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Jean C. Baudet

Articles avec #histoire tag

La Genese

19 Mars 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire

Au commencement, le Grand Singe créa les Outils et la Technique, et devint l’Homme. Après des siècles et des siècles, le Technicien inventa le Langage et, mélangeant l’Effroi et l’Espérance, conçut les rites et la magie, imagina les mythes et le dogme, et composa des poèmes, découvrant la beauté.

Après d’autres siècles très nombreux, les fils du Grand Singe se dispersèrent et se diversifièrent, formant sur toute la Terre des groupes différant par leurs rites, leurs mythes et leurs poèmes, s’établissant dans les oasis et le long des grandes rivières. Les Sumériens inventèrent les cunéiformes, les Egyptiens inventèrent les hiéroglyphes, les Hébreux inventèrent les prophéties, les Phéniciens inventèrent l’alphabet, les Grecs inventèrent les voyelles et la philosophie – c’est-à-dire la critique des rites, des mythes et des poèmes – et découvrirent la Raison.

Puis vinrent encore quelques siècles, et les descendants des Sumériens, des Egyptiens, des Hébreux, des Phéniciens, mélangés par les voyages à d’autres peuples, inventèrent encore des idées de plus en plus grandioses : la Démocratie, l’Ethique, la Physique et la Métaphysique, la Technologie et l’Industrie.

Maintenant, les descendants du Grand Singe, croissant et se multipliant, se sont répandus partout sur la Terre, polluant de leurs déjections les oasis et les grandes rivières, ayant développé une Civilisation sublime et dérisoire, connaissant les ultimes grains de la matière, la chaleur des étoiles, la structure (morphologie) et le fonctionnement (physiologie) des animaux, des végétaux et des microbes, avec ses rites nombreux et concurrents, ses mythes multiples et contradictoires, ses poèmes magnifiques et ses théorèmes éblouissants.

Je connais et je vénère les noms de quelques-uns de ces fils du Grand Singe qui ont apporté leur contribution à l’effort civilisateur : Thalès, Démocrite, Bouddha, Euclide, Confucius, Diophante, Brahmagupta, Shakespeare, Monteverdi, Galilée, Descartes, Molière, Newton, La Mettrie, Lavoisier, Watt, Kant, Volta, Beethoven, Colt, Darwin, Gramme, Siemens, Maxwell, Hertz, Pasteur, Husserl, Einstein, Boeing, Rutherford, Heidegger, Yukawa, Debussy, Freud, Louis Armstrong, Bohr, Krebs, Bachelard, James Watson, Eliade, Cioran, Bill Haley (and the Comets), Miles Davis, Charles Aznavour, Claude François, Bill Gates… 

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Qu'est-ce que la matiere ?

11 Février 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Chimie

Je viens de mettre le point final à mon Histoire de la chimie, qui est la fastidieuse mais indispensable correction des épreuves. Il s’agit d’une refonte de trois ouvrages parus naguère chez Vuibert (Paris) : Penser la matière, La vie expliquée par la chimie, A la recherche des éléments de la matière. A la suite des rachats des éditions Vuibert et De Boeck par le groupe Albin Michel, ce livre paraîtra, dans quelques semaines, sous la marque De Boeck (Louvain-la-Neuve).

Cette nouvelle Histoire de la chimie s’efforce, bien entendu, de fournir un récit de la longue méditation des philosophes grecs (Thalès, Anaximène, Démocrite…), des « alchimistes » (Zosime, Rhasès, Geber…), des « chymistes » (Paracelse, Lemery…), des « chimistes » enfin (Lavoisier, Dalton, Berzelius, Mendéléev…) sur la nature profonde de la matière. On voit ainsi, pendant plus de deux mille ans, deux conceptions s’affronter, le substantialisme (les quatre éléments d’Empédocle, les trois principes des paracelsiens, le phlogistique…) et l’atomisme (Leucippe, Démocrite, Epicure…).

