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Jean C. Baudet

Articles avec #philosophie tag

Science et litterature

22 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Poésie

Récemment, quelques correspondants de Facebook m’ont fait remarquer que les romanciers et les poètes possèdent un don tout particulier pour découvrir des vérités inaccessibles aux savants et aux philosophes, pour dévoiler les mystères de l’Être en tant qu’être, et en particulier pour sonder les profondeurs abyssales des facultés mentales des humains. Je leur sais infiniment gré de m’avoir ouvert les yeux et tiré de mon sommeil dogmatique. Par manque de subtilité et de clairvoyance, je pensais tout benoîtement que la sociologie était l’affaire des sociologues, la psychologie celle des psychologues, et la philosophie celle des philosophes, comme il est de règle dans le monde des simples de croire que la pâtisserie est l’affaire des pâtissiers. Que de naïveté de ma part. Et que je regrette de n’avoir pas été éclairé plus tôt !

Je vais donc, pour poursuivre mes recherches (si mal engagées jusqu’ici) sur la cognition, sur le progrès intellectuel et sur les rapports entre l’intelligence et les émotions, entre le vrai et le faux, abandonner l’étude exténuante (et stérile) des ouvrages de Kant et de Freud, de Popper et de Sarton, de Husserl et de Carnap, des historiens et des ethnographes, des épistémologues et des chercheurs en physiologie du système nerveux, et me plonger dans l’étude des aventures de d’Artagnan et d’Edmond Dantès, de Madame Bovary, de Bouvard et Pécuchet, de la famille des Rougon-Macquart, de Sherlock Holmes, de Charles Swann, d’Hercule Poirot, de Tintin et Milou, du commissaire Maigret, de James Bond, de San Antonio… Et je trouverai certainement les réponses aux questions que je me pose, depuis plus de cinquante ans, dans les œuvres de Nerval, de Baudelaire et de René Char, et dans les ouvrages d’André Breton, de Julien Green, de Jean d’Ormesson et d’Amélie Nothomb.

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Physique et métaphysique

18 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Science

Que sont devenus les anges, les archanges et les chérubins des croyances primitives, l’apeiron d’Anaximandre, le logos d’Héraclite, les 4 éléments d’Empédocle, les atomes de Démocrite, les Idées de Platon, les catégories d’Aristote, les éons de Plotin, les 3 personnes divines des théologiens du Moyen Âge, la pierre philosophale des alchimistes, les 3 principes de Paracelse, les tourbillons de Descartes, le conatus de Spinoza, les monades de Leibniz, les noumènes de Kant, l’Esprit (Geist) de Hegel, la Volonté de Schopenhauer, le Sur-Homme de Nietzsche, l’Englobant de Jaspers, les existentiaux de Heidegger ?

De toutes ces entités proposées par l’imagination des métaphysiciens, seuls les atomes se sont révélés correspondre au Réel, sous la forme précisée (et rendue observable) par Dalton, par Ampère, par Avogadro… La physique et la chimie des XIXème et XXème siècles ont amplement, par des millions d’expériences de plus en plus sophistiquées, vérifié l’existence des atomes, les astronomes les trouvant dans les étoiles, les géologues dans les roches, les botanistes dans les plantes, les zoologistes dans le corps des animaux. Dans tous les domaines, la technologie se développe à partir du concept d’atome, et aucun homme instruit ne doute que la matière soit formée de corpuscules !

Ainsi la métaphysique qui, pendant 26 siècles, a mobilisé les facultés mentales les plus subtiles et les plus pénétrantes de l’Humanité, a produit de nombreuses hypothèses, dont une seule s’est finalement avérée « vraie », prouvée par la convergence des expériences et par l’efficacité des techniques. Les atomes « existent » parce que les ingénieurs métallurgistes peuvent prévoir les opérations qui permettront d’extraire du fer métallique de certaines pierres rougeâtres, parce que les ingénieurs nucléaires peuvent prévoir les opérations qui permettront de produire de l’électricité à partir de pechblende, parce que les ingénieurs électroniciens peuvent construire des ordinateurs, des téléviseurs, des téléphones, prouvant d’ailleurs en outre l’existence des électrons, qu’aucun métaphysicien n’avait prévue, même dans ses méditations les plus « profondes ».

Fécondité de la physique, et stérilité de la métaphysique. Cela ne donne-t-il pas à penser ?

