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Jean C. Baudet

Articles avec #epistemologie tag

Marcel Detiège et les controverses scientifiques

19 Août 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Epistémologie

Marcel Detiège et les controverses scientifiques

J'ai publié Les plus grandes controverses de l'histoire de la science (éditions La Boîte à Pandore, Paris) en début d'année. La Lettre de l'AEB du mois d'août (Association des Ecrivains belges) contient un article critique de Marcel Detiège de cet ouvrage, critique qui résulte d'une lecture attentive et compréhensive.

Voici la conclusion de notre confrère : "cet ouvrage de Jean C. Baudet est riche en informations épistémologiques ; en exposés très complets sur les principales découvertes de la science ayant entraîné des controverses concomitantes ; ainsi qu’en vues personnelles sur l’avenir de la recherche scientifique. Enfin, cet ouvrage est écrit dans un style à la fois agréable et exact."

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Sur le concept de STI

8 Juillet 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Technique, #Epistémologie

Sur le concept de STI

A la fin des années 1970, le philosophe américain Don Ihde (né en 1934) adopte le néologisme « technoscience » pour nommer un pseudo-concept qui vise à désigner une collusion (maléfique) entre la technologie des ingénieurs et la science des chercheurs. Je dis « pseudo-concept », parce qu’il s’agit d’une notion sociopolitique née dans une mouvance idéologique particulière (technophobe, marxiste…) et manquant d’analyse critique. Au début des années 1980, je propose à mon tour le néologisme « STI » (science-technique-industrie) pour désigner un concept épistémologique. A savoir l’unité ontologique qui lie non seulement la science à la technique (ce qui est l’évidence même), mais aussi à l’industrie, dans le sens du latin industria : activité productrice. La STI est ainsi un continuum épistémique reliant de manière radicale science, technique et industrie, ces trois termes désignant des notions insuffisamment conceptualisées : il n’y a pas de science sans, à la fois, technique et industrie. La science (ou la technique, ou l’industrie) n’existe pas sans les deux autres composantes de la STI. La STI se développe dans l’Histoire (depuis le percuteur en pierre éclatée jusqu’à Internet) par l’inséparable coopération de l’observation (empirisme) et du raisonnement (rationalisme). Le lien ontologique dans lequel s’enracinent les composantes de la STI est « le mathématique », profonde (et encore largement incomprise) caractéristique de l’Être, avec sa dualité géométrique (l’observation des formes) et arithmétique (le raisonnement sur les nombres) actuellement résumée par l’opposition entre le topologique (l’espace) et l’algébrique (le temps). En termes de vulgarisation, on notera que la science est basée sur la mathématique des structures (groupes, corps, espaces vectoriels…), que la technique est basée sur l’analyse infinitésimale (mise en équations en vue des calculs de dimensionnement…) et que l’industrie est basée sur la comptabilité, qui est le noyau dur de l’arithmétique (les archéologues ont montré que la comptabilité est apparue des millénaires avant l’arithmétique).

La STI étant une « production de l’Humanité », il est automatique de « mettre dans le même sac » toutes les productions non-STI : littératures, religions, arts, musiques, etc. C’est ce que j’appelle, d’un terme malheureusement très ambigu, la « Culture ». La séparation est d’ailleurs floue, parce que les « culturels » ne peuvent pas échapper aux déterminations de la STI : un carré de Klee ou de Mondrian est d’abord un carré de géomètre, et la musique serait limitée au chant vocal s’il n’y avait pas les instruments construits par l’industrie !

Il existe entre la STI et la Culture un antagonisme qui devrait, me semble-t-il, être transformé en joyeuse coopération. Nos lendemains chanteront peut-être quand l’Ingénieur et le Poète collaboreront pour construire un Monde Meilleur ? La Civilisation, n’est-ce pas l’équation d’Erwin Schrödinger ET la trompette de Louis Armstrong ? Oh, what a beautiful world !

