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Jean C. Baudet

Articles avec #editologie tag

Sur la definition de la Science et l'editologie

20 Août 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Editologie

Si l’on prétend parler philosophiquement de la Science, et pas uniquement répéter des lieux communs et des opinions vagues, il importe évidemment de donner au terme « Science », le plus rigoureusement possible, le sens précis et univoque qu’il a en épistémologie. Car le mot « science » (latin scientia) appartient au vocabulaire ordinaire, insuffisamment défini.

La Science, selon nous, est un système de pensée (un mode d’acquisition de savoirs) qui doit être déterminé par rapport aux autres systèmes de pensée : la connaissance spontanée et naïve, la philosophie, les religions, les idéologies, et même la poésie dans la mesure où certains poètes affirment atteindre la connaissance de réalités indicibles (par exemple Rimbaud, quand il « découvre » la couleur des voyelles, voir Baudet (Jean C.) : Une philosophie de la poésie, L’Harmattan, Paris, 2005).

Qu’est-ce donc qui distingue un discours « scientifique » (la théorie de la gravitation universelle de Newton, la chimie quantitative de Lavoisier, la relativité d’Einstein…) d’un discours philosophique (l’œuvre de Spinoza), religieux (le Coran), etc. ?

La réponse que nous proposons dans le cadre de l’éditologie se situe dans le prolongement des travaux de Karl Popper, qui définit la Science par la vérifiabilité (par la falsification). Voir notamment : Allard (Marianne) : « L’éditologie des sciences industrielles », Revue de l’Ingénieur industriel 6(3) : 45-50, 1984 ; Guespin (Louis) : « L’éditologie et les revues universitaires », La Pensée 269 : 113-119, 1989 ; Baudet (Jean C.) : « Editologie et scientificité », Communication & Cognition 23(4) : 323-329, 1990 ; Baudet (Jean C.) : « Editologie et sociolinguistique », Cahiers de linguistique sociale (Rouen) 18 : 81-99, 1991 ; Baudet (Jean C.) : « L’éditologie et l’histoire des techniques et de l’industrie », Newsletter Technology, science and industry (Oxford) 20 : 13-16, 1993 ; Baudet (Jean C.) : « L’éditologie : entre communication et cognition », Revue Générale 132(4) : 45-54, 1997.

Popper base donc la démarcation entre scientificité et non-scientificité sur le fait que les théories « scientifiques » sont vérifiables (c’est-à-dire falsifiables par une expérimentation ad hoc), ce qui le conduit notamment à dénier tout caractère scientifique par exemple au marxisme ou à la psychanalyse. Pour le dire en langage vulgaire : la Science est capable de réaliser une expérience (satelliser une caméra) pour vérifier que la Terre est ronde, alors que le Christianisme (système de pensée qui s’est plusieurs fois opposé à la Science, cfr le procès de Galilée) ne peut pas (pas encore ?) vérifier expérimentalement qu’il y a trois personnes en Dieu.

Mais il faut aller plus loin que Popper pour mettre à jour, radicalement, l’essence de la Science, pour repérer la différence spécifique qui sépare la Science de tous les autres systèmes prétendant acquérir des connaissances (notamment, la question est cruciale pour les « sciences humaines »). Construire une expérience de vérification, c’est obligatoirement construire une « instrumentation » adéquate (il s’agit de faire appel à la Technique pour construire un thermomètre, un télescope, une chambre à bulles, une sonde spatiale…), qui permet 1° une observation au-delà des limites sensorielles (voir des étoiles invisibles à l’œil nu, étudier la radioactivité pour laquelle le corps humain ne possède pas de capteurs) et 2° un raisonnement mathématisé plus puissant que le raisonnement verbal (obtenir des mesures numériques pour mettre l’observé en équations).

Ainsi, la Science se base sur la Philosophie, mais la dépasse par le recours aux instruments. La Science prolonge la Philosophie parce que, comme elle, elle rejette les traditions qui fondent les « savoirs » populaires.

Quand et où, dans l’histoire de l’Humanité, la Science est-elle apparue, c’est-à-dire quand et où des hommes ont-ils commencé à utiliser systématiquement des instruments d’observation et de mesurage ?

