Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Jean C. Baudet

Articles avec #histoire tag

Histoire de la Belgique

12 Décembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Belgique

Pensee-belge.jpg

J'ai publié deux livres concernant l'histoire de la Belgique, chez Jourdan : Histoire des sciences et de l'industrie en Belgique, et A quoi pensent les Belges.

 

On peut se demander pourquoi je me suis intéressé à un pays aussi minuscule - que certains vont jusqu'à qualifier de "minable" au vu des événements récents pour la constitution d'un gouvernement, mais c'est exagéré. Pourquoi donc s'intéresser à un pays de 10 millions d'habitants, quand les pays "qui comptent" aujourd'hui dans le concert des nations regroupent plusieurs centaines de millions de personnes ? Parce que, jusqu'il n'y a pas si longtemps, l'Europe était le centre du monde, et parce que la Belgique était le centre de l'Europe !!!

 

Malgré sa prétendue "Union", l'Europe n'est plus LE centre du monde, mais reste quand même un de ses centres importants. Quant à la Belgique, il suffit de consulter un atlas pour constater qu'en effet la Belgique est au centre de ce complexe humain qui va de l'Espagne de Cervantes à la Russie de Mendéléev, et de la Grèce d'Aristote à l'Angleterre de Newton. Un peu plus d'attention nous révèle que l'essentiel de la production intellectuelle de cette Europe, je veux dire le noyau dur de la culture européenne, fut rédigé en grec, en latin, en français, en anglais ou en allemand. Pour la période post-médiévale, la plus riche, la plus novatrice, celle qui va changer non seulement l'Europe mais le monde dans son entier, il n'y a plus que trois langues qui portent les textes fondateurs de la modernité : le français, l'anglais, l'allemand (Mendéléev, par exemple, a publié ses résultats principaux en allemand). Si bien que la Belgique, centrale géographiquement, l'est aussi culturellement : c'est là que se rencontrent les pays de langue latine et les pays germaniques. On sait ce qu'il en fut en 1914, ou en 1940.

 

J'ai donc voulu étudier la "culture" belge, en tant que microcosme de la culture européenne, socle de la civilisation. C'est l'ABC de la méthode scientifique : examiner un échantillon représentatif. Un botaniste ne peut pas examiner tous les arbres de la forêt, il doit choisir. J'ai choisi la Belgique, où j'ai découvert une créativité scientifique et technique extraordinaire (l'automobile, la mitrailleuse, l'électrotechnique, la soude à l'ammoniaque, l'immunologie, la transfusion sanguine, la théorie du Big Bang...), et où il a bien fallu que je constate une production philosophique plutôt pauvre, malgré quelques noms importants, comme ceux de Léopold Flam, de Léo Apostel ou de Chaïm Perelman. Les Belges eurent plus de génie pour décrire les mots (les grammairiens belges sont parmi les meilleurs de la francophonie) que pour s'en servir. La formule, j'en conviens, est peu nuancée, et je n'ignore ni le génie de Simenon ni l'immense talent d'Hergé, mais il faut examiner les productions intellectuelles d'un pays par rapport à celles des autres. La Belgique eut des chimistes de génie, comme Prigogine, des physiciens visionnaires, comme Lemaître, mais n'eut pas de grands philosophes comme en eurent les Français et les Allemands.

 

Et pour terminer par un trait de satire, n'était-il pas plus utile d'étudier les sciences, les techniques et la philosophie chez les Belges que les circonstances de la bataille des Eperons d'or ou les origines de la frontière linguistique qui divise ce si petit pays ?

