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Jean C. Baudet

Articles avec #epistemologie tag

Le Je et le Moi

25 Mai 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Moi

Si la question centrale de la philosophie est de savoir ce qui m'attend, avec la question corrélative de déterminer les actions que je dois entreprendre en vue d'atteindre un futur aussi agréable que possible, c'est-à-dire si la question éthique doit être envisagée à partir de la solution du problème gnoséologique, ce qui implique une connaissance à édifier, il est clair que la philosophie doit d'abord examiner les moyens par lesquels le Moi peut arriver à connaître de manière opérationnelle (suffisante pour permettre l'action efficace) le monde, visible ou invisible mais agissant (le Non-Moi), ce qui correspond d'ailleurs à la priorité constante des grands efforts de pensée depuis les premiers philosophes.

Or je ne peux connaître "les choses" que par le contact entre le Moi et le Moi (le "connais-toi toi-même" de Socrate) et par l'autre contact entre le Moi et le Non-Moi, si tant est que la distinction entre ces deux contacts est une réalité, et pas seulement un distinguo imposé par les limitations d'une expression verbale peut-être imparfaite. On reconnaît ici la source des difficultés épistémologiques qui conduisent au solipsisme.

Quand Je pense à Moi, Je et Moi désignent-ils exactement la même réalité, ou y a-t-il dans la conscience humaine une entité pensante et une entité pensée ? Dès que Je pense à Moi, je me retourne sur moi-même, je me penche sur mon passé, et le Je et le Moi ne sont pas exactement contemporains : le Moi précède le Je, comme tout objet observé précède l'observateur. Pour moi-Je (pour le philosophe entamant un exercice d'introspection), le moi-Moi est "donné", "présenté", déjà là, c'est un spectacle, exactement comme l'étoile est présente mais antérieure à l'astronome. On peut même aller jusqu'à dire que la vie d'un homme est la constante transformation de son Moi en un Je, qui se souvient et qui espère...

Voilà alors une question délicate. Le rapport (de connaissance) entre Je et Moi est-il de même essence que le rapport entre Je et le Non-Moi ? Si j'adopte par exemple le schéma kantien, la connaissance du Moi par Je correspond à un passage du Moi nouménal au Moi phénoménal appréhendé par la sensibilité du Je et transféré à l'entendement du Je. Mais qu'est-ce qui m'autorise à affirmer que le Moi ainsi "connu" correspond au Je "connaissant" ? Que le Je est un avatar du Moi ? Le problème épistémologique de la connaissance de soi (Moi par Je) est maintenant pollué par les lieux communs de la psychologie populaire : on exagère ou minimise ses propres qualités, on se ment à soi-même, la vie est "recherche de sens", etc. Ce problème est également occulté (ou éclairé ?) par la vision médicale de l'être humain, avec son système nerveux central, son cerveau, ses neurones et ses synapses, ses états de veille et de sommeil (est-ce Je ou Moi qui rêve ?), ses "facultés mentales", etc. Et il y a enfin les traditions religieuses, depuis les mythes de la Préhistoire jusqu'aux superstitions les plus modernes (spiritisme, utilisation populaire des rudiments de la psychanalyse, astrologie...) toujours basée sur la dualité de l'âme et du corps.

La tension entre Je et Moi est de nature temporelle, et nous rejoignons ici Heidegger qui, dans Sein und Zeit (1927) faisait du Temps le constituant principal de l'Être.

Pour info :    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur l'histoire du savoir

3 Juin 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Epistémologie

L’étude approfondie de l’histoire des systèmes de pensée (mythes, religions, science…) révèle avec une grande clarté que l’esprit humain ne dispose que de deux moyens pour connaître : l’observation et le raisonnement – ce que Kant théorisera dans sa célèbre Critique (1781) en distinguant die Sinnlichkeit und der Verstand. Mais le pouvoir de l’observation est limité – la vision humaine ne perçoit ni les lointaines étoiles ni les trop petits microbes. Mais le pouvoir du raisonnement est limité – l’homme qui n’a pas suffisamment réfléchi sa réflexion se perd dans les paralogismes et prend ses constructions mentales pour des réalités. Etant donné son mode de développement – de l’enfance à la maturité au sein d’une collectivité – l’esprit humain est soumis aux pesanteurs des traditions de sa tribu, et il faudra des millénaires pour que des individualités (d’ailleurs rares) parviennent à mettre les traditions en doute, créant ainsi un savoir nouveau que l’on appellera la philosophie. L’histoire montre donc, et l’actualité le confirme, qu’il est très difficile de se débarrasser d’une tradition, ou même seulement d’imaginer qu’elle pourrait être sans fondement.

