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Jean C. Baudet

Articles avec #philosophie tag

Le travail du philosophe

24 Juin 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Littérature

La plus grande partie du travail du philosophe consiste à lire les ouvrages des philosophes qui le précèdent, pour en tirer la « substantifique moelle » comme disait Rabelais. Il doit lire aussi les travaux des auteurs positifs, historiens, ethnologues et ethnographes, linguistes et sociologues, médecins et psychiatres, et même il trouvera de décisives sources de réflexion chez les astronomes, chez les physiciens, chez les biologistes, s’il a reçu la formation adéquate pour pouvoir tirer profit de ces lectures intellectuellement exigeantes. Comment philosopher sérieusement sur l’Espace et le Temps sans connaître Einstein, sur la Vie en ignorant Darwin, sur la Matière en négligeant Lavoisier et Mendéléev ? Enfin, le philosophe pourra trouver matière à penser chez les littérateurs, romanciers, dramaturges, poètes, qui sans être « abstracteurs de quintessence » (Rabelais, de nouveau) n’en sont pas moins intéressants par leurs descriptions, parfois si pénétrantes, des êtres et des choses. Encore le philosophe doit-il se méfier de la littérature, de celle des écrivains dont le projet est clairement de distraire et d’enchanter plutôt que d’instruire (on n’étudie pas l’histoire de la France en lisant Les trois mousquetaires), comme de celle même des philosophes.

Car les livres des philosophes sont bourrés de littérature, lisez les dialogues de Platon, les pesants traités de Hegel, les essais ornés des fleurs chatoyantes de la rhétorique de Bergson, les dissertations laborieusement subtiles de Husserl ou de Heidegger… Et à vrai dire aussi mes propres écrits, car je cherche ici même à créer une aimable prosodie et à séduire le lecteur par des phrases bien balancées, avec un vocabulaire choisi, quitte à grappiller chez Rabelais quelques efficaces métaphores !

La tâche du philosophe est donc, certes, de lire, mais plus encore de développer une « critique » des textes (Kant), d’opérer une « réduction eidétique » des travaux publiés (Husserl). C’est ce qu’on appelle « penser » (Heidegger). Il s’agit de séparer l’essentiel de l’accessoire, de « simplifier » les discours en distinguant la gangue des précautions oratoires, des procédés d’argumentation et des enjolivements du verbalisme, du pur minerai de la pensée créatrice de vérités. Il s’agit d’aller jusqu’au raccourci de l’aphorisme. Il s’agit de faire la part du « littéraire » et celle du « philosophique ». Cette réduction simplifiante est cruelle et sans merci. Elle revient souvent à déboulonner les statues de gloires usurpées. Que reste-t-il de tant de textes vénérés quand on les a expurgés de leurs ornements phraséologiques ?

Que reste-t-il de mon billet d’aujourd’hui, sinon l’apophtegme médiéval, sans doute trop optimiste : « lege, relege, et invenies » ? Lis, relis, et tu trouveras…

Mais il ne faudrait pas croire, à me lire, que la philosophie soit purement livresque. En réalité, elle utilise les deux facultés de l’esprit humain permettant la cognition : l’observation et le raisonnement. Le philosophe observe l’Être, directement par la voie sensorielle, et aussi par la lecture (qui est bien une observation), en ce compris l’examen de sa propre conscience (introspection). Et le philosophe raisonne, à partir du matériel récolté par l’observation, pour bâtir ses hypothèses et ses théories.

