairie. Je composerai encore, de temps en temps, de beaux poèmes à propos de ma tour abolie sur mon luth constellé, sachant désormais que je ne connaîtrai plus jamais l'ordre et la beauté, le luxe, le calme et la volupté. Je suis arrivé au temps des déchéances et des laideurs.

Mais au fait, que reste-t-il de l'oeuvre (rongée aux mythes) de Platon, ou de Spinoza, ou de Heidegger ? Des pages sublimes, certes, j'en conviens, mais quelles vérités ? Allons, je ne suis pas encore mort, tant que je ricane.

Pour info :    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Itineraire philosophique : 1962

29 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Biographie

C'est en 1962, en février, que je commence à tenir un journal intime. En 2010, ce Journal deviendra mon blog, avec la différence (mais quelle importance ?) que mon Journal est confidentiel et que mon blog est accessible au monde entier... L'écriture et la publication devenues simultanées. C'est donc en février 1962 que j'achète un cahier d'écolier et que je commence à y raconter la vie d'un homme, la mienne. Voici la première phrase : "Un jardin, l'hiver, des arbres dépouillés, le vent que j'aime, la solitude / dehors il pleut..." Cinquante ans plus tard, je peux encore noter : "dehors il pleut".

En ce mois d'hiver, je compose un poème, le premier que j'ai conservé, qui commence ainsi :

Je voudrais aller vivre en ces jardins d'Ailleurs

en ces jardins de Feu ces jardins de Couleur

au rythme revenu des chansons lentes...

 

J'avais appris, en lisant Jacques Prévert, que la ponctuation est inutile !

En feuilletant ces premières pages de ce qui va devenir un exercice d'introspection et de recherche phénoménologique (ma conscience face au phénoménal), je trouve, par exemple, que le 9 avril 1964 je note que j'étais allé voir, la veille, avec mon amie Carla, le film "Le Silence" d'Ingmar Bergman. Quelques pages avant, je trouve aussi, à la date du 25 juin 1963, que je venais d'achever la lecture de l'essai de Camus Le mythe de Sisyphe. J'avais noté une phrase-clé : "Les hommes ont pris l'habitude de vivre avant d'avoir pris celle de penser". Le 24 décembre 1964, je note encore "Il semble bien qu'une seule chose ait finalement de l'importance : c'est de savoir si notre "âme" est immortelle, et ensuite de connaître son sort. C'est en somme la remarque de Camus : il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide". Cinquante ans plus tard, presque jour pour jour, le fondement de ma pensée est toujours le même, et consiste en théorie à déterminer ce qu'est l'importance, et en pratique à déterminer ce qui est important pour moi, dans l'angoisse des souffrances à venir. Après des années de lecture, de réflexion (inductive ou déductive), après des centaines de textes publiés (dont quelques poèmes et quelques gros livres), j'approfondis chaque jour cette intuition de mes vingt ans : ce qui importe, c'est ma douleur.

Pour info :  

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Itineraire philosophique : 1958

28 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Biographie

Il faut que j'éclaircisse. Que je passe mon temps à observer le temps qui passe et à chercher le sens du temps, de l'avenir, avec son horizon de souffrances et de déclin. Pour autant que je m'en souvienne, j'ai commencé à penser vers l'âge de quatorze ou quinze ans, c'est-à-dire en 1958 ou 1959. Cinquante-cinq années d'études, de recherches, d'enseignement, de lecture et d'écriture (c'est par l'écriture que la pensée se réalise). Au fait, je m'en souviens très bien, c'était en 1958, au temps de l'Exposition Universelle de Bruxelles, que j'ai visitée très souvent pendant les mois de juillet et d'août. C'était comme une grande foire, avec les rengaines de l'époque (Eso es el amor, du groupe bruxellois Les Chakachas), les attractions de la "Belgique Joyeuse", mais surtout le Palais de la Science, où je me souviens avec une acuité remarquable y avoir acheté le livre en français d'Einstein où il expose les équations de la relativité restreinte et de la relativité générale. Albert Einstein était, à ce moment d'éveil de ma conscience, le principal de mes modèles. Il y avait aussi Jean-Paul Sartre, le Sartre de la Nausée et de L'Être et le néant, car je ne m'intéressais pas à ses positions politiques.

