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Jean C. Baudet

Articles avec #litterature tag

Pour qui j'ecris ?

7 Janvier 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Littérature

J’ai publié, sur papier, plus de 40 livres et plusieurs centaines d’articles. Mon premier texte édité, intitulé « L’histoire des sciences dans l’enseignement », est paru en 1969 dans la Revue nationale d’Education du Burundi. Le fil rouge de cette production de près de 50 années est ma recherche philosophique centrée sur la comparaison des systèmes de pensée dans une perspective épistémologique (d’où de nombreux textes consacrés à l’histoire de la pensée), mais il s’y trouve aussi des comptes rendus de recherches en botanique et en biologie, un bref roman et quelques nouvelles, des poèmes, des textes journalistiques, des billets d’humeur (notamment dans le quotidien belge L’Echo), des recensions.

En décembre 2010, je crée le présent blog. Ceci devait remplacer le journal intime que je tenais, d’ailleurs fort irrégulièrement, depuis 1962, et qui n’avait pour seul lecteur que moi-même, car il s’agissait d’éclaircir mes idées et pas de faire œuvre littéraire. Je n’ai en effet jamais envisagé de publier des extraits de ce journal, qui n’était qu’un aide-mémoire de l’évolution de mes méditations. Mais un blog étant accessible par quiconque, je fus vite amené, un peu malgré moi, à songer à d’éventuels lecteurs, et je cherchais le mot juste, la phrase intrigante, afin de retenir l’attention de mon lectorat. Ma philosophie, dès lors qu’elle devenait partagée, se transformait ainsi en littérature, et le souci rhétorique (c’est-à-dire esthétique et sentimental) me conduisait sur de nouveaux chemins.

Qui sont les lecteurs de mon blog ? A part quelques collègues et amis, je ne les connais pas. Dans ma production papier, je m’adressais à des publics assez bien définis, et mes articles de botanique, par exemple, visaient la communauté internationale des botanistes, des agronomes, des biologistes et des phytochimistes, quand mes contributions à la Revue Générale ou à Technologia visaient évidemment les abonnés à ces périodiques. A qui s’adresse mon blog ? Peut-être à ceux qui cherchent à comprendre, chacun dans le silence de ses inquiétudes, d’où leur vient d’être ce qu’ils sont. C’est pour comprendre d’où vient (et où va ?) ce que je suis que l’écris, depuis 1969 pour un public, et depuis 1962 pour moi-même. Mais qu’est-ce qui me pousse à partager avec des inconnus mes émotions de chercheur et ma passion de connaître (si peu !) et de comprendre (si mal !) ?

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Qu'est-ce que la litterature ?

5 Janvier 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Littérature

La question de la littérature est centrale en épistémologie, car pour construire une théorie de la connaissance il faut saisir radicalement les différences entre les systèmes de pensée (pensée commune spontanée, religions, philosophie, science), qui ont en commun de produire, grâce au langage, des formations culturelles de nature textuelle, c’est-à-dire « littéraires » au sens étymologique du terme (du latin littera, lettre). Les religions, la philosophie, la science, ne sont rien d’autre, pour l’observation concrète, que des ensembles de textes, c’est-à-dire de phrases, et donc de mots. Or, la littérature, dans son acception ordinaire, est l’art d’assembler des mots, comme la peinture est l’art d’assembler des couleurs, et la musique l’art d’assembler des sons. Le lettrisme d’Isidore Isou nous a montré que l’on peut même aller plus loin dans l’analyse, et faire de la littérature l’art d’assembler des lettres.

Pour l’épistémologue, il s’agit d’aller plus loin encore, et de proposer une définition de la littérature (par rapport à la science, à la philosophie, etc.), c’est-à-dire qu’il faut rechercher, comme l’a brillamment théorisé Aristote, le genre prochain et la différence spécifique du littéraire (et donc de la science, etc.), c’est-à-dire qu’il faut repérer son essence, et donc procéder en somme à la réduction eidétique des phénoménologues.