On peut évidemment remonter très loin dans le temps, et penser que les néolithiques déjà savaient « mesurer » la superficie d’une pièce de tissu à l’aide d’une règle servant d’instrument. Mais il s’agit d’une proto-instrumentation, spontanée et naïve, qui ne bouleverse pas l’acquisition de connaissances. Les Mésopotamiens, les Egyptiens, les Chinois, d’autres peuples encore, utilisaient, il y a des milliers d’années, des balances pour mesurer les poids ou des récipients pour mesurer les volumes, mais ces instruments ne sont pas utilisés systématiquement pour développer un savoir sur les choses, ils n’ont qu’un rôle utilitaire. Même les instruments des mathématiciens grecs (règles et compas), des astronomes grecs (astrolabes), des chimistes grecs (appareils à distiller), des médecins grecs (couteaux de dissection) ne constituent pas encore une instrumentation, car leur utilisation ne déclenche pas un « changement de paradigme » (Thomas Kuhn), ni le franchissement d’un « obstacle épistémologique » (Gaston Bachelard). L’histoire nous enseigne que l’instrumentation devient systématique en Europe (chrétienne) au début du XVIème siècle, causant ce que l’on appellera la « révolution copernicienne », et l’invention de la Science.

Il y a donc un sens fort du mot « science » (correspondant à l’exigence épistémologique) et un sens faible, correspondant à une acception très large, non théorisée de ce mot. Rigoureusement parlant, il n’y a pas de  science sumérienne, de science grecque, de science chinoise, de science indienne, de science arabe, de science maya, même si les peuples correspondants disposaient de savoirs (proto-scientifiques) qui leur permirent de créer de brillantes civilisations.

Il n’y a pas de progrès bouleversant, chez les Grecs et les Romains, entre les savoirs d’un Thalès (VIème siècle a.c.) et ceux d’un Boèce (VIème siècle p.c.), c’est-à-dire pendant plus de mille ans !!! De 1543 (Copernic) à 1687 (Newton), en un siècle seulement, les progrès de la Science sont fulgurants. Quant à la Philosophie – dépourvue d’instruments –, a-t-elle progressé de l’époque de Thalès à nos jours ?

 

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur les intuitions premieres en philosophie

26 Mars 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Editologie

Tous les historiens de la philosophie l’ont noté ! Tous les grands systèmes de la philosophia perennis ont été bâtis à partir d’une ou deux « intuitions premières » puisées dans l’observation de la vie quotidienne, dans les réflexions de l’auteur tirées de son expérience ordinaire. C’est ainsi que le cartésianisme s’est entièrement construit sur la constatation, en somme banale, du cogito (quoi de plus évident que sa propre existence, et la pensée de cette existence ?), que le spinozisme n’est qu’un ambitieux développement de l’idée commune du conatus, que le kantisme est basé sur l’évidence (après deux mille ans de recherche acharnée) qu’il est impossible d’atteindre le fond des choses (le noumène) par le seul usage de la raison, toute métaphysique conduisant à d’inextricables apories. Et Schopenhauer développe ses brillantes méditations à partir de la découverte également ordinaire qu’une obscure « volonté » régit le sort des êtres et des choses. Quant à Marx, il invente le marxisme en reprenant la critique du système idéaliste de Hegel, faite par les « jeunes hégéliens de gauche », et en remplaçant, à la source du monde, l’esprit par la matière, conformément au sens commun. Ainsi les plus hautes pensées émanent-elles de déductions et d’inductions basées sur les plus vulgaires constats du vécu. On a souvent remarqué que les « existentialismes » ne sont rien d’autre que l’idée que les hommes… existent, et que les « structuralismes » ne font qu’affirmer que les objets possèdent des propriétés énonçables.

Quant à moi, dans ma jeunesse, à la fin des années 1970, j’ai basé mon travail philosophique sur l’affirmation, tout à fait banale et totalement évidente, que « la science est un ensemble de textes édités ». Ne cherche-t-on pas l’information chez les libraires et dans les bibliothèques ? C’était reprendre l’idée, déjà soutenue par de nombreux penseurs, de la prévalence du problème épistémologique par rapport aux autres questions de la philosophie. J’exposai mon « éditologie » dans quelques revues, mais je ne trouvai pas le temps – j’exerçai le métier d’éditeur de 1978 à 1997 – de développer et de faire connaître largement ma doctrine. Je devrai attendre 2005 pour publier mon premier livre de philosophie pure (Mathématique et vérité, L’Harmattan, Paris). Toutefois, quelques linguistes adoptèrent le concept d’éditologie et l’exploitèrent dans leurs travaux : Louis Guespin, François Gaudin, Maryvonne Holzem et d’autres.

