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Jean C. Baudet

Articles avec #epistemologie tag

La Boite a Pandore

22 Avril 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Epistémologie

J'ai publié récemment 6 livres aux éditions La Boîte à Pandore :

- Les agitateurs d'idées en France, 343 pages,

- Les plus grands Belges, 223 p.,

- Les plus grands ingénieurs belges, 284 p.,

- Les plus grandes erreurs de la science, 237 p.,

- Les plus grandes femmes de la science, 312 p.,

- Les plus grandes controverses de l'histoire de la science, 279 p.

Ces ouvrages, destinés par leur fond aux historiens des systèmes de pensée et aux épistémologues, sont, par leur forme, à l'intention du "grand public". Je me suis en effet attaché, dans chacun de ces ouvrages, à écrire dans un français lisible, en évitant le jargon académico-pédantesque tout en m'attachant à ne pas dissimuler les difficultés historiques et épistémologiques des sujets traités. Je suis d'avis que la mission de la philosophie doit être, sans simplisme abêtissant ou vulgarisation bébête, de rendre aussi simples que possibles les questions compliquées, et non de compliquer les questions simples. Et je m'oppose fermement à toute une partie de la philosophie contemporaine, où l'on croit nécessaire de s'exprimer de façon absconse, pour dire parfois de simples banalités.

Je vais communiquer le présent billet à mes amis de Facebook. N'ayant ni chiens ni chats, je n'ai pas de photographies à leur soumettre. Je n'ai pas d'appareil photographique non plus (étant un homme de paroles et non d'images). L'image de moi qui accompagne et enjolive (?) mes billets a été prise dans les couloirs de la Bibliothèque Royale de Bruxelles par la poète flamande francophone Liza Leyla.

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Les controverses scientifiques

20 Avril 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Epistémologie

Mon livre Les plus grandes controverses de l'histoire de la science vient de paraître aux éditions La Boîte à Pandore (Paris, 279 pages). J'y étudie 22 débats de grande portée qui ont animé l'histoire de la science, comme par exemple la controverse entre Félix Pouchet et Louis Pasteur à propos de la génération spontanée des microorganismes, ou les vives discussions à propos de l'existence du vide, du phlogistique, de la dérive des continents, etc.

Le sujet n'est pas simplement anecdotique. Il s'agit d'analyser le mécanisme même de la construction des vérités scientifiques et de leur réception par la communauté des savants et aussi par le grand public.

Il est très éclairant de constater que ces controverses finissent par s'éteindre (mais, pour certaines, il a fallu des siècles...), et plus personne, aujourd'hui, ne soutient le géocentrisme, la digestion par trituration, l'inexistence du vide, la présence de canaux sur la planète Mars...

L'histoire de la science est la meilleure introduction à la recherche épistémologique. Elle montre, avec des exemples très nombreux, comment l'esprit humain peut atteindre des vérités, comment les traditions et les croyances s'opposent, parfois avec véhémence, à ces découvertes qui ébranlent les habitudes de pensée. Elle analyse aussi les sources psychiques et sociales des mouvements anti-science. Elle établit, surtout, la fragilité des croyances autres que les théories scientifiques, qu'il s'agisse de croyances religieuses ou d'idéologies politiques.

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Une histoire des mathématiques

31 Mars 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Mathématiques, #Epistémologie

Une histoire des mathématiques

Dans mon livre Histoire des mathématiques, récemment paru (Vuibert, Paris), j'observe le développement de la pensée mathématique, depuis les premières bases fondées par les Grecs jusqu'aux plus extrêmes généralisations du XXème siècle. Les Grecs ont inventé, successivement, la Géométrie démonstrative (Thalès), l'Arithmétique spéculative (Pythagore), la Logique (Aristote), l'Axiomatique (Euclide), la Trigonométrie (Hipparque), l'Algèbre (Diophante), mais ont "raté" la fusion de la Géométrie et de l'Algèbre, qui devra attendre Descartes et son invention de la Géométrie analytique. Ils n'ont pas su tirer parti des découvertes d'Archimède qui auraient dû les mener à l'Analyse infinitésimale, qui ne sera établie qu'au XVIIème siècle avec les travaux de Wallis, de Newton et de Leibniz. Au XXème siècle, le groupe français Bourbaki redéfinira la Mathématique comme l'étude des structures, qui peuvent être topologiques ou algébriques.