La tâche est immense. Peut-être infinie, si l’Être n’a pas de limites. Cela rend le philosophe modeste. Dans quel livre dit-on que les philosophes sont des nains juchés sur les épaules de géants, qui voient plus loin que leurs prédécesseurs ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur le progres de la philosophie

1 Juin 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Science

La philosophie, selon la précieuse définition d’Aristote, est l’étude de l’Être en tant qu’être (to on è on). Et l’œuvre immense du Stagirite est divisée en trois parties : la logique (dont Aristote est en réalité l’inventeur), la physique et la métaphysique. On peut d’ailleurs pousser plus loin l’analyse et séparer ses travaux en deux groupes seulement, la métaphysique (qu’Aristote appelait la « philosophie première ») et la physique (que les auteurs latins appelleront philosophia naturalis). En effet, la métaphysique et la logique sont inséparables chez le fondateur du Lycée, et la grande discrimination posée par cet immense philosophe a consisté à opposer les objets de connaissance accessibles par l’observation sensorielle de l’empirisme (la « nature », le monde) à ceux qu’il espérait accessibles par la raison du rationalisme (la « sur-nature », le méta-physique de l’arrière-monde). Je rappelle que nature se dit physis en grec. Aujourd’hui, cette scission dans la pensée correspond à la distinction entre « science » et « philosophie ».

Ce partage de l’œuvre aristotélicienne en deux domaines rigoureusement séparés par une dichotomie de l’Être (qui réactive l’opposition du corps et de l’âme de la pensée archaïque des religions) est basé sur la lecture des traités du maître, et plus encore sur l’examen des travaux de ses commentateurs et de ses continuateurs, tant il est vrai que l’histoire de la haute pensée, depuis le temps du Lycée et des péripatéticiens jusqu’à nos jours, peut être écrite comme la longue lutte entre la doctrine d’Aristote et les tentatives, souvent réitérées, d’échapper à une logique basée en somme sur les évidences (un peu désespérantes) du sens commun, de ce « bon sens » que Descartes, avec une mordante ironie, disait la chose la mieux partagée du monde. Car nous le savons bien : l’intelligence est très rare chez les « animaux raisonnables », chez qui la raison est plus potentielle qu’effective. Je renvoie ici à mes livres et articles d’histoire de la pensée (notamment : Les plus grandes dates de la science et Les plus grandes dates de la philosophie).

Ce qui est alors d’une considérable conséquence épistémologique, c’est de constater en étudiant l’histoire de la pensée dans le détail, chez les successeurs d’Aristote, que la physique de ce dernier est dépassée de fond en comble, et que plus rien ne subsiste de l’aristotélisme concernant le mouvement des planètes (Copernic, 1543), la circulation du sang (Harvey, 1628), la classification des éléments (Mendéléev, 1869), la reproduction des êtres vivants (Watson, 1953), etc. Alors que la métaphysique d’Aristote, malgré les milliers de textes publiés par des centaines de philosophes, est toujours d’actualité et foncièrement inchangée, mais pas par ses résultats, mais par ses questionnements toujours pendants. Nous ne savons toujours pas si les dieux existent (théologie), si l’esprit est distinct de la matière (hylémorphisme), s’il y a une vie après la mort (eschatologie), si des valeurs doivent guider l’action humaine (éthique), et le choix entre dictature et démocratie (politique) n’est pas encore fait universellement.

De manière brutale, je dirais que « la science physique progresse, quand la philosophie métaphysique bavarde ».

Mais ne nous y trompons pas ! Le bavardage des philosophes, la chose la moins répandue dans le monde, est aussi la chose la plus nécessaire aux hommes, car il conduit au doute, et protège l’Humanité contre la séquence infernale dogmatisme-fanatisme-terrorisme.

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Un exercice metaphysique

17 Mai 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Je veux, une fois encore, m’efforcer d’atteindre les fondements de la recherche philosophique, c’est-à-dire déterminer radicalement, en allant « zu den Sachen selbst » (Husserl), s’il est possible d’atteindre le « métaphysique », c’est-à-dire la source cachée de l’Être. Méta-physique, c’est-à-dire au-delà de la nature (physis), qui est accessible au vulgum pecus des physiciens et des penseurs du dimanche. Je baserai ma réflexion sur quelques définitions communément acceptées, qu’il s’agira d’approfondir pour s’aventurer résolument sur le chemin rempli d’embûches de l’ontologie.

Voici.

