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Jean C. Baudet

Articles avec #culture tag

La science et la culture

7 Juin 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #STI, #Culture

Un résultat très important de l’éditologie est d’avoir révélé la rupture brutale, épistémologique et ontologique, entre la STI (science-technique-industrie) et la culture (religions-arts-littératures). A la fois ontologique et épistémologique, car les problèmes de l’être et du connaître sont inextricablement liés : il n’y a pas de monde à connaître sans l’être de la conscience, et l’être de celle-ci dépend de l’être du monde.

Opposer la science à la culture, qui revient à hausser ces deux notions au niveau du concept, consiste à réactiver et à préciser à nouveaux frais l’antagonisme pascalien de la raison et du cœur, c’est même, plus radicalement, l’opposition que les Grecs voyaient entre le logos et le pathos, ou celle de la psychologie expérimentale naissant au XIXème siècle qui distingue l’intelligence et l’affectivité. Et l’on peut même, adoptant un vocabulaire plus vulgaire et donc plus incisif, parler des « matheux » et des « lettreux » séparés dans les cours de récréation des lycées, ou des « scientifiques » et des « littéraires » qui se rencontrent (assez rarement, il est vrai) dans les salons où l’on cause.

En 1959, Charles P. Snow faisait paraître un énergique essai, The two cultures (paru en français en 1968 : Les deux cultures), qui examinait les différences entre la manière de penser des hommes de science et celle des hommes de culture. On voit ici l’ambiguïté du mot « culture », dont il convient, en philosophie, de restreindre le sens avec rigueur.

Les relations entre la science (Galilée, Newton, Darwin…) et la culture (Shakespeare, Mozart, Apollinaire…) sont d’une complexité presque infinie, et les philosophes s’efforcent de déterminer l’essence de l’une et de l’autre (réduction eidétique), c’est-à-dire du « simple » qui sous-tend la complication phénoménale. C’est ainsi que l’on dira, « tout simplement », que la science est l’œuvre de l’Humanité qui recherche une « valeur », le Vrai (et l’Efficace qui en dépend dans la technique et l’industrie), alors que la culture est l’œuvre des hommes qui recherchent d’autres valeurs : le Beau, le Juste, l’Equitable, le Bien, le Sacré, etc.

Reste à déterminer si les scientifiques et les culturels peuvent unir leurs efforts en vue de « construire un monde meilleur » et de « découvrir le sens de la vie », ou s’ils sont condamnés, par une rupture  ontologique fatale et indépassable, à s’ignorer mutuellement.

Peut-être que la collaboration harmonieuse entre la science, la technique et l’industrie, d’une part, et les arts et les littératures, d’autre part, s’appelle « civilisation » ?

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La culture et Patrick Modiano

11 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Culture, #STI

Je pense ici à la culture qui s'oppose à la STI (science-technique-industrie), et non au sens anthropologique du mot "culture". Je pense à cette culture que les hommes importants ou qui se croient importants étalent comme de la confiture. Qu'est-ce que c'est ? Quelle est la détermination ontologique du "culturel" ? Il est facile de répondre phénoménologiquement, pour peu que l'on ait eu l'occasion de faire l'expérience (le vécu) de la lecture d'un roman ou de la visite d'un musée. Car lire un texte de Patrick Modiano, écouter un concerto brandebourgeois ou contempler un fétiche nègre, c'est toujours passer son temps, c'est toujours s'oublier, oublier sa propre existence pour porter toute son attention et la totalité de ses affects à un réel qui nie le Réel, ou qui du moins le met entre parenthèses, le temps d'un concert ou d'une projection cinématographique. Car vivre avec Roméo et Juliette ou avec l'Etranger de Camus, c'est précisément oublier sa propre vie, c'est se laisser captiver par une occupation qui occulte les préoccupations de l'être-là-pour-souffrir. Admirer les phrases de Modiano, c'est oublier ses dettes et ses hémorroïdes, et Baudelaire, le Grand Cultivé, disait qu'il faut s'enivrer, c'est-à-dire dénier et oublier.

