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Jean C. Baudet

Articles avec #histoire tag

Jacques Vermeylen lecteur d'Isaïe

25 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Religion

Le révérend père Jacques Vermeylen est docteur de l'Université Catholique de Louvain, professeur émérite de la Faculté de théologie de Lille, et grand spécialiste des études bibliques, surtout de ce que les chrétiens appellent l'Ancien Testament, c'est-à-dire à quelques textes près la Bible judaïque. J'ai déjà pu apprécié la vaste érudition et le sens profond de l'analyse philologique du père Vermeylen, notamment en préparant mon livre sur l'origine des religions, Curieuses histoires de la Pensée (Jourdan, 2011). Par exemple, je me souviens avoir lu, enchanté et admiratif, son étude très savante en forme d'enquête policière "David a-t-il été assassiné ?" (Revue biblique 107(4): 481-494, 2000).

Et voici que cet auteur attachant vient de faire paraître, aux éditions Cerf (Paris), un livre débordant d'érudition et d'enthousiasme (au sens étymologique du terme) : Le livre d'Isaïe - Une cathédrale littéraire (235 pages). C'est vraiment, avec d'innombrables notes infrapaginales, avec une bibliographie abondante, avec un index des passages cités de l'Ancien Testament, un livre savant. Mais que savons-nous d'Isaïe ? Peu, fort peu de choses. On n'a d'Isaïe que son livre, aucun autre témoignage contemporain, et le prophète ne s'occupe guère de nous renseigner sur sa personne. C'est d'ailleurs banal. Que savons-nous de l'auteur de la Chanson de Roland, ou d'Homère (un contemporain d'Isaïe) ? Voici un texte qui a fortement influencé les idées d'une grande partie de l'Humanité, et son auteur est un illustre inconnu, ou plutôt un ensemble d'inconnus. Car, nous apprend Vermeylen, il y eut plusieurs Isaïe. Le texte que nous possédons, lu par les juifs et par les chrétiens, a été composé, par ajouts et remaniements rédactionnels successifs, par toute une série d'Isaïe, du VIIIème au IIème siècle avant l'ère chrétienne. Le premier Isaïe (le seul peut-être qui porta ce nom) est donc du VIIIème siècle. On peut ajouter qu'il était, d'après ses écrits, un proche du roi de Juda.

Dans le classement traditionnel des livres de la Bible, le livre d'Isaïe vient immédiatement après le livre des Rois, ce qui permet de supposer (mais ce n'est qu'une hypothèse), qu'Isaïe (celui du VIIIème siècle) fut le premier des prophètes, ou du moins un des premiers. L'étude de son discours est donc intéressant pour tenter de comprendre comment les idées évoluent à l'intérieur d'une tradition religieuse, pourtant rétive à toute évolution intellectuelle. Dans sa conclusion, le RP Vermeylen nous montre que les événements politiques sont à l'origine des remontrances du prophète. C'est l'attitude du roi de Juda par rapport aux grandes puissances de l'époque (Egypte, Assyrie, puis Babylonie) qui inspire la théologie d'Isaïe et de ses émules. L'auteur nous dit "Isaïe suggère ainsi une forme nouvelle de religion, où la fidélité résulte moins dans le culte que dans une éthique de la vie collective" (p. 188). De là à faire, dans une lectio divina catholique, d'Isaïe et des prophètes les précurseurs d'un Jésus, qui privilégiait la charité plutôt que les pratiques rituelles, il n'y a qu'un pas. Les religions seraient donc capables d'évoluer ?

Essayer d'être plus précis pour situer le premier Isaïe ? L'introduction de son livre nous dit "Vision d'Isaïe fils d'Amots, qu'il vit sur Juda et Jérusalem aux jours d'Ozias, Yotam, Achaz, Ezéchias, rois de Juda". Les règnes (mal connus) des quatre rois correspondent au dernier tiers du VIIIème siècle. La plupart des historiens datent de 727 l'avènement d'Ezéchias, fils d'Achaz. 

