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Jean C. Baudet

Articles avec #epistemologie tag

Epistemologie et ontologie

20 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Epistémologie

La philosophie moderne a avancé d’un grand pas, peut-être décisif, en comprenant que le problème épistémologique (le Savoir) et le problème ontologique (l’Être) sont indissolublement liés. C’est le cercle vicieux par excellence ! Les conditions du Savoir sont à l’évidence déterminées par la constitution de l’Être (tout être connaissant fait partie de l’Être), et cette constitution ne peut être connue que si cette constitution autorise le Savoir. Ainsi peut-on prétendre que l’épistémologie et l’ontologie sont des sciences préjudicielles l’une de l’autre. C’est ce qu’avait entrevu Husserl en notant que l’édification d’une théorie de la connaissance rencontre « des abîmes de difficultés ». Pour pouvoir prétendre, comme l’a fait Hegel (et Parménide bien avant lui), que « tout le réel est rationnel », il faut déjà connaître et le réel (l’Être) et le rationnel (le Savoir). Bien entendu, j’utilise pour établir cette circularité les « lois de la pensée » établies par Aristote et ses générations de successeurs ayant construit les règles de la Logique. Mais ces règles sont découvertes à partir de l’empirie, c’est-à-dire de ma condition d’homme. Je ne peux par exemple aboutir au principe du tiers exclu, que parce que j’ai remarqué, dans mon vécu, et de manière apodictique, qu’une porte ne peut être qu’ouverte ou fermée. Mais je concède aux esprits imaginatifs que l’on peut – avec d’ailleurs un étrange plaisir qui confine au « poétique » – rêver d’un monde où les portes s’ouvrent et se ferment en même temps, et peuplé d’autres merveilles plus fantasmagoriques encore…

Mais que peut connaître de l’Être l’être humain et, question subsidiaire mais très intéressante, tous les êtres humains ont-ils les mêmes capacités d’acquisition de savoirs ?

Si je pense, par exemple, qu’un être qui serait hors de l’Être ne saurait être, ce qui revient à la formule populaire « tout est dans tout », s’agit-il d’une vérité ? J’éprouve le sentiment très vif (que Descartes appelait l’évidence claire et distincte) qu’il en est bien ainsi, et pourtant cela ne découle pas de mon expérience vécue – car il m’est impossible de vérifier tous les êtres (c’est le problème devenu banal de l’induction). Pourtant, si je cherche par l’introspection d’où me vient cette certitude qu’aucun être ne peut exister hors de l’Être, je constate que cette détermination est « logique », qu’elle découle de la définition de l’Être (« tout ce qui existe vraiment ») et de l’acceptation du principe d’identité et du principe du tiers exclu, dont l’origine est empirique. Il s’agit donc bien d’un savoir que je construis par une combinaison d’observations et de raisonnements.

Mais alors, à partir de cette base apparemment solide (l’archè de l’Être est l’être : ce qui est formé de « choses » qui sont), puis-je aller plus loin dans la connaissance de l’Être, et notamment puis-je en déduire le sens de ma vie et connaître mon destin ? Puis-je éviter les apories de l’éléatisme ? Par exemple, avec Pythagore, vais-je admettre que les êtres ultimes constituants de l’Être sont les nombres ? Avec Empédocle, vais-je admettre qu’ils sont les quatre éléments ? Avec Démocrite, vais-je admettre qu’ils sont les atomes ? Avec Descartes, vais-je admettre qu’ils sont l’étendue et la pensée ? Avec Leibniz, vais-je admettre qu’ils sont les monades ? Ou avec le Modèle Standard de la physique contemporaine, vais-je admettre que les constituants ultimes de l’Être sont les fermions et les bosons, dont les interactions ont engendré ces milliards de corps humains, dont quelques-uns s’interrogent avec désespoir sur le sens et la finalité de leur propre existence ?

Sartre a écrit quelque part, à peu près : « l’homme est un être dans l’être duquel il est question de son être », ce qui est une reformulation du « roseau pensant » de Pascal. Tous les hommes, en effet, possèdent la capacité de penser, qui est l’intelligence. Mais combien d’hommes se servent-ils de leur intelligence ?

