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Jean C. Baudet

Articles avec #histoire tag

Philosophie, histoire et pornographie

31 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Histoire

J'ai commencé mon travail philosophique en 1978, après quelques années d'enseignement (enseigner la philosophie n'est pas "faire" de la philosophie) et puis un épisode de recherche (en biologie) qui fut comme une parenthèse - j'abandonnais la philosophie pendant quelques années, mais j'acquérais une connaissance approfondie et vécue de la praxis scientifique. Car au vrai j'avais entamé mon questionnement déjà plus tôt, pendant les naïvetés romantico-poétiques de l'adolescence. Conformément à la tradition scolastique, j'envisageais un programme en trois étapes : épistémologie, ontologie, éthique, et j'entamai donc mes travaux par la réflexion épistémologique, que je croyais devoir appuyer sur l'étude critique de l'histoire de la science - modèle de chemin de connaissance qu'il s'imposait de "déconstruire". Cela me prit beaucoup de temps, car je dus exercer le métier d'éditeur qui me laissait peu de loisir pour la méditation (pécuniairement improductive), comme d'autres furent mercenaires (Descartes), polisseurs de lentilles de verre (Spinoza), dramaturges (Sartre).

En 1997, j'abandonnais l'édition et j'entreprenais un premier opus : la réalisation d'une "Histoire de la science", qui occupera plus de 3 000 pages imprimées réparties en 10 volumes (parus chez Vuibert). En 2005 et 2006, tout en poursuivant la rédaction de cette "Histoire", je pouvais décliner mes positions épistémologiques dans trois ouvrages (L'Harmattan) : Mathématique et vérité, Le signe de l'humain, Une philosophie de la poésie. Je me rendais évidemment compte que mon travail sur la science n'abordait qu'un seul mode d'acquisition de savoir (mais le plus important et le plus solide), et qu'après l'examen du logos je devais aborder l'étude du mythos, c'est-à-dire qu'il me restait à produire une "Histoire de la non-science" (littératures, religions, idéologies) pour faire pendant à mon "Histoire de la science".

C'est ainsi que je fis paraître, en 2011 et en 2013, les deux premiers volumes d'une "Histoire des religions" (Jourdan). J'ai (provisoirement ?) interrompu ce travail, car dans une perspective gnoséologique l'approfondissement des mécanismes de formation des croyances se révélait moins intéressant et moins fécond que l'approfondissement des mécanismes de formation des théories scientifiques. Je donnai encore en librairie quelques ouvrages d'histoire de la science consacrés à divers thèmes, comme ceux de l'erreur ou de la situation des femmes dans l'évolution de la science.

J'interrompis mon projet d'un traité d'Histoire des religions, et je commençai (en 2013) à travailler à une "Histoire de la philosophie", qui devrait me permettre, sous les apparences du récit - avec forcément des personnages et des conflits - d'exposer en un texte explicatif les résultats de ma pensée, non seulement épistémologiques, mais aussi ontologiques et éthiques.

Ma première production dans cette direction fut La vie des grands philosophes (Jourdan, 2013) qui est une histoire fortement résumée de la philosophie situant l'évolution des idées dans leur inscription biographique chez 40 philosophes majeurs.

Du biographique (épistémologie) au pornographique (éthique) il n'y a qu'un pas, que je n'ai pas encore franchi, celui qui va de l'idéalisme humaniste éperdu attendant les lendemains qui chanteront au matérialisme radical.

http://www.geocities.ws/jeanbaudet/

 

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Penser la Belgique avec Vincent Laborderie

19 Septembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Belgique

Le numéro 40 de la revue française de géopolitique "Outre-Terre" vient de sortir de presse ! Cette livraison de 394 pages, agrémentée de nombreuses cartes en couleur, est entièrement consacrée à la Belgique, sous le titre volontairement ambigu "(Dé)blocage belge". Orchestré par Vincent Laborderie (de l'Université Catholique de Louvain, à Louvain-la-Neuve), cet ouvrage rassemble de nombreuses contributions qui éclairent différemment la situation politique actuelle du royaume de Philippe, et je note parmi les contributeurs les presque inévitables, et très savants, Pascal Delwit (Université Libre de Bruxelles) et Dave Sinardet (Vrije Universiteit Brussel). Soit dit en passant, "vrije", en flamand, veut dire "libre". Il y a donc deux universités "libres" dans la capitale de l'Europe, ce qui est réjouissant si, comme je le suppose et l'espère, libre veut dire libéré de toute tradition religieuse et de tout préjugé idéologique !!! Ce n'est pas dans une université, même subventionnée par l'Etat, que l'on cultive une "Pensée Unique"...