Cette étude conduit à tenter une épistémologie, dont j'ai esquissé le fondement dans mon livre Mathématique et vérité (L'Harmattan, Paris). En bref, on constatera que le progrès mathématique fonctionne par généralisation (des nombres entiers aux nombres fractionnaires, des nombres aux vecteurs puis aux tenseurs, etc.), celle-ci étant basée sur l'expérience commune de la marche (en avant ou en arrière). Ainsi l'analyse de l'esprit humain rencontre une dualité radicale, celle du plus (aller plus loin, par exemple passer de 2 à 3 dimensions) et du moins (passer des nombres "naturels" aux nombres négatifs).

La Mathématique est le noyau dur de la STI, Science-Technique-Industrie, et pourrait bien être la racine de la Civilisation et l'instrument d'analyse de l'Être. Mais je dois poursuivre ma recherche pour tenter de repérer s'il n'y a pas "autre chose"...

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Une histoire de la physique

30 Mars 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Physique, #Epistémologie

Une histoire de la physique

Mon livre Histoire de la physique vient de sortir de presse chez Vuibert, à Paris (333 pages). Cet ouvrage est le résultat de la fusion de deux livres précédents : Penser le monde (Histoire de la physique jusqu'en 1900, Vuibert, 287 p., 2006) et Expliquer l'Univers (Histoire de la physique depuis 1900, Vuibert, 427 p., 2008). Pour passer de 714 pages à 333, il m'a fallu revoir la rédaction de fond en comble, de manière à concentrer le récit sur les expériences vraiment cruciales et sur les théories les plus importantes, pour faire ressortir clairement la filiation des idées, depuis les premières réflexions "physiques" de Thalès de Milet jusqu'à la récente découverte du boson de Higgs. Cette Histoire de la physique, outre qu'elle offre une passionnante exploration de l'évolution de la science de l'Univers (les étapes principales de l'astronomie sont également étudiées), constitue une introduction à l'épistémologie, puisque la physique est en réalité la base de toutes les sciences (chimie, biologie, technologie...). La thèse principale que je développe dans ce livre est que la "science" ne se constitue pleinement comme distincte de la "philosophie" qu'au XVIe siècle, en Europe, quand les "philosophes de la nature" (Paracelse, Copernic, Kepler, Galilée...) inventent l'instrumentation. L'usage d'instruments (lunettes astronomiques, appareils de laboratoire) permet en effet à l'observation d'atteindre des réalités insoupçonnées et permet au raisonnement d'être renforcé par la mathématisation (rendue possible par les instruments de mesure). Les tentatives de description du monde antérieures aux années 1500 ne sont encore que de la "proto-science", par manque de moyens. On retrouve ici ce que j'ai appelé le primat de la technique (notamment dans mon livre Le signe de l'humain - Une philosophie de la technique, L'Harmattan, Paris, 2005) : la science provient de la technique et non l'inverse.

En suivant l'évolution de la physique depuis la théorie grecque des quatre éléments jusqu'à l'actuelle distinction des particules élémentaires en fermions et bosons, il est captivant de comprendre comment une petite élite (quelques centaines de physiciens, d'astronomes et de chimistes pour les milliards d'hommes "ordinaires") a su élaborer une description précise de l'Univers, dont la validité est prouvée tous les jours par les résultats de la technologie. C'est peut-être dans la construction de la physique que l'on trouve "l'honneur de l'Humanité".

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Qui suis-je ?

5 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Epistémologie

Je ne me contente pas, je me méfie même des déterminations convenues, telles que "je suis né à Bruxelles", "je suis marié et père de deux enfants", "je suis philosophe", "je suis docteur de l'Université de Paris VI", et autres formulations qui ne font que signaler quelques traits, véridiques, certes, mais peu éclairants. Car je veux me connaître au niveau d'exigence de la philosophie universitaire, et je veux bénéficier dans ma recherche des plus hautes avancées de la recherche ontologique. Je n'ai guère pour répondre que les lectures (le "moi" de Socrate ou de Gadamer m'éclaire-t-il sur le mien ?) et l'introspection. Je n'ai malheureusement pas eu la chance, en 70 ans d'existence (d'être-là !), d'avoir rencontré d'autres modes d'acquérir des savoirs que par l'observation (y compris de moi-même) et par le raisonnement. Comme j'envie ceux qui trouvent des certitudes (et consolantes, en plus !) dans un coran ou un évangile ! Moi je n'y trouve que des phrases rédigées par des hommes. C'est que "je suis", aussi, historien des systèmes de pensée dont je vise une critique radicale. Et je suis quand même très averti, par mon parcours intellectuel, que je peux avoir des hallucinations en observant, ou sombrer dans les paralogismes en raisonnant ! Comment donc une définition de soi par soi pourrait-elle échapper au subjectivisme ?

