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Jean C. Baudet

Articles avec #epistemologie tag

Mathematique et verite

15 Février 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Mathématiques

Les mathématiques, depuis Pythagore, sont le modèle de la rationalité et, depuis Galilée et Descartes, sont devenues l’outil (le langage) de la pensée scientifique. On peut même dire, de manière un tantinet provocante, que la philosophie n’a comme moyen de se développer et de s’exprimer que les mots, alors que la science dispose en outre des nombres (arithmétique) et des figures (géométrie). Depuis les beaux travaux de Russell, de Whitehead, de Gödel, de Nicolas Bourbaki, on dit d’ailleurs « la mathématique », au singulier, pour affirmer l’unité profonde des différentes branches mathématiques, qui trouvent toutes leurs racines dans la théorie des ensembles de Boole, de Dedekind et de Cantor.

On voit donc immédiatement la nécessité, pour le philosophe, d’élucider la nature profonde du langage mathématique, dans la mesure où celui-ci a contribué à construire les seules propositions vérifiables (et en partie déjà vérifiées par l’expérience) que possède l’Humanité. D’où la question cruciale de l’épistémologie : comment se fait-il que la mathématique, qui semble être une production de l’esprit humain, s’adapte si bien à la description prédictive du monde matériel ? D’où vient cette mystérieuse adéquation entre l’esprit et la matière par le truchement du nombre ? Et, plus radicalement encore : qu’est-ce que les nombres ? Existent-ils indépendamment du monde sensible dans un monde intelligible, comme le pensait Platon ? Ou sont-ils des créations mentales : logicisme (Frege), formalisme (Hilbert), intuitionnisme (Brouwer), structuralisme (Bourbaki) ?...

J’ai tenté d’apporter une contribution à cette question cruciale des « fondements des mathématiques » (qui conduit à la question de la vérité) dans un livre paru, il y a quelques années, aux éditions L’Harmattan, à Paris : Mathématique et vérité. Une philosophie du nombre. Voir aussi mon Histoire des mathématiques (Vuibert, Paris).

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Le vieil homme et l'amer

13 Janvier 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Epistémologie

Dévoré par l’angoisse d’un avenir sans espoir, fait des humiliations du vieillissement et des souffrances de la maladie, je poursuis mon travail philosophique, malgré l’affaiblissement de mon énergie mentale, renonçant à contempler jamais la splendeur de la vérité (splendor veritatis), pour « passer le temps », me consolant en me remémorant les étapes de mon cheminement intellectuel, depuis l’époque, enfouie dans les brumes du passé, des interrogations de mon adolescence. J’essaye, par le souvenir et l’introspection, de reconstruire les moments-clés de mes tentatives de répondre aux « grandes questions », que je commençais à me poser, autant qu’il m’en souvienne, vers 1958, au temps de l’Exposition Universelle de Bruxelles. C’est en 1968 seulement que je fis de cette quête une activité professionnelle, étant nommé professeur de philosophie au Burundi (j’y restai cinq ans). En 1973, je mis de côté pour quelque temps mes préoccupations métaphysiques, et je connus les enthousiasmes de la recherche scientifique, en botanique et en biologie. Mais je revins à la philosophie en 1978, en fondant la revue Technologia, dédiée à l’histoire de la science et de la technologie. Car, lecteur de Karl Popper, de George Sarton, de Gaston Bachelard, de Michel Foucault, je m’étais rendu compte que l’examen critique de la science (c’est-à-dire de sa généalogie, de son archéologie comme disait Foucault, de son histoire comme disaient Sarton et Bachelard) était, pour la philosophie, un travail préjudiciel obligé, car il s’agissait d’apprécier les différences entre la pensée commune et la pensée scientifique.

La philosophie est la « pensée sur la pensée », et il fallait donc, en 1978, analyser les différents modes de penser, et aller même zu den Sachen selbst, comme le souhaitait Husserl, pour répondre à la question de Heidegger « was heist denken ? » (qu’appelle-t-on penser ?). Or, pour connaître la pensée, il faut l’observer à l’état naissant, et il faut donc observer les commencements de l’activité mentale chez les animaux (éthologie), chez les enfants (psychologie), chez les primitifs (ethnologie), chez les fous (psychiatrie), chez les poètes (philologie). Il faut ensuite comparer ces pensées embryonnaires avec la pensée scientifique, acceptant le postulat que la pensée de Hegel ou d’Einstein est plus élaborée que celles du chimpanzé, de l’australopithèque ou de l’enfant. La pensée est une construction, et l’on doit étudier la psychogenèse chez l’individu (« épistémologie génétique ») et dans l’histoire (« histoire des systèmes de pensée »). Je me mis donc à étudier l’histoire de la science (et de la technologie qui lui est associée), et aussi l’histoire des littératures, des religions, et bien entendu de la philosophie. C’est alors que je développai le concept d’éditologie, pour désigner l’épistémologie basée sur la critique des « textes édités », dès lors que les systèmes de pensée (religions, science, etc.) ne sont observables qu’en tant que textes (séquences de mots) rendus publics. On pense avec des mots. Mais il faut s’en méfier, car il est facile d’inventer des mots qui ne correspondent à rien de réel.