Pour info :      

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles, interview sur ma philosophie :  

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur), interview sur mes travaux sur l'invention technique :  

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Islamisme et sens de l'Histoire

16 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Islamisme

D'après l'Agence Belga, des dizaines de morts hier au Kenya, à Mpeketoni, dans un attentat islamiste. Et c'est comme ça tous les jours, pour la grandeur d'Allah ! Il suffit désormais de suivre l'actualité, même négligemment, pour savoir quel est l'ennemi mortel actuel de la Civilisation et de la Pensée. Mais ces attentats au nom de l'islam vont-ils désaveugler les opinions publiques et éclairer les intellectuels qui hurlent à l'islamophobie chaque fois que l'on commente un massacre de Boko Haram, d'Al Qaïda, des djihadistes de Syrie, des talibans, des shebabs, et d'autres groupes encore ?... Au XXème siècle, le projet islamiste se bornait presque à menacer Israël et à proclamer la solution finale au Moyen-Orient : rejeter tous les juifs à la mer. Maintenant, le programme s'est étendu, et il s'agit de détruire l'Occident, par des actions massacrantes de plus en plus fréquentes, qui concernent aussi bien la Chine et l'Afrique christo-animiste que les USA ou la France laïque. Aujourd'hui, des centaines de Français, de Belges et d'autres Européens partent en Turquie pour mener la guerre sainte. Combien seront-ils dans six mois, dans cinq ans ?

Dans ma jeunesse, j'ai mal apprécié le sens de l'Histoire. J'ai cru que l'affaiblissement du christianisme renforcerait "mécaniquement" la libre pensée, la rationalité, la laïcité et l'agnosticisme. Mais nous assistons au jeu des vases communicants des croyances, et l'on tombe de Charybde en Scylla. Car le christianisme avait fini par se débarrasser de son fanatisme, et l'on ne tuait plus pour athéisme en pays chrétien.

Dans les années 1910 à 1940, l'ennemi mortel de la Civilisation fut le pangermanisme, qui engendra le nazisme. On sait ce qu'il a fallu pour s'en débarrasser. Dans les années 1950 à 1990, l'ennemi fut le communisme stalinien, puis les gauchismes (j'entends les mouvements gauchistes prônant la violence), dont on a cru être libéré avec la chute du mur de Berlin et la "fin de l'Histoire". Hélas, ce n'était que partie remise. Nous connaissons maintenant le visage des nouveaux ennemis de la Liberté.

Bien sûr, peut-être que ma lecture de l'Histoire est sans nuances, et que je me trompe. Peut-être que les hommes de bonne volonté, chrétiens, musulmans, hindouïstes, juifs, animistes, shintoïstes, marxistes, adventistes du septième jour, zoroastriens, droits-de-l'hommistes, mélenchonistes, témoins de Jéhovah et athées vont, la main dans la main, nous préparer la fraternité universelle et le désarmement spiritualiste. Peut-être...

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Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Le Congo Belge et Jacques Braibant

21 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Belgique, #Histoire

Je viens d'achever la lecture, intéressante et même captivante, du livre Congo - Un pari stupide, de Jacques Braibant, qui vient d'être publié par les éditions Jourdan (Bruxelles-Paris, 2014, 237 pages). L'auteur a vécu sa jeunesse au Congo Belge, jusqu'en 1960 (il est né en 1941), et il s'est soigneusement documenté sur l'histoire de cette colonie, depuis 1876 jusqu'à ce que la Belgique lui accorde l'indépendance, le 30 juin 1960. L'on se souvient qu'il suffira de quelques jours pour qu'éclatent des émeutes qui conduisent aux pillages, aux destructions, aux viols, aux tortures, aux massacres.