Je suis une douleur, une souffrance d'autant plus vive qu'elle s'alimente de l'image des souffrances à venir. Et même si ma douleur est une hallucination, et même si la conscience de ma douleur est un paralogisme, je souffre ! Le malade imaginaire souffrait "réellement". L'être de mon être est un être où il est question de son devenir, et ce devenir - au vu de ma mémoire, de mes lectures, de mes réflexions - est source d'une angoisse croissante, et je ne suis finalement qu'angoisse et peur. J'échappe par moments (deux verres de bourgogne, un comprimé de xanax ou quelques mesures de Mozart) à cette anxiété raisonnée, mais c'est pour y retomber mieux. Comment ma raison pourrait-elle me dire que "ça ira mieux demain" avec des douleurs dans le bas-ventre, une vue qui baisse, une femme malade, des casseurs dans les rues, des imbéciles de plus en plus nombreux avec l'explosion démographique, des poètes qui voudraient me gonfler d'optimisme parce que l'astucieux renard a mangé le fromage, une toux permanente, et une fatigue lancinante qui m'ôte le simple plaisir de bouger bras et jambes ?

Je suis ma souffrance, ou plus ontologiquement le ressenti de ma souffrance, décuplée par la conscience d'un futur pire. Que peut l'optimisme, l'amour du genre humain, la confiance en Manitou ou en la Gauche, devant l'incontinence urinaire, la tuberculose revenue, le cancer du colon, l'hémiplégie, ou les maladies sociales comme le fanatisme ? Je ne fais pas des phrases - la littérature distrait un peu de la souffrance - je crie ma peur !

A propos de lecture, je retrouve dans un coin de ma bibliothèque un des manuels que j'ai utilisés, il y a cinquante ans, quand je m'initiais à la pensée libre (ironie : dans une faculté... catholique !). Il s'agit de l' "Introduction à la philosophie" de Louis De Raeymaeker (4ème édition, 1956). J'y retrouve ce passage.

"le cartésianisme imprima d'emblée à la philosophie moderne certains traits caractéristiques: l'exigence d'une méthode rigoureuse et d'une critique radicale, la préoccupation de considérer toutes choses dans la perspective du moi conscient, la recherche d'un système d'explication universelle et qui soit fondé sur la richesse dynamique de la pensée constructive"

Mon "moi conscient" - le "moi" de n'importe quel lecteur de ce blog, qui finira par souffrir hideusement, tôt ou tard - est donc le fondement unique (par où commencer, sinon par soi-même) de la critique radicale de toute pensée constructive. Les plus âgés n'ont que la conscience de leur angoisse. Les plus jeunes ont encore les illusions (ah oui, comme je me souviens de mes enthousiasmes) de pouvoir construire un monde nouveau. Ce ne serait pas mal, un monde sans cancer, sans paralysie, sans fanatisme et donc sans illusions !

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Les erreurs de la science

14 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Epistémologie

Les erreurs de la science

Mon dernier livre vient de paraître ! Trente-sixième titre, si ma comptabilité est à jour, et sans tenir compte de quelques brochures auto-éditées (par exemple mon roman "Les mystères de Konioss"), d'articles dans des revues et magazines, de billets dans le quotidien belge "L'Echo" (2008-2009, si ma mémoire est bonne), de poèmes et nouvelles dans des revues littéraires, et de plus de 500 billets de (méchante) humeur dans ce blog. Bref, une oeuvre "culturelle" pour démontrer l'inanité de la "culture" (voir billet précédent).

Néanmoins (et oreilles en plus, j'aime bien cette expression de San Antonio), je continue, et donc voici que vient de sortir de presse "Les plus grandes erreurs de la science", chez l'éditeur La Boîte à Pandore (Paris, 237 pages).

Il s'agit en fait d'une réédition mise à jour de "Curieuses histoires de la science - Quand les chercheurs se trompent", ouvrage paru chez Jourdan (Bruxelles) en 2010 et qui fut bien accueilli par le public, d'où la réédition.

