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Jean C. Baudet

Articles avec #litterature tag

Le travail du philosophe

24 Juin 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Littérature

La plus grande partie du travail du philosophe consiste à lire les ouvrages des philosophes qui le précèdent, pour en tirer la « substantifique moelle » comme disait Rabelais. Il doit lire aussi les travaux des auteurs positifs, historiens, ethnologues et ethnographes, linguistes et sociologues, médecins et psychiatres, et même il trouvera de décisives sources de réflexion chez les astronomes, chez les physiciens, chez les biologistes, s’il a reçu la formation adéquate pour pouvoir tirer profit de ces lectures intellectuellement exigeantes. Comment philosopher sérieusement sur l’Espace et le Temps sans connaître Einstein, sur la Vie en ignorant Darwin, sur la Matière en négligeant Lavoisier et Mendéléev ? Enfin, le philosophe pourra trouver matière à penser chez les littérateurs, romanciers, dramaturges, poètes, qui sans être « abstracteurs de quintessence » (Rabelais, de nouveau) n’en sont pas moins intéressants par leurs descriptions, parfois si pénétrantes, des êtres et des choses. Encore le philosophe doit-il se méfier de la littérature, de celle des écrivains dont le projet est clairement de distraire et d’enchanter plutôt que d’instruire (on n’étudie pas l’histoire de la France en lisant Les trois mousquetaires), comme de celle même des philosophes.

Car les livres des philosophes sont bourrés de littérature, lisez les dialogues de Platon, les pesants traités de Hegel, les essais ornés des fleurs chatoyantes de la rhétorique de Bergson, les dissertations laborieusement subtiles de Husserl ou de Heidegger… Et à vrai dire aussi mes propres écrits, car je cherche ici même à créer une aimable prosodie et à séduire le lecteur par des phrases bien balancées, avec un vocabulaire choisi, quitte à grappiller chez Rabelais quelques efficaces métaphores !

La tâche du philosophe est donc, certes, de lire, mais plus encore de développer une « critique » des textes (Kant), d’opérer une « réduction eidétique » des travaux publiés (Husserl). C’est ce qu’on appelle « penser » (Heidegger). Il s’agit de séparer l’essentiel de l’accessoire, de « simplifier » les discours en distinguant la gangue des précautions oratoires, des procédés d’argumentation et des enjolivements du verbalisme, du pur minerai de la pensée créatrice de vérités. Il s’agit d’aller jusqu’au raccourci de l’aphorisme. Il s’agit de faire la part du « littéraire » et celle du « philosophique ». Cette réduction simplifiante est cruelle et sans merci. Elle revient souvent à déboulonner les statues de gloires usurpées. Que reste-t-il de tant de textes vénérés quand on les a expurgés de leurs ornements phraséologiques ?

Que reste-t-il de mon billet d’aujourd’hui, sinon l’apophtegme médiéval, sans doute trop optimiste : « lege, relege, et invenies » ? Lis, relis, et tu trouveras…

Mais il ne faudrait pas croire, à me lire, que la philosophie soit purement livresque. En réalité, elle utilise les deux facultés de l’esprit humain permettant la cognition : l’observation et le raisonnement. Le philosophe observe l’Être, directement par la voie sensorielle, et aussi par la lecture (qui est bien une observation), en ce compris l’examen de sa propre conscience (introspection). Et le philosophe raisonne, à partir du matériel récolté par l’observation, pour bâtir ses hypothèses et ses théories.

La tâche est immense. Peut-être infinie, si l’Être n’a pas de limites. Cela rend le philosophe modeste. Dans quel livre dit-on que les philosophes sont des nains juchés sur les épaules de géants, qui voient plus loin que leurs prédécesseurs ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur quelques ecrivains belges

28 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Belgique

Ce matin, après avoir pris mon petit déjeuner (pain aux raisins et café au lait), dans la morosité d’une journée d’avril au ciel de grisaille, je me suis mis à songer à tous ces écrivains belges que j’ai connus, que j’ai souvent appréciés, que j’ai admirés parfois, et qui sont morts : Emile Poumon (décédé en 2000), Georges Sion (2001), Charles Bertin (2002), Raymond Quinot (2005), Marcel Hennart (2005), Roger Foulon (2008), Jacques Henrard (2008), Roger Pâquet (2008), Jean-Louis Crousse (2008), Patrick Virelles (2010), Juliette Aderca (2011), Emile Kesteman (2011), Ariane François-Demeester (2012), Alain Bertrand (2014), Joseph Boly (2014), Maria Caunus (2014), Jean Dumortier (2014), Jean-Luc Wauthier (2015), France Bastia (2017)…

Que sont mes amis devenus ? (Rutebeuf).

