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Jean C. Baudet

Articles avec #histoire tag

L'origine de la Science

14 Août 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science

J’ai montré, en étudiant l’histoire de l’astronomie, de la physique, de la chimie et de la biologie, que la Science apparaît, en Europe, à l’articulation des XVème et XVIème siècles, en se séparant de la Philosophie (née en Grèce vers 600 avant notre ère) par l’utilisation systématique de l’Instrumentation, celle-ci étant le fruit de la Technique. J’utilise le terme « Science » dans l’acception forte que lui donnent les épistémologues : il s’agit d’un système de pensée qui conduit à des discours vérifiables, contrairement aux autres systèmes de pensée (les Mythes, les Religions, la Philosophie, les Idéologies, la Poésie) qui sont radicalement invérifiables. Du fait même de sa vérifiabilité (grâce à des instruments d’observation et de mesurage), la Science est le contraire d’une pensée dogmatique, étant en perpétuelle « recherche ». Les savoirs « scientifiques » ne sont pas imposés au public comme des certitudes absolues, contrairement aux dogmes religieux, qui sont imposés avec un fanatisme pouvant aller jusqu’à la condamnation à mort des mécréants. Dans l’Europe chrétienne du Moyen Âge, il était « impensable » de mettre en doute la Sainte-Trinité, l’Immaculée Conception, la Rédemption et le Péché originel, le Jugement dernier (à peine d’être torturé par l’Inquisition), et dans les pays musulmans, en plein XXIème siècle, il est fort dangereux de prétendre qu’Allah n’existe pas, comme il est dangereux, dans l’Inde hindouiste, de nier l’existence de Vishnou !

L’usage d’instruments a permis à la Science de se développer en étendant considérablement le champ de l’observable (télescopes, microscopes…) et en permettant de quantifier les phénomènes observés par l’acquisition de nombres (mesures) ce qui permettra une mathématisation du discours scientifique (thermomètres, baromètres, galvanomètres…).

Quand la Science apparaît, l’Humanité possède quatre grands centres civilisateurs : la Chine confucéenne, l’Inde hindouiste, l’Europe chrétienne et l’Arabie musulmane (y compris ses vastes conquêtes). Les autres régions (Amérique, Afrique, Océanie) sont habitées par des cultures moins avancées, certaines étant même encore à l’âge de la pierre.

L’Inde, l’Europe et l’Arabie, à cette époque, connaissent la remarquable production intellectuelle des Grecs (et donc la Philosophie), ayant été en contact prolongé avec l’hellénisme, à qui ils doivent la logique (Aristote), la mathématique démonstrative (Euclide, Archimède), l’astronomie quantitative (Eudoxe, Aristarque), la botanique (Théophraste), l’anatomie (Hérophile), la médecine rationnelle (Galien), la chimie (Zosime), l’algèbre (Diophante). La Chine même, pourtant si éloignée de Milet, d’Athènes, d’Alexandrie, a pu connaître certains acquis de l’hellénisme.

Reste alors une question passionnante : pourquoi la Science est-elle née en Europe, avec Christophe Colomb qui utilise la caravelle comme instrument pour fonder la géographie scientifique, avec Vésale qui utilise le scalpel pour développer l’anatomie, avec Copernic qui utilise le quadrant pour découvrir l’héliocentrisme, avec Paracelse qui utilise les instruments de laboratoire pour séparer la chimie scientifique de l’alchimie médiévale, avec Galilée qui utilise le plan incliné pour fonder la mécanique ?... Pourquoi les brillantes civilisations des Chinois, des Hindous et des Arabo-musulmans ont-elles, à la fin du Moyen Âge, été bloquées pour rester extérieures au développement de l’esprit scientifique ?...