Ce qui frappe dans le livre de Braibant, c'est d'une part sa capacité de construire un récit passionnant (la violence et la bêtise humaines forment, on le sait, la base de l'intérêt "littéraire"...) en mélangeant habilement souvenirs personnels, extraits d'archives et commentaires de simple bon sens, et d'autre part la mesure (rare chez nos historiens contemporains plus soucieux d'idéologie que de vérité historique) avec laquelle il décrit les événements, replacés dans leur contexte. Certes, les délégués du roi Léopold II, à la fin du XIXème siècle, firent travailler dur des Congolais, mais n'était-ce pas le temps où les Belges n'hésitaient pas à envoyer leurs propres enfants dans les mines de Wallonie ? Et si l'on reproche au grand roi d'avoir voulu doter son pays d'une colonie, il faut se souvenir qu'en 1876 les grands pays européens étaient colonisateurs, ou candidats-colonisateurs ! On ne juge pas un fait historique avec les lunettes éthiques d'un historien vivant cent ans après les faits, et l'éthique de 2014 n'est plus celle de 1876.

Rappelons qu'en septembre 1876 est fondée l'Association internationale pour réprimer la traite et ouvrir l'Afrique centrale à la civilisation, en conclusion d'une conférence internationale convoquée à Bruxelles par le roi des Belges. Rappelons aussi que le mot "traite" désignait l'esclavagisme organisé par les Arabes mahométans au dépens des populations congolaises, et ayons l'honnêteté de reconnaître que la chasse aux esclaves était bien plus rude que le travail forcé organisé dans les territoires de l'Etat Indépendant du Congo, quand celui-ci est créé et mis sous l'autorité du roi Léopold.

En somme, l'aventure belgo-congolaise, de 1876 à 1960, est celle de la rencontre tragique entre des peuplades flamandes et wallonnes et des peuplades africaines. Les premières connaissent l'écriture, la philosophie de Hegel, les chemins de fer, la machine à vapeur, le saxophone (inventé d'ailleurs par le Belge Sax), les moteurs électriques (grâce, encore, à un Belge, Gramme) et les poèmes de Baudelaire. Les populations autochtones du Congo ignorent l'écriture et vivent à l'âge de la pierre, ne connaissant pas la philosophie, les moteurs, les alexandrins et la monarchie constitutionnelle bicamérale, pratiquant la sorcellerie et le cannibalisme. Rencontre entre un peuple "avancé" (je veux désigner les Belges) et un peuple "attardé". Voilà le drame. Il s'est passé cent fois dans l'histoire, et c'est la répétition, sous d'autres cieux et à époque où l'écart civilisationnel était encore devenu plus grand, de la rencontre entre les Romains avancés de Jules César et les Belges attardés, Ménapiens et Eburons, d'il y a deux mille ans. Il y a des constantes dans l'Histoire.

Il est passionnant de lire, dans le livre de Braibant, de larges extraits des discours et discussions de la Table Ronde qui s'est tenue à Bruxelles en janvier et février 1960, réunissant ministres belges et délégués congolais (dont Patrice Lumumba et Joseph Kasa-Vubu), chargée de préparer l'indépendance de la colonie belge. Les Congolais voulaient l'indépendance immédiate, les Belges ont tenté de la retarder pour que le grand pays qu'est le Congo, avec des distances considérables, aie le temps de mettre en place une administration efficace. L'insistance des Congolais fut telle que les Belges acceptèrent le 1er juin (ce sera finalement le 30 juin) ! Parier que le Congo, dépourvu de juristes, d'ingénieurs, de poètes et d'archéologues, allait pouvoir se doter d'une organisation efficace en quelques mois était, comme le dit justement Braibant, un pari stupide. Mais qui étaient les parieurs ?

