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Jean C. Baudet

Articles avec #philosophie tag

La philosophie, la psychologie et l'histoire

6 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Je l’ai déjà dit dans ce blog, il faudra, un jour, pour comprendre l’Être (et donc les discours sur l’Être), croiser les résultats de deux disciplines : l’Histoire des systèmes de pensée, et la Psychologie. L’Histoire nous permet d’observer comment les idées se transmettent et se transforment au cours du temps, quand la Psychologie se donne pour objectif de déterminer comment les idées se forment dans l’esprit humain. L’Histoire des systèmes de pensée utilise aujourd’hui la méthode qu’elle utilisait déjà, il y a plus de deux mille ans, peu de temps après l’invention de la philosophie. Il s’agit de lire et de comparer les textes, accessibles grâce à l’édition (d’où l’éditologie). On ne voit pas de nouvelle méthode à venir qui bouleverserait la manière d’étudier les textes, et les émules d’Emile Bréhier travailleront encore longtemps en lisant des livres, comme le faisaient déjà Platon au temps de l’Académie, et Aristote après lui. Par contre, la Psychologie connaît depuis quelques décennies les grandes révolutions des « neurosciences » et de l’intelligence artificielle, qui auront sans doute pour l’Humanité qui pense des conséquences plus décisives encore que la révolution copernicienne pour l’astronomie ou la révolution darwinienne pour la biologie.

En tout cas, ce que nous ont appris jusqu’ici tant la Psychologie que l’Histoire, c’est que l’évolution des idées procède par dichotomies successives, car à toute idée « A » correspond, tôt ou tard, l’idée « non-A ». L’évolution de la haute pensée n’est qu’une suite d’oppositions, et Démocrite s’oppose à Empédocle, Aristote à Platon, Spinoza à Descartes, etc. Et les études psychologiques montrent également des dualités permanentes dans l’esprit humain, et notamment l’opposition profonde et constante entre ceux qui développent leurs idées sous l’empire de la raison (les facultés intellectives) et ceux qui pensent dirigés par le cœur (les facultés affectives). L’on pourrait même, ici, aller jusqu’à réactiver la vieille doctrine chinoise du yin et du yang, et opposer la pensée rationnelle de l’éternel masculin à la pensée sentimentale de l’éternel féminin. Les oppositions structurent en effet clairement l’évolution de la philosophie : rationalisme et mysticisme, matérialisme et idéalisme, scepticisme et dogmatisme, différencialisme et égalitarisme, athéisme et théisme (ou déisme), etc. Mais je n’ai évidemment pas dit que les hommes sont tous rationnels et que les femmes sont toutes mystiques !

Bientôt, les ingénieurs psychoticiens construiront des robots différenciés, à l’intelligence artificielle « masculine » ou « féminine ». Peut-être s’agira-t-il alors de faire la synthèse de leurs « esprits », par copulation gnoséologique, pour qu’apparaissent les nouvelles idées non-encore-aperçues qui permettront à l’Humanité, réconciliée avec les différences sexuelles, de comprendre enfin l’Être dans toutes ses déterminations ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur les intuitions premieres en philosophie

26 Mars 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Editologie

Tous les historiens de la philosophie l’ont noté ! Tous les grands systèmes de la philosophia perennis ont été bâtis à partir d’une ou deux « intuitions premières » puisées dans l’observation de la vie quotidienne, dans les réflexions de l’auteur tirées de son expérience ordinaire. C’est ainsi que le cartésianisme s’est entièrement construit sur la constatation, en somme banale, du cogito (quoi de plus évident que sa propre existence, et la pensée de cette existence ?), que le spinozisme n’est qu’un ambitieux développement de l’idée commune du conatus, que le kantisme est basé sur l’évidence (après deux mille ans de recherche acharnée) qu’il est impossible d’atteindre le fond des choses (le noumène) par le seul usage de la raison, toute métaphysique conduisant à d’inextricables apories. Et Schopenhauer développe ses brillantes méditations à partir de la découverte également ordinaire qu’une obscure « volonté » régit le sort des êtres et des choses. Quant à Marx, il invente le marxisme en reprenant la critique du système idéaliste de Hegel, faite par les « jeunes hégéliens de gauche », et en remplaçant, à la source du monde, l’esprit par la matière, conformément au sens commun. Ainsi les plus hautes pensées émanent-elles de déductions et d’inductions basées sur les plus vulgaires constats du vécu. On a souvent remarqué que les « existentialismes » ne sont rien d’autre que l’idée que les hommes… existent, et que les « structuralismes » ne font qu’affirmer que les objets possèdent des propriétés énonçables.