La philosophie commence par une anxiété : « que vais-je devenir ? ». Pas que vais-je faire dans un mois ou dans un an, mais que vais-je devenir dans l’absolu, après ma mort ? Répondre à cette question redoutable, c’est déterminer ce qui dessine mon destin, ce qui existe vraiment par sa capacité d’agir sur mon être, et « ce qui existe vraiment » c’est l’Être, d’où la définition de Parménide développée par Aristote : la philosophie est l’étude de l’Être (to on è on).

La philosophie se décline alors en différentes observations de l’Être, en tant que Connaissance (épistémologie), en tant que Tout (ontologie), en tant que Valeurs (éthique), en tant que Destinée (eschatologie), en tant que Divin (théologie), en tant qu’Humain (anthropologie). Et le philosophe, quel que soit son talent pour inventer des thèses, des antithèses et des synthèses, est bien démuni pour observer l’Être (dont il n’est qu’une infime partie) dans son entier. Le caractère « englobant » (Karl Jaspers) du tout sur la partie interdit la connaissance pleine et entière. Je dois me résoudre à l’admettre, l’homme est un être-pour-l’ignorance. Les poèmes les plus profonds, les philosophèmes les plus sublimes, les théorèmes les plus subtils n’y changeront rien. Ignorance, ou illusion et fantasme. Le philosophe ne peut que détromper les croyants de toutes sortes, il peut désigner le faux, sans pouvoir repérer le vrai, comme tout homme cherchant un objet perdu, qui peut facilement montrer qu’il n’est pas ici ou là, tout en ignorant où il se trouve.

Avec un tel message de scepticisme vis-à-vis des religions, des morales, des éthiques, des idéologies, des supercheries bavardes et des savoirs illusoires, je ne me suis pas fait beaucoup d’amis. Mais je continue, avec mes forces qui s’amenuisent, à tâcher d’observer le réel, car c’est dans le réel que se trouve mon tragique devenir.

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Qu'est-ce que la litterature ?

5 Janvier 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Littérature

La question de la littérature est centrale en épistémologie, car pour construire une théorie de la connaissance il faut saisir radicalement les différences entre les systèmes de pensée (pensée commune spontanée, religions, philosophie, science), qui ont en commun de produire, grâce au langage, des formations culturelles de nature textuelle, c’est-à-dire « littéraires » au sens étymologique du terme (du latin littera, lettre). Les religions, la philosophie, la science, ne sont rien d’autre, pour l’observation concrète, que des ensembles de textes, c’est-à-dire de phrases, et donc de mots. Or, la littérature, dans son acception ordinaire, est l’art d’assembler des mots, comme la peinture est l’art d’assembler des couleurs, et la musique l’art d’assembler des sons. Le lettrisme d’Isidore Isou nous a montré que l’on peut même aller plus loin dans l’analyse, et faire de la littérature l’art d’assembler des lettres.

Pour l’épistémologue, il s’agit d’aller plus loin encore, et de proposer une définition de la littérature (par rapport à la science, à la philosophie, etc.), c’est-à-dire qu’il faut rechercher, comme l’a brillamment théorisé Aristote, le genre prochain et la différence spécifique du littéraire (et donc de la science, etc.), c’est-à-dire qu’il faut repérer son essence, et donc procéder en somme à la réduction eidétique des phénoménologues.

La littérature est donc – c’est son genre prochain – un « ensemble de textes » (on m’accordera, je l’espère, que la littérature se trouve dans les bibliothèques et dans les librairies). Mais quelle est la différence spécifique des textes littéraires par rapport aux textes scientifiques, philosophiques, religieux, et par rapport aux textes de la vie pratique ? Il ne s’agit pas, pédantesquement, de tout mélanger et de chercher à produire, à propos de la littérature, des considérations amphigouriques visant à atteindre des profondeurs abyssales, et à produire des subtilités étonnantes et des paradoxes mirifiques. Il s’agit, bien au contraire, de trouver la simplicité au cœur des définitions, de repérer le déterminant essentiel parmi les déterminations secondaires, au risque de passer pour simpliste aux yeux des cuistres et des snobs. La littérature, me semble-t-il, se distingue clairement par ses objectifs, par les motivations des littérateurs. La littérature (c’est en cela qu’elle est un art) est un ensemble de textes produits pour amuser, pour divertir, pour distraire ses auditeurs et ses lecteurs. L’Iliade et l’Odyssée, l’épopée de Gilgamesh, les tragédies d’Eschyle et de Sophocle (la littérature à l’état naissant) furent, à l’évidence, écrits pour la récréation du public.