J'ai pu apprécier la difficulté de gouverner le Congo ex-belge lors de deux séjours dans ce pays de moustiques, avec de sinistres maladies tropicales, en 1966-1968 et en 1973-1975. Je suppose qu'aujourd'hui ce pays, dont on vante naïvement les ressources naturelles (que vaut un minerai sans géologues, sans chimistes, sans ingénieurs, sans agents commerciaux et sans voies de communication ?), 80 fois plus étendu que la Belgique, se porte mieux qu'en 1975. Les délégués congolais, autour de la Table Ronde, n'ont pas voulu regarder en face les réalités physiques et économiques, hypnotisés par le mot "indépendance". On est toujours perdant, quand on veut ignorer les réalités économiques.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles, interview sur ma philosophie :  

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Canal C (Namur), interview sur mes travaux sur l'invention technique :  

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Avec Julien Sturbois

26 Mars 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Technique, #Histoire

Curieuses hist InventionsCe matin, de 9 à 11 heures, en compagnie de Julien Sturbois sur les ondes radio de Bel RTL, dans le cadre de l'émission "Beau Fixe". Je suis interrogé, sur fond de chansons et de spots publicitaires, sur mon livre "Curieuses Histoires des Inventions" (éditions Jourdan). L'exercice est amusant, et montre in vivo combien il est difficile d'informer le grand public en matière de "science, technologie et industrie". Car la connaissance "STI" ne consiste pas à savoir que le chimiste Lavoisier fut décapité en 1794, ou que le frein-parachute pour ascenseur fut mis au point par l'Américain Elisha Otis en 1853, ou que la vulcanisation du caoutchouc se fait par addition de soufre, ce qui sature les liaisons éthyléniques du poly-isoprène, selon un procédé inventé par l'Américain Charles Goodyear... Il faudrait parler du rapport épistémologique entre technique et science, du rapport ontologique entre technique et humanité, du rapport psychologique entre science et industrie, entre ceux qui contemplent et ceux qui produisent.

Mais j'ai cependant passé une belle matinée, dans une grande maison dévouée au divertissement populaire et à l'industrie culturelle. C'est toute la condition du philosophe : s'il ne peut pas inciter à penser, il peut au moins amuser et distraire, passant du statut de philosophe à celui d'écrivain. Et au fond, n'est-il pas plus digne et honorable de faire rire que de faire pleurer ? La philosophie pratique pourrait bien n'être qu'un analgésique existentiel, un sédatif de la condition humaine.

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L'histoire de la cuisine ou Julie Gayet ?

18 Janvier 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Cuisine

Grands destinsQuelques-uns de mes amis (car j'ai, malgré tout, quelques amis) s'étonnent qu'après avoir publié une vingtaine d'ouvrages consacrés à l'histoire des systèmes de pensée (religions, philosophie, science, poésie...) j'ai fait paraître, tout récemment, une "Histoire de la cuisine" (éditions Jourdan, Bruxelles-Paris, 268 pages). Quoi, me disent-ils, d'ailleurs cordialement, tu as étudié les productions les plus sublimes de l'Humanité, la Relativité d'Albert Einstein, la Psychanalyse de Sigmund Freud, la Théorie électronique de Niels Bohr, l'Utopie communiste de Karl Marx, la Théorie des ensembles de Georg Cantor, la Phénoménologie d'Edmond Husserl, et voilà que tu t'intéresses au sujet si vulgaire de l'alimentation ? Sombrerais-tu dans le populisme en étudiant le remplissage des estomacs, alors qu'il y a tant à dire sur l'indicible, sur le spirituel, sur les sacro-saints droits de l'homme ou sur le programme de François Hollande pour faire, grâce à de nouvelles lois, le bonheur définitif de tous les Français, si libres, si égaux et si fraternels ?

C'est que je suis tenté par le matérialisme - aussi "vulgaire" soit-il. C'est qu'il me semble que les humains ont plus besoin de pain (et si possible de boeuf Stroganov, de poulet Marengo, de poires Belle Hélène, de steaks tartares et de filets américains, voire de hot-dogs et de choucroute) que de cortèges hurlant dans les grandes villes d'Europe et que de discours pour la préservation des langues d'Amazonie.

