Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Jean C. Baudet

Articles avec #histoire tag

Les grands Belges

29 Juillet 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Belgique, #Histoire

Dans mon livre "Les plus grands Belges" (La Boîte à Pandore, Paris, 223 pages, paru en juillet 2014), j'étudie la vie et l'oeuvre de 175 personnalités belges des Lettres, des Arts, de la Science et de l'Industrie. L'objectif principal de ce livre était de rassembler des données pour étudier la relation entre la STI (science-technique-industrie) et la non-STI (la "culture") dans l'histoire d'un peuple. J'ai choisi la Belgique parce que je m'y trouve, et parce qu'il m'est infiniment plus facile de recueillir de l'information sur les Wallons, les Bruxellois et les Flamands que sur les Boliviens, les Vietnamiens ou les Fuégiens. Et puis, on a vite fait le tour de la Belgique dans l'espace et dans le temps (de 1830 à nos jours, à comparer avec l'histoire de la France ou de la Grèce...). La thèse principale qui résulte de mon travail est que la Belgique d'aujourd'hui, c'est-à-dire la vie et le niveau de vie des Belges de 2014, dépend bien plus de l'activité des Cockerill, Solvay, Gramme ou Empain que de celle des Wiertz, Ensor, Verhaeren, Magritte ou Hugo Claus. Pour le dire un peu vite, la Belgique (et la prospérité des Belges) a été construite par ses ingénieurs et par ses industriels, pas par ses sculpteurs, ses violonistes et ses poètes. Ou, mieux dit peut-être, il y a la Belgique matérielle des usines, des boulangeries et des chemins de fer, et la Belgique culturelle avec les aventures de Tintin, de Bob Morane et du commissaire Maigret, les facéties de Magritte et de Delvaux, et les arpèges sublimes du Concours musical Reine Elisabeth. Certes, la Belgique serait bien triste sans les oeuvres d'Ysaye ou de Joseph Jongen, ou sans les merveilleux poèmes d'Emile Kesteman et sans les nouvelles abracadabrantes de Jean Ray. Mais avant d'écouter des musiques et de lire des phrases, il faut du pain (éventuellement du cramique), de la viande (du filet d'Anvers ou du saucisson de Bastogne), et de temps en temps un fromage (de Herve) ou un plat de fraises (de Wépion).

Il y a la Belgique du Travail et la Belgique du Loisir.

Il n'y a que trois femmes parmi mes 175 portraits. Ce n'est évidemment pas par misogynie de ma part, et je rappelle que j'ai publié une célébration des femmes savantes en 2010 ("Curieuses histoires des dames de la science", Jourdan, Bruxelles). La Belgique d'aujourd'hui a été "construite" par des hommes plutôt que par des femmes, c'est ce que nous enseigne la science historique ! Notre réseau de routes et de chemins de fer, d'usines et de magasins, d'écoles, d'hôpitaux et de prisons serait-il différent s'il avait été conçu et réalisé par des dames et demoiselles ?

Pour info :                

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Les plus grands Belges

24 Juillet 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Belgique, #Histoire

Mon livre  Les plus grands Belges (éditions La Boîte à Pandore, Paris, 223 pages) vient de sortir de presse. J’y propose une « Histoire de la Belgique » par l’évocation des œuvres des « grands Belges » dans les Lettres, la Science, les Arts et l’Industrie. Ce n’est donc pas une énième histoire sociale et politique de la Belgique, mais c’est l’étude de ceux qui ont réellement construit la Belgique – la Belgique matérielle des ingénieurs et des industriels et la Belgique morale et intellectuelle des philosophes, des hommes de science, des écrivains et des artistes. On ne trouvera donc pas les hommes politiques – qui ont organisé, et parfois désorganisé le pays – parmi Les plus grands Belges, mais on y rencontrera Jo Delahaut et Jacques Brel, Zénobe Gramme et Henri Conscience, Ilya Prigogine et Chaïm Perelman, Eugène Ysaye, Emile Kesteman, Stanislas-André Steeman et plus de cent autres « créateurs » dans tous les domaines de la création artistique, littéraire, industrielle…