C'est en ce sens que les axes du scientifico-industriel et du culturel sont rigoureusement inverses, le premier se dirigeant vers une appréhension toujours plus rapprochée du Réel, quoique dans l'Angoisse, le second s'éloignant toujours plus des réalités, avec les deux ingrédients inséparables de l'imaginaire (ce que l'on imagine et qui n'est pas) et du sentiment (ce que l'on désire et qui n'est pas). Jusqu'au délire et à l'aliénation libératrice (on a assez remarqué la complaisance pour la folie et pour les primitifs dans la culture postmoderne). Combien de Grands Ecrivains n'ont-ils pas célébré les psychopathes et le dérèglement de tous les sens ?

On comprend alors que la modernité ait entraîné l'Art dans des rejets véhéments, avec une conviction d'autant plus hargneuse que les progrès de la STI devenaient plus spectaculaires. La Musique a rejeté la mélodie et l'harmonie, et certaines de ses formes les plus vulgaires ne servent qu'à assourdir (écouter pour ne plus entendre) ; la Peinture a rejeté la figuration ; le Nouveau Roman a voulu éliminer les personnages et les intrigues ; et la Poésie, qui a commencé modestement par rejeter les points et les virgules, est arrivée aux suprêmes délices de l'anéantissement du vers et de la justification signifiante. La Haute Culture du siècle des vidéo-téléphones portatifs est devenue un magma de bruit et de fureur ne signifiant plus rien. On a bien besoin de l'empirisme transcendantal de Gilles Deleuze pour trouver son chemin dans le tohu-bohu du postmodernisme.

Dans ce sens que j'ai retenu, on peut l'affirmer : "toutes les cultures se valent". Elles sont égales à zéro !

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Science et culture

10 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Culture, #STI

L'étude de l'histoire des sciences m'a conduit, déjà dans les années 1980, à comprendre le lien épistémologique qui lie la science (S) à la technique (T), et la fréquentation du monde belge des ingénieurs me montrait aussi l'évidente relation entre la technique et l'industrie (I), ce qui m'incita à forger le concept de STI. C'était aussi une réaction au pseudo-concept de "technoscience" proposé, dans les années 1970, par le philosophe américain Don Ihde. La STI est un ensemble d'attitudes (la méthode scientifique, la gestion d'entreprise...) et de productions (hypothèses, théories...) ayant la mathématique pour "noyau dur", celle-ci étant une extension de la logique, elle-même systématisation de l'empirie (et remontant à Aristote et à ses précurseurs comme Parménide). Je me suis rendu compte plus tard que la STI n'apparaît dans toute sa profondeur qu'au XVIe siècle, avec l'apparition de l'instrumentation.

Les "preuves" de la STI sont innombrables, et le moindre produit de l'activité économique montre ses rapports obligatoires avec les lois mathématiques (comptabilité, par exemple). La logique permet, à partir du concept de STI de construire celui de non-STI, qui rassemble toutes les productions "culturelles" ou "intellectuelles" que l'on ne peut pas ranger dans la STI : mythes et religions, rites et folklores, musique et autres arts, littérature, et même une grande partie des "sciences humaines" qui sont souvent plus littéraires que scientifiques...

J'appelle "culture" (sensu stricto) la non-STI, étant bien conscient que dans le vocabulaire courant le mot "culture" (sensu lato) peut englober la STI. Cette dualité est la systématisation philosophique d'un antagonisme que l'on trouve déjà chez Pascal (le coeur de la "culture" et la raison de la "science"), d'une psychologie rudimentaire que l'on connaît déjà au lycée quand on appose les lettreux aux matheux, et l'on peut même remonter aux premiers temps de la pensée grecque, quand les Hellènes inventaient leurs dieux. Car Homère, Hésiode et les premiers penseurs de l'hellénisme ont bien compris en quoi s'opposaient les déesses rivales Aphrodite et Athéna, la première déesse "de la beauté et de l'amour", la seconde étant la déesse "de l'intelligence et de la guerre". Bref, dans une pensée encore mystique, la sourde compréhension de la dualité des facultés mentales humaines : l'intelligence liée à la vérification d'une part, le sentiment lié à l'imagination d'autre part.