Certes, j'aurais pu, aujourd'hui, orienter ma réflexion vers Cahuzac, vers Dieudonné, vers Julie Gayet, représentants de la Très Sainte Humanité mis à l'honneur par les appétits populaires. Mais je préfère m'intéresser à la lente et difficultueuse construction des vérités (ne serait-ce que la recette de la béchamel ou de la crème Chantilly) plutôt qu'à la trop facile élaboration de mensonges. Mais quand même, les trois "héros" que je viens de citer symbolisent assez bien la Cupidité, la Haine et la Sexualité, qui sont, il faut en convenir, parmi les plus puissants moteurs de l'Histoire. Mes "héros" à moi sont plutôt Einstein, Freud, Bohr, Marx, Cantor, Husserl (voir, notamment : Les grands destins qui ont changé le monde, Jourdan, 331 pages). Au fait, savez-vous quel est le dénominateur commun de ces six personnages ?

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Histoire de la Physique

26 Octobre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Physique, #Histoire

Penser le mondeC'est étrange que, 45 ans plus tard, je poursuis encore mon interrogation, posée en 1968, quand je commençais à enseigner. Une question simple, comme toutes les questions que se pose la philosophie : comment l'homme est-il capable de connaître, ou, plus radicalement : que valent les connaissances humaines ? Je m'étais assigné un programme, en lecteur de Bachelard : examiner en profondeur l'évolution de la Science d'un côté et celle des religions d'autre part, pour étudier deux démarches opposées de l'esprit humain dans l'interprétation de sa condition, ce qui impliquait de publier, tôt ou tard, une "Histoire de la Science" et une "Histoire des religions". Il m'a fallu des années pour rassembler une documentation suffisante, et j'ai pris le temps de fréquenter quelques laboratoires, j'ai publié mon "Histoire de la Science" en 9 volumes chez Vuibert, Paris (2002-2009), et j'ai encore publié quelques travaux annexes chez L'Harmattan, Paris, et chez Jourdan, Bruxelles.

J'ai aussi publié, déjà, chez Jourdan, les 2 premiers volumes de mon "Histoire des religions". Et j'entreprends maintenant, car mon enquête historique n'est peut-être pas suffisante, et surtout parce que mes réponses épistémologiques manquent encore de clarté, de reprendre l'examen de l'histoire de la Physique. J'aimerais, par exemple, dénouer les multiples rapports entre Physique et Mathématique (théorie des groupes et particules, notamment), qui ont fait avancer la Physique vers des visions du monde d'une incroyable précision (voir la découverte prévue du boson de Higgs).

Une des difficultés est d'éviter de tomber dans le piège béant de l'érudition ou dans celui, plein de séductions malignes, de l'anecdote. Et je dois donc chercher, dans les textes d'Aristote et d'Einstein, la "quintessence" des observations et des raisonnements. L'autre difficulté est bien sûr de formuler des conclusions, de passer de l'historiographie à l'épistémographie. L'étude m'a montré que le noeud de la question réside dans la nature de la relation du sujet et de l'objet (de Moi et du Monde), de la conscience et des phénomènes. Le problème de la connaissance est celui de la mise en place, par le sujet connaissant, d'une liaison homégénéisante entre le sujet et l'objet. L'idée de l'instrumentation comme criterium de la scientificité me semble être un résultat précieux de l'éditologie, mais doit encore être approfondie, et aurais-je le temps de tout éclaircir ?

Je dois éviter de m'égarer dans la technicité de la Physique, et en même temps je ne peux oublier que c'est justement cette technicité qui fait que la Physique est une "science", et pas un simple discours littéraire, c'est-à-dire sentimental et métaphorique.

Chacun doit choisir la montagne dont il espère atteindre un jour le sommet.

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Le mystere de la pince a linge

13 Septembre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Technique, #Histoire

"Tenir un blog" conduit à découvrir l'Humanité, ou du moins cette partie de l'Humanité qui a appris à lire, à cliquer et à consulter les immenses ressources documentaires et récréatives d'Internet. J'ai donc fait quelques découvertes, basées sur les commentaires et messages de mes visiteurs, et mon anthropologie s'affine à l'aide de nouvelles observations. Ainsi ai-je découvert l'intérêt, pour moi inattendu, de nombreux citoyens du monde électronique pour la question difficile et délicate de l'invention de la pince à linge. Qui l'a inventée ? Dans quel pays ? A quelle date ? Voilà des questions qui agitent de nombreux esprits, indifférents sans doute à la question de l'Être en tant qu'être, à celle des Valeurs, ou à celle de l'existence - discutable - d'une littérature suisse ou d'une littérature belge.

