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Jean C. Baudet

Articles avec #histoire tag

Une nouvelle histoire de la philosophie

28 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Histoire

Une nouvelle histoire de la philosophie

Voilà ! Mon dernier livre est paru ! Sous le titre Les plus grandes dates de la philosophie, je viens de faire publier, par les éditions La Boîte à Pandore (Paris), un ouvrage de 379 pages qui résume et explique l’histoire de la philosophie. Bien entendu, c’est une histoire « résumée », qui s’efforce de mettre en évidence les penseurs essentiels, ceux qui ont vraiment fait progresser la réflexion philosophique, depuis Thalès de Milet jusqu’à Michel Onfray. Il sera donc vain de me reprocher d’être « incomplet » (connaissez-vous une histoire « complète » de la philosophie ?), ou de me critiquer parce que j’ai « oublié » tel auteur obscur du Moyen Âge ou tel professeur, évidemment éminent, du Collège de France. C’est d’ailleurs le principal mérite du travail historique, de séparer l’essentiel de l’accessoire, et de retenir Auguste Comte, et de négliger Léon Ollé-Laprune. Car il s’agit non pas seulement d’aligner des dates et des noms, mais il fallait surtout montrer la filiation des idées, mettre à jour les mécanismes mentaux (négation, analogie, généralisation…) qui firent que l’on passe de Platon à Aristote, ou de Kant à Fichte puis à Hegel…

En fait, cet ouvrage est vraiment mon « dernier livre » car, prétextant l’objectif d’écrire une histoire de la philosophie, c’est-à-dire de la plus haute et plus exigeante pensée, il s’efforce également de proposer une synthèse de mes propres réflexions, qui m’ont amené à une hésitation indécidable entre le scepticisme (les sophistes et Pyrrhon) et le matérialisme (Spinoza, La Mettrie, Nietzsche…).

La « morale de l’histoire » ? Vers 600 avant notre ère, Thalès invente la philosophie, c’est-à-dire la pensée libre (le « libre examen » des choses et des valeurs), la pensée libérée des traditions religieuses, et la pratique philosophique s’arrête au début du Moyen Âge, sous les coups fanatiques et furieux du christianisme (et de l’islam). Les soi-disant « philosophes » médiévaux sont en fait des théologiens, sans exception, acceptant sans le moindre esprit critique les évangiles ou le Coran. La pratique de la philosophie reparaît, en terre chrétienne, au XVIème siècle, et se développe jusqu’à nos jours. Mais peut-être qu’un nouveau Moyen Âge se prépare, la pensée libre disparaissant bientôt sous les coups de l’islamisme. L’homo sapiens sera-t-il remplacé par l’homo credulus ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Propos sur la science

27 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Histoire

Propos sur la science

J’ai publié, de 1986 à ce jour, 31 livres concernant l’histoire de la science, de la technique et de l’industrie (STI), à quoi il convient d’ajouter, depuis 1969, de nombreux articles dans des revues spécialisées et des ouvrages collectifs. Toute cette production textuelle représente plusieurs milliers de pages imprimées, et constitue la base de mon travail philosophique. Car celui-ci s’est développé à partir d’une idée simple, à savoir l’unicité, l’universalité et l’efficacité de la science comme système de pensée, contrastant avec ce qu’il en est avec les « non-sciences » (littératures, mythes, religions, idéologies). On peut éventuellement contester la valeur de la science (encore que je vois mal un homme instruit s’opposer à l’héliocentrisme ou nier la circulation sanguine), mais on ne peut raisonnablement contester qu’elle est unifiée, qu’elle est devenue universelle (les savants de Corée du Nord utilisent les mêmes méthodes que ceux d’Afrique du Sud ou d’Iran) et qu’elle produit une technologie efficace, d’une efficacité tellement redoutable, même, que son utilisation pose de sérieux problèmes à l’Humanité.

Ces 31 livres ont été publiés par quatre éditeurs : APPS (Bruxelles), Vuibert (Paris), Jourdan (Bruxelles), La Boîte à Pandore (Paris).

