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Jean C. Baudet

Articles avec #ethique tag

Sur l'origine de la morale

28 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Ethique

La fraternité, une des « valeurs de la République française », est à l’évidence un avatar laïcisé de la charité, vertu théologale du christianisme. Le générosisme qu’elle implique a été proposé par des littérateurs comme Rousseau ou Camus, et théorisé par des philosophes comme Mounier ou Levinas. Cela correspond à une sacralisation archaïque de l’humain, contre l’opinion commune (« homo homini lupus », disaient déjà les Romains) et contre les enseignements de l’anthropologie scientifique. L’homme est féroce, comme tous les mammifères, quand ses besoins (nourriture, femelles) ne sont plus satisfaits à la suite d’une raréfaction des ressources. Jetez deux os à deux chiens, ils resteront les meilleurs amis du monde. Jetez-leur un seul os, ils se battront avec fureur.

Je renvoie, sur les origines judéo-chrétiennes des éthiques généreuses, aux travaux des philosophes Arthur Schopenhauer, Paul Rée et Frédéric Nietzsche.

Ne pensez pas que je fasse ici l’apologie des conflits et de la guerre. J’aspire, comme tout homme « de bonne volonté », à une Humanité apaisée et tranquille, ornée de guirlandes d’amour avec des parures d’empathie et des dentelles de convivialité, et je veux contribuer à fonder une morale permettant le vivre-ensemble et la coexistence pacifique. Mais il me semble que toute morale s’effondrerait si elle était basée sur le déni du réel ; sur l’entretien, parfois hystérique, d’illusions ; sur une conception erronée, parfois fanatique, de la nature humaine. On n’organise pas une harmonieuse cohabitation des hommes si on ignore tout de ce qu’ils sont. Pour atteindre le Bien, il faut passer par le Vrai, et pour atteindre le Vrai, il faut passer par le Doute. On ne fait pas d’éthique sans casser des rêves.

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Ethique et doute

29 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Ethique, #Editologie

L’éditologie est une philosophie inachevée. Mais il en va ainsi, à vrai dire, de toutes les entreprises humaines tragiquement marquées du sceau noir de la finitude et de la rupture. Même Husserl, malgré une œuvre immense, n’a pas su aboutir à une définition claire, distincte et achevée de la Conscience. Même Heidegger, malgré une production textuelle considérable, n’a pas su achever son élucidation des mystères de l’Être.

Toute recherche philosophique a un programme bien défini déjà par Aristote. Elle doit élaborer une épistémologie (la Connaissance), une ontologie (l’Être), une axiologie (les Valeurs), une éthique (l’Action), une politique (le Vivre ensemble), l’ontologie étant classiquement divisée en une cosmologie (le Monde), une anthropologie (l’Homme), une théologie (l’Absolu), une eschatologie (les Fins dernières).

Tout au long d’une vie pourtant longue, je n’ai trouvé ni le temps, ni la force, ni les circonstances favorables, pour achever et publier le « Traité d’éditologie » qui aurait été un exposé systématique des résultats de mon travail. Mais j’ai, bien entendu, dans mes publications (y compris dans ce blog), laissé percevoir mes observations, mes raisonnements, mes idées, et l’on trouvera un exposé documenté de mon épistémologie dans deux ouvrages parus aux éditions L’Harmattan, à Paris (Mathématique et vérité, Une philosophie de la poésie), un exposé de mon ontologie dans trois ouvrages parus chez Vuibert, à Paris (Penser la matière, Penser le monde, Histoire de la physique), une esquisse de mon anthropologie dans Le signe de l’humain (L’Harmattan), et les principaux linéaments de ma théologie dans Curieuses histoires de la pensée (Jourdan, Bruxelles).

J’ai très peu publié sur les questions morales (éthique et politique). Au risque de caricaturer ma propre pensée, je dirais que mon travail m’a conduit à n’admettre l’existence autonome (distincte des productions de « l’esprit humain ») ni des dieux, ni des valeurs. On ne peut donc édicter des règles éthiques et politiques sur aucun sacré, sur nulle transcendance, sur aucun impératif catégorique (cette négation repose sur le doute auquel aboutit l’épistémologie déduite des acquis de l’éditologie). On ne peut donc proposer des règles de vie (car il faut bien vivre !) qu’à partir du doute, ce qui exclut tout dogmatisme menant toujours, comme le montre l’Histoire, aux pires fanatismes. L’éthique du doute conduit à la recherche permanente, à l’ouverture d’esprit, à la tolérance, au respect (pas à la sacralisation) de l’autre. Pour l’éditologie, il n’est point besoin d’aller chercher les tables de la loi au sommet d’une montagne, il faut construire ses propres lois sans illusions.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Jean Baudet seme le doute

