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Jean C. Baudet

Articles avec #histoire tag

Sur l'histoire du savoir

3 Juin 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Epistémologie

L’étude approfondie de l’histoire des systèmes de pensée (mythes, religions, science…) révèle avec une grande clarté que l’esprit humain ne dispose que de deux moyens pour connaître : l’observation et le raisonnement – ce que Kant théorisera dans sa célèbre Critique (1781) en distinguant die Sinnlichkeit und der Verstand. Mais le pouvoir de l’observation est limité – la vision humaine ne perçoit ni les lointaines étoiles ni les trop petits microbes. Mais le pouvoir du raisonnement est limité – l’homme qui n’a pas suffisamment réfléchi sa réflexion se perd dans les paralogismes et prend ses constructions mentales pour des réalités. Etant donné son mode de développement – de l’enfance à la maturité au sein d’une collectivité – l’esprit humain est soumis aux pesanteurs des traditions de sa tribu, et il faudra des millénaires pour que des individualités (d’ailleurs rares) parviennent à mettre les traditions en doute, créant ainsi un savoir nouveau que l’on appellera la philosophie. L’histoire montre donc, et l’actualité le confirme, qu’il est très difficile de se débarrasser d’une tradition, ou même seulement d’imaginer qu’elle pourrait être sans fondement.

Bien que débarrassée de l’asservissement à la tradition (la pression sociale), la philosophie ne dispose toujours que de deux outils intellectuels, l’observation et le raisonnement. Elle élabore de somptueux systèmes d’explication des choses qui ne sont, sous l’apparence de l’authentique et du profond, que de nouveaux mystères. La philosophie remplace les dieux par l’Être (Aristote, Heidegger) ou par le Noumène (Kant), l’âme des hommes par l’Esprit (Hegel) ou par la Volonté (Schopenhauer) ou par l’Inconscient (Freud), et elle remplace la morale des traditions par une éthique apophtegmatique aux fondements tout aussi incertains. Le plus souvent, la philosophie dégénère en littérature.

Cependant, de ce non-savoir prétentieux et stérile naîtra quand même, venu du monde inattendu des constructeurs de machines de guerre (les ingénieurs du Moyen Âge de l’artillerie pyrotechnique), un tout nouveau système de pensée – que l’on appellera la science. Il base son activité cognitive sur l’observation et le raisonnement, mais en y ajoutant ce que j’ai appelé l’instrumentation, qui est l’utilisation d’instruments, de dispositifs matériels qui vont augmenter de manière spectaculaire les performances de l’observation et du raisonnement. Par l’instrument, l’observateur étend considérablement le champ de son appréhension du Réel. Par l’instrument, il peut en outre acquérir des nombres (des « mesures ») qui lui permettront de multiplier de manière spectaculaire la force de ses raisonnements par la mathématisation. Et l’homme qui pense sait maintenant pourquoi, malgré des savoirs immenses et scrupuleusement vérifiés, il ne sait pas encore tout ce qu’il voudrait savoir. Il a enfin compris que pour connaître l’Absolu absolument il lui faudrait un instrument absolument infini. Les prouesses récentes de la Physique et de l’Astronomie le montrent clairement. Plus grandissent les télescopes et les accélérateurs de particules, plus s’étend le champ de l’observable, et l’on trouve de plus lointaines étoiles ou de plus infimes corpuscules.

Maurice Merleau-Ponty a écrit (Le visible et l’invisible) : « l’Être est ce qui exige de nous création pour que nous en ayons l’expérience ». Mais quelle Humanité, même « riche » de ses diversités et de plus de 7 milliards d’individus, saurait créer l’instrument donnant l’expérience de l’Être ?

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Pourquoi l'Histoire des sciences ?