Quant à moi, dans ma jeunesse, à la fin des années 1970, j’ai basé mon travail philosophique sur l’affirmation, tout à fait banale et totalement évidente, que « la science est un ensemble de textes édités ». Ne cherche-t-on pas l’information chez les libraires et dans les bibliothèques ? C’était reprendre l’idée, déjà soutenue par de nombreux penseurs, de la prévalence du problème épistémologique par rapport aux autres questions de la philosophie. J’exposai mon « éditologie » dans quelques revues, mais je ne trouvai pas le temps – j’exerçai le métier d’éditeur de 1978 à 1997 – de développer et de faire connaître largement ma doctrine. Je devrai attendre 2005 pour publier mon premier livre de philosophie pure (Mathématique et vérité, L’Harmattan, Paris). Toutefois, quelques linguistes adoptèrent le concept d’éditologie et l’exploitèrent dans leurs travaux : Louis Guespin, François Gaudin, Maryvonne Holzem et d’autres.

Aujourd’hui, alors que je ressens les prémices du vieillissement, mon vécu me contraint d’adopter une nouvelle intuition pour refonder ma recherche des déterminations de l’Être, et c’est la souffrance. Nul vivant n’y échappe, et l’humain souffre deux fois, par ses douleurs actuelles, et par l’angoisse de ses douleurs à venir, qu’il sait inéluctables. Si bien qu’il me semble qu’avant d’être un animal politique, un roseau pensant, la créature d’un dieu, le descendant d’un singe, un bipède sans plumes, l’inventeur de la technique, un être doué du langage, un mammifère doté d’un gros cerveau, l’homme est un « être-pour-la-souffrance ». Ténébreux, veuf, inconsolé…

 

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Sur la nature humaine

5 Mars 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Anthropologie, #Philosophie

L’homme est un tube digestif, dont les deux fonctions sont d’absorber des aliments à un bout et d’expulser des excréments à l’autre bout. Ainsi, l’activité principale de l’homme consiste à faire transiter des matières nutritives, pour les transformer en matières fécales, de la bouche à l’anus. C’est ce que les gens ordinaires appellent « la vie », ce que les biologistes appellent « le métabolisme », et ce que les philosophes appellent « l’existence ». Le sens de cette existence est inconnu. Cette structure de tube reliant une bouche à un anus se retrouve non seulement chez l’homme, mais chez tous les animaux pluricellulaires.

Ce tube digestif est accompagné de nombreux organes, dont un cerveau. Parmi toutes les espèces animales, c’est dans l’espèce humaine que l’on rencontre les cerveaux les plus complexes. Le cerveau animal produit une intelligence plus ou moins développée, et c’est chez l’homme qu’elle est la plus grande, capable même d’engendrer une pensée et un langage. Les productions langagières – qui distinguent l’homme de l’animal – constituent ce que l’on appelle communément la « culture », et l’on peut opposer les productions culturelles textuelles (assemblages de mots), comme les religions, les littératures, la philosophie, la science, aux productions non textuelles, comme la peinture (assemblage de couleurs), la musique (sons), la danse (mouvements du corps)…

L’absorption régulière d’aliments est impérative pour le maintien de l’existence animale, et donc aussi de l’existence des hommes. Encore cette existence, même avec des aliments en abondance, finit-elle toujours par la  mort. Les ressources alimentaires (eau, minéraux, lipides, glucides, protides) étant limitées, les tubes digestifs sont en constante compétition, et l’une des plus remarquables productions culturelles de l’humanité est la politique, qui est l’organisation d’une collaboration entre les membres d’une collectivité de tubes afin de rechercher, de prélever (cueillette et chasse), de produire (agriculture et élevage), de préparer (cuisine) et de répartir (transport et commerce) ces ressources alimentaires.

Sur la planète Terre, il « existe » actuellement quelque 7,5 milliards de tubes digestifs humains en vie, produisant tous des excréments, quelques-uns produisant en outre des biens culturels (dessins, mythes, poèmes, théorèmes, symphonies, etc.).

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Qu'est-ce que le materialisme ?