Ainsi l'épistémologie est un approfondissement de la psychologie qui doit éviter le psychologisme. Il est très stimulant d'apprendre que les sciences neurocognitives d'aujourd'hui reconnaissent la dualité (intellective et émotive) du système nerveux central. Popper avait sans doute raison, mais insuffisamment. Le "scientifique" (au sens STI) est vérifiable, toujours orienté vers le réel, le "non-scientifique" (le religieux, le poétique, le littéraire, l'artistique) est invérifiable, toujours porté vers l'espoir...

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Pour une théorie de la belgitude

6 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Culture, #Belgique

La belgitude est un mythe dont nous avons vu le développement au cours des cinquante dernières années. Comme tout mythe, c’est une construction fantasmatique servant d’exutoire à une angoisse provoquée par une situation historique donnée, et qui mélange le vrai et le faux, le réel et les rêves.

 

Le point de départ est la Seconde Guerre mondiale qui, en affaiblissant militairement et culturellement l’Occident, va avoir pour conséquence d’ampleur mondiale la décolonisation. Chez les Belges, ladite guerre mondiale provoque l’affaire royale, qui en 1951 cristallise l’opposition entre Flamands et Wallons qui couvait depuis 1834, avec les premières revendications de quelques (rares à l’époque) intellectuels pour faire des patois flamands une langue « reconnue » (Jan-Frans Willems, 1834 : Reinaert de Vos, naer de oudste berijming), alors que le français était la langue officielle, administrative, économique, scientifique, culturelle et véhiculaire d’un pays, fondé trois ans plus tôt, comportant essentiellement trois peuplades, fragmentées en nombreuses tribus liées à une ville ou un village : une paysannerie flamande, un prolétariat wallon et une bourgeoisie citadine de langue française (surtout à Gand, à Bruxelles et à Liège). Dans les années 1960, les événement déclencheurs se succèdent : l’indépendance du Congo Belge, les marches flamandes sur Bruxelles, l’expulsion des professeurs et des étudiants francophones de l’Université Catholique de Louvain, qui devient exclusivement flamande, alors qu’elle avait été fondée en français en 1834.

 

La situation économique inverse complètement le rapport entre Flandre et Wallonie. Celle-ci se paupérise du fait de la fermeture des charbonnages et de la désindustrialisation qui en découle, alors que celle-là voit fleurir son activité industrielle grâce à son accès à la mer du Nord (ports d’Anvers et de Zébruges). L’élite de langue française prend alors vaguement conscience 1° de son infériorité numérique (grosso modo le rapport est de 6 à 4), économique et démographique (vieillissement des autochtones et immigrations non-européennes), 2° de sa petitesse par rapport à la France (le rapport est de 63 à 4), et 3° de son insignifiance dans un monde en pleine explosion démographique : 4 millions contre 4 milliards en 1980, et contre 7 milliards aujourd’hui ! Cette élite cherche dans son présent et son passé ce qui la distingue des autres, pensant trouver des racines à déterrer qui seraient des sources d’espoir pour un avenir objectivement de plus en plus incertain. Ceux qui cherchent cette spécificité, cette identité du Belge francophone, étant essentiellement des « littéraires » plutôt que des économistes, des scientifiques et des ingénieurs, souvent situés à gauche et donc viscéralement hostiles à l’industrie et au monde économique et surévaluant l’importance des faits culturels, vont chercher dans le peuple, dans les arts et dans les lettres. Ils ne trouveront RIEN. Mais ils ne peuvent se résoudre à définir le Belge par ce qu’il n’est pas, comme la « théologie négative » du Moyen Âge définissait Dieu par une collection de négations : non-mortel, non-visible, non-limité…

 