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L'ennemi public

21 Juin 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Epistémologie

Mon travail épistémologique a commencé par une analyse radicale de la connivence, à première vue mystérieuse, entre la technique et la science, entre la main et la parole – avec une réhabilitation du geste technicien, si dévalué dans la culture contemporaine. Basant mon enquête sur un corpus considérable de faits historiques concernant l’évolution des systèmes de pensée (technique et science, mais aussi magie, religions, philosophie…), je suis arrivé à voir dans l’apparent mystère de la naissance de la science grâce à la technique (comme, semblablement, l’art naîtra de la musique, cfr Neitzsche) le résultat du rapport de convenance entre la connaissance et l’action, entre la vérité et l’efficacité, entre le gnoséologique et l’ontologique. Une action ne peut aboutir que si elle correspond au réel, au vrai, et une hache en pierre taillée ou une centrale nucléaire ne fonctionnent que parce que leur conception fut en concordance avec la réalité. Les rites primitifs, instinctuels et surchargés d’espérance, se perfectionnent et se transmuent en se dissociant en technique et en magie, celle-ci se combinant avec l’esprit du mythe pour donner naissance aux religions. La philosophie naîtra de la tardive prise de conscience des contradictions des traditions religieuses, et le rejet de toutes les traditions (l’esprit qui toujours nie, cfr Goethe). Cette pensée libérée des pesanteurs traditionnelles (d’ordre sentimental et social) finira par donner naissance à la science, grâce à l’instrumentation, qui est comme un ressourcement par la technique.

Cette analyse, confortée par mes recherches en histoire de la science, en histoire des religions et en histoire de la philosophie, me conduit invinciblement au néo-scientisme, au monisme, au matérialisme, à l’athéisme, au nihilisme et à l’anti-humanisme. Je suis donc l’ennemi de milliards d’hommes, les religieux, les idéalistes, les spiritualistes, les humanistes, les optimistes, les fascistes et les racistes (qui inventent des valeurs liées à des sous-groupes humains par fantasme compassionnel), les communautaristes, les communistes et les gauchistes, les écologistes, les moralistes, les masculinistes, les féministes, les droits-de-l’hommistes, les phénoménologues, les herméneutistes, et les poètes minimalistes qui prennent leurs rêves pour des vérités indicibles, ineffables et sublimes.

Il me reste à tâcher de comprendre pourquoi un désaccord ontologique conduit à la haine, au fanatisme, à l’insulte, à l’intolérance, à la violence et au meurtre.

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Le dernier philosophe

4 Juin 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Epistémologie

J'ai d'abord, il y a déjà bien longtemps, exploré le champ classique de l'épistémologie, pour établir que, vu le primat de la technique, la science est une technique appliquée. C'était transposer dans le concret de l'Histoire la relation d'équivalence entre les concepts de Connaissance et d'Action (l'efficacité comme indice de vérité: pour savoir il faut faire, et pour faire il faut savoir). Puis, j'ai étendu ma réflexion au champ tout entier de la gnoséologie, découvrant l'origine des religions (et des idéologies qui en dérivent) dans les rites qui sont des réactions compulsives libératoires à l'angoisse de la condition humaine. M'interrogeant alors sur l'apparition de la philosophie, je la situais comme une révolte, comme un rejet des traditions, avec la production d'une coupure sociale et épistémique entre une petite élite qui cherche et la masse qui croit. Restait la distinction à thématiser entre philosophie et science, qui sont toutes deux des recherches libérées. Je ne me satisfaisais pas des réponses de Bachelard (les obstacles épistémologiques), de Popper (la falsification), de Kuhn (les changements de paradigme), et j'approfondis ma lecture de l'histoire de la philosophie et de la science, publiant d'ailleurs de nombreux articles et plusieurs volumes consacrés à l'histoire des systèmes de pensée. C'est ainsi que je découvris que la différence radicale entre science et non-science réside dans l'instrumentation, c'est-à-dire dans l'emploi systématique d'instruments, qui modifient dramatiquement la portée de l'observation et la puissance heuristique et démonstrative du raisonnement (par la mathématisation rendue possible grâce aux instruments de mesure). Il me paraît difficile de nier que les scientifiques disposent de laboratoires et que les philosophes n'ont que des bibliothèques ! Je retrouvais mon intuition du primat de la technique, puisque les instruments de la science sont construits par les techniciens.

