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Jean C. Baudet

Articles avec #philosophie tag

Sur les origines des religions

9 Septembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Religion, #Philosophie

Mon article "Les origines des religions" vient de paraître dans la livraison de septembre 2015 de la Revue Générale (150ème année). Toute religion est un phénomène culturel qui comporte obligatoirement trois éléments : une liturgie (un ensemble de rites), un dogme (un ensemble de mythes) et un clergé (un ensemble de prêtres). Toute religion est un phénomène cognitif, puisque son développement historique implique, chez les soumis ou fidèles, la croyance au sacré.

L'analyse épistémologique et anthropologique montre que le fait religieux remonte à la Préhistoire, et que les rites sont antérieurs à l'invention du langage (période gestuelle), que les mythes se formèrent (période verbale) ensuite, et que les clergés ne se constituèrent qu'avec les premières organisations sociales (fin du Paléolithique), en rapport avec l'invention de l'institution royale.

La question est de comprendre comment des êtres humains en sont arrivés à accepter, avec une insistance qui peut aller jusqu'au fanatisme massacreur, des "vérités" invérifiables. Une tentative de réponse est proposée en considérant que le fait de la croyance apparaît dans les sociétés archaïques, alors que la raison est encore inhibée par l'émotivité, notamment par l'angoisse existentielle.

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Les penseurs de la Technique (liste incomplete)

22 Août 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Technique

J’ai proposé une philosophie de la Technique dans mon livre Le Signe de l’humain (L’Harmattan, Paris). Ce travail est basé sur les ouvrages des philosophes, sociologues et historiens suivants.

1787 02 27 -1879 01 10 Bigelow, Jacob

1800 -1875 Willis, Robert

1818 05 05 -1883 03 14 Marx, Karl

1844 05 23 -1922 02 24 Espinas, Alfred

1860 -1922 Du Bois-Reymond, Alard

1861 12 15 -1941 Duplan, Jean-Léopold

1873 11 04 -1940 08 15 Zschimmer, Eberhard

1878 07 22 -1956 09 26 Fèbvre, Lucien

1882 03 02 -1951 11 03 Turrettini, Fernand

1883 05 09 -1955 10 18 Ortega y Gasset, José

1884 06 30 -1966 04 12 Duhamel, Georges

1889 09 26 -1976 05 26 Heidegger, Martin

1891 08 04 Engelhardt, Viktor

1895 10 19 -1990 01 26 Mumford, Lewis

19?? Beaune, Jean-Claude

19?? Ebacher, Roger

19?? Fallot, Jean

1905 01 02 -1983 Ducassé, Pierre

1909 -1998 10 17 Russo, François

1910 12 19 -1984 03 18 Daumas, Maurice

1916 02 26 -1990 11 Laloup, Jean

1916 10 08 -2006 04 13 Gies, Joseph

1917 11 22 -1995 12 06 Kranzberg, Melvin

1920 03 29 -1980 11 30 Gille, Bertrand

1921 09 07 -2007 11 26 Ladrière, Jean

1923 10 05 -Barbour, Ian G.

1924 06 26 -Axelos, Kostas

1924 10 02 -1989 02 07 Simondon, Gilbert

1925 Florman, Samuel C.

1929 04 27 Beck, Heinrich

1929 06 18 Habermas, Jürgen

1929 06 29 McLean, George F.

1932 03 23 Lenk, Hans

1932 05 14 Bernstein, Richard J.

1933 03 23 Ferré, Frederick

1933 07 06 Durbin, Paul T.

1933 11 15 -2011 07 05 Roszak, Theodore

1934 Ihde, Don

1941 Mitcham, Carl

1944 05 31 Baudet, Jean C.

1946 03 29 Hottois, Gilbert

1946 07 28 Banse, Gerhard

1947 04 13 -1997 01 Druet, Pierre-Philippe

1947 06 22 Latour, Bruno

1948 Coriat, Benjamin

1951 Zuboff, Shoshana

1952 Hubig, Christoph

1954 Gingras, Yves

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Histoire des religions et de la philosophie

12 Août 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Religion, #Histoire

J'ai publié cinq livres d'histoire des religions et de la philosophie.

- Curieuses histoires de la pensée - Quand l'homme inventait les religions (Jourdan),

- Histoire de la pensée de l'an Un à l'an Mil (Jourdan),

- La vie des grands philosophes (Jourdan),

- A quoi pensent les Belges ? (Jourdan),

- Les agitateurs d'idées en France (La Boîte à Pandore).