La pensée commune (« où ai-je mis mes clés ? »), les religions, la philosophie, la science, ont pour but de nous parler du monde réel de la nature, des hommes et peut-être des dieux, quand la littérature, au contraire, nous propose des mondes inventés par les auteurs, même si dans leurs œuvres la réalité se mélange avec la fiction. Le but d’un poème, d’un roman, d’une pièce de théâtre est d’activer nos émotions pour nous faire passer « un bon moment », ce n’est pas de déterminer si Dieu existe ou s’il y a une vie après la mort. Les Voyages extraordinaires de Jules Verne sont des divertissements, pas un traité de géographie, et il faudrait être vachement gonflé pour prétendre que Gustave Flaubert, Marcel Proust ou Hemingway nous en apprennent plus sur l’âme humaine et sur la vie sociale que les manuels de sociologie et de psychologie. Certes, je ne prétends pas qu’il n’y a ni philosophie, ni psychologie, ni géographie dans de nombreuses œuvres littéraires. C’est même tout l’art du romancier de nous faire croire, par l’évocation de faits réels, le temps d’une lecture, que Charles Swann ou Madame Bovary ont réellement existé ! Mais l’on ne gagne rien dans la confusion. D’ailleurs, s’il y a mélange des genres, ne fallait-il pas que, d’abord, les genres existassent ?

Bref, il me paraît clair que les chercheurs scientifiques écrivent sur le réel observable (l’être en tant que phénomène), que les philosophes écrivent sur le réel inobservable (l’être en tant que noumène), et que les romanciers, les dramaturges et les poètes écrivent pour nous divertir. Ce n’est pas rabaisser le mérite des auteurs de comédies et de drames de reconnaître que leur fonction sociale est d’amuser. Car c’est peut-être le plus admirable et le plus utile des métiers d’apporter un peu de bonheur, de réconfort et de rêve à « ceux qui sont nés pour mourir ».

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Art et Science

15 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Art

Il est un fait qui s’impose avec force à ceux qui étudient de manière comparée l’histoire de l’Art et l’histoire de la Science, c’est que l’idée de progrès est appropriée quand on observe l’évolution de la pensée scientifique, alors qu’elle n’est nullement pertinente quand on établit la chronologie des œuvres d’art. Les concertos de Rachmaninov ne sont pas plus « beaux » que les concertos brandebourgeois, la poésie de Villon est aussi admirable que celle de Gérard de Nerval, et nous sommes aussi profondément émus par les grottes de Lascaux ou par un masque dogon que par l’œuvre de Vélasquez ou par les toiles de Klee. Par contre, personne ne nie la « supériorité » des théories d’Einstein sur celles de Newton, ou de la chimie de Lavoisier sur celle de Paracelse ! L’héliocentrisme, l’atomisme, la théorie cellulaire des biologistes sont « vrais » ! Il y a un progrès scientifique, il n’y a pas de progrès artistique. La Vérité est absolue (et absolument inatteignable, la Science ne fait que s’en approcher de plus en plus, contrairement aux religions et aux idéologies qui détiennent la Vérité Absolue et Sacrée), la Beauté est relative (et atteignable dans la splendeur des chefs-d’œuvre). D’ailleurs, l’opinion commune le sait bien, quand elle prévient que « des goûts et des couleurs, on ne dispute point ».

Le fait est, aussi, que la Science s’adresse à l’intelligence quand l’Art s’adresse au sentiment – ce qui ne veut évidemment pas dire que les artistes sont dénués d’intelligence et les scientifiques privés de sentiment. Mais parmi les productions culturelles, l’Art et la Science n’ont pas la même fonction. On ne « comprend » pas un poème, un roman ou un tableau comme on « comprend » une expérience de physique ou un théorème.

Il convient d’ajouter – contre les mouvements anti-science qui se développent depuis une soixantaine d’années – que l’Art est né partout, alors que la Science est née quelque part. Il n’existe que très peu de cultures sans activité artistique, ne serait-ce que les frustes décorations des poteries du Néolithique. Mais de très nombreuses cultures ignorent totalement la recherche scientifique, et jusque récemment encore bien des peuples croyaient que la Terre est plate et que le Soleil tourne autour de la Terre.

L’Art est sublime, la Science est superbe. L’Art est aimé par tous, car il enchante et propose des messages enthousiasmants d’espérance. La Science est détestée par beaucoup, car elle révèle des réalités souvent désagréables. L’Art est la science du rêve et de l’imaginaire. La Science est l’art de dévoiler le réel, qui est bien désespérant.