Bien que débarrassée de l’asservissement à la tradition (la pression sociale), la philosophie ne dispose toujours que de deux outils intellectuels, l’observation et le raisonnement. Elle élabore de somptueux systèmes d’explication des choses qui ne sont, sous l’apparence de l’authentique et du profond, que de nouveaux mystères. La philosophie remplace les dieux par l’Être (Aristote, Heidegger) ou par le Noumène (Kant), l’âme des hommes par l’Esprit (Hegel) ou par la Volonté (Schopenhauer) ou par l’Inconscient (Freud), et elle remplace la morale des traditions par une éthique apophtegmatique aux fondements tout aussi incertains. Le plus souvent, la philosophie dégénère en littérature.

Cependant, de ce non-savoir prétentieux et stérile naîtra quand même, venu du monde inattendu des constructeurs de machines de guerre (les ingénieurs du Moyen Âge de l’artillerie pyrotechnique), un tout nouveau système de pensée – que l’on appellera la science. Il base son activité cognitive sur l’observation et le raisonnement, mais en y ajoutant ce que j’ai appelé l’instrumentation, qui est l’utilisation d’instruments, de dispositifs matériels qui vont augmenter de manière spectaculaire les performances de l’observation et du raisonnement. Par l’instrument, l’observateur étend considérablement le champ de son appréhension du Réel. Par l’instrument, il peut en outre acquérir des nombres (des « mesures ») qui lui permettront de multiplier de manière spectaculaire la force de ses raisonnements par la mathématisation. Et l’homme qui pense sait maintenant pourquoi, malgré des savoirs immenses et scrupuleusement vérifiés, il ne sait pas encore tout ce qu’il voudrait savoir. Il a enfin compris que pour connaître l’Absolu absolument il lui faudrait un instrument absolument infini. Les prouesses récentes de la Physique et de l’Astronomie le montrent clairement. Plus grandissent les télescopes et les accélérateurs de particules, plus s’étend le champ de l’observable, et l’on trouve de plus lointaines étoiles ou de plus infimes corpuscules.

Maurice Merleau-Ponty a écrit (Le visible et l’invisible) : « l’Être est ce qui exige de nous création pour que nous en ayons l’expérience ». Mais quelle Humanité, même « riche » de ses diversités et de plus de 7 milliards d’individus, saurait créer l’instrument donnant l’expérience de l’Être ?

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Analytique du Comprendre

2 Décembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie

Comprendre, c'est trouver le simple (le "clair et distinct" de Descartes) sous le compliqué, le peu sous le beaucoup, la cause ultime sous les effets divers. C'est la recherche d'une satisfaction, car l'esprit de l'homme est satisfait par le simple comme son estomac est comblé par le nourrissant. Ainsi, l'histoire des systèmes de pensée nous montre-t-elle la pensée "mystique" suivre la séquence "animisme - polythéisme - hénothéisme - monothéisme - athéisme", ou la pensée "scientifique" aller des molécules aux atomes, puis des particules subatomiques aux bosons plus élémentaires.

 

Mais il faut aller plus loin. Ne pas se contenter d'une réduction de l'épistémologie à la psychologie et à l'histoire. D'abord, il n'y a pas que le "simple" qui soulage l'intelligence. Toute personne ayant fait l'expérience d'une compréhension se souvient que son émotion positive peut résulter de la "découverte" d'une relation inattendue (comme quand on résout un problème d'algèbre, et que l'on trouve la relation entre l'inconnue et les paramètres du problème). Mais je me limite ici à la recherche du simple. Le simple qui satisfait l'intelligence est-il pour autant l'ultime du Réel ? Pourquoi la simplicité à laquelle la raison aspire serait-elle présente dans le Réel, voire constitutive du Réel ? Celui-ci, complexe à première vue (s'il y a bien un caractère immédiat de l'Être, c'est son immense diversité), n'est-il pas complexe aussi dans son principe d'existence ? Peut-on appliquer au Réel l'idée de construction qui s'impose quand il s'agit des objets de notre connaissance empirique ? C'est, reformulée, la grande question de Kant.