 

Pour info, l'URL (à copier et coller après http://) d'une vidéo sur l'histoire des sciences comme explication et évaluation du savoir :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Histoire des religions

11 Décembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Religion

Cur-Pensee.jpg

Mon programme était tracé en 1968 : pour comprendre comment il est possible de comprendre - comment l'homme est capable de produire des concepts -, je vais entreprendre une vaste enquête qui sera ma vie, et qui consiste à établir l'histoire (l'archéologie, dira Michel Foucault) des systèmes de pensée. En particulier, j'entreprends de composer une histoire de la science (avec Gaston Bachelard comme modèle) et une histoire des religions (Mircea Eliade). A vrai dire, mon intérêt pour ces recherches historico-épistémologiques remonte à mes 15 ou 14 ans, quand je me sens attiré par des "faits" comme les mystères d'Eleusis (l'ouvrage de Victor Magnien), la divination chez les Babyloniens (Georges Contenau) ou l'alchimie (le petit livre de Serge Hutin).

 

Une cinquantaine d'années plus tard, mon Histoire de la science est "achevée" (9 volumes chez Vuibert, Paris, plus d'autres ouvrages chez d'autres éditeurs) et j'ai entamé la publication de mon Histoire des religions. Le premier volume s'intitule Curieuses histoires de la pensée, et c'est le récit chronologique de la naissance du langage, puis du développement de la pensée, avec l'apparition des rites (d'ailleurs vraisemblablement antérieurs au langage), puis des mythes, ensuite des religions et enfin de la philosophie (chez les Grecs d'Ionie). Je m'arrête à la fin du règne d'Auguste, c'est-à-dire au début de l'Empire romain. Le volume suivant traitera des débuts du christianisme. Le traitement à la fois chronologique et mondial permet de mettre en évidence des corrélations entre aires culturelles parfois très lointaines (par exemple, il doit y avoir eu des rapports entre l'Inde et la Grèce avant même les conquêtes d'Alexandre le Grand). Il permet surtout de comprendre, grâce au recul qu'impose la vision "globale" de l'évolution des idées, que la pensée humaine passe par une suite telle que animisme - polythéisme - hénothéisme - monothéisme - athéisme.

 

On peut considérer comme un "effet collatéral" de l'approche historique que mon livre sur les débuts de la pensée puisse servir d'introduction à la philosophie, puisque je suis amené à présenter les penseurs grecs dans l'ordre de leur "entrée en scène" (Thalès, Pythagore, Socrate, Platon, Aristote, et beaucoup d'autres), et donc à expliquer leurs systèmes dans l'ordre chronologique, qui est aussi un ordre "pédagogique" efficace. Il est facile de comprendre que la pensée de Thalès fut plus simple que celle de Platon, et que la doctrine de Platon est plus simple que les résultats d'Aristote. Le débutant en philosophie aura donc à suivre un chemin "évident" pour s'initier aux grands problèmes philosophiques, et il découvrira (ce qui n'est pas toujours clair dans les manuels universitaires) que la philosophie grecque est issue d'une pensée religieuse très archaïque.

 

Pour info, l'URL (à copier et coller après http://) d'une vidéo sur l'histoire des sciences comme explication et évaluation du savoir :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Curieuses Histoires

6 Décembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire

L'éditeur belge JOURDAN a eu l'excellente idée de créer une collection intitulée "Curieuses Histoires".

 

Curieuses parce que certains faits historiques sont indiscutablement surprenants, inattendus, singuliers, parfois jusqu'au bizarre ; la preuve en est qu'une importante part de la littérature de fiction cherche dans l'Histoire les ambiances, les intrigues et les héros de ses récits.

 

Curieuses aussi parce que de nombreux faits historiques sont de nature à satisfaire la légitime curiosité des lecteurs voulant connaître les coins et les recoins (souvent cachés pour diverses raisons) de l'histoire des hommes ; le fait est que l'Histoire est comme le laboratoire du philosophe, qui puise dans les péripéties de l'évolution de l'Humanité de quoi alimenter sa réflexion sur les êtres et les choses.