L’esprit humain produit des idées et des émotions. Les idées justes forment la Vérité. Les émotions agréables forment la Beauté. J’appelle « Science » la recherche d’idées justes. J’appelle « Art » la recherche d’émotions agréables. La Science et l’Art constituent la « culture », qui devient la « Civilisation » quand, au cours du processus historique, elle atteint un certain degré de perfection.

Ces définitions, destinées d’abord à fixer le vocabulaire (Vérité, Beauté, Science…), peuvent être facilement admises, et proviennent de l’observation naïve (non encore philosophique) des expériences de la vie ordinaire : des idées « nous passent par la tête », nous « savons » que deux et deux font quatre, nous sommes émus en réécoutant un quatuor de Beethoven. Mais quand nous voulons dépasser l’expérience banale, quand nous voulons passer du bavardage au travail philosophique, des abîmes de difficultés nous attendent, et nous voyons se dérouler devant nous (pendant nos lectures et nos réflexions), avec effroi et vertige, la longue série des philosophes qui, depuis Thalès, s’efforcent d’atteindre la source créatrice des êtres et des choses, de l’esprit humain, des idées et des émotions…

Et d’abord, qu’est-ce qu’une idée, qu’une émotion ? Des productions de l’esprit humain, certes, mais qu’est-ce alors que cet esprit, que les Grecs appelaient logos, que les modernes appellent « raison », et que les contemporains appellent « cerveau ». Est-ce le cerveau la source de nos pensées, ou n’est-il que l’instrument d’un acteur qui échappe aux investigations des anatomistes et des neurologues ? On voit qu’on arrive inextricablement à des définitions circulaires, qui nous laissent au seuil d’une connaissance véritable : l’idée est ce qui est produit par l’esprit (ou la raison, ou l’âme…), et l’esprit est ce qui produit l’idée ! Avec Husserl, nous pouvons enrichir notre vocabulaire et appeler « noèse » l’activité de production d’idées et d’émotions, mais cela ressemble un peu à la vertu dormitive de l’opium des médecins de Molière.

Nous pouvons chercher à éclaircir notre problème eidétique (il s’agit de mettre au jour les essences des entités que nous examinons) en ayant recours aux métaphores, et nous pouvons considérer que l’esprit est à l’idée comme le feu est à la chaleur. Mais ce n’est encore que du verbalisme ! Et puis, l’esprit est-il autonome dans ses productions, ou celles-ci sont-elles déclenchées par un extérieur à l’esprit, au « Moi » entouré d’un « non-Moi » ? Car c’est bien du Moi qu’il s’agit, quand on s’adonne à la philosophie. Il n’est pas question de simplement assouvir une curiosité, d’étancher une « soif de connaissance », comme quand on fait de l’astrophysique ou de l’ornithologie, ou de « passer le temps », comme quand on fait du macramé, mais il s’agit pour le philosophe de sa vie même, et de tenter de connaître et de comprendre l’extérieur mystérieux qui l’englobe et qui détermine son destin de souffrance et de mort, et peut-être même son avenir après la mort. Or, vingt-six siècles nous le montrent, la philosophie ne parvient pas (jusqu’à présent ?) à dépasser la circularité de ses analyses, et n’a aucun dogme à proposer. Elle n’enseigne que le doute, un doute méthodique qui, s’il ne conduit pas au bonheur, constitue cependant un remède au fanatisme. Ce n’est pas rien, car le fanatisme, cette altération exécrable de l’esprit, est ce qui empêche certaines cultures de devenir Civilisation.

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La pensee de Jean Baudet

14 Mai 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Biographie

Je voudrais résumer ma pensée de la manière la plus simple, la plus « claire et distincte » possible. Et d’abord, je dois insister sur ceci. Ma pensée est rigoureusement métaphysique et non politique. Je m’occupe de l’Être, du Temps, de l’Esprit, de l’Absolu, du Moi, et je ne me soucie nullement des imprécations d’un Mélenchon ou des vociférations d’un Macron. D’ailleurs, je me suis rarement exprimé, dans mes écrits ou mes conférences, à propos des questions éthiques et d’organisation sociale. Que peuvent me faire l’avenir de l’Humanité ou le sort de la Planète, quand je sais que je souffre, et que je souffrirai de plus en plus ? Car la métaphysique, c’est la prise de conscience des douleurs par le métaphysicien.