Mais ce travail a une portée épistémologique. Il s’agissait en effet de comprendre comment l’esprit humain (incarné chez Empédocle, chez Lavoisier, chez Liebig, chez Berthelot, chez quelques autres) est parvenu à connaître, et cela de façon extraordinairement complexe, précise et prédictive, quelques déterminations de la « matière », c’est-à-dire de la partie observable de l’Être. On retrouve ainsi ma théorie, déjà exposée dans d’autres travaux, de l’instrumentation : c’est grâce aux « instruments », proposés par la Technique, que la Science (chimie, mais aussi astronomie, physique, biologie…) a pu se séparer de la Philosophie (purement spéculative) et qu’elle a pu fonder une Technologie à l’efficacité spectaculaire. Le bain-marie de Marie la Juive, le distillateur de Zosime de Panopolis, la balance de Lavoisier, le spectromètre de Bunsen ont rendu possible de « penser la matière », jusqu’à comprendre les mécanismes « moléculaires » de la Vie.

Et la « grande question » se pose alors ! La matière coïncide-t-elle avec l’Être, avec le Réel, ce qui est la position des matérialistes (Spinoza, La Mettrie, Feuerbach, Marx, Engels, Lénine et quelques autres), ou n’est-elle que la partie visible de l’Être, comme le prétendent les idéalistes ? L’étude approfondie de l’histoire de la chimie – et de la Science dans sa globalité – n’apporte pas une réponse définitive à cette question qui opposait déjà Platon à Démocrite, mais elle fournit une base solide et indispensable pour penser.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Propos sur les inventions

25 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Technique

Le niveau de vie atteint au XXIème siècle par l’Humanité (des milliards d’individus) est le résultat du travail acharné de quelques centaines de personnes. La philosophie (Thalès), la démonstration mathématique (Euclide), l’algèbre (Diophante), les manipulations chimiques (Zosime) ont été inventées en Grèce. L’astronomie mathématisée (Kepler) a été inventée en Allemagne ; la physique expérimentale (Galilée) en Italie ; la théorie de la gravitation (Newton) en Angleterre ; la nomenclature biologique (Linné) en Suède ; la machine à vapeur (Newcomen) en Grande-Bretagne ; la chimie quantitative (Lavoisier) en France ; la pile électrique (Volta) en Italie ; l’anatomie comparée (Cuvier) en France ; l’électromagnétisme (Oersted) au Danemark ; l’automobile (Lenoir) en France ; la dynamo électrique (Gramme) en France ; la microbiologie médicale (Pasteur) en France ; la lampe à incandescence (Edison) aux Etats-Unis ; la radiographie (Röntgen) en Allemagne ; le cinéma (Lumière) en France ; la psychanalyse (Freud) en Autriche ; la théorie de la relativité (Einstein) en Suisse ; la physique nucléaire (Rutherford) en Grande-Bretagne ; la mécanique quantique (Bohr) au Danemark ; le cyclotron (Lawrence) aux Etats-Unis ; la génétique moléculaire (Watson) en Angleterre…

Voilà des faits incontestables. Reste à en tirer des conclusions…

Bien sûr, j’aurais pu plutôt que de me focaliser sur les productions scientifiques, techniques et industrielles, énoncer d’autres réalisations culturelles, et signaler les grands poèmes, les grands romans, les grandes musiques, les grands tableaux, les grands films… Mais il me semble que, de toutes les productions culturelles, celles de la STI sont les plus prégnantes, les plus structurantes pour le sort de l’Humanité. La lampe d’Edison ou les rayons X de Röntgen ont davantage, me semble-t-il, changé la condition humaine que Les Fleurs du mal (Baudelaire) ou que les neuf symphonies de Beethoven. Et pourtant ! J’admire tellement Baudelaire et Beethoven.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Les trois etapes de la science

11 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science

Je voudrais, aujourd’hui, poursuivre ma réflexion entamée dans mon billet précédent, intitulé « Les bases historiques de l’épistémologie ». Sur les rapports entre science et philosophie, d’abord, je reprends à mon compte les définitions du philosophe et mathématicien britannique Bertrand Russell, qui disait que la science est ce que l’on sait, et la philosophie ce que l’on ne sait pas encore. La formule est brutale, « simpliste » diront les subtils, et pourtant force est de constater qu’il existe de nombreuses propositions « scientifiques » devenues des certitudes, alors que l’on chercherait vainement une seule proposition « philosophique » faisant l’unanimité des hommes instruits. Personne ne met plus en doute, aujourd’hui, l’héliocentrisme (Copernic, 1543) ou l’atomisme (Dalton, 1803) ou la relativité (Einstein, 1905), alors que les philosophes ne sont toujours pas parvenus à nous dire si, oui ou non, il existe une vie après la mort ! Pendant des siècles, l’astronomie fut une branche de la philosophie (on disait philosophia naturalis), et elle devint un chapitre de la science dès que le mouvement des corps célestes devint vérifiable. Il faut noter d’ailleurs que l’adoption de l’héliocentrisme, de l’atomisme et de nombreuses autres « vérités scientifiques » rencontra en leur temps de brutales oppositions (procès de Galilée, etc.).