Il s'agit à la fois d'un recueil d'historiettes édifiantes, parfois cocasses et parfois horrifiques (la transfusion sanguine d'un mouton à un homme au XVIIème siècle !), et d'un essai de réflexion épistémologique : comment la science peut-elle progresser, alors que les hommes, même les plus savants du monde, peuvent se tromper, prendre des vessies pour des lanternes, être hallucinés (voir l'incroyable histoire de la "découverte" des rayons N), être menteurs et faussaires ?... Bref j'ai voulu, à partir de 25 "grandes erreurs" (depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours) de la recherche scientifique, examiner concrètement, sur le terrain de l'Histoire, la "grande question" de la Vérité et de l'Erreur.

A une époque sans doute cruciale pour le sort de l'Humanité de résurgence du "spirituel" avec les manifestations odieuses d'obscurantisme et de fanatisme que nous révèle l'Actualité, il est nécessaire de réfléchir sérieusement à l'origine et à la valeur des "discours de vérité". La science n'est pas infaillible, elle peut se tromper, mais elle reconnaît ses erreurs et progresse en les éliminant. Je ne vois pas, hélas, les religions et les idéologies (qui possèdent chacune la Vérité Unique Absolue), remettre en cause leurs dogmes les plus "sacrés".

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Mathematiques : de l'histoire a l'epistemologie

28 Août 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Mathématiques, #Epistémologie

Ma réflexion philosophique sur les mathématiques a pour origine la "découverte" épistémologique d'Emmanuel Kant qui, dans sa célèbre "Critique de la raison pure", met en évidence que l'espace et le temps sont les formes de la sensibiité, lieu de la connexion cognitive entre le Sujet et l'Objet (l'Objet phénoménal, bien entendu). Il m'a suffi de comprendre que l'étude de l'espace est la Géométrie et que l'étude du temps (c'est-à-dire de la succession : un, deux, trois...) est l'Arithmétique pour prendre conscience que le problème-clé de la question de la Connaissance se trouve dans la "valeur des mathématiques" et pour entreprendre une étude d'épistémologie historique de la pensée mathématicienne, jalonnée par trois ouvrages principaux : "Nouvel Abrégé d'histoire des mathématiques" (2002), "Mathématique et vérité" (2005), "Histoire des mathématiques" (2014).

Mon dernier livre (Vuibert, Paris, VI+346 pages) montre notamment comment l'Humanité (c'est-à-dire en réalité quelques centaines d'Européens pendant 26 siècles), partie des premières réflexions non utilitaires de Thalès et de Pythagore, est arrivée à produire un immense corps de connaissance unifié ("la" Mathématique formée de la Topologie et de l'Algèbre), extensions de la Logique d'Aristote). La "valeur" de cette construction se confirme chaque jour dans les innombrables résultats de la "STI" (science-technique-industrie), qu'il s'agisse d'un calcul astronomique, des équations d'un ingénieur qui mènent à une nouvelle machine, ou de la comptabilité d'une entreprise. Le Réel (phénoménal) est bien enfermé dans les déterminations mathématiques de l'Espace et du Temps, et la mathématique est bien le "langage de l'objet". Quant au Réel nouménal, s'il existe, Kant nous a expliqué longuement et subtilement qu'il est inaccessible à l'esprit humain (en 1781). Malgré tous mes efforts (et j'ai, par rapport à Kant, les immenses acquis des philosophes depuis 1781...), je n'ai pas encore trouvé de moyens adéquats pour accéder à la connaissance du Noumène. Mais je continue à chercher. J'ai appris à mettre en équations les propriétés du Triangle, les caractéristiques des machines électriques, le comportement des êtres vivants (avec le Belge Prigogine), l'âge de l'Univers (avec le Belge Lemaître), et même (mais avec bien des incertitudes) les fluctuations de l'indice des Américains Charles Dow et Edward Jones. Quand je serai parvenu à mettre en équations la Sainte Trinité, la date du Jugement Dernier et le Socialisme, je préviendrai...

Pour info :        

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Le Je et le Moi

25 Mai 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Moi

Si la question centrale de la philosophie est de savoir ce qui m'attend, avec la question corrélative de déterminer les actions que je dois entreprendre en vue d'atteindre un futur aussi agréable que possible, c'est-à-dire si la question éthique doit être envisagée à partir de la solution du problème gnoséologique, ce qui implique une connaissance à édifier, il est clair que la philosophie doit d'abord examiner les moyens par lesquels le Moi peut arriver à connaître de manière opérationnelle (suffisante pour permettre l'action efficace) le monde, visible ou invisible mais agissant (le Non-Moi), ce qui correspond d'ailleurs à la priorité constante des grands efforts de pensée depuis les premiers philosophes.

