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Jean C. Baudet

Articles avec #philosophie tag

La philosophie impossible et indispensable

1 Juin 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

La philosophie impossible et indispensable

Le parcours vers la construction d'une ontologie est semé d'embûches, et paraît être un "chemin sans issue", comme l'a déterminé Martin Heidegger en 1950, quand il était arrivé dans sa 61ème année de vie, c'est-à-dire d'existence, et peut-être déjà avant, quand il effectue le "tournant" de sa pensée (die Kehre) qui va l'écarter du projet sans doute trop optimiste de Sein und Zeit (1927). La connaissance de l'Être en tant qu'être (to on è on) ne devient le projet de la philosophie qu'avec Aristote - même si le terme métaphysique n'apparaît, avec Andronicos de Rhodes, que vers 50 avant notre ère. Les présocratiques et même Platon n'ont pas encore atteint une pleine conscience de la nécessité pour toute pensée de résoudre préjudiciellement la question ontologique, ne se libérant encore qu'incomplètement de la pensée mythico-mystique. Peut-être pourrait-on créditer Parménide d'Elée d'avoir eu clairement le projet de dévoiler l'Être, mais ce n'est qu'un détail de l'histoire de la haute pensée. En tout cas, la recherche métaphysique, qu'elle soit initiée par l'Eléate ou par le Stagirite, a découvert ses propres limites en 1781, avec Kant. Mais la suspension du travail ontologique ne dura que quelques années, Kant lui-même croyant pouvoir sauter les barrières qu'il avait découvertes, avec la Critique de la raison pratique (1788). Puis ce furent Fichte, Schelling, Hegel...

La faillite (prévisible) des grands systèmes de l'idéalisme allemand (qui dans la vie politique conduisirent à ces deux figures de l'abjection que sont le communisme de Staline et le nazisme de Hitler) bloqua la recherche ontologique pendant plusieurs décennies, et l'immense effort de Heidegger tourna court : si l'homme est un être-là (Dasein), nous devons convenir que l'Être est un être-au-delà.

Ainsi, depuis Kant (celui de 1781) et avec une lucidité de plus en plus pénétrante mais toujours limitée, la philosophie ne peut désormais que tourner en rond, exprimant de mieux en mieux ses limites radicales (qui sont les limites de l'intelligence humaine), et ne pouvant déboucher que sur les réalités irréfragables (mais hélas incomplètes) de la science, ou sur des phraséologies impressionnantes mais vides, ou sur les rêveries de la poésie ou des religions. Faire de l'Être inconnaissable une divinité, sacraliser nos ignorances, voilà la grande tentation. L'Actualité montre où cela conduit.

Ainsi, la philosophie est aussi impossible que la quadrature du cercle. Mais, alors que la quadrature n'est pour l'humain qu'un jeu futile et dérisoire, la philosophie est une nécessité vitale. Elle ne nous apprend pas quelles sont les structures de l'Être et ne nous montre aucun chemin de vie, mais elle nous apprend à nous méfier du mensonge et de l'illusion. Car, songeons-y bien : quels authentiques nouveaux savoirs nous apportent Bernard-Henri Lévy, Barbara Cassin, Alain Badiou, Michel Serres, André Comte-Sponville, Luc Ferry et tous les autres ?

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Ecrivain ou philosophe ?

21 Mai 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Littérature

Ecrivain ou philosophe ?

Il ne faut pas confondre le métier d'écrivain et la fonction de philosophe. Certes, les écrivains ont des idées et les philosophes, le plus souvent, publient des livres. Mais il s'agit d'aller "aux choses mêmes", d'identifier le "noyau dur" du travail littéraire et de l'oeuvre philosophique. La mission sociale de l'écrivain est de distraire, de divertir, de "faire passer le temps" des lecteurs, pour qu'ils oublient, en songeant aux amours de Roméo et Juliette ou en rêvassant au goût d'une madeleine trempée dans une infusion de tilleul, leur propre existence, pendant le temps d'un roman ou au théâtre. Et selon ses inclinations et les circonstances, l'écrivain sera bouffon du roi (flattant les puissants) ou bouffon du peuple (flattant les nombreux). L'écrivain s'occupe du paraître.