De 1830 à 1973, la Belgique fut « grande et belle » (sur l’air de la Brabançonne). Depuis 1973, la désindustrialisation permanente, les gabegies institutionnelles conduisant à l’endettement de l’Etat, mais peut-être surtout des événements extérieurs que la Belgique ne peut que subir, conduisent au désarroi moral, à l’appauvrissement matériel d’un pays qui fut la troisième puissance économique du monde, et qui n’est plus connu de l’Univers que pour ses frites. Les plus grands Belges ont beaucoup construit, donnant au monde le commissaire Maigret, les machines électriques, le saxophone, Tintin, l’Atomium, le filet américain, l’équation des origines de l’Univers, la chanson « Le plat pays », les bases de l’immunologie, le tableau « Ceci n’est pas une pipe » et le Palais de Justice de Bruxelles. Cela valait bien un livre, sans doute…   

Lire la suite

Histoire des mathematiques

30 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Mathématiques, #Histoire

Je viens de recevoir les exemplaires d'auteur de mon dernier livre : Histoire des mathématiques, qui vient de paraître chez Vuibert, à Paris (VI+346 pages). Ce volume est beaucoup plus qu'une simple réédition "revue et corrigée" de mon Nouvel Abrégé d'histoire des mathématiques, paru chez le même éditeur en 2002 (douze ans, déjà !). En effet, j'ai complètement refondu la rédaction de cet ouvrage, de manière à tenir compte de nouvelles lectures et de l'avancée de mon travail épistémologique (voir notamment mon livre de 2005 : Mathématique et vérité - Une philosophie du nombre, L'Harmattan, Paris).

J'étudie l'apparition (déjà à la Préhistoire), le développement et les extraordinaires acquis de la pensée mathématique tout au long de l'Histoire, c'est-à-dire de la méditation sur les nombres (arithmétique) et sur les formes (géométrie), jusqu'au XXème siècle quand, grâce aux travaux notamment de Bertrand Russel et de Nicolas Bourbaki, "les" mathématiques ne forment plus que "une" mathématique. J'identifie ainsi, dans une réflexion plus épistémologique qu'historienne, la mathématique comme le langage de la raison, comme un des critères de la scientificité, et à vrai dire comme l'ossature de la civilisation occidentale.

Mais en m'efforçant de comprendre (et donc d'expliquer) comment a progressé l'étude des nombres et des figures, avec notamment l'invention de l'algèbre par Diophante ou la création de la logique symbolique par George Boole, je suis obligé d'aller aux notions les plus radicales du travail mathématicien, et je fournis ainsi comme une "introduction à la mathématique" pour tous ceux - enseignants, enseignés, curieux... - qui éprouvent quelque difficulté à pénétrer dans le monde des algèbres et des topologies. Ainsi, faisant en somme d'une pierre deux coups, je donne à la fois un manuel d'épistémologie mathématique pour les savants confirmés et un ouvrage d'initiation pour les débutants.

Mon Nouvel Abrégé d'histoire des mathématiques ayant été fort bien accueilli tant par le grand public que par le public restreint des mathématiciens et des philosophes des sciences, j'espère évidemment un même accueil pour un livre qui me semble "amélioré". J'ai en tout cas reçu souvent des témoignages de lecteurs qui m'ont confirmé une idée toute simple : on comprend plus facilement les maths quand on les aborde dans l'ordre même de leur constitution historique : les maths "préhistoriques" sont plus simples que les maths des Grecs, et la mathématique d'Euclide et d'Archimède est plus simple que celle de Descartes ou de Newton.

Mon nouveau livre devrait se trouver chez les bons libraires dans les prochains jours.

Pour info :        

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles, interview sur ma philosophie :  

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur), interview sur mes travaux sur l'invention technique :  

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

Lire la suite

Jacques Vermeylen lecteur d'Isaïe

25 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Religion

Le révérend père Jacques Vermeylen est docteur de l'Université Catholique de Louvain, professeur émérite de la Faculté de théologie de Lille, et grand spécialiste des études bibliques, surtout de ce que les chrétiens appellent l'Ancien Testament, c'est-à-dire à quelques textes près la Bible judaïque. J'ai déjà pu apprécié la vaste érudition et le sens profond de l'analyse philologique du père Vermeylen, notamment en préparant mon livre sur l'origine des religions, Curieuses histoires de la Pensée (Jourdan, 2011). Par exemple, je me souviens avoir lu, enchanté et admiratif, son étude très savante en forme d'enquête policière "David a-t-il été assassiné ?" (Revue biblique 107(4): 481-494, 2000).