L’élaboration du mythe commence. On invente le mot « belgitude », comme « négritude », ce qui en dit long sur le traumatisme provoqué dans l’ « inconscient collectif » belge par la perte d’une colonie négro-africaine. Il y a quelque chose de commun (ce n’est pas le talent) entre Senghor et les inventeurs de la belgitude. C’est d’avoir compris qu’il y a des peuples inférieurs. Certes, pas par la race, mais par l’histoire. Il y a 60 millions de Français et plus. Il n’y a que 4 à 5 millions de Belges parlant plus ou moins bien le français. Cela ne peut se nier. Alors, ces Belges revendiquent leur petitesse, comme ces bossus qui exhibent leur bosse, et ils font des farces. Et, ayant peu de goût pour les choses de l’esprit, ils se complaisent dans l’alimentaire et le corporel.

 

On inventorie les grands hommes à la recherche de héros pour rédiger la Non-geste du Belge, et l’on découvre Jacques Brel et ses pleurnicheries, Simenon et son commissaire buveur de bière, Hergé et son Tintin qui habite dans un pays jamais nommé, Maeterlinck et son Prix Nobel reçu pour une œuvre sans valeur, Jean Ray et son fantastique – genre littéraire « mineur » s’il en est –, les plates bouffonneries de Poelvoorde, du Grand Jojo, de Sttellla, celles plus relevées, mais bouffonneries quand même, de Michel de Ghelderode. On se garde bien de mettre dans le même sac belgitudinal des personnages comme Zénobe Gramme, Ernest Solvay ou Jules Bordet.

 

Et le mythe devint, sinon réalité, du moins une source de profits bien réels pour ceux qui savent s’en servir. Une littérature insignifiante se développe, dans cette petite région du monde, subventionnée par un ministère de Communauté française de Belgique, qui n’a pas osé s’appeler ministère des Farces et Attrapes.

 

Voir A quoi pensent les Belges, Jourdan, Bruxelles, 2010.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Vous avez dit "culture" ?

23 Juillet 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Culture, #Technique

La Culture est fille de l'Ennui, quand la Technique est fille du Besoin. C'est pourquoi la culture est prétentieuse et sotte, petite fille gâtée, mal élevée, impertinente, qui croit que tout lui est dû (1), alors qu'elle ne mérite rien. C'est pourquoi la technique est trop souvent honteuse. Comparez les prétentions de l'Artiste à la modestie de l'Artisan, et l'utilité de l'oeuvre d'art à celle des productions de l'industrie.

Mais la culture ne peut rien sans technique (2), alors que la technique peut tout sans culture, et même en inventer une nouvelle.

(1) Nous supposons que l'Auteur fait allusion aux subventions des ministères et aux parrainages de toutes sortes.

(2) Le Peintre a besoin de pinceaux et l'Ecrivain de crayons, nom de Dieu !

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Qu'est-ce que la culture ?

23 Juillet 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Culture

Pourquoi ne peut-on pas se résoudre à mettre Mozart et Einstein dans le même panier ? Pourquoi le divertissement d'Albert, qui développe des équations et nous parle de l'Espace et du Temps, serait-il d'une autre nature que les amusements d'Amadeus, qui invente des séquences sonores ?

La culture, c'est tout ce que l'humanité a produit en tant qu'humanité. Des romans, des symphonies, des cathédrales, des bordels, des moteurs d'avion (avez-vous songé à ce qu'il y a de profonde humanité dans un moteur d'avion ?), des chambres à air, des chambres à gaz, des chambres d'ami, des vis et des écrous, des vices et des dégoûts, des omelettes, des jeux de mots, des thèses, des synthèses et beaucoup de foutaises, des poèmes, des théorèmes et des anathèmes, la chanson de Roland, le coca-cola et le tableau de Mendéléev, la taxonomie des Phaseoleae, l'éditologie et les poèmes de Madame Colette Nys-Mazure (qui a publié Pénétrance en 1981), la célébration du coït per anum, sans oublier la démocratisation de la Libye, à coup de bombes téléguidées par rayon laser.

Et je ne vous parle pas des idées de Royal et d'Hollande.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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