J’ai commencé par analyser le problème (ou le mystère ?) de la connaissance, question préjudicielle sur laquelle se fonde la recherche métaphysique : comment connaître les déterminations de l’Être et du Temps, si l’on ne sait pas s’il est seulement possible de connaître ? J’ai donc, baptisant ma démarche « éditologie », débuté – il y a plusieurs dizaines d’années – par des introspections cognitives, par des recherches du côté de l’informatique (l’intelligence « artificielle ») et des neurosciences (les réseaux de neurones), et surtout par l’étude critique de l’évolution historique des systèmes de pensée. Je retrouve la référence d’un article publié par moi en 1990 : « Intelligence artificielle = épistémologie appliquée », Ingénieur et Industrie 15 : 15-16.

Mon étude méthodique des systèmes de pensée a commencé au temps de ma revue Technologia, que j’ai fondée en avril 1978. Il faudra attendre 2002 pour que paraisse le premier volume de mon « Histoire générale de la science », et 2011 pour que sorte de presse mon premier livre d’histoire des religions et de la philosophie.

Tout ce travail m’a mené au scepticisme. Il est impossible – malgré les extraordinaires progrès de la science et ceux, plus modestes, de la philosophie – d’atteindre une pleine et entière connaissance de l’Être, comme l’a montré de manière sans doute définitive Kant en 1781, et comme le savaient déjà Pyrrhon et Gorgias bien avant lui. Mais il ne s’agit pas d’un scepticisme absolu (comme le pyrrhonisme), mais d’une distinction (comme chez Kant) entre le phénomène connaissable et le noumène incogniscible. Le monde phénoménal est accessible par la science, qui se démarque de la philosophie par le recours à l’instrumentation.

Restait alors à bâtir une ontologie sur ce scepticisme relatif.

On peut regrouper toutes les nombreuses propositions ontologiques faites au sein de l’Humanité au cours de la Préhistoire et de l’Histoire (déjà avant même l’avènement de la philosophie avec Thalès de Milet) en deux et seulement deux groupes : les matérialismes et les anti-matérialismes ou idéalismes. Ou bien l’Être n’est formé que de matière, ou bien il est formé de matière et d’autre chose (tabou, sacré, esprits, âmes des morts, dieux multiples ou dieu unique, anges et démons, idées, valeurs…). On ne peut pas sortir de cette dualité : A ou non-A. Il est clair que la matière correspond au monde phénoménal de Kant et que l’éventuelle autre chose correspond au monde nouménal, à un « arrière-monde ». D’où une formulation très simple de la question ontologique : y a-t-il autre chose que la matière, que les objets de même nature que le corps humain, fait de chair et de sang ?

En toute rigueur, mon scepticisme m’interdit de répondre. Je ne peux donc proposer que des hypothèses, malheureusement invérifiables. Incapable d’atteindre le vrai, je dois me contenter du vraisemblable. Les succès impressionnants de la science – de l’exploration du Réel par l’observation et le raisonnement – et les réalisations extraordinaires de la technologie me donnent à penser. Si le monde phénoménal (matériel) est accessible à l’esprit humain, n’est-ce pas parce que celui-ci est de même nature que celui-là ? Et puis, il y a l’argument psycho-historique : les idéalismes sont apparus des millénaires avant les matérialismes, et caractérisent aussi bien la pensée archaïque (les religions) que la pensée infantile.