27 Février 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Matérialisme

Le matérialisme est la position philosophique qui voit dans la matière le seul constituant de l’Être (de « ce qui existe vraiment »), c’est donc un monisme : il n’y a pas de scission dans l’Être qui est un, unique et unifié. Tout est matériel, c’est-à-dire corporel, de même nature ontologique que le corps humain. Le matérialisme s’oppose donc aux dualismes ou idéalismes, qui prétendent qu’il existe d’autres réalités (« extrasensorielles ») que les réalités matérielles : esprit, anges et démons, dieux, monades (Leibniz), noumènes (Kant), valeurs… Les idéalismes sont clairement des résurgences des religions archaïques qui séparaient le monde terrestre du monde céleste ou du monde souterrain. Ainsi peut-on dire que les idéalismes (Anaxagore, Platon, Plotin, Descartes, Hegel, Bergson…) sont des ersatz des religions. Ce qui explique l’âpreté de l’opposition entre idéalistes et matérialistes, ceux-ci étant même condamnés à mort dans les sociétés où une religion est dominante.

Le matérialisme fut pensé, développé et enseigné par Démocrite, Epicure, Lucrèce, Spinoza, La Mettrie, Diderot, Comte, Feuerbach, Marx, Engels, Nietzsche, Freud, Lénine et quelques autres. Encore faut-il noter que les marxismes sont contaminés par l’idéalisme hégélien, attribuant à la matière des propriétés « dialectiques » quasi mystiques conduisant à accorder une valeur (sacrée) à l’Humanité, ou du moins au Prolétariat.

Le matérialisme conduit à une épistémologie (le scientisme), à une eschatologie (le néant), à une anthropologie (l’homme est un animal comme les autres), à une éthique (le nihilisme et donc l’hédonisme).

L’épistémologie matérialiste explique facilement la possibilité de connaissance par l’absence de séparation ontologique entre l’homme connaissant (le sujet) et les entités à connaître (l’objet), puisqu’il n’existe pas de réalités nouménales. D’où le scientisme du XIXème siècle, trop optimiste, il est vrai, et corrigé par Wittgenstein, Carnap, Popper…

Si le matérialisme est forcément unique (il n’y a qu’une matière), les idéalismes sont par contre très variés malgré leur fonds commun. Parmi les champions actuels de la pensée idéaliste en politique, il faut citer Trump, Le Pen, Hamon, Erdogan, Fillon, Merkel, Mélenchon, Poutine…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Vie et mort de Jean Baudet

9 Février 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Philosophie

Philosopher, c’est chercher à connaître et comprendre l’Être, c’est-à-dire tout ce qui peut vraiment agir sur la destinée du philosophe (sur sa « recherche du bonheur »). Car « exister », c’est avoir la propriété d’altérer, de s’opposer, de contraindre le philosophe, et par le fait même tout homme ordinaire. L’Être est tout ce qui existe, tout ce qui « conditionne » l’Humanité, tout ce qui est la source de la vie et de la mort des humains. Or, l’humain ne possède que son être pour accéder à l’Être, et toute investigation du Réel (autre nom de l’Être) ne peut commencer que par un examen du « moi ». Ce n’est que par le truchement de l’étude de son être que l’être (humain) peut atteindre la connaissance de l’Être qui l’englobe et le détermine de toutes parts. C’est ainsi que commencèrent les grandes méditations de Socrate (« connais-toi toi-même »), de Descartes (« je » pense donc « je » suis), de Fichte (la métaphysique du « Ich »), de Sartre quand il répète que l’existence (du « moi ») précède l’essence. Je n’est pas « un autre », c’est mon moi vécu – dans la joie ou la peine – et c’est le seul chemin qui conduit à l’Être, mais avec la dramatique scissure du moi et du non-moi, et peut-être est-ce un « chemin qui ne mène nulle part », comme le pensait Heidegger (Holzwege). Toute philosophie commence par un égocentrisme et par une subjectivité.

Voilà donc que je dois reprendre mes « observations intérieures », mes analyses de ce « moi », de cet être singulier et foncièrement étrange à lui-même que l’on nomme « Jean Baudet ».

Ma philosophie commence par mon autobiographie (c’est aussi vrai de toute œuvre littéraire, et voici une passerelle posée entre le « littéraire » et le « philosophique »).

Mon « je » fut d’abord professeur de mathématiques puis de philosophie, puis il fut chercheur (en botanique et en biologie), puis éditeur, puis écrivain. Jean Baudet « gagna sa vie » (son « être ») successivement en enseignant, en cherchant, en éditant et en écrivant.