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Histoire de la science et de la non-science

28 Juillet 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Histoire, #Science

Entre 2002 et 2009, j’ai publié aux éditions Vuibert, à Paris, une « Histoire de la science » déclinée en 9 volumes, totalisant plus de 3 000 pages. C’était une synthèse critique (conçue comme une introduction à la question épistémologique) de mes propres recherches et des travaux de Ferdinand Hoefer, de George Sarton, de Gaston Bachelard, de Thomas S. Kuhn, de René Taton, de Bertrand Gille et de bien d’autres. Il s’agissait de repérer dans l’Histoire, depuis les origines préhistoriques de la pensée jusqu’à nos jours, les découvertes et inventions les plus décisives de l’esprit scientifique, afin d’expliquer dans la diachronie les mécanismes cognitifs. En 2009, ce travail étant achevé, je conçus le projet complémentaire de publier une « Histoire de la non-science », c’est-à-dire d’étudier l’évolution de la pensée ne faisant pas appel à la « méthode scientifique », qui a produit les mythes, les religions et la philosophie.

Je parvins à produire deux premiers volumes, publiés aux éditions Jourdan, à Bruxelles : Curieuses histoires de la pensée (2011, 601 pages) et Histoire de la pensée de l’an Un à l’an Mil (2013, 335 pages). Le premier tome analysait l’apparition de la pensée et son développement depuis les commencements de l’hominisation jusqu’au début de l’Empire romain (c’est-à-dire avant le début du christianisme). Le deuxième tome étudiait le déclin et la quasi disparition de la philosophie pendant qu’apparaissaient des religions nouvelles : christianisme, gnosticisme, manichéisme, islam. Il me restait à traiter l’évolution des idées de l’an 1000 au début du XXIème siècle, ce que j’envisageai de réaliser en trois volumes, mais les premiers symptômes du vieillissement me privèrent des forces nécessaires pour mener à bien ce programme devenu trop ambitieux.

Je réussis cependant à produire encore quelques ouvrages, et j’eus la satisfaction de faire paraître, aux éditions La Boîte à Pandore, à Paris, en 2016 : Les plus grandes dates de la science et Les plus grandes dates de la philosophie.

 

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

 

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Pour une histoire de la Pensee

14 Juin 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Epistémologie

Je propose de résumer la glorieuse et sublime histoire de la pensée humaine par la succession de six « systèmes de pensée », de plus en plus complexes : 1° le rite, 2° le mythe, 3° la religion, 4° la philosophie, 5° la science, 6° la technologie. C’est reprendre, approfondir et actualiser les idées sur une progression de l’esprit de Condorcet (Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, 1795), de Hegel, d’Auguste Comte.

Chaque étape est initiée par un événement fondateur. Le rite apparaît au tout début de la Préhistoire, pendant le lent processus d’hominisation, avec l’apparition de gestes répétés convulsivement, avant même l’avènement du langage. Le mythe apparaît dès l’invention des langues et de la parole. La religion apparaît quand des rites et des mythes sont sacralisés au profit du pouvoir politique, naissant à la fin du Paléolithique quand les groupes humains, devenus nombreux, nécessitent une organisation. La philosophie est inventée par Thalès, à Milet, vers 600 avant notre ère, quand il critique et rejette les traditions mythiques et religieuses. La science se développe au XVIème siècle, en Europe, quand des spécialistes (médecins, pharmaciens, ingénieurs, astronomes, naturalistes…) commencent à utiliser systématiquement l’instrumentation pour étendre leurs observations et pour, grâce aux instruments de mesure, quantifier les phénomènes observés et permettre d’utiliser le langage mathématique et sa puissance expressive et prédictive pour décrire le monde. Enfin, la technologie se construit au XVIIIème siècle, quand la méthode scientifique commence d’être appliquée aux techniques pour transformer l’artisanat archaïque en industrie (c’est la « révolution industrielle » en Grande-Bretagne).

On a donc le schéma : rite (geste) – mythe (parole) – religion (politique) – philosophie (critique) – science (instrument) – technologie (industrie).

Cette schématisation, qui recherche le simple de l’élément initiateur sous le complexe des apparences phénoménales, qui est donc le résultat d’une « réduction eidétique », s’alimente des innombrables observations et réflexions des philologues, des archéologues, des historiens, des ethnographes, des psychologues, des épistémologues. Elle repose sur une idée « claire et distincte », simple (certains amateurs de paradoxes ou de distinguos « subtils » diront « simpliste »), ayant valeur de postulat, à savoir que le développement des phénomènes humains (de l’enfance à la maturité pour l’individu, de la sauvagerie à la civilisation pour l’Humanité dans son ensemble), va du simple au complexe, par un processus d’accumulation et de rejet (la dialectique hégélienne ?). La physique d’Aristote n’était-elle pas beaucoup plus simple que celle de Newton, et les TGV ne sont-ils pas plus sophistiqués (et plus performants) que les locomotives de Stephenson ?