A l'opposé, l'objectif du philosophe est de dénoncer les rêves, les songes, les mensonges et les illusions. Il cherche à déterminer ce qui existe vraiment, ce qui n'intéresse ni le roi, qui a les soucis de son royaume, ni le peuple, qui est tout occupé par ses jeux. Le philosophe s'occupe de l'être.

#jeanbaudet

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La philosophie de Jean Baudet

2 Mai 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

La philosophie de Jean Baudet

Le système du philosophe Jean Baudet se trouve exposé dans les livres et articles de l'écrivain Jean C. Baudet. Très classiquement, il est formé d'une épistémologie, d'une ontologie et d'une éthique.

L'épistémologie de Baudet, ou éditologie, est basée sur l'histoire critique des systèmes de pensée dans le prolongement des travaux notamment de Sarton, de Bachelard, de Popper, de Foucault. Elle reconnaît deux moyens d'acquisition de savoirs, l'observation et le raisonnement, ce qui disqualifie les religions et les idéologies (basées sur la tradition et la prétendue intuition). La philosophie et la science tirent leur efficience de la combinaison de l'observation (empirisme) et du raisonnement (rationalisme), ce qui en même temps les limite et conduit à un scepticisme relatif. L'instrumentation sépare la science de la philosophie, conduisant à un néo-scientisme reconnaissant le primat épistémologique de la technique. Un des résultats de l'éditologie est de devoir admettre la coupure entre la STI (science-technique-industrie) et la non-STI, autrement appelée Culture.

Cette épistémologie empirico-rationaliste ne peut mener qu'au mysticisme ou au matérialisme. L'examen historique des sources de la pensée conduit au matérialisme et donc à l'athéisme.

Le matérialisme implique l'inexistence de valeurs et par exemple nie toute dignité particulière de l'homme par rapport aux autres animaux. L'éthique de Baudet est donc anti-humaniste, nihiliste et cynique. Cela n'élimine cependant pas la nécessité de règles morales (et donc politiques). Car il faut bien vivre, et l'homme étant un animal social, il doit se fixer des règles de comportement lui assurant la vie la plus heureuse possible. L'éthique devient ainsi, étant donné le primat de la technique déjà cité, une technique appliquée qui ne peut trouver ses principes que dans l'humble acceptation des réalités dévoilées par la technique et par la technologie, qui est la technique transfigurée par la science. Le but de l'existence humaine - en attendant les souffrances de la fin de vie - pourrait bien être l'Art, c'est-à-dire le divertissement, qui est la réconciliation de l'intelligence et du sentiment.

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Etre-pour-ignorer

18 Avril 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Après 50 ans de recherches en épistémologie et en histoire des systèmes de pensée, j'arrive à une conclusion (peut-être provisoire, je cherche encore...) qui m'amène à compléter l'analytique existentiale de Martin Heidegger. Ne faut-il pas, en philosophie, aller toujours plus loin ?

Les superstitions sont ridicules. Les religions sont illusoires. Les idéologies sont fallacieuses. La philosophie a d'immenses ambitions mais n'a pas les moyens d'atteindre ses objectifs. La littérature et singulièrement la poésie ont pour objet de divertir et non d'atteindre des vérités. Reste la science. Elle est la seule, de tous les développements intellectuels, à avoir produit quelques résultats certains et définitifs. Il serait débile, de la part d'un "penseur" du XXIème siècle, de nier la vérité de l'héliocentrisme (1543), de la circulation sanguine (1628), ou même du noyau atomique (1912), même si personne n'a "vu" un noyau ! Mais la science, malgré ses résultats spectaculaires, est impuissante pour répondre aux questions vraiment existentielles : que se passe-t-il après la mort, que puis-je espérer, que dois-je craindre ?

Au terme de mes enquêtes, j'en viens donc à proposer un nouvel existential, une nouvelle détermination intrinsèque du Dasein : l'être-pour-ignorer. Il ne suffisait donc pas que l'homme soit mortel, qu'il soit un loup pour l'homme, qu'il soit un roseau pensant (Pascal), qu'il soit un être dans l'être duquel il est question de son être (Sartre), il fallait encore qu'il soit ignorant de son propre destin.

Au fait, je me le demande, est-il plus important, pour l'honneur de l'esprit humain, de découvrir les existentiaux (Heidegger, 1927) ou de découvrir les neutrons (Chadwick, 1932) ?