En écrivant cette parole, à peu que le cœur ne me fend (Villon).

Et je poursuis ma méditation nostalgique…

Qui lit encore les poèmes et les romans, les drames et les essais de ces littérateurs qui par les ombres myrteux prennent leur repos ? (Ronsard).

Et je songe maintenant aux écrivains belges, amis ou ennemis, que je connais ou que j’ignore, dont j’ai lu quelques textes avec plaisir ou ennui, ou dont je n’ai pas lu une seule ligne, qui vivent encore et qui publient, et dont je sais que, tôt ou tard, ils vont aussi mourir.  

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Bibliographie de Jean Baudet

19 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Littérature

De 1969 à nos jours, j’ai publié un ouvrage de biologie végétale, un roman, deux recueils de poésie et 40 livres, soit de philosophie, soit d’histoire des systèmes de pensée (religion, philosophie, science), sans compter plusieurs centaines d’articles et de poèmes.

Mais mon œuvre n’est pas achevée, et j’édite encore, dans ce blog (depuis 2010), de courts textes qui constituent comme les pages d’un « journal intime » dévoilées au public (aléatoire et improbable), qui donnent, au jour le jour, le récit d’un voyage métaphysique qui est une descente aux Enfers, un lent dévoilement de l’Être qui est comme un obscène strip-tease de la Mort, un cheminement vers la Souffrance ultime et vers le Néant.

Je ne tente plus guère d’orner des fleurs de la poésie et de la rhétorique les résultats désolants de ma recherche, et je n’offre pas à mes lecteurs des pensées roboratives, des alignements de concepts parégoriques et des conseils de bonheur. Mais j’écris encore, je confectionne encore des guirlandes de mots avec les termes de mes observations introspectives et de mes raisonnements ontologiques, je continue encore de communiquer à des lecteurs disparates (qui n’ont en commun que de savoir lire le français) les fruits amers de mes investigations. Je passe, jour après jour, en construisant des phrases comme un enfant édifiant un éphémère château de sable sur une plage ensoleillée, de l’Être au Néant, et tout en écrivant je me méfie de la littérature, qui est un cache-misère, un fatras charmeur de rêveries sentimentales, un paradis artificiel (Baudelaire), un alcool (Apollinaire), une tentation d’exister (Cioran), de dérisoires illuminations (Rimbaud).

Mais peut-être y a-t-il une « valeur », un « sens », une « espérance », dans cet acharnement à penser, à écrire et à partager mes doutes avec des hommes et des femmes que je connais, et avec d’autres que je ne connais pas : « frères humains », disait Villon…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Pour qui j'ecris ?

7 Janvier 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Littérature

J’ai publié, sur papier, plus de 40 livres et plusieurs centaines d’articles. Mon premier texte édité, intitulé « L’histoire des sciences dans l’enseignement », est paru en 1969 dans la Revue nationale d’Education du Burundi. Le fil rouge de cette production de près de 50 années est ma recherche philosophique centrée sur la comparaison des systèmes de pensée dans une perspective épistémologique (d’où de nombreux textes consacrés à l’histoire de la pensée), mais il s’y trouve aussi des comptes rendus de recherches en botanique et en biologie, un bref roman et quelques nouvelles, des poèmes, des textes journalistiques, des billets d’humeur (notamment dans le quotidien belge L’Echo), des recensions.

En décembre 2010, je crée le présent blog. Ceci devait remplacer le journal intime que je tenais, d’ailleurs fort irrégulièrement, depuis 1962, et qui n’avait pour seul lecteur que moi-même, car il s’agissait d’éclaircir mes idées et pas de faire œuvre littéraire. Je n’ai en effet jamais envisagé de publier des extraits de ce journal, qui n’était qu’un aide-mémoire de l’évolution de mes méditations. Mais un blog étant accessible par quiconque, je fus vite amené, un peu malgré moi, à songer à d’éventuels lecteurs, et je cherchais le mot juste, la phrase intrigante, afin de retenir l’attention de mon lectorat. Ma philosophie, dès lors qu’elle devenait partagée, se transformait ainsi en littérature, et le souci rhétorique (c’est-à-dire esthétique et sentimental) me conduisait sur de nouveaux chemins.