29 Avril 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science

Technologia.jpgA la fin d'une vie, il est convenable de se poser cette question. Pourquoi ai-je consacré - depuis 1969, date de ma première publication - une partie importante de ma vie de penseur, de philosophe, d'intellectuel, à l'Histoire des sciences, ou plus exactement à l'Histoire de la Science, de la Technique et de l'Industrie ? Ce qui a donné 17 livres publiés, quelques manuscrits restés inachevés, et plusieurs dizaines d'articles édités dans des revues ou des ouvrages collectifs ? Sans compter la fondation de la revue Technologia, en 1978, que j'ai dirigée pendant plus de dix ans. Pourquoi, puisque en raison d'une loi inéluctable, chaque heure passée à réfléchir ou à rédiger dans le domaine de l'HSTI était perdue à jamais pour la philosophie, pour l'herméneutique chercheuse de sens, ou pour la création littéraire ? Pourquoi lire Copernic, Einstein ou Diophante, ce qui signifie immédiatement ne pas lire les divers ouvrages d'Alain Badiou, ou tel livre que me recommande chaleureusement tel ami ? Pourquoi ai-je bâti mon oeuvre sur l'examen critique des travaux des savants, des ingénieurs et des industriels, alors que j'aurais pu relire une cinquième fois la Critique de la raison pure ou une huitième fois les Méditations cartésiennes ? Pourquoi cette dilection particulière pour les expériences de physique, pour les théories subtilement mathématisées, et en somme pourquoi admirai-je davantage le Théorème de Pythagore ou la Théorie des quanta que le Code civil ou le Manifeste du parti communiste ? Pourquoi cet intérêt peut-être suspect, pathétique en somme, pour les vases en verre des laboratoires, pour les électromètres et les galvanomètres, pour les microscopes, et pour les vieux livres de "chymie", de philosophia naturalis ou de bromatologie ?

Je suis là, avec ma bibliographie, avec mes 55.684 fiches informatisées, avec des dossiers accumulés pendant toute une vie et qui deviennent trop lourds pour le vieil homme que je suis devenu, héritier de Montucla, de Hoefer, de Sarton, de Bachelard, de Daumas...

Pourquoi cette vie courbée sur des collections de vieilles revues au papier devenu cassant, le Journal des Sçavans, les Acta eruditorum, et en compagnie, tout bien compté, des meilleurs esprits du passé ? Et si c'était de l'orgueil, en réalité, le magnifique et somptueux orgueil de passer son temps avec Lavoisier et Mendéléev plutôt qu'avec Marx, Nietzsche et Freud, et avec les autres maniaques extasiés de l'humanisme ? N'est-ce pas, pendant que ma vie s'achève, comme un immense et joyeux pied de nez aux pignoufs prétentieux, aux cuistres pédants et aux imposteurs ?

 

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Sur le Moyen Age

21 Février 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Philosophie

de-loutil-a-la-machine-Si de braves gens veulent absolument croire que le Moyen Age fut une époque formidable, avec des philosophes d'une profonde intelligence, des savants d'une inexprimable sagacité, des ingénieurs d'une prodigieuse créativité, sachez-le : cela m'est parfaitement égal. Quand j'exprime dans un texte que je destine à l'Humanité tout entière, aujourd'hui et pour le reste des siècles, le résultat de mes maigres réflexions et de mes recherches évidemment insuffisantes - comment résoudre les problèmes de la Connaissance et de l'Action en seulement quarante années ? - je ne fais que lancer, comme on dit, une bouteille à la mer, et je n'ai plus l'âge de vouloir faire des disciples. D'accord, pas d'accord ? Je m'en fiche. Mais examinons quand même le Moyen Age, qui d'après moi s'achève à la fin du XIIIème siècle et qui commence quand on voudra, en 455 (prise de Rome par Genséric), en 410 (prise de Rome par Alaric), voire en 14 (mort de l'empereur Auguste).

 

J'ai d'abord étudié l'histoire des techniques (voir De l'outil à la machine, Paris, 2003). J'ai dû en convenir : la créativité technicienne fut très faible jusqu'au début des années 1300, et ni l'invention de l'étrier, ni celle du collier d'épaule, même si elles eurent des conséquences intéressantes, ne produisirent une "révolution" dans les modes productifs comparable à l'invention de l'agriculture au Néolithique ou à la mise au point de la machine à vapeur au XVIIIème siècle. Les grandes inventions (boussole, canon, imprimerie) furent, elles, déterminantes, mais justement il s'agit des XIVème et XVème siècles, ce qui correspond à la sortie du Moyen Age, sortie rendue possible par ces inventions mêmes.