Au cours de l'Histoire, la science (instrumentale depuis 1543) n'a cessé de restreindre le domaine de la philosophie, répondant à la question de la matière (Lavoisier, 1789), de la vie (Schleiden, 1838), de la biodiversité et de l'origine de l'homme (Darwin, 1859), et même de l'origine de l'Univers (Einstein, 1915). La question se pose donc de savoir si, dans un avenir plus ou moins proche, la science serait en mesure de recouvrir totalement le champ encore vaste du questionnement philosophique. Quelle que soit l'orientation de ma méditation, je ne vois pas d'issue à l'impossibilité actuelle de pénétrer dans le domaine nouménal, ce qui me ramène inéluctablement au scepticisme de Kant : la physique (grâce aux instruments) est merveilleusement possible, et d'ailleurs elle progresse tous les jours ; la métaphysique est tragiquement impossible !

Ce scepticisme, qui à ce jour me semble incontournable, achève la philosophie, comme on achève les chevaux malades. L'homme a dû se résigner à vivre avec la souffrance. Il lui faut, en plus, vivre avec l'ignorance.

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La Boite a Pandore

22 Avril 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Epistémologie

J'ai publié récemment 6 livres aux éditions La Boîte à Pandore :

- Les agitateurs d'idées en France, 343 pages,

- Les plus grands Belges, 223 p.,

- Les plus grands ingénieurs belges, 284 p.,

- Les plus grandes erreurs de la science, 237 p.,

- Les plus grandes femmes de la science, 312 p.,

- Les plus grandes controverses de l'histoire de la science, 279 p.

Ces ouvrages, destinés par leur fond aux historiens des systèmes de pensée et aux épistémologues, sont, par leur forme, à l'intention du "grand public". Je me suis en effet attaché, dans chacun de ces ouvrages, à écrire dans un français lisible, en évitant le jargon académico-pédantesque tout en m'attachant à ne pas dissimuler les difficultés historiques et épistémologiques des sujets traités. Je suis d'avis que la mission de la philosophie doit être, sans simplisme abêtissant ou vulgarisation bébête, de rendre aussi simples que possibles les questions compliquées, et non de compliquer les questions simples. Et je m'oppose fermement à toute une partie de la philosophie contemporaine, où l'on croit nécessaire de s'exprimer de façon absconse, pour dire parfois de simples banalités.

Je vais communiquer le présent billet à mes amis de Facebook. N'ayant ni chiens ni chats, je n'ai pas de photographies à leur soumettre. Je n'ai pas d'appareil photographique non plus (étant un homme de paroles et non d'images). L'image de moi qui accompagne et enjolive (?) mes billets a été prise dans les couloirs de la Bibliothèque Royale de Bruxelles par la poète flamande francophone Liza Leyla.

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Les controverses scientifiques

20 Avril 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Epistémologie

Mon livre Les plus grandes controverses de l'histoire de la science vient de paraître aux éditions La Boîte à Pandore (Paris, 279 pages). J'y étudie 22 débats de grande portée qui ont animé l'histoire de la science, comme par exemple la controverse entre Félix Pouchet et Louis Pasteur à propos de la génération spontanée des microorganismes, ou les vives discussions à propos de l'existence du vide, du phlogistique, de la dérive des continents, etc.

Le sujet n'est pas simplement anecdotique. Il s'agit d'analyser le mécanisme même de la construction des vérités scientifiques et de leur réception par la communauté des savants et aussi par le grand public.

Il est très éclairant de constater que ces controverses finissent par s'éteindre (mais, pour certaines, il a fallu des siècles...), et plus personne, aujourd'hui, ne soutient le géocentrisme, la digestion par trituration, l'inexistence du vide, la présence de canaux sur la planète Mars...