Cette étude approfondie de la science, qui a examiné toutes les époques (de la Préhistoire à la fin du XXIème siècle) et toutes les disciplines (mathématiques, astronomie, physique, etc.), fut accompagnée par l’examen (moins extensif, il est vrai) d’autres systèmes de pensée : les littératures, les religions, la philosophie. Tout cela m’a conduit à devoir remarquer une succession dans le temps, correspondant au développement successif 1° des littératures, 2° des mythes, 3° des religions, 4° de la philosophie, 5° de la science, 6° de la technologie, et à me prononcer sur la valeur gnoséologique de ces formations discursives qui se suivent dans l’Histoire.

On en vient ainsi à devoir considérer que la science actuelle, presque entièrement mondialisée et pratiquée aussi bien en France que chez les Boliviens ou les Chinois, est comme un immense fleuve (des millions de textes décrivant des faits, des hypothèses, des théories) dont la lointaine source se trouve chez les Grecs, à Milet, en 600 avant notre ère ! A la « science grecque » (qui est plutôt une proto-science), se sont agrégés de nouveaux savoirs romains, indiens, arabes, européens (en Europe, en Amérique et dans le Commonwealth) et, à partir de l’extrême fin du XIXème siècle, japonais. Au siècle suivant, presque toutes les nations apportent leur contribution à la recherche scientifique et à la transmission de l’esprit scientifique.

Mais ne nous trompons pas ! Quand je dis « les Grecs », « les Japonais », il ne s’agit chaque fois que d’un très petit nombre de chercheurs, infime même par rapport à la population dont ils font partie. Tous les Japonais ne sont pas des Yukawa (ou des Toyoda, en technologie) et tous les Français ne sont pas des Lavoisier, des Pasteur, des Curie ou des Bourbaki. Utiliser l’histoire de la science, de la technique et de l’industrie pour alimenter un nationalisme serait pure sottise. Et je continue de me demander : pourquoi le Grec Thalès a-t-il inventé la philosophie (la recherche libre), et pourquoi, en 1543, le Bruxellois Vésale et le Polonais Copernic ont-ils inventé la science ? Est-ce que l’esprit scientifique souffle où il veut ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Quelles sont les sources de l'identite francaise ?

16 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #France

Quels sont les textes fondateurs de la culture française, et donc de l’identité des Français ? Quels sont les textes qui, radicalement, à la source même de la réciprocité des idées dans les régions « gauloises », ont créé l’esprit français, héritier comme on sait de la rationalité gréco-romaine, de l’éthique chrétienne et de la sombre mystique des Germains ? Car le Français d’aujourd’hui est, en couches de plus en plus profondes, germain (c’est-à-dire franc ou frank), chrétien, romain, grec. Ces strates idéologiques apparurent avant même la formation de la langue française, mais orientèrent fortement la vision du monde des Français pendant plusieurs siècles.

Il ne s’agit pas de repérer les œuvres les plus « belles », les chants les plus « désespérés », les ouvrages les plus « littéraires », mais d’identifier les textes qui ont forgé le génie français, la culture française, l’identité française, la manière française de penser singulièrement l’universel.

1637 : Discours de la méthode pour bien conduire sa raison, & chercher la vérité dans les sciences. Plus la dioptrique, les météores et la géométrie, qui sont des essais de cete méthode (René Descartes)

1674 : L’Art poétique (Nicolas Boileau)

1748 : De l’esprit des loix, ou du rapport que les lois doivent avoir avec la constitution de chaque gouvernement (Montesquieu)

1759 : Candide ou l’optimisme (Voltaire)

1789 : Traité élémentaire de chimie, présenté dans un ordre nouveau et d’après les découvertes modernes (Antoine-Laurent de Lavoisier)

1825 : Physiologie du goût, ou Méditations de gastronomie transcendante, ouvrage théorique, historique et à l’ordre du jour (Jean Anthelme Brillat-Savarin)

1840 : Qu’est-ce que la propriété ? ou Recherches sur le principe du droit et du gouvernement (Pierre Joseph Proudhon)