3 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Ethique

En 40 livres, dans de nombreux articles (dans la presse papier et dans ce blog) et dans quelques conférences, jamais je n'ai proposé de "vérités", j'entends de vérités dans le monde des valeurs, en esthétique, en éthique, en politique. Certes, il m'est arrivé d'indiquer que je préfère les vins de Bourgogne à ceux de Bordeaux, mais jamais je n'ai prétendu que les bourgognes sont meilleurs que les bordeaux, et je ne développerai pas tout un argumentaire pour ou contre le beaujolais ou le rosé d'Anjou (bien frais, c'est bien agréable en été). N'étant, pas plus que Heidegger, pas arrivé à connaître de façon sûre les déterminations de l'Être, je développe un rigoureux scepticisme, et je doute méthodiquement de toutes les "valeurs" proposées à l'animal humain, surtout quand il s'agit de valeurs proposées avec véhémence et fanatisme !

J'ai cependant quelques solides convictions, forgées pendant quelques dizaines d'années de méditations. Je crois qu'il existe des protons et des neutrons, que la molécule de benzène contient six atomes de carbone, que la Terre tourne autour du Soleil, et que les femmes ont des ovaires dont les hommes sont dépourvus.

Mais je doute, profondément, qu'il soit obligatoire que des Etats endettés accueillent, hébergent et nourrissent des ressortissants d'autres Etats, sous prétexte de guerre, de famine, de catastrophe climatique.

Mais je doute, assurément, qu'il soit interdit de comparer de manière critique, scientifiquement, les diverses religions et les diverses cultures, et de publier les résultats de ce travail, même s'ils montrent que certaines religions sont basées sur des mythes archaïques incompatibles avec le vivre-ensemble.

Mais je doute, vraiment, qu'il soit indispensable de s'acharner à faire survivre misérablement, à l'aide de moyens technologiques très coûteux, des malades incurables devenus à jamais incapables d'autonomie.

Mais je doute, surtout, que la démocratie puisse fonctionner sans démagogie, et qu'il soit possible d'organiser la vie des hommes (de construire des tunnels qui ne s'effondrent pas et de développer un système judiciaire qui protège vraiment la société contre les bandits et les pervers) sans la malice, l'hypocrisie, la flatterie, les promesses vaines, le mensonge et les calculs électoraux du personnel politique.

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Histoire, epistemologie, ethique

20 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Ethique, #Histoire

Dans mon livre "Curieuses histoires de la Pensée" (Jourdan, Bruxelles, 601 pages), j'ai étudié l'origine des religions et de la philosophie. A la suite de mes travaux précédents d'épistémologie et d'histoire de la science et de la technique, cela m'a conduit à proposer une théorie de la connaissance, l'éditologie, considérant le savoir comme "édité", c'est-à-dire que l'élaboration de propositions sur le réel est d'ordre social (sémiologique, linguistique...) autant que de nature psychique. Quiconque pense, pense forcément avec les mots de sa tribu, et toute pensée est une réaction émotionnelle à l'hostilité de l'environnement, tant l'environnement "naturel" que la pression sociale. Ainsi le déclenchement de la pensée, chez les hominiens bien avant l'invention du langage, est-il la Peur, à l'origine de l'élaboration noétique de l'idée de Sacré. Ensuite, avec le langage viendront les mythes, puis avec la complexification de l'organisation sociale apparaîtront les religions et la violence (qui est l'essence même du Sacré). Avec l'invention de l'alphabet (voir la grammatologie de Derrida), un petit sous-ensemble de l'Humanité entreprend la critique des traditions religieuses et de l'idée même de Sacré : c'est l'invention de la philosophie, que l'érudition attribue aux Grecs de Milet Thalès et Anaximandre.