L'histoire de la science est la meilleure introduction à la recherche épistémologique. Elle montre, avec des exemples très nombreux, comment l'esprit humain peut atteindre des vérités, comment les traditions et les croyances s'opposent, parfois avec véhémence, à ces découvertes qui ébranlent les habitudes de pensée. Elle analyse aussi les sources psychiques et sociales des mouvements anti-science. Elle établit, surtout, la fragilité des croyances autres que les théories scientifiques, qu'il s'agisse de croyances religieuses ou d'idéologies politiques.

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Une histoire des mathématiques

31 Mars 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Mathématiques, #Epistémologie

Une histoire des mathématiques

Dans mon livre Histoire des mathématiques, récemment paru (Vuibert, Paris), j'observe le développement de la pensée mathématique, depuis les premières bases fondées par les Grecs jusqu'aux plus extrêmes généralisations du XXème siècle. Les Grecs ont inventé, successivement, la Géométrie démonstrative (Thalès), l'Arithmétique spéculative (Pythagore), la Logique (Aristote), l'Axiomatique (Euclide), la Trigonométrie (Hipparque), l'Algèbre (Diophante), mais ont "raté" la fusion de la Géométrie et de l'Algèbre, qui devra attendre Descartes et son invention de la Géométrie analytique. Ils n'ont pas su tirer parti des découvertes d'Archimède qui auraient dû les mener à l'Analyse infinitésimale, qui ne sera établie qu'au XVIIème siècle avec les travaux de Wallis, de Newton et de Leibniz. Au XXème siècle, le groupe français Bourbaki redéfinira la Mathématique comme l'étude des structures, qui peuvent être topologiques ou algébriques.

Cette étude conduit à tenter une épistémologie, dont j'ai esquissé le fondement dans mon livre Mathématique et vérité (L'Harmattan, Paris). En bref, on constatera que le progrès mathématique fonctionne par généralisation (des nombres entiers aux nombres fractionnaires, des nombres aux vecteurs puis aux tenseurs, etc.), celle-ci étant basée sur l'expérience commune de la marche (en avant ou en arrière). Ainsi l'analyse de l'esprit humain rencontre une dualité radicale, celle du plus (aller plus loin, par exemple passer de 2 à 3 dimensions) et du moins (passer des nombres "naturels" aux nombres négatifs).

La Mathématique est le noyau dur de la STI, Science-Technique-Industrie, et pourrait bien être la racine de la Civilisation et l'instrument d'analyse de l'Être. Mais je dois poursuivre ma recherche pour tenter de repérer s'il n'y a pas "autre chose"...

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Une histoire de la physique

30 Mars 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Physique, #Epistémologie

Une histoire de la physique

Mon livre Histoire de la physique vient de sortir de presse chez Vuibert, à Paris (333 pages). Cet ouvrage est le résultat de la fusion de deux livres précédents : Penser le monde (Histoire de la physique jusqu'en 1900, Vuibert, 287 p., 2006) et Expliquer l'Univers (Histoire de la physique depuis 1900, Vuibert, 427 p., 2008). Pour passer de 714 pages à 333, il m'a fallu revoir la rédaction de fond en comble, de manière à concentrer le récit sur les expériences vraiment cruciales et sur les théories les plus importantes, pour faire ressortir clairement la filiation des idées, depuis les premières réflexions "physiques" de Thalès de Milet jusqu'à la récente découverte du boson de Higgs. Cette Histoire de la physique, outre qu'elle offre une passionnante exploration de l'évolution de la science de l'Univers (les étapes principales de l'astronomie sont également étudiées), constitue une introduction à l'épistémologie, puisque la physique est en réalité la base de toutes les sciences (chimie, biologie, technologie...). La thèse principale que je développe dans ce livre est que la "science" ne se constitue pleinement comme distincte de la "philosophie" qu'au XVIe siècle, en Europe, quand les "philosophes de la nature" (Paracelse, Copernic, Kepler, Galilée...) inventent l'instrumentation. L'usage d'instruments (lunettes astronomiques, appareils de laboratoire) permet en effet à l'observation d'atteindre des réalités insoupçonnées et permet au raisonnement d'être renforcé par la mathématisation (rendue possible par les instruments de mesure). Les tentatives de description du monde antérieures aux années 1500 ne sont encore que de la "proto-science", par manque de moyens. On retrouve ici ce que j'ai appelé le primat de la technique (notamment dans mon livre Le signe de l'humain - Une philosophie de la technique, L'Harmattan, Paris, 2005) : la science provient de la technique et non l'inverse.