Au risque de chagriner les humanistes et les égalitaristes, je ferai observer (in cauda venenum) que parmi les milliards d’individus qu’a comptés et que compte encore l’Humanité, seuls quelques centaines, quelques milliers tout au plus, ont participé à la glorieuse et sublime aventure de l’Esprit.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Propos sur les grands hommes

26 Mai 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science

L’Esprit, très mystérieusement, s’incarne dans les œuvres de quelques hommes exceptionnels, extrêmement rares parmi la masse immense des milliards d’individus qui composent l’Humanité. Car ils ne sont que quelques dizaines, quelques centaines tout au plus, à avoir découvert quelques déterminations de l’Être, et à avoir amélioré la condition humaine. La grande majorité des humains ne vit que pour produire des déjections malodorantes et des idées d’une naïve banalité. L’Humanité, si elle possède une « valeur », elle la doit au très petit nombre de grands personnages que l’Esprit, poursuivant je ne sais quel dessein, a conduit sur le chemin des vérités. Car c’est l’honneur d’une maigre fraction de l’Humanité d’avoir rejeté la routine des instincts, d’avoir dénoncé les illusions du sentiment, de s’être libérée des fantasmes des traditions, d’avoir dévalorisé les rites, d’avoir détruit les mythes, et d’avoir construit des hypothèses vérifiées et des outils efficaces.

Je rends hommage à ces inventeurs. Aux premiers, restés anonymes, l’inventeur de la Technique, l’inventeur du Langage et de la Littérature, l’inventeur de l’Agriculture et de l’Elevage, l’inventeur de l’Ecriture, l’inventeur du Bronze et de l’Acier. Puis, il y eut Thalès de Milet, qui inventa la philosophie, et Démocrite, qui inventa le matérialisme, et Aristote, qui inventa la logique, et Euclide, qui inventa la mathématique démonstrative et l’axiomatique, et Diophante, qui inventa l’algèbre, et Zosime, qui inventa la chimie de laboratoire, et Brahmagupta, qui inventa le zéro.

Puis, il y eut Colomb, Copernic, Galilée, Descartes (qui inventa la géométrie analytique), Newton, Leibniz, Carl von Linné (qui inventa la nomenclature biologique),Watt, Lavoisier (qui inventa la nomenclature chimique), Kant, Volta, Ampère, Darwin, Mendéléev, Gramme, Maxwell, Nietzsche, Hertz, Freud, Röntgen, Durkheim, Husserl, Marconi, Einstein, Bohr, Rutherford, Fermi, Oppenheimer, Feynman, Pauling, Watson (qui découvrit la structure de l’ADN), Gell-Mann, et quelques autres.

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Une histoire de la chimie

2 Mai 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Chimie, #Histoire

Mon livre Histoire de la chimie (354 pages) vient de paraître aux éditions De Boeck, à Louvain-la-Neuve (Belgique). C’est en fait la réédition, entièrement refondue, de deux livres précédents (parus chez Vuibert, Paris) : Penser la matière (2004) et A la découverte des éléments de la matière (2009).

Il s’agit d’un travail d’épistémologie historique, qui s’inscrit dans un programme de recherches sur la « valeur de la science » : comment la chimie (et, dans d’autres livres, la même question est posée pour les mathématiques, la physique, la biologie…) s’est-elle construite au cours de l’Histoire, par la mobilisation de quelles ressources mentales (observation, imagination, réflexion, instrumentation), et quelle est sa pertinence pour décrire le Réel ?