J'ai ensuite étudié l'histoire de la science, et, plus encore que pour la technique, j'ai trouvé, tant dans le MA latin que dans le MA byzantin et que dans le MA arabe, des siècles particulièrement obscurs. Je n'ai pas trouvé une seule, pas une seule, idée nouvelle vraiment de première grandeur, et je rappelle que l'idée de la transmutation des métaux remonte aux premiers siècles de l'Empire romain (avec les techniques de laboratoire comme la distillation), que l'algèbre est inventée par Diophante au IIIème siècle, et que les chiffres décimaux et le zéro sont des inventions indiennes qui remontent à l'Antiquité. Quant à la médecine, qui au Moyen Age est d'ailleurs plus une technique qu'une science, elle ne fait aucun progrès notable par rapport à Oribase, à Galien, et même à Hippocrate.

 

J'ai, enfin, étudié l'histoire de la philosophie. Si l'on veut bien entendre par ce terme l'effort intellectuel de comprendre le monde et l'homme dans le monde en éliminant les données héritées des traditions, il n'y a rien, RIEN, de Boèce (qui ne fait que rédiger des manuels sans concepts nouveaux) à Thomas d'Aquin. Bien sûr, si l'on donne au mot "philosophie" un sens large du genre "pensée approfondie", alors le Moyen Age est tout plein de philosophes, comme il y a plein de philosophes dans la Chine de Confucius, chez les aborigènes d'Australie, chez les Esquimaux, sur les plateaux de télévision où pensent en public Patrick Sébatien et Laurent Gerra, et chez les poètes du dimanche.

 

Et les cathédrales, Monsieur, les belles cathédrales ? Elles sont belles, en effet, et elles m'effrayent, vastes constructions dédiées à la superstition populaire. Un plaisir esthétique ne correspond pas nécessairement à une vérité - voyez les romans. Ceci dit, c'est peut-être ça, la "valeur" du Moyen Age : avoir su calmer les gens par l'Espoir. On ne faisait pas la grève, au Moyen Age. Mais rassurons-nous. Le Moyen Age va revenir, il est déjà parmi nous, avec de grands monuments sans images, pour des hommes qui préféreront croire que comprendre. 

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Sur l'histoire de la philosophie

20 Février 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Histoire

La philosophie est la tradition qui rejette toutes les traditions. Elle est par essence blasphématoire. Cela signifie que tout philosophe entame sa réflexion dans la méfiance, écartant (jusqu'à plus ample informé) toutes les idées extérieures, notamment religieuses. Mais cela ne veut pas dire qu'il ne reviendra pas, au terme de sa méditation, à reconnaître éventuellement la valeur d'une tradition particulière, et à la justifier "philosophiquement".

Ma définition écarte donc de la philosophie 1° toutes les pensées antérieures à 600 avant Jésus de Nazareth (Thalès de Milet), 2° tout le Moyen Age chrétien, ou judaïque avec Maïmonide, ou mahométan avec Avicenne, 3° les pensées orientales. Ni l'Inde, ni la Chine, ni le Japon n'ont donné (je veux dire avant le XXème siècle) de penseur ayant osé rejeter le religieux, et dont la doctrine aurait influencé durablement et en profondeur le développement de la philosophie depuis Thalès jusqu'à nos jours. Force est alors de reconnaître - et c'est assez gênant dans les couloirs de l'ONU - que la philosophie est "occidentale", allant de Thalès à BHL et Michel Onfray. Et force est aussi de constater que la philosophie (créatrice, je ne parle pas des manuels d'enseignement) ne s'est exprimée exclusivement qu'en sept langues: grec, latin, italien, français, anglais, allemand, russe. Et la philosophie vivante, aujourd'hui, n'utilise plus (momentanément) que l'anglais, l'allemand et le français. D'où l'existence actuellement (cela va changer si l'islam réussit une nouvelle fois, mais cette fois sur un plus large espace géographique, à étouffer la pensée libre) de trois courants philosophiques : français (rationalisme clair venu de Descartes), allemand (rationalisme obscur venu de Hegel), anglais (empirisme logique venu de Locke).