Ce volume apporte vraiment une abondante matière pour aider à la compréhension de la Belgique, pays petit par sa taille et grand par sa complexité (et par les œuvres de certains Belges, voir mon livre "Les plus grands Belges", La Boîte à Pandore, 2014). Sont particulièrement intéressantes les interviews de politiciens effectuées par Laborderie : Jean-Luc Dehaene, Gérard Deprez, François-Xavier de Donnéa, Karl-Heinz Lambertz.

J'ai apporté à cet ouvrage une très modeste contribution (4 pages) intitulée "De l'âme belge à la belgitude". Malicieusement, l'éditeur a placé mon texte tout à la fin, ce qui fait que, s'agissant de la Belgique, le numéro 40 d'Outre-Terre se termine ainsi : "C'est en combinant un certain oubli de l'histoire, la forclusion de la Flandre littéraire et artistique, de même que la valorisation du dérisoire que l'intelligentsia belge de langue française s'est donné une spécificité, mi-réelle mi-rêvée". La Belgique ne serait-elle qu'un songe ?

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Les plus grands ingenieurs belges

6 Septembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Ingénieur

Les plus grands ingenieurs belges

Mon livre "Les plus grands ingénieurs belges" vient de sortir de presse aux éditions La Boîte à Pandore (Paris, 284 pages). J'y expose l'Histoire de la Belgique depuis 1800 (le temps de Napoléon) jusqu'à nos jours, mais en m'attachant à montrer que la Belgique a dû se doter d'une infrastructure matérielle avant même de créer des institutions politiques et d'élaborer une culture spécifique. Il faut à la Belgique - comme à toute collectivité humaine, d'ailleurs - une production avant d'avoir des ministres, des poètes, des compositeurs, des dessinateurs de bandes dessinées et des philosophes. C'est-à-dire qu'il faut, impérativement, des ingénieurs pour construire des routes, des canaux et des chemins de fer, pour bâtir des habitations, des écluses et des aéroports, pour édifier des usines, des hôpitaux et des laboratoires... C'est ce qu'en philosophie on appelle le "primat anthropologique de la technique". D'où l'importance historique de Vifquain, de Simons, de Cockerill, de Solvay, de Gramme, d'Empain, de Paduart, de beaucoup d'autres.

On trouvera dans cette étude l'histoire des écoles d'ingénieurs, des associations, et des informations biographiques sur les grandes figures de la profession.

Il n'existait jusqu'à ce jour, dans une historiographie belge pourtant abondante, qu'un seul ouvrage consacré à l'histoire des ingénieurs en Belgique, mon livre "Les ingénieurs belges" (éditions APPS, Bruxelles, 1986, 171 pages, épuisé).

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Le tournant dans l'histoire de la pensee

13 Août 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science

L'étude approfondie et critique de l'histoire des systèmes de pensée (mythes, religions, mathématiques, physique...) m'a conduit à situer le "tournant" (die Kehre) de l'évolution de la pensée dans une courte période (de 1543 à 1687) et sur un territoire bien limité : Pologne, Italie, France, Angleterre. Il y a quatre actes, qui sont les découvertes de Copernic (1543), de Galilée (1610), de Descartes (1637) et de Newton (1687). Copernic commence par découvrir que pour connaître la marche des planètes, il faut observer le ciel nocturne et pas lire les livres de Ptolémée. Il comprend en outre que l'observation doit récolter des nombres (il faut faire des mesures de la position des planètes) et qu'il faut raisonner sur ceux-ci, ce qui l'amène à l'héliocentrisme, point de départ de la science, qui se détache de la philosophie. C'est ce que l'on appellera la "révolution copernicienne", que d'aucuns qualifient de changement de "paradigme", ce qui n'est qu'un mot plus prétentieux qu'utile. Galilée ensuite, en étudiant par l'observation et le raisonnement la chute des corps, achève de montrer que la mathématique prolonge efficacement la réflexion. Puis Descartes, en inventant la géométrie analytique, met au point l'application des équations (avec leur représentation graphique) aux recherches scientifiques. Ce qui permettra à Newton d'accomplir, en 1687, la synthèse entre la mécanique céleste de Copernic et la mécanique terrestre de Galilée. De 1687 à nos jours, l'astronomie, la physique, la chimie, la biologie et la technologie n'ont cessé de progresser, uniquement à partir de quatre principes de recherche : observation, instrumentation (qui améliore l'observation), raisonnement, mathématisation (qui améliore le raisonnement). La science, fondée entre 1543 et 1687, explique, et fort bien, les atomes et les étoiles, la diversité de la matière (chimie) et l'évolution des êtres vivants (biologie), le fonctionnement des outils, des machines et des systèmes de production (technologie).

