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Jean C. Baudet

Articles avec #histoire tag

Avec Julien Sturbois

26 Mars 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Technique, #Histoire

Curieuses hist InventionsCe matin, de 9 à 11 heures, en compagnie de Julien Sturbois sur les ondes radio de Bel RTL, dans le cadre de l'émission "Beau Fixe". Je suis interrogé, sur fond de chansons et de spots publicitaires, sur mon livre "Curieuses Histoires des Inventions" (éditions Jourdan). L'exercice est amusant, et montre in vivo combien il est difficile d'informer le grand public en matière de "science, technologie et industrie". Car la connaissance "STI" ne consiste pas à savoir que le chimiste Lavoisier fut décapité en 1794, ou que le frein-parachute pour ascenseur fut mis au point par l'Américain Elisha Otis en 1853, ou que la vulcanisation du caoutchouc se fait par addition de soufre, ce qui sature les liaisons éthyléniques du poly-isoprène, selon un procédé inventé par l'Américain Charles Goodyear... Il faudrait parler du rapport épistémologique entre technique et science, du rapport ontologique entre technique et humanité, du rapport psychologique entre science et industrie, entre ceux qui contemplent et ceux qui produisent.

Mais j'ai cependant passé une belle matinée, dans une grande maison dévouée au divertissement populaire et à l'industrie culturelle. C'est toute la condition du philosophe : s'il ne peut pas inciter à penser, il peut au moins amuser et distraire, passant du statut de philosophe à celui d'écrivain. Et au fond, n'est-il pas plus digne et honorable de faire rire que de faire pleurer ? La philosophie pratique pourrait bien n'être qu'un analgésique existentiel, un sédatif de la condition humaine.

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L'histoire de la cuisine ou Julie Gayet ?

18 Janvier 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Cuisine

Grands destinsQuelques-uns de mes amis (car j'ai, malgré tout, quelques amis) s'étonnent qu'après avoir publié une vingtaine d'ouvrages consacrés à l'histoire des systèmes de pensée (religions, philosophie, science, poésie...) j'ai fait paraître, tout récemment, une "Histoire de la cuisine" (éditions Jourdan, Bruxelles-Paris, 268 pages). Quoi, me disent-ils, d'ailleurs cordialement, tu as étudié les productions les plus sublimes de l'Humanité, la Relativité d'Albert Einstein, la Psychanalyse de Sigmund Freud, la Théorie électronique de Niels Bohr, l'Utopie communiste de Karl Marx, la Théorie des ensembles de Georg Cantor, la Phénoménologie d'Edmond Husserl, et voilà que tu t'intéresses au sujet si vulgaire de l'alimentation ? Sombrerais-tu dans le populisme en étudiant le remplissage des estomacs, alors qu'il y a tant à dire sur l'indicible, sur le spirituel, sur les sacro-saints droits de l'homme ou sur le programme de François Hollande pour faire, grâce à de nouvelles lois, le bonheur définitif de tous les Français, si libres, si égaux et si fraternels ?

C'est que je suis tenté par le matérialisme - aussi "vulgaire" soit-il. C'est qu'il me semble que les humains ont plus besoin de pain (et si possible de boeuf Stroganov, de poulet Marengo, de poires Belle Hélène, de steaks tartares et de filets américains, voire de hot-dogs et de choucroute) que de cortèges hurlant dans les grandes villes d'Europe et que de discours pour la préservation des langues d'Amazonie.