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Une chronologie des sciences

6 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Epistémologie

Mon dernier livre vient de paraître ! Aux éditions La Boîte à Pandore (Paris), sous le titre Les plus grandes dates de la science, en 317 pages sobrement illustrées. Après avoir publié de nombreux ouvrages critiques et détaillés consacrés à l'histoire de la pensée scientifique, qui constituent une base nécessaire à la recherche épistémologique (quelle est la "valeur" de la science ?), il me fallait mettre à la disposition du grand public une synthèse commode et de lecture aisée de ces travaux. C'est-à-dire résumer et expliquer en 317 pages l'apparition, le développement (d'abord très lent puis de plus en plus rapide) et l'épanouissement de la mathématique, de l'astronomie, de la physique, de la chimie et de la biologie. Laissant de côté les innombrables détails de l'histoire de ce progrès fascinant de la pensée, j'ai voulu identifier les "grands moments" de la constitution de la méthode scientifique et de ses principaux acquis. Il est fascinant de voir comment la communauté scientifique (une fraction bien faible de l'Humanité) est passée, concernant les êtres vivants, du fixisme des naturalistes (Linné) à l'évolutionnisme de Lamarck et de Darwin, et comment l'évolution biologique fut vérifiée par la découverte de la structure moléculaire de l'ADN (Watson). Il est époustouflant de voir comment l'on est passé d'une vision du monde géocentrique (Ptolémée) à l'héliocentrisme de Copernic, à l'Univers fixe dans le temps et l'espace de Newton, à l'Univers en expansion d'Einstein, Hubble et Lemaître. Il est bouleversant de suivre le passage, concernant la constitution de la matière, de la théorie des quatre éléments (théorie archaïque et naïve) à la chromodynamique quantique des particules élémentaires, dûment vérifiée par les expériences des physiciens "des hautes énergies", et notamment par la découverte du boson de Higgs en 2012.

Peut-être l'homme cultivé et ouvert du XXIème siècle en conviendra-t-il : il faut connaître Voltaire et Confucius, Le Pen et Mélenchon, Simone de Beauvoir et Brigitte Bardot, mais il faut aussi connaître - si l'on se veut ouvert et cultivé - les grandes dates de l'histoire de la science !

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Philosophie dans la Revue Generale

15 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie

Philosophie dans la Revue Generale

Le numéro de janvier-février de la "Revue Générale" (revue bimestrielle belge) vient de sortir de presse, entamant sa 151ème année d'existence. Sous la présidence du sénateur Francis Delpérée, elle est dirigée par France Bastia (écrivain) et par Vincent Dujardin (historien). Le comité de rédaction est formé par Dominique Aguessy, Jean-Baptiste Baronian, Renaud Denuit, André Goosse, Christian Libens, Philippe Paquet, Edmond Radar, Jean-Loup Seban et moi-même.

Dans cette livraison au contenu très varié - notamment un article de Didier Reynders sur "les défis auxquels la Belgique et l'Europe sont confrontées", ou encore d'intéressantes remarques de Jacques De Decker sur "la culture en milieu digital" -, j'ai fait paraître une étude intitulée "Qu'est-ce que le progrès scientifique ?", dans laquelle je tente de donner une synthèse de mes positions épistémologiques. Voici un extrait de ma conclusion : "La philosophie est indispensable pour, par son esprit critique impitoyable, rendre les hommes méfiants à l'égard de tous les discours dogmatiques, d'où qu'ils viennent, et surtout si leurs partisans utilisent des explosifs et des fusils-mitrailleurs comme arguments. Avant de mériter de savoir, il faut avoir l'audace de douter".

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Qu'appelle-t-on penser ?

10 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Epistémologie

Qu'appelle-t-on penser ?