Aujourd’hui, alors que je ressens les prémices du vieillissement, mon vécu me contraint d’adopter une nouvelle intuition pour refonder ma recherche des déterminations de l’Être, et c’est la souffrance. Nul vivant n’y échappe, et l’humain souffre deux fois, par ses douleurs actuelles, et par l’angoisse de ses douleurs à venir, qu’il sait inéluctables. Si bien qu’il me semble qu’avant d’être un animal politique, un roseau pensant, la créature d’un dieu, le descendant d’un singe, un bipède sans plumes, l’inventeur de la technique, un être doué du langage, un mammifère doté d’un gros cerveau, l’homme est un « être-pour-la-souffrance ». Ténébreux, veuf, inconsolé…

 

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Les mots

3 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Littérature, #Editologie

C’est une évidence bien connue. On pense avec des mots. On écrit avec des mots. La philosophie et la littérature ne sont que des mots, des « ensembles de textes édités » (d’où le concept d’éditologie). Mais les mots du penseur n’ont pas la même fonction que celle des mots du littérateur, qu’il soit romancier, poète, essayiste… Même si certains auteurs cumulent une œuvre philosophique avec des productions littéraires, la différence est radicale entre le travail littéraire et le travail philosophique. Pour le dire avec des mots (forcément…) trop simples, empruntés à Pascal, les termes de la philosophie visent à atteindre la « raison » et sont le fruit de l’intelligence, quand les termes de la littérature veulent ébranler le « cœur » et sont le fruit du sentiment. Encore y a-t-il de l’intelligence, parfois très déliée, dans les textes littéraires, et du sentiment, parfois très vif, dans les ouvrages des philosophes.

Il ne faut pas confondre les mots et les choses, et avec les vocables dont nous disposons dans les différentes langues, le rapport entre un mot et la chose qu’il désigne est au moins ternaire. Le mot désigne un concept (une idée, une « représentation mentale »), qui détermine une chose. On ne confond pas cette pierre (qui « existe » dans mon vécu, c’est peut-être une pierre sur laquelle j’ai trébuché) avec l’idée de pierre (qui existe dans mon « esprit ») ni avec le mot « pierre » (qui devient stone en anglais ou Stein en allemand).

Nous proposons d’appeler « verbosphère » l’ensemble de tous les mots, pour s’associer au terme « noosphère » que Pierre Teilhard de Chardin a utilisé pour désigner l’ensemble des idées, se référant aux termes « atmosphère », « lithosphère », etc. de la géophysique. La verbosphère et la noosphère sont observables matériellement, sous la forme concrète de tous les livres disponibles dans toutes les bibliothèques et librairies. Encore faut-il savoir lire !

Verbosphère et noosphère sont les deux composantes principales de la « culture », si on accepte de désigner par ce mot (à ne pas confondre avec « civilisation ») l’ensemble des productions intellectuelles de l’Humanité.

Verbosphère et noosphère correspondent aussi à la « médiasphère » du philosophe Régis Debray, l’inventeur de la médiologie, qui rejoint assez bien les analyses de l’éditologie, quand elle fait du médium (c’est-à-dire de la Technique) la base du développement de la pensée. Debray, recherchant le progrès technique (des choses) qui génère le progrès intellectuel, modernisant la loi des trois états d’Auguste Comte, découvre que la médiasphère est passée par trois moments successifs : la logosphère (l’invention du langage), la graphosphère (l’invention de l’écriture), la vidéosphère (l’électronique).

Ainsi, face aux mystères de l’Univers, face aux plaisirs et aux souffrances de sa propre existence, face à la hantise de son destin, le philosophe n’a que des mots – être, connaître, disparaître – pour échapper à l’épouvante et pour apaiser sa soif de vérité.  

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Ethique et doute

29 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Ethique, #Editologie

L’éditologie est une philosophie inachevée. Mais il en va ainsi, à vrai dire, de toutes les entreprises humaines tragiquement marquées du sceau noir de la finitude et de la rupture. Même Husserl, malgré une œuvre immense, n’a pas su aboutir à une définition claire, distincte et achevée de la Conscience. Même Heidegger, malgré une production textuelle considérable, n’a pas su achever son élucidation des mystères de l’Être.