J’en arrive donc à un « matérialisme prudent », fondé sur un « scepticisme relatif ». Je ne sais pas si Osiris, Zeus ou Vishnou existent, mais je suis sûr de l’existence de mes bras qui tremblent et de mon ventre douloureux, et je n’ai aucune raison de douter de celle des fermions et des bosons, c’est-à-dire de la matière. Il faudra que je me contente de ce triste savoir.

Post scriptum.- Il faut peut-être que je rappelle que le scepticisme est l’adversaire de tous les dogmatismes et que le matérialisme est l’ennemi de toutes les religions.

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La philosophie, la psychologie et l'histoire

6 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Je l’ai déjà dit dans ce blog, il faudra, un jour, pour comprendre l’Être (et donc les discours sur l’Être), croiser les résultats de deux disciplines : l’Histoire des systèmes de pensée, et la Psychologie. L’Histoire nous permet d’observer comment les idées se transmettent et se transforment au cours du temps, quand la Psychologie se donne pour objectif de déterminer comment les idées se forment dans l’esprit humain. L’Histoire des systèmes de pensée utilise aujourd’hui la méthode qu’elle utilisait déjà, il y a plus de deux mille ans, peu de temps après l’invention de la philosophie. Il s’agit de lire et de comparer les textes, accessibles grâce à l’édition (d’où l’éditologie). On ne voit pas de nouvelle méthode à venir qui bouleverserait la manière d’étudier les textes, et les émules d’Emile Bréhier travailleront encore longtemps en lisant des livres, comme le faisaient déjà Platon au temps de l’Académie, et Aristote après lui. Par contre, la Psychologie connaît depuis quelques décennies les grandes révolutions des « neurosciences » et de l’intelligence artificielle, qui auront sans doute pour l’Humanité qui pense des conséquences plus décisives encore que la révolution copernicienne pour l’astronomie ou la révolution darwinienne pour la biologie.

En tout cas, ce que nous ont appris jusqu’ici tant la Psychologie que l’Histoire, c’est que l’évolution des idées procède par dichotomies successives, car à toute idée « A » correspond, tôt ou tard, l’idée « non-A ». L’évolution de la haute pensée n’est qu’une suite d’oppositions, et Démocrite s’oppose à Empédocle, Aristote à Platon, Spinoza à Descartes, etc. Et les études psychologiques montrent également des dualités permanentes dans l’esprit humain, et notamment l’opposition profonde et constante entre ceux qui développent leurs idées sous l’empire de la raison (les facultés intellectives) et ceux qui pensent dirigés par le cœur (les facultés affectives). L’on pourrait même, ici, aller jusqu’à réactiver la vieille doctrine chinoise du yin et du yang, et opposer la pensée rationnelle de l’éternel masculin à la pensée sentimentale de l’éternel féminin. Les oppositions structurent en effet clairement l’évolution de la philosophie : rationalisme et mysticisme, matérialisme et idéalisme, scepticisme et dogmatisme, différencialisme et égalitarisme, athéisme et théisme (ou déisme), etc. Mais je n’ai évidemment pas dit que les hommes sont tous rationnels et que les femmes sont toutes mystiques !

Bientôt, les ingénieurs psychoticiens construiront des robots différenciés, à l’intelligence artificielle « masculine » ou « féminine ». Peut-être s’agira-t-il alors de faire la synthèse de leurs « esprits », par copulation gnoséologique, pour qu’apparaissent les nouvelles idées non-encore-aperçues qui permettront à l’Humanité, réconciliée avec les différences sexuelles, de comprendre enfin l’Être dans toutes ses déterminations ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur les intuitions premieres en philosophie