En suivant l'évolution de la physique depuis la théorie grecque des quatre éléments jusqu'à l'actuelle distinction des particules élémentaires en fermions et bosons, il est captivant de comprendre comment une petite élite (quelques centaines de physiciens, d'astronomes et de chimistes pour les milliards d'hommes "ordinaires") a su élaborer une description précise de l'Univers, dont la validité est prouvée tous les jours par les résultats de la technologie. C'est peut-être dans la construction de la physique que l'on trouve "l'honneur de l'Humanité".

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Qui suis-je ?

5 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Epistémologie

Je ne me contente pas, je me méfie même des déterminations convenues, telles que "je suis né à Bruxelles", "je suis marié et père de deux enfants", "je suis philosophe", "je suis docteur de l'Université de Paris VI", et autres formulations qui ne font que signaler quelques traits, véridiques, certes, mais peu éclairants. Car je veux me connaître au niveau d'exigence de la philosophie universitaire, et je veux bénéficier dans ma recherche des plus hautes avancées de la recherche ontologique. Je n'ai guère pour répondre que les lectures (le "moi" de Socrate ou de Gadamer m'éclaire-t-il sur le mien ?) et l'introspection. Je n'ai malheureusement pas eu la chance, en 70 ans d'existence (d'être-là !), d'avoir rencontré d'autres modes d'acquérir des savoirs que par l'observation (y compris de moi-même) et par le raisonnement. Comme j'envie ceux qui trouvent des certitudes (et consolantes, en plus !) dans un coran ou un évangile ! Moi je n'y trouve que des phrases rédigées par des hommes. C'est que "je suis", aussi, historien des systèmes de pensée dont je vise une critique radicale. Et je suis quand même très averti, par mon parcours intellectuel, que je peux avoir des hallucinations en observant, ou sombrer dans les paralogismes en raisonnant ! Comment donc une définition de soi par soi pourrait-elle échapper au subjectivisme ?

Je suis une douleur, une souffrance d'autant plus vive qu'elle s'alimente de l'image des souffrances à venir. Et même si ma douleur est une hallucination, et même si la conscience de ma douleur est un paralogisme, je souffre ! Le malade imaginaire souffrait "réellement". L'être de mon être est un être où il est question de son devenir, et ce devenir - au vu de ma mémoire, de mes lectures, de mes réflexions - est source d'une angoisse croissante, et je ne suis finalement qu'angoisse et peur. J'échappe par moments (deux verres de bourgogne, un comprimé de xanax ou quelques mesures de Mozart) à cette anxiété raisonnée, mais c'est pour y retomber mieux. Comment ma raison pourrait-elle me dire que "ça ira mieux demain" avec des douleurs dans le bas-ventre, une vue qui baisse, une femme malade, des casseurs dans les rues, des imbéciles de plus en plus nombreux avec l'explosion démographique, des poètes qui voudraient me gonfler d'optimisme parce que l'astucieux renard a mangé le fromage, une toux permanente, et une fatigue lancinante qui m'ôte le simple plaisir de bouger bras et jambes ?