Et voici que cet auteur attachant vient de faire paraître, aux éditions Cerf (Paris), un livre débordant d'érudition et d'enthousiasme (au sens étymologique du terme) : Le livre d'Isaïe - Une cathédrale littéraire (235 pages). C'est vraiment, avec d'innombrables notes infrapaginales, avec une bibliographie abondante, avec un index des passages cités de l'Ancien Testament, un livre savant. Mais que savons-nous d'Isaïe ? Peu, fort peu de choses. On n'a d'Isaïe que son livre, aucun autre témoignage contemporain, et le prophète ne s'occupe guère de nous renseigner sur sa personne. C'est d'ailleurs banal. Que savons-nous de l'auteur de la Chanson de Roland, ou d'Homère (un contemporain d'Isaïe) ? Voici un texte qui a fortement influencé les idées d'une grande partie de l'Humanité, et son auteur est un illustre inconnu, ou plutôt un ensemble d'inconnus. Car, nous apprend Vermeylen, il y eut plusieurs Isaïe. Le texte que nous possédons, lu par les juifs et par les chrétiens, a été composé, par ajouts et remaniements rédactionnels successifs, par toute une série d'Isaïe, du VIIIème au IIème siècle avant l'ère chrétienne. Le premier Isaïe (le seul peut-être qui porta ce nom) est donc du VIIIème siècle. On peut ajouter qu'il était, d'après ses écrits, un proche du roi de Juda.

Dans le classement traditionnel des livres de la Bible, le livre d'Isaïe vient immédiatement après le livre des Rois, ce qui permet de supposer (mais ce n'est qu'une hypothèse), qu'Isaïe (celui du VIIIème siècle) fut le premier des prophètes, ou du moins un des premiers. L'étude de son discours est donc intéressant pour tenter de comprendre comment les idées évoluent à l'intérieur d'une tradition religieuse, pourtant rétive à toute évolution intellectuelle. Dans sa conclusion, le RP Vermeylen nous montre que les événements politiques sont à l'origine des remontrances du prophète. C'est l'attitude du roi de Juda par rapport aux grandes puissances de l'époque (Egypte, Assyrie, puis Babylonie) qui inspire la théologie d'Isaïe et de ses émules. L'auteur nous dit "Isaïe suggère ainsi une forme nouvelle de religion, où la fidélité résulte moins dans le culte que dans une éthique de la vie collective" (p. 188). De là à faire, dans une lectio divina catholique, d'Isaïe et des prophètes les précurseurs d'un Jésus, qui privilégiait la charité plutôt que les pratiques rituelles, il n'y a qu'un pas. Les religions seraient donc capables d'évoluer ?

Essayer d'être plus précis pour situer le premier Isaïe ? L'introduction de son livre nous dit "Vision d'Isaïe fils d'Amots, qu'il vit sur Juda et Jérusalem aux jours d'Ozias, Yotam, Achaz, Ezéchias, rois de Juda". Les règnes (mal connus) des quatre rois correspondent au dernier tiers du VIIIème siècle. La plupart des historiens datent de 727 l'avènement d'Ezéchias, fils d'Achaz. 

Pour info :      

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles, interview sur ma philosophie :  

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur), interview sur mes travaux sur l'invention technique :  