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Les bases historiques de l'épistémologie

8 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Histoire

Les grandes manœuvres d’épistémologie (ou gnoséologie), pendant le premier tiers du XXème siècle, ont conduit à comprendre le processus cognitif comme la coopération de l’intelligence (die Vernunft) et de la sensibilité (die Sinnlichheit), ce qui revient en somme à reprendre l’analyse par Kant de l’esprit humain, qui faisait la synthèse entre le rationalisme de Descartes et l’empirisme de Locke. Les travaux de Husserl (la réduction eidétique), de Wittgenstein (les limites insurmontables de la connaissance), du Cercle de Vienne (le positivisme logique et le physicalisme), de Popper (la falsification) ont montré que les seuls moyens d’acquisition de savoir sont le raisonnement et l’observation, avec pour criterium la vérifiabilité expérimentale (c’est-à-dire vécue), disqualifiant les prétentions de vérité de la foi, de l’intuition, de la voyance mystique, de la révélation, de l’interprétation de textes « sacrés », tous modes de connaissance dont les liens avec la pensée mytho-religieuse archaïque sont évidents. Nous avons complété cette épistémologie par la remarque que la vérification poppérienne (ou « méthode expérimentale ») doit être complétée par l’instrumentation, d’ailleurs constamment perfectible, ce qui conduit à la fois à l’idée de « progrès scientifique » et à un scepticisme paradoxal : la science n’est jamais achevée.

Cette question de l’instrumentation nous semble cruciale car, outre qu’elle explique la progression des savoirs (qui s’approchent asymptotiquement de « la Vérité » ?), elle replace la Technique (la construction d’instruments) au cœur de la question gnoséologique. L’homme sait parce qu’il pense, parce qu’il observe, et parce qu’il pense à améliorer ses moyens d’observation.

L’Histoire nous montre le long, patient, et parfois tortueux, chemin de l’esprit humain vers la connaissance du monde et de lui-même. Mais si l’on prend suffisamment de recul pour repérer les moments décisifs de cette quête, on s’aperçoit que le raisonnement fut théorisé au IVème siècle avant notre ère, par les efforts de Platon et surtout d’Aristote pour répondre au défi des sophistes, qui avaient développé une vision pessimiste des possibilités de connaissance. Cette « invention du raisonnement » a permis aux Grecs d’élaborer la magnifique construction intellectuelle des mathématiques démonstratives (arithmétique, géométrie, astronomie de position : Euclide, Archimède, Apollonius, Hipparque, etc.).

Quant à l’ « invention de l’instrumentation », elle ne date que des XVIème et XVIIème siècles, avec la lunette astronomique, le microscope, le télescope, le thermomètre, le baromètre, etc.

Il conviendrait de développer la remarque que la science (raisonnement + instrumentation) conduit au doute et au scepticisme, malgré ses résultats spectaculaires, et non au dogmatisme, qui est la caractéristique des religions et des idéologies.

Prochainement, la recherche épistémologique devra intégrer les résultats des « sciences cognitives », qui permettront sans doute de mieux comprendre les mécanismes du raisonnement et de l’observation, ainsi que des conflits entre l’intelligence et les émotions.

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Sur les bases de la philosophie

26 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Epistémologie

Sur les bases de la philosophie

La plupart des philosophes ont développé leur pensée à partir de quelques idées fondamentales, parfois une seule : l’Atome de Démocrite, le Monde des Idées de Platon, le Cogito de Descartes, la Substance de Spinoza, la Monade de Leibniz, l’Opposition entre le phénoménal et le nouménal de Kant, l’Evolution de l’esprit absolu de Hegel, la Volonté de Schopenhauer, la Généalogie de la morale de Nietzsche, la Durée de Bergson, l’Oubli de l’Être de Heidegger, etc.

J’ai fondé mon travail sur trois « intuitions premières » qui me semblent avoir valeur d’évidences. Primo, le primat de la technique sur toutes les autres productions culturelles de l’Humanité. On doit en effet admettre que l’homme a d’abord inventé le travail du bois (déjà esquissé par les gorilles et les chimpanzés) et la taille de la pierre avant d’inventer l’art, l’écriture, la métallurgie et les dieux ! Secundo, la continuité épistémologique qui unit la technique à la science. C’est qu’en effet les progrès incessants de la construction mécanique, de l’informatique et de l’automatisation, de la technologie médicale, sont clairement dépendants des progrès de la physique, de la chimie, de la biologie. Tertio, ce que j’appelle le « théorème d’existence » ou « principe ontologique » : tout concept désigne un objet qui existe de manière autonome ou qui n’existe que par sa dépendance d’un autre objet autonome. Ainsi, tout homme sain d’esprit est « obligé » d’admettre l’existence de son corps ou de sa chemise, ou du Soleil et de la Lune, mais il est en droit de s’interroger sur l’existence de la quadrature du cercle, de l’âme humaine, des fées, des dieux, des anges, du paradis, de l’enfer. On remarquera aisément que cette troisième proposition n’est rien d’autre qu’une reformulation de la loi du tiers exclu d’Aristote : « on a A ou non-A ».