Toute recherche philosophique a un programme bien défini déjà par Aristote. Elle doit élaborer une épistémologie (la Connaissance), une ontologie (l’Être), une axiologie (les Valeurs), une éthique (l’Action), une politique (le Vivre ensemble), l’ontologie étant classiquement divisée en une cosmologie (le Monde), une anthropologie (l’Homme), une théologie (l’Absolu), une eschatologie (les Fins dernières).

Tout au long d’une vie pourtant longue, je n’ai trouvé ni le temps, ni la force, ni les circonstances favorables, pour achever et publier le « Traité d’éditologie » qui aurait été un exposé systématique des résultats de mon travail. Mais j’ai, bien entendu, dans mes publications (y compris dans ce blog), laissé percevoir mes observations, mes raisonnements, mes idées, et l’on trouvera un exposé documenté de mon épistémologie dans deux ouvrages parus aux éditions L’Harmattan, à Paris (Mathématique et vérité, Une philosophie de la poésie), un exposé de mon ontologie dans trois ouvrages parus chez Vuibert, à Paris (Penser la matière, Penser le monde, Histoire de la physique), une esquisse de mon anthropologie dans Le signe de l’humain (L’Harmattan), et les principaux linéaments de ma théologie dans Curieuses histoires de la pensée (Jourdan, Bruxelles).

J’ai très peu publié sur les questions morales (éthique et politique). Au risque de caricaturer ma propre pensée, je dirais que mon travail m’a conduit à n’admettre l’existence autonome (distincte des productions de « l’esprit humain ») ni des dieux, ni des valeurs. On ne peut donc édicter des règles éthiques et politiques sur aucun sacré, sur nulle transcendance, sur aucun impératif catégorique (cette négation repose sur le doute auquel aboutit l’épistémologie déduite des acquis de l’éditologie). On ne peut donc proposer des règles de vie (car il faut bien vivre !) qu’à partir du doute, ce qui exclut tout dogmatisme menant toujours, comme le montre l’Histoire, aux pires fanatismes. L’éthique du doute conduit à la recherche permanente, à l’ouverture d’esprit, à la tolérance, au respect (pas à la sacralisation) de l’autre. Pour l’éditologie, il n’est point besoin d’aller chercher les tables de la loi au sommet d’une montagne, il faut construire ses propres lois sans illusions.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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La Civilisation et les cultures

28 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Editologie, #Civilisation

Les termes « civilisation » et « culture » sont souvent plus ou moins confondus, et leur définition varie d’un auteur à l’autre. Ce manque de rigueur sémantique conduit à des malentendus malencontreux et à des débats interminables. En 1952, l’anthropologue américain Alfred L. Kroeber (1876-1960), dans son ouvrage Culture : a critical review of concepts and definitions, pouvait signaler plus de 100 définitions du mot « culture » !

Afin de distinguer les concepts et d’éviter la confusion avec des notions mal délimitées, nous proposons de définir les deux termes comme suit, à partir des résultats de l’éditologie, qui est l’étude historique et critique des systèmes de pensée.

Je propose d’appeler « culture » l’ensemble des productions d’une société donnée. Les productions humaines mettant forcément en œuvre l’intelligence, la précision « productions intellectuelles » est inutile. La distinction manuel-intellectuel est en effet peu relevante : la production d’une hache magdalénienne en pierre taillée ou la production d’une hutte en torchis ou la production d’un chapeau chinois nécessitent l’usage de l’intelligence. Ce sont des productions « culturelles » autant qu’une symphonie de Beethoven, un roman de Simenon ou une théorie de physique.

Les sociétés humaines sont des communautés, c’est-à-dire des ensembles d’individus capables de communiquer par le partage d’une même langue. Il existe des milliers de langues, et donc autant de cultures : la culture akkadienne, la culture coréenne, la culture italienne, etc.

Les sociétés humaines étant essentiellement historiques, leur évolution implique des transformations culturelles qui peuvent être très importantes, et l’on distinguera la culture française sous Louis XIV, sous Napoléon, sous François Hollande, etc.

Il y a donc, dans le temps et dans l’espace, autant de cultures que de sociétés délimitées, et la description de toutes ces cultures est un travail immense, exténuant, dévolu aux historiens, aux sociologues, aux ethnologues, aux anthropologues…

On peut alors se contenter d’employer le mot « civilisation » comme un synonyme parfait de « culture », et l’on rencontre effectivement dans la littérature scientifique et philosophique les expressions « civilisation akkadienne », « civilisation arabe », etc.