Dans mon billet précédent, j’ai rappelé que les progrès récents de l’épistémologie ont conduit à une analyse en somme très simple de l’esprit humain (déjà magistralement esquissée par Kant en 1781), qui voit dans le processus d’acquisition des savoirs la mise en œuvre de seulement deux facultés, qui collaborent : la sensibilité (l’observation, déjà existante chez les animaux) et l’intelligence (le raisonnement, déjà en germe chez l’animal).

Il est alors stimulant et très fascinant de se rendre compte que la science a été construite par l’Humanité en trois étapes, que trois grandes dates marquèrent le développement de la « méthode scientifique ». La première étape, fondatrice de ce que l’on appellera l’esprit scientifique, est datée d’environ 600 avant notre ère, c’est l’apparition de la philosophie, qui est le rejet des traditions, par Thalès et Anaximandre de Milet. Quelques hommes, d’ailleurs bien rares, commencent de « penser par eux-mêmes », se méfiant des idées, largement invérifiables, des prêtres, des poètes, des législateurs, ou du simple « bon sens »… La rareté de ces audacieux penseurs confirme la thèse de l’historien belge des sciences Jean Pelseneer, qui faisait de la science une activité éminemment aristocratique.

La deuxième étape de l’édification de la science commence en 387 (avant la naissance supposée du Christ), avec la fondation de l’Académie par Platon. Celui-ci entame une prodigieuse analyse du raisonnement, travail qui sera poursuivi de manière proprement géniale par son élève Aristote. Cette « logique » permettra aux mathématiciens grecs (puis viendront les Indiens, puis les Byzantins, puis les Arabes…) de construire un immense, admirable et même sublime corps de connaissance (Euclide, Archimède, Apollonius, Hipparque, Nicomaque, Ptolémée, Diophante…).

La troisième étape est la formidable amélioration des possibilités observationnelles par l’instrumentation. On peut la dater de 1543, quand Copernic livre les résultats de ses observations du mouvement des planètes à l’aide du quadrant gradué. A vrai dire, les astronomes grecs avaient déjà réalisé des observations astronomiques quantitatives, mais les circonstances sociopolitiques ne permirent pas à l’instrumentation fruste des Grecs de se développer. Il fallut attendre la Renaissance pour assister au développement réellement « explosif » de l’instrumentation : instruments de dissection (Vésale, 1543), lunette astronomique (Galilée, 1610), thermoscope puis thermomètre, verrerie de laboratoire, baromètre, microscope, télescope, jusqu’à nos accélérateurs de particules et nos sondes spatiales…

Trois moments : 600 (libération de la pensée), 387 (règles du raisonnement et mathématiques démonstratives), 1543 (instrumentation). Un résultat : la science, c’est-à-dire la base de la Civilisation.

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Les bases historiques de l'épistémologie

8 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Histoire

Les grandes manœuvres d’épistémologie (ou gnoséologie), pendant le premier tiers du XXème siècle, ont conduit à comprendre le processus cognitif comme la coopération de l’intelligence (die Vernunft) et de la sensibilité (die Sinnlichheit), ce qui revient en somme à reprendre l’analyse par Kant de l’esprit humain, qui faisait la synthèse entre le rationalisme de Descartes et l’empirisme de Locke. Les travaux de Husserl (la réduction eidétique), de Wittgenstein (les limites insurmontables de la connaissance), du Cercle de Vienne (le positivisme logique et le physicalisme), de Popper (la falsification) ont montré que les seuls moyens d’acquisition de savoir sont le raisonnement et l’observation, avec pour criterium la vérifiabilité expérimentale (c’est-à-dire vécue), disqualifiant les prétentions de vérité de la foi, de l’intuition, de la voyance mystique, de la révélation, de l’interprétation de textes « sacrés », tous modes de connaissance dont les liens avec la pensée mytho-religieuse archaïque sont évidents. Nous avons complété cette épistémologie par la remarque que la vérification poppérienne (ou « méthode expérimentale ») doit être complétée par l’instrumentation, d’ailleurs constamment perfectible, ce qui conduit à la fois à l’idée de « progrès scientifique » et à un scepticisme paradoxal : la science n’est jamais achevée.