J’ai traité du primat de la technique dans Le Signe de l’humain (L’Harmattan, Paris) et du complexe épistémique « science-technique » dans de nombreux livres et articles d’histoire de la science et d’histoire des techniques. On remarquera encore que la troisième « intuition première », qui peut s’exprimer simplement par l’alternative « Dieu existe ou n’existe pas », correspond au substrat mental qui conduit au fanatisme de la majorité des hommes, menant aux insultes, aux meurtres, au terrorisme et aux massacres de masse. Les historiens des religions, comme René Girard, ont établi la profonde relation qui existe entre croyance et violence.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur la connaissance et la gnoseologie

8 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Gnoséologie

Le problème épistémologique ou gnoséologique, autrement dit la question de la connaissance, est exprimé, depuis des siècles de recherche philosophique, par une formule binaire, duale, comme celui d’un lien (assez mystérieux) entre ce qui connaît et ce qui est à connaître, entre la Conscience et l’Être, entre le Sujet et l’Objet, entre le Moi et le Non-Moi, entre l’esprit humain et les choses du monde, voire entre l’Emetteur et le Récepteur, si l’on reprend les termes de la théorie de la communication, développée en 1948 par l’Américain Claude Elwood Shannon (« A mathematical theory of communication », Bell System Technical Journal 27(3) : 379-423, 1948). Voir J.C. Baudet : « L’éditologie, entre communication et cognition », Revue Générale 132(4) : 45-54, 1997. On a donc un schéma binaire de la connaissance S-O, ou mieux ternaire, si l’on prend en compte le lien L qui fonde le savoir : S-L-O. Mais analysons les concepts, en espérant que la logique soit un guide suffisant. L’Objet O, que l’on appellera comme on veut le Grand Tout, l’Être, le Réel, n’est pas autre chose que « tout ce qui existe vraiment ». Dès lors, S et L appartiennent à O, ce qui semble difficilement contestable : je fais partie de l’Univers, comme les étoiles et les microbes, et mes capacités cognitives ne suffisent pas à établir une coupure ontologique entre la conscience d’un homme et le monde ! L’Autrichien Moritz Schlick avait, déjà en 1918, pensé que le problème de la connaissance implique le monisme, l’ontologie et l’épistémologie (Erkenntnislehre) étant indissolublement liées (Allgemeine Erkenntnislehre, Julius Springer, Berlin, IX+346 p. Voir aussi : Chr. Bonnet : Moritz Schlick. Théorie de la connaissance, Gallimard, Paris, 551 p., 2009).

Avec Schlick (qui fut le fondateur du Cercle de Vienne), nous trouvons un chemin qui va du problème épistémologique au matérialisme, c’est-à-dire qui remplace l’esprit humain par les facultés mentales, par les propriétés du système nerveux central, c’est-à-dire l’âme des primitifs animistes par le cerveau accessible par le scalpel, le microscope, l’électroencéphalographie, l’imagerie médicale, c’est-à-dire tout l’attirail technologique dont se servent les « neurosciences ».

Mais la cognition – passage de l’état psychique d’ignorance à l’état de connaissance – n’en reste pas moins mystérieuse, et le lien cognitif L est une énigme. Peut-être une piste à suivre se trouve-t-elle dans la physique des particules élémentaires, où l’on étudie aussi des liens A-L-B. Si A et B sont les quarks, L est constitué de gluons. Si A et B sont les atomes, le lien qui les unit dans la molécule AB est formé d’un champ électrique produit par des photons. L’Être serait ainsi radicalement ternaire, l’existence d’une réalité quelconque impliquant son essence, c’est-à-dire l’ensemble de ses propriétés qui, pour les particules, sont la masse, le spin, la charge électrique, la charge chromodynamique, etc. La connaissance n’est plus qu’une propriété de la matière, et je connais l’Univers (des étoiles, des microbes et des hommes) parce que j’en fais partie. Mais j’ignore l’avenir, parce que je n’y suis pas encore ! C’est dans cet état de connaissance-ignorance que je dois vivre et mourir, tâcher de construire une éthique pour « vivre ensemble » avec mes « semblables », et essayer de trouver des solutions aux « défis de notre temps » : l’obscurantisme-fanatisme des religions, le chômage et la misère des « plus démunis », le réchauffement climatique avec ses inondations et ses tornades et ses incendies, et la disparition annoncée des grandes baleines et des petits pandas.

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Technique et Technologie : deux definitions

21 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Technique, #Technologie

Technique et Technologie : deux definitions

Le philosophe doit sans cesse clarifier les termes qu’il utilise, pour atteindre les éléments déterminants (l’essence) des concepts qu’il explore, et pour tenter de dissiper les malentendus liés à des acceptions parfois très différentes chez divers auteurs. Des termes comme « raison » (logos), « principe » (archè), « matière » (hylè), etc. font l’objet, depuis plus de deux mille ans, de discussions sémantiques qui paraissent infinies… Ainsi dois-je préciser les définitions que j’ai été amené à adopter pour « technique » et « technologie », d’autant plus que « le primat de la Technique » constitue un point de départ de ma réflexion.