Certes, j'aurais pu, aujourd'hui, orienter ma réflexion vers Cahuzac, vers Dieudonné, vers Julie Gayet, représentants de la Très Sainte Humanité mis à l'honneur par les appétits populaires. Mais je préfère m'intéresser à la lente et difficultueuse construction des vérités (ne serait-ce que la recette de la béchamel ou de la crème Chantilly) plutôt qu'à la trop facile élaboration de mensonges. Mais quand même, les trois "héros" que je viens de citer symbolisent assez bien la Cupidité, la Haine et la Sexualité, qui sont, il faut en convenir, parmi les plus puissants moteurs de l'Histoire. Mes "héros" à moi sont plutôt Einstein, Freud, Bohr, Marx, Cantor, Husserl (voir, notamment : Les grands destins qui ont changé le monde, Jourdan, 331 pages). Au fait, savez-vous quel est le dénominateur commun de ces six personnages ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles)

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Histoire de la Physique

26 Octobre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Physique, #Histoire

Penser le mondeC'est étrange que, 45 ans plus tard, je poursuis encore mon interrogation, posée en 1968, quand je commençais à enseigner. Une question simple, comme toutes les questions que se pose la philosophie : comment l'homme est-il capable de connaître, ou, plus radicalement : que valent les connaissances humaines ? Je m'étais assigné un programme, en lecteur de Bachelard : examiner en profondeur l'évolution de la Science d'un côté et celle des religions d'autre part, pour étudier deux démarches opposées de l'esprit humain dans l'interprétation de sa condition, ce qui impliquait de publier, tôt ou tard, une "Histoire de la Science" et une "Histoire des religions". Il m'a fallu des années pour rassembler une documentation suffisante, et j'ai pris le temps de fréquenter quelques laboratoires, j'ai publié mon "Histoire de la Science" en 9 volumes chez Vuibert, Paris (2002-2009), et j'ai encore publié quelques travaux annexes chez L'Harmattan, Paris, et chez Jourdan, Bruxelles.

J'ai aussi publié, déjà, chez Jourdan, les 2 premiers volumes de mon "Histoire des religions". Et j'entreprends maintenant, car mon enquête historique n'est peut-être pas suffisante, et surtout parce que mes réponses épistémologiques manquent encore de clarté, de reprendre l'examen de l'histoire de la Physique. J'aimerais, par exemple, dénouer les multiples rapports entre Physique et Mathématique (théorie des groupes et particules, notamment), qui ont fait avancer la Physique vers des visions du monde d'une incroyable précision (voir la découverte prévue du boson de Higgs).

Une des difficultés est d'éviter de tomber dans le piège béant de l'érudition ou dans celui, plein de séductions malignes, de l'anecdote. Et je dois donc chercher, dans les textes d'Aristote et d'Einstein, la "quintessence" des observations et des raisonnements. L'autre difficulté est bien sûr de formuler des conclusions, de passer de l'historiographie à l'épistémographie. L'étude m'a montré que le noeud de la question réside dans la nature de la relation du sujet et de l'objet (de Moi et du Monde), de la conscience et des phénomènes. Le problème de la connaissance est celui de la mise en place, par le sujet connaissant, d'une liaison homégénéisante entre le sujet et l'objet. L'idée de l'instrumentation comme criterium de la scientificité me semble être un résultat précieux de l'éditologie, mais doit encore être approfondie, et aurais-je le temps de tout éclaircir ?

Je dois éviter de m'égarer dans la technicité de la Physique, et en même temps je ne peux oublier que c'est justement cette technicité qui fait que la Physique est une "science", et pas un simple discours littéraire, c'est-à-dire sentimental et métaphorique.

Chacun doit choisir la montagne dont il espère atteindre un jour le sommet.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles)

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur)

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

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Le mystere de la pince a linge

13 Septembre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Technique, #Histoire

"Tenir un blog" conduit à découvrir l'Humanité, ou du moins cette partie de l'Humanité qui a appris à lire, à cliquer et à consulter les immenses ressources documentaires et récréatives d'Internet. J'ai donc fait quelques découvertes, basées sur les commentaires et messages de mes visiteurs, et mon anthropologie s'affine à l'aide de nouvelles observations. Ainsi ai-je découvert l'intérêt, pour moi inattendu, de nombreux citoyens du monde électronique pour la question difficile et délicate de l'invention de la pince à linge. Qui l'a inventée ? Dans quel pays ? A quelle date ? Voilà des questions qui agitent de nombreux esprits, indifférents sans doute à la question de l'Être en tant qu'être, à celle des Valeurs, ou à celle de l'existence - discutable - d'une littérature suisse ou d'une littérature belge.