La science, en 2014, n'est pas encore suffisamment avancée pour expliquer l'homme, l'objet le plus complexe dans l'Univers, même si les premiers résultats des neurosciences s'avèrent prometteurs. Une grande partie de la production des "sciences humaines" relève davantage de la littérature que de la science. Ces soi-disant sciences sont, dans certains de leurs "résultats", plus le fruit du sentiment et de l'imagination que de l'observation et du raisonnement.

Enfin, il reste des questions pendantes comme le nombre de personnes en Dieu, le sexe des anges, ou la vie après la mort, ou s'il faut préférer la bourgeoisie ou le prolétariat. Ces questions n'étant pas des "observables" échappent aux possibilités de la science, et relèvent de la philosophie, c'est-à-dire de l'intelligence des philosophes.

Références à ma bibliographie:

- Penser la matière, Vuibert, Paris,

- Mathématique et vérité, L'Harmattan, Paris,

- Penser le monde, Vuibert.

Pour info :                    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Les grands Belges

29 Juillet 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Belgique, #Histoire

Dans mon livre "Les plus grands Belges" (La Boîte à Pandore, Paris, 223 pages, paru en juillet 2014), j'étudie la vie et l'oeuvre de 175 personnalités belges des Lettres, des Arts, de la Science et de l'Industrie. L'objectif principal de ce livre était de rassembler des données pour étudier la relation entre la STI (science-technique-industrie) et la non-STI (la "culture") dans l'histoire d'un peuple. J'ai choisi la Belgique parce que je m'y trouve, et parce qu'il m'est infiniment plus facile de recueillir de l'information sur les Wallons, les Bruxellois et les Flamands que sur les Boliviens, les Vietnamiens ou les Fuégiens. Et puis, on a vite fait le tour de la Belgique dans l'espace et dans le temps (de 1830 à nos jours, à comparer avec l'histoire de la France ou de la Grèce...). La thèse principale qui résulte de mon travail est que la Belgique d'aujourd'hui, c'est-à-dire la vie et le niveau de vie des Belges de 2014, dépend bien plus de l'activité des Cockerill, Solvay, Gramme ou Empain que de celle des Wiertz, Ensor, Verhaeren, Magritte ou Hugo Claus. Pour le dire un peu vite, la Belgique (et la prospérité des Belges) a été construite par ses ingénieurs et par ses industriels, pas par ses sculpteurs, ses violonistes et ses poètes. Ou, mieux dit peut-être, il y a la Belgique matérielle des usines, des boulangeries et des chemins de fer, et la Belgique culturelle avec les aventures de Tintin, de Bob Morane et du commissaire Maigret, les facéties de Magritte et de Delvaux, et les arpèges sublimes du Concours musical Reine Elisabeth. Certes, la Belgique serait bien triste sans les oeuvres d'Ysaye ou de Joseph Jongen, ou sans les merveilleux poèmes d'Emile Kesteman et sans les nouvelles abracadabrantes de Jean Ray. Mais avant d'écouter des musiques et de lire des phrases, il faut du pain (éventuellement du cramique), de la viande (du filet d'Anvers ou du saucisson de Bastogne), et de temps en temps un fromage (de Herve) ou un plat de fraises (de Wépion).

Il y a la Belgique du Travail et la Belgique du Loisir.

Il n'y a que trois femmes parmi mes 175 portraits. Ce n'est évidemment pas par misogynie de ma part, et je rappelle que j'ai publié une célébration des femmes savantes en 2010 ("Curieuses histoires des dames de la science", Jourdan, Bruxelles). La Belgique d'aujourd'hui a été "construite" par des hommes plutôt que par des femmes, c'est ce que nous enseigne la science historique ! Notre réseau de routes et de chemins de fer, d'usines et de magasins, d'écoles, d'hôpitaux et de prisons serait-il différent s'il avait été conçu et réalisé par des dames et demoiselles ?