26 Mars 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Editologie

Tous les historiens de la philosophie l’ont noté ! Tous les grands systèmes de la philosophia perennis ont été bâtis à partir d’une ou deux « intuitions premières » puisées dans l’observation de la vie quotidienne, dans les réflexions de l’auteur tirées de son expérience ordinaire. C’est ainsi que le cartésianisme s’est entièrement construit sur la constatation, en somme banale, du cogito (quoi de plus évident que sa propre existence, et la pensée de cette existence ?), que le spinozisme n’est qu’un ambitieux développement de l’idée commune du conatus, que le kantisme est basé sur l’évidence (après deux mille ans de recherche acharnée) qu’il est impossible d’atteindre le fond des choses (le noumène) par le seul usage de la raison, toute métaphysique conduisant à d’inextricables apories. Et Schopenhauer développe ses brillantes méditations à partir de la découverte également ordinaire qu’une obscure « volonté » régit le sort des êtres et des choses. Quant à Marx, il invente le marxisme en reprenant la critique du système idéaliste de Hegel, faite par les « jeunes hégéliens de gauche », et en remplaçant, à la source du monde, l’esprit par la matière, conformément au sens commun. Ainsi les plus hautes pensées émanent-elles de déductions et d’inductions basées sur les plus vulgaires constats du vécu. On a souvent remarqué que les « existentialismes » ne sont rien d’autre que l’idée que les hommes… existent, et que les « structuralismes » ne font qu’affirmer que les objets possèdent des propriétés énonçables.

Quant à moi, dans ma jeunesse, à la fin des années 1970, j’ai basé mon travail philosophique sur l’affirmation, tout à fait banale et totalement évidente, que « la science est un ensemble de textes édités ». Ne cherche-t-on pas l’information chez les libraires et dans les bibliothèques ? C’était reprendre l’idée, déjà soutenue par de nombreux penseurs, de la prévalence du problème épistémologique par rapport aux autres questions de la philosophie. J’exposai mon « éditologie » dans quelques revues, mais je ne trouvai pas le temps – j’exerçai le métier d’éditeur de 1978 à 1997 – de développer et de faire connaître largement ma doctrine. Je devrai attendre 2005 pour publier mon premier livre de philosophie pure (Mathématique et vérité, L’Harmattan, Paris). Toutefois, quelques linguistes adoptèrent le concept d’éditologie et l’exploitèrent dans leurs travaux : Louis Guespin, François Gaudin, Maryvonne Holzem et d’autres.

Aujourd’hui, alors que je ressens les prémices du vieillissement, mon vécu me contraint d’adopter une nouvelle intuition pour refonder ma recherche des déterminations de l’Être, et c’est la souffrance. Nul vivant n’y échappe, et l’humain souffre deux fois, par ses douleurs actuelles, et par l’angoisse de ses douleurs à venir, qu’il sait inéluctables. Si bien qu’il me semble qu’avant d’être un animal politique, un roseau pensant, la créature d’un dieu, le descendant d’un singe, un bipède sans plumes, l’inventeur de la technique, un être doué du langage, un mammifère doté d’un gros cerveau, l’homme est un « être-pour-la-souffrance ». Ténébreux, veuf, inconsolé…

 

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Sur la nature humaine

5 Mars 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Anthropologie, #Philosophie

L’homme est un tube digestif, dont les deux fonctions sont d’absorber des aliments à un bout et d’expulser des excréments à l’autre bout. Ainsi, l’activité principale de l’homme consiste à faire transiter des matières nutritives, pour les transformer en matières fécales, de la bouche à l’anus. C’est ce que les gens ordinaires appellent « la vie », ce que les biologistes appellent « le métabolisme », et ce que les philosophes appellent « l’existence ». Le sens de cette existence est inconnu. Cette structure de tube reliant une bouche à un anus se retrouve non seulement chez l’homme, mais chez tous les animaux pluricellulaires.