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Neykov, Heidegger et le Bien

2 Avril 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Ethique

Encore un livre sur Heidegger ! La littérature relative au fondateur de l'analytique existentiale devient prodigieusement abondante, et il est impossible de lire tous les commentaires sur la doctrine du philosophe le plus éminent (au sens d'une grande visibilité) du XXème siècle. Ivan Neykov, docteur en philosophie de l'Institut Catholique de Paris, vient de publier Le sens du bien - Heidegger de Platon aux éditions L'Harmattan (Paris, 274 pages). Disons-le tout net, cet ouvrage remarquable fera les délices des techniciens de la phénoménologie, de l'existentialisme et de l'herméneutique façon Ricoeur ou Gadamer, passionnera les historiens de la philosophie, réjouira les amateurs de phraséologie labyrinthique et de terminologie d'origine grecque, latine ou allemande, mais rendra perplexes tous ceux qui, non initiés aux arcanes de la pensée de l'oubli de l'Être et du Dasein, voudraient savoir, une fois pour toutes, ce que Martin Heidegger a vraiment trouvé de si important, tout au long de son "chemin de pensée, de 1919 à 1973" (p. 9), au cours d'un siècle où, en même temps que l'existentialisme heideggerien, naissaient - entre autres innovations intellectuelles - la Relativité, la Mécanique quantique, la Biologie moléculaire et la Technologie de l'information et de la communication.

Le propos du docteur Neykov est très simple, et est développé selon les meilleures traditions universitaires germano-françaises d'érudition profonde, de subtilité allant parfois jusqu'à l'obscur (mais on ne dévoile pas l'Être avec des phrases trop simples), et d'élégance intellectuelle. Il s'agit de montrer que la doctrine de Heidegger, qui commence par prendre en compte la condition humaine faite de souffrance et ayant la mort pour horizon (le Dasein est un être-pour-la-mort, et j'ajoute qu'il est d'abord un être-pour-la-douleur), qui (re)découvre l'impossibilité de connaître l'Être dans sa totalité (rappelons que le scepticisme remonte à Pyrrhon d'Elis), débouche sur le constat de l'impossibilité de construire une éthique. Ce que le vulgaire, non habitué aux formules heideggériennes, résume par la formule brutale (et scandaleuse aux yeux des croyants de toutes sortes, y compris les "humanistes athées") : "si Dieu est mort, tout est permis". Il s'agit donc pour Heidegger de trouver dans l'Être (et donc dans les existentiaux du Dasein) des déterminants ontologiques d'une éthique à construire (on sait que ce sera aussi le programme de Sartre). Et donc il s'agit, pour Neykov, d'analyser finement et doctement (avec 261 notes infrapaginales) le "chemin de pensée" de Heidegger par rapport à un des fondements de la philosophie : le Bien qui, chez Platon, est l'Idée suprême et souveraine du monde des Idées. Neykov nous rappelle que Heidegger a consacré deux cours à Platon, à Marbourg en 1924-25 et à Fribourg en 1931-32 (à l'époque où le grand philosophe en quête de moralité s'affiliait au parti nazi).

L'étude de Neykov nous montre donc Heidegger commentateur de Platon, mais aussi d'Aristote et de Kant (le très critiquable "impératif catégorique"). L'auteur montre ce qu'il appelle la "violence herméneutique" de Heidegger, qui projette sa propre pensée dans les oeuvres qu'il interprète.

La conclusion de Neykov est très intéressante : toute morale, prétend Neykov (voir notamment p. 15), aboutit à la question de l'universalité, de la "valeur" du bien, et voit la personne humaine comme une fin-en-soi (comme le prétendait Kant, dans une théorisation de la pensée religieuse faisant de l'homme une valeur en tant que créature divine). C'est évidemment une pétition de principe : on découvre ce que l'on veut découvrir, la transcendance de la personne (Mounier, Levinas, Rawls, Habermas et tant d'autres). Et pour finir, Ivan Neykov invite la communauté philosophique internationale à compléter l'analytique existentiale par la considération d'un nouvel existential, à ajouter au "souci" et à l' "être-dans-le-monde" : l' "amour". La plus grande construction intellectuelle du XXème siècle aurait donc pour conclusion une rêverie de midinette.