Ce qui précède n'est qu'un court billet, dont chaque mot devrait être longuement nuancé. La philosophie ne se limite pas à Thalès, Descartes, Locke et Hegel. Encore que... Mais "penser", c'est aussi "simplifier", et je crois qu'un professeur de philosophie au Burundi ou en Corée du Sud m'accordera qu'aujourd'hui la philosophie trouve bien ses origines proches chez Descartes et chez Locke, et sa source lointaine chez les physiciens de Milet.

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Y a-t-il des intellectuels belges ?

29 Janvier 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Belgique

Pensee belgeEn 2007, je publiais une Histoire des sciences et de l'industrie en Belgique aux éditions Jourdan. Ayant ainsi fait l'inventaire des scientifiques, des ingénieurs et des industriels belges, je réalisai qu'il pourrait être intéressant d'élaborer l'inventaire symétrique des philosophes et des écrivains de ce petit pays étonnant. N'avais-je pas mis en évidence que l'on doit aux Belges le saxophone (Sax), la mitrailleuse (Fafchamps), la voiture automobile (Lenoir), l'électrotechnique (Gramme) et l'équation de l'origine de l'Univers (Lemaître) ? Sans compter le chocolat Côte d'Or ! J'entrepris donc de lire les philosophes belges, les sociologues belges, les poètes belges, etc. et, après moultes discussions, nous nous accordâmes, Alain Jourdan et moi, pour le titre A quoi pensent les Belges ? plutôt que pour le titre un peu trop académique "Histoire des lettres et de la pensée en Belgique". Et donc mon livre sur l'intelligentsia belge sortait de presse en 2010.

 

En 2000, les actes d'un colloque au Canada m'avaient appris que, lors de cette réunion universitaire (à Trois-Rivières, si j'ai bon souvenir) le Belge Paul Aron (romaniste à l'Université Libre de Bruxelles) avait posé la question "Existe-t-il un intellectuel belge ?", et il avait répondu lui-même à la question : "Je répondrais : non. L'intellectuel belge est un oxymore". Je rappelle d'abord qu'un oxymore n'est ni un insecte ni un crabe (encore que...), et j'ajouterai que mon enquête me conduisait à une conclusion moins nette, richement documentée, mais finalement assez proche de celle d'Aron. J'ai en effet cité, dans mon livre, environ 700 philosophes, philologues (dont Paul Aron), sociologues, étruscologues, historiens, hellénistes, psychologues, romanciers, dramaturges, poètes belges, morts ou vivants.

 

Ma conclusion était qu'il y a des intellectuels en Belgique (ils existent, j'en ai rencontrés), qu'il y en a même beaucoup, mais qu'alors que ce pays a donné au monde de "grands" ingénieurs, il n'a pas encore donné de "grands" intellectuels. Ou alors, il faut les chercher dans la "paralittérature", avec Simenon (policier), Hergé (bande dessinée) et Ray (fantastique).

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La déchéance de l'Europe

30 Décembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Politique

 

Toute l'Histoire n'est que la synthèse de quelque 100 milliards d'existences humaines. Celles-ci connaissent toutes le même destin : naissance, croissance, décrépitude, disparition. La montée en qualité du Sujet de l'Histoire - l'Humanité - n'est possible que par le fait des pensées et des actes de quelques hommes. On l'appelle Civilisation. Qui ne peut progresser que par les effets cumulés de pensées "vraies" et d'actes "bons". Mais aussi vraies soient leurs pensées et aussi bons leurs actes, les hommes ne peuvent pas éviter les déterminations de leur condition : l'essence de l'humain précède les existences ! Il s'agit des "données" de la Nature. Et d'abord, les pensées vraies sont rares et les actes bons incertains. Les hommes, nus et incapables de penser et d'agir à la naissance, sont pour la plupart destinés à ne développer que fort peu leurs aptitudes "vraies" et "bonnes". Non seulement l'Humanité comporte un pourcentage élevé de crétins congénitaux, mais les systèmes éducatifs à mettre en place pour développer les aptitudes civilisationnelles chez les enfants sont complexes, et délicats, et dès lors coûteux.