1844 : Les trois mousquetaires (Alexandre Dumas)

1863 : Vie de Jésus (Ernest Renan)

1865 : Introduction à l’étude de la médecine expérimentale (Claude Bernard)

1897 : Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand)

1897 : Le suicide, étude de sociologie (Emile Durkheim)

1931 : Les aventures du commissaire Maigret (Georges Simenon)

1939 : Eléments de mathématique. Théorie des ensembles (Nicolas Bourbaki)

1939 : Pensées d’un biologiste (Jean Rostand)

1942 : L’étranger (Albert Camus)

1943 : L’être et le néant. Essai d’ontologie phénoménologique (Jean-Paul Sartre)

1946 : Paroles (Jacques Prévert)

1970 : Le hasard et la nécessité. Essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne (Jacques Monod)

1987 : La défaite de la pensée (Alain Finkielkraut)

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Toute l'histoire de la science...

11 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Histoire

Toute l'histoire de la science...

J'ai résumé dans un seul volume de 317 pages et en 32 "grandes dates" toute l'histoire de la science : Les plus grandes dates de la science (éditions La Boîte à Pandore). C'est le récit de la plus impressionnante et de la plus importante aventure de l'esprit humain. Certes, il y eut l'histoire de la musique, avec les impressionnantes oeuvres de Mozart, de Beethoven, de Stravinsky, de Messiaen, de Miles Davis et de Thelonious Monk. Bien sûr, il y eut l'histoire des arts plastiques, avec les impressionnantes oeuvres de Phidias, de Velasquez et de Niki de Saint Phalle. Evidemment qu'il y eut l'histoire de la philosophie, avec les impressionnantes oeuvres de Schopenhauer et d'Alain Finkielkraut. Et surtout, bien entendu, il y eut l'extraordinaire histoire des littératures - et je voudrais rendre hommage à Homère, à Chrétien de Troyes, à Alexandre Dumas et à Arthur Conan Doyle (et je n'oublie pas les écrivains de la belgitude).

Mais la science a ceci de particulier qu'elle est progressive, constamment perfectible, et qu'elle est organiquement cumulative. Les tableaux de Modigliani s'ajoutent aux tableaux de Van Gogh, les symphonies de Mahler s'ajoutent aux symphonies de Beethoven mais, par exemple, le tableau de Mendéléev (1869), les quanta de Planck (1900), le modèle atomique de Bohr (1913), l'équation de Schrödinger (1926) ne font pas que se suivre, mais constituent des étapes du dévoilement de l'Être par l'esprit. Chacun aura ses admirations, et j'ai les larmes aux yeux quand je réécoute le Sacre du printemps, ou le Boléro de Ravel, ou What a beautiful world, par Louis Armstrong, ou quand je débouche une bouteille de bourgogne. Mais mon émotion est plus forte encore quand je passe des équations de Lorentz aux équations d'Einstein, ou quand je retrace, grande date après grande date, les progrès constants de Lavoisier à Dalton, de Dalton à Avogadro, d'Avogadro à van der Waals... On a les héros qu'on peut.

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Sur un detail de l'Histoire

8 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Politique

L'Histoire est la suite d'événements qui concernent un groupe de mammifères terrestres que l'on appelle l'Humanité. Pour le biologiste, ces mammifères "humains" appartiennent à plusieurs espèces, dont les plus anciennes constituent le genre Australopithecus. Les espèces les plus récentes, très diversifiées, appartiennent au genre Homo. Ces espèces, dont les aventures forment l'Histoire, ont proliféré. Les démographes estiment, très grosso modo, qu'il y eut sur Terre quelque 100 milliards d'individus de ces différentes espèces, dont 7,5 milliards sont encore en vie, polluant la lithosphère, l'hydrosphère et l'atmosphère de leurs déjections puantes, et la noosphère de leurs idées nauséabondes.