Cette question de l’instrumentation nous semble cruciale car, outre qu’elle explique la progression des savoirs (qui s’approchent asymptotiquement de « la Vérité » ?), elle replace la Technique (la construction d’instruments) au cœur de la question gnoséologique. L’homme sait parce qu’il pense, parce qu’il observe, et parce qu’il pense à améliorer ses moyens d’observation.

L’Histoire nous montre le long, patient, et parfois tortueux, chemin de l’esprit humain vers la connaissance du monde et de lui-même. Mais si l’on prend suffisamment de recul pour repérer les moments décisifs de cette quête, on s’aperçoit que le raisonnement fut théorisé au IVème siècle avant notre ère, par les efforts de Platon et surtout d’Aristote pour répondre au défi des sophistes, qui avaient développé une vision pessimiste des possibilités de connaissance. Cette « invention du raisonnement » a permis aux Grecs d’élaborer la magnifique construction intellectuelle des mathématiques démonstratives (arithmétique, géométrie, astronomie de position : Euclide, Archimède, Apollonius, Hipparque, etc.).

Quant à l’ « invention de l’instrumentation », elle ne date que des XVIème et XVIIème siècles, avec la lunette astronomique, le microscope, le télescope, le thermomètre, le baromètre, etc.

Il conviendrait de développer la remarque que la science (raisonnement + instrumentation) conduit au doute et au scepticisme, malgré ses résultats spectaculaires, et non au dogmatisme, qui est la caractéristique des religions et des idéologies.

Prochainement, la recherche épistémologique devra intégrer les résultats des « sciences cognitives », qui permettront sans doute de mieux comprendre les mécanismes du raisonnement et de l’observation, ainsi que des conflits entre l’intelligence et les émotions.

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Contre l'europeocentrisme

18 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Civilisation

Contre l'europeocentrisme

Les intellectuels de tous les pays doivent s’unir pour lutter contre l’européocentrisme, ce hideux révisionnisme historiographique qui privilégie et exagère les apports des Européens à la Civilisation de l’Humanité, en oubliant systématiquement les contributions décisives à la Civilisation des peuples d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et de l’Amérique précolombienne.

Les historiens des systèmes de pensée ont pu établir l’origine de nombreuses découvertes et inventions, et je me suis efforcé, dans mes travaux d’épistémologie, de tenir compte des avancées les plus récentes de la science historique. Il faut, disait un juif il y a deux mille ans, « rendre à César ce qui est à César », et ce judicieux principe reste la règle de tout travail historique se prétendant « scientifique ».

C’est ainsi que l’on peut considérer les faits suivants comme acquis.

Dès l’Antiquité, les Grecs Thalès, Pythagore, Euclide et quelques autres inventent l’arithmétique et la géométrie démonstratives, qu’il ne faut pas confondre avec les techniques rudimentaires du comptage et de l’arpentage, pratiquées dès la fin de la Préhistoire par les peuples les plus divers. Les mathématiques d’aujourd’hui, dans les universités du monde entier, utilisent encore les concepts helléniques de démonstration, de théorème, d’axiome…

Vers 250 de notre ère, le Grec Diophante invente l’algèbre. Vers 300, Zosime de Panopolis invente les manipulations « chimiques » qu’au Moyen Âge on appellera « alchimie ». C’est aussi pendant les premiers siècles de notre ère que sont inventés les chiffres décimaux (improprement appelés « chiffres arabes ») et le zéro. Il est établi que les mathématiciens et astronomes indiens étaient initiés aux mathématiques grecques.