Ma première étude sur la question de la Technique est publiée en avril 1978 (« Ambiguïté des relations entre science et technologie », Technologia 1(1) : 17-20). Ce travail avait été rédigé quelques semaines avant la parution de l’ouvrage magistral de Bertrand Gille, Histoire des techniques (Gallimard, Paris, XIV+1652 p.), achevé d’imprimer le 30 mars 1978.

A cette époque, les termes « technique » et « technologie » sont souvent considérés, par les chercheurs (rares) qui s’intéressent à la philosophie de la pensée technicienne, comme synonymes. Voir par exemple le livre de Jean-Claude Beaune La technologie introuvable (Vrin, Paris, 285 p., 1980) et son excellent compte rendu par Maurice Daumas : « A la recherche de la technologie. A propos d’un ouvrage de Jean-Claude Beaune » (Revue d’histoire des sciences 34 : 171-176, 1981). Nombreux étaient, parmi les chercheurs de langue française, ceux qui considéraient « technologie » comme un synonyme inutile (calqué sur l’anglais technology) de « technique », oubliant le fait que la langue anglaise utilise également deux termes, technics et technology !

L’étymologie nous apporte un commencement de réponse. Le grec technè a été rendu en latin par ars (artis), qui a donné « art » en français et en anglais. A la Renaissance, la distinction sera bien établie entre les « beaux arts », les « arts libéraux » et les « arts mécaniques ». Une péjoration apparaît entre les « artistes » et les « artisans », entre l’activité noble des beaux arts (les artistes) ou des arts libéraux (les savants) et l’activité vile, « bassement matérielle », « vulgairement utilitaire », des arts mécaniques. A la fin du XVIIIème siècle, on commence à distinguer, parmi ceux-ci, les « arts et métiers » (relativement simples) et les « arts et manufactures » (plus complexes). En 1794, le Journal des Arts et Manufactures est fondé à Paris, sous la direction de la Commission exécutive d’Agriculture et des Arts.

Je vois apparaître le vocable « technologie », en 1777, dans un ouvrage de l’Allemand Johann Beckmann : Anleitung zur Technologie oder zur Kenntnis der Handwerke, Fabriken und Manufacturen (Göttingen, XXXIV+460 p.), mais bien avant le terme technologia était déjà utilisé dans des textes latins. Le mot apparaît en anglais, en 1831, chez l’Américain Jacob Bigelow : Elements of technology, taken chiefly from a course of lectures (Hilliard, Gray, Little & Wilkins, Boston, XV+521 p.) et, en 1840, en langue française, chez le Français Léon Lalanne : Essai philosophique sur la technologie (Bourgogne et Martinet, Paris, 56 p.).

Mais l’opposition entre « technique simple » et « technologie complexe » n’est pas très claire, et l’acception de technologie comme « science de la technique » ne correspond plus à l’usage actuel. Il faut approfondir au niveau des concepts.

L’analyse historique est éclairante. La Technique apparaît lors de la formation même de l’Humanité : c’est la confection d’outils (certes rudimentaires) qui distingue l’humain de l’animal. Au cours de l’Histoire, la Technique évolue, se complexifie, devient de plus en plus efficace, et au cours de la Renaissance elle va même (par l’instrumentation) faire émerger la Science de la Philosophie : c’est la « révolution copernicienne ». Au cours du XVIIIème siècle, la Science à son tour modifie profondément la Technique, permettant la « révolution industrielle » en Angleterre, c’est alors que la Technique devient Technologie.

Nous avons donc les équations « Science = Philosophie + Technique » et « Technologie = Technique + Science ». Le couple Technique-Technologie correspond à l’opposition entre « artisanal » et « industriel ».

L’analyse épistémologique confirme cette évolution historique, d’abord par la simple constatation, qui relève de la psychologie, que toujours dans l’histoire de la pensée humaine le simple devance le complexe. On a taillé la pierre avant de la polir, et on a construit des machines mécaniques à calculer (technique, Wilhelm Schickard, 1623, Blaise Pascal, 1641) avant de construire des ordinateurs (technologie).

La Technique, épistémologiquement, est le moyen du contact entre l’homme et la nature, entre le moi et le non-moi (acquisition de nourriture, protection contre le froid, etc.). Les deux réalisations primordiales de la Technique sont l’invention de l’Outil puis, des dizaines de milliers d’années plus tard, l’invention du Langage, préfiguration de la Technologie (technè + logos). Les littérateurs ont disserté abondamment sur « la main et la parole ».