Mais je préfère réserver pour ce terme un sens distinct, correspondant à un nouveau concept, qui prend en compte le caractère évolutif des cultures. Je propose d’appeler « Civilisation » (avec un C majuscule, car elle est unique par définition) l’ensemble des cultures, avec une restriction axiologique sur laquelle je reviendrai. Une telle définition de « la » Civilisation implique l’universalité (à tout moment de l’Histoire, la Civilisation est le bien commun de l’Humanité, on pourrait dire son « patrimoine »). On distinguera des états successifs de la Civilisation au cours du temps, et il est possible de distinguer la Civilisation néolithique de la Civilisation paléolithique, et même on pourrait aller jusqu’à distinguer la Civilisation de 2016 de celles de 1914 ou de 1815.

L’idée d’évolution implique celles de progression et de régression. Il faut ici recourir au concept d’efficacité en vue d’une amélioration de la condition humaine. De nombreux traits culturels sont neutres à cet égard : un chapeau rond et un chapeau pointu ont la même « valeur », et il n’y a pas de « progrès » de Mozart à Debussy, ou de Botticelli à Picasso. Mais personne ne peut nier qu’il y a progrès du tam-tam au téléphone portable ou de la tente en peau de bête à la maison en briques. Et la plupart des politologues s’accordent pour admettre que la démocratie, comme mode de gouvernement, est meilleure que la dictature.

Ainsi, j’en viens à dire que la Civilisation est l’ensemble des productions intellectuelles dont l’application permettrait d’améliorer la condition humaine. Reste à savoir si la Civilisation – qui n’appartient à aucune société particulière, mais est la somme de traits culturels d’origines diverses – peut être « mondialisée », c’est-à-dire être partagée par tous les hommes. Les utopies sont des caractéristiques de certaines cultures…

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La triple racine de l'editologie

23 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Editologie, #Epistémologie, #Philosophie

J’ai développé le concept d’éditologie au début des années 1980. Le néologisme « éditologie » désigne une démarche philosophique basée sur trois déterminations. L’éditologie est une épistémologie (1) historique (2) qui accorde une importance décisive à la technique (3).

Epistémologie : de manière très classique, l’éditologie est d’abord la construction d’une théorie de la connaissance, car il faut d’abord savoir s’il est possible de savoir (et comment ?) avant d’entreprendre des investigations concernant l’Être, et avant de proposer une éthique.

Histoire : contrairement aux épistémologies de la grande tradition universitaire allemande (Kant, Fichte, Husserl…), l’éditologie préconise une épistémologie a posteriori et non a priori. C’est dire qu’il faut analyser les facultés cognitives de l’esprit humain non par le raisonnement seul (à la façon de Descartes, de Kant, etc.), mais par l’examen critique de la manière dont les connaissances (qu’elles soient d’ailleurs vraies ou fausses) sont apparues et se sont répandues au cours de l’évolution de la pensée, depuis la préhistoire jusqu’à nos jours. Il faut commencer la quête philosophique par l’étude approfondie de l’histoire des systèmes de pensée (l’expression est de Michel Foucault).

Technique : la position la plus originale de l’éditologie est de constater, vers 1980, le désintérêt paradoxal, de la part des philosophes dominants, du fait technique, alors qu’il apparaît facilement que la technique est la toute première production culturelle. Les humains ont inventé l’outil de bois ou de pierre avant même d’avoir inventé le langage ! Ce primat de la technique – et l’oubli de la technique par de très nombreux philosophes – est le fondement le plus spécifique de l’éditologie.

J’ai donc, depuis 1980, basé ma démarche philosophique sur trois « évidences », 1° la nécessité d’une théorie de la connaissance, 2° le besoin d’une étude diachronique de la pensée, 3° la reconnaissance du primat de la technique (et donc du caractère humanisant de la technique). Voir mes publications : « Penser la technique », Revue Générale 1989(12) : 35-40 ; « Le critère de l’humain », IBM Informations 1994(12) : 10-11, 1994 ; Le signe de l’humain – Une philosophie de la technique, L’Harmattan, Paris, 172 p., 2005.

L’éditologie s’inscrit évidemment dans la suite de la philosophia perennis, avec Platon comme premier auteur d’une théorie approfondie de la connaissance, avec Gaston Bachelard (précédé par Léon Brunschvicg) comme promoteur d’une épistémologie historique, et avec Karl Marx comme premier penseur de la technique (Voir Kostas Axelos : Marx, penseur de la technique – De l’aliénation de l’homme à la conquête du monde, Minuit, Paris, 324 p., 1961).