Chaque événement est un "détail de l'Histoire", par exemple l'avènement de Clovis, roi des Francs, en 481, ou la prise de Constantinople par les Turcs en 1453, ou la proposition de l'héliocentrisme par Copernic en 1543, ou la parution des Fleurs du mal de Baudelaire en 1857, ou la Commune de Paris en 1871, ou le massacre des Tutsis par les Hutus du Rwanda en 1994, ou les récents attentats islamistes, en mars dernier, dans ma belle ville de Bruxelles. Et même les parutions successives de mes livres ne sont que des "détails de l'Histoire".

Je pourrais me scandaliser que certains idéologues veulent attribuer plus d'importance qu'ils n'en méritent à certains faits historiques. Mais à quoi bon ? La bêtise des fanatiques, qu'est-elle de plus qu'un "détail de l'Histoire" ?

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Sur l'histoire des techniques

29 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Technique

Sur l'histoire des techniques

Mon dernier livre vient de sortir de presse : Histoire des techniques - De l'outil au système (Vuibert, Paris, 378 pages). Une histoire passionnante, non pas des batailles, non pas des fantasmes et des illusions, mais des réels progrès qui ont vraiment changé les conditions d'existence des espèces d'hominiens, depuis la pierre taillée jusqu'à Internet et aux téléphones portables.

J'ai tenté dans cet ouvrage de réduire à l'essentiel mon étude de l'histoire des techniques parue en deux volumes, chez le même éditeur : De l'outil à la machine (2003) et De la machine au système (2004). On pourra lire ce livre comme une analyse du moteur de l'Histoire, qui est la Technique, ensemble des "moyens de production" (Marx) dont dispose l'Humanité pour tenter de répondre à ses besoins et à ses désirs, véritable "signe de l'humain" (J.C. Baudet : Le signe de l'humain, L'Harmattan, Paris, 2005). Je propose, entre autres, une analyse épistémologique du passage de la "technique" à la "technologie", point de départ des "révolutions industrielles".

La réflexion sur la Technique conduit à quelques constats ;

1° No future without technology !

2° Sine technologia vita est quasi mortis imago !

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Daniel Arnould, le Destin, les dieux

16 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Religion, #Philologie

Le problème central de la philosophie ontologique est celui des déterminations de l’Être, et celui de la philosophie éthique et politique est celui de la liberté humaine. Car tout prescrit politique ou éthique n’a de sens que si l’homme est libre (et donc responsable de ses actes), mais la liberté de l’homme n’est pas une évidence, malgré la véhémence avec laquelle les existentialistes l’ont proclamée, obligés qu’ils furent d’ailleurs de faire sa part à la « situation » pour justifier les limitations du libre arbitre. Problème central donc de l’alternative « liberté ou déterminisme », qui agite les philosophes – et aussi les législateurs, les juristes, les religieux –, et qui est le problème du destin. Pourquoi Achille mourut-il à Troie, alors qu’Ulysse revint à Ithaque vivre entre ses parents le reste de son âge ? Pourquoi Jacques est-il souffreteux et constamment affaibli, alors que Jules connaît une robuste et presque insolente santé ?

Si la question du destin est donc décisive en philosophie, le philosophe doit s’attacher à savoir d’où vient cette idée d’un sort réservé (par qui et comment ?) à tout humain, avec toute la diversité des destinées (y compris les « grands destins » des grands personnages, voir J.C. Baudet : Les grands destins qui changèrent le monde, Jourdan, Bruxelles). Pour trouver l’origine et connaître l’évolution de l’idée de « destin », il faut remonter aux premiers textes (philologie) qui montrent que l’idée était déjà acquise chez les Grecs du temps d’Homère. Mais l’étude scientifique des peuples primitifs (ethnographie) montre l’idée présente avant l’invention de l’écriture. La croyance en une force mystérieuse qui décide du déroulement de la vie des hommes remonte donc à la Préhistoire, au temps de l’oralité.

Voilà pourquoi j’ai lu avec un vif intérêt le livre tout récent (février 2016) du philologue français Daniel Arnould : Les figures du destin dans l’épopée antique gréco-latine (L’Harmattan, Paris, 304 p.). C’est en réalité, remaniée pour la librairie, la thèse de doctorat de l’auteur, c’est-à-dire un livre composé dans la rigueur du travail universitaire, sans autre souci rhétorique que ceux de la clarté, de la précision et de la documentation.