Mais il faut atteindre un niveau suffisant de connaissance de la nature (par la Science) pour décupler l’efficacité technicienne : c’est l’avènement de la Technologie.

La Technique est essentiellement mécanicienne, elle met en œuvre essentiellement des mouvements. La Technologie utilise de « nouvelles énergies » comme la chaleur (la machine à vapeur de Watt), l’électricité (la pile de Volta), le magnétisme (le télégraphe d’Ampère), la fission nucléaire (le réacteur de Fermi)…

Ontologiquement, en tant que moyen de contact entre le moi et le non-moi, la Technologie est finalement, venue de l’Être (elle « respecte les lois de la nature » : conservation de la matière-énergie, augmentation de l’entropie…), ce qui dévoile l’Être. La Technique, moyen d’existence, est devenue la Technologie, chemin de connaissance.

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Sur les connaissances humaines

1 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Epistémologie

Sur les connaissances humaines

Le brave Emmanuel Kant admirait, disait-il, deux choses : les étoiles au-dessus de sa tête et la loi morale dans son cœur. Pour ma part, ces deux « spectacles » m’indiffèrent, et d’ailleurs je ne trouve aucune injonction morale « dans mon cœur ». Mais ce que j’admire, jusqu’à la fascination, c’est l’immensité de la bêtise de tant d’hommes, d’une part, et la profondeur de l’intelligence humaine qui se manifeste dans les inventions et découvertes de si peu de chercheurs, d’autre part. A chacun ses admirations ! Je suis davantage impressionné par la découverte du boson de Higgs-Englert que par les petits points lumineux de la Grande Ourse, et si le bon Blaise Pascal était effrayé par les deux infinis de la grandeur et de la petitesse, je suis, moi, admiratif devant les deux extrêmes de la bêtise si répandue et de l’intelligence créatrice si rare.

Mais ces inventions et découvertes, dues à si peu d’hommes, comment furent-elles possibles ? C’est la question à laquelle tente de répondre l’épistémologie, la gnoséologie, la méthodologie, l’éditologie.

L’Humanité au sens large (espèces des genres Australopithecus, Ardipithecus, Homo et apparentés) existe depuis quelques millions d’années, et se distingue des autres groupes d’animaux par l’impressionnant développement du système nerveux central (encore faut-il que les êtres possédant un gros cerveau aient l’idée de s’en servir). Ce qui saute aux yeux de tous ceux qui étudient l’histoire de l’apparition et du développement des connaissances, c’est le contraste saisissant entre une très longue période où les connaissances, peu nombreuses, se développent très lentement, et une seconde période, très courte (quelques siècles), ou brusquement une invention ou une découverte fait comme exploser l’accumulation des savoirs. C’est comme si un ressort, tout à coup, se détendait, entraînant une profusion de nouvelles connaissances.

Prenons l’exemple de la connaissance de la « matière », de la substance des choses que l’on peut voir, sentir, toucher… Pendant des millions d’années, les seules connaissances dans ce domaine consistent à savoir distinguer les objets comestibles des non-comestibles, et les matériaux durs (certaines pierres) des substances molles ou friables, ne convenant pas pour la confection d’outils. La connaissance du cru et du cuit n’apparaît qu’avec la découverte de la maîtrise du feu et l’importante invention de la cuisine. Il faut entrer dans l’ère scripturale pour voir apparaître des idées générales sur la nature des choses, que l’on peut à la rigueur appeler des « théories », bien qu’elles soient fort naïves. Chez les Grecs, c’est la théorie des quatre éléments (Empédocle, vers 440 avant Jésus). Chez les Chinois, l’idée se développe de cinq éléments, sans qu’on puisse établir si ces idées apparurent indépendamment, ou s’il y eut une filiation conceptuelle (des Grecs vers la Chine ou des Chinois vers la Grèce ?). Tant chez les Chinois que chez les Hellènes, l’idée des éléments se perpétuera pendant des siècles sans susciter de quelconques progrès dans la connaissance de la matière. Il y aura bien l’apparition de l’hermétisme (alchimie) avec Zosime de Panopolis, la théorie des trois principes (mercure, soufre, sel) avec Paracelse, la théorie du phlogistique avec Stahl, ce sont des innovations (d’ailleurs fallacieuses) qui ne font pas progresser la connaissance de manière sensible. Mais en 1789, c’est la révolution ! Lavoisier publie son Traité élémentaire de chimie, et du jour au lendemain d’autres chercheurs adoptent les idées de l’auteur, et les résultats s’accumulent, avec Berthollet, Gay-Lussac, Dalton, Avogadro, Davy, Berzelius, et la chimie est née en tant que « science ». En deux siècles, on accumule des milliers de faits positifs, amplement vérifiés, c’est une véritable explosion de savoirs, et l’on connaît bientôt la matière jusqu’aux molécules, jusqu’aux atomes, jusqu’aux quarks et aux bosons !