La question philosophique fondamentale, la plus essentielle, est celle de la pensée (M. Heidegger : Qu'appelle-t-on penser ?, PUF, Paris, 1959). Comment cet être singulier, que l'on appelle l'homme, arrive-t-il à associer des idées pour élaborer des propositions sur lui-même et sur ce qui l'entoure, c'est-à-dire sur le réel ? Et que valent ces propositions, qui sont par exemple la théorie de la relativité du temps, ou le principe de la séparation des pouvoirs, ou encore des projets d'organisation politique ? Que vaut en fait la "civilisation" (ne pas confondre civilisation et culture), qui est la pensée concrétisée ?

C'est en pensant à la pensée, il y a longtemps déjà, qu'il m'a semblé indispensable d'observer la pensée dans sa concrétisation en livres (il faut lire les penseurs), et en essayant de classer les divers systèmes de pensée (penser, c'est d'abord classifier, distinguer, éviter les confusions et les amalgames). Il m'a semblé nécessaire d'examiner en particulier la "pensée scientifique", la "science", qui est une pensée qui, manifestement, a abouti à certains résultats indiscutables (la technologie, notamment). J'ai donc commencé mon travail par l'épistémologie "historique" (que j'appellerai "éditologie"), influencé par Gaston Bachelard (et dans une moindre mesure par Michel Foucault), en 1978, en fondant la revue Technologia (histoire de la science et de la technologie).

Ce travail a conduit, entre autres, à neuf volumes (Vuibert, Paris, 2002-2009, 3.100 pages) qui constituent une histoire complète de la pensée scientifique, le mot "complète" étant évidemment une exagération ironique, car je ne vois pas la possibilité d'écrire une histoire "complète" de quelque sujet que ce soit ! Ce travail a notamment confirmé un trait bien connu de la science (déjà remarqué avec insistance par Galilée), à savoir l'importance centrale de la mathématique dans le développement de la pensée scientifique. S'il est indéniable que l'on pense avec des mots, il est tout aussi évident que l'on pense scientifiquement avec des nombres, et plus précisément comme l'a montré Nicolas Bourbaki, avec des "structures" (algébriques et topologiques). D'où les tentatives, un peu prématurées, dans les années 1950 et 1960, du structuralisme pour fonder les "sciences humaines" (C. Lévi-Strauss : Les structures élémentaires de la parenté, PUF, Paris, 1949).

Il fallait ensuite explorer les systèmes de pensée "non scientifiques" : littératures, mythes, religions, idéologies. Ainsi s'est élaborée, dans la civilisation, l'opposition entre ce que j'appelle la "STI" (science-technique-industrie) et la "culture". L'Histoire et l'Actualité montrent que cette opposition peut être violente. Louis Althusser, en 1965 déjà (Pour Marx, Maspero, Paris), l'avait bien noté : "l'idéologie comme système de représentations se distingue de la science en ce que la fonction pratico-sociale l'emporte en elle sur la fonction théorique". Cette opposition est manifestement liée à celle que l'on constate, au lycée, entre les matheux et les lettreux, ou si l'on veut elle reprend la distinction que faisait Pascal entre l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse, entre la raison et le coeur. Il faudra demander à la sociologie, à la psychologie et aux neurosciences d'où vient et que signifie cette scission dans la pensée.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur les controverses scientifiques

30 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Epistémologie

Sur les controverses scientifiques

Dans mon récent livre Les plus grandes controverses de l'histoire de la science (La Boîte à Pandore, Paris, 279 pages), j'étudie 22 controverses importantes du domaine scientifique, telles que la question du vide (avec notamment Descartes et Pascal), celle de la génération spontanée des êtres vivants, celle des "Martiens", celle de la dérive des continents, etc. Ces 22 études montrent chacune l'importance pour l'évolution progressive de la science de la négation (Hegel) et la pertinence du concept d'obstacle épistémologique (Bachelard). Chaque grand progrès scientifique résulte d'une opposition entre deux propositions thétiques complémentaires et de l'adoption d'une des deux thèses, celle qui est confortée par l'expérience rendue possible par la réalisation d'une instrumentation toujours plus performante. L'héliocentrisme l'emporte sur le géocentrisme grâce à la lunette astronomique mise au point par Galilée, la théorie du Big Bang l'emporte sur l'idée d'un Univers statique grâce au perfectionnement des spectromètres, etc.