Etudier l’histoire de la chimie, depuis les premières spéculations de Thalès de Milet jusqu’aux extraordinaires analyses de l’acide désoxyribonucléique par Watson et Crick et jusqu’aux formidables synthèses de matériaux nouveaux et de médicaments efficaces, c’est comprendre comment l’Humanité pensante (une faible fraction de l’Humanité) est arrivée à connaître la structure intime de la matière (molécules et atomes), connaissance amplement vérifiée par les travaux de laboratoire, par les développements de la technologie et par les performances de l’industrie chimique.

Il est passionnant (et philosophiquement éclairant) d’assister au passage (il a fallu de nombreux siècles) d’une soi-disant connaissance basée sur l’imagination (les éléments d’Empédocle, les atomes de Démocrite) à la connaissance vérifiée basée sur une instrumentation de plus en plus sophistiquée : les balances de Lavoisier, les thermomètres de Fahrenheit et de Celsius, les appareils de Kipp, les spectroscopes de Bunsen, les fioles d’Erlenmeyer, les colonnes de Vigreux, les tubes cathodiques de Crookes…

Plus de deux mille ans d’histoire pour passer de l’atome rêvé à l’atome constaté !

Mon livre pose la grande question, à la fois épistémologique et ontologique : la science, et en particulier la chimie, est-elle capable de connaître le Réel ? La chimie de Lavoisier et de Mendéléev conforte-t-elle le matérialisme d’Epicure, de Spinoza, de La Mettrie, de Marx et de Lénine ?

C’est au lecteur, si du moins il veut faire l’effort de penser par lui-même et de se hisser au niveau de l’interrogation philosophique, de tenter de répondre à cette question redoutable, qui divise les hommes en matérialistes et en idéalistes.

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La Genese

19 Mars 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire

Au commencement, le Grand Singe créa les Outils et la Technique, et devint l’Homme. Après des siècles et des siècles, le Technicien inventa le Langage et, mélangeant l’Effroi et l’Espérance, conçut les rites et la magie, imagina les mythes et le dogme, et composa des poèmes, découvrant la beauté.

Après d’autres siècles très nombreux, les fils du Grand Singe se dispersèrent et se diversifièrent, formant sur toute la Terre des groupes différant par leurs rites, leurs mythes et leurs poèmes, s’établissant dans les oasis et le long des grandes rivières. Les Sumériens inventèrent les cunéiformes, les Egyptiens inventèrent les hiéroglyphes, les Hébreux inventèrent les prophéties, les Phéniciens inventèrent l’alphabet, les Grecs inventèrent les voyelles et la philosophie – c’est-à-dire la critique des rites, des mythes et des poèmes – et découvrirent la Raison.

Puis vinrent encore quelques siècles, et les descendants des Sumériens, des Egyptiens, des Hébreux, des Phéniciens, mélangés par les voyages à d’autres peuples, inventèrent encore des idées de plus en plus grandioses : la Démocratie, l’Ethique, la Physique et la Métaphysique, la Technologie et l’Industrie.

Maintenant, les descendants du Grand Singe, croissant et se multipliant, se sont répandus partout sur la Terre, polluant de leurs déjections les oasis et les grandes rivières, ayant développé une Civilisation sublime et dérisoire, connaissant les ultimes grains de la matière, la chaleur des étoiles, la structure (morphologie) et le fonctionnement (physiologie) des animaux, des végétaux et des microbes, avec ses rites nombreux et concurrents, ses mythes multiples et contradictoires, ses poèmes magnifiques et ses théorèmes éblouissants.

Je connais et je vénère les noms de quelques-uns de ces fils du Grand Singe qui ont apporté leur contribution à l’effort civilisateur : Thalès, Démocrite, Bouddha, Euclide, Confucius, Diophante, Brahmagupta, Shakespeare, Monteverdi, Galilée, Descartes, Molière, Newton, La Mettrie, Lavoisier, Watt, Kant, Volta, Beethoven, Colt, Darwin, Gramme, Siemens, Maxwell, Hertz, Pasteur, Husserl, Einstein, Boeing, Rutherford, Heidegger, Yukawa, Debussy, Freud, Louis Armstrong, Bohr, Krebs, Bachelard, James Watson, Eliade, Cioran, Bill Haley (and the Comets), Miles Davis, Charles Aznavour, Claude François, Bill Gates… 

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Qu'est-ce que la matiere ?