Disposant maintenant d'une épistémologie, je suis conduit à adopter une ontologie matérialiste (mais fortement nuancée de scepticisme). Le matérialisme récusant toute idée de "valeur", il me reste la tâche - peut-être impossible - de tenter de construire une éthique, c'est-à-dire des propositions pour "vivre ensemble", qui ne seraient pas les commandements d'un dieu caché. Car certes pour le matérialiste la vie humaine n'a guère plus d'importance que la vie des baleines bleues ou que celle des morpions, mais tout de même chaque homme (et il y en a 7,5 milliards !) a une espérance de vie de plusieurs décennies. Autant les passer dans la joie de vivre, dans le bonheur de la rencontre humaine rebaptisée convivialité. L'homme est une passion inutile. Mais c'est parfois une passion bien agréable.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Testament philosophique 8 (sur les valeurs)

21 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Ethique

Les trois questionnements de l'existence humaine sont interdépendants et indissociables. Ce n'est que pour des raisons didactiques que l'on distingue épistémologie, ontologie et éthique. Car pour connaître l'être, il faut préalablement connaître les modalités de la connaissance, et pour déterminer celles-ci, il faut déjà savoir ce qui existe vraiment, c'est-à-dire savoir ce qu'est l'être ! Et ce n'est qu'en connaissant l'être que l'on dispose du fondement indispensable (mais inatteignable) de propositions d'action. Il y a donc une circularité imparable entre les trois problèmes de la philosophie : connaissance, être, action, ce qui conduit au scepticisme. Il n'y a plus de vérité accessible pour le philosophe, sinon l'évidence de sa propre existence, difficilement récusable. Mais la vie concrète transforme le cogito cartésien pour exprimer le tragique de la condition humaine : "je suis, donc que vais-je devenir ?" C'est la "découverte" du rapport insoluble entre l'être et le temps, faite par Heidegger en 1927, et par Hegel avant lui. L'homme est un être historique.

Il nous faut donc étudier l'histoire. C'est-à-dire la construction, au cours du temps, de la technique, des poèmes et des mythes, des religions, des idéologies et des anathèmes, de la philosophie, de la science et des théorèmes. Cette étude des systèmes de pensée, dont la chronologie me paraît significative, m'a conduit au matérialisme, qui consiste à penser comme illusoires et fantasmatiques toutes les suppositions d'existence d'entités "spirituelles" (anges, démons, commandements divins...), et donc à rejeter toutes les religions. Je veux bien que l'on décrive cette position comme "la croyance qui rejette toutes les croyances". Le scepticisme impose le pari.

Mais, en attendant le néant, il faut bien vivre, et l'homme a besoin d'une éthique, même s'il est impossible d'en fonder une sur un socle irrécusable. Cela revient à construire des valeurs, forcément relatives (humaines, trop humaines), et à refuser toute soi-disant valeur transcendante. Il me semble que l'homme ne peut vivre qu'avec d'autres hommes, et qu'il désire éviter autant qu'il est possible la souffrance. Je serais donc enclin à proposer comme fondement (non transcendant) de l'éthique le précepte "tu ne feras pas souffrir". Il ne s'agit pas de sacraliser l'homme en un "humanisme" qui ne serait qu'un ersatz de religion, mais il faut se donner une règle de vie pour supporter si possible les douleurs de l'existence. Il ne faut pas, me semble-t-il, bâtir le "vivre ensemble" sur des songes, encore moins sur des mensonges, mais sur l'évidence existentielle.

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Neykov, Heidegger et le Bien

2 Avril 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Ethique

Encore un livre sur Heidegger ! La littérature relative au fondateur de l'analytique existentiale devient prodigieusement abondante, et il est impossible de lire tous les commentaires sur la doctrine du philosophe le plus éminent (au sens d'une grande visibilité) du XXème siècle. Ivan Neykov, docteur en philosophie de l'Institut Catholique de Paris, vient de publier Le sens du bien - Heidegger de Platon aux éditions L'Harmattan (Paris, 274 pages). Disons-le tout net, cet ouvrage remarquable fera les délices des techniciens de la phénoménologie, de l'existentialisme et de l'herméneutique façon Ricoeur ou Gadamer, passionnera les historiens de la philosophie, réjouira les amateurs de phraséologie labyrinthique et de terminologie d'origine grecque, latine ou allemande, mais rendra perplexes tous ceux qui, non initiés aux arcanes de la pensée de l'oubli de l'Être et du Dasein, voudraient savoir, une fois pour toutes, ce que Martin Heidegger a vraiment trouvé de si important, tout au long de son "chemin de pensée, de 1919 à 1973" (p. 9), au cours d'un siècle où, en même temps que l'existentialisme heideggerien, naissaient - entre autres innovations intellectuelles - la Relativité, la Mécanique quantique, la Biologie moléculaire et la Technologie de l'information et de la communication.