Pour info :                

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Les plus grands Belges

24 Juillet 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Belgique, #Histoire

Mon livre  Les plus grands Belges (éditions La Boîte à Pandore, Paris, 223 pages) vient de sortir de presse. J’y propose une « Histoire de la Belgique » par l’évocation des œuvres des « grands Belges » dans les Lettres, la Science, les Arts et l’Industrie. Ce n’est donc pas une énième histoire sociale et politique de la Belgique, mais c’est l’étude de ceux qui ont réellement construit la Belgique – la Belgique matérielle des ingénieurs et des industriels et la Belgique morale et intellectuelle des philosophes, des hommes de science, des écrivains et des artistes. On ne trouvera donc pas les hommes politiques – qui ont organisé, et parfois désorganisé le pays – parmi Les plus grands Belges, mais on y rencontrera Jo Delahaut et Jacques Brel, Zénobe Gramme et Henri Conscience, Ilya Prigogine et Chaïm Perelman, Eugène Ysaye, Emile Kesteman, Stanislas-André Steeman et plus de cent autres « créateurs » dans tous les domaines de la création artistique, littéraire, industrielle…

De 1830 à 1973, la Belgique fut « grande et belle » (sur l’air de la Brabançonne). Depuis 1973, la désindustrialisation permanente, les gabegies institutionnelles conduisant à l’endettement de l’Etat, mais peut-être surtout des événements extérieurs que la Belgique ne peut que subir, conduisent au désarroi moral, à l’appauvrissement matériel d’un pays qui fut la troisième puissance économique du monde, et qui n’est plus connu de l’Univers que pour ses frites. Les plus grands Belges ont beaucoup construit, donnant au monde le commissaire Maigret, les machines électriques, le saxophone, Tintin, l’Atomium, le filet américain, l’équation des origines de l’Univers, la chanson « Le plat pays », les bases de l’immunologie, le tableau « Ceci n’est pas une pipe » et le Palais de Justice de Bruxelles. Cela valait bien un livre, sans doute…   

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Histoire des mathematiques

30 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Mathématiques, #Histoire

Je viens de recevoir les exemplaires d'auteur de mon dernier livre : Histoire des mathématiques, qui vient de paraître chez Vuibert, à Paris (VI+346 pages). Ce volume est beaucoup plus qu'une simple réédition "revue et corrigée" de mon Nouvel Abrégé d'histoire des mathématiques, paru chez le même éditeur en 2002 (douze ans, déjà !). En effet, j'ai complètement refondu la rédaction de cet ouvrage, de manière à tenir compte de nouvelles lectures et de l'avancée de mon travail épistémologique (voir notamment mon livre de 2005 : Mathématique et vérité - Une philosophie du nombre, L'Harmattan, Paris).

J'étudie l'apparition (déjà à la Préhistoire), le développement et les extraordinaires acquis de la pensée mathématique tout au long de l'Histoire, c'est-à-dire de la méditation sur les nombres (arithmétique) et sur les formes (géométrie), jusqu'au XXème siècle quand, grâce aux travaux notamment de Bertrand Russel et de Nicolas Bourbaki, "les" mathématiques ne forment plus que "une" mathématique. J'identifie ainsi, dans une réflexion plus épistémologique qu'historienne, la mathématique comme le langage de la raison, comme un des critères de la scientificité, et à vrai dire comme l'ossature de la civilisation occidentale.

Mais en m'efforçant de comprendre (et donc d'expliquer) comment a progressé l'étude des nombres et des figures, avec notamment l'invention de l'algèbre par Diophante ou la création de la logique symbolique par George Boole, je suis obligé d'aller aux notions les plus radicales du travail mathématicien, et je fournis ainsi comme une "introduction à la mathématique" pour tous ceux - enseignants, enseignés, curieux... - qui éprouvent quelque difficulté à pénétrer dans le monde des algèbres et des topologies. Ainsi, faisant en somme d'une pierre deux coups, je donne à la fois un manuel d'épistémologie mathématique pour les savants confirmés et un ouvrage d'initiation pour les débutants.