Ce tube digestif est accompagné de nombreux organes, dont un cerveau. Parmi toutes les espèces animales, c’est dans l’espèce humaine que l’on rencontre les cerveaux les plus complexes. Le cerveau animal produit une intelligence plus ou moins développée, et c’est chez l’homme qu’elle est la plus grande, capable même d’engendrer une pensée et un langage. Les productions langagières – qui distinguent l’homme de l’animal – constituent ce que l’on appelle communément la « culture », et l’on peut opposer les productions culturelles textuelles (assemblages de mots), comme les religions, les littératures, la philosophie, la science, aux productions non textuelles, comme la peinture (assemblage de couleurs), la musique (sons), la danse (mouvements du corps)…

L’absorption régulière d’aliments est impérative pour le maintien de l’existence animale, et donc aussi de l’existence des hommes. Encore cette existence, même avec des aliments en abondance, finit-elle toujours par la  mort. Les ressources alimentaires (eau, minéraux, lipides, glucides, protides) étant limitées, les tubes digestifs sont en constante compétition, et l’une des plus remarquables productions culturelles de l’humanité est la politique, qui est l’organisation d’une collaboration entre les membres d’une collectivité de tubes afin de rechercher, de prélever (cueillette et chasse), de produire (agriculture et élevage), de préparer (cuisine) et de répartir (transport et commerce) ces ressources alimentaires.

Sur la planète Terre, il « existe » actuellement quelque 7,5 milliards de tubes digestifs humains en vie, produisant tous des excréments, quelques-uns produisant en outre des biens culturels (dessins, mythes, poèmes, théorèmes, symphonies, etc.).

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Qu'est-ce que le materialisme ?

27 Février 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Matérialisme

Le matérialisme est la position philosophique qui voit dans la matière le seul constituant de l’Être (de « ce qui existe vraiment »), c’est donc un monisme : il n’y a pas de scission dans l’Être qui est un, unique et unifié. Tout est matériel, c’est-à-dire corporel, de même nature ontologique que le corps humain. Le matérialisme s’oppose donc aux dualismes ou idéalismes, qui prétendent qu’il existe d’autres réalités (« extrasensorielles ») que les réalités matérielles : esprit, anges et démons, dieux, monades (Leibniz), noumènes (Kant), valeurs… Les idéalismes sont clairement des résurgences des religions archaïques qui séparaient le monde terrestre du monde céleste ou du monde souterrain. Ainsi peut-on dire que les idéalismes (Anaxagore, Platon, Plotin, Descartes, Hegel, Bergson…) sont des ersatz des religions. Ce qui explique l’âpreté de l’opposition entre idéalistes et matérialistes, ceux-ci étant même condamnés à mort dans les sociétés où une religion est dominante.

Le matérialisme fut pensé, développé et enseigné par Démocrite, Epicure, Lucrèce, Spinoza, La Mettrie, Diderot, Comte, Feuerbach, Marx, Engels, Nietzsche, Freud, Lénine et quelques autres. Encore faut-il noter que les marxismes sont contaminés par l’idéalisme hégélien, attribuant à la matière des propriétés « dialectiques » quasi mystiques conduisant à accorder une valeur (sacrée) à l’Humanité, ou du moins au Prolétariat.

Le matérialisme conduit à une épistémologie (le scientisme), à une eschatologie (le néant), à une anthropologie (l’homme est un animal comme les autres), à une éthique (le nihilisme et donc l’hédonisme).

L’épistémologie matérialiste explique facilement la possibilité de connaissance par l’absence de séparation ontologique entre l’homme connaissant (le sujet) et les entités à connaître (l’objet), puisqu’il n’existe pas de réalités nouménales. D’où le scientisme du XIXème siècle, trop optimiste, il est vrai, et corrigé par Wittgenstein, Carnap, Popper…

Si le matérialisme est forcément unique (il n’y a qu’une matière), les idéalismes sont par contre très variés malgré leur fonds commun. Parmi les champions actuels de la pensée idéaliste en politique, il faut citer Trump, Le Pen, Hamon, Erdogan, Fillon, Merkel, Mélenchon, Poutine…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Vie et mort de Jean Baudet