Il faut savoir que le titulaire d'un blog peut connaître, au jour le jour, sinon l'identité des visiteurs, du moins la question qui les a amenés à consulter tel ou tel article du blog. Et je constate très régulièrement que, parmi les questions des "internautes" qui les font atterrir sur mon site Web, figure ce questionnement désespéré : "mais qui donc a inventé la pince à linge ?" Ces malheureux en quête de vérité doivent, après m'avoir visité (façon de parler), être profondément déçus, car je l'avoue avec un peu de honte et beaucoup d'humilité, je ne sais pas qui fut l'inventeur de la pince à linge. Par contre, mais peut-être que les chercheurs de la véracité pince-à-lingère s'en moquent avec constance, je connais l'inventeur du saxophone, de la crème Chantilly, du revolver, de la machine à vapeur, de la Poire Belle Hélène, du carpaccio et de la dynamo électrique. Voir, entre autres, mes livres parus chez Jourdan : Curieuses histoires des inventions et Histoire de la Cuisine.

Ceci étant écrit et posté sur mon blog, je salue confraternellement ces chercheurs de vérité, et je les félicite de leur ardeur à accumuler des savoirs. Car il n'y a pas de péché plus mortel que l'ignorance volontaire. 

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Sur l'histoire du savoir

3 Juin 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Epistémologie

L’étude approfondie de l’histoire des systèmes de pensée (mythes, religions, science…) révèle avec une grande clarté que l’esprit humain ne dispose que de deux moyens pour connaître : l’observation et le raisonnement – ce que Kant théorisera dans sa célèbre Critique (1781) en distinguant die Sinnlichkeit und der Verstand. Mais le pouvoir de l’observation est limité – la vision humaine ne perçoit ni les lointaines étoiles ni les trop petits microbes. Mais le pouvoir du raisonnement est limité – l’homme qui n’a pas suffisamment réfléchi sa réflexion se perd dans les paralogismes et prend ses constructions mentales pour des réalités. Etant donné son mode de développement – de l’enfance à la maturité au sein d’une collectivité – l’esprit humain est soumis aux pesanteurs des traditions de sa tribu, et il faudra des millénaires pour que des individualités (d’ailleurs rares) parviennent à mettre les traditions en doute, créant ainsi un savoir nouveau que l’on appellera la philosophie. L’histoire montre donc, et l’actualité le confirme, qu’il est très difficile de se débarrasser d’une tradition, ou même seulement d’imaginer qu’elle pourrait être sans fondement.

Bien que débarrassée de l’asservissement à la tradition (la pression sociale), la philosophie ne dispose toujours que de deux outils intellectuels, l’observation et le raisonnement. Elle élabore de somptueux systèmes d’explication des choses qui ne sont, sous l’apparence de l’authentique et du profond, que de nouveaux mystères. La philosophie remplace les dieux par l’Être (Aristote, Heidegger) ou par le Noumène (Kant), l’âme des hommes par l’Esprit (Hegel) ou par la Volonté (Schopenhauer) ou par l’Inconscient (Freud), et elle remplace la morale des traditions par une éthique apophtegmatique aux fondements tout aussi incertains. Le plus souvent, la philosophie dégénère en littérature.