 

Alliant la rigueur scientifique de l'historiographie la plus exigeante avec un effort de lisibilité de manière à rester accessible au public le plus large, les ouvrages de la collection "Curieuses Histoires" permettent aux lecteurs de compléter leur culture historique, hélas trop négligée aujourd'hui dans l'enseignement. Pour d'obscures raisons, peut-être inavouables, la part de l'histoire est en effet de plus en plus limitée dans les programmes scolaires, et les jeunes gens qui sortent des écoles secondaires n'ont guère acquis le sens de la chronologie, fondement pourtant de tout humanisme véritable.

 

A ce jour, j'ai eu l'honneur de publier 4 titres dans cette collection :

 

- Curieuses histoires de la Science, où je montre, par l'étude de quelques "erreurs de la science", que le discours scientifique, s'il est faillible, est cependant le seul discours dont les propositions sont vérifiables (ouvrage traduit en espagnol) ;

- Curieuses histoires des Dames de la science, où j'étudie la biographie d'une quarantaine de femmes qui ont apporté une contribution majeure au progrès scientifique ;

- Curieuses histoires de la Pensée, où j'expose le résultat de mes travaux sur les origines (historiques et psychologiques) des systèmes de pensée : religions et philosophie ;

- Curieuses histoires des Inventions, où j'établis l'historique des "100 inventions ou découvertes qui ont changé le monde".

 

Pour info, l'URL (à copier et coller après http://) d'une vidéo sur l'histoire des sciences comme explication et évaluation du savoir :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Les inventions et l'importance

22 Novembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Technique

Mon livre "Curieuses histoires des inventions" vient de sortir de presse, chez Jourdan (Paris-Bruxelles) : 382 pages. C'est l'aboutissement d'une relecture de l'histoire de la technique, de la science et de la technologie. J'ai déjà consacré plusieurs volumes à cette histoire, qui est le coeur vivant de l'Histoire (avec H), et la source la plus essentielle de toute réflexion philosophique. Si du moins on veut bien admettre - ce qui est difficile à avaler pour certains esprits - que les travaux d'Albert Einstein furent plus importants, pour le "progrès humain", que ceux de Maurice Maeterlinck, ou que les découvertes de Lavoisier ou de Pasteur eurent plus de conséquences, pour la "condition humaine", que les poèmes de Racan ou les maximes (d'ailleurs fort intéressantes) de La Rochefoucauld. C'est toute la question de l'importance ! J'ai rassemblé l'essentiel de ce que savent les historiens des techniques, les historiens de la science et les historiens de la technologie sur 100 inventions ou découvertes qui me paraissent être les plus importantes de l'histoire de l'Humanité (avec H). Qui pourra nier l'importance de l'invention de l'outil, du langage, de l'alphabet, de l'imprimerie ?... Et je vois déjà les grimaces désapprobatrices et arrogantes de ceux qui me reprocheront d'avoir placé dans mon listing le revolver, le saxophone ou la pilule contraceptive. C'est un des plaisirs de la confection de ce genre de livre : imaginer certaines grimaces ! Et pourtant, le revolver a bel et bien changé le monde, Samuel Colt allant jusqu'à remarquer que son invention rendait les gens (les boys) égaux ! Quant à la pilule, elle a changé la condition des femmes et provoqué un bouleversement démographique dont on commence à sentir les effets ! Et le saxophone ? Eh bien, n'est-ce pas mon droit, d'aimer les sonorités mielleuses et moelleuses de la merveilleuse gamme d'instruments mise au point par Adolphe Sax ?

 

Il y a aussi les inventions qui ne figurent pas dans ma liste ! Ah, le plaisir des omissions quand on dresse des inventaires ! Et en effet, je n'ai pas mis au rang des inventions "qui ont changé le monde" la phénoménologie d'Edmond Husserl, le surréalisme d'André Breton, ou la marmite à pression de Denis Papin.