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

Lire la suite

Islamisme et sens de l'Histoire

16 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Islamisme

D'après l'Agence Belga, des dizaines de morts hier au Kenya, à Mpeketoni, dans un attentat islamiste. Et c'est comme ça tous les jours, pour la grandeur d'Allah ! Il suffit désormais de suivre l'actualité, même négligemment, pour savoir quel est l'ennemi mortel actuel de la Civilisation et de la Pensée. Mais ces attentats au nom de l'islam vont-ils désaveugler les opinions publiques et éclairer les intellectuels qui hurlent à l'islamophobie chaque fois que l'on commente un massacre de Boko Haram, d'Al Qaïda, des djihadistes de Syrie, des talibans, des shebabs, et d'autres groupes encore ?... Au XXème siècle, le projet islamiste se bornait presque à menacer Israël et à proclamer la solution finale au Moyen-Orient : rejeter tous les juifs à la mer. Maintenant, le programme s'est étendu, et il s'agit de détruire l'Occident, par des actions massacrantes de plus en plus fréquentes, qui concernent aussi bien la Chine et l'Afrique christo-animiste que les USA ou la France laïque. Aujourd'hui, des centaines de Français, de Belges et d'autres Européens partent en Turquie pour mener la guerre sainte. Combien seront-ils dans six mois, dans cinq ans ?

Dans ma jeunesse, j'ai mal apprécié le sens de l'Histoire. J'ai cru que l'affaiblissement du christianisme renforcerait "mécaniquement" la libre pensée, la rationalité, la laïcité et l'agnosticisme. Mais nous assistons au jeu des vases communicants des croyances, et l'on tombe de Charybde en Scylla. Car le christianisme avait fini par se débarrasser de son fanatisme, et l'on ne tuait plus pour athéisme en pays chrétien.

Dans les années 1910 à 1940, l'ennemi mortel de la Civilisation fut le pangermanisme, qui engendra le nazisme. On sait ce qu'il a fallu pour s'en débarrasser. Dans les années 1950 à 1990, l'ennemi fut le communisme stalinien, puis les gauchismes (j'entends les mouvements gauchistes prônant la violence), dont on a cru être libéré avec la chute du mur de Berlin et la "fin de l'Histoire". Hélas, ce n'était que partie remise. Nous connaissons maintenant le visage des nouveaux ennemis de la Liberté.

Bien sûr, peut-être que ma lecture de l'Histoire est sans nuances, et que je me trompe. Peut-être que les hommes de bonne volonté, chrétiens, musulmans, hindouïstes, juifs, animistes, shintoïstes, marxistes, adventistes du septième jour, zoroastriens, droits-de-l'hommistes, mélenchonistes, témoins de Jéhovah et athées vont, la main dans la main, nous préparer la fraternité universelle et le désarmement spiritualiste. Peut-être...

Pour info :    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Le Congo Belge et Jacques Braibant

21 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Belgique, #Histoire

Je viens d'achever la lecture, intéressante et même captivante, du livre Congo - Un pari stupide, de Jacques Braibant, qui vient d'être publié par les éditions Jourdan (Bruxelles-Paris, 2014, 237 pages). L'auteur a vécu sa jeunesse au Congo Belge, jusqu'en 1960 (il est né en 1941), et il s'est soigneusement documenté sur l'histoire de cette colonie, depuis 1876 jusqu'à ce que la Belgique lui accorde l'indépendance, le 30 juin 1960. L'on se souvient qu'il suffira de quelques jours pour qu'éclatent des émeutes qui conduisent aux pillages, aux destructions, aux viols, aux tortures, aux massacres.

Ce qui frappe dans le livre de Braibant, c'est d'une part sa capacité de construire un récit passionnant (la violence et la bêtise humaines forment, on le sait, la base de l'intérêt "littéraire"...) en mélangeant habilement souvenirs personnels, extraits d'archives et commentaires de simple bon sens, et d'autre part la mesure (rare chez nos historiens contemporains plus soucieux d'idéologie que de vérité historique) avec laquelle il décrit les événements, replacés dans leur contexte. Certes, les délégués du roi Léopold II, à la fin du XIXème siècle, firent travailler dur des Congolais, mais n'était-ce pas le temps où les Belges n'hésitaient pas à envoyer leurs propres enfants dans les mines de Wallonie ? Et si l'on reproche au grand roi d'avoir voulu doter son pays d'une colonie, il faut se souvenir qu'en 1876 les grands pays européens étaient colonisateurs, ou candidats-colonisateurs ! On ne juge pas un fait historique avec les lunettes éthiques d'un historien vivant cent ans après les faits, et l'éthique de 2014 n'est plus celle de 1876.