 

Les murs sont faits de briques, les dunes sont faites de grains de sable, et le temps vécu est une suite de moments. Mais peut-on généraliser ce schéma (éléments --> ensemble) et le tenir pour adéquat aux structures de l'Être dans sa totalité existante ? Nos compréhensions sont-elles en marche vers l'Unification du Savoir et de l'Être, ou ne sont-elles que des illusions plus ou moins raisonnables ?

 

Dans le monde phénoménal, ma réponse reste constante depuis ma découverte de la primauté épistémologique et ontologique de la Technique (voir J.C. Baudet : Le Signe de l'humain, L'Harmattan, Paris, 2005). Les réalisations techniques (et, a fortiori, technologiques) prouvent à suffisance la juste correspondance entre la Science (basée sur le réductionnisme exposé ci-dessus) et le Réel (phénoménal). Mais le phénoménal est-il le tout du Réel ? Il faut relire Moritz Schlick : Allgemeine Erkenntnislehre, Julius Springer, Berlin, 1918.

 

Pour info, l'URL (à copier et coller après http://) d'une vidéo sur l'histoire des sciences comme explication et évaluation du savoir :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Propos sur l'intelligence

2 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie

Les facultés mentales - si différentes d'un homme à l'autre - sont comme des organisateurs de l'Être, je veux dire (après de nombreuses lectures) que l'intelligence atteint le Présent, la mémoire le Passé, l'imagination le Futur, si l'on découpe le Réel selon l'axe du temps. Mais ni le Présent, ni le Passé, ni le Futur ne peuvent être appréhendés par l'esprit humain (der Geist, die Seele, das Gemüt ?) dans leur totalité. Nos facultés sont limitées. Ce découpage (analyse) correspond à celui des productions culturelles : science, histoire, religion, en prenant ces trois termes dans un sens spécialisé. La science englobe la technique et l'industrie (ce que j'ai appelé STI dans les années 1980). L'histoire est le prolongement de la science vers le domaine du révolu. La religion étant le prolongement de la science vers celui de l'inconnu (l'inconnu qui importe est toujours à venir).

On placera donc les formations discursives comme les littératures et les idéologies dans la catégorie "religion", parce qu'il s'agit d'un mélange d'espoir (donc de plaisir) et d'invention.

Le scientifique connaît.

L'historien mémorise.

Le religieux, l'idéologue et le littérateur imaginent.

Mais la "flèche du temps" annule l'apparente symétrie entre histoire et religion. C'est parce que l'on peut donner de la science une définition encore plus large, en faisant de l'histoire une partie constitutive de la science. Car la coupure épistémologique se situe à l'évidence entre le connaissable (Présent et Passé) et l'inconnaissable (Futur).

Probablement pourrait-on développer une psychologie et une sociologie à partir de ce découpage, parce qu'il y a des hommes plutôt tournés vers le Passé, le Présent ou le Futur, et parce qu'il y a de même des sociétés axées vers le Passé, le Présent ou le Futur. Il faut se méfier de celles qui sont orientées vers le Futur, c'est-à-dire qui donnent le pouvoir aux imaginations. Les sociétés saines sont attentives au Présent, et ne sont pas dupes des séductions avilissantes de la mémoire et de l'imaginaire. Les peuples heureux n'ont pas d'histoire. Pas de religion non plus.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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L'éditologie comme système

17 Mai 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Editologie

Si la métaphysique est l'étude de l'Etre, l'éditologie est l'étude du Paraître.

L'éditologie n'est pas une simple "science de l'édition", encore que celle-ci ne serait pas inutile. L'éditologie est une tentative épistémologique, et en tant que telle une philosophie nouvelle, s'il est vrai que toute recherche philosophique doit commencer par la question épistémique. Que vaut le savoir humain ? Et donc, qu'est-ce que la science ? L'éditologie nous dit que la science est "un texte édité", et précise que c'est dans les modalités de l'édition qu'elle se distingue des autres productions culturelles "textuelles". Car le droit, les religions - et évidemment les littératures - sont aussi des textes, mais édités autrement que la science. Celle-ci se dote, en se constituant (car des savoirs archaïques, non édités, ont précédé la science), de moyens spécifiques pour se répandre dans le public, en établissant dans celui-ci une rupture, une distinction entre une "communauté scientifique" et le reste des populations. Cette communauté scientifique (en fait "scientifique-technique-industrielle") est chargée de réceptionner et de valider (vérifier ou falsifier, cfr Karl Popper) les textes proposés comme "scientifiques".

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