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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De la phenomenologie a l'editologie

11 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Editologie

Le philosophie est la recherche du bonheur. Ce n’est pas, comme la science, une connaissance répondant à des curiosités. Ce n’est pas davantage, comme chacune des religions, la défense hystérique et fanatisée d’une tradition « spirituelle ». La philosophie est la recherche des moyens (s’ils existent) de connaître le bonheur, c’est-à-dire d’atteindre un état agréable persistant, de faire en sorte que notre engagement affectif dans le monde soit positif (que j’éprouve le désir d’y rester) et durable. Un plaisir passager, aussi intense soit-il, ne saurait contenter le philosophe, car une jouissance ancienne ne compense pas une souffrance actuelle. Pour trouver le chemin du bonheur, le philosophe doit s’efforcer de connaître la réalité, car c’est de ce qui existe vraiment que proviennent aussi bien les plaisirs que les douleurs. La difficulté (très probablement insurmontable) réside alors dans l’impossibilité d’un examen exhaustif de la réalité, de l’Être, dont on sait qu’il se déploie dans le Temps, c’est-à-dire dans un passé qui n’est plus, dans un présent qui devient passé au moment même où l’on s’efforce de l’observer, et dans un futur qui, n’étant pas encore présent, est inaccessible à l’observation philosophique.

La phénoménologie transcendantale de Husserl a repris les données radicales du cogito de Descartes montrant que la démarche philosophique commence par les expériences de vie du philosophe (du « moi » et du « je » : « je pense donc je suis »), et quand le philosophe allemand développe les thèmes du vécu de la conscience et de la nécessité d’aller « aux choses mêmes », que dit-il d’autre que ceci, que l’homme vivant connaît des joies et des peines, mais qu’il ignore le dénouement de cette aventure. Heidegger ne nous apprend pas grand-chose quand il nous révèle – comme s’il avait décrypté, grâce à une herméneutique novatrice, le message sibyllin que l’Être aurait consenti à lui transmettre – que l’homme est un Sein-zum-Tode, un « être-pour-la-mort » et un Sein-in-der-Welt, un « être-au-monde ».

L’éditologie trouve son point d’ancrage dans des considérations plus modestes, mais plus sûres, qui sont le primat de la Technique (qui peut nier que les hominiens ont inventé l’outil avant d’inventer le langage ?) et la fécondité cumulative de la Science (qui peut nier l’efficacité cognitive des microscopes et des thermomètres ?). L’éditologie compare les systèmes de pensée et admet une supériorité, au moins dans l’exploration du monde phénoménal, de la pensée « scientifique ». L’éditologie ne trouve aucune manifestation de vérité (d’adéquation au réel) dans les littératures, les mythes, les religions, les idéologies. Elle constate que ces différents systèmes (qui apparaissent dans une même lignée ayant pour source l’émotion provoquée par l’invention des mots) provoquent des adhésions véhémentes du fait de la puissance des sentiments de peur et d’espoir.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Les systemes de pensee

2 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Editologie

Les systemes de pensee

L’étude comparative approfondie de l’histoire des systèmes de pensée montre clairement que ceux-ci apparaissent, au cours de l’évolution de l’Humanité, dans un ordre chronologique bien déterminé. Au commencement de la pensée humaine (après l’invention du langage), apparaissent les Littératures, puis les Mythes, puis les Religions. Il s’agit toujours d’élaborer des textes (c’est le fondement même de l’éditologie), c’est-à-dire des séquences de mots : on pense avec les mots. Ces trois systèmes successifs – littéraire, mythique, religieux – naissent au sein de populations ignorant l’écriture, c’est-à-dire aux temps préhistoriques. Il est piquant de devoir admettre qu’il y eut des "écrivains" bien avant l’écriture.

Puis vint le système de pensée que l’on appelle Philosophie, en Grèce, vers 600 avant notre ère. C’est l’avènement de ce que l’on peut aussi appeler la pensée « critique », qui a l’audace inouïe de mettre en doute les traditions de la tribu. Il faudrait approfondir l’idée selon laquelle la philosophie naquit de l’écriture, et plus précisément de l’alphabet (voir la grammatologie de Jacques Derrida), qui permet d’une part l’analyse (éviter les confusions) et d’autre part la transmission et donc le travail dialogique (comparer les avis). Le dialogue (ne serait-ce qu’avec soi-même) est le noyau dur de toute œuvre philosophique.