La littérature est donc – c’est son genre prochain – un « ensemble de textes » (on m’accordera, je l’espère, que la littérature se trouve dans les bibliothèques et dans les librairies). Mais quelle est la différence spécifique des textes littéraires par rapport aux textes scientifiques, philosophiques, religieux, et par rapport aux textes de la vie pratique ? Il ne s’agit pas, pédantesquement, de tout mélanger et de chercher à produire, à propos de la littérature, des considérations amphigouriques visant à atteindre des profondeurs abyssales, et à produire des subtilités étonnantes et des paradoxes mirifiques. Il s’agit, bien au contraire, de trouver la simplicité au cœur des définitions, de repérer le déterminant essentiel parmi les déterminations secondaires, au risque de passer pour simpliste aux yeux des cuistres et des snobs. La littérature, me semble-t-il, se distingue clairement par ses objectifs, par les motivations des littérateurs. La littérature (c’est en cela qu’elle est un art) est un ensemble de textes produits pour amuser, pour divertir, pour distraire ses auditeurs et ses lecteurs. L’Iliade et l’Odyssée, l’épopée de Gilgamesh, les tragédies d’Eschyle et de Sophocle (la littérature à l’état naissant) furent, à l’évidence, écrits pour la récréation du public.

La pensée commune (« où ai-je mis mes clés ? »), les religions, la philosophie, la science, ont pour but de nous parler du monde réel de la nature, des hommes et peut-être des dieux, quand la littérature, au contraire, nous propose des mondes inventés par les auteurs, même si dans leurs œuvres la réalité se mélange avec la fiction. Le but d’un poème, d’un roman, d’une pièce de théâtre est d’activer nos émotions pour nous faire passer « un bon moment », ce n’est pas de déterminer si Dieu existe ou s’il y a une vie après la mort. Les Voyages extraordinaires de Jules Verne sont des divertissements, pas un traité de géographie, et il faudrait être vachement gonflé pour prétendre que Gustave Flaubert, Marcel Proust ou Hemingway nous en apprennent plus sur l’âme humaine et sur la vie sociale que les manuels de sociologie et de psychologie. Certes, je ne prétends pas qu’il n’y a ni philosophie, ni psychologie, ni géographie dans de nombreuses œuvres littéraires. C’est même tout l’art du romancier de nous faire croire, par l’évocation de faits réels, le temps d’une lecture, que Charles Swann ou Madame Bovary ont réellement existé ! Mais l’on ne gagne rien dans la confusion. D’ailleurs, s’il y a mélange des genres, ne fallait-il pas que, d’abord, les genres existassent ?

Bref, il me paraît clair que les chercheurs scientifiques écrivent sur le réel observable (l’être en tant que phénomène), que les philosophes écrivent sur le réel inobservable (l’être en tant que noumène), et que les romanciers, les dramaturges et les poètes écrivent pour nous divertir. Ce n’est pas rabaisser le mérite des auteurs de comédies et de drames de reconnaître que leur fonction sociale est d’amuser. Car c’est peut-être le plus admirable et le plus utile des métiers d’apporter un peu de bonheur, de réconfort et de rêve à « ceux qui sont nés pour mourir ».

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Les mots

3 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Littérature, #Editologie

C’est une évidence bien connue. On pense avec des mots. On écrit avec des mots. La philosophie et la littérature ne sont que des mots, des « ensembles de textes édités » (d’où le concept d’éditologie). Mais les mots du penseur n’ont pas la même fonction que celle des mots du littérateur, qu’il soit romancier, poète, essayiste… Même si certains auteurs cumulent une œuvre philosophique avec des productions littéraires, la différence est radicale entre le travail littéraire et le travail philosophique. Pour le dire avec des mots (forcément…) trop simples, empruntés à Pascal, les termes de la philosophie visent à atteindre la « raison » et sont le fruit de l’intelligence, quand les termes de la littérature veulent ébranler le « cœur » et sont le fruit du sentiment. Encore y a-t-il de l’intelligence, parfois très déliée, dans les textes littéraires, et du sentiment, parfois très vif, dans les ouvrages des philosophes.