Rappelons qu'en septembre 1876 est fondée l'Association internationale pour réprimer la traite et ouvrir l'Afrique centrale à la civilisation, en conclusion d'une conférence internationale convoquée à Bruxelles par le roi des Belges. Rappelons aussi que le mot "traite" désignait l'esclavagisme organisé par les Arabes mahométans au dépens des populations congolaises, et ayons l'honnêteté de reconnaître que la chasse aux esclaves était bien plus rude que le travail forcé organisé dans les territoires de l'Etat Indépendant du Congo, quand celui-ci est créé et mis sous l'autorité du roi Léopold.

En somme, l'aventure belgo-congolaise, de 1876 à 1960, est celle de la rencontre tragique entre des peuplades flamandes et wallonnes et des peuplades africaines. Les premières connaissent l'écriture, la philosophie de Hegel, les chemins de fer, la machine à vapeur, le saxophone (inventé d'ailleurs par le Belge Sax), les moteurs électriques (grâce, encore, à un Belge, Gramme) et les poèmes de Baudelaire. Les populations autochtones du Congo ignorent l'écriture et vivent à l'âge de la pierre, ne connaissant pas la philosophie, les moteurs, les alexandrins et la monarchie constitutionnelle bicamérale, pratiquant la sorcellerie et le cannibalisme. Rencontre entre un peuple "avancé" (je veux désigner les Belges) et un peuple "attardé". Voilà le drame. Il s'est passé cent fois dans l'histoire, et c'est la répétition, sous d'autres cieux et à époque où l'écart civilisationnel était encore devenu plus grand, de la rencontre entre les Romains avancés de Jules César et les Belges attardés, Ménapiens et Eburons, d'il y a deux mille ans. Il y a des constantes dans l'Histoire.

Il est passionnant de lire, dans le livre de Braibant, de larges extraits des discours et discussions de la Table Ronde qui s'est tenue à Bruxelles en janvier et février 1960, réunissant ministres belges et délégués congolais (dont Patrice Lumumba et Joseph Kasa-Vubu), chargée de préparer l'indépendance de la colonie belge. Les Congolais voulaient l'indépendance immédiate, les Belges ont tenté de la retarder pour que le grand pays qu'est le Congo, avec des distances considérables, aie le temps de mettre en place une administration efficace. L'insistance des Congolais fut telle que les Belges acceptèrent le 1er juin (ce sera finalement le 30 juin) ! Parier que le Congo, dépourvu de juristes, d'ingénieurs, de poètes et d'archéologues, allait pouvoir se doter d'une organisation efficace en quelques mois était, comme le dit justement Braibant, un pari stupide. Mais qui étaient les parieurs ?

J'ai pu apprécier la difficulté de gouverner le Congo ex-belge lors de deux séjours dans ce pays de moustiques, avec de sinistres maladies tropicales, en 1966-1968 et en 1973-1975. Je suppose qu'aujourd'hui ce pays, dont on vante naïvement les ressources naturelles (que vaut un minerai sans géologues, sans chimistes, sans ingénieurs, sans agents commerciaux et sans voies de communication ?), 80 fois plus étendu que la Belgique, se porte mieux qu'en 1975. Les délégués congolais, autour de la Table Ronde, n'ont pas voulu regarder en face les réalités physiques et économiques, hypnotisés par le mot "indépendance". On est toujours perdant, quand on veut ignorer les réalités économiques.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles, interview sur ma philosophie :  

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur), interview sur mes travaux sur l'invention technique :  

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

Lire la suite

Avec Julien Sturbois

26 Mars 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Technique, #Histoire

Curieuses hist InventionsCe matin, de 9 à 11 heures, en compagnie de Julien Sturbois sur les ondes radio de Bel RTL, dans le cadre de l'émission "Beau Fixe". Je suis interrogé, sur fond de chansons et de spots publicitaires, sur mon livre "Curieuses Histoires des Inventions" (éditions Jourdan). L'exercice est amusant, et montre in vivo combien il est difficile d'informer le grand public en matière de "science, technologie et industrie". Car la connaissance "STI" ne consiste pas à savoir que le chimiste Lavoisier fut décapité en 1794, ou que le frein-parachute pour ascenseur fut mis au point par l'Américain Elisha Otis en 1853, ou que la vulcanisation du caoutchouc se fait par addition de soufre, ce qui sature les liaisons éthyléniques du poly-isoprène, selon un procédé inventé par l'Américain Charles Goodyear... Il faudrait parler du rapport épistémologique entre technique et science, du rapport ontologique entre technique et humanité, du rapport psychologique entre science et industrie, entre ceux qui contemplent et ceux qui produisent.