Cependant, de ce non-savoir prétentieux et stérile naîtra quand même, venu du monde inattendu des constructeurs de machines de guerre (les ingénieurs du Moyen Âge de l’artillerie pyrotechnique), un tout nouveau système de pensée – que l’on appellera la science. Il base son activité cognitive sur l’observation et le raisonnement, mais en y ajoutant ce que j’ai appelé l’instrumentation, qui est l’utilisation d’instruments, de dispositifs matériels qui vont augmenter de manière spectaculaire les performances de l’observation et du raisonnement. Par l’instrument, l’observateur étend considérablement le champ de son appréhension du Réel. Par l’instrument, il peut en outre acquérir des nombres (des « mesures ») qui lui permettront de multiplier de manière spectaculaire la force de ses raisonnements par la mathématisation. Et l’homme qui pense sait maintenant pourquoi, malgré des savoirs immenses et scrupuleusement vérifiés, il ne sait pas encore tout ce qu’il voudrait savoir. Il a enfin compris que pour connaître l’Absolu absolument il lui faudrait un instrument absolument infini. Les prouesses récentes de la Physique et de l’Astronomie le montrent clairement. Plus grandissent les télescopes et les accélérateurs de particules, plus s’étend le champ de l’observable, et l’on trouve de plus lointaines étoiles ou de plus infimes corpuscules.

Maurice Merleau-Ponty a écrit (Le visible et l’invisible) : « l’Être est ce qui exige de nous création pour que nous en ayons l’expérience ». Mais quelle Humanité, même « riche » de ses diversités et de plus de 7 milliards d’individus, saurait créer l’instrument donnant l’expérience de l’Être ?

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Pourquoi l'Histoire des sciences ?

29 Avril 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science

Technologia.jpgA la fin d'une vie, il est convenable de se poser cette question. Pourquoi ai-je consacré - depuis 1969, date de ma première publication - une partie importante de ma vie de penseur, de philosophe, d'intellectuel, à l'Histoire des sciences, ou plus exactement à l'Histoire de la Science, de la Technique et de l'Industrie ? Ce qui a donné 17 livres publiés, quelques manuscrits restés inachevés, et plusieurs dizaines d'articles édités dans des revues ou des ouvrages collectifs ? Sans compter la fondation de la revue Technologia, en 1978, que j'ai dirigée pendant plus de dix ans. Pourquoi, puisque en raison d'une loi inéluctable, chaque heure passée à réfléchir ou à rédiger dans le domaine de l'HSTI était perdue à jamais pour la philosophie, pour l'herméneutique chercheuse de sens, ou pour la création littéraire ? Pourquoi lire Copernic, Einstein ou Diophante, ce qui signifie immédiatement ne pas lire les divers ouvrages d'Alain Badiou, ou tel livre que me recommande chaleureusement tel ami ? Pourquoi ai-je bâti mon oeuvre sur l'examen critique des travaux des savants, des ingénieurs et des industriels, alors que j'aurais pu relire une cinquième fois la Critique de la raison pure ou une huitième fois les Méditations cartésiennes ? Pourquoi cette dilection particulière pour les expériences de physique, pour les théories subtilement mathématisées, et en somme pourquoi admirai-je davantage le Théorème de Pythagore ou la Théorie des quanta que le Code civil ou le Manifeste du parti communiste ? Pourquoi cet intérêt peut-être suspect, pathétique en somme, pour les vases en verre des laboratoires, pour les électromètres et les galvanomètres, pour les microscopes, et pour les vieux livres de "chymie", de philosophia naturalis ou de bromatologie ?

Je suis là, avec ma bibliographie, avec mes 55.684 fiches informatisées, avec des dossiers accumulés pendant toute une vie et qui deviennent trop lourds pour le vieil homme que je suis devenu, héritier de Montucla, de Hoefer, de Sarton, de Bachelard, de Daumas...

Pourquoi cette vie courbée sur des collections de vieilles revues au papier devenu cassant, le Journal des Sçavans, les Acta eruditorum, et en compagnie, tout bien compté, des meilleurs esprits du passé ? Et si c'était de l'orgueil, en réalité, le magnifique et somptueux orgueil de passer son temps avec Lavoisier et Mendéléev plutôt qu'avec Marx, Nietzsche et Freud, et avec les autres maniaques extasiés de l'humanisme ? N'est-ce pas, pendant que ma vie s'achève, comme un immense et joyeux pied de nez aux pignoufs prétentieux, aux cuistres pédants et aux imposteurs ?