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Hannah Arendt : le travail et l'oeuvre

25 Mars 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Hier après-midi à la Bibliothèque Royale à Bruxelles. Je suspends mes lectures pour boire une tasse de café au lait (sans sucre) en compagnie de Liza Leyla, poète exquise, habituée de la "Royale". Elle me parle de sa démarche artistique, et nous évoquons la mort récente du poète Jean-Luc Wauthier, libéré des souffrances et des humiliations de la vie terrestre par un arrêt cardiaque nocturne. Je connaissais Jean-Luc, que je rencontrais aux séances du Conseil d'administration de l'Association des Ecrivains belges. Il avait cette qualité, rare et admirable, de pouvoir distinguer sans hésiter les grands poètes et les poètes médiocres.

Je relis, de Hannah Arendt, Condition de l'homme moderne, essai dans lequel l'ancienne maîtresse de Heidegger développe la subtile et érudite distinction entre le travail et l'oeuvre. Pour son analyse de l'activité humaine, Arendt remonte aux Grecs et aux Romains, nous expliquant que l'Antiquité classique distinguait nettement la vita activa et la vita contemplativa, ce qui correspond à l'opposition que notaient les Grecs entre la praxis et la theoria. Elle nous explique également que le christianisme célébrait la vie contemplative, "conférant une sanction religieuse à l'abaissement de la vita activa ravalée à une position secondaire". Elle nous explique aussi que Marx et Nietzsche - chacun à leur manière - renverseront cette hiérarchie, Marx allant jusqu'à voir l'homme comme créé par le travail (et non par Dieu).

Pour Arendt, il y a deux humanités possibles au point de vue de l'activité, l' homo laborans, qui effectue un travail, et l' homo faber, qui accomplit une oeuvre ! Et le travail est sans intérêt quand l'oeuvre est l'objet de toutes les célébrations ! Il y a dans cette franche opposition la conséquence de l'idéalisme obstiné que l'on rencontre chez les penseurs de gauche (Arendt se réfère explicitement à Kant) : le travail (sans valeur) ne sert qu'à alimenter le corps, quand l'oeuvre est une réalisation (vénérable, méritant prosternations et encensements) de l'esprit !

Et je me demande si mon activité d'écrivain est un travail, et si mon labeur de philosophe est une oeuvre, ou vice versa...

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Qu'est-ce que le progres scientifique ?

18 Mars 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Philosophie

Hier soir, dans la grande salle des mariages de la Maison communale de Schaerbeek, en région bruxelloise, devant un public très attentif, j'ai donné une conférence "Qu'est-ce que le progrès scientifique ?", malgré mon état de santé. Ce fut dans le cadre des "conférences d'intérêt général" organisées, depuis déjà de nombreuses années, par l'échevin Bernard Guillaume. J'eus le plaisir de reconnaître quelques amis dans la salle, dont Jacques Van Rillaer, professeur émérite de l'Université Catholique de Louvain, Francis De Ridder, ancien secrétaire général de l'Association des Ingénieurs de Bruxelles, Marc De Moor, caricaturiste...

J'ai tenté de rendre aussi claires que possible mes positions épistémologiques basées essentiellement sur mes travaux en histoire des systèmes de pensée (histoire de la science, histoire des religions, etc.). Après avoir situé dans l'histoire de la philosophie l'évolution de la théorie de la connaissance (gnoséologie, critique, épistémologie...), j'ai essayé de réduire la critique kantienne à sa plus simple expression, qui pour moi réside dans la découverte, par le solitaire de Königsberg, de la distinction entre phénomène (connaissable par la coopération de la sensibilité et de l'entendement) et noumène (inaccessible à la raison humaine).

J'ai ensuite résumé en larges traits l'évolution de la Pensée (approfondissement de la loi des trois états d'Auguste Comte) : 1° apparition du langage et premiers questionnements, 2° élaboration des mythes (fin du Paléolithique), 3° récupération de certains mythes pour en faire le noyau des religions (Néolithique), 4° invention de la philosophie (Thalès et Anaximandre, vers 600 avant l'ère chrétienne), 5° invention de la science avec l'utilisation systématique de l'instrumentation (1543), 6° développement de la technologie, 7° risques actuels de régression avec le "retour du spirituel" et le fanatisme religieux puissamment armé, ainsi qu'avec les divers mouvements anti-science plus ou moins liés au New Age.