Depuis quelques années - depuis 1933 avec Monsieur Hitler, ou peut-être déjà depuis 1870 avec Monsieur Bismarck - l'Europe, qui fut pendant quelques siècles le moteur civilisateur de l'Humanité, sombre dans la déchéance et l'abjection. L'Europe qui a donné au reste de l'Humanité la logique (Aristote), l'algèbre (Diophante), l'expérimentation physico-mathématique (Galilée), l'opéra (Monteverdi) et la phénoménologie (Husserl) n'a plus à proposer que les sketches vulgaires et abêtissants de quelques humoristes et les gesticulations pornographiques de quelques chanteurs, ou des idéologies déniant les évidences de la technique et de l'économie. Pour entretenir des misérables toujours plus nombreux, les élites politico-démagogiques des pays européens empruntent l'argent nécessaire aux Chinois, aux Indiens et aux Arabes, auxquels ces mêmes pays ont d'ailleurs appris... la technique et l'économie.

La déchéance européenne, qui apparaît sous forme de dettes publiques abyssales, de budgets monstrueusement déficitaires, de systèmes d'enseignement stupidement inadaptés aux évolutions du monde, conduit à des comportements de plus en plus aberrants.

Les populations européennes sont marquées par l'obésité, par la surdité, par la drogue, par la violence, l'envie, le vieillissement, les troubles du comportement sexuel, et par des anomalies cognitives. Ces populations pensent que "chacun a sa vérité" (!), que "tous les hommes sont égaux" (!!), qu'il "vaut mieux donner que recevoir" (!!!). Elles n'en ont donc plus pour longtemps.

Pour bien comprendre l'ampleur de l'apport civilisationnel des Européens, voir mon "Histoire générale des sciences et des techniques" (Vuibert, Paris, 2002-2015, onze volumes). On consultera aussi avec profit, me semble-t-il, mes livres récents "Curieuses histoires des inventions" (Jourdan, Bruxelles, 2011) et "Les grands destins qui ont changé le monde" (Jourdan, 2012).

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles)
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Histoire des maths

28 Mai 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Mathématiques, #Histoire

Hist-Maths.jpgPourquoi ai-je publié une histoire des maths, qui s'intitule - d'ailleurs assez bizarrement - Nouvel Abrégé d'histoire des mathématiques ? Toujours disponible chez les bons libraires de France et d'ailleurs, ayant fait l'objet de plusieurs nouveaux tirages par les éditions Vuibert. Pourquoi, en effet ? Parce qu'il s'agissait d'entamer (c'était en 2002, et même avant puisque je crois me souvenir que la rédaction a commencé en 1997 ou 1998) une histoire de la pensée scientifique, depuis la Préhistoire jusqu'à la fin du XXe siècle, et qu'il m'avait semblé que la mathématique, étant le langage de toutes les disciplines intellectuelles pouvant se présenter comme "sciences", il fallait l'étudier d'abord. Le fait est que l'histoire des maths coïncide en grande partie avec l'histoire de la raison, ou plus exactement de la raison se limitant à l'étude du raisonnable - car est-il raisonnable d'entreprendre la magique étude du coeur - sauf à compter ses battements - ou de l'esprit - sauf à tenter d'évaluer ses calculs ?