 

Pour info, l'URL (à copier et coller après http://) d'une vidéo sur l'histoire des sciences comme explication et évaluation du savoir :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

 

Lire la suite

Penser le vivant

18 Novembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Biologie

Je pense aujourd'hui à mon livre "Penser le vivant", paru chez Vuibert (Paris), qui est une "histoire de la médecine et de la biologie" de 396 pages. Il est encore disponible en librairie, mais la question n'est pas là. J'y pense parce que je me souviens qu'à plusieurs reprises, à propos de tel ou tel de mes livres, il s'est trouvé l'un ou l'autre "critique" pour me reprocher d'avoir été "incomplet", de ne pas avoir cité tel ouvrage, d'avoir omis tel auteur ! Oui, vous avez bien lu, il s'est trouvé des zozos tout imbus de leur science évidemment "complète" et de leur savoir évidemment "total" pour me faire la leçon : j'aurais dû, dans tel livre, citer Monsieur XYZ (il s'agit parfois du critique lui-même, d'ailleurs...). A cette heure, les botanistes ont décrit environ 300 mille espèces végétales. Les zoologistes ont décrit environ un million et demi d'animaux. Et l'on voudrait que je sois "complet", "exhaustif" ?...

 

Prenons un sujet moins vaste (et à vrai dire moins intéressant, je le reconnais volontiers) que j'ai traité dans un de mes livres (A quoi pensent les Belges, Jourdan) : la littérature belge (flamande et française, je n'ai pas abordé la littérature wallonne). Pouvais-je signaler, dans un livre de 361 pages, les milliers de poètes (ou soi-disant tels) belges, les centaines de romanciers belges, les quelques philosophes belges ? Même après avoir dépouillé des revues littéraires belges comme Revue belge. Journal scientifique, philosophique et littéraire (fondée en 1830), comme La Revue moderne (1882), comme Le Coq rouge (1895), comme La Lanterne sourde (1921), comme Les Elytres du hanneton (1973), pouvais-je espérer avoir repéré tous les auteurs belges, et surtout, pouvais-je trouver de la place pour les citer, quand il me fallait tout de même parler un peu de Georges Simenon, de Georges Sion ou de Georges Rodenbach ?

 

J'ai beaucoup d'estime pour la critique intelligente, rare hélas. Je ne me soucie pas de la critique imbécile qui confond l'analyse d'un livre avec la recherche des noms cités dans un index.

 

Oui, je l'avoue, je fus incomplet dans toutes mes histoires, et j'ai omis certains mathématiciens, certains entomologistes, certains astrophysiciens dans mes livres. J'ai même omis certains littérateurs belges, par ignorance ou par distraction. Il y en a aussi que j'ai omis volontairement. Je ne le regrette pas.

 

Pour info, l'URL (à copier et coller après http://) d'une vidéo sur l'histoire des sciences comme explication et évaluation du savoir :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Propos sur l'histoire et la science

25 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science

Il était belge. Chimiste de formation, il s'intéressait en fait à toutes les disciplines scientifiques, et se passionnait également - ce qui est rare chez les chimistes - pour la littérature et, plus encore, pour la philosophie. Avec l'aide de sa femme, dessinatrice, il a fondé une revue dédiée à l'histoire des sciences, son propos étant de fonder un "nouvel humanisme" basé sur la rencontre entre les "scientifiques" et les "littéraires", l'étude du passé intellectuel (surtout scientifique) de l'humanité devant être un lieu de contact entre chercheurs et littérateurs. Son ambition grandit alors qu'il étudiait l'histoire des astronomes, des physiciens, des biologistes, et il entreprit de composer une "Histoire générale des sciences", envisageant l'analyse critique de toutes les disciplines à toutes les époques. Il parvint ainsi à publier plusieurs volumes correspondant à ce projet.

 

Il est né le 31 août 1884 à Gand, et est décédé le 22 mars 1956, à Cambridge, aux USA.