Les questions du public à la fin de mon exposé m'ont montré, une fois de plus, la difficulté qu'il y a à distinguer la science (qui dispose d'une instrumentation qui permet de fantastiques progrès dans le domaine phénoménal) de la philosophie. Celle-ci, pour tenter une connaissance du monde nouménal (s'il existe !), ne dispose que de deux moyens : l'observation commune (non instrumentée) et le raisonnement, sophistiqué jusqu'au galimatias chez de nombreux auteurs contemporains. La comparaison entre le progrès scientifique depuis Galilée et le progrès philosophique depuis Descartes est tout à fait éloquent ! On connaît la masse de l'électron (malgré son invisibilité) jusqu'à la huitième décimale, mais on ne sait toujours pas (malgré l'immense effort des philosophes des plus prestigieuses universités) s'il y a une vie après la mort !

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Sur l'origine des religions

15 Mars 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Religion

Sur l'origine des religions

L'importante question de l'origine des religions est géographique (où ?), historique (quand ?) et psychologique (comment ?). Je ne m'intéresse que médiocrement aux aspects géographiques et historiques de la question, qui concernent l'érudition, et n'ont pour le philosophe qu'une nature anecdotique. Mais par contre il me semble de la plus haute importance de réfléchir au mécanisme qui a fait apparaître, dans l'esprit humain, les éléments psychiques à l'origine des diverses religions. J'ai ainsi développé une théorie sur la naissance du fait religieux dans mon livre Curieuses histoires de la Pensée (Jourdan, Bruxelles). Il faut remonter au Paléolithique, car les préhistoriens nous montrent des témoignages de rites à caractère religieux (sépultures, statuettes interprétées comme représentant des divinités). Il faut probablement ne pas remonter au-delà de l'apparition du genre Homo, car l'on doit admettre que le développement des idées "religieuses" exigeait la possession du langage : les mythes sont des discours, exprimés dans un langage évolué. L'analyse des religions passées et actuelles montre que le fait primordial est la croyance au "sacré" (voir notamment les beaux travaux de Rudolf Otto). Avant même d'élaborer les idées complexes d'âme survivant à la mort, de démons, de dieux, de monde spirituel, les espèces humaines (H. neanderthalensis, H. sapiens et peut-être d'autres) ont dû concevoir une "différence" parmi les objets de leur environnement, les uns étant "sacrés" et les autres "profanes". C'est la distinction entre le remarquable et le banal, l'admirable et le quelconque, le dangereux et l'inoffensif, le fort et le faible, qui deviendra (après une longue élaboration d'idées de plus en plus complexes) le terrestre et le céleste, l'ordinaire et le divin, le physique et le métaphysique, le matériel et le spirituel. L'ethnographie nous fournit des milliers d'exemples de sacralisations, qui me semblent constituer le ressort psychique de l'invention des dieux. Est sacré ce qui est remarqué (les éclairs, un grand arbre, un animal dangereux, une pierre noire...), avec une typique ambivalence bénéfique-maléfique. Ainsi, avant même que ne se figent en dogmes et en liturgies les religions historiques, les hommes à l'aube de la prodigieuse aventure de la Pensée, en s'entourant de sacré, avaient réalisé un enchantement du monde (pour évoquer Marcel Gauchet : Le désenchantement du monde, 1985) et avaient jugulé leurs peurs par des élaborations fantasmatiques. Conscients que leur bien-être ne dépend pas d'eux-mêmes mais des rigueurs de leur environnement (rareté de la nourriture, maladies, prédateurs...), ils ont enchanté celui-ci en le peuplant d'abord de forces mystérieuses, puis d'entités taboues de plus en plus anthropomorphes : âmes des morts, lutins, fées, farfadets, démons, incubes et succubes, anges et archanges, dieux et déesses, ce qui conduira au dualisme d'un Platon (monde intelligible et monde sensible), d'un Descartes (corps et âme), d'un Kant (phénomène et noumène). Il est intéressant de noter que la croyance au sacré est toujours accompagnée de fanatisme : c'est l'idée même du sacré comme intouchable et absolu !