 

J'ai ainsi pu reconstituer, d'une manière que je crois assez "valable" (il y a une part d'hypothèse dans toute histoire), la double aventure intellectuelle (et pour certains extatique) de la découverte des formes (géométrie) et de la compréhension des nombres (arithmétique). Restait alors à explorer comment la mathématique - c'est-à-dire la connaissance des figures et des quantités - allait nourrir la technique (qui deviendra technologie), la physique et la chimie, et finalement la biologie (devenue moléculaire). L'explication de l'outil, du monde, de la matière et de la vie par la pensée quantitative. La qualité révélée par les quantités. Et si l'on se souvient que la musique et la poésie sont, d'abord, du rythme...

 

Au cours de l'histoire, c'est quand la raison se limite elle-même qu'elle devient efficace, et j'en donne cent exemples dans mes livres d'histoire de la science. Quand on veut tout savoir, on risque bien de ne savoir rien. C'est bien montré par L'Etre et le Néant de Sartre, plus instructif par ses petits riens que par ses grandes phrases.

 

Bien sûr, la vérité "scientifique" est désolante et décevante. Mais, jusqu'à présent, depuis le Poème de la Création (sumérien) jusqu'aux vociférations de l'imam de mon quartier, je n'en ai pas trouvé d'autre. Mais je cherche. Je dirai quoi, quand j'aurai trouvé.

 

Pour info, deux vidéos :

Canal C (Namur)

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

 

 

Librairie Filigranes (Bruxelles)

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Histoire des systèmes de pensée

31 Mars 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Histoire

Penser le mondeMon travail philosophique est surtout basé sur l'étude critico-historique des systèmes de pensée, ce que Michel Foucault appelait "archéologie des savoirs". Voici la répartition disciplinaire de mes ouvrages publiés :

 

1. Philosophie

   11. Mathématique et vérité

   12. Le signe de l'humain

   13. Une philosophie de la poésie

2. Histoire des religions

   21. Curieuses histoires de la pensée

3. Histoire des littératures

   31. A quoi pensent les Belges (on se le demande...)

4. Histoire de la science

   41. Curieuses histoires de la science

   42. Curieuses histoires des dames de la science

   43. Histoire des sciences et de l'industrie en Belgique

5. Histoire de la science : mathématiques

   51. Nouvel abrégé d'histoire des mathématiques

6. Histoire de la science : astronomie, physique, chimie

   61. Penser le monde

   62. Expliquer l'Univers

   63. Penser la matière

   64. A la découverte des éléments de la matière

7. Histoire de la science : biologie, médecine

   71. Penser le vivant

   72. La vie expliquée par la chimie

8. Histoire de la technique

   81. Les ingénieurs belges (épuisé)

   82. Introduction à l'histoire des ingénieurs (épuisé)

   83. De l'outil à la machine

   84. De la machine au système

   85. Curieuses histoires des inventions

   86. Curieuses histoires des entreprises (en préparation).   

 

Pour info, l'URL (à copier et coller après http://) d'une vidéo sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Philosophie 003 - La physique

26 Décembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Histoire

Les historiens de la philosophie admettent que Thalès de Milet a eu deux élèves, Anaximène et Anaximandre, également de Milet, mais on connaît aussi peu la biographie des disciples que celle du maître. On sait cependant qu'ils ont, chacun, composé un poème, avec le même titre Péri physéos, ce qui signifie " De la nature ". Remarquons d'abord que les premiers textes " philosophiques " (Thalès semble ne rien avoir publié) sont des textes versifiés. Cette situation, due simplement au fait qu'au début du VIe siècle tout texte destiné au public était mis en vers, par convention littéraire, va entraîner chez les modernes une confusion sur les rapports entre poésie et philosophie (1). Les premiers philosophes furent des poètes, en effet, mais parce qu'à cette époque tous les écrivains étaient poètes ! L'idée de confier au public des textes simplement en prose n'apparaît qu'après la parution des premiers poèmes " philosophiques ", avec notamment l'oeuvre de l'historien Hérodote. Remarquons encore que le mot grec physis (" nature "), qui a donné " physique " en français, signifie à la fois le monde (la nature, l'Univers, le cosmos...) et ce dont est fait le monde, la nature du monde, l'essence du Réel. En français, physique a pris le sens d'étude de la nature, de science du monde, de connaissance du Réel. Ceci entraîne une autre confusion chez les modernes - que j'ai faite moi-même dans mon enseignement et dans certaines publications : on a souvent dit que Thalès a inventé en même temps la philosophie et la science (ou physique). Ce qui est une grave confusion entre la philosophie et la science. C'est, en réalité, donner un sens trop large au terme " science ". La science proprement dite n'apparaît qu'au XVIe siècle, en Europe, avec des auteurs comme Nicolas Copernic, André Vésale, Johannes Kepler...