C'est dans le tohu-bohu clinquant et enthousiaste de l'Expo 58 que, jeune collégien, j'ai commencé à découvrir que j'étais d'accord avec certaines pensées et certaines formes, et que je rejetais certaines idées, souvent dominantes. J'ai commencé à m'intéresser aux deux axes opposés de la pensée systématique, la Physique et la Chimie d'un côté, la Philosophie et la Littérature de l'autre. C'est alors que j'ai commencé à lire Sartre, Beauvoir, Merleau-Ponty, Marcel, Berdiaeff, Kierkegaard, et que j'ai entrepris de m'initier à la mécanique quantique. Je négligeais totalement l'étude de l'Histoire et de la Géographie, si bien qu'à la fin de mon adolescence je connaissais assez bien l'équation de Schrödinger (que j'approfondirai pendant mes études universitaires), mais que je ne savais pas si Louis XIV venait avant ou après Louis XIII. J'étudiais les humanités à l'Athénée de Wavre, où je détestais par dessus tout les cours de flamand, d'anglais et d'allemand ! Car il me fallait ingurgiter trois langues étrangères pendant de précieuses heures que j'aurais volontiers consacrées à la Physique, la Chimie, ou à l'histoire de la pensée française. J'ai toujours eu l'impression que j'avais plus à gagner à lire Descartes ou Auguste Comte que Joost van den Vondel ou Guido Gezelle. Sur ce point, au moins, je n'ai pas changé d'avis.

C'est en tout cas de cette obligation scolaire, que je percevais comme injuste et imbécile, que date ma position de révolté, de rebelle à la pression sociale. Pourquoi m'imposait-on des apprentissages qui ne m'intéressaient pas, et qui gaspillaient le temps que j'aurais pu passer à des études peut-être pas plus utiles, mais qui me concernaient passionnément ? Comment le jeune garçon que l'étais, en blue jeans, écoutant Elvis Presley ou les Chakachas, aurait-il pu aimer une société si stupidement contraignante ? A quoi bon savoir dire "être" et "avoir" en flamand ou en allemand, quand je voulais connaître, en français, le destin de l'être et les modalités de l'avoir ? C'est en 1958 que j'ai commencé à percevoir le sens du mot (français) "liberté".

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Pourquoi je suis si quelque chose

26 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

Je fus, j'ai été, ou je suis encore : botaniste (Les Céréales mineures, 1981), sociologue (Les Ingénieurs belges, 1986), historien des techniques (Introduction à l'histoire des ingénieurs, 1987, De l'outil à la machine, 2003, De la machine au système, 2004, Curieuses histoires des inventions, 2011, Curieuses histoires des entreprises, 2012), chimiste (Penser la matière, 2004, A la découverte des éléments de la matière, 2009), biologiste (Penser le vivant, 2005, La vie expliquée par la chimie, 2006), épistémologue (Mathématique et vérité, 2005), philosophe (Le Signe de l'humain, 2005), poète nostalgique (Mes mois, 2005), poéticien (Une philosophie de la poésie, 2006), physicien (Penser le monde, 2006, Expliquer l'Univers, 2008), Belge (Histoire des sciences et de l'industrie en Belgique, 2007, A quoi pensent les Belges, 2010), historien des sciences (Curieuses histoires de la science, 2010), féministe (Curieuses histoires des dames de la science, 2010), historien des religions (Curieuses histoires de la pensée, 2011, Histoire de la pensée de l'an Un à l'an Mil, 2013), historien (Les grands destins qui ont changé le monde, 2012), poète métaphysique anti-minimaliste (Les cinq éléments, 2012), romancier (Les mystères de Konioss, 2012), historien de la philosophie (La vie des grands philosophes, 2013), gastronome (Histoire de la cuisine, 2013), humoriste transcendantal et néo-herméneutiste (Maximes et sentences immorales, 2014), romaniste (Les agitateurs d'idées en France, 2014).

Jean-Paul Sartre a écrit quelque part (je crois que c'est dans L'Être et le néant) : " Ainsi nous choisissons notre passé à la lumière d'une certaine fin, mais dès lors il s'impose et nous dévore ".