Arnould a étudié 32 épopées et épyllions, soit 17 poèmes en grec et 15 en latin, allant du VIIIème siècle avant notre ère (l’Iliade et l’Odyssée) au VIème siècle de l’ère chrétienne. Il a minutieusement compté les occurrences des mots grecs ou latins correspondant au champ sémantique de « destin », ce qui le conduit à établir un intéressant tableau de l’évolution des idées sur le destin pendant quatorze siècles. Il n’oublie d’ailleurs pas de prendre en compte les idées des philosophes, spécialement des épicuriens et des stoïciens, si importants pendant la période hellénistique et la période romaine. Le destin est d’ailleurs le concept central du stoïcisme.

Dès l’origine de la littérature scripturale épique (qui succède à une littérature orale évidemment inconnue) en langue grecque, on voit apparaître deux termes concurrents pour désigner le « destin » : moïra (part), qui désigne la part de chance et de malchance dévolue à chacun, kèr (mort), parce que la mort est l’achèvement du destin de tous. Ces deux noms communs, faisant partie du vocabulaire usuel, vont être personnifiés et l’idée d’un Destin qui règle d’avance la vie des hommes va se développer, appelé soit Moïra soit Kèr. La personnification se marque par une initiale majuscule, mais la philologie est impuissante pour dater cette personnification, puisqu’il faut attendre le Vème siècle (avant JC) pour que les Grecs adoptent la majuscule pour indiquer les « noms propres ». Mais à la personnification va succéder la divinisation (anthropomorphe). Les Moires, présentées comme trois filles de Zeus et de Thémis, sont les trois déesses qui décident du sort des humains : Clotho, Lachésis et Atropos. Quant aux Kères, elles sont les filles de la Nyx, la Nuit. Encore la tradition est-elle assez confuse, car dans certains textes les Kères sont présentées comme les sœurs des Moires, ou sont même confondues avec elles. Une troisième figure du Destin apparaît dans certains poèmes tardifs, Ananké, dont l’origine est mal connue.

On sait à quel point les Romains vont s’imprégner de la brillante culture grecque, et qu’ils vont fondre leurs croyances religieuses dans le polythéisme hellénique. Deux entités désignent le Destin dans la poésie latine, Fatum et Fortuna, et les Moires, chez les Romains, deviennent les Parques, divinités de l’Enfer chargées de filer le fil de l’existence des hommes, et de le couper à l’instant « fatidique ».

Ainsi l’érudition nous montre, sur le cas du « destin » (mais sans doute est-ce transposable à d’autres idées mythico-religieuses), comment l’Humanité passe d’une conception commune basée sur une observation banale à l’idée d’une divinité, avec des attributs de plus en plus complexes. L’imagination poétique comme source des spéculations théologiques. On a le schéma ternaire : mot commun (moïra) >>> personnification (abstraction : Moïra) >>> théogenèse.

Il y a trois Moires et donc trois Parques. Semblablement, il y a dans la religion grecque trois Erinyes, trois Gorgones, trois Charites, neuf Muses (trois fois trois). Peut-être faut-il y voir une illustration de la théorie de l’idéologie tripartite des Indo-Européens développée par Georges Dumézil. Ou bien, plus généralement, une fascination pour la trinité et la figure du triangle, qui est la forme géométrique la plus simple : seulement trois points ! C’est dans l’observation de son expérience quotidienne que l’homme découvre de quoi inventer les dieux.

Au fait, dans la mythologie d’aujourd’hui, le Destin ne s’appelle-t-il pas « ADN » ?