 

Distinguons donc clairement :

- philosophie : étude de l'étude pour connaître les conditions du bonheur ;

- poésie : mode d'écriture d'apparat, utilisant la versification et/ou d'autres procédés stylistiques, provoquant chez l'auditeur ou le lecteur des effets esthétiques ;

- science (ou physique) : étude du Réel utilisant une méthode qui s'élabore à partir du XVIe siècle.

 

Anaximène et Anaximandre, que l'on appelle les " physiciens de Milet ", acceptent les deux grandes idées de leur maître, le rationalisme et le monisme.

Cependant, Anaximène estime que l'archè, le principe primordial, n'est pas l'eau, mais l'air. Il cherche des arguments dans le fait que l'air est indispensable à la vie (respiration) des animaux et des hommes. Or, les êtres vivants sont les êtres (ceux qui existent) par excellence, donc tout ce qui existe a besoin d'air, est constitué, dans sa structure la plus intime, d'air.

Quant à Anaximandre, il s'oppose aussi partiellement à la doctrine du maître. Pour lui, l'archè n'est ni l'eau ni l'air, mais un principe indéterminé, que l'on ne parvient pas à définir, à délimiter, qui est donc indéfini, ce qui se dit apeiron en grec.

Voyons d'abord les confusions faites par Anaximène et Anaximandre, qu'il est encore trop tôt d'analyser en profondeur, mais qui nous montrent déjà une caractéristique importante du travail philosophique : il s'agit d'utiliser des mots !

Pour Anaximène, être c'est vivre... Les choses "qui existent vraiment" sont les êtres vivants. Cette idée est bien antérieure à Anaximène, et même à la pensée grecque. Il faut y voir une des bases de la mentalité humaine spontanée (archaïque) : accorder plus d'importance au vivant qu'à l'inerte.

Pour Anaximandre, définir un concept, une idée, c'est l'enfermer dans des limites. D'où en français des expressions telles que " cerner la notion ", " circonscrire un concept "... Mais alors, que signifie ceci que l' apeiron - le principe de toutes choses - est sans détermination, sans limites ? On peut y voir un scepticisme, c'est-à-dire que le philosophe accepte l'idée que le fond des choses reste inaccessible à son intelligence : le scepticisme s'oppose donc au rationalisme, constituant un pessimisme épistémique. On peut aussi traduire apeiron par " infini ", et imaginer qu'Anaximandre a développé une doctrine faisant de l'infini (un concept géométrique ou arithmétique) la source de l'Univers. Les poèmes d'Anaximène et d'Anaximandre étant perdus, il est difficile de se prononcer sur le sens exact qu'il faut donner à apeiron.

 

Nous retiendrons que le principe de toutes choses est l'air chez Anaximène et l'indéterminé chez Anaximandre.

 

(1) Voir J.C. Baudet : Une philosophie de la poésie, L'Harmattan, Paris.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Philosophie 002 - Thalès de Milet

25 Décembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Histoire

Les dates de naissance et de mort de Thalès sont inconnues, mais le premier des philosophes fut actif au début du VIe siècle avant notre ère. La biographie de Thalès concerne l'érudition historienne, qui pour le philosophe est un moyen et non une fin. L'oeuvre de Thalès n'est pas mieux connue que sa vie, mais ce qui compte pour " entrer en philosophie ", c'est de percevoir en quoi il fut initiateur. Peut-être vais-je lui attribuer des idées qui, historiquement, furent développées par des prédécesseurs dont les noms ne nous sont pas parvenus. Cela importe peu. L'histoire de la philosophie est l'histoire des idées, et pas l'histoire des hommes qui eurent ces idées.