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur la petite table, lectures

20 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

Sur la petite table jouxtant ma bergère, dans ma bibliothèque, se trouve l'accumulation pittoresque des livres dont je poursuis la lecture, passant d'un volume à l'autre, car j'aime bien ces interruptions, et passer par exemple d'Hérodote à Husserl, ou de Jacques Goyens (romancier belge) à Voltaire (littérateur français). Pour le moment, sur la petite table, je vois le volume jaune, dans la collection des "Grandes études contemporaines", chez Fayard, d'Henri Amouroux (Le 18 juin 1940), le petit livre gris qui contient une sélection des contes d'E.T.A. Hoffmann, le livre, abîmé par de nombreuses consultations, de Fernand Renoirte : Eléments de critique des sciences et de cosmologie (qui est un traité d'épistémologie néothomiste), le livre (en format "de poche"), excellent, de Michel Winock : La gauche en France, et quelques autres. Par exemple, avec sur la couverture la Liberté guidant le peuple de Delacroix, un gros livre dû à la plume abondante d'Alain Minc : Une histoire de France. Bien que la petite table soit très encombrée par mes lectures en cours qui forment plusieurs empilements, j'ai encore trouvé une petite place pour y poser une espèce de vide-poche en plastique rouge, d'un effet esthétique plutôt médiocre, où se trouvent quelques crayons soigneusement taillés. Car je possède un taille-crayons très efficace, plus commode qu'un canif pour épointer les mines.

Il y a encore, sur la table, un excellent ouvrage sur l'extraordinaire aventure de la rencontre, en 1876, des peuplades belges et des peuplades congolaises, racontée (jusqu'aux horreurs de 1960) par un excellent connaisseur de la colonisation du Congo, qui écrit d'une plume trempée dans l'encre du bon sens et débarrassée des préjugés idéologiques. L'auteur est Jacques Braibant, le titre Congo - Un pari stupide.

Et ainsi, je passe des ingénieurs belges qui ont développé des infrastructures dans une jungle presque impénétrable infestée de moustiques et de mouches tsé-tsé aux officiers supérieurs français de 1940 incapables d'arrêter la ruée triomphale des panzers et des stukas, des fantasmagories hoffmanniennes à l'histoire de la SFIO, du PCF et des passions politiques de Victor Hugo... C'est-à-dire que je passe le temps... 

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Analytique de ma Bibliothèque (my library)

10 Décembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

Je passe l'essentiel de mon existence dans deux pièces de ma maison au nord de la Ville, ma chambre qui se trouve côté jardin, où je dors, et ma bibliothèque, dont les trois grandes fenêtres donnent sur une avenue sans arbres mais agrémentée de jardinets, où j'attends chaque jour qu'il soit l'heure de dormir ou de mourir. Ma bibliothèque me sert donc de living-room ou de working-room, plus que mon salon-salle à manger du premier étage. Cette pièce où je passe le "plus clair de mon temps" (qui est souvent bien sombre) est une bibliothèque, en effet, car les trois murs sans fenêtres sont couverts de rayonnages jusqu'au plafond, pleins de livres, à l'exception d'une double porte vitrée qui s'ouvre sur un petit hall donnant accès aux commodités de ma chambre à coucher, d'un cabinet de toilette, d'une salle de bain et d'un petit bureau où je rédige mes livres et mes articles avec le secours efficace d'un ordinateur Hewlett-Packard chargé d'un software de traitement de textes Microsoft-Word. Il faut dire encore que ma bibliothèque se trouve au deuxième étage de la maison, et qu'elle est donc suffisamment élevée pour que je puisse voir, par mes fenêtres, les cimes des arbres d'un parc tout proche, où je me promenais parfois, jadis ou naguère, quand je trouvais encore du plaisir à marcher dans un environnement végétal. Les rayons de ma bibliothèque sont chargés de livres bien rangés, qui sont les vestiges dérisoires et grandioses (il s'y trouve tout de même Homère et Descartes !) de mes vies antérieures. Il s'y trouve la poésie de ma jeunesse, les romans de mon adolescence, les livres de biologie de ma première maturité, et tous les ouvrages de philosophie abimés par mes fréquentes relectures. Il me vient toujours le même étrange plaisir quand je parcours des yeux tous ces volumes, quand je remarque pour la centième fois que les oeuvres complètes d'Arthur Conan Doyle prennent plus de place que celles de Jean-Paul Sartre, quand je prends, presque au hasard, un de ces témoins de mon passé pour y retrouver un moment - parfois presque oublié - de ma vie, celui où j'ouvris ce livre pour la première fois. Par une espèce de coquetterie sans raison valable, presque niaise, mais à laquelle je tiens malgré tout, mes propres ouvrages sont absents de cette pièce, où je n'accueille que les oeuvres des "autres". Mes ouvrages (21 livres, plus ma thèse de doctorat, plus les tirés à part de mes articles) se trouvent dans le petit bureau où j'écris, voyant par la fenêtre un ciel tout bleu et les façades ensoleillées des maisons voisines. Où j'écris cet article inutile. Ainsi mon bureau est-il le siège de ma vie la plus active - qui consiste à pianoter des dix doigts sur un clavier d'ordinateur - et de la plus grande inutilité : écrire des textes philosophiques. Car qu'y a-t-il de plus "philosophique" que la description d'une bibliothèque ?