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Le meilleur livre de Jean Baudet

11 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire

Le meilleur livre de Jean Baudet

En vieillissant, jour après jour, j'ai fini par atteindre l'âge des bilans et de l'autocritique, et je mesure le chemin parcouru. Pour un écrivain, même s'il est philosophe, ce chemin est semé de livres, et plus exactement de "textes édités", ce qui m'induit à la modestie. En cinquante ans de vie active, mes ouvrages publiés ne constituent qu'une rangée de bibliothèque de 86 centimètres, ce qui est bien peu à côté de la production autrement abondante de certains collègues plus travailleurs que moi. Voilà qui est objectif, vérifiable et falsifiable, et rigoureusement vrai : 86 centimètres, ni plus ni moins ! Alors, bien sûr, j'entends déjà les subtils, les pisse-froid, les cuistres et les snobs de service (au service de qui ?) me parler de "valeur littéraire", de "valeur philosophique", et même de "valeur morale". Mais quelle est la valeur des livres de Martin Heidegger (plus que 86 centimètres), nazi abscons et même abstrus ?

Quel est, dans cette quarantaine d'ouvrages, mon meilleur livre (mon "moins mauvais", diront mes nombreux détracteurs) ? Le plus gros (3 centimètres, 601 pages) : Curieuses histoires de la pensée ? L'épaisseur d'un volume est un critère objectif, mais peut-être pas le plus adéquat. Un meilleur critère est le chiffre des ventes, et mon best seller est mon Nouvel Abrégé d'histoire des mathématiques, publié en 2002, ayant fait l'objet de plusieurs retirages, et qui vient de faire l'objet d'une réédition entièrement refondue, sous le titre Histoire des mathématiques.

Mais abandonnons l'objectivité, et faisons notre autocritique ! Mon meilleur livre n'est pas le plus divertissant. Je n'écris pas pour amuser les foules, il y a Amélie Nothomb et Frédéric Beigbeder pour ça, et d'ailleurs je n'ai publié qu'un seul roman, fort mince. Mon meilleur livre n'est pas le plus enchanteur. Je n'écris pas pour éblouir les adulateurs de Rimbaud ou de Jean-Pierre Verheggen, et d'ailleurs je n'ai publié que deux recueils de poèmes (plus, il est vrai, quelques textes dans des revues peu lues). Mon meilleur livre n'est pas le plus intéressant. Je n'écris pas pour instruire le vulgum pecus.

Mon meilleur livre devrait être, ce me semble, celui où j'explicite le plus clairement et le plus distinctement (sans les fioritures snobinardes de l'érudition et de la logomachie, ou l'imposture de "l'indicible") les résultats originaux de mon travail philosophique, qui ne sont d'ailleurs qu'hypothèses que je propose à ceux qui veulent penser. Il me semble que trois titres se détachent de l'ensemble. Les Curieuses histoires déjà citées, où je développe une théorie de l'origine du fait religieux ; Le Signe de l'humain, où je propose une analyse philosophique de la technique ; et Les grands destins qui ont changé le monde.

Finalement, je pense que ce dernier ouvrage sur les "grands destins" est le meilleur de ma production. J'y développe, en une trentaine de biographies de "grands hommes", ma conception matérialiste (mais pas vraiment marxiste) de l'Histoire, en montrant que les scientifiques, les ingénieurs et les industriels ont de manière plus radicale bouleversé la "condition humaine" que les grands généraux, les politiciens, les chanteurs de charme et les acteurs de cinéma. Je le proclame : Bill Gates a plus profondément changé la manière de vivre de milliards de gens que Charles de Gaulle ou que Brigitte Bardot. Ou que la plupart des écrivains, fussent-ils philosophes.

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Une chronologie des sciences