11 Février 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Chimie

Je viens de mettre le point final à mon Histoire de la chimie, qui est la fastidieuse mais indispensable correction des épreuves. Il s’agit d’une refonte de trois ouvrages parus naguère chez Vuibert (Paris) : Penser la matière, La vie expliquée par la chimie, A la recherche des éléments de la matière. A la suite des rachats des éditions Vuibert et De Boeck par le groupe Albin Michel, ce livre paraîtra, dans quelques semaines, sous la marque De Boeck (Louvain-la-Neuve).

Cette nouvelle Histoire de la chimie s’efforce, bien entendu, de fournir un récit de la longue méditation des philosophes grecs (Thalès, Anaximène, Démocrite…), des « alchimistes » (Zosime, Rhasès, Geber…), des « chymistes » (Paracelse, Lemery…), des « chimistes » enfin (Lavoisier, Dalton, Berzelius, Mendéléev…) sur la nature profonde de la matière. On voit ainsi, pendant plus de deux mille ans, deux conceptions s’affronter, le substantialisme (les quatre éléments d’Empédocle, les trois principes des paracelsiens, le phlogistique…) et l’atomisme (Leucippe, Démocrite, Epicure…).

Mais ce travail a une portée épistémologique. Il s’agissait en effet de comprendre comment l’esprit humain (incarné chez Empédocle, chez Lavoisier, chez Liebig, chez Berthelot, chez quelques autres) est parvenu à connaître, et cela de façon extraordinairement complexe, précise et prédictive, quelques déterminations de la « matière », c’est-à-dire de la partie observable de l’Être. On retrouve ainsi ma théorie, déjà exposée dans d’autres travaux, de l’instrumentation : c’est grâce aux « instruments », proposés par la Technique, que la Science (chimie, mais aussi astronomie, physique, biologie…) a pu se séparer de la Philosophie (purement spéculative) et qu’elle a pu fonder une Technologie à l’efficacité spectaculaire. Le bain-marie de Marie la Juive, le distillateur de Zosime de Panopolis, la balance de Lavoisier, le spectromètre de Bunsen ont rendu possible de « penser la matière », jusqu’à comprendre les mécanismes « moléculaires » de la Vie.

Et la « grande question » se pose alors ! La matière coïncide-t-elle avec l’Être, avec le Réel, ce qui est la position des matérialistes (Spinoza, La Mettrie, Feuerbach, Marx, Engels, Lénine et quelques autres), ou n’est-elle que la partie visible de l’Être, comme le prétendent les idéalistes ? L’étude approfondie de l’histoire de la chimie – et de la Science dans sa globalité – n’apporte pas une réponse définitive à cette question qui opposait déjà Platon à Démocrite, mais elle fournit une base solide et indispensable pour penser.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Propos sur les inventions

25 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Technique

Le niveau de vie atteint au XXIème siècle par l’Humanité (des milliards d’individus) est le résultat du travail acharné de quelques centaines de personnes. La philosophie (Thalès), la démonstration mathématique (Euclide), l’algèbre (Diophante), les manipulations chimiques (Zosime) ont été inventées en Grèce. L’astronomie mathématisée (Kepler) a été inventée en Allemagne ; la physique expérimentale (Galilée) en Italie ; la théorie de la gravitation (Newton) en Angleterre ; la nomenclature biologique (Linné) en Suède ; la machine à vapeur (Newcomen) en Grande-Bretagne ; la chimie quantitative (Lavoisier) en France ; la pile électrique (Volta) en Italie ; l’anatomie comparée (Cuvier) en France ; l’électromagnétisme (Oersted) au Danemark ; l’automobile (Lenoir) en France ; la dynamo électrique (Gramme) en France ; la microbiologie médicale (Pasteur) en France ; la lampe à incandescence (Edison) aux Etats-Unis ; la radiographie (Röntgen) en Allemagne ; le cinéma (Lumière) en France ; la psychanalyse (Freud) en Autriche ; la théorie de la relativité (Einstein) en Suisse ; la physique nucléaire (Rutherford) en Grande-Bretagne ; la mécanique quantique (Bohr) au Danemark ; le cyclotron (Lawrence) aux Etats-Unis ; la génétique moléculaire (Watson) en Angleterre…