9 Février 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Philosophie

Philosopher, c’est chercher à connaître et comprendre l’Être, c’est-à-dire tout ce qui peut vraiment agir sur la destinée du philosophe (sur sa « recherche du bonheur »). Car « exister », c’est avoir la propriété d’altérer, de s’opposer, de contraindre le philosophe, et par le fait même tout homme ordinaire. L’Être est tout ce qui existe, tout ce qui « conditionne » l’Humanité, tout ce qui est la source de la vie et de la mort des humains. Or, l’humain ne possède que son être pour accéder à l’Être, et toute investigation du Réel (autre nom de l’Être) ne peut commencer que par un examen du « moi ». Ce n’est que par le truchement de l’étude de son être que l’être (humain) peut atteindre la connaissance de l’Être qui l’englobe et le détermine de toutes parts. C’est ainsi que commencèrent les grandes méditations de Socrate (« connais-toi toi-même »), de Descartes (« je » pense donc « je » suis), de Fichte (la métaphysique du « Ich »), de Sartre quand il répète que l’existence (du « moi ») précède l’essence. Je n’est pas « un autre », c’est mon moi vécu – dans la joie ou la peine – et c’est le seul chemin qui conduit à l’Être, mais avec la dramatique scissure du moi et du non-moi, et peut-être est-ce un « chemin qui ne mène nulle part », comme le pensait Heidegger (Holzwege). Toute philosophie commence par un égocentrisme et par une subjectivité.

Voilà donc que je dois reprendre mes « observations intérieures », mes analyses de ce « moi », de cet être singulier et foncièrement étrange à lui-même que l’on nomme « Jean Baudet ».

Ma philosophie commence par mon autobiographie (c’est aussi vrai de toute œuvre littéraire, et voici une passerelle posée entre le « littéraire » et le « philosophique »).

Mon « je » fut d’abord professeur de mathématiques puis de philosophie, puis il fut chercheur (en botanique et en biologie), puis éditeur, puis écrivain. Jean Baudet « gagna sa vie » (son « être ») successivement en enseignant, en cherchant, en éditant et en écrivant.

L’enseigner, le chercher, l’éditer, l’écrire sont ainsi des modalités de mon être, des « tranches de vie », et « qu’appelle-t-on penser » sinon, dans un ordre différent, chercher, écrire, éditer et enseigner ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Science et litterature

22 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Poésie

Récemment, quelques correspondants de Facebook m’ont fait remarquer que les romanciers et les poètes possèdent un don tout particulier pour découvrir des vérités inaccessibles aux savants et aux philosophes, pour dévoiler les mystères de l’Être en tant qu’être, et en particulier pour sonder les profondeurs abyssales des facultés mentales des humains. Je leur sais infiniment gré de m’avoir ouvert les yeux et tiré de mon sommeil dogmatique. Par manque de subtilité et de clairvoyance, je pensais tout benoîtement que la sociologie était l’affaire des sociologues, la psychologie celle des psychologues, et la philosophie celle des philosophes, comme il est de règle dans le monde des simples de croire que la pâtisserie est l’affaire des pâtissiers. Que de naïveté de ma part. Et que je regrette de n’avoir pas été éclairé plus tôt !

Je vais donc, pour poursuivre mes recherches (si mal engagées jusqu’ici) sur la cognition, sur le progrès intellectuel et sur les rapports entre l’intelligence et les émotions, entre le vrai et le faux, abandonner l’étude exténuante (et stérile) des ouvrages de Kant et de Freud, de Popper et de Sarton, de Husserl et de Carnap, des historiens et des ethnographes, des épistémologues et des chercheurs en physiologie du système nerveux, et me plonger dans l’étude des aventures de d’Artagnan et d’Edmond Dantès, de Madame Bovary, de Bouvard et Pécuchet, de la famille des Rougon-Macquart, de Sherlock Holmes, de Charles Swann, d’Hercule Poirot, de Tintin et Milou, du commissaire Maigret, de James Bond, de San Antonio… Et je trouverai certainement les réponses aux questions que je me pose, depuis plus de cinquante ans, dans les œuvres de Nerval, de Baudelaire et de René Char, et dans les ouvrages d’André Breton, de Julien Green, de Jean d’Ormesson et d’Amélie Nothomb.

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