Or je ne peux connaître "les choses" que par le contact entre le Moi et le Moi (le "connais-toi toi-même" de Socrate) et par l'autre contact entre le Moi et le Non-Moi, si tant est que la distinction entre ces deux contacts est une réalité, et pas seulement un distinguo imposé par les limitations d'une expression verbale peut-être imparfaite. On reconnaît ici la source des difficultés épistémologiques qui conduisent au solipsisme.

Quand Je pense à Moi, Je et Moi désignent-ils exactement la même réalité, ou y a-t-il dans la conscience humaine une entité pensante et une entité pensée ? Dès que Je pense à Moi, je me retourne sur moi-même, je me penche sur mon passé, et le Je et le Moi ne sont pas exactement contemporains : le Moi précède le Je, comme tout objet observé précède l'observateur. Pour moi-Je (pour le philosophe entamant un exercice d'introspection), le moi-Moi est "donné", "présenté", déjà là, c'est un spectacle, exactement comme l'étoile est présente mais antérieure à l'astronome. On peut même aller jusqu'à dire que la vie d'un homme est la constante transformation de son Moi en un Je, qui se souvient et qui espère...

Voilà alors une question délicate. Le rapport (de connaissance) entre Je et Moi est-il de même essence que le rapport entre Je et le Non-Moi ? Si j'adopte par exemple le schéma kantien, la connaissance du Moi par Je correspond à un passage du Moi nouménal au Moi phénoménal appréhendé par la sensibilité du Je et transféré à l'entendement du Je. Mais qu'est-ce qui m'autorise à affirmer que le Moi ainsi "connu" correspond au Je "connaissant" ? Que le Je est un avatar du Moi ? Le problème épistémologique de la connaissance de soi (Moi par Je) est maintenant pollué par les lieux communs de la psychologie populaire : on exagère ou minimise ses propres qualités, on se ment à soi-même, la vie est "recherche de sens", etc. Ce problème est également occulté (ou éclairé ?) par la vision médicale de l'être humain, avec son système nerveux central, son cerveau, ses neurones et ses synapses, ses états de veille et de sommeil (est-ce Je ou Moi qui rêve ?), ses "facultés mentales", etc. Et il y a enfin les traditions religieuses, depuis les mythes de la Préhistoire jusqu'aux superstitions les plus modernes (spiritisme, utilisation populaire des rudiments de la psychanalyse, astrologie...) toujours basée sur la dualité de l'âme et du corps.

La tension entre Je et Moi est de nature temporelle, et nous rejoignons ici Heidegger qui, dans Sein und Zeit (1927) faisait du Temps le constituant principal de l'Être.

Pour info :    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur l'histoire du savoir

3 Juin 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Epistémologie

L’étude approfondie de l’histoire des systèmes de pensée (mythes, religions, science…) révèle avec une grande clarté que l’esprit humain ne dispose que de deux moyens pour connaître : l’observation et le raisonnement – ce que Kant théorisera dans sa célèbre Critique (1781) en distinguant die Sinnlichkeit und der Verstand. Mais le pouvoir de l’observation est limité – la vision humaine ne perçoit ni les lointaines étoiles ni les trop petits microbes. Mais le pouvoir du raisonnement est limité – l’homme qui n’a pas suffisamment réfléchi sa réflexion se perd dans les paralogismes et prend ses constructions mentales pour des réalités. Etant donné son mode de développement – de l’enfance à la maturité au sein d’une collectivité – l’esprit humain est soumis aux pesanteurs des traditions de sa tribu, et il faudra des millénaires pour que des individualités (d’ailleurs rares) parviennent à mettre les traditions en doute, créant ainsi un savoir nouveau que l’on appellera la philosophie. L’histoire montre donc, et l’actualité le confirme, qu’il est très difficile de se débarrasser d’une tradition, ou même seulement d’imaginer qu’elle pourrait être sans fondement.

Bien que débarrassée de l’asservissement à la tradition (la pression sociale), la philosophie ne dispose toujours que de deux outils intellectuels, l’observation et le raisonnement. Elle élabore de somptueux systèmes d’explication des choses qui ne sont, sous l’apparence de l’authentique et du profond, que de nouveaux mystères. La philosophie remplace les dieux par l’Être (Aristote, Heidegger) ou par le Noumène (Kant), l’âme des hommes par l’Esprit (Hegel) ou par la Volonté (Schopenhauer) ou par l’Inconscient (Freud), et elle remplace la morale des traditions par une éthique apophtegmatique aux fondements tout aussi incertains. Le plus souvent, la philosophie dégénère en littérature.