Ces 22 études montrent surtout que la science, contrairement à d'autres "discours de vérité" (religions, idéologies), est foncièrement anti-dogmatique. Encore ne faut-il pas se laisser emporter par la tentation du relativisme total en proclamant "la fin des certitudes". Certes, la théorie du Big Bang ou la chromodynamique quantique ne sont que des ensembles d'hypothèses dont la validation expérimentale est encore insuffisante, et les biologistes n'ont pas encore découvert de manière irréfutable si l'homosexualité résulte d'un déterminisme génétique. Mais, soyez-en sûr, la Terre est ronde et n'est pas plate, les électrons existent, bien qu'ils soient invisibles, et les molécules d'ADN contiennent des atomes de phosphore. Cela est admis unanimement par la communauté scientifique internationale. Qui distingue clairement les controverses closes (plus personne ne s'oppose à l'atomisme) et les controverses encore présentes.On ne s'étonnera pas de constater que les controverses encore actives concernent surtout les "sciences humaines" : combien y a-t-il de taxons dans le genre Homo, comment se forment les mythes, etc.

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Testament philosophique 5 (sur l'epistemologie)

15 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Epistémologie

Connaître, c’est toujours observer. Voilà le fondement de ma philosophie. Je dois tenter de l’exprimer clairement, en termes simples, car les questions « existentielles » sont simples, et méritent des réponses sans littérature, sans rhétorique et sans pédanterie. Je répugne à sombrer dans le verbalisme et la logomachie de nombre de philosophes contemporains, souvent acclamés par les modes (existentialisme, structuralisme, nouvelle philosophie…), mais dont le contenu doctrinal est décevant. Que puis-je savoir, que puis-je espérer, que puis-je faire, voilà les trois questions que tout homme sensé se pose. Commençons par la question du savoir, qui est du ressort de la gnoséologie ou épistémologie (termes synonymes, car il n’y a pas différentes sortes de connaissance : on sait ou on ne sait pas).

Mes enquêtes en histoire des systèmes de pensée m’amènent à admettre que tout savoir provient toujours d’une observation, c’est-à-dire d’une orientation de la conscience (le sujet connaissant) vers l’extérieur de la conscience (l’objet à connaître). Malgré d’innombrables méditations sur ce problème de la cognition, je ne parviens pas à sortir du schéma « conscience – connaissance – Être », car ma conscience (et l’intersubjectivité me permet de généraliser : « toute conscience ») est toujours dirigée vers quelque chose qui n’est pas elle, et qui fait partie de l’Être. Tout savoir est forcément une connexion entre un « moi » et un « non-moi ». C’est ce que Husserl, se basant sur la psychologie de Brentano, appelle « intentionnalité ».

Mais l’analyse montre facilement qu’il existe plusieurs modes d’observation. Il y a d’abord l’observation par le truchement des sens (die Sinnlichkeit, « la sensibilité », disait Kant) qui s’interposent entre le sujet et l’objet. C’est la connaissance commune, celle de la vie quotidienne. Je « sais » qu’il y a des nuages parce que ma vue transporte les nuages (l’impression qu’ils produisent) vers mon « esprit ». Tous mes savoirs ordinaires proviennent de ce mécanisme de transmissions, et je « sais », à la suite d’observations innombrables, où se trouvent mes clés, que mon chat dort, etc.

Cette observation, que l’on peut qualifier de naïve, de spontanée, est déjà une possibilité présente chez l’animal, qui « sait » (grâce à l’observation olfactive, auditive, visuelle, tactile ou gustative) distinguer un objet comestible d’un non comestible, etc. L’observation peut conduire à la vérité ou à l’erreur : hallucinations, illusions sensorielles…

J’établis une distinction, étant donné son importance dans l’histoire de la pensée, entre l’observation d’une chose et l’observation d’une chose relative à une autre chose. Je regarde un nuage, et j’acquiers des savoirs sur cet objet. Mais je peux aussi observer un traité de météorologie (lecture, donc vision) ou assister à une conférence sur l’atmosphère (audition), qui me procurent des savoirs sur les nuages (que je ne perçois pas directement). Il faut donc distinguer l’observation sensorielle (empirisme), où les sens séparent le sujet de l’objet, et l’observation traditionnelle (traditionalisme), où je suis informé par le moyen d’une tradition (livres ou enseignement oral). Remarquons que l’observation sensorielle, présente chez l’animal, n’implique qu’un seul sujet. Je suis seul à regarder les nuages, les beaux nuages qui passent, là-bas… Par contre l’observation traditionnelle, inexistante chez l’animal, implique une vie sociale : la tradition se transmet de génération en génération.