Mon Nouvel Abrégé d'histoire des mathématiques ayant été fort bien accueilli tant par le grand public que par le public restreint des mathématiciens et des philosophes des sciences, j'espère évidemment un même accueil pour un livre qui me semble "amélioré". J'ai en tout cas reçu souvent des témoignages de lecteurs qui m'ont confirmé une idée toute simple : on comprend plus facilement les maths quand on les aborde dans l'ordre même de leur constitution historique : les maths "préhistoriques" sont plus simples que les maths des Grecs, et la mathématique d'Euclide et d'Archimède est plus simple que celle de Descartes ou de Newton.

Mon nouveau livre devrait se trouver chez les bons libraires dans les prochains jours.

Pour info :        

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles, interview sur ma philosophie :  

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur), interview sur mes travaux sur l'invention technique :  

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

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Jacques Vermeylen lecteur d'Isaïe

25 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Religion

Le révérend père Jacques Vermeylen est docteur de l'Université Catholique de Louvain, professeur émérite de la Faculté de théologie de Lille, et grand spécialiste des études bibliques, surtout de ce que les chrétiens appellent l'Ancien Testament, c'est-à-dire à quelques textes près la Bible judaïque. J'ai déjà pu apprécié la vaste érudition et le sens profond de l'analyse philologique du père Vermeylen, notamment en préparant mon livre sur l'origine des religions, Curieuses histoires de la Pensée (Jourdan, 2011). Par exemple, je me souviens avoir lu, enchanté et admiratif, son étude très savante en forme d'enquête policière "David a-t-il été assassiné ?" (Revue biblique 107(4): 481-494, 2000).

Et voici que cet auteur attachant vient de faire paraître, aux éditions Cerf (Paris), un livre débordant d'érudition et d'enthousiasme (au sens étymologique du terme) : Le livre d'Isaïe - Une cathédrale littéraire (235 pages). C'est vraiment, avec d'innombrables notes infrapaginales, avec une bibliographie abondante, avec un index des passages cités de l'Ancien Testament, un livre savant. Mais que savons-nous d'Isaïe ? Peu, fort peu de choses. On n'a d'Isaïe que son livre, aucun autre témoignage contemporain, et le prophète ne s'occupe guère de nous renseigner sur sa personne. C'est d'ailleurs banal. Que savons-nous de l'auteur de la Chanson de Roland, ou d'Homère (un contemporain d'Isaïe) ? Voici un texte qui a fortement influencé les idées d'une grande partie de l'Humanité, et son auteur est un illustre inconnu, ou plutôt un ensemble d'inconnus. Car, nous apprend Vermeylen, il y eut plusieurs Isaïe. Le texte que nous possédons, lu par les juifs et par les chrétiens, a été composé, par ajouts et remaniements rédactionnels successifs, par toute une série d'Isaïe, du VIIIème au IIème siècle avant l'ère chrétienne. Le premier Isaïe (le seul peut-être qui porta ce nom) est donc du VIIIème siècle. On peut ajouter qu'il était, d'après ses écrits, un proche du roi de Juda.

Dans le classement traditionnel des livres de la Bible, le livre d'Isaïe vient immédiatement après le livre des Rois, ce qui permet de supposer (mais ce n'est qu'une hypothèse), qu'Isaïe (celui du VIIIème siècle) fut le premier des prophètes, ou du moins un des premiers. L'étude de son discours est donc intéressant pour tenter de comprendre comment les idées évoluent à l'intérieur d'une tradition religieuse, pourtant rétive à toute évolution intellectuelle. Dans sa conclusion, le RP Vermeylen nous montre que les événements politiques sont à l'origine des remontrances du prophète. C'est l'attitude du roi de Juda par rapport aux grandes puissances de l'époque (Egypte, Assyrie, puis Babylonie) qui inspire la théologie d'Isaïe et de ses émules. L'auteur nous dit "Isaïe suggère ainsi une forme nouvelle de religion, où la fidélité résulte moins dans le culte que dans une éthique de la vie collective" (p. 188). De là à faire, dans une lectio divina catholique, d'Isaïe et des prophètes les précurseurs d'un Jésus, qui privilégiait la charité plutôt que les pratiques rituelles, il n'y a qu'un pas. Les religions seraient donc capables d'évoluer ?