Voilà des faits incontestables. Reste à en tirer des conclusions…

Bien sûr, j’aurais pu plutôt que de me focaliser sur les productions scientifiques, techniques et industrielles, énoncer d’autres réalisations culturelles, et signaler les grands poèmes, les grands romans, les grandes musiques, les grands tableaux, les grands films… Mais il me semble que, de toutes les productions culturelles, celles de la STI sont les plus prégnantes, les plus structurantes pour le sort de l’Humanité. La lampe d’Edison ou les rayons X de Röntgen ont davantage, me semble-t-il, changé la condition humaine que Les Fleurs du mal (Baudelaire) ou que les neuf symphonies de Beethoven. Et pourtant ! J’admire tellement Baudelaire et Beethoven.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Les trois etapes de la science

11 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science

Je voudrais, aujourd’hui, poursuivre ma réflexion entamée dans mon billet précédent, intitulé « Les bases historiques de l’épistémologie ». Sur les rapports entre science et philosophie, d’abord, je reprends à mon compte les définitions du philosophe et mathématicien britannique Bertrand Russell, qui disait que la science est ce que l’on sait, et la philosophie ce que l’on ne sait pas encore. La formule est brutale, « simpliste » diront les subtils, et pourtant force est de constater qu’il existe de nombreuses propositions « scientifiques » devenues des certitudes, alors que l’on chercherait vainement une seule proposition « philosophique » faisant l’unanimité des hommes instruits. Personne ne met plus en doute, aujourd’hui, l’héliocentrisme (Copernic, 1543) ou l’atomisme (Dalton, 1803) ou la relativité (Einstein, 1905), alors que les philosophes ne sont toujours pas parvenus à nous dire si, oui ou non, il existe une vie après la mort ! Pendant des siècles, l’astronomie fut une branche de la philosophie (on disait philosophia naturalis), et elle devint un chapitre de la science dès que le mouvement des corps célestes devint vérifiable. Il faut noter d’ailleurs que l’adoption de l’héliocentrisme, de l’atomisme et de nombreuses autres « vérités scientifiques » rencontra en leur temps de brutales oppositions (procès de Galilée, etc.).

Dans mon billet précédent, j’ai rappelé que les progrès récents de l’épistémologie ont conduit à une analyse en somme très simple de l’esprit humain (déjà magistralement esquissée par Kant en 1781), qui voit dans le processus d’acquisition des savoirs la mise en œuvre de seulement deux facultés, qui collaborent : la sensibilité (l’observation, déjà existante chez les animaux) et l’intelligence (le raisonnement, déjà en germe chez l’animal).

Il est alors stimulant et très fascinant de se rendre compte que la science a été construite par l’Humanité en trois étapes, que trois grandes dates marquèrent le développement de la « méthode scientifique ». La première étape, fondatrice de ce que l’on appellera l’esprit scientifique, est datée d’environ 600 avant notre ère, c’est l’apparition de la philosophie, qui est le rejet des traditions, par Thalès et Anaximandre de Milet. Quelques hommes, d’ailleurs bien rares, commencent de « penser par eux-mêmes », se méfiant des idées, largement invérifiables, des prêtres, des poètes, des législateurs, ou du simple « bon sens »… La rareté de ces audacieux penseurs confirme la thèse de l’historien belge des sciences Jean Pelseneer, qui faisait de la science une activité éminemment aristocratique.

La deuxième étape de l’édification de la science commence en 387 (avant la naissance supposée du Christ), avec la fondation de l’Académie par Platon. Celui-ci entame une prodigieuse analyse du raisonnement, travail qui sera poursuivi de manière proprement géniale par son élève Aristote. Cette « logique » permettra aux mathématiciens grecs (puis viendront les Indiens, puis les Byzantins, puis les Arabes…) de construire un immense, admirable et même sublime corps de connaissance (Euclide, Archimède, Apollonius, Hipparque, Nicomaque, Ptolémée, Diophante…).