Enfin vint la Science, cinquième « système de pensée », venu tard, et donc plus complexe et plus sophistiqué que les précédents. Je date symboliquement l’avènement de la science de 1543, quand paraît le livre de Copernic proposant l’héliocentrisme. De même que ma réflexion me conduit à penser que la philosophie est née grâce à l’alphabet, qui est un outil pour penser (c’est-à-dire pour distinguer), mes investigations historiques m’ont incité à voir dans l’instrumentation l’usage d’outils pour découvrir (instruments de mesure, télescopes, microscopes, etc.). C’est l’instrument qui rend la science vérifiable (voir l’épistémologie de Karl Popper).

Il résulte de cette apparition tardive de la science que des productions textuelles comme l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie, la physique, la médecine des Grecs n’appartiennent pas encore à la science telle que définie par l’éditologie (épistémologie historique). Elles constituent une proto-science, qui fait encore partie du système de pensée que j’appelle « philosophie ». Au risque de m’opposer à une tradition universitaire puissante, je considère les mathématiques comme une partie de la philosophie (leur rapport avec la logique, voir Bertrand Russell et Nicolas Bourbaki) et non de la science.

On notera avec intérêt que les systèmes littérature, mythe et religion sont multiples : il y a autant de littératures que de langues (tous les peuples, aussi primitifs soient-ils, se racontent des histoires), et les mythes et religions sont notoirement nombreux. Par contre, la philosophie, et plus encore la science sont unifiées. Elles forment le soubassement intellectuel des pays « industrialisés » comme la Chine ou le Brésil ou l’Inde.

La distinction entre le système « mythe » et le système « religion » est liée à l’inévitable succession des idées. Il faut avoir l’idée que le Soleil est un dieu (mythe) avant d’avoir l’idée qu’il faut rendre un culte au Soleil (religion). Le mythe est de nature individuelle, la religion est de nature sociale (ce qui peut conduire au fanatisme). Il y a des mythes sans religion, il n’y a pas de religion sans mythes…

L’éditologie est un ensemble d’hypothèses, et est donc discutable. Mais je ne suis pas encore arrivé à nier que l’Odyssée soit plus ancienne que la Théorie de la Relativité, ou que le polythéisme sumérien se soit développé avant la parution des dialogues de Platon ou des traités d’Aristote. Et je pense sans réserves que la Relativité ou les Quanta sont plus complexes que l’allégorie de la caverne, ou que le mythe d’Osiris et d’Isis…

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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De l'editologie a l'edition, entre Popper et Bachelard

26 Juillet 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Editologie, #Biographie

J'ai développé le concept d'éditologie vers le milieu des années 1980. Il s'agissait d'une "épistémologie historique", inspirée notamment des travaux de Gaston Bachelard et de George Sarton, qui visait à définir la scientificité par les modes d'édition des textes "scientifiques". Opposition donc à Popper, ou plus exactement complémentarité. Ma recherche, depuis lors, m'a conduit à déterminer le critère du "philosophique" dans le rejet des traditions, et à définir la science comme une démarche philosophique qui fait appel à l'instrumentation. C'était une espèce de retour à Popper, puisque la falsification implique la mise en oeuvre d'instruments. Cela éclaire le rapport entre science et technique, et confirme la pertinence épistémologique du continuum "STI".

De 2002 à 2009, je faisais paraître mon "Histoire de la science" en 9 volumes, tout en ayant résumé mes positions philosophiques dans 3 ouvrages parus chez L'Harmattan, Paris (2005 et 2006). En 2011, je commençais l'édition d'une "Histoire des religions" (2 volumes parus, chez Jourdan, Bruxelles).

Mes recherches se poursuivant, je devais reconnaître la liaison indestructible entre le questionnement épistémologique et l'investigation ontologique, et une critique radicale de la phénoménologie et des herméneutiques (Ricoeur, Gadamer) me conduisait à l'évidence des concepts fondateurs de toute recherche "sérieuse", l'Être et le Moi. L'introspection nécessaire me conduisait au travail poétique, avec comme aboutissement "Les mystères de Konioss" (auto-édition, 2012).