En 1543, le Polonais de langue allemande Copernic propose l’héliocentrisme qui est la base de l’astronomie contemporaine. En 1610, l’Italien Galilée découvre l’existence d’étoiles invisibles à l’œil nu. En 1637, le Français Descartes invente la géométrie analytique. En 1687, l’Anglais Newton établit les équations de la gravitation universelle, qui sont encore utilisées aujourd’hui par les physiciens et les ingénieurs du monde entier, notamment pour calculer les trajectoires des fusées, des satellites artificiels et des sondes spatiales. En 1712, l’Anglais Newcomen invente la machine à vapeur, qui est le point de départ du développement de tous les moteurs thermiques. En 1735, le Suédois Linné invente la nomenclature binomiale des êtres vivants, utilisée universellement par les biologistes et les agronomes. En 1789, le Français Lavoisier met au point la chimie quantitative. En 1819, le Danois Oersted découvre l’électromagnétisme. En 1839, l’Allemand Schwann développe la théorie cellulaire des êtres vivants, base de la biologie et de la médecine contemporaines. En 1869, le Belge Gramme invente la dynamo, qui va permettre le développement de l’électrotechnique. En 1877, le Français Pasteur découvre le rôle pathogène des microbes. En 1895, les deux frères français Lumière inventent le cinématographe. En 1905, le juif allemand immigré en Suisse Einstein invente la théorie de la relativité, explique l’effet photoélectrique et découvre l’inertie de l’énergie. En 1912, l’Anglais Rutherford (d’origine néo-zélandaise) découvre le noyau des atomes. En 1927, le Belge Lemaître découvre l’expansion de l’Univers, base de la cosmologie contemporaine. En 1932, l’Anglais Chadwick découvre le neutron. En 1934, l’Italien Fermi réalise la fission de l’atome d’uranium, qui va permettre la maîtrise de l’énergie nucléaire. En 1946, le Français Réard invente le bikini.

Tout cela pose de nombreuses questions. Notamment celle-ci : que serait la Civilisation sans mathématique, sans astronomie, sans physique, sans chimie, sans biologie ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur la cuisine et la condition humaine

1 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Cuisine, #Histoire

Sur la cuisine et la condition humaine

Qu’est-ce qui fait la différence entre le bestial et l’humain ? Qu’est-ce qui distingue l’homme de la bête ? Qu’est-ce qui est vraiment propre et spécifique à l’humanité, qui a fait sortir les hommes de l’animalité ? C’est la cuisine ! Parmi des milliers et des milliers d’espèces animales, l’humain est seul à préparer sa nourriture, à cuisiner, il est le seul animal mangeant de la nourriture cuite, parfois avec des raffinements extrêmes. Pendant longtemps j’ai professé l’idée (que l’on trouve chez Marx à l’état embryonnaire, voir son analyse des « moyens de production ») que la technique est le signe de l’humain (voir mon livre Le Signe de l’humain, L’Harmattan, Paris), et donc qu’elle est le fondement de l’humanité. Je ne récuse certes pas cette thèse : il y a ou il y eut des peuples sans science, sans religion, sans poésie, sans musique, il n’y en a pas sans technique, sans outils. Le langage, d’ailleurs, apparu longtemps après l’outil de bois et de pierre, est une création technique, mais venu bien après l’invention du feu, de la cuisson des aliments, de la cuisine. Car le philosophe doit poursuivre toujours plus loin ses analyses, et ne pas s’arrêter aux évidences : toutes les collectivités humaines disposent d’une technique (plus ou moins évoluée), c’est la condition même de leur subsistance, mais une technique pour quoi faire ? Pour acquérir, préparer, conserver, transporter et consommer des nutriments indispensables à l’existence des hommes. La technique répond aux besoins des hommes, et le premier besoin, vital, est la nutrition. La cuisine est donc la technique primordiale. Le premier outil fut le bâton servant à attraper un fruit, puis la pierre utilisée pour séparer, dans un fruit dur, l’écorce inconsommable de la pulpe nourricière…

J’ai donc étudié les origines de la cuisine et son évolution au cours du temps, dans un livre Histoire de la cuisine paru aux éditions Jourdan (Bruxelles). Un voyage bien agréable, avec « l’eau à la bouche », où l’on passe au cours du temps du repas cru des australopithèques et des primitifs aux plats ultrasophistiqués de la « Nouvelle cuisine » et des chefs étoilés. On rencontre au passage quelques-unes de mes gourmandises, la sauce béchamel, la crème Chantilly, le baba au rhum, la moussaka des Grecs, le filet américain des Belges…

Ainsi, le véritable héros n’est pas le Savant plus ou moins incompréhensible, ni le Religieux plus ou moins fanatique, ni le Guerrier plus ou moins vaillant, ni le Politicien plus ou moins véreux, ni le Poète plus ou moins inspiré, le héros véritable est le Cuisinier et le Restaurateur.