Il faut savoir que le titulaire d'un blog peut connaître, au jour le jour, sinon l'identité des visiteurs, du moins la question qui les a amenés à consulter tel ou tel article du blog. Et je constate très régulièrement que, parmi les questions des "internautes" qui les font atterrir sur mon site Web, figure ce questionnement désespéré : "mais qui donc a inventé la pince à linge ?" Ces malheureux en quête de vérité doivent, après m'avoir visité (façon de parler), être profondément déçus, car je l'avoue avec un peu de honte et beaucoup d'humilité, je ne sais pas qui fut l'inventeur de la pince à linge. Par contre, mais peut-être que les chercheurs de la véracité pince-à-lingère s'en moquent avec constance, je connais l'inventeur du saxophone, de la crème Chantilly, du revolver, de la machine à vapeur, de la Poire Belle Hélène, du carpaccio et de la dynamo électrique. Voir, entre autres, mes livres parus chez Jourdan : Curieuses histoires des inventions et Histoire de la Cuisine.

Ceci étant écrit et posté sur mon blog, je salue confraternellement ces chercheurs de vérité, et je les félicite de leur ardeur à accumuler des savoirs. Car il n'y a pas de péché plus mortel que l'ignorance volontaire. 

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Sur l'histoire du savoir

3 Juin 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Epistémologie

L’étude approfondie de l’histoire des systèmes de pensée (mythes, religions, science…) révèle avec une grande clarté que l’esprit humain ne dispose que de deux moyens pour connaître : l’observation et le raisonnement – ce que Kant théorisera dans sa célèbre Critique (1781) en distinguant die Sinnlichkeit und der Verstand. Mais le pouvoir de l’observation est limité – la vision humaine ne perçoit ni les lointaines étoiles ni les trop petits microbes. Mais le pouvoir du raisonnement est limité – l’homme qui n’a pas suffisamment réfléchi sa réflexion se perd dans les paralogismes et prend ses constructions mentales pour des réalités. Etant donné son mode de développement – de l’enfance à la maturité au sein d’une collectivité – l’esprit humain est soumis aux pesanteurs des traditions de sa tribu, et il faudra des millénaires pour que des individualités (d’ailleurs rares) parviennent à mettre les traditions en doute, créant ainsi un savoir nouveau que l’on appellera la philosophie. L’histoire montre donc, et l’actualité le confirme, qu’il est très difficile de se débarrasser d’une tradition, ou même seulement d’imaginer qu’elle pourrait être sans fondement.

Bien que débarrassée de l’asservissement à la tradition (la pression sociale), la philosophie ne dispose toujours que de deux outils intellectuels, l’observation et le raisonnement. Elle élabore de somptueux systèmes d’explication des choses qui ne sont, sous l’apparence de l’authentique et du profond, que de nouveaux mystères. La philosophie remplace les dieux par l’Être (Aristote, Heidegger) ou par le Noumène (Kant), l’âme des hommes par l’Esprit (Hegel) ou par la Volonté (Schopenhauer) ou par l’Inconscient (Freud), et elle remplace la morale des traditions par une éthique apophtegmatique aux fondements tout aussi incertains. Le plus souvent, la philosophie dégénère en littérature.