Il ne faut pas confondre les mots et les choses, et avec les vocables dont nous disposons dans les différentes langues, le rapport entre un mot et la chose qu’il désigne est au moins ternaire. Le mot désigne un concept (une idée, une « représentation mentale »), qui détermine une chose. On ne confond pas cette pierre (qui « existe » dans mon vécu, c’est peut-être une pierre sur laquelle j’ai trébuché) avec l’idée de pierre (qui existe dans mon « esprit ») ni avec le mot « pierre » (qui devient stone en anglais ou Stein en allemand).

Nous proposons d’appeler « verbosphère » l’ensemble de tous les mots, pour s’associer au terme « noosphère » que Pierre Teilhard de Chardin a utilisé pour désigner l’ensemble des idées, se référant aux termes « atmosphère », « lithosphère », etc. de la géophysique. La verbosphère et la noosphère sont observables matériellement, sous la forme concrète de tous les livres disponibles dans toutes les bibliothèques et librairies. Encore faut-il savoir lire !

Verbosphère et noosphère sont les deux composantes principales de la « culture », si on accepte de désigner par ce mot (à ne pas confondre avec « civilisation ») l’ensemble des productions intellectuelles de l’Humanité.

Verbosphère et noosphère correspondent aussi à la « médiasphère » du philosophe Régis Debray, l’inventeur de la médiologie, qui rejoint assez bien les analyses de l’éditologie, quand elle fait du médium (c’est-à-dire de la Technique) la base du développement de la pensée. Debray, recherchant le progrès technique (des choses) qui génère le progrès intellectuel, modernisant la loi des trois états d’Auguste Comte, découvre que la médiasphère est passée par trois moments successifs : la logosphère (l’invention du langage), la graphosphère (l’invention de l’écriture), la vidéosphère (l’électronique).

Ainsi, face aux mystères de l’Univers, face aux plaisirs et aux souffrances de sa propre existence, face à la hantise de son destin, le philosophe n’a que des mots – être, connaître, disparaître – pour échapper à l’épouvante et pour apaiser sa soif de vérité.  

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Les aphorismes : litterature ou philosophie ?

25 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Parémiologie

Il y a un jour ou deux, j’ai écrit sur ma page Facebook : « Le socialisme est un rêve merveilleux, magnifique et enchanteur ». Et il s’est trouvé des lecteurs pour trouver cela « un peu court », ou même « simpliste ». Pardi ! N’est-ce pas le métier du philosophe de chercher le simple nouménal sous la complexité des phénomènes, de procéder à la réduction eidétique pour déterminer l’essentiel (eidos) de l’Être et des étants, d’exposer en formules lapidaires (pour éviter les subterfuges de la rhétorique et les pièges de l’érudition) le fond des choses, de se hisser au niveau du concept en négligeant l’accessoire ? Reproche-t-on à Socrate la brièveté de son « gnôthi seauton », à Descartes la simplicité de son « cogito ergo sum » ? La science n’a-t-elle pas démontré de brillante façon la puissance cognitive du réductionnisme (tout le contraire d’un simplisme) en réduisant la matière à une centaine d’éléments, en réduisant les éléments aux combinaisons diverses de quelques particules, en réduisant le phénomène de la vie (rien n’est connu de plus complexe) à un ensemble de « simples » réactions chimiques ?

Du reste, n’est-il pas évident que le socialisme (comme d’ailleurs d’autres programmes politiques) soit un rêve : le projet utopique d’un « monde meilleur » ? On a écrit des milliers de pages sur le socialisme, mais l’essentiel ne réside-t-il pas dans cet aphorisme : « Le socialisme est un rêve merveilleux, magnifique et enchanteur » ?

Cette question pose également le problème des formules courtes (aphorismes, formules sentencieuses, proverbes, dictons…) étudiées par la parémiologie : les « parémies » ne sont-elles qu’une forme littéraire valorisant la concision du propos, ou ont-elles la valeur philosophique d’une réduction phénoménologique ayant accédé à l’essentiel ? Les maximes de La Rochefoucauld, les phrases courtes de Cioran sont-elles de la philosophie ? Ou ne sont-ce que des habillements littéraires d’une pensée qui veut impressionner, mais qui doit aller encore plus loin dans le dépouillement des détails ? Le socialisme est-il plus qu’un rêve ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Bob Dylan est-il un poete ?