L’enseigner, le chercher, l’éditer, l’écrire sont ainsi des modalités de mon être, des « tranches de vie », et « qu’appelle-t-on penser » sinon, dans un ordre différent, chercher, écrire, éditer et enseigner ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Science et litterature

22 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Poésie

Récemment, quelques correspondants de Facebook m’ont fait remarquer que les romanciers et les poètes possèdent un don tout particulier pour découvrir des vérités inaccessibles aux savants et aux philosophes, pour dévoiler les mystères de l’Être en tant qu’être, et en particulier pour sonder les profondeurs abyssales des facultés mentales des humains. Je leur sais infiniment gré de m’avoir ouvert les yeux et tiré de mon sommeil dogmatique. Par manque de subtilité et de clairvoyance, je pensais tout benoîtement que la sociologie était l’affaire des sociologues, la psychologie celle des psychologues, et la philosophie celle des philosophes, comme il est de règle dans le monde des simples de croire que la pâtisserie est l’affaire des pâtissiers. Que de naïveté de ma part. Et que je regrette de n’avoir pas été éclairé plus tôt !

Je vais donc, pour poursuivre mes recherches (si mal engagées jusqu’ici) sur la cognition, sur le progrès intellectuel et sur les rapports entre l’intelligence et les émotions, entre le vrai et le faux, abandonner l’étude exténuante (et stérile) des ouvrages de Kant et de Freud, de Popper et de Sarton, de Husserl et de Carnap, des historiens et des ethnographes, des épistémologues et des chercheurs en physiologie du système nerveux, et me plonger dans l’étude des aventures de d’Artagnan et d’Edmond Dantès, de Madame Bovary, de Bouvard et Pécuchet, de la famille des Rougon-Macquart, de Sherlock Holmes, de Charles Swann, d’Hercule Poirot, de Tintin et Milou, du commissaire Maigret, de James Bond, de San Antonio… Et je trouverai certainement les réponses aux questions que je me pose, depuis plus de cinquante ans, dans les œuvres de Nerval, de Baudelaire et de René Char, et dans les ouvrages d’André Breton, de Julien Green, de Jean d’Ormesson et d’Amélie Nothomb.

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Physique et métaphysique

18 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Science

Que sont devenus les anges, les archanges et les chérubins des croyances primitives, l’apeiron d’Anaximandre, le logos d’Héraclite, les 4 éléments d’Empédocle, les atomes de Démocrite, les Idées de Platon, les catégories d’Aristote, les éons de Plotin, les 3 personnes divines des théologiens du Moyen Âge, la pierre philosophale des alchimistes, les 3 principes de Paracelse, les tourbillons de Descartes, le conatus de Spinoza, les monades de Leibniz, les noumènes de Kant, l’Esprit (Geist) de Hegel, la Volonté de Schopenhauer, le Sur-Homme de Nietzsche, l’Englobant de Jaspers, les existentiaux de Heidegger ?

De toutes ces entités proposées par l’imagination des métaphysiciens, seuls les atomes se sont révélés correspondre au Réel, sous la forme précisée (et rendue observable) par Dalton, par Ampère, par Avogadro… La physique et la chimie des XIXème et XXème siècles ont amplement, par des millions d’expériences de plus en plus sophistiquées, vérifié l’existence des atomes, les astronomes les trouvant dans les étoiles, les géologues dans les roches, les botanistes dans les plantes, les zoologistes dans le corps des animaux. Dans tous les domaines, la technologie se développe à partir du concept d’atome, et aucun homme instruit ne doute que la matière soit formée de corpuscules !

Ainsi la métaphysique qui, pendant 26 siècles, a mobilisé les facultés mentales les plus subtiles et les plus pénétrantes de l’Humanité, a produit de nombreuses hypothèses, dont une seule s’est finalement avérée « vraie », prouvée par la convergence des expériences et par l’efficacité des techniques. Les atomes « existent » parce que les ingénieurs métallurgistes peuvent prévoir les opérations qui permettront d’extraire du fer métallique de certaines pierres rougeâtres, parce que les ingénieurs nucléaires peuvent prévoir les opérations qui permettront de produire de l’électricité à partir de pechblende, parce que les ingénieurs électroniciens peuvent construire des ordinateurs, des téléviseurs, des téléphones, prouvant d’ailleurs en outre l’existence des électrons, qu’aucun métaphysicien n’avait prévue, même dans ses méditations les plus « profondes ».