Essayer d'être plus précis pour situer le premier Isaïe ? L'introduction de son livre nous dit "Vision d'Isaïe fils d'Amots, qu'il vit sur Juda et Jérusalem aux jours d'Ozias, Yotam, Achaz, Ezéchias, rois de Juda". Les règnes (mal connus) des quatre rois correspondent au dernier tiers du VIIIème siècle. La plupart des historiens datent de 727 l'avènement d'Ezéchias, fils d'Achaz. 

Pour info :      

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles, interview sur ma philosophie :  

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur), interview sur mes travaux sur l'invention technique :  

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

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Islamisme et sens de l'Histoire

16 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Islamisme

D'après l'Agence Belga, des dizaines de morts hier au Kenya, à Mpeketoni, dans un attentat islamiste. Et c'est comme ça tous les jours, pour la grandeur d'Allah ! Il suffit désormais de suivre l'actualité, même négligemment, pour savoir quel est l'ennemi mortel actuel de la Civilisation et de la Pensée. Mais ces attentats au nom de l'islam vont-ils désaveugler les opinions publiques et éclairer les intellectuels qui hurlent à l'islamophobie chaque fois que l'on commente un massacre de Boko Haram, d'Al Qaïda, des djihadistes de Syrie, des talibans, des shebabs, et d'autres groupes encore ?... Au XXème siècle, le projet islamiste se bornait presque à menacer Israël et à proclamer la solution finale au Moyen-Orient : rejeter tous les juifs à la mer. Maintenant, le programme s'est étendu, et il s'agit de détruire l'Occident, par des actions massacrantes de plus en plus fréquentes, qui concernent aussi bien la Chine et l'Afrique christo-animiste que les USA ou la France laïque. Aujourd'hui, des centaines de Français, de Belges et d'autres Européens partent en Turquie pour mener la guerre sainte. Combien seront-ils dans six mois, dans cinq ans ?

Dans ma jeunesse, j'ai mal apprécié le sens de l'Histoire. J'ai cru que l'affaiblissement du christianisme renforcerait "mécaniquement" la libre pensée, la rationalité, la laïcité et l'agnosticisme. Mais nous assistons au jeu des vases communicants des croyances, et l'on tombe de Charybde en Scylla. Car le christianisme avait fini par se débarrasser de son fanatisme, et l'on ne tuait plus pour athéisme en pays chrétien.

Dans les années 1910 à 1940, l'ennemi mortel de la Civilisation fut le pangermanisme, qui engendra le nazisme. On sait ce qu'il a fallu pour s'en débarrasser. Dans les années 1950 à 1990, l'ennemi fut le communisme stalinien, puis les gauchismes (j'entends les mouvements gauchistes prônant la violence), dont on a cru être libéré avec la chute du mur de Berlin et la "fin de l'Histoire". Hélas, ce n'était que partie remise. Nous connaissons maintenant le visage des nouveaux ennemis de la Liberté.

Bien sûr, peut-être que ma lecture de l'Histoire est sans nuances, et que je me trompe. Peut-être que les hommes de bonne volonté, chrétiens, musulmans, hindouïstes, juifs, animistes, shintoïstes, marxistes, adventistes du septième jour, zoroastriens, droits-de-l'hommistes, mélenchonistes, témoins de Jéhovah et athées vont, la main dans la main, nous préparer la fraternité universelle et le désarmement spiritualiste. Peut-être...

Pour info :    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Le Congo Belge et Jacques Braibant

21 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Belgique, #Histoire

Je viens d'achever la lecture, intéressante et même captivante, du livre Congo - Un pari stupide, de Jacques Braibant, qui vient d'être publié par les éditions Jourdan (Bruxelles-Paris, 2014, 237 pages). L'auteur a vécu sa jeunesse au Congo Belge, jusqu'en 1960 (il est né en 1941), et il s'est soigneusement documenté sur l'histoire de cette colonie, depuis 1876 jusqu'à ce que la Belgique lui accorde l'indépendance, le 30 juin 1960. L'on se souvient qu'il suffira de quelques jours pour qu'éclatent des émeutes qui conduisent aux pillages, aux destructions, aux viols, aux tortures, aux massacres.