Cependant, de ce non-savoir prétentieux et stérile naîtra quand même, venu du monde inattendu des constructeurs de machines de guerre (les ingénieurs du Moyen Âge de l’artillerie pyrotechnique), un tout nouveau système de pensée – que l’on appellera la science. Il base son activité cognitive sur l’observation et le raisonnement, mais en y ajoutant ce que j’ai appelé l’instrumentation, qui est l’utilisation d’instruments, de dispositifs matériels qui vont augmenter de manière spectaculaire les performances de l’observation et du raisonnement. Par l’instrument, l’observateur étend considérablement le champ de son appréhension du Réel. Par l’instrument, il peut en outre acquérir des nombres (des « mesures ») qui lui permettront de multiplier de manière spectaculaire la force de ses raisonnements par la mathématisation. Et l’homme qui pense sait maintenant pourquoi, malgré des savoirs immenses et scrupuleusement vérifiés, il ne sait pas encore tout ce qu’il voudrait savoir. Il a enfin compris que pour connaître l’Absolu absolument il lui faudrait un instrument absolument infini. Les prouesses récentes de la Physique et de l’Astronomie le montrent clairement. Plus grandissent les télescopes et les accélérateurs de particules, plus s’étend le champ de l’observable, et l’on trouve de plus lointaines étoiles ou de plus infimes corpuscules.

Maurice Merleau-Ponty a écrit (Le visible et l’invisible) : « l’Être est ce qui exige de nous création pour que nous en ayons l’expérience ». Mais quelle Humanité, même « riche » de ses diversités et de plus de 7 milliards d’individus, saurait créer l’instrument donnant l’expérience de l’Être ?

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Pourquoi l'Histoire des sciences ?

29 Avril 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science

Technologia.jpgA la fin d'une vie, il est convenable de se poser cette question. Pourquoi ai-je consacré - depuis 1969, date de ma première publication - une partie importante de ma vie de penseur, de philosophe, d'intellectuel, à l'Histoire des sciences, ou plus exactement à l'Histoire de la Science, de la Technique et de l'Industrie ? Ce qui a donné 17 livres publiés, quelques manuscrits restés inachevés, et plusieurs dizaines d'articles édités dans des revues ou des ouvrages collectifs ? Sans compter la fondation de la revue Technologia, en 1978, que j'ai dirigée pendant plus de dix ans. Pourquoi, puisque en raison d'une loi inéluctable, chaque heure passée à réfléchir ou à rédiger dans le domaine de l'HSTI était perdue à jamais pour la philosophie, pour l'herméneutique chercheuse de sens, ou pour la création littéraire ? Pourquoi lire Copernic, Einstein ou Diophante, ce qui signifie immédiatement ne pas lire les divers ouvrages d'Alain Badiou, ou tel livre que me recommande chaleureusement tel ami ? Pourquoi ai-je bâti mon oeuvre sur l'examen critique des travaux des savants, des ingénieurs et des industriels, alors que j'aurais pu relire une cinquième fois la Critique de la raison pure ou une huitième fois les Méditations cartésiennes ? Pourquoi cette dilection particulière pour les expériences de physique, pour les théories subtilement mathématisées, et en somme pourquoi admirai-je davantage le Théorème de Pythagore ou la Théorie des quanta que le Code civil ou le Manifeste du parti communiste ? Pourquoi cet intérêt peut-être suspect, pathétique en somme, pour les vases en verre des laboratoires, pour les électromètres et les galvanomètres, pour les microscopes, et pour les vieux livres de "chymie", de philosophia naturalis ou de bromatologie ?

Je suis là, avec ma bibliographie, avec mes 55.684 fiches informatisées, avec des dossiers accumulés pendant toute une vie et qui deviennent trop lourds pour le vieil homme que je suis devenu, héritier de Montucla, de Hoefer, de Sarton, de Bachelard, de Daumas...

Pourquoi cette vie courbée sur des collections de vieilles revues au papier devenu cassant, le Journal des Sçavans, les Acta eruditorum, et en compagnie, tout bien compté, des meilleurs esprits du passé ? Et si c'était de l'orgueil, en réalité, le magnifique et somptueux orgueil de passer son temps avec Lavoisier et Mendéléev plutôt qu'avec Marx, Nietzsche et Freud, et avec les autres maniaques extasiés de l'humanisme ? N'est-ce pas, pendant que ma vie s'achève, comme un immense et joyeux pied de nez aux pignoufs prétentieux, aux cuistres pédants et aux imposteurs ?