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Eliane Escoubas explique Martin Heidegger

14 Mars 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Les circonstances de la vie, à moins qu'il ne s'agisse des aléas de l'existence, m'ont donné l'occasion et le plaisir, avant-hier après midi, d'assister à la conférence que donnait Eliane Escoubas (Université de Paris XII), à l'Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles, sur l'analytique existentiale de Heidegger. La conférencière a brillamment expliqué l'idée heideggerienne de Dasein. Elle a montré qu'en insistant sur l'unité de l'homme, l'auteur de Sein und Zeit (1927) récusait le dualisme du corps et de l'âme de la métaphysique classique, fondant le monisme de l'existence humaine, qui n'a pas d'intérieur, étant ouverture sur le monde. Il y aurait trois sortes d'étants, avec un statut ontologique de plus en plus complexe : la chose (qui n'a pas de monde), l'animal (qui est pauvre en monde) et l'homme. Celui-ci est mondain, il configure un monde, et même - par la technique - il crée des mondes (Weltbildung).

L'analytique existentiale de Heidegger est alors une nouvelle anthropologie qui développe l'étude de l'homme (en tant que Dasein) à la lumière du monisme qui rejette le dualisme (hérité de la pensée archaïque des religions primitives) des réalités "spirituelles" et des réalités "matérielles". La structure du Dasein est constituée d' existentiaux, qui ne sont ni des facultés (comme les facultés mentales de la psychologie classique) ni des comportements (comme étudiés par le béhaviorisme), mais des modes d'être : affection, compréhension, parole, souci...

En découvrant que la technique est le propre de l'homme (Le Signe de l'humain, L'Harmattan, Paris, 2005), j'entamais il y a plus de dix ans une tentative (désespérée) de construire une synthèse entre l'existentialisme de Heidegger et les résultats de l'éditologie. Celle-ci (comme Heidegger) insiste sur la nature langagière (communicante : "être-avec-les-autres") de l'homme, et le langage est une invention technique parmi d'autres, aussi déterminante soit-il. L'homme a inventé des outils en pierre taillée avant d'inventer des mythes. Mais comment passer de la phénoménologie du Dasein, d'une part, et de l'histoire critique des systèmes de pensée, d'autre part, à l'élucidation de l'être, c'est-à-dire de notre destin ? Comment passer de l'analyse de l'archè (qui est-là, naguère, et donc observable, au moins partiellement) à la détermination de l'eschaton, qui n'est pas encore et échappe à toute observation ? La temporalité de l'Être (to on è on) ne détermine-t-elle pas un existential qui mine toute recherche philosophique : être-pour-l'ignorance ?

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Comparer la science et la philosophie

22 Février 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Science

Il faut se rendre à l'évidence. Au cours des 5 derniers siècles, la philosophie a accumulé des milliers de textes, parfois devenus extrêmement prestigieux dans les instances de célébration (universités, académies, médias), mais n'a pas proposé une seule connaissance nouvelle à l'Humanité !!! Pendant le même demi-millénaire, la science a proposé des milliers de savoirs nouveaux, parfaitement vérifiés, et plus inattendus les uns que les autres : héliocentrisme, gravitation, mécanismes biochimiques, génétique, structure des molécules et des atomes, fonctions cérébrales, etc., etc. Les agents de police culturelle admirent sans réserve Kant, Hegel, Schopenhauer, Husserl, Heidegger, qui n'ont strictement rien apporté de nouveau au savoir humain. Cette navrante stérilité du travail philosophique comparée à l'époustouflante fécondité de la recherche scientifique produit chez certains philosophes un ressentiment qui engendre de l'arrogance, de la suffisance et des attaques parfois virulentes de la science. C'est au fond très cocasse : tel philosophe, qui n'a rien trouvé, développe dans des livres pesants une "critique" de la science, et c'est Bergson faisant la leçon à Einstein...

Ceci ne signifie pas que la philosophie est inutile ! Elle est, au contraire, de plus en plus indispensable, par sa pratique du "doute méthodique", pour servir de garde-fou face aux dangereux fanatismes des religions et des idéologies.

Vous trouvez que j'exagère ? Il est facile de vérifier. Essayez d'énumérer, en quelques mots, les vérités découvertes et vérifiées par Frédéric Nietzsche, par Jean-Paul Sartre, par Barbara Cassin, par Michel Onfray, par Alain Badiou, et refaites le même exercice pour Newton, pour Lavoisier, pour Röntgen, pour Hertz, pour James Watson...

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