Il s'appelait George Sarton.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Propos sur les révolutions

24 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire

Le génie de Kant, face au rationalisme du Français Descartes (héritier malgré lui de Thomas d'Aquin, et donc d'Aristote) et à l'empirisme de l'Anglais Locke (héritier de Roger Bacon, et donc d'Aristote lu autrement), fut de renvoyer l'un et l'autre comme impotents, non tant du fait de l'indépassable séparation du phénomène et du noumène que de la nécessaire coopération entre la sensibilité (die Sinnlichkeit) et l'entendement (der Verstand). Et alors même que Kant faisait son immense découverte (en 1781), les Anglais, notamment James Watt, et les Français, notamment Antoine-Laurent de Lavoisier, associaient l'empirisme et le rationalisme (la main et l'esprit) pour révolutionner la Science et l'Industrie.

 

C'est en 1986 - alors que je rédigeais mon livre Les Ingénieurs belges - que j'ai découvert ce synchronisme, cette extraordinaire conjonction des trois vraies révolutions dans les années 1780 : la Révolution philosophique de Kant, la Révolution industrielle de Watt, la Révolution chimique de Lavoisier. Les trois grands pays à la pointe de la Civilisation à la fin du XVIIIe siècle apportaient chacun leur contribution à une rénovation profonde des travaux de l'esprit : connaître (la science), faire (l'industrie), comprendre (la philosophie).

 

Cette théorie des trois révolutions simultanées n'est-elle pas plus grave, plus profondément significative, plus formatrice d'humanité que les hochets habituels des pédagogues, tels que "Louis XIV et Louis XV", ou "Verlaine et Rimbaud", ou "Danton et Robespierre", quand ce n'est pas "Marx et Freud" ou "Maeterlinck et Verhaeren" ? Il me semble, en tout cas, qu'il est plus important, pour l'humaniste "de notre temps", pour la jeunesse qui entre dans l'action et qui veut être "cultivée", de connaître les oeuvres de Kant, de Watt et de Lavoisier que de connaître celles de Baudelaire ou des Rolling Stones.

Mais, me direz-vous, est-il vraiment important de penser ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Faire de l'histoire des systèmes de pensée

12 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Philosophie

Pratiquer professionnellement l'histoire des systèmes de pensée, c'est-à-dire écrire ou enseigner dans des domaines tels que l'histoire de la science, de la technique, des religions, des poésies, c'est d'abord rencontrer des hommes, morts ou vivants, qui ont tenté ou qui tentent de penser, et cela pose les deux questions parmi les plus difficiles de la philosophie : qu'est-ce que penser, qu'est-ce qu'un homme ? Anecdotiquement, c'est aussi devoir faire une distinction entre les grands hommes et les petits, car en physique, par exemple, il n'y eut pas qu'Einstein ou Newton, etc. Si une échelle de valeur existe, l'historien lui-même se trouve, selon les cas, au-dessus ou au-dessous de celui dont il étudie "la vie et les oeuvres". Par exemple, Sartre a consacré un livre à Baudelaire. Mais qui était "supérieur" à l'autre ? Mais comment se juger soi-même quand il est si difficile de juger les autres ? Apprécier l'arbre d'après ses fruits ? Je n'aurais aucune peine à établir la liste des dix "plus grands" physiciens ou des dix plus grands chimistes (en me limitant aux personnages décédés, car qui prétendrait juger des vivants, dont l'oeuvre n'est pas accomplie ?), et je suis à peu près sûr que pour la moitié d'entre eux je rencontrerais l'approbation des historiens professionnels de la pensée scientifique. Et il rare de recevoir l'approbation de ses collègues ! Je ne m'intéresse évidemment pas à l'avis des amateurs et de ceux qui savent tout. Mais comment retirer des anthologies et des florilèges les dix meilleurs romanciers ou les dix meilleurs poètes (en restant dans le domaine français) ? Et les dix meilleurs philosophes, ceux qui réellement ont apporté quelque chose à cette philosophie qui se construit péniblement au cours des siècles, progressant d'ailleurs plus par le renoncement que par les découvertes - Russell faisait remarquer, non sans malice, que la philosophie était l'ensemble des questions non encore résolues par la science ?...