17 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie, #Littérature

La récente attribution du prix Nobel de Littérature au chanteur Bob Dylan pose trois questions intéressantes. Primo, la production de Dylan est-elle de la poésie ? Secundo, la poésie est-elle de la littérature ? Tertio, qu’est-ce qui distingue la littérature parmi les productions textuelles ? Cette troisième question intéresse tout particulièrement l’épistémologue, car il faut se demander en quoi certaines formations discursives sont « littéraires », comme on se demande en quoi certains textes sont « scientifiques ».

J’ai étudié certains aspects des relations entre littérature et poésie dans mon livre Une philosophie de la poésie (L’Harmattan, Paris). La question est délicate, car la poésie et la littérature (orale) sont nées bien avant l’invention de l’écriture, et l’on ne dispose donc d’aucuns textes permettant de documenter la genèse du « poétique » et du « littéraire ».

Pour tenter de définir la poésie au sein des diverses manifestations culturelles (musique, art, technique, religion, etc.), il faut s’efforcer – malgré le vide documentaire – d’établir les modalités de son apparition et de son évolution après l’invention du langage. On peut, avec prudence, se baser sur l’étude de l’apprentissage du langage par les enfants (les comptines…), se baser sur l’étude psychiatrique des troubles du langage (écholalie…), se baser sur l’étude des textes produits par les peuples primitifs situés encore dans l’oralité, et bien sûr se baser aussi sur l’étude de l’apparition des littératures chez les peuples connaissant l’écriture. On découvrira ainsi facilement que la poésie précède la prose, et que l’apparition de la poésie coïncide avec le développement des rites (prières) et des mythes (récits des origines).

Ainsi, existe-t-il une profonde connivence entre les apparitions du rituel, du mythique et du poétique, c’est-à-dire entre religion et poésie. Dans les temps contemporains, les religions cèdent partiellement la place aux idéologies, et l’on ne s’étonnera pas que les chansons de Dylan soient « engagées ».

Ainsi, « blowin’ in the wind » de Dylan, « am stram gram » des enfants, « frères humains qui après nous vivez » de Villon, et tant d’autres poèmes, ou plaisants, ou sublimes, ont leurs racines dans les plus archaïques et plus intenses émotions du cœur humain, et qui sont la Peur (le soleil noir de la mélancolie) et l’Espérance (là tout n’est qu’ordre et beauté) !

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Au CA de l'AEB

12 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Belgique

J"étais hier soir au Conseil d'administration de l'Association des Ecrivains belges, dégustant des morceaux de gâteau au chocolat avec d'abord du café au lait, puis un excellent vin rouge, tout en écoutant attentivement mes collègues. Il ne m'appartient évidemment pas de dévoiler le secret des délibérations, ni de révéler sur la place publique, à l'attention des lecteurs de mon blog (que je remercie de l'intérêt qu'ils manifestent pour mes réflexions politiquement incorrectes et foncièrement anti-religieuses), les débats, discussions, échanges d'idées, prises de bec, propos, enthousiasmes, regrets divers, considérations opportunes ou hors sujet, délibérations et décisions du Conseil. Je dois m'astreindre à un devoir de réserve, et je ne dirai pas ce que mon cher confrère X à dit de mon aussi cher confrère Y, ni même de ce que ma chère consoeur A a dit, avec une certaine véhémence qui m'a étonné, de ma non moins chère consoeur B.

Mais je peux révéler sans trahir le secret des délibérations - puisque la chose sera publiée dans la revue de l'AEB - qu'il y avait à l'ordre du jour la nomination d'un vice-président et d'un secrétaire général, et que désormais le "bureau" de l'AEB se compose de : Anne-Michèle Hamesse, présidente, Michel Joiret, vice-président, Jean-Pol Masson, secrétaire général, Jean-Loup Seban, trésorier.