Donc, et cela me paraît « clair et distinct », l’homme acquiert des savoirs par l’observation à l’aide de ses sens (et il faut étudier la psychologie pour évaluer la qualité de ces savoirs) ou par l’observation de traditions propres à sa tribu (et il faut étudier l’histoire des différents peuples pour comparer la valeur de leurs savoirs). Ce sont deux manières de connaître que l’on peut appeler « médiates », car elles interposent un moyen (sens ou tradition) entre l’objet et le sujet.

Certains penseurs (par exemple Henri Bergson) ont imaginé la possibilité d’une connaissance « immédiate », c’est-à-dire sans le truchement d’un moyen quelconque entre objet et sujet. La conscience est immédiatement en contact avec le monde, et en particulier avec ces parties de l’Être qui ne sont pas accessibles par les sens, et qui forment un mystérieux domaine que l’on appelle « spirituel » ou « immatériel ». Cette connaissance par observation immédiate, non sensorielle, est appelée « intuition », et serait activée notamment par les mystiques et par certains poètes.

Pendant mes 55 années de tentative de répondre aux questions sur l’être et le néant, sur la vie et la mort, sur le bien et le mal, etc., j’ai rencontré d’innombrables savoirs dont je parvenais à établir l’origine soit sensorielle (je sais qu’il y a des nuages), soit traditionnelle (je sais qu’il y a des gens qui croient qu’il existe des dieux). Mais jamais je n’ai fait l’expérience d’une intuition ! Jamais ma conscience ne fut en contact direct avec des entités extrasensorielles ! Peut-être est-ce une singularité de mon esprit, et sans doute suis-je dépourvu de la capacité intuitive (comme je suis myope, ce qui me rend incapable de voir les objets lointains avec netteté). Ou bien – et mes réflexions me conduisent vers cette idée un peu triste – l’intuition (qui est la source des « croyances ») est une illusion, d’ailleurs fort répandue, et que les religieux appellent la « foi ».

En résumé, je pense qu’il y a deux modes théoriquement possibles de connaissance, médiat (observation par les sens ou imprégnation par les traditions) ou immédiat (intuition, mysticisme). Le premier conduit au système de pensée « STI » (science-technique-industrie), le second au système « Non-STI », ou « culture » : littérature et poésie, mythes, religions, idéologies…

A suivre…

Une vidéo de l'auteur à la librairie Filigranes, à Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Marcel Detiège et les controverses scientifiques

19 Août 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Epistémologie

Marcel Detiège et les controverses scientifiques

J'ai publié Les plus grandes controverses de l'histoire de la science (éditions La Boîte à Pandore, Paris) en début d'année. La Lettre de l'AEB du mois d'août (Association des Ecrivains belges) contient un article critique de Marcel Detiège de cet ouvrage, critique qui résulte d'une lecture attentive et compréhensive.

Voici la conclusion de notre confrère : "cet ouvrage de Jean C. Baudet est riche en informations épistémologiques ; en exposés très complets sur les principales découvertes de la science ayant entraîné des controverses concomitantes ; ainsi qu’en vues personnelles sur l’avenir de la recherche scientifique. Enfin, cet ouvrage est écrit dans un style à la fois agréable et exact."