Je prépare un histoire générale de la philosophie, qui sera sans doute mon dernier travail.

J'ai également publié trois livres de philosophie pure, et plus d'une vingtaine de titres d'histoire de la science, de la technique et de l'industrie (STI). Il m'a semblé qu'il fallait savoir comment ont pensé les autres (du moins les plus grands philosophes et scientifiques) avant de prétendre penser par soi-même. J'ai spécialement étudié la pensée en France et en Belgique, parce que le français est ma langue paternelle et que je vis en Belgique. Malgré le caractère fort modeste de la pensée chez les Belges.

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Sur la condition humaine

3 Août 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Physique

Sur la condition humaine

En 1687, l’Anglais Newton publie sa découverte de la gravitation universelle. C’est la première force identifiée dans le monde. Aujourd’hui, l’on connaît trois forces : l’attraction gravitationnelle, la force nucléaire (le Japonais Yukawa) et la force électrofaible (le Français Coulomb). La gravitation est amplement démontrée par l’expérience quotidienne de la chute et par les milliers d’observations des astronomes. La force nucléaire permet le fonctionnement des centrales nucléaires. Et la force électrofaible est la source des phénomènes électriques et magnétiques, et c’est la force qui maintient les atomes unis dans les molécules. L’on peut dire que la force nucléaire « crée » les atomes et que la force électrofaible « crée » les molécules, la force gravitationnelle agissant surtout sur les « grandes » accumulations de matière. C’est par l’effet de la force électrofaible que les molécules interagissent et se transforment, y compris dans les phénomènes vitaux et psychiques. Ainsi peut-on dire que les instincts animaux et ce qui en dérive chez l’homme (la peur, le désir, la compassion, l’intelligence, la conscience, l’espoir…) sont des conséquences des caractéristiques des trois forces cosmiques. Si la force électrofaible était véhiculée par des bosons avec des particularités légèrement différentes, l’Univers ne serait pas ce qu’il est (l’Être des philosophes aurait d’autres propriétés), et il n’y aurait peut-être pas dans ce monde différent d’entités capables de connaître et de comprendre. La conscience humaine et la souffrance qu’elle engendre dépend peut-être du spin ou de la masse du boson W ou du boson Z !

Que l’on appelle les trois forces naturelles les trois interactions du Modèle Standard de la Physique, ou la Sainte Trinité, ou les trois principes du Grand Manitou, ne change pas grand-chose aux déterminismes de la condition humaine. Parce qu’il « y a » des protons (force nucléaire) et parce que les protons attirent les électrons (force électrofaible), il y a des hommes qui souffrent, des hommes qui pensent et des hommes qui espèrent. Faut-il se réjouir ou se lamenter : la civilisation est la conséquence de la valse des fermions et des bosons. Non seulement « il y a quelque chose plutôt que rien », mais en outre ce qu’il y a découle mécaniquement de ce qu’il y eut.

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Mes interets litteraires et philosophiques

23 Juillet 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Au soir de ma vie, j'éprouve de vives émotions, très mélangées, à faire l'inventaire de mes intérêts successifs. J'ai commencé par m'intéresser à la flore du Kivu, au Congo ex-belge (prospections botaniques de 1973 à 1975), puis je me suis intéressé à la génétique et à la taxonomie des haricots (une douzaine de publications scientifiques), puis aux céréales (un livre, en 1981), puis à l'histoire de la Technique, puis à l'épistémologie et à l'histoire de la Science (nombreux livres et articles), puis aux ingénieurs (deux livres), puis à la philosophie (deux livres en 2005), puis à la poésie (plusieurs poèmes publiés et un livre), puis à la Belgique (plusieurs livres), puis à l'Actualité (collaboration régulière au journal L'Echo, 2008-2009), puis aux femmes savantes (deux livres), puis à l'histoire des religions et de la philosophie (trois livres), puis aux inventions (un livre), puis aux entreprises multinationales (un livre), puis à la cuisine (un livre), puis aux intellectuels français (un livre), puis à la phénoménologie transcendantale (0 livre), puis à la phénoménologie herméneutique (0 livre), puis à l'Être en tant qu'être (un livre en cours de rédaction), puis à l'état physiologique de mes organes vieillissants.