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Les mots

3 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Littérature, #Editologie

C’est une évidence bien connue. On pense avec des mots. On écrit avec des mots. La philosophie et la littérature ne sont que des mots, des « ensembles de textes édités » (d’où le concept d’éditologie). Mais les mots du penseur n’ont pas la même fonction que celle des mots du littérateur, qu’il soit romancier, poète, essayiste… Même si certains auteurs cumulent une œuvre philosophique avec des productions littéraires, la différence est radicale entre le travail littéraire et le travail philosophique. Pour le dire avec des mots (forcément…) trop simples, empruntés à Pascal, les termes de la philosophie visent à atteindre la « raison » et sont le fruit de l’intelligence, quand les termes de la littérature veulent ébranler le « cœur » et sont le fruit du sentiment. Encore y a-t-il de l’intelligence, parfois très déliée, dans les textes littéraires, et du sentiment, parfois très vif, dans les ouvrages des philosophes.

Il ne faut pas confondre les mots et les choses, et avec les vocables dont nous disposons dans les différentes langues, le rapport entre un mot et la chose qu’il désigne est au moins ternaire. Le mot désigne un concept (une idée, une « représentation mentale »), qui détermine une chose. On ne confond pas cette pierre (qui « existe » dans mon vécu, c’est peut-être une pierre sur laquelle j’ai trébuché) avec l’idée de pierre (qui existe dans mon « esprit ») ni avec le mot « pierre » (qui devient stone en anglais ou Stein en allemand).

Nous proposons d’appeler « verbosphère » l’ensemble de tous les mots, pour s’associer au terme « noosphère » que Pierre Teilhard de Chardin a utilisé pour désigner l’ensemble des idées, se référant aux termes « atmosphère », « lithosphère », etc. de la géophysique. La verbosphère et la noosphère sont observables matériellement, sous la forme concrète de tous les livres disponibles dans toutes les bibliothèques et librairies. Encore faut-il savoir lire !

Verbosphère et noosphère sont les deux composantes principales de la « culture », si on accepte de désigner par ce mot (à ne pas confondre avec « civilisation ») l’ensemble des productions intellectuelles de l’Humanité.

Verbosphère et noosphère correspondent aussi à la « médiasphère » du philosophe Régis Debray, l’inventeur de la médiologie, qui rejoint assez bien les analyses de l’éditologie, quand elle fait du médium (c’est-à-dire de la Technique) la base du développement de la pensée. Debray, recherchant le progrès technique (des choses) qui génère le progrès intellectuel, modernisant la loi des trois états d’Auguste Comte, découvre que la médiasphère est passée par trois moments successifs : la logosphère (l’invention du langage), la graphosphère (l’invention de l’écriture), la vidéosphère (l’électronique).

Ainsi, face aux mystères de l’Univers, face aux plaisirs et aux souffrances de sa propre existence, face à la hantise de son destin, le philosophe n’a que des mots – être, connaître, disparaître – pour échapper à l’épouvante et pour apaiser sa soif de vérité.  

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Philosophie et politique

30 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

L’observation de l’actualité politique est inquiétante : Brexit, Hollande, Trump, Mélenchon, Erdogan, etc. Et les sociologues, politologues, historiens, anthropologues, journalistes et blogueurs d’y aller de leurs petits commentaires. Cela relève de la préoccupation, c’est-à-dire du divertissement. Les commentateurs se préoccupent de l’avenir de la Grande-Bretagne, de la France, des USA, et même du futur de l’Humanité, pour ne pas devoir se soucier de leur propre avenir, qui est une agonie inexorable. Penser au sort de tous les hommes pour ne pas avoir à méditer sur son propre destin. Mais les philosophes ? Doivent-ils se laisser prendre aux charmes illusoires d’une telle distraction ?

La philosophie n’est pas physique (l’être du monde) mais métaphysique (le devenir du monde). Elle n’est pas littérature (embellissement de l’existence) mais pensée (recherche de l’Être). Elle ne s’arrête pas à l’examen des apparences phénoménales (si ce n’est comme porte d’entrée vers la connaissance du Réel), mais elle scrute (limitée dans ses capacités cognitives par les possibilités de l’esprit humain) l’Absolu. Pas l’Absolu absolument, mais l’Absolu relatif à l’homme, c’est-à-dire à la destinée du « moi » de chacun, empiriquement invérifiable du fait de l’irréversibilité pratique du temps. La philosophie se hisse ainsi au-dessus des bavardages, et y retombe sans cesse parce qu’elle ne peut penser qu’avec des mots, outils imparfaits de l’intellection