 

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Sur le Moyen Age

21 Février 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Philosophie

de-loutil-a-la-machine-Si de braves gens veulent absolument croire que le Moyen Age fut une époque formidable, avec des philosophes d'une profonde intelligence, des savants d'une inexprimable sagacité, des ingénieurs d'une prodigieuse créativité, sachez-le : cela m'est parfaitement égal. Quand j'exprime dans un texte que je destine à l'Humanité tout entière, aujourd'hui et pour le reste des siècles, le résultat de mes maigres réflexions et de mes recherches évidemment insuffisantes - comment résoudre les problèmes de la Connaissance et de l'Action en seulement quarante années ? - je ne fais que lancer, comme on dit, une bouteille à la mer, et je n'ai plus l'âge de vouloir faire des disciples. D'accord, pas d'accord ? Je m'en fiche. Mais examinons quand même le Moyen Age, qui d'après moi s'achève à la fin du XIIIème siècle et qui commence quand on voudra, en 455 (prise de Rome par Genséric), en 410 (prise de Rome par Alaric), voire en 14 (mort de l'empereur Auguste).

 

J'ai d'abord étudié l'histoire des techniques (voir De l'outil à la machine, Paris, 2003). J'ai dû en convenir : la créativité technicienne fut très faible jusqu'au début des années 1300, et ni l'invention de l'étrier, ni celle du collier d'épaule, même si elles eurent des conséquences intéressantes, ne produisirent une "révolution" dans les modes productifs comparable à l'invention de l'agriculture au Néolithique ou à la mise au point de la machine à vapeur au XVIIIème siècle. Les grandes inventions (boussole, canon, imprimerie) furent, elles, déterminantes, mais justement il s'agit des XIVème et XVème siècles, ce qui correspond à la sortie du Moyen Age, sortie rendue possible par ces inventions mêmes.

J'ai ensuite étudié l'histoire de la science, et, plus encore que pour la technique, j'ai trouvé, tant dans le MA latin que dans le MA byzantin et que dans le MA arabe, des siècles particulièrement obscurs. Je n'ai pas trouvé une seule, pas une seule, idée nouvelle vraiment de première grandeur, et je rappelle que l'idée de la transmutation des métaux remonte aux premiers siècles de l'Empire romain (avec les techniques de laboratoire comme la distillation), que l'algèbre est inventée par Diophante au IIIème siècle, et que les chiffres décimaux et le zéro sont des inventions indiennes qui remontent à l'Antiquité. Quant à la médecine, qui au Moyen Age est d'ailleurs plus une technique qu'une science, elle ne fait aucun progrès notable par rapport à Oribase, à Galien, et même à Hippocrate.

 

J'ai, enfin, étudié l'histoire de la philosophie. Si l'on veut bien entendre par ce terme l'effort intellectuel de comprendre le monde et l'homme dans le monde en éliminant les données héritées des traditions, il n'y a rien, RIEN, de Boèce (qui ne fait que rédiger des manuels sans concepts nouveaux) à Thomas d'Aquin. Bien sûr, si l'on donne au mot "philosophie" un sens large du genre "pensée approfondie", alors le Moyen Age est tout plein de philosophes, comme il y a plein de philosophes dans la Chine de Confucius, chez les aborigènes d'Australie, chez les Esquimaux, sur les plateaux de télévision où pensent en public Patrick Sébatien et Laurent Gerra, et chez les poètes du dimanche.

 

Et les cathédrales, Monsieur, les belles cathédrales ? Elles sont belles, en effet, et elles m'effrayent, vastes constructions dédiées à la superstition populaire. Un plaisir esthétique ne correspond pas nécessairement à une vérité - voyez les romans. Ceci dit, c'est peut-être ça, la "valeur" du Moyen Age : avoir su calmer les gens par l'Espoir. On ne faisait pas la grève, au Moyen Age. Mais rassurons-nous. Le Moyen Age va revenir, il est déjà parmi nous, avec de grands monuments sans images, pour des hommes qui préféreront croire que comprendre. 