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Pour et contre Heidegger

20 Juillet 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Pour et contre Heidegger

Martin Heidegger fut-il le plus grand philosophe du XXème siècle, et peut-être même le plus pénétrant philosophe de tous les temps, ou n'était-il qu'un littérateur astucieux, un imposteur de la pensée authentique, un confondeur de vessies et de lanternes, un équilibriste verbal, bref une somptueuse inutilité ? Cela fait cinquante ans (mais je ne me suis pas intéressé qu'à l'auteur de Sein und Zeit) que je me pose cette question, me demandant si je dois reprendre ma réflexion sur le dévoilement de l'Être façon "phénoménologie herméneutique", ou si je peux sereinement passer à côté des vertigineuses subtilités de l'analytique existentiale. Ma contribution personnelle au travail philosophique doit-elle être d'approfondir l'existentialisme heideggerien et de tenter de formuler de manière claire et distincte ma conception de l'Être, ou doit-elle être de mettre en garde contre les verbiages obscurs de chemins qui ne mènent nulle part ? Cela fait cinquante ans que j'hésite entre le haussement d'épaule et l'approfondissement de l'ontologie et de l'ontique de celui qui a peut-être le mieux compris ce qui détermine la condition humaine.

Quelle est l'importance de Martin Heidegger dans l'histoire de l'esprit humain ? Doit-il être associé aux grands noms d'Einstein, de Freud, de Durkheim, de Marx, de Gell-Mann, ou faut-il le ranger parmi les fumistes et les jongleurs de phrases, avec les poètes minimalistes et les autres vendeurs d'illusions ?

On peut, en première approximation, juger de l'importance d'un auteur par l'abondance de ses écrits et, plus encore, par l'abondance des écrits qui lui sont consacrés. Jean-Pierre Tafforeau, Jean-Paul Sartre, Renaud Denuit, Michel Haar, Jacques Taminiaux, Alain Boutot, Jacques Derrida, Jean-François Courtine, Dominique Janicaud et tant d'autres ont consacré au maître tellement d'ouvrages, parfois copieux, toujours subtils et raffinés, qu'il me paraît difficile de ne pas voir dans Heidegger un important agitateur d'idées.

Mais quand on a parcouru le chemin qui mène au sommet de la montagne, il faut bien redescendre, l'esprit encombré de merveilles, et dans la vallée il faudra bien accepter sa "finitude", c'est-à-dire la souffrance et la peine. Car je ne sais pas encore si l'homme est un "être-là", et je ne suis pas bien sûr que son existence précède son essence, mais je commence à comprendre (à dévoiler un non-encore-aperçu) que l'homme est un être-pour-souffrir.

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Science et philosophie (poeme pornographique)

26 Juin 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Science, #Poème

Science et philosophie (poeme pornographique)

399 avant Jésus le Christ (gloire à son Saint Nom) : Socrate découvre qu'il ne sait rien

30 : le juif Jésus (gloire à Lui au plus haut des cieux) invente la compassion pour les démunis

50 : le juif Paul invente l'antisémitisme

325 : le concile de Nicée découvre qu'il y a trois personnes en Dieu

1543 : Copernic découvre l'héliocentrisme

1637 : Descartes découvre qu'il pense

1637 : Descartes découvre qu'il est

1670 : le juif Spinoza invente le panthéisme

1687 : Newton découvre que les masses s'attirent

1803 : Dalton découvre les atomes

1842 : le Wallon Sax invente le saxophone

1848 : le juif Marx invente le communisme dialectique

1851 : le Wallon Fafchamps invente la mitrailleuse

1864 : le Wallon Lenoir invente l'automobile

1863 : le Wallon Solvay invente la soude à l'ammoniac

1869 : le Wallon Gramme invente la dynamo électrique

1872 : le juif Cantor invente la théorie des ensembles

1888 : le juif Hertz découvre les ondes électromagnétiques

1895 : Röntgen découvre les rayons X

1896 : le juif Freud invente la psychanalyse

1900 : le juif Husserl invente la phénoménologie

1905 : le juif Einstein découvre la relativité du temps

1912 : Rutherford découvre le noyau des atomes

1913 : le juif Bohr invente la mécanique quantique

1927 : le Wallon Lemaître découvre l'expansion de l'Univers

1927 : Heidegger découvre que l'homme est un être-pour-la-mort

1933 : Heidegger devient nazi

1950 : Heidegger est dénazifié

1953 : Watson découvre la structure moléculaire de l'ADN

1964 : le juif Gell-Mann découvre les quarks

1964 : le juif bruxellois Englert prévoit l'existence du boson ultime

1984 : le Bruxellois Baudet invente l'éditologie

2015 : le Bruxellois Baudet découvre qu'il ne sait pas grand-chose.