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Sur le concept de STI

8 Juillet 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Technique, #Epistémologie

Sur le concept de STI

A la fin des années 1970, le philosophe américain Don Ihde (né en 1934) adopte le néologisme « technoscience » pour nommer un pseudo-concept qui vise à désigner une collusion (maléfique) entre la technologie des ingénieurs et la science des chercheurs. Je dis « pseudo-concept », parce qu’il s’agit d’une notion sociopolitique née dans une mouvance idéologique particulière (technophobe, marxiste…) et manquant d’analyse critique. Au début des années 1980, je propose à mon tour le néologisme « STI » (science-technique-industrie) pour désigner un concept épistémologique. A savoir l’unité ontologique qui lie non seulement la science à la technique (ce qui est l’évidence même), mais aussi à l’industrie, dans le sens du latin industria : activité productrice. La STI est ainsi un continuum épistémique reliant de manière radicale science, technique et industrie, ces trois termes désignant des notions insuffisamment conceptualisées : il n’y a pas de science sans, à la fois, technique et industrie. La science (ou la technique, ou l’industrie) n’existe pas sans les deux autres composantes de la STI. La STI se développe dans l’Histoire (depuis le percuteur en pierre éclatée jusqu’à Internet) par l’inséparable coopération de l’observation (empirisme) et du raisonnement (rationalisme). Le lien ontologique dans lequel s’enracinent les composantes de la STI est « le mathématique », profonde (et encore largement incomprise) caractéristique de l’Être, avec sa dualité géométrique (l’observation des formes) et arithmétique (le raisonnement sur les nombres) actuellement résumée par l’opposition entre le topologique (l’espace) et l’algébrique (le temps). En termes de vulgarisation, on notera que la science est basée sur la mathématique des structures (groupes, corps, espaces vectoriels…), que la technique est basée sur l’analyse infinitésimale (mise en équations en vue des calculs de dimensionnement…) et que l’industrie est basée sur la comptabilité, qui est le noyau dur de l’arithmétique (les archéologues ont montré que la comptabilité est apparue des millénaires avant l’arithmétique).

La STI étant une « production de l’Humanité », il est automatique de « mettre dans le même sac » toutes les productions non-STI : littératures, religions, arts, musiques, etc. C’est ce que j’appelle, d’un terme malheureusement très ambigu, la « Culture ». La séparation est d’ailleurs floue, parce que les « culturels » ne peuvent pas échapper aux déterminations de la STI : un carré de Klee ou de Mondrian est d’abord un carré de géomètre, et la musique serait limitée au chant vocal s’il n’y avait pas les instruments construits par l’industrie !

Il existe entre la STI et la Culture un antagonisme qui devrait, me semble-t-il, être transformé en joyeuse coopération. Nos lendemains chanteront peut-être quand l’Ingénieur et le Poète collaboreront pour construire un Monde Meilleur ? La Civilisation, n’est-ce pas l’équation d’Erwin Schrödinger ET la trompette de Louis Armstrong ? Oh, what a beautiful world !

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L'ennemi public

21 Juin 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Epistémologie

Mon travail épistémologique a commencé par une analyse radicale de la connivence, à première vue mystérieuse, entre la technique et la science, entre la main et la parole – avec une réhabilitation du geste technicien, si dévalué dans la culture contemporaine. Basant mon enquête sur un corpus considérable de faits historiques concernant l’évolution des systèmes de pensée (technique et science, mais aussi magie, religions, philosophie…), je suis arrivé à voir dans l’apparent mystère de la naissance de la science grâce à la technique (comme, semblablement, l’art naîtra de la musique, cfr Neitzsche) le résultat du rapport de convenance entre la connaissance et l’action, entre la vérité et l’efficacité, entre le gnoséologique et l’ontologique. Une action ne peut aboutir que si elle correspond au réel, au vrai, et une hache en pierre taillée ou une centrale nucléaire ne fonctionnent que parce que leur conception fut en concordance avec la réalité. Les rites primitifs, instinctuels et surchargés d’espérance, se perfectionnent et se transmuent en se dissociant en technique et en magie, celle-ci se combinant avec l’esprit du mythe pour donner naissance aux religions. La philosophie naîtra de la tardive prise de conscience des contradictions des traditions religieuses, et le rejet de toutes les traditions (l’esprit qui toujours nie, cfr Goethe). Cette pensée libérée des pesanteurs traditionnelles (d’ordre sentimental et social) finira par donner naissance à la science, grâce à l’instrumentation, qui est comme un ressourcement par la technique.