Le propos du docteur Neykov est très simple, et est développé selon les meilleures traditions universitaires germano-françaises d'érudition profonde, de subtilité allant parfois jusqu'à l'obscur (mais on ne dévoile pas l'Être avec des phrases trop simples), et d'élégance intellectuelle. Il s'agit de montrer que la doctrine de Heidegger, qui commence par prendre en compte la condition humaine faite de souffrance et ayant la mort pour horizon (le Dasein est un être-pour-la-mort, et j'ajoute qu'il est d'abord un être-pour-la-douleur), qui (re)découvre l'impossibilité de connaître l'Être dans sa totalité (rappelons que le scepticisme remonte à Pyrrhon d'Elis), débouche sur le constat de l'impossibilité de construire une éthique. Ce que le vulgaire, non habitué aux formules heideggériennes, résume par la formule brutale (et scandaleuse aux yeux des croyants de toutes sortes, y compris les "humanistes athées") : "si Dieu est mort, tout est permis". Il s'agit donc pour Heidegger de trouver dans l'Être (et donc dans les existentiaux du Dasein) des déterminants ontologiques d'une éthique à construire (on sait que ce sera aussi le programme de Sartre). Et donc il s'agit, pour Neykov, d'analyser finement et doctement (avec 261 notes infrapaginales) le "chemin de pensée" de Heidegger par rapport à un des fondements de la philosophie : le Bien qui, chez Platon, est l'Idée suprême et souveraine du monde des Idées. Neykov nous rappelle que Heidegger a consacré deux cours à Platon, à Marbourg en 1924-25 et à Fribourg en 1931-32 (à l'époque où le grand philosophe en quête de moralité s'affiliait au parti nazi).

L'étude de Neykov nous montre donc Heidegger commentateur de Platon, mais aussi d'Aristote et de Kant (le très critiquable "impératif catégorique"). L'auteur montre ce qu'il appelle la "violence herméneutique" de Heidegger, qui projette sa propre pensée dans les oeuvres qu'il interprète.

La conclusion de Neykov est très intéressante : toute morale, prétend Neykov (voir notamment p. 15), aboutit à la question de l'universalité, de la "valeur" du bien, et voit la personne humaine comme une fin-en-soi (comme le prétendait Kant, dans une théorisation de la pensée religieuse faisant de l'homme une valeur en tant que créature divine). C'est évidemment une pétition de principe : on découvre ce que l'on veut découvrir, la transcendance de la personne (Mounier, Levinas, Rawls, Habermas et tant d'autres). Et pour finir, Ivan Neykov invite la communauté philosophique internationale à compléter l'analytique existentiale par la considération d'un nouvel existential, à ajouter au "souci" et à l' "être-dans-le-monde" : l' "amour". La plus grande construction intellectuelle du XXème siècle aurait donc pour conclusion une rêverie de midinette.

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Jacques Delga et l'immoralite

5 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Ethique

Les éditions L'Harmattan (Paris) viennent de publier un livre bien intéressant, intitulé "De l'immoralité ou de la difficulté d'approche de la morale humaine" (259 pages). Jacques Delga, juriste spécialiste du droit de l'entreprise, s'est entouré d'une demi-douzaine de représentants des "sciences humaines", pour composer un ouvrage forcément quelque peu disparate, mais où l'on trouvera d'utiles réflexions sur la morale, en effet "difficile".

Un livre très utile, souvent plus concret (l'avocat sans scrupule, la pénalisation de la prostitution...) que philosophique, destiné à ceux qui rêvent de morale et qui sombrent trop souvent dans le moralisme gnan-gnan de la Pensée Unique...

Au fait, la morale, rebaptisée éthique (mais cela n'y change rien), est-elle seulement possible ? Depuis l'analyse de la généalogie de la morale par Nietzsche et ses continuateurs, nous avons compris son impossibilité. Car une morale ne peut s'imposer universellement que si elle est universelle, c'est-à-dire si elle découle d'un "impératif catégorique" qui s'impose absolument, et qui n'est pas le simple effet d'une pression sociale de valeur évidemment relative. La morale absolue doit être la conséquence d'une ontologie absolue, et comme les philosophes sont encore loin d'avoir atteint la certitude ontologique, les conséquences éthiques de l'Être s'écroulent avec le "voilement de l'Être" pour parler comme Heidegger. Si l'homme est un être "sacré", il faut condamner le meurtre. Mais si la sacralisation de l'humain est un fantasme, à partir de quoi prétendre "tu ne tueras point" ?

Et pourtant, il faut bien vivre, en société, et donc il faut des règles pour "vivre ensemble". Ainsi, si une éthique transcendante est impossible, une éthique "pragmatique" est nécessaire. On sait qu'un Sartre, notamment, a tenté de construire une telle morale sans transcendance (sans essence humaine...), et qu'il est retombé dans la tradition compassionnelle et sentimentale qui va des prophètes juifs de l'Ancien Testament à leurs héritiers du socialisme.