 

Thalès a commencé à réfléchir - on ignore dans quelles circonstances - quand il prit conscience de la diversité du monde. Que signifie " prendre conscience " ? C'est cette sensation que nous éprouvons en découvrant de l'inattendu, en constatant que quelque chose s'impose à nous, à quoi nous n'avions pas pensé précédemment. C'est une expérience existentielle assez fréquente dans l'adolescence, et même déjà dans l'enfance : on est en contact avec d'innombrables existences familières, mais tout à coup on s'interroge : pourquoi la Lune dans le ciel noir ? Pourquoi la soupe ? Pourquoi la pluie ?... Mais l'on ne s'interroge peut-être pas sur sa mère, sur le chat de la voisine, sur le bruit qui vient de la rue. C'est l'irruption dans la conscience d'un fait sur lequel la pensée s'arrête, étonnée et interrogeante.

 

Thalès s'est donc interrogé : d'où vient, pourquoi, comment, la diversité du monde : des nuages, des poissons, du sable, des métaux divers, des arbres de toutes sortes ? Il va alors poser les deux actes de pensée qui fondent la philosophie.

1° Il va répondre seul, sans tenir compte des réponses qu'il pouvait trouver dans les écrits des poètes ou dans les discours des prêtres des différentes religions.

2° Il va répondre en cherchant une simplicité produisant (et donc expliquant) la multiplicité.

 

En prétendant être capable de répondre seul, par le seul usage de son intelligence et en écartant toutes les réponses que l'on trouve dans les traditions (poétiques et/ou religieuses), Thalès accepte en réalité une idée constituée de deux concepts qu'il nous faut distinguer, deux idées "fondamentales".

Premier concept : mon intelligence (c'est Thalès qui parle) est capable de répondre à mes questions. C'est ce que nous pouvons appeler un optimisme épistémique (du grec épistèmè : savoir).

Deuxième concept : l'intelligence que je trouve en moi existe en fait chez tous les hommes. C'est un optimisme humaniste. Cette position revient à admettre que les hommes sont doués d'un pouvoir - l'intelligence ou " raison " ou " bon sens " - d'élaborer des réponses aux questions qu'ils se posent. On appelle cette position le rationalisme (du latin ratio : raison), qui met en oeuvre la raison que l'on appelle aussi la pensée logique (du grec logos : raison).

 

En cherchant la simplicité expliquant la multiplicité des objets du monde qui l'entoure, Thalès suppose qu'il existe une source unique, une racine simple, un objet premier ancien, l'archè (ce qui veut dire à la fois " avant " et " premier ", comme dans le mot " archonte ", qui désigne le premier magistrat de la Cité). Ce " principe " ou " élément ", d'après Thalès, est l'eau, c'est-à-dire le principe liquide. En effet, l'eau est omniprésente (la pluie vient du ciel et les sources viennent de la terre), et de nombreuses substances peuvent être liquéfiées (" transformées en eau "), même les métaux pourtant particulièrement solides !

Cette position de Thalès consiste à admettre, sous la diversité apparente et considérable des choses, une unité ultime et principielle, l'eau. Par transformations diverses, l'eau primordiale s'est transformée en les divers corps que l'on rencontre dans le monde. C'est ce que l'on appelle un monisme (du grec monos : unique), c'est-à-dire une doctrine qui admet que le monde (dans le sens de " tout ce qui existe, visible ou invisible ") est constitué d'une seule réalité. On dit aussi que l'explication du compliqué par le simple est un réductionnisme.

 

Nous retiendrons que Thalès de Milet a fondé le rationalisme en se libérant des traditions poétiques et religieuses, et qu'il a développé, par réductionnisme, un monisme, en admettant que la réalité ultime est l'eau, source et principe de tous les objets du monde. L'exemple de Thalès nous apprend que le philosophe est celui qui entreprend de penser par lui-même en se méfiant des traditions.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

 

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