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Sur l'histoire de la philosophie

20 Février 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Histoire

La philosophie est la tradition qui rejette toutes les traditions. Elle est par essence blasphématoire. Cela signifie que tout philosophe entame sa réflexion dans la méfiance, écartant (jusqu'à plus ample informé) toutes les idées extérieures, notamment religieuses. Mais cela ne veut pas dire qu'il ne reviendra pas, au terme de sa méditation, à reconnaître éventuellement la valeur d'une tradition particulière, et à la justifier "philosophiquement".

Ma définition écarte donc de la philosophie 1° toutes les pensées antérieures à 600 avant Jésus de Nazareth (Thalès de Milet), 2° tout le Moyen Age chrétien, ou judaïque avec Maïmonide, ou mahométan avec Avicenne, 3° les pensées orientales. Ni l'Inde, ni la Chine, ni le Japon n'ont donné (je veux dire avant le XXème siècle) de penseur ayant osé rejeter le religieux, et dont la doctrine aurait influencé durablement et en profondeur le développement de la philosophie depuis Thalès jusqu'à nos jours. Force est alors de reconnaître - et c'est assez gênant dans les couloirs de l'ONU - que la philosophie est "occidentale", allant de Thalès à BHL et Michel Onfray. Et force est aussi de constater que la philosophie (créatrice, je ne parle pas des manuels d'enseignement) ne s'est exprimée exclusivement qu'en sept langues: grec, latin, italien, français, anglais, allemand, russe. Et la philosophie vivante, aujourd'hui, n'utilise plus (momentanément) que l'anglais, l'allemand et le français. D'où l'existence actuellement (cela va changer si l'islam réussit une nouvelle fois, mais cette fois sur un plus large espace géographique, à étouffer la pensée libre) de trois courants philosophiques : français (rationalisme clair venu de Descartes), allemand (rationalisme obscur venu de Hegel), anglais (empirisme logique venu de Locke).

Ce qui précède n'est qu'un court billet, dont chaque mot devrait être longuement nuancé. La philosophie ne se limite pas à Thalès, Descartes, Locke et Hegel. Encore que... Mais "penser", c'est aussi "simplifier", et je crois qu'un professeur de philosophie au Burundi ou en Corée du Sud m'accordera qu'aujourd'hui la philosophie trouve bien ses origines proches chez Descartes et chez Locke, et sa source lointaine chez les physiciens de Milet.

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Y a-t-il des intellectuels belges ?

29 Janvier 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Belgique

Pensee belgeEn 2007, je publiais une Histoire des sciences et de l'industrie en Belgique aux éditions Jourdan. Ayant ainsi fait l'inventaire des scientifiques, des ingénieurs et des industriels belges, je réalisai qu'il pourrait être intéressant d'élaborer l'inventaire symétrique des philosophes et des écrivains de ce petit pays étonnant. N'avais-je pas mis en évidence que l'on doit aux Belges le saxophone (Sax), la mitrailleuse (Fafchamps), la voiture automobile (Lenoir), l'électrotechnique (Gramme) et l'équation de l'origine de l'Univers (Lemaître) ? Sans compter le chocolat Côte d'Or ! J'entrepris donc de lire les philosophes belges, les sociologues belges, les poètes belges, etc. et, après moultes discussions, nous nous accordâmes, Alain Jourdan et moi, pour le titre A quoi pensent les Belges ? plutôt que pour le titre un peu trop académique "Histoire des lettres et de la pensée en Belgique". Et donc mon livre sur l'intelligentsia belge sortait de presse en 2010.

 

En 2000, les actes d'un colloque au Canada m'avaient appris que, lors de cette réunion universitaire (à Trois-Rivières, si j'ai bon souvenir) le Belge Paul Aron (romaniste à l'Université Libre de Bruxelles) avait posé la question "Existe-t-il un intellectuel belge ?", et il avait répondu lui-même à la question : "Je répondrais : non. L'intellectuel belge est un oxymore". Je rappelle d'abord qu'un oxymore n'est ni un insecte ni un crabe (encore que...), et j'ajouterai que mon enquête me conduisait à une conclusion moins nette, richement documentée, mais finalement assez proche de celle d'Aron. J'ai en effet cité, dans mon livre, environ 700 philosophes, philologues (dont Paul Aron), sociologues, étruscologues, historiens, hellénistes, psychologues, romanciers, dramaturges, poètes belges, morts ou vivants.