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A propos de Winston Churchill

24 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Politique

Hier, grande et belle soirée de télévision sur une chaîne française. Le flamboyant Stéphane Bern présentait avec enthousiasme une émission, magnifiquement documentée, consacrée à la vie et aux œuvres de Winston Churchill, citoyen britannique, officier intrépide, journaliste de talent, peintre très honorable, écrivain de génie, orateur incomparable, grand fumeur et buveur considérable, et surtout politicien habile, volontaire, lucide, courageux et intelligent. Churchill, à vrai dire, fut l’homme le plus remarquable du vingtième siècle, non seulement par les traits extraordinaires de sa personnalité, avec une perspicacité et une puissance de travail purement fantastiques, mais par les conséquences de ses décisions et de ses actes. Un homme est grand non par ce qu’il est, ni même par ce qu’il fait, mais par le résultat de son action sur la condition humaine. Je ne vois guère que des hommes comme Ernest Rutherford (le découvreur du noyau des atomes) ou comme James Watson (le découvreur de la structure moléculaire de l’ADN) ou comme Bill Gates (le pionnier de la microinformatique et de l’ordinateur pour tous) à égaler Churchill par les changements décisifs qu’ils apportèrent à la condition humaine. A moins que l’on ignore ce que la maîtrise de l’énergie nucléaire, le développement du génie génétique et Internet (vaste réseau d’ordinateurs « personnels ») ont modifié dans la condition de l’Humanité ! Churchill a su vaincre le nazisme et rendre la liberté aux Européens et, par voie de conséquence, aux peuples colonisés. En quoi les œuvres, pourtant si admirées, de Picasso, de Stravinsky, de Brigitte Bardot, de Marcel Proust, de Coluche, de Husserl, ont-elles changé la condition humaine ?

Certes, Winston Churchill, premier ministre du Royaume-Uni, n’a pas vaincu tout seul le national-socialisme ! Il fut, encore grandi par les circonstances, le chef admirable d’un peuple admirable, et l’Angleterre remporta la Victoire de 1945 avec le renfort des Américains, des nations du Commonwealth et de la France. De la France, du moins, du général de Gaulle.

Churchill a vaincu le fascisme noir de Mussolini et de Hitler, et il a vu, après avoir fini le job, que la réconciliation franco-allemande serait indispensable pour vaincre le fascisme rouge de Staline.

J’étais très impressionné, ému même, hier soir, en fermant mon poste de télévision après les dernières images de ce beau « sujet ». Je me disais qu’une Humanité où l’on rencontre des hommes comme Churchill, comme de Gaulle, comme aussi Rutherford, Watson, Gates et quelques autres héros de la pensée ou de l’action, n’est peut-être pas si méprisable. Mais y a-t-il encore des Churchill, au temps des Trump, des Clinton, des Hollande ? Après le fascisme noir, après le fascisme rouge, voici venu le temps du fascisme religieux qu’est l’islamisme. Trouvera-t-on un chef clairvoyant, comme Churchill, et un peuple courageux, comme les Britanniques de 1940, pour débarrasser l’Humanité de cette peste nouvelle ?

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Une histoire de la science

3 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Histoire, #Gnoséologie

Une histoire de la science

Il y a quelques mois, je faisais paraître, aux éditions La Boîte à Pandore (Paris), un ouvrage de 317 pages intitulé Les plus grandes dates de la science. Il s’agissait de résumer l’histoire de la science de manière à faire apparaître la filiation des idées (observations, hypothèses, vérifications…) qui a conduit à l’impressionnant édifice de la science de ce début de XXIème siècle : la fuite des galaxies, la chimie des protéines, la biologie moléculaire, les quarks, etc., etc. Il s’agissait, plus radicalement encore, de voir comment ces millions de savoirs (la distance de la planète Mars, la longueur d’onde des ultraviolets, la vitesse de la lumière…) se sont agrégés en une connaissance cohérente, immense, extrêmement vaste (de l’infiniment petit des quarks et des gluons à l’infiniment grand des étoiles et des trous noirs), précise, spectaculairement complexe, et constamment vérifiée par l’efficacité de la technologie. Il s’agissait de comprendre comment l’Humanité (ou du moins une petite fraction de l’Humanité) est capable d’acquérir des savoirs. Car les créateurs effectifs de la science sont étonnamment peu nombreux, parmi des milliards d’hommes, et je n’en trouve, dans toute l’histoire, que quelques centaines : Démocrite, Aristote, Ptolémée, Copernic, Kepler, Galilée, Newton, Linné, Lavoisier, Volta, Oersted, Darwin, Einstein et les autres. Y compris une quarantaine de femmes (voir mon livre Les plus grandes femmes de la science).