Ayant renoncé à l'Absolu absolu, je trouve un Absolu relatif dans l'examen critique de l'évolution de la Pensée, cet absolu étant le complexe STI (science-technique-industrie), qui relie fortement la raison du Moi à la spontanéité exubérante du non-Moi (le Monde, et l'Être aussi bien). Car en cinq mille ans de pensée (depuis l'invention de l'écriture), seule la STI offre des possibilités de consensus universel, ce qui ne constitue pas un absolument absolu, mais au moins un absolu opérationnel. Il est banal de dire que 7 milliards de personnes fort diverses culturellement (la culture est la non-STI) utilisent ou envisagent d'utiliser un téléphone portatif ou un vélocipède, qui sont des réalisations (des passages du réel décrit au réel construit) de la STI. On ne trouve un tel consensus dans aucun domaine de la culture (choix politique, religion, musique, etc.). Certains me rétorqueront que c'est dérisoire, que ce sont des "gadgets". Ah bon, c'est "dérisoire" de permettre aux hommes de boire (pompes) et de manger, de se déplacer et de communiquer ?

Les "hommes de bonne volonté" qui doivent construire l'éthique relative de demain n'ont pas d'autre point de départ indiscutable que le noyau dur de la STI : "on n'a rien pour rien". Il faut choisir entre une nouvelle Renaissance et un nouveau Moyen Âge. L'explosion démographique (l'immoralité par excellence !) me fait craindre qu'il sera plus facile de retomber dans la sorcellerie et les comportements barbares que dans une nouvelle naissance de l'Art (Botticelli, Monteverdi), de la Poésie (Ronsard) et de la Science (Galilée)... et de la Politique (Machiavel).

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Pourquoi je suis si amoral

3 Septembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Ethique

L'apophtegme nietzschéen est radicalement imparable : "Si Dieu est mort, tout est permis". En l'absence d'obligations et d'interdictions transcendantes, venues de je ne sais quel ciel invisible mais catégoriquement impératif, rien, absolument rien ne s'impose à l'homme, sinon les lois (elles, implacables) de la nature. Les existentialistes l'ont compris avec effroi : l'homme est un être-pour-la-mort, il est un être-pour-l'ignorance, il est aussi un être-pour-la-liberté. Son existence précède son essence : il est avant d'être ceci ou cela.

L'étude (par l'ethnographie, l'histoire comparée des religions, etc.) de la généalogie de la morale montre clairement que les injonctions éthiques sont des créations humaines (trop humaines) comme toutes les institutions : religion, droit, organisation politique, célébration artistique et littéraire. Dans toute collectivité primitive, des individus (mâles dominants) se dressent pour imposer des croyances (mythes), des obligations (rites) et des interdits (tabous) au socius, et la morale du groupe (vulgum pecus) n'est rien d'autre qu'un ensemble de règles arbitraires (dont l'origine est oubliée), intériorisées et transmises de génération en génération par la pression sociale. Le socio-constructivisme s'impose clairement pour expliquer la formation des prescriptions morales et la résistance au changement des règles éthiques, souvent inséparables d'ailleurs des "commandements" religieux.

Mon matérialisme m'impose donc le rejet de toute prétention éthique et, comme à l'abbaye de Thélème, je dis "fais ce que voudras".

Mais en attendant la mort, il faut bien vivre ! Malgré l'ignorance indépassable, il faut bien acquérir des savoirs. Et, étant libre, l'homme doit bien organiser sa liberté. Car, selon une formule célèbre, ma liberté est limitée par celle des autres, et vice versa. En conséquence, je condamne tout projet éthique qui se présente au nom d'une transcendance, quelle qu'elle soit, et je ne vois nulle part inscrit en lettres de feu "tu ne tueras point". Mais je reconnais la nécessité pratique, "vitale", de fonder des règles de "vivre ensemble", et l'éthique est ainsi tout à la fois impossible, impensable et indispensable. Il est ainsi piquant qu'après 25 siècles de philosophie ayant lentement débarrassé l'homme de ses illusions primitives, il faille admettre la nécessité, pour la praxis, d'une refondation de la morale, l'Humanité étant ainsi contrainte de revenir à son état premier. Mais il s'agit maintenant d'élaborer une morale matérialiste, c'est-à-dire sans illusion, sans transcendance secrète.

Et ainsi, je ne suis pas contre le vol et l'assassinat parce que "c'est mal", mais parce que "c'est invivable" !

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