Mais j'ai cependant passé une belle matinée, dans une grande maison dévouée au divertissement populaire et à l'industrie culturelle. C'est toute la condition du philosophe : s'il ne peut pas inciter à penser, il peut au moins amuser et distraire, passant du statut de philosophe à celui d'écrivain. Et au fond, n'est-il pas plus digne et honorable de faire rire que de faire pleurer ? La philosophie pratique pourrait bien n'être qu'un analgésique existentiel, un sédatif de la condition humaine.

Lire la suite

L'histoire de la cuisine ou Julie Gayet ?

18 Janvier 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Cuisine

Grands destinsQuelques-uns de mes amis (car j'ai, malgré tout, quelques amis) s'étonnent qu'après avoir publié une vingtaine d'ouvrages consacrés à l'histoire des systèmes de pensée (religions, philosophie, science, poésie...) j'ai fait paraître, tout récemment, une "Histoire de la cuisine" (éditions Jourdan, Bruxelles-Paris, 268 pages). Quoi, me disent-ils, d'ailleurs cordialement, tu as étudié les productions les plus sublimes de l'Humanité, la Relativité d'Albert Einstein, la Psychanalyse de Sigmund Freud, la Théorie électronique de Niels Bohr, l'Utopie communiste de Karl Marx, la Théorie des ensembles de Georg Cantor, la Phénoménologie d'Edmond Husserl, et voilà que tu t'intéresses au sujet si vulgaire de l'alimentation ? Sombrerais-tu dans le populisme en étudiant le remplissage des estomacs, alors qu'il y a tant à dire sur l'indicible, sur le spirituel, sur les sacro-saints droits de l'homme ou sur le programme de François Hollande pour faire, grâce à de nouvelles lois, le bonheur définitif de tous les Français, si libres, si égaux et si fraternels ?

C'est que je suis tenté par le matérialisme - aussi "vulgaire" soit-il. C'est qu'il me semble que les humains ont plus besoin de pain (et si possible de boeuf Stroganov, de poulet Marengo, de poires Belle Hélène, de steaks tartares et de filets américains, voire de hot-dogs et de choucroute) que de cortèges hurlant dans les grandes villes d'Europe et que de discours pour la préservation des langues d'Amazonie.

Certes, j'aurais pu, aujourd'hui, orienter ma réflexion vers Cahuzac, vers Dieudonné, vers Julie Gayet, représentants de la Très Sainte Humanité mis à l'honneur par les appétits populaires. Mais je préfère m'intéresser à la lente et difficultueuse construction des vérités (ne serait-ce que la recette de la béchamel ou de la crème Chantilly) plutôt qu'à la trop facile élaboration de mensonges. Mais quand même, les trois "héros" que je viens de citer symbolisent assez bien la Cupidité, la Haine et la Sexualité, qui sont, il faut en convenir, parmi les plus puissants moteurs de l'Histoire. Mes "héros" à moi sont plutôt Einstein, Freud, Bohr, Marx, Cantor, Husserl (voir, notamment : Les grands destins qui ont changé le monde, Jourdan, 331 pages). Au fait, savez-vous quel est le dénominateur commun de ces six personnages ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles)

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Histoire de la Physique

26 Octobre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Physique, #Histoire

Penser le mondeC'est étrange que, 45 ans plus tard, je poursuis encore mon interrogation, posée en 1968, quand je commençais à enseigner. Une question simple, comme toutes les questions que se pose la philosophie : comment l'homme est-il capable de connaître, ou, plus radicalement : que valent les connaissances humaines ? Je m'étais assigné un programme, en lecteur de Bachelard : examiner en profondeur l'évolution de la Science d'un côté et celle des religions d'autre part, pour étudier deux démarches opposées de l'esprit humain dans l'interprétation de sa condition, ce qui impliquait de publier, tôt ou tard, une "Histoire de la Science" et une "Histoire des religions". Il m'a fallu des années pour rassembler une documentation suffisante, et j'ai pris le temps de fréquenter quelques laboratoires, j'ai publié mon "Histoire de la Science" en 9 volumes chez Vuibert, Paris (2002-2009), et j'ai encore publié quelques travaux annexes chez L'Harmattan, Paris, et chez Jourdan, Bruxelles.