Quelques philosophes ont bien étudié ce déclenchement soudain (et récent) du processus de progrès scientifique. Gaston Bachelard l’a appelé « franchissement d’un obstacle épistémologique », Thomas Kuhn « changement de paradigme », Alexandre Koyré « révolution galiléenne ». Chaque discipline scientifique, après une très longue préhistoire peu féconde, naît véritablement d’un événement relativement récent. C’est ainsi que l’astronomie devient « scientifique » et progresse de manière spectaculaire à partir de 1543 (Copernic, héliocentrisme) ou de 1610 (Galilée, lunette astronomique). La physique devient une science en 1610 (Galilée, chute des corps), la chimie en 1789 (Lavoisier), la biologie en 1839 (Schwann, théorie cellulaire).

C’est dire que l’étude de la pensée scientifique peut passer rapidement sur l’étude des étoiles avant 1543, sur l’étude des forces et des mouvements avant 1610, sur l’étude de la matière avant 1789, sur l’étude des êtres vivants avant 1839. La « science », c’est-à-dire la connaissance vérifiée (notamment par les applications techniques), a donc connu deux époques, une longue enfance (quelques millions d’années) et une maturité (quelques siècles). L’esprit scientifique n’apparaît qu’au XVIème siècle, et les expressions de « science grecque », « science babylonienne », etc., sont pour l’épistémologie des abus de langage.

Peut-on prévoir une troisième époque de la recherche intellectuelle, la déchéance et la mort ? L’écart grandissant entre les connaissances de ceux qui savent et celles de ceux qui ne savent pas engendre chez beaucoup un sentiment d’exclusion et un ressentiment qui vont jusqu’à développer des mouvements d’idées « anti-science ». Avec lesquels se mélangent l’obscurantisme et le fanatisme religieux qui progressent de jour en jour. C’est qu’il est difficile pour les hommes qui se croient fils des dieux d’admettre qu’ils habitent une petite planète perdue (1543) et qu’ils sont des bêtes comme le gorille ou le chacal (1839). Tout indique le retour des idées d’avant 1543 : un nouveau Moyen Âge !

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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La triple racine de l'editologie

23 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Editologie, #Epistémologie, #Philosophie

J’ai développé le concept d’éditologie au début des années 1980. Le néologisme « éditologie » désigne une démarche philosophique basée sur trois déterminations. L’éditologie est une épistémologie (1) historique (2) qui accorde une importance décisive à la technique (3).

Epistémologie : de manière très classique, l’éditologie est d’abord la construction d’une théorie de la connaissance, car il faut d’abord savoir s’il est possible de savoir (et comment ?) avant d’entreprendre des investigations concernant l’Être, et avant de proposer une éthique.

Histoire : contrairement aux épistémologies de la grande tradition universitaire allemande (Kant, Fichte, Husserl…), l’éditologie préconise une épistémologie a posteriori et non a priori. C’est dire qu’il faut analyser les facultés cognitives de l’esprit humain non par le raisonnement seul (à la façon de Descartes, de Kant, etc.), mais par l’examen critique de la manière dont les connaissances (qu’elles soient d’ailleurs vraies ou fausses) sont apparues et se sont répandues au cours de l’évolution de la pensée, depuis la préhistoire jusqu’à nos jours. Il faut commencer la quête philosophique par l’étude approfondie de l’histoire des systèmes de pensée (l’expression est de Michel Foucault).

Technique : la position la plus originale de l’éditologie est de constater, vers 1980, le désintérêt paradoxal, de la part des philosophes dominants, du fait technique, alors qu’il apparaît facilement que la technique est la toute première production culturelle. Les humains ont inventé l’outil de bois ou de pierre avant même d’avoir inventé le langage ! Ce primat de la technique – et l’oubli de la technique par de très nombreux philosophes – est le fondement le plus spécifique de l’éditologie.

J’ai donc, depuis 1980, basé ma démarche philosophique sur trois « évidences », 1° la nécessité d’une théorie de la connaissance, 2° le besoin d’une étude diachronique de la pensée, 3° la reconnaissance du primat de la technique (et donc du caractère humanisant de la technique). Voir mes publications : « Penser la technique », Revue Générale 1989(12) : 35-40 ; « Le critère de l’humain », IBM Informations 1994(12) : 10-11, 1994 ; Le signe de l’humain – Une philosophie de la technique, L’Harmattan, Paris, 172 p., 2005.

L’éditologie s’inscrit évidemment dans la suite de la philosophia perennis, avec Platon comme premier auteur d’une théorie approfondie de la connaissance, avec Gaston Bachelard (précédé par Léon Brunschvicg) comme promoteur d’une épistémologie historique, et avec Karl Marx comme premier penseur de la technique (Voir Kostas Axelos : Marx, penseur de la technique – De l’aliénation de l’homme à la conquête du monde, Minuit, Paris, 324 p., 1961).

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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