 

Ma conclusion était qu'il y a des intellectuels en Belgique (ils existent, j'en ai rencontrés), qu'il y en a même beaucoup, mais qu'alors que ce pays a donné au monde de "grands" ingénieurs, il n'a pas encore donné de "grands" intellectuels. Ou alors, il faut les chercher dans la "paralittérature", avec Simenon (policier), Hergé (bande dessinée) et Ray (fantastique).

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La déchéance de l'Europe

30 Décembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Politique

 

Toute l'Histoire n'est que la synthèse de quelque 100 milliards d'existences humaines. Celles-ci connaissent toutes le même destin : naissance, croissance, décrépitude, disparition. La montée en qualité du Sujet de l'Histoire - l'Humanité - n'est possible que par le fait des pensées et des actes de quelques hommes. On l'appelle Civilisation. Qui ne peut progresser que par les effets cumulés de pensées "vraies" et d'actes "bons". Mais aussi vraies soient leurs pensées et aussi bons leurs actes, les hommes ne peuvent pas éviter les déterminations de leur condition : l'essence de l'humain précède les existences ! Il s'agit des "données" de la Nature. Et d'abord, les pensées vraies sont rares et les actes bons incertains. Les hommes, nus et incapables de penser et d'agir à la naissance, sont pour la plupart destinés à ne développer que fort peu leurs aptitudes "vraies" et "bonnes". Non seulement l'Humanité comporte un pourcentage élevé de crétins congénitaux, mais les systèmes éducatifs à mettre en place pour développer les aptitudes civilisationnelles chez les enfants sont complexes, et délicats, et dès lors coûteux.

Depuis quelques années - depuis 1933 avec Monsieur Hitler, ou peut-être déjà depuis 1870 avec Monsieur Bismarck - l'Europe, qui fut pendant quelques siècles le moteur civilisateur de l'Humanité, sombre dans la déchéance et l'abjection. L'Europe qui a donné au reste de l'Humanité la logique (Aristote), l'algèbre (Diophante), l'expérimentation physico-mathématique (Galilée), l'opéra (Monteverdi) et la phénoménologie (Husserl) n'a plus à proposer que les sketches vulgaires et abêtissants de quelques humoristes et les gesticulations pornographiques de quelques chanteurs, ou des idéologies déniant les évidences de la technique et de l'économie. Pour entretenir des misérables toujours plus nombreux, les élites politico-démagogiques des pays européens empruntent l'argent nécessaire aux Chinois, aux Indiens et aux Arabes, auxquels ces mêmes pays ont d'ailleurs appris... la technique et l'économie.

La déchéance européenne, qui apparaît sous forme de dettes publiques abyssales, de budgets monstrueusement déficitaires, de systèmes d'enseignement stupidement inadaptés aux évolutions du monde, conduit à des comportements de plus en plus aberrants.

Les populations européennes sont marquées par l'obésité, par la surdité, par la drogue, par la violence, l'envie, le vieillissement, les troubles du comportement sexuel, et par des anomalies cognitives. Ces populations pensent que "chacun a sa vérité" (!), que "tous les hommes sont égaux" (!!), qu'il "vaut mieux donner que recevoir" (!!!). Elles n'en ont donc plus pour longtemps.

Pour bien comprendre l'ampleur de l'apport civilisationnel des Européens, voir mon "Histoire générale des sciences et des techniques" (Vuibert, Paris, 2002-2015, onze volumes). On consultera aussi avec profit, me semble-t-il, mes livres récents "Curieuses histoires des inventions" (Jourdan, Bruxelles, 2011) et "Les grands destins qui ont changé le monde" (Jourdan, 2012).

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles)
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