 

Vous n'avez pas perçu le sens philosophique, le concept du présent propos analytique (et même phénoménologique) ? Je vais vous le dire. La poésie, c'est l'enfance. Le roman, c'est l'adolescence. La science (notamment la biologie), c'est la première maturité, pleine encore de projets. La philosophie (le retour sur le moi de l'homme qui se penche sur son passé et sur celui de l'humanité), c'est la maturité pleine, proche de la sénilité, et qui n'a plus comme projet que la mort. Il y a les oeuvres de Montaigne et de Cioran, dans ma bibliothèque...

 

Pour info, l'URL (à copier et coller après http://) d'une vidéo sur l'histoire des sciences comme explication et évaluation du savoir :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Propos sur le matérialisme

20 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Matérialisme, #Biographie

D'où vient mon matérialisme ? Et, au fond, le matérialisme, qu'est-ce que c'est ? Je dois remonter loin dans mes souvenirs, et me rappeler la cour de récréation de l'Athénée de Wavre, où j'ai fait une partie de mes études secondaires (la quatrième et la troisième années). J'avais quatorze ans, et comme tous les garçons de cet âge et de cette époque, j'étais fasciné par le communisme, qui avait pour principale vertu d'être mal vu par nos parents et nos professeurs. Je me suis mis alors à lire tout ce qui me tombait sous la main à ce sujet, et je découvris Marx et Engels, et ces deux expressions magiques : "matérialisme dialectique", "matérialisme historique". Je ne sais plus exactement quand, mais je suis tombé inévitablement sur la fameuse déclaration de Marx : "Ma méthode dialectique, non seulement diffère par la base de la méthode hégélienne, mais elle en est même l’exact opposé. Pour Hegel, le mouvement de la pensée, qu’il personnifie sous le nom de l’Idée, est le démiurge de la réalité, laquelle n’est que la forme phénoménale de l’Idée.  Pour moi, au contraire, le mouvement de la pensée n’est que la réflexion du mouvement réel, transporté et transposé dans le cerveau de l’homme". Cela ne pouvait qu'être la vérité vraie, et je fus communiste, marxiste et dialecticien (hégélien aussi, sans trop savoir ce que cela signifiait) pendant six mois. Je changeai d'athénée, et me retrouvai en classe de seconde (dite de poésie), à l'Athénée Royal d'Ixelles. Je continuais à m'intéresser aux idées de Marx et d'Engels, et je m'approvisionnais en livres sur le sujet dans une librairie aujourd'hui disparue dont j'ai oublié le nom et l'adresse (c'était peut-être à la place Saint-Jean, mais ma mémoire est défaillante). J'en sus bientôt un peu plus sur Hegel, et je me dis qu'il fallait aller plus loin que Marx (que je commençais à prendre pour ce qu'il fut, un dangereux idéaliste déguisé en matérialiste, et qui remplaçait l'intelligence de l'histoire par la compassion, dans la lignée du prophétisme juif). C'est-à-dire qu'il fallait en effet renverser l'idéalisme de Hegel, mais qu'il fallait même abandonner sa dialectique, qui était le coeur de son idéalisme. J'en vins ainsi à un matérialisme radical, anti-marxiste, anti-hégélien, conséquent et sans fioritures "culturelles". J'entamai mes études supérieures, j'appris la philosophie de manière moins chaotique, et je n'ai plus cessé de m'interroger sur la grande question : matérialisme, oui ou non ?

Tous mes travaux m'ont toujours ramené à un matérialisme "clair et distinct". Il me semble qu'en effet la lecture de l'Histoire (et en particulier de l'histoire des systèmes de pensée), que l'examen phénoménologique de la condition de l'Existence (humaine), que la réflexion débarrassée des pesanteurs des traditions ne peuvent conduire qu'à un monisme (j'ai, depuis, trouvé des soutiens chez Moritz Schlick, chez Sartre, dans la philosophie analytique américaine), c'est-à-dire à une profonde unité ontologique du Réel. Le réel est matériel, c'est-à-dire sensible, corporel, de même nature que mon corps dont je puis expérimenter les douleurs et les plaisirs. Le monde des Idées de Platon, la dialectique de Hegel, le noumène de Kant, l'Être de Heidegger (ici, c'est moins clair) ne sont que des répétitions raffinées des idées les plus primitives d'un "au-delà" que l'on trouve chez les sauvages et les hommes préhistoriques : chamanisme, animisme, superstitions diverses qui conduiront aux religions et aux idéologies spiritualistes - avec ces derniers avatars ridicules de l'idéalisme que sont l'astrologie, la voyance, le spiritisme, la chiromancie, que l'on pratique dans des sociétés humaines que l'on prétend "avancées".