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Necrologie de Jean C. Baudet

7 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature

Necrologie de Jean C. Baudet

Après avoir publié quelque 800 articles scientifiques, journalistiques, littéraires ou philosophiques, environ 60 poèmes et nouvelles, et une quarantaine de livres, il me reste à rédiger le point d'orgue de mon oeuvre, le point final, décisif et définitif de ma production textuelle : ma nécrologie. Voici donc les éléments que je réunis en vue de la rédaction de ce texte suprême.

Nom : Baudet.

Prénoms : Jean, Claude, Gaston, Jules.

Signature usuelle : Jean C. Baudet.

Né à Bruxelles le 31 mai 1944.

Nationalité : belge.

Résidence à Bruxelles.

Epoux de Marianne (Anne Claire) Allard.

Père de Sylvianne et de Christine.

Métiers successifs : professeur de mathématiques, professeur de philosophie, professeur d'histoire des sciences, botaniste, biologiste, éditeur, journaliste, chercheur en histoire des sciences, chercheur en sociologie, philosophe.

Fut également fondateur de la revue Technologia, fondateur du magazine Ingénieur et Industrie, président de l'Association pour la promotion des publications scientifiques, secrétaire du Comité belge d'Histoire des sciences, membre du Conseil supérieur de la langue française (Belgique), chargé d'enseignement au Programme interuniversitaire d'Histoire des sciences du Fonds national belge de la Recherche scientifique, chargé de conférences à l'Institut supérieur industriel de Bruxelles, administrateur de la Société royale belge des Ingénieurs et des Industriels, administrateur du Comité Sluse d'Histoire des sciences, membre du Comité de rédaction de la Revue Générale, chroniqueur au journal L'Echo, administrateur de l'Association des Ecrivains belges.

Principales réalisations :

1° comme biologiste : une nouvelle classification de la tribu des Phaseoleae, des études chimiotaxonomiques (flavonoïdes) et génétiques (hybridations interspécifiques) dans ladite tribu ;

2° comme historien des systèmes de pensée : une "Histoire de la science et de la technologie", l'esquisse d'une "Histoire des religions et de la philosophie" ;

3° comme philosophe : développement des concepts d'éditologie, de STI (science-technique-industrie), d'instrumentation (comme criterium de scientificité).

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Chez les ecrivains wallons

5 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Belgique

Chez les ecrivains wallons

J’étais hier soir à la soirée littéraire de l’AREAW, qui a lieu à l’Espace Wallonie, dans une cave aménagée en estaminet, tous les premiers mercredis du mois, sous la présidence de Joseph Bodson. L’Association royale des Ecrivains et des Artistes de Wallonie avait organisé la séance en trois actes. Le premier fut didactique, le second critique, le troisième allia les vertus expressives de la concision à l’humour – et à la profondeur – d’une certaine poésie.

Acte premier : Jean-Pierre Dopagne et Michel Otten (professeur émérite de l’Université Catholique de Louvain) discutent doctement autour d’un ouvrage récent de celui-ci : Paysages du Nord – Etudes de littérature belge de langue française. Le dialogue a porté sur une question importante, à vrai dire même essentielle : existe-t-il une « littérature belge » (ou les écrivains belges ne forment-ils qu’une province de la littérature française ?). Le professeur Otten répond vigoureusement par l’affirmative, opposant Camille Lemonnier à Zola, et comparant Michel de Ghelderode à Shakespeare. Mais alors, si la littérature belge est spécifique, quelle est sa spécificité ? Otten (émule de Barthes, de Kristeva et des autres « vaches sacrées », comme disait René Pommier, de la critique littéraire placée sous les signes ambigus de la sémiologie et de la psychanalyse), après de longues recherches menées avec toute la rigueur quasi scientifique de la philologie, a la réponse. Les littérateurs belges se distinguent de leurs confrères français par l’intérêt pour les paysages ! Et pour illustrer cette thèse paradoxale (mais le paradoxe est le grand souci des disciples de Barthes), Michel Otten cite Bruges-la-Morte. Il distingue aussi soigneusement le symbolisme français du symbolisme belge, celui-ci étant, d’après le professeur, plus profondément influencé par le romantisme et par la philosophie idéaliste des Allemands.