Fécondité de la physique, et stérilité de la métaphysique. Cela ne donne-t-il pas à penser ?

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Les mots

3 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Littérature, #Editologie

C’est une évidence bien connue. On pense avec des mots. On écrit avec des mots. La philosophie et la littérature ne sont que des mots, des « ensembles de textes édités » (d’où le concept d’éditologie). Mais les mots du penseur n’ont pas la même fonction que celle des mots du littérateur, qu’il soit romancier, poète, essayiste… Même si certains auteurs cumulent une œuvre philosophique avec des productions littéraires, la différence est radicale entre le travail littéraire et le travail philosophique. Pour le dire avec des mots (forcément…) trop simples, empruntés à Pascal, les termes de la philosophie visent à atteindre la « raison » et sont le fruit de l’intelligence, quand les termes de la littérature veulent ébranler le « cœur » et sont le fruit du sentiment. Encore y a-t-il de l’intelligence, parfois très déliée, dans les textes littéraires, et du sentiment, parfois très vif, dans les ouvrages des philosophes.

Il ne faut pas confondre les mots et les choses, et avec les vocables dont nous disposons dans les différentes langues, le rapport entre un mot et la chose qu’il désigne est au moins ternaire. Le mot désigne un concept (une idée, une « représentation mentale »), qui détermine une chose. On ne confond pas cette pierre (qui « existe » dans mon vécu, c’est peut-être une pierre sur laquelle j’ai trébuché) avec l’idée de pierre (qui existe dans mon « esprit ») ni avec le mot « pierre » (qui devient stone en anglais ou Stein en allemand).

Nous proposons d’appeler « verbosphère » l’ensemble de tous les mots, pour s’associer au terme « noosphère » que Pierre Teilhard de Chardin a utilisé pour désigner l’ensemble des idées, se référant aux termes « atmosphère », « lithosphère », etc. de la géophysique. La verbosphère et la noosphère sont observables matériellement, sous la forme concrète de tous les livres disponibles dans toutes les bibliothèques et librairies. Encore faut-il savoir lire !

Verbosphère et noosphère sont les deux composantes principales de la « culture », si on accepte de désigner par ce mot (à ne pas confondre avec « civilisation ») l’ensemble des productions intellectuelles de l’Humanité.

Verbosphère et noosphère correspondent aussi à la « médiasphère » du philosophe Régis Debray, l’inventeur de la médiologie, qui rejoint assez bien les analyses de l’éditologie, quand elle fait du médium (c’est-à-dire de la Technique) la base du développement de la pensée. Debray, recherchant le progrès technique (des choses) qui génère le progrès intellectuel, modernisant la loi des trois états d’Auguste Comte, découvre que la médiasphère est passée par trois moments successifs : la logosphère (l’invention du langage), la graphosphère (l’invention de l’écriture), la vidéosphère (l’électronique).

Ainsi, face aux mystères de l’Univers, face aux plaisirs et aux souffrances de sa propre existence, face à la hantise de son destin, le philosophe n’a que des mots – être, connaître, disparaître – pour échapper à l’épouvante et pour apaiser sa soif de vérité.  

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Philosophie et politique

30 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

L’observation de l’actualité politique est inquiétante : Brexit, Hollande, Trump, Mélenchon, Erdogan, etc. Et les sociologues, politologues, historiens, anthropologues, journalistes et blogueurs d’y aller de leurs petits commentaires. Cela relève de la préoccupation, c’est-à-dire du divertissement. Les commentateurs se préoccupent de l’avenir de la Grande-Bretagne, de la France, des USA, et même du futur de l’Humanité, pour ne pas devoir se soucier de leur propre avenir, qui est une agonie inexorable. Penser au sort de tous les hommes pour ne pas avoir à méditer sur son propre destin. Mais les philosophes ? Doivent-ils se laisser prendre aux charmes illusoires d’une telle distraction ?