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L'ennemi public

21 Juin 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Epistémologie

Mon travail épistémologique a commencé par une analyse radicale de la connivence, à première vue mystérieuse, entre la technique et la science, entre la main et la parole – avec une réhabilitation du geste technicien, si dévalué dans la culture contemporaine. Basant mon enquête sur un corpus considérable de faits historiques concernant l’évolution des systèmes de pensée (technique et science, mais aussi magie, religions, philosophie…), je suis arrivé à voir dans l’apparent mystère de la naissance de la science grâce à la technique (comme, semblablement, l’art naîtra de la musique, cfr Neitzsche) le résultat du rapport de convenance entre la connaissance et l’action, entre la vérité et l’efficacité, entre le gnoséologique et l’ontologique. Une action ne peut aboutir que si elle correspond au réel, au vrai, et une hache en pierre taillée ou une centrale nucléaire ne fonctionnent que parce que leur conception fut en concordance avec la réalité. Les rites primitifs, instinctuels et surchargés d’espérance, se perfectionnent et se transmuent en se dissociant en technique et en magie, celle-ci se combinant avec l’esprit du mythe pour donner naissance aux religions. La philosophie naîtra de la tardive prise de conscience des contradictions des traditions religieuses, et le rejet de toutes les traditions (l’esprit qui toujours nie, cfr Goethe). Cette pensée libérée des pesanteurs traditionnelles (d’ordre sentimental et social) finira par donner naissance à la science, grâce à l’instrumentation, qui est comme un ressourcement par la technique.

Cette analyse, confortée par mes recherches en histoire de la science, en histoire des religions et en histoire de la philosophie, me conduit invinciblement au néo-scientisme, au monisme, au matérialisme, à l’athéisme, au nihilisme et à l’anti-humanisme. Je suis donc l’ennemi de milliards d’hommes, les religieux, les idéalistes, les spiritualistes, les humanistes, les optimistes, les fascistes et les racistes (qui inventent des valeurs liées à des sous-groupes humains par fantasme compassionnel), les communautaristes, les communistes et les gauchistes, les écologistes, les moralistes, les masculinistes, les féministes, les droits-de-l’hommistes, les phénoménologues, les herméneutistes, et les poètes minimalistes qui prennent leurs rêves pour des vérités indicibles, ineffables et sublimes.

Il me reste à tâcher de comprendre pourquoi un désaccord ontologique conduit à la haine, au fanatisme, à l’insulte, à l’intolérance, à la violence et au meurtre.

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Le dernier philosophe

4 Juin 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Epistémologie

J'ai d'abord, il y a déjà bien longtemps, exploré le champ classique de l'épistémologie, pour établir que, vu le primat de la technique, la science est une technique appliquée. C'était transposer dans le concret de l'Histoire la relation d'équivalence entre les concepts de Connaissance et d'Action (l'efficacité comme indice de vérité: pour savoir il faut faire, et pour faire il faut savoir). Puis, j'ai étendu ma réflexion au champ tout entier de la gnoséologie, découvrant l'origine des religions (et des idéologies qui en dérivent) dans les rites qui sont des réactions compulsives libératoires à l'angoisse de la condition humaine. M'interrogeant alors sur l'apparition de la philosophie, je la situais comme une révolte, comme un rejet des traditions, avec la production d'une coupure sociale et épistémique entre une petite élite qui cherche et la masse qui croit. Restait la distinction à thématiser entre philosophie et science, qui sont toutes deux des recherches libérées. Je ne me satisfaisais pas des réponses de Bachelard (les obstacles épistémologiques), de Popper (la falsification), de Kuhn (les changements de paradigme), et j'approfondis ma lecture de l'histoire de la philosophie et de la science, publiant d'ailleurs de nombreux articles et plusieurs volumes consacrés à l'histoire des systèmes de pensée. C'est ainsi que je découvris que la différence radicale entre science et non-science réside dans l'instrumentation, c'est-à-dire dans l'emploi systématique d'instruments, qui modifient dramatiquement la portée de l'observation et la puissance heuristique et démonstrative du raisonnement (par la mathématisation rendue possible grâce aux instruments de mesure). Il me paraît difficile de nier que les scientifiques disposent de laboratoires et que les philosophes n'ont que des bibliothèques ! Je retrouvais mon intuition du primat de la technique, puisque les instruments de la science sont construits par les techniciens.