 

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Sur le Moyen Age

21 Février 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Philosophie

de-loutil-a-la-machine-Si de braves gens veulent absolument croire que le Moyen Age fut une époque formidable, avec des philosophes d'une profonde intelligence, des savants d'une inexprimable sagacité, des ingénieurs d'une prodigieuse créativité, sachez-le : cela m'est parfaitement égal. Quand j'exprime dans un texte que je destine à l'Humanité tout entière, aujourd'hui et pour le reste des siècles, le résultat de mes maigres réflexions et de mes recherches évidemment insuffisantes - comment résoudre les problèmes de la Connaissance et de l'Action en seulement quarante années ? - je ne fais que lancer, comme on dit, une bouteille à la mer, et je n'ai plus l'âge de vouloir faire des disciples. D'accord, pas d'accord ? Je m'en fiche. Mais examinons quand même le Moyen Age, qui d'après moi s'achève à la fin du XIIIème siècle et qui commence quand on voudra, en 455 (prise de Rome par Genséric), en 410 (prise de Rome par Alaric), voire en 14 (mort de l'empereur Auguste).

 

J'ai d'abord étudié l'histoire des techniques (voir De l'outil à la machine, Paris, 2003). J'ai dû en convenir : la créativité technicienne fut très faible jusqu'au début des années 1300, et ni l'invention de l'étrier, ni celle du collier d'épaule, même si elles eurent des conséquences intéressantes, ne produisirent une "révolution" dans les modes productifs comparable à l'invention de l'agriculture au Néolithique ou à la mise au point de la machine à vapeur au XVIIIème siècle. Les grandes inventions (boussole, canon, imprimerie) furent, elles, déterminantes, mais justement il s'agit des XIVème et XVème siècles, ce qui correspond à la sortie du Moyen Age, sortie rendue possible par ces inventions mêmes.

J'ai ensuite étudié l'histoire de la science, et, plus encore que pour la technique, j'ai trouvé, tant dans le MA latin que dans le MA byzantin et que dans le MA arabe, des siècles particulièrement obscurs. Je n'ai pas trouvé une seule, pas une seule, idée nouvelle vraiment de première grandeur, et je rappelle que l'idée de la transmutation des métaux remonte aux premiers siècles de l'Empire romain (avec les techniques de laboratoire comme la distillation), que l'algèbre est inventée par Diophante au IIIème siècle, et que les chiffres décimaux et le zéro sont des inventions indiennes qui remontent à l'Antiquité. Quant à la médecine, qui au Moyen Age est d'ailleurs plus une technique qu'une science, elle ne fait aucun progrès notable par rapport à Oribase, à Galien, et même à Hippocrate.

 

J'ai, enfin, étudié l'histoire de la philosophie. Si l'on veut bien entendre par ce terme l'effort intellectuel de comprendre le monde et l'homme dans le monde en éliminant les données héritées des traditions, il n'y a rien, RIEN, de Boèce (qui ne fait que rédiger des manuels sans concepts nouveaux) à Thomas d'Aquin. Bien sûr, si l'on donne au mot "philosophie" un sens large du genre "pensée approfondie", alors le Moyen Age est tout plein de philosophes, comme il y a plein de philosophes dans la Chine de Confucius, chez les aborigènes d'Australie, chez les Esquimaux, sur les plateaux de télévision où pensent en public Patrick Sébatien et Laurent Gerra, et chez les poètes du dimanche.

 

Et les cathédrales, Monsieur, les belles cathédrales ? Elles sont belles, en effet, et elles m'effrayent, vastes constructions dédiées à la superstition populaire. Un plaisir esthétique ne correspond pas nécessairement à une vérité - voyez les romans. Ceci dit, c'est peut-être ça, la "valeur" du Moyen Age : avoir su calmer les gens par l'Espoir. On ne faisait pas la grève, au Moyen Age. Mais rassurons-nous. Le Moyen Age va revenir, il est déjà parmi nous, avec de grands monuments sans images, pour des hommes qui préféreront croire que comprendre. 

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