Dans le "Top 10" des philosophes, il est difficile de ne pas placer Aristote et Kant. Mais déjà pour le troisième, j'hésite. Hegel est peut-être plus grand par ses ambitions que par ses résultats. Descartes a fort joliment disserté sur la méthode, mais ce sont d'autres qui l'ont utilisée, après lui (Newton) et même déjà avant lui (Galilée) ! Du reste, l'homme des tourbillons est, quoi qu'il dise, plus un homme du Moyen Âge qu'un moderne. Descartes fut un génie mathématique. J'hésite à le ranger parmi les grands philosophes. Voyez alors les listes dans les manuels et les encyclopédies. Par l'abondance des travaux qu'ils ont suscités, il y a quelques noms intéressants : Husserl, Heidegger, Spinoza, Platon. Mais Jules Lagneau, Léon Ollé-Laprune, Georges Dwelshauwers, Theodor Lipps ? Finalement, la liste est assez courte.

Mais pourquoi vouloir classer les hommes ? Il y a des génies (dans toutes sortes de domaines), qui se repèrent par leurs oeuvres, des hommes ordinaires (les plus nombreux, semble-t-il), et des imbéciles. Beaucoup d'imbéciles, dont certains sont dangereux. La liste des grands imbéciles vivants serait peut-être plus utile que la liste des grands philosophes morts. Vous voulez des noms ?...

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

 

Lire la suite

Le petit Chinois à l'école

27 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Histoire

Je ne suis jamais allé en Chine. Ceci n'est donc qu'un récit de pure imagination. J'imagine, donc, un tout petit Chinois. Il est encore enfant, et on l'envoye à l'école. Il est initié à la sagesse de Confucius, et peut-être sent-il grandir en lui la fierté d'appartenir à une si grande nation qui a produit un si grand sage. Puis, tôt ou tard - car le petit Chinois poursuit sa scolarité - il rencontre, dans ses cours, la logique du Grec Aristote, l'axiomatique du Grec Euclide, l'algèbre du Grec Diophante, l'héliocentrisme du Polonais Copernic, l'astronomie de l'Allemand Kepler, la mécanique de l'Italien Galilée, la géométrie analytique du Français Descartes, la dynamique de l'Anglais Newton, le calcul intégral de l'Allemand Leibniz, la chimie du Français Lavoisier. Et comme il se destine à la médecine, notre petit Chinois devenu grand est encore initié à la classification des êtres vivants du Suédois Linné, à l'évolutionnisme de l'Anglais Darwin, aux microbes et aux vaccins du Français Pasteur, à l'immunologie du Belge Bordet, à la génétique moléculaire de l'Américain Watson.

Mais j'imagine que notre petit Chinois, même devenu grand, n'a guère entendu parler de Montaigne et de Molière, de Balzac et de Rimbaud, de Maeterlinck et de Verhaeren.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Les fruits de l'illusion

9 Août 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire

Ils ont vociféré "Peace and Love", ils ont brandi des humanismes universels, ils ont pensé l'homme généreux, ils ont fermé les yeux sur les violences, ils ont désarmé les soldats, ils ont voulu la paix, ils ont semé... Leurs enfants récolteront les incendies, les massacres, les autodafés, les pillages. Vous pensez que j'exagère ? Voyez Londres, voyez Athènes, et ce n'est qu'un début. L'Europe envoie des vivres et des médicaments dans les pays où se prépare la destruction de l'Europe. Mais n'est-il pas plus généreux, plus "beau", d'emprunter de l'argent pour envoyer des vivres dans des pays lointains que de dédommager les victimes, ici, d'émeutes et de destructions...

Ainsi se terminera l'Histoire. Elle ne s'est pas achevée avec la chute du mur de Berlin, mais elle s'accomplira par absence de murs. A l'Etre ne peut succéder que le Néant.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite
<< < 10 11 > >>