J'ai aussi publié, déjà, chez Jourdan, les 2 premiers volumes de mon "Histoire des religions". Et j'entreprends maintenant, car mon enquête historique n'est peut-être pas suffisante, et surtout parce que mes réponses épistémologiques manquent encore de clarté, de reprendre l'examen de l'histoire de la Physique. J'aimerais, par exemple, dénouer les multiples rapports entre Physique et Mathématique (théorie des groupes et particules, notamment), qui ont fait avancer la Physique vers des visions du monde d'une incroyable précision (voir la découverte prévue du boson de Higgs).

Une des difficultés est d'éviter de tomber dans le piège béant de l'érudition ou dans celui, plein de séductions malignes, de l'anecdote. Et je dois donc chercher, dans les textes d'Aristote et d'Einstein, la "quintessence" des observations et des raisonnements. L'autre difficulté est bien sûr de formuler des conclusions, de passer de l'historiographie à l'épistémographie. L'étude m'a montré que le noeud de la question réside dans la nature de la relation du sujet et de l'objet (de Moi et du Monde), de la conscience et des phénomènes. Le problème de la connaissance est celui de la mise en place, par le sujet connaissant, d'une liaison homégénéisante entre le sujet et l'objet. L'idée de l'instrumentation comme criterium de la scientificité me semble être un résultat précieux de l'éditologie, mais doit encore être approfondie, et aurais-je le temps de tout éclaircir ?

Je dois éviter de m'égarer dans la technicité de la Physique, et en même temps je ne peux oublier que c'est justement cette technicité qui fait que la Physique est une "science", et pas un simple discours littéraire, c'est-à-dire sentimental et métaphorique.

Chacun doit choisir la montagne dont il espère atteindre un jour le sommet.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles)

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur)

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

Lire la suite

Le mystere de la pince a linge

13 Septembre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Technique, #Histoire

"Tenir un blog" conduit à découvrir l'Humanité, ou du moins cette partie de l'Humanité qui a appris à lire, à cliquer et à consulter les immenses ressources documentaires et récréatives d'Internet. J'ai donc fait quelques découvertes, basées sur les commentaires et messages de mes visiteurs, et mon anthropologie s'affine à l'aide de nouvelles observations. Ainsi ai-je découvert l'intérêt, pour moi inattendu, de nombreux citoyens du monde électronique pour la question difficile et délicate de l'invention de la pince à linge. Qui l'a inventée ? Dans quel pays ? A quelle date ? Voilà des questions qui agitent de nombreux esprits, indifférents sans doute à la question de l'Être en tant qu'être, à celle des Valeurs, ou à celle de l'existence - discutable - d'une littérature suisse ou d'une littérature belge.

Il faut savoir que le titulaire d'un blog peut connaître, au jour le jour, sinon l'identité des visiteurs, du moins la question qui les a amenés à consulter tel ou tel article du blog. Et je constate très régulièrement que, parmi les questions des "internautes" qui les font atterrir sur mon site Web, figure ce questionnement désespéré : "mais qui donc a inventé la pince à linge ?" Ces malheureux en quête de vérité doivent, après m'avoir visité (façon de parler), être profondément déçus, car je l'avoue avec un peu de honte et beaucoup d'humilité, je ne sais pas qui fut l'inventeur de la pince à linge. Par contre, mais peut-être que les chercheurs de la véracité pince-à-lingère s'en moquent avec constance, je connais l'inventeur du saxophone, de la crème Chantilly, du revolver, de la machine à vapeur, de la Poire Belle Hélène, du carpaccio et de la dynamo électrique. Voir, entre autres, mes livres parus chez Jourdan : Curieuses histoires des inventions et Histoire de la Cuisine.

Ceci étant écrit et posté sur mon blog, je salue confraternellement ces chercheurs de vérité, et je les félicite de leur ardeur à accumuler des savoirs. Car il n'y a pas de péché plus mortel que l'ignorance volontaire. 

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>