6 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Epistémologie

Mon dernier livre vient de paraître ! Aux éditions La Boîte à Pandore (Paris), sous le titre Les plus grandes dates de la science, en 317 pages sobrement illustrées. Après avoir publié de nombreux ouvrages critiques et détaillés consacrés à l'histoire de la pensée scientifique, qui constituent une base nécessaire à la recherche épistémologique (quelle est la "valeur" de la science ?), il me fallait mettre à la disposition du grand public une synthèse commode et de lecture aisée de ces travaux. C'est-à-dire résumer et expliquer en 317 pages l'apparition, le développement (d'abord très lent puis de plus en plus rapide) et l'épanouissement de la mathématique, de l'astronomie, de la physique, de la chimie et de la biologie. Laissant de côté les innombrables détails de l'histoire de ce progrès fascinant de la pensée, j'ai voulu identifier les "grands moments" de la constitution de la méthode scientifique et de ses principaux acquis. Il est fascinant de voir comment la communauté scientifique (une fraction bien faible de l'Humanité) est passée, concernant les êtres vivants, du fixisme des naturalistes (Linné) à l'évolutionnisme de Lamarck et de Darwin, et comment l'évolution biologique fut vérifiée par la découverte de la structure moléculaire de l'ADN (Watson). Il est époustouflant de voir comment l'on est passé d'une vision du monde géocentrique (Ptolémée) à l'héliocentrisme de Copernic, à l'Univers fixe dans le temps et l'espace de Newton, à l'Univers en expansion d'Einstein, Hubble et Lemaître. Il est bouleversant de suivre le passage, concernant la constitution de la matière, de la théorie des quatre éléments (théorie archaïque et naïve) à la chromodynamique quantique des particules élémentaires, dûment vérifiée par les expériences des physiciens "des hautes énergies", et notamment par la découverte du boson de Higgs en 2012.

Peut-être l'homme cultivé et ouvert du XXIème siècle en conviendra-t-il : il faut connaître Voltaire et Confucius, Le Pen et Mélenchon, Simone de Beauvoir et Brigitte Bardot, mais il faut aussi connaître - si l'on se veut ouvert et cultivé - les grandes dates de l'histoire de la science !

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Jean Baudet resume l'histoire de la science

21 Février 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science

Mon dernier livre vient de paraître : Les plus grandes dates de la science (La Boîte à Pandore, Paris, 317 pages). C'est le résultat de 48 ans de recherches et de réflexions, puisque c'est en 1968 que je commence à enseigner l'histoire des sciences (au Burundi), et que je rédige mes premières fiches, tout en enseignant également la philosophie. En 1978 je fonde la revue Technologia, dédiée à l'histoire de la science et de la technologie, et en 2002 j'entame la publication d'une "Histoire générale de la science" qui, en 9 volumes et plus de 3.000 pages, sera achevée en 2009. Depuis 2009, j'ai encore publié des ouvrages plus pointus, notamment sur les femmes dans la recherche scientifique, sur les erreurs de la science, sur les rapports entre science et industrie, et bien sûr, j'ai utilisé les résultats de mes recherches pour développer une épistémologie.

Mon dernier ouvrage est donc un travail de synthèse, qui cherche à mettre en évidence les étapes décisives du développement de la pensée scientifique, depuis les premières réflexions de Thalès de Milet (vers 600 avant notre ère) sur la nature des choses (natura rerum) jusqu'à la découverte du boson de Higgs (en 2012). Le livre se lit comme un récit d'aventures (les aventures de l'esprit humain), ou se consulte comme un ouvrage de référence, permettant de situer dans le temps les grandes théories et les découvertes majeures. Il s'adresse donc à la fois au "grand public" et aux spécialistes de l'histoire des idées : philosophes, psychologues, sociologues, historiens, économistes, journalistes. Quant aux scientifiques (physiciens, chimistes, biologistes...), ils y découvriront avec intérêt les grands moments de l'histoire de leur discipline.

Il me semble que ce livre pose une question délicate aux éducateurs, aux pédagogues et aux réformateurs sociaux, celle de la "culture générale". Pour former, en 2016, des "hommes cultivés", des "électeurs autonomes et responsables", des "citoyens du monde", faut-il initier la jeunesse à l'histoire des batailles, des invasions et des superstitions, à l'histoire des peintres et des sculpteurs, à l'histoire du théâtre, des romans et des poèmes, ou faut-il l'initier à l'histoire de la science ? Faut-il connaître les oeuvres de Jules César, de Louis XIII et de Louis XIV, de Winston Churchill, ou les accomplissements d'Aristote, de Copernic, de Newton, de Darwin, d'Einstein ? Faut-il enchanter, avec Baudelaire et Rimbaud, ou faut-il entraîner à la rigueur, avec Lavoisier et Bourbaki ?

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