La troisième étape est la formidable amélioration des possibilités observationnelles par l’instrumentation. On peut la dater de 1543, quand Copernic livre les résultats de ses observations du mouvement des planètes à l’aide du quadrant gradué. A vrai dire, les astronomes grecs avaient déjà réalisé des observations astronomiques quantitatives, mais les circonstances sociopolitiques ne permirent pas à l’instrumentation fruste des Grecs de se développer. Il fallut attendre la Renaissance pour assister au développement réellement « explosif » de l’instrumentation : instruments de dissection (Vésale, 1543), lunette astronomique (Galilée, 1610), thermoscope puis thermomètre, verrerie de laboratoire, baromètre, microscope, télescope, jusqu’à nos accélérateurs de particules et nos sondes spatiales…

Trois moments : 600 (libération de la pensée), 387 (règles du raisonnement et mathématiques démonstratives), 1543 (instrumentation). Un résultat : la science, c’est-à-dire la base de la Civilisation.

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Les bases historiques de l'épistémologie

8 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Histoire

Les grandes manœuvres d’épistémologie (ou gnoséologie), pendant le premier tiers du XXème siècle, ont conduit à comprendre le processus cognitif comme la coopération de l’intelligence (die Vernunft) et de la sensibilité (die Sinnlichheit), ce qui revient en somme à reprendre l’analyse par Kant de l’esprit humain, qui faisait la synthèse entre le rationalisme de Descartes et l’empirisme de Locke. Les travaux de Husserl (la réduction eidétique), de Wittgenstein (les limites insurmontables de la connaissance), du Cercle de Vienne (le positivisme logique et le physicalisme), de Popper (la falsification) ont montré que les seuls moyens d’acquisition de savoir sont le raisonnement et l’observation, avec pour criterium la vérifiabilité expérimentale (c’est-à-dire vécue), disqualifiant les prétentions de vérité de la foi, de l’intuition, de la voyance mystique, de la révélation, de l’interprétation de textes « sacrés », tous modes de connaissance dont les liens avec la pensée mytho-religieuse archaïque sont évidents. Nous avons complété cette épistémologie par la remarque que la vérification poppérienne (ou « méthode expérimentale ») doit être complétée par l’instrumentation, d’ailleurs constamment perfectible, ce qui conduit à la fois à l’idée de « progrès scientifique » et à un scepticisme paradoxal : la science n’est jamais achevée.

Cette question de l’instrumentation nous semble cruciale car, outre qu’elle explique la progression des savoirs (qui s’approchent asymptotiquement de « la Vérité » ?), elle replace la Technique (la construction d’instruments) au cœur de la question gnoséologique. L’homme sait parce qu’il pense, parce qu’il observe, et parce qu’il pense à améliorer ses moyens d’observation.

L’Histoire nous montre le long, patient, et parfois tortueux, chemin de l’esprit humain vers la connaissance du monde et de lui-même. Mais si l’on prend suffisamment de recul pour repérer les moments décisifs de cette quête, on s’aperçoit que le raisonnement fut théorisé au IVème siècle avant notre ère, par les efforts de Platon et surtout d’Aristote pour répondre au défi des sophistes, qui avaient développé une vision pessimiste des possibilités de connaissance. Cette « invention du raisonnement » a permis aux Grecs d’élaborer la magnifique construction intellectuelle des mathématiques démonstratives (arithmétique, géométrie, astronomie de position : Euclide, Archimède, Apollonius, Hipparque, etc.).

Quant à l’ « invention de l’instrumentation », elle ne date que des XVIème et XVIIème siècles, avec la lunette astronomique, le microscope, le télescope, le thermomètre, le baromètre, etc.

Il conviendrait de développer la remarque que la science (raisonnement + instrumentation) conduit au doute et au scepticisme, malgré ses résultats spectaculaires, et non au dogmatisme, qui est la caractéristique des religions et des idéologies.

Prochainement, la recherche épistémologique devra intégrer les résultats des « sciences cognitives », qui permettront sans doute de mieux comprendre les mécanismes du raisonnement et de l’observation, ainsi que des conflits entre l’intelligence et les émotions.

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