Je suis ma souffrance, ou plus ontologiquement le ressenti de ma souffrance, décuplée par la conscience d'un futur pire. Que peut l'optimisme, l'amour du genre humain, la confiance en Manitou ou en la Gauche, devant l'incontinence urinaire, la tuberculose revenue, le cancer du colon, l'hémiplégie, ou les maladies sociales comme le fanatisme ? Je ne fais pas des phrases - la littérature distrait un peu de la souffrance - je crie ma peur !

A propos de lecture, je retrouve dans un coin de ma bibliothèque un des manuels que j'ai utilisés, il y a cinquante ans, quand je m'initiais à la pensée libre (ironie : dans une faculté... catholique !). Il s'agit de l' "Introduction à la philosophie" de Louis De Raeymaeker (4ème édition, 1956). J'y retrouve ce passage.

"le cartésianisme imprima d'emblée à la philosophie moderne certains traits caractéristiques: l'exigence d'une méthode rigoureuse et d'une critique radicale, la préoccupation de considérer toutes choses dans la perspective du moi conscient, la recherche d'un système d'explication universelle et qui soit fondé sur la richesse dynamique de la pensée constructive"

Mon "moi conscient" - le "moi" de n'importe quel lecteur de ce blog, qui finira par souffrir hideusement, tôt ou tard - est donc le fondement unique (par où commencer, sinon par soi-même) de la critique radicale de toute pensée constructive. Les plus âgés n'ont que la conscience de leur angoisse. Les plus jeunes ont encore les illusions (ah oui, comme je me souviens de mes enthousiasmes) de pouvoir construire un monde nouveau. Ce ne serait pas mal, un monde sans cancer, sans paralysie, sans fanatisme et donc sans illusions !

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Les erreurs de la science

14 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Epistémologie

Les erreurs de la science

Mon dernier livre vient de paraître ! Trente-sixième titre, si ma comptabilité est à jour, et sans tenir compte de quelques brochures auto-éditées (par exemple mon roman "Les mystères de Konioss"), d'articles dans des revues et magazines, de billets dans le quotidien belge "L'Echo" (2008-2009, si ma mémoire est bonne), de poèmes et nouvelles dans des revues littéraires, et de plus de 500 billets de (méchante) humeur dans ce blog. Bref, une oeuvre "culturelle" pour démontrer l'inanité de la "culture" (voir billet précédent).

Néanmoins (et oreilles en plus, j'aime bien cette expression de San Antonio), je continue, et donc voici que vient de sortir de presse "Les plus grandes erreurs de la science", chez l'éditeur La Boîte à Pandore (Paris, 237 pages).

Il s'agit en fait d'une réédition mise à jour de "Curieuses histoires de la science - Quand les chercheurs se trompent", ouvrage paru chez Jourdan (Bruxelles) en 2010 et qui fut bien accueilli par le public, d'où la réédition.

Il s'agit à la fois d'un recueil d'historiettes édifiantes, parfois cocasses et parfois horrifiques (la transfusion sanguine d'un mouton à un homme au XVIIème siècle !), et d'un essai de réflexion épistémologique : comment la science peut-elle progresser, alors que les hommes, même les plus savants du monde, peuvent se tromper, prendre des vessies pour des lanternes, être hallucinés (voir l'incroyable histoire de la "découverte" des rayons N), être menteurs et faussaires ?... Bref j'ai voulu, à partir de 25 "grandes erreurs" (depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours) de la recherche scientifique, examiner concrètement, sur le terrain de l'Histoire, la "grande question" de la Vérité et de l'Erreur.

A une époque sans doute cruciale pour le sort de l'Humanité de résurgence du "spirituel" avec les manifestations odieuses d'obscurantisme et de fanatisme que nous révèle l'Actualité, il est nécessaire de réfléchir sérieusement à l'origine et à la valeur des "discours de vérité". La science n'est pas infaillible, elle peut se tromper, mais elle reconnaît ses erreurs et progresse en les éliminant. Je ne vois pas, hélas, les religions et les idéologies (qui possèdent chacune la Vérité Unique Absolue), remettre en cause leurs dogmes les plus "sacrés".

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