Le mot « science » peut être compris dans un sens très large : savoir, connaissance, qu’il avait déjà dans l’Antiquité latine : scientia, avec pour synonymes cognitio et doctrina. Mais l’épistémologie donne au terme « science » un sens plus précis, bien déterminé, il ne s’agit pas d’un savoir quelconque (la « science du chauffeur de taxi »), mais d’un système de savoirs acquis selon une méthode particulière, intellectuellement très exigeante, que l’on appelle évidemment la « méthode scientifique ». Mes travaux d’histoire « des sciences » et la réflexion gnoséologique m’ont amené à définir la science comme une représentation discursive du réel acquise par la combinaison systématique d’observations à l’aide d’instruments (instrumentation : télescopes, microscopes, spectromètres…) et de raisonnements mathématisés, à l’exclusion de tout recours à des traditions ou à l’intuition. Je situe l’avènement de la science, au sens restreint du terme, en 1543, avec la publication du De revolutionibus orbium coelestium de Copernic. En tant que « système de pensée », la science s’oppose frontalement aux religions (par le rejet de toutes traditions prétendues sacrées), elle se distingue aussi de la philosophie et des idéologies, qui n’ont pas recours à l’instrumentation et ne peuvent dès lors pas vérifier leurs propositions.

Epistémologiquement et sociologiquement, la science fait partie d’un « continuum épistémique » que j’appelle STI, « science-technique-industrie », base intellectuelle de l’activité des laboratoires de recherche (S), des bureaux d’études (T) et des entreprises (I). La Civilisation est formée du couple STI et non-STI, communément appelée « culture », ou mieux « cultures », car il y a autant de cultures (musiques, mythes, idéologies, pratiques sociales…) qu’il y a de communautés distinctes. Il y a une seule STI, universelle, mais il y a des centaines de cultures, par exemple la culture anglaise et la culture écossaise. Le psychologue découvre facilement que la STI est une production de l’intelligence et que la culture est une production des sentiments : la production de théorèmes et celle de poèmes ne mettent pas en action les mêmes ressources mentales.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

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Propos sur le brexit

1 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique, #Histoire

En 1914, la France a eu bien besoin de la Grande-Bretagne (et aussi des USA) pour repousser la menace du germanisme. En 1940, la France a eu bien besoin de la Grande-Bretagne (et aussi des USA) pour repousser la menace du nazisme. En 2016, la France et les autres pays d’Europe ont encore bien besoin de la Grande-Bretagne (et aussi des USA) pour repousser la menace de l’islamisme.

Mais ne nous attachons pas à des considérations militaires, et encore moins à de sordides préoccupations financières et commerciales « bassement matérielles », élevons-nous au niveau des idées, des concepts, des valeurs, de l’humanisme, de la culture et de la civilisation, et de « l’honneur de l’esprit humain ».

Pensons par nous-mêmes, écartant les mensonges et les sophismes des politiciens scélérats, trompeurs des peuples (si vertueux !). Que serait l’Europe, et que serait même l’Humanité, sans les Anglais, les Gallois, les Ecossais et les Irlandais – ou du moins sans certains d’entre eux ? Que serait la Civilisation (avec un C majuscule) sans le théâtre de Shakespeare, sans la musique de Haendel, sans l’empirisme de Francis Bacon, les logarithmes de John Napier et d’Henry Briggs, la circulation sanguine de William Harvey, le libéralisme de John Locke, la gravitation universelle et la mécanique céleste d’Isaac Newton, l’économie politique d’Adam Smith, la machine à vapeur de Thomas Newcomen et de James Watt, la locomotive de Richard Trevithick, l’atomisme de John Dalton, le télégraphe électrique de Charles Wheatstone, la théorie de l’évolution de Charles Darwin, l’électromagnétisme de James Clerk Maxwell, les romans d’Arthur Conan Doyle, le pneumatique de John Boyd Dunlop, la radio d'Oliver Lodge, la logique mathématique de George Boole et de Bertrand Russell, l’électron de Joseph J. Thomson, le proton d’Ernest Rutherford, les isotopes de Frederick Soddy, le neutron de James Chadwick ? Que serions-nous sans whisky, sans chapeau boule et sans parapluie, sans sandwiches, et surtout sans tennis et sans football ?

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