Seule existe la matière. Tout le reste - esprits, âmes, anges, dieux, valeurs, morales, éthiques - ne sont que des songes ou des mensonges.

Certes, je laisse la place au doute, et je continue à chercher. Un jour peut-être, je me trouverai sur le chemin de Damas, ou face à un buisson qui brûle sans se consommer. Mais en attendant une théophanie que je pense improbable, je crois en la matière, parce que j'en souffre, et je ne crois en rien d'autre. Je peux le dire plus savamment, et expliquer que mon épistémologie (éditologie) m'a conduit à admettre que la méthode scientifique est fondée par ses résultats (comme Socrate avait prouvé le mouvement en marchant), et que la science ne connaît qu'un univers partout semblable à lui-même, ce qui implique une ontologie moniste.

Je ne suis qu'un futur cadavre, et l'Humanité n'est qu'un immense charnier, fait de chairs décomposées ou qui se décomposeront.

J'entends déjà les clameurs scandalisées des idéalistes et des superstitieux. Et le sourire de l'enfant ? Et la beauté des crépuscules ? Et Beethoven ? Ah oui, Beethoven... Lui, peut-être, avec Vivaldi et Bach et Rachmaninov et Jolivet, et avec Lavoisier, et avec Einstein, et avec Galilée. Ah oui, mon matérialisme ne m'empêche pas d'admirer. Mais rarement, parmi les hommes.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Propos sur mes cheminements

4 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

Chaque penseur élabore sa pensée dans les cadres imposés de son idiosyncrasie, et au gré des circonstances, et dans le milieu où il est, favorable ou non au débat d'idées. Je n'ai pas de mérite d'avoir dû enseigner la philosophie en Afrique, au début de ma vie professionnelle, et certaines de mes lectures se sont faites au hasard. Certaines idées se sont imposées à moi comme des champs à labourer, et quand le flux de mes pensées s'est mis à couler, je n'ai plus pu empêcher les enchaînements d'idées, les vérifications chez les auteurs, les tentatives de conceptualisation, l'écriture. J'ai déjà, dans des ouvrages inédits, essayé de reconstituer ces cheminements, balisés par quelques étapes de ma vie. Pas par passion autobiographique (encore que je ne prétende pas échapper à cette tentation), mais pour essayer de comprendre l'origine de mes compréhensions.

Il y eut l'acceptation d'abord, toute scolaire, certains diront scolastique, du primat de la question épistémologique dans l'enquête philosophique, et la "découverte" de l'histoire des sciences, en lisant Bachelard et Sarton. Puis (en 1977), la "découverte" de la relation science-technique, d'où le lancement de ma revue Technologia en 1978. C'est la Sainte Trinité de mes départs : Science-Histoire-Technique. Et en fondant une maison d'édition, je "découvre" encore les réalités de l'Industrie - seul moment de ma vie où je suis passé de la Connaissance à l'Action.

J'ai travaillé, depuis 1968, à sortir quelques concepts de leur gangue circonstantielle, et j'ai semé mon chemin de 843 textes publiés sur papier et de 196 billets  sur ce blog. Aurais-je pu, avec une idiosyncrasie différente et des circonstances plus favorables, arriver à autre chose que "matérialisme-scepticisme-athéisme" ? Ne peut-on pas penser que, plus le philosophe vieillit, moins il a de choix ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Beans and philosophy

28 Août 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Haricots

I thus arrived at the moment of the assessments. I devoted approximately ten years of my life to the food plants, especially to beans (Phaseolus vulgaris, Phaseolus lunatus, Macrotyloma geocarpum...), and the remainder to philosophy. Of all this work, there remain 20 books and 800 articles published, plus some other texts, undoubtedly unpublishable. I also succumbed to the morbid temptation of poetry. I soon will leave this Earth, without too many regrets, and this Humanity, with great pleasure.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

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