Acte deuxième : Michel Ducobu présente et interroge Anne Grauwels, à propos de son roman Une année douce. C’est l’histoire des amours d’une femme située entre deux hommes, qui cherche la solution de ses problèmes sentimentaux chez les psychanalystes. Ducobu a tôt fait de découvrir que le texte est une autofiction, et l’interview prend des allures de dialogue de sourds, faisant malicieusement écho à une déclaration précédente de Michel Otten, qui déclarait fort justement qu’une œuvre littéraire peut donner lieu à de multiples lectures.

Acte troisième : un véritable feu d’artifice, brillant de mille feux. Deux auteurs d’aphorismes, Louis Savary et Max De Backer, ont procédé à un étonnant échange de maximes, tour à tour plaisantes (souvent) et sévères (moins fréquemment), rappelant fort à propos que la littérature est un jeu de mots, visant à faire rire ou à émouvoir, et aussi à donner à penser.

J’ai terminé la soirée en buvant trois verres de vin rouge, en grignotant quelques biscuits salés, et en retrouvant avec plaisir quelques amis : Jacques Goyens, Dominique Aguessy, Isabelle Bielecki, Mireille Dabée, Liza Leyla, Claire Anne Magnès, Martine Rouhart…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Une annee en Australie

29 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Australie

Une annee en Australie

Je ne suis pas particulièrement amateur de récits de voyage, de découvertes touristiques, de soif de nouveaux horizons, de rencontres de nouvelles cultures, mais le livre dont je viens d’achever la lecture m’a beaucoup plu. L’auteur est une jeune Belge d’une vingtaine d’années, Sophie Libion, qui a publié aux éditions La Boîte à Pandore (Paris) Une année en Australie (215 pages). A vingt-et-un ans, ayant achevé ses études de marketing, Mademoiselle Libion prend l’avion, atterrit à Melbourne, et parcourt les routes d’Australie, pendant dix mois, seule ou avec des compagnons de rencontre, un sac au dos, des rêves d’aventures et de grands espaces plein la tête, et quelques dollars dans les poches. Dans sa préface, l’auteur nous révèle qu’elle a entrepris ce voyage, assez audacieux pour une jeune fille, sans penser à en faire un livre, et que c’est sa grand-mère qui l’a poussée à rédiger le récit de ses aventures. Alors que Sophie Libion ne se sentait pas de goût particulier pour l’écriture, elle se met au travail, rassemble ses souvenirs, se souvient avec une mémoire étonnante des gens qu’elle a rencontrés, écrit, décrit, et publie un récit qui vaut bien un roman. Qui est plus qu’un roman, même : la description minutieuse des rêveries d’une promeneuse solitaire, qui entre dans la vie adulte, au vingt-et-unième siècle, avec le vigoureux enthousiasme de la jeunesse.

Pendant dix mois, celle qui n’est pas encore un écrivain, pas même en rêve, perfectionne sa pratique de la langue anglaise (à la sauce… australienne), mange des Fish and Chips, des steaks de kangourou, marche, dort dans des auberges ou chez l’habitant, va à la chasse, à la pêche, travaille dans des fermes, admire les couchers du Soleil, les plages, les villes, les forêts, marche encore, fait de l’auto-stop, rencontre des Australiens, toujours sympathiques et accueillants…

Le style, simple et direct, est efficace. Pas ou peu d’effets rhétoriques, mais l’authenticité du sentiment, de l’exultation sincère et touchante de pouvoir marcher, seule et entièrement libre, dans un pays aux beautés surprenantes. La langue est postmoderne, avec l’agréable qui devient cool, les cigarettes qui sont des « clopes », les amis qui sont des « potes », et toujours la jeune Libion est à la recherche d’un certain plaisir, qu’elle appelle le fun.

Et je ne peux pas m’empêcher de penser que l’auteur n’aura pas pu faire de telles expériences « existentielles » sans l’avion, sans l’automobile, sans Internet, c’est-à-dire sans la technique !