Qui sont les lecteurs de mon blog ? A part quelques collègues et amis, je ne les connais pas. Dans ma production papier, je m’adressais à des publics assez bien définis, et mes articles de botanique, par exemple, visaient la communauté internationale des botanistes, des agronomes, des biologistes et des phytochimistes, quand mes contributions à la Revue Générale ou à Technologia visaient évidemment les abonnés à ces périodiques. A qui s’adresse mon blog ? Peut-être à ceux qui cherchent à comprendre, chacun dans le silence de ses inquiétudes, d’où leur vient d’être ce qu’ils sont. C’est pour comprendre d’où vient (et où va ?) ce que je suis que l’écris, depuis 1969 pour un public, et depuis 1962 pour moi-même. Mais qu’est-ce qui me pousse à partager avec des inconnus mes émotions de chercheur et ma passion de connaître (si peu !) et de comprendre (si mal !) ?

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Qu'est-ce que la litterature ?

5 Janvier 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Littérature

La question de la littérature est centrale en épistémologie, car pour construire une théorie de la connaissance il faut saisir radicalement les différences entre les systèmes de pensée (pensée commune spontanée, religions, philosophie, science), qui ont en commun de produire, grâce au langage, des formations culturelles de nature textuelle, c’est-à-dire « littéraires » au sens étymologique du terme (du latin littera, lettre). Les religions, la philosophie, la science, ne sont rien d’autre, pour l’observation concrète, que des ensembles de textes, c’est-à-dire de phrases, et donc de mots. Or, la littérature, dans son acception ordinaire, est l’art d’assembler des mots, comme la peinture est l’art d’assembler des couleurs, et la musique l’art d’assembler des sons. Le lettrisme d’Isidore Isou nous a montré que l’on peut même aller plus loin dans l’analyse, et faire de la littérature l’art d’assembler des lettres.

Pour l’épistémologue, il s’agit d’aller plus loin encore, et de proposer une définition de la littérature (par rapport à la science, à la philosophie, etc.), c’est-à-dire qu’il faut rechercher, comme l’a brillamment théorisé Aristote, le genre prochain et la différence spécifique du littéraire (et donc de la science, etc.), c’est-à-dire qu’il faut repérer son essence, et donc procéder en somme à la réduction eidétique des phénoménologues.

La littérature est donc – c’est son genre prochain – un « ensemble de textes » (on m’accordera, je l’espère, que la littérature se trouve dans les bibliothèques et dans les librairies). Mais quelle est la différence spécifique des textes littéraires par rapport aux textes scientifiques, philosophiques, religieux, et par rapport aux textes de la vie pratique ? Il ne s’agit pas, pédantesquement, de tout mélanger et de chercher à produire, à propos de la littérature, des considérations amphigouriques visant à atteindre des profondeurs abyssales, et à produire des subtilités étonnantes et des paradoxes mirifiques. Il s’agit, bien au contraire, de trouver la simplicité au cœur des définitions, de repérer le déterminant essentiel parmi les déterminations secondaires, au risque de passer pour simpliste aux yeux des cuistres et des snobs. La littérature, me semble-t-il, se distingue clairement par ses objectifs, par les motivations des littérateurs. La littérature (c’est en cela qu’elle est un art) est un ensemble de textes produits pour amuser, pour divertir, pour distraire ses auditeurs et ses lecteurs. L’Iliade et l’Odyssée, l’épopée de Gilgamesh, les tragédies d’Eschyle et de Sophocle (la littérature à l’état naissant) furent, à l’évidence, écrits pour la récréation du public.

La pensée commune (« où ai-je mis mes clés ? »), les religions, la philosophie, la science, ont pour but de nous parler du monde réel de la nature, des hommes et peut-être des dieux, quand la littérature, au contraire, nous propose des mondes inventés par les auteurs, même si dans leurs œuvres la réalité se mélange avec la fiction. Le but d’un poème, d’un roman, d’une pièce de théâtre est d’activer nos émotions pour nous faire passer « un bon moment », ce n’est pas de déterminer si Dieu existe ou s’il y a une vie après la mort. Les Voyages extraordinaires de Jules Verne sont des divertissements, pas un traité de géographie, et il faudrait être vachement gonflé pour prétendre que Gustave Flaubert, Marcel Proust ou Hemingway nous en apprennent plus sur l’âme humaine et sur la vie sociale que les manuels de sociologie et de psychologie. Certes, je ne prétends pas qu’il n’y a ni philosophie, ni psychologie, ni géographie dans de nombreuses œuvres littéraires. C’est même tout l’art du romancier de nous faire croire, par l’évocation de faits réels, le temps d’une lecture, que Charles Swann ou Madame Bovary ont réellement existé ! Mais l’on ne gagne rien dans la confusion. D’ailleurs, s’il y a mélange des genres, ne fallait-il pas que, d’abord, les genres existassent ?

Bref, il me paraît clair que les chercheurs scientifiques écrivent sur le réel observable (l’être en tant que phénomène), que les philosophes écrivent sur le réel inobservable (l’être en tant que noumène), et que les romanciers, les dramaturges et les poètes écrivent pour nous divertir. Ce n’est pas rabaisser le mérite des auteurs de comédies et de drames de reconnaître que leur fonction sociale est d’amuser. Car c’est peut-être le plus admirable et le plus utile des métiers d’apporter un peu de bonheur, de réconfort et de rêve à « ceux qui sont nés pour mourir ».

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Les mots

3 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Littérature, #Editologie

C’est une évidence bien connue. On pense avec des mots. On écrit avec des mots. La philosophie et la littérature ne sont que des mots, des « ensembles de textes édités » (d’où le concept d’éditologie). Mais les mots du penseur n’ont pas la même fonction que celle des mots du littérateur, qu’il soit romancier, poète, essayiste… Même si certains auteurs cumulent une œuvre philosophique avec des productions littéraires, la différence est radicale entre le travail littéraire et le travail philosophique. Pour le dire avec des mots (forcément…) trop simples, empruntés à Pascal, les termes de la philosophie visent à atteindre la « raison » et sont le fruit de l’intelligence, quand les termes de la littérature veulent ébranler le « cœur » et sont le fruit du sentiment. Encore y a-t-il de l’intelligence, parfois très déliée, dans les textes littéraires, et du sentiment, parfois très vif, dans les ouvrages des philosophes.

Il ne faut pas confondre les mots et les choses, et avec les vocables dont nous disposons dans les différentes langues, le rapport entre un mot et la chose qu’il désigne est au moins ternaire. Le mot désigne un concept (une idée, une « représentation mentale »), qui détermine une chose. On ne confond pas cette pierre (qui « existe » dans mon vécu, c’est peut-être une pierre sur laquelle j’ai trébuché) avec l’idée de pierre (qui existe dans mon « esprit ») ni avec le mot « pierre » (qui devient stone en anglais ou Stein en allemand).

Nous proposons d’appeler « verbosphère » l’ensemble de tous les mots, pour s’associer au terme « noosphère » que Pierre Teilhard de Chardin a utilisé pour désigner l’ensemble des idées, se référant aux termes « atmosphère », « lithosphère », etc. de la géophysique. La verbosphère et la noosphère sont observables matériellement, sous la forme concrète de tous les livres disponibles dans toutes les bibliothèques et librairies. Encore faut-il savoir lire !

Verbosphère et noosphère sont les deux composantes principales de la « culture », si on accepte de désigner par ce mot (à ne pas confondre avec « civilisation ») l’ensemble des productions intellectuelles de l’Humanité.

Verbosphère et noosphère correspondent aussi à la « médiasphère » du philosophe Régis Debray, l’inventeur de la médiologie, qui rejoint assez bien les analyses de l’éditologie, quand elle fait du médium (c’est-à-dire de la Technique) la base du développement de la pensée. Debray, recherchant le progrès technique (des choses) qui génère le progrès intellectuel, modernisant la loi des trois états d’Auguste Comte, découvre que la médiasphère est passée par trois moments successifs : la logosphère (l’invention du langage), la graphosphère (l’invention de l’écriture), la vidéosphère (l’électronique).

Ainsi, face aux mystères de l’Univers, face aux plaisirs et aux souffrances de sa propre existence, face à la hantise de son destin, le philosophe n’a que des mots – être, connaître, disparaître – pour échapper à l’épouvante et pour apaiser sa soif de vérité.  

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Les aphorismes : litterature ou philosophie ?

25 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Parémiologie

Il y a un jour ou deux, j’ai écrit sur ma page Facebook : « Le socialisme est un rêve merveilleux, magnifique et enchanteur ». Et il s’est trouvé des lecteurs pour trouver cela « un peu court », ou même « simpliste ». Pardi ! N’est-ce pas le métier du philosophe de chercher le simple nouménal sous la complexité des phénomènes, de procéder à la réduction eidétique pour déterminer l’essentiel (eidos) de l’Être et des étants, d’exposer en formules lapidaires (pour éviter les subterfuges de la rhétorique et les pièges de l’érudition) le fond des choses, de se hisser au niveau du concept en négligeant l’accessoire ? Reproche-t-on à Socrate la brièveté de son « gnôthi seauton », à Descartes la simplicité de son « cogito ergo sum » ? La science n’a-t-elle pas démontré de brillante façon la puissance cognitive du réductionnisme (tout le contraire d’un simplisme) en réduisant la matière à une centaine d’éléments, en réduisant les éléments aux combinaisons diverses de quelques particules, en réduisant le phénomène de la vie (rien n’est connu de plus complexe) à un ensemble de « simples » réactions chimiques ?

Du reste, n’est-il pas évident que le socialisme (comme d’ailleurs d’autres programmes politiques) soit un rêve : le projet utopique d’un « monde meilleur » ? On a écrit des milliers de pages sur le socialisme, mais l’essentiel ne réside-t-il pas dans cet aphorisme : « Le socialisme est un rêve merveilleux, magnifique et enchanteur » ?

Cette question pose également le problème des formules courtes (aphorismes, formules sentencieuses, proverbes, dictons…) étudiées par la parémiologie : les « parémies » ne sont-elles qu’une forme littéraire valorisant la concision du propos, ou ont-elles la valeur philosophique d’une réduction phénoménologique ayant accédé à l’essentiel ? Les maximes de La Rochefoucauld, les phrases courtes de Cioran sont-elles de la philosophie ? Ou ne sont-ce que des habillements littéraires d’une pensée qui veut impressionner, mais qui doit aller encore plus loin dans le dépouillement des détails ? Le socialisme est-il plus qu’un rêve ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Bob Dylan est-il un poete ?

17 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie, #Littérature

La récente attribution du prix Nobel de Littérature au chanteur Bob Dylan pose trois questions intéressantes. Primo, la production de Dylan est-elle de la poésie ? Secundo, la poésie est-elle de la littérature ? Tertio, qu’est-ce qui distingue la littérature parmi les productions textuelles ? Cette troisième question intéresse tout particulièrement l’épistémologue, car il faut se demander en quoi certaines formations discursives sont « littéraires », comme on se demande en quoi certains textes sont « scientifiques ».

J’ai étudié certains aspects des relations entre littérature et poésie dans mon livre Une philosophie de la poésie (L’Harmattan, Paris). La question est délicate, car la poésie et la littérature (orale) sont nées bien avant l’invention de l’écriture, et l’on ne dispose donc d’aucuns textes permettant de documenter la genèse du « poétique » et du « littéraire ».

Pour tenter de définir la poésie au sein des diverses manifestations culturelles (musique, art, technique, religion, etc.), il faut s’efforcer – malgré le vide documentaire – d’établir les modalités de son apparition et de son évolution après l’invention du langage. On peut, avec prudence, se baser sur l’étude de l’apprentissage du langage par les enfants (les comptines…), se baser sur l’étude psychiatrique des troubles du langage (écholalie…), se baser sur l’étude des textes produits par les peuples primitifs situés encore dans l’oralité, et bien sûr se baser aussi sur l’étude de l’apparition des littératures chez les peuples connaissant l’écriture. On découvrira ainsi facilement que la poésie précède la prose, et que l’apparition de la poésie coïncide avec le développement des rites (prières) et des mythes (récits des origines).

Ainsi, existe-t-il une profonde connivence entre les apparitions du rituel, du mythique et du poétique, c’est-à-dire entre religion et poésie. Dans les temps contemporains, les religions cèdent partiellement la place aux idéologies, et l’on ne s’étonnera pas que les chansons de Dylan soient « engagées ».

Ainsi, « blowin’ in the wind » de Dylan, « am stram gram » des enfants, « frères humains qui après nous vivez » de Villon, et tant d’autres poèmes, ou plaisants, ou sublimes, ont leurs racines dans les plus archaïques et plus intenses émotions du cœur humain, et qui sont la Peur (le soleil noir de la mélancolie) et l’Espérance (là tout n’est qu’ordre et beauté) !

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Au CA de l'AEB

12 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Belgique

J"étais hier soir au Conseil d'administration de l'Association des Ecrivains belges, dégustant des morceaux de gâteau au chocolat avec d'abord du café au lait, puis un excellent vin rouge, tout en écoutant attentivement mes collègues. Il ne m'appartient évidemment pas de dévoiler le secret des délibérations, ni de révéler sur la place publique, à l'attention des lecteurs de mon blog (que je remercie de l'intérêt qu'ils manifestent pour mes réflexions politiquement incorrectes et foncièrement anti-religieuses), les débats, discussions, échanges d'idées, prises de bec, propos, enthousiasmes, regrets divers, considérations opportunes ou hors sujet, délibérations et décisions du Conseil. Je dois m'astreindre à un devoir de réserve, et je ne dirai pas ce que mon cher confrère X à dit de mon aussi cher confrère Y, ni même de ce que ma chère consoeur A a dit, avec une certaine véhémence qui m'a étonné, de ma non moins chère consoeur B.

Mais je peux révéler sans trahir le secret des délibérations - puisque la chose sera publiée dans la revue de l'AEB - qu'il y avait à l'ordre du jour la nomination d'un vice-président et d'un secrétaire général, et que désormais le "bureau" de l'AEB se compose de : Anne-Michèle Hamesse, présidente, Michel Joiret, vice-président, Jean-Pol Masson, secrétaire général, Jean-Loup Seban, trésorier.

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Necrologie de Jean C. Baudet

7 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature

Necrologie de Jean C. Baudet

Après avoir publié quelque 800 articles scientifiques, journalistiques, littéraires ou philosophiques, environ 60 poèmes et nouvelles, et une quarantaine de livres, il me reste à rédiger le point d'orgue de mon oeuvre, le point final, décisif et définitif de ma production textuelle : ma nécrologie. Voici donc les éléments que je réunis en vue de la rédaction de ce texte suprême.

Nom : Baudet.

Prénoms : Jean, Claude, Gaston, Jules.

Signature usuelle : Jean C. Baudet.

Né à Bruxelles le 31 mai 1944.

Nationalité : belge.

Résidence à Bruxelles.

Epoux de Marianne (Anne Claire) Allard.

Père de Sylvianne et de Christine.

Métiers successifs : professeur de mathématiques, professeur de philosophie, professeur d'histoire des sciences, botaniste, biologiste, éditeur, journaliste, chercheur en histoire des sciences, chercheur en sociologie, philosophe.

Fut également fondateur de la revue Technologia, fondateur du magazine Ingénieur et Industrie, président de l'Association pour la promotion des publications scientifiques, secrétaire du Comité belge d'Histoire des sciences, membre du Conseil supérieur de la langue française (Belgique), chargé d'enseignement au Programme interuniversitaire d'Histoire des sciences du Fonds national belge de la Recherche scientifique, chargé de conférences à l'Institut supérieur industriel de Bruxelles, administrateur de la Société royale belge des Ingénieurs et des Industriels, administrateur du Comité Sluse d'Histoire des sciences, membre du Comité de rédaction de la Revue Générale, chroniqueur au journal L'Echo, administrateur de l'Association des Ecrivains belges.

Principales réalisations :

1° comme biologiste : une nouvelle classification de la tribu des Phaseoleae, des études chimiotaxonomiques (flavonoïdes) et génétiques (hybridations interspécifiques) dans ladite tribu ;

2° comme historien des systèmes de pensée : une "Histoire de la science et de la technologie", l'esquisse d'une "Histoire des religions et de la philosophie" ;

3° comme philosophe : développement des concepts d'éditologie, de STI (science-technique-industrie), d'instrumentation (comme criterium de scientificité).

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