En 2014, j'ai publié un article dans la "Revue Générale" ("Science et religions"), ainsi que trois livres disponibles en librairie : "Les agitateurs d'idées en France" (avril, La Boîte à Pandore), "Histoire des mathématiques" (juin, Vuibert), "Les plus grands Belges" (juillet, La Boîte à Pandore). Ces textes sont autant d'étapes dans mon cheminement philosophique, qui doit explorer le langage mathématique en tant que "langue de la science", et qui doit se pencher sur l'opposition tragique entre pensée libre et pensée unique (qu'il s'agisse, par exemple, de la Pensée Unique produite par les mouvements de gauche chez les intellectuels français, ou de l'islamisme triomphant au Soudan, en Turquie, en Irak, à Gaza, au Nigeria, et dans quelques municipalités françaises ou belges).

Pour info :              

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur la fonction de l'Art

20 Janvier 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Art, #Editologie

L'éditologie propose de distinguer les productions intellectuelles de l'Humanité en deux ensembles épistémiques, la STI (Science-Technique-Industrie) et la Culture. De même que les diverses composantes de la STI sont articulées à partir de la Mathématique (J.C. Baudet : Mathématique et vérité, L'Harmattan, Paris), les différents produits de la Culture sont centrés sur un noyau dur, l'Art. On peut aussi bien reprendre la dichotomie des psychologues qui opposent l'intelligence compréhensive à l'intelligence émotionnelle. Mais reste la délicate question de la fonction de l'Art. A quoi ça sert ? Il semble évident (Pascal, déjà, l'avait noté, dans son analyse du divertissement) que l'Art, sous ses différentes formes, sert à sortir du Temps, à oublier le Réel, et à vivre le temps d'une symphonie ou de la visite d'un musée à se saturer l'esprit pour évacuer toute réflexion sur le Devenir. Sous les oripeaux du sublime, du splendide, de l'émotion esthétique, l'Art se présente comme un évacuateur d'angoisse, un écarteur d'anxiété, un remplaceur du Devenir effrayant par un Pays des merveilles qui fait oublier (d'où la relation découverte par les artistes d'avant-garde entre l'Art et les drogues psychotropes). Si la STI nous apprend la terrible loi de l'entropie et des dégradations inéluctables, l'Art nous promène dans les jardins du Rêve, de l'Amour, et des nuages qui passent là-bas, les beaux nuages, avec les fugues de Bach et les carrés de Mondrian.

Car nous le savons bien, que la condition humaine n'est pas d'être, mais de devenir, de sentir ses membres raidis petit à petit par le vieillissement, de se trouver - tôt ou tard - la peau couverte d'ulcères, d'escarres, de bubons, de chancres, de télangiectasies purulentes, d'eczéma, de purpura, de furoncles putrides, de pustules, de rougeurs au prurit infernal, de papules, de se transformer en pourriture, avec de la fièvre exténuante, des céphalées, avec l'humiliation de ses sphincters qui échappent à la volonté, avec les diarrhées, l'incontinence urinaire, le ptyalisme, baignant dans les excrétions, la bave, le pus et la sanie, avec des crampes qui taraudent cruellement les mollets, avec des douleurs fulgurantes dans le bas-ventre, un feu dévorant dans la poitrine, avec des vertiges, des pertes de mémoire, des vomissements, des tremblements incoercibles. Le cancer, le diabète, l'athérosclérose. Et les douleurs morales, en plus, comme si cela ne suffisait pas : la perte d'un ami, d'un conjoint, d'un enfant...

Chacun peut se demander s'il finira aveugle comme Jean-Paul Sartre, ou cancéreux comme Sigmund Freud.

Voilà la fonction psychique de l'Art : éviter de penser à demain. Quant à sa fonction sociale, elle est de réaliser le partage des émotions : quand on applaudit dans une foule, on ne pense pas. La fonction de l'Art ? Faire converger les regards vers le spectaculaire pour permettre le "vivre ensemble" dans l'oubli des futurs.

Voilà pourquoi les musiciens, les plasticiens, les poètes, les dramaturges et les comédiens détestent l'éditologie. Voilà pourquoi j'ai tant d'ennemis - ce qui est d'ailleurs la moindre de mes souffrances à venir. Aurais-je des contradicteurs assez indifférents aux souffrances humaines et au sérieux des douleurs pour affirmer que le cancer n'existe pas ?

L'éditologie tente (et continue de chercher, elle n'est pas un dogmatisme) de dévoiler la vérité du Réel. L'Art veut construire un monde où tout n'est qu'ordre et beauté. Mais c'est un monde imaginaire.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles)

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

 

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