Cette analyse, confortée par mes recherches en histoire de la science, en histoire des religions et en histoire de la philosophie, me conduit invinciblement au néo-scientisme, au monisme, au matérialisme, à l’athéisme, au nihilisme et à l’anti-humanisme. Je suis donc l’ennemi de milliards d’hommes, les religieux, les idéalistes, les spiritualistes, les humanistes, les optimistes, les fascistes et les racistes (qui inventent des valeurs liées à des sous-groupes humains par fantasme compassionnel), les communautaristes, les communistes et les gauchistes, les écologistes, les moralistes, les masculinistes, les féministes, les droits-de-l’hommistes, les phénoménologues, les herméneutistes, et les poètes minimalistes qui prennent leurs rêves pour des vérités indicibles, ineffables et sublimes.

Il me reste à tâcher de comprendre pourquoi un désaccord ontologique conduit à la haine, au fanatisme, à l’insulte, à l’intolérance, à la violence et au meurtre.

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Le dernier philosophe

4 Juin 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Epistémologie

J'ai d'abord, il y a déjà bien longtemps, exploré le champ classique de l'épistémologie, pour établir que, vu le primat de la technique, la science est une technique appliquée. C'était transposer dans le concret de l'Histoire la relation d'équivalence entre les concepts de Connaissance et d'Action (l'efficacité comme indice de vérité: pour savoir il faut faire, et pour faire il faut savoir). Puis, j'ai étendu ma réflexion au champ tout entier de la gnoséologie, découvrant l'origine des religions (et des idéologies qui en dérivent) dans les rites qui sont des réactions compulsives libératoires à l'angoisse de la condition humaine. M'interrogeant alors sur l'apparition de la philosophie, je la situais comme une révolte, comme un rejet des traditions, avec la production d'une coupure sociale et épistémique entre une petite élite qui cherche et la masse qui croit. Restait la distinction à thématiser entre philosophie et science, qui sont toutes deux des recherches libérées. Je ne me satisfaisais pas des réponses de Bachelard (les obstacles épistémologiques), de Popper (la falsification), de Kuhn (les changements de paradigme), et j'approfondis ma lecture de l'histoire de la philosophie et de la science, publiant d'ailleurs de nombreux articles et plusieurs volumes consacrés à l'histoire des systèmes de pensée. C'est ainsi que je découvris que la différence radicale entre science et non-science réside dans l'instrumentation, c'est-à-dire dans l'emploi systématique d'instruments, qui modifient dramatiquement la portée de l'observation et la puissance heuristique et démonstrative du raisonnement (par la mathématisation rendue possible grâce aux instruments de mesure). Il me paraît difficile de nier que les scientifiques disposent de laboratoires et que les philosophes n'ont que des bibliothèques ! Je retrouvais mon intuition du primat de la technique, puisque les instruments de la science sont construits par les techniciens.

Au cours de l'Histoire, la science (instrumentale depuis 1543) n'a cessé de restreindre le domaine de la philosophie, répondant à la question de la matière (Lavoisier, 1789), de la vie (Schleiden, 1838), de la biodiversité et de l'origine de l'homme (Darwin, 1859), et même de l'origine de l'Univers (Einstein, 1915). La question se pose donc de savoir si, dans un avenir plus ou moins proche, la science serait en mesure de recouvrir totalement le champ encore vaste du questionnement philosophique. Quelle que soit l'orientation de ma méditation, je ne vois pas d'issue à l'impossibilité actuelle de pénétrer dans le domaine nouménal, ce qui me ramène inéluctablement au scepticisme de Kant : la physique (grâce aux instruments) est merveilleusement possible, et d'ailleurs elle progresse tous les jours ; la métaphysique est tragiquement impossible !

Ce scepticisme, qui à ce jour me semble incontournable, achève la philosophie, comme on achève les chevaux malades. L'homme a dû se résigner à vivre avec la souffrance. Il lui faut, en plus, vivre avec l'ignorance.

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