La philosophie n’est pas physique (l’être du monde) mais métaphysique (le devenir du monde). Elle n’est pas littérature (embellissement de l’existence) mais pensée (recherche de l’Être). Elle ne s’arrête pas à l’examen des apparences phénoménales (si ce n’est comme porte d’entrée vers la connaissance du Réel), mais elle scrute (limitée dans ses capacités cognitives par les possibilités de l’esprit humain) l’Absolu. Pas l’Absolu absolument, mais l’Absolu relatif à l’homme, c’est-à-dire à la destinée du « moi » de chacun, empiriquement invérifiable du fait de l’irréversibilité pratique du temps. La philosophie se hisse ainsi au-dessus des bavardages, et y retombe sans cesse parce qu’elle ne peut penser qu’avec des mots, outils imparfaits de l’intellection qui portent en eux la double tentation distrayante du poétique (l’enchantement des phrases : assonances, allitérations, anaphores…) et du rhétorique (l’émotion de la communication avec un public). La double tentation aussi du comique (les ridicules ne manquent pas dans l’histoire des hommes) et du tragique (la vie est un malheur programmé), qui sont les deux ressorts du littéraire.

Après 26 siècles d’efforts d’un très petit nombre de penseurs qui ont porté leur attention au-delà des préoccupations ordinaires, la philosophie est sublime dans son projet et très humble dans ses réalisations. Car la philosophie cultive le doute, elle est recherche et non savoir, elle est inquiétude et non dogmatisme fanatique conduisant au terrorisme, elle est perpétuelle interrogation face aux analyses des sociologues, des politologues et des historiens, elle est interrogation perpétuelle face aux certitudes illusoires des religions.

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La Civilisation et les douleurs

21 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Civilisation, #Philosophie

De nombreux hommes se soucient du sort de l’Humanité et de l’avenir de la Civilisation. C’est qu’il y a de quoi s’inquiéter : chômage, famines, réchauffement de l’atmosphère, misère, obscurantisme religieux, terrorisme islamiste, disparition annoncée des baleines et des éléphants, immigrations massives, drogues, développement de l’autoritarisme (Corée du Nord, Russie, Turquie…), etc. Mais que peut-on faire ? Voter pour Clinton plutôt que pour Trump ? Soutenir Juppé plutôt que Fillon ? On voit bien que l’individu ne peut guère influencer les tendances lourdes de l’Histoire, et pourtant de nombreux hommes se soucient du sort de l’Humanité. C’est pour éviter d’avoir à penser à leur propre destin. Car il est « écrit », et rien ne peut le changer : vieillissement, douleurs, agonie, mort ! C’est pour échapper à la pensée sur soi et sur son inéluctable déchéance que l’homme se préoccupe de l’Humanité. Il se réfugie dans « l’oubli de l’Être » (Heidegger), qui est en fait l’oubli de son être et de son devenir, pour ne pas penser. Car « penser », ce n’est pas spéculer sur les énergies « renouvelables », sur le développement « durable », sur le commerce « équitable », sur le « vivre-ensemble » et sur la bonne « gouvernance », penser c’est avoir pleinement conscience de sa finitude et des souffrances qui attendent chacun. Pascal, déjà, avait compris que ce qu’il appelait le divertissement n’est qu’un subterfuge du vivant pour oublier la mort et pour entretenir une plaisante insouciance. Et malgré leur splendeur parfois sublime, l’Art, la Musique, la Littérature et la Poésie ne sont que d’astucieuses machinations du vivant pour éviter de penser à la mort. Même les histoires les plus tristes imaginées par les dramaturges, même les romans les plus noirs ou les chants les plus désespérés ont pour but de nous distraire de la « vraie vie », de ce que Heidegger, encore lui, appelait « Être et Temps ».

Ainsi, la philosophie vraiment « profonde » n’est pas l’érudition des professeurs qui décortiquent pendant toute une vie studieuse les dialogues de Platon, ou qui tentent de déterminer si le spinozisme était un matérialisme ou un panthéisme. Ainsi, la philosophie vraiment « authentique » ne consiste ni à forger des concepts, ni à rassurer le bon peuple avec de belles phrases sur l’honneur de l’humanité, sur la liberté et l’égalité, et sur l’amour, comme dans les chansons. La philosophie vraie n’est ni l’étalage d’un savoir rare, ni une consolation. C’est la recherche du réel. Peut-être y a-t-il « quelque chose » après la mort mais, en attendant, il y a au moins la certitude, pour chacun dans sa solitude « existentielle », de douleurs à venir, chagrins inconsolables ou souffrances physiques insupportables. C’est moins amusant qu’une chanson de Charles Trenet ou qu’un monologue de Raymond Devos. Mais, si ça vous fait du bien, vous pouvez chanter Y a de la joie ! en imaginant le « changement de système » (sic) qui apportera le bonheur à 8 milliards de mammifères doués d’une conscience et empoisonnant les sols, les eaux et l’atmosphère de leurs déjections.

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