Ce qui frappe dans le livre de Braibant, c'est d'une part sa capacité de construire un récit passionnant (la violence et la bêtise humaines forment, on le sait, la base de l'intérêt "littéraire"...) en mélangeant habilement souvenirs personnels, extraits d'archives et commentaires de simple bon sens, et d'autre part la mesure (rare chez nos historiens contemporains plus soucieux d'idéologie que de vérité historique) avec laquelle il décrit les événements, replacés dans leur contexte. Certes, les délégués du roi Léopold II, à la fin du XIXème siècle, firent travailler dur des Congolais, mais n'était-ce pas le temps où les Belges n'hésitaient pas à envoyer leurs propres enfants dans les mines de Wallonie ? Et si l'on reproche au grand roi d'avoir voulu doter son pays d'une colonie, il faut se souvenir qu'en 1876 les grands pays européens étaient colonisateurs, ou candidats-colonisateurs ! On ne juge pas un fait historique avec les lunettes éthiques d'un historien vivant cent ans après les faits, et l'éthique de 2014 n'est plus celle de 1876.

Rappelons qu'en septembre 1876 est fondée l'Association internationale pour réprimer la traite et ouvrir l'Afrique centrale à la civilisation, en conclusion d'une conférence internationale convoquée à Bruxelles par le roi des Belges. Rappelons aussi que le mot "traite" désignait l'esclavagisme organisé par les Arabes mahométans au dépens des populations congolaises, et ayons l'honnêteté de reconnaître que la chasse aux esclaves était bien plus rude que le travail forcé organisé dans les territoires de l'Etat Indépendant du Congo, quand celui-ci est créé et mis sous l'autorité du roi Léopold.

En somme, l'aventure belgo-congolaise, de 1876 à 1960, est celle de la rencontre tragique entre des peuplades flamandes et wallonnes et des peuplades africaines. Les premières connaissent l'écriture, la philosophie de Hegel, les chemins de fer, la machine à vapeur, le saxophone (inventé d'ailleurs par le Belge Sax), les moteurs électriques (grâce, encore, à un Belge, Gramme) et les poèmes de Baudelaire. Les populations autochtones du Congo ignorent l'écriture et vivent à l'âge de la pierre, ne connaissant pas la philosophie, les moteurs, les alexandrins et la monarchie constitutionnelle bicamérale, pratiquant la sorcellerie et le cannibalisme. Rencontre entre un peuple "avancé" (je veux désigner les Belges) et un peuple "attardé". Voilà le drame. Il s'est passé cent fois dans l'histoire, et c'est la répétition, sous d'autres cieux et à époque où l'écart civilisationnel était encore devenu plus grand, de la rencontre entre les Romains avancés de Jules César et les Belges attardés, Ménapiens et Eburons, d'il y a deux mille ans. Il y a des constantes dans l'Histoire.

Il est passionnant de lire, dans le livre de Braibant, de larges extraits des discours et discussions de la Table Ronde qui s'est tenue à Bruxelles en janvier et février 1960, réunissant ministres belges et délégués congolais (dont Patrice Lumumba et Joseph Kasa-Vubu), chargée de préparer l'indépendance de la colonie belge. Les Congolais voulaient l'indépendance immédiate, les Belges ont tenté de la retarder pour que le grand pays qu'est le Congo, avec des distances considérables, aie le temps de mettre en place une administration efficace. L'insistance des Congolais fut telle que les Belges acceptèrent le 1er juin (ce sera finalement le 30 juin) ! Parier que le Congo, dépourvu de juristes, d'ingénieurs, de poètes et d'archéologues, allait pouvoir se doter d'une organisation efficace en quelques mois était, comme le dit justement Braibant, un pari stupide. Mais qui étaient les parieurs ?

J'ai pu apprécier la difficulté de gouverner le Congo ex-belge lors de deux séjours dans ce pays de moustiques, avec de sinistres maladies tropicales, en 1966-1968 et en 1973-1975. Je suppose qu'aujourd'hui ce pays, dont on vante naïvement les ressources naturelles (que vaut un minerai sans géologues, sans chimistes, sans ingénieurs, sans agents commerciaux et sans voies de communication ?), 80 fois plus étendu que la Belgique, se porte mieux qu'en 1975. Les délégués congolais, autour de la Table Ronde, n'ont pas voulu regarder en face les réalités physiques et économiques, hypnotisés par le mot "indépendance". On est toujours perdant, quand on veut ignorer les réalités économiques.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles, interview sur ma philosophie :  

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur), interview sur mes travaux sur l'invention technique :  

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

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