Au cours de l'Histoire, la science (instrumentale depuis 1543) n'a cessé de restreindre le domaine de la philosophie, répondant à la question de la matière (Lavoisier, 1789), de la vie (Schleiden, 1838), de la biodiversité et de l'origine de l'homme (Darwin, 1859), et même de l'origine de l'Univers (Einstein, 1915). La question se pose donc de savoir si, dans un avenir plus ou moins proche, la science serait en mesure de recouvrir totalement le champ encore vaste du questionnement philosophique. Quelle que soit l'orientation de ma méditation, je ne vois pas d'issue à l'impossibilité actuelle de pénétrer dans le domaine nouménal, ce qui me ramène inéluctablement au scepticisme de Kant : la physique (grâce aux instruments) est merveilleusement possible, et d'ailleurs elle progresse tous les jours ; la métaphysique est tragiquement impossible !

Ce scepticisme, qui à ce jour me semble incontournable, achève la philosophie, comme on achève les chevaux malades. L'homme a dû se résigner à vivre avec la souffrance. Il lui faut, en plus, vivre avec l'ignorance.

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La philosophie impossible et indispensable

1 Juin 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

La philosophie impossible et indispensable

Le parcours vers la construction d'une ontologie est semé d'embûches, et paraît être un "chemin sans issue", comme l'a déterminé Martin Heidegger en 1950, quand il était arrivé dans sa 61ème année de vie, c'est-à-dire d'existence, et peut-être déjà avant, quand il effectue le "tournant" de sa pensée (die Kehre) qui va l'écarter du projet sans doute trop optimiste de Sein und Zeit (1927). La connaissance de l'Être en tant qu'être (to on è on) ne devient le projet de la philosophie qu'avec Aristote - même si le terme métaphysique n'apparaît, avec Andronicos de Rhodes, que vers 50 avant notre ère. Les présocratiques et même Platon n'ont pas encore atteint une pleine conscience de la nécessité pour toute pensée de résoudre préjudiciellement la question ontologique, ne se libérant encore qu'incomplètement de la pensée mythico-mystique. Peut-être pourrait-on créditer Parménide d'Elée d'avoir eu clairement le projet de dévoiler l'Être, mais ce n'est qu'un détail de l'histoire de la haute pensée. En tout cas, la recherche métaphysique, qu'elle soit initiée par l'Eléate ou par le Stagirite, a découvert ses propres limites en 1781, avec Kant. Mais la suspension du travail ontologique ne dura que quelques années, Kant lui-même croyant pouvoir sauter les barrières qu'il avait découvertes, avec la Critique de la raison pratique (1788). Puis ce furent Fichte, Schelling, Hegel...

La faillite (prévisible) des grands systèmes de l'idéalisme allemand (qui dans la vie politique conduisirent à ces deux figures de l'abjection que sont le communisme de Staline et le nazisme de Hitler) bloqua la recherche ontologique pendant plusieurs décennies, et l'immense effort de Heidegger tourna court : si l'homme est un être-là (Dasein), nous devons convenir que l'Être est un être-au-delà.

Ainsi, depuis Kant (celui de 1781) et avec une lucidité de plus en plus pénétrante mais toujours limitée, la philosophie ne peut désormais que tourner en rond, exprimant de mieux en mieux ses limites radicales (qui sont les limites de l'intelligence humaine), et ne pouvant déboucher que sur les réalités irréfragables (mais hélas incomplètes) de la science, ou sur des phraséologies impressionnantes mais vides, ou sur les rêveries de la poésie ou des religions. Faire de l'Être inconnaissable une divinité, sacraliser nos ignorances, voilà la grande tentation. L'Actualité montre où cela conduit.

Ainsi, la philosophie est aussi impossible que la quadrature du cercle. Mais, alors que la quadrature n'est pour l'humain qu'un jeu futile et dérisoire, la philosophie est une nécessité vitale. Elle ne nous apprend pas quelles sont les structures de l'Être et ne nous montre aucun chemin de vie, mais elle nous apprend à nous méfier du mensonge et de l'illusion. Car, songeons-y bien : quels authentiques nouveaux savoirs nous apportent Bernard-Henri Lévy, Barbara Cassin, Alain Badiou, Michel Serres, André Comte-Sponville, Luc Ferry et tous les autres ?

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