Cependant, de ce non-savoir prétentieux et stérile naîtra quand même, venu du monde inattendu des constructeurs de machines de guerre (les ingénieurs du Moyen Âge de l’artillerie pyrotechnique), un tout nouveau système de pensée – que l’on appellera la science. Il base son activité cognitive sur l’observation et le raisonnement, mais en y ajoutant ce que j’ai appelé l’instrumentation, qui est l’utilisation d’instruments, de dispositifs matériels qui vont augmenter de manière spectaculaire les performances de l’observation et du raisonnement. Par l’instrument, l’observateur étend considérablement le champ de son appréhension du Réel. Par l’instrument, il peut en outre acquérir des nombres (des « mesures ») qui lui permettront de multiplier de manière spectaculaire la force de ses raisonnements par la mathématisation. Et l’homme qui pense sait maintenant pourquoi, malgré des savoirs immenses et scrupuleusement vérifiés, il ne sait pas encore tout ce qu’il voudrait savoir. Il a enfin compris que pour connaître l’Absolu absolument il lui faudrait un instrument absolument infini. Les prouesses récentes de la Physique et de l’Astronomie le montrent clairement. Plus grandissent les télescopes et les accélérateurs de particules, plus s’étend le champ de l’observable, et l’on trouve de plus lointaines étoiles ou de plus infimes corpuscules.

Maurice Merleau-Ponty a écrit (Le visible et l’invisible) : « l’Être est ce qui exige de nous création pour que nous en ayons l’expérience ». Mais quelle Humanité, même « riche » de ses diversités et de plus de 7 milliards d’individus, saurait créer l’instrument donnant l’expérience de l’Être ?

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Analytique du Comprendre

2 Décembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie

Comprendre, c'est trouver le simple (le "clair et distinct" de Descartes) sous le compliqué, le peu sous le beaucoup, la cause ultime sous les effets divers. C'est la recherche d'une satisfaction, car l'esprit de l'homme est satisfait par le simple comme son estomac est comblé par le nourrissant. Ainsi, l'histoire des systèmes de pensée nous montre-t-elle la pensée "mystique" suivre la séquence "animisme - polythéisme - hénothéisme - monothéisme - athéisme", ou la pensée "scientifique" aller des molécules aux atomes, puis des particules subatomiques aux bosons plus élémentaires.

 

Mais il faut aller plus loin. Ne pas se contenter d'une réduction de l'épistémologie à la psychologie et à l'histoire. D'abord, il n'y a pas que le "simple" qui soulage l'intelligence. Toute personne ayant fait l'expérience d'une compréhension se souvient que son émotion positive peut résulter de la "découverte" d'une relation inattendue (comme quand on résout un problème d'algèbre, et que l'on trouve la relation entre l'inconnue et les paramètres du problème). Mais je me limite ici à la recherche du simple. Le simple qui satisfait l'intelligence est-il pour autant l'ultime du Réel ? Pourquoi la simplicité à laquelle la raison aspire serait-elle présente dans le Réel, voire constitutive du Réel ? Celui-ci, complexe à première vue (s'il y a bien un caractère immédiat de l'Être, c'est son immense diversité), n'est-il pas complexe aussi dans son principe d'existence ? Peut-on appliquer au Réel l'idée de construction qui s'impose quand il s'agit des objets de notre connaissance empirique ? C'est, reformulée, la grande question de Kant.

 

Les murs sont faits de briques, les dunes sont faites de grains de sable, et le temps vécu est une suite de moments. Mais peut-on généraliser ce schéma (éléments --> ensemble) et le tenir pour adéquat aux structures de l'Être dans sa totalité existante ? Nos compréhensions sont-elles en marche vers l'Unification du Savoir et de l'Être, ou ne sont-elles que des illusions plus ou moins raisonnables ?

 

Dans le monde phénoménal, ma réponse reste constante depuis ma découverte de la primauté épistémologique et ontologique de la Technique (voir J.C. Baudet : Le Signe de l'humain, L'Harmattan, Paris, 2005). Les réalisations techniques (et, a fortiori, technologiques) prouvent à suffisance la juste correspondance entre la Science (basée sur le réductionnisme exposé ci-dessus) et le Réel (phénoménal). Mais le phénoménal est-il le tout du Réel ? Il faut relire Moritz Schlick : Allgemeine Erkenntnislehre, Julius Springer, Berlin, 1918.

 

Pour info, l'URL (à copier et coller après http://) d'une vidéo sur l'histoire des sciences comme explication et évaluation du savoir :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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