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Vers une theorie de la litterature

10 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Sociologie

Vers une theorie de la litterature

Je ne suis ni critique littéraire, ni sociologue de la littérature. La philosophie a d’autres chats à fouetter. Cependant, il m’arrive de publier le compte rendu d’un poème ou d’un roman dans la Revue Générale ou dans mon blog. J’ai même fait paraître, il n’y a guère, un livre intitulé « A quoi pensent les Belges ? », dans lequel je me suis efforcé d’analyser les deux productions littéraires du royaume de Belgique, la française et la flamande. C’est que la philosophie a beaucoup à penser du rapport des mots et des choses, et que la littérature n’est en somme que l’activité d’enfiler des mots pour en faire des textes (édités, si possible), comme la charcuterie est l’activité d’enfiler des bouts de viande pour en faire des saucisses. Pourquoi, dans certaines sociétés, y a-t-il un sentiment assez partagé d’admiration, voire de vénération pour les professionnels de la littérature (les écrivains), alors que les charcutiers ne bénéficient pas d’un tel respect ? Cela ne va-t-il même pas, chez certains, jusqu’à une sacralisation de l’écriture, et ne parle-t-on pas, chez quelques peuples, d’écritures saintes ?

Je me suis donc penché sur le fait littéraire, j’ai lu des livres (à commencer par ceux que me recommandaient mes maîtres, quand je n’étais encore qu’un collégien), et j’ai eu l’occasion de rencontrer des écrivains belges lors des réunions de l’Association belge des écrivains, de l’Association royale des écrivains de Wallonie, du Grenier Jane Tony… Ce qui est d’emblée frappant, c’est le flou de la définition même de l’écrivain. Deux acceptions, au moins, sont en concurrence, il y a l’écrivain au sens large, qui est le professionnel qui fait des livres (s’agirait-il même de charcuterie), et il y a l’écrivain au sens strict, qui publie des poèmes, des romans, des pièces de théâtre, des scénarios de films ou de bandes dessinées.

Pour ma part, sans aller jusqu’à considérer un degré zéro de l’écriture (voire un degré zozo, car l’humour fait aussi partie du « littéraire »), je distinguerais volontiers trois degrés, trois niveaux d’écriture, en rapport avec la fonction sociale des textes.

Il y a l’écrivain qui amuse et qui distrait. Il y a le savant qui explique et qui éduque. Il y a le philosophe qui pense et qui sème le doute. Le premier, écrivain de fiction, explorateur d’imaginaire, écrit pour émouvoir ses lecteurs – c’est lui que parfois on considère comme l’écrivain « véritable ». Le second, écrivain didactique, écrit pour instruire, qu’il s’agisse de sociologie, d’histoire, de conseils de jardinage ou de mécanique quantique. Le troisième, écrivain-penseur, écrit pour détricoter les systèmes de pensée, pour analyser les mensonges et les impostures, les préjugés et les traditions, il ne s’adresse ni aux sentiments (comme le premier), ni à la mémoire (comme le second), mais à l’intelligence, à ce « bon sens » que Descartes, écrivain du troisième type, pensait être la chose la mieux partagée entre les hommes (affirmation qui montre que l’ironie est le fond de la pensée critique).

Ne faut-il pas en effet, chez les Belges, distinguer un Georges Simenon ou un Henri Vernes, qui nous distraient avec les aventures de Jules Maigret ou de Bob Morane ; un Henri Pirenne qui nous apprend l’histoire des Flamands, des Bruxellois et des Wallons ; un Léopold Flam qui nous fait douter de l’existence des dieux ou un Henri Van Lier, qui nous fait douter de l’existence des valeurs ?

Et qui ne voit que cette tripartition des actifs de la littérature correspond aux trois âges de l’humain : l’enfance qui rêve et s’amuse, la maturité qui travaille et qui construit, la vieillesse qui se souvient et qui doute ?

Post scriptum.- L’analyse trinitaire qui précède est un schéma qui tente d’aller à l’essentiel. On peut certes « penser » en lisant Proust, ou se distraire en lisant les ouvrages philosophiques de Bachelard ou de Sartre, ou les livres scientifiques d’Einstein. Mais il faut aller à la racine des choses pour les comprendre, il faut appeler un chat un chat, et un roman est d’abord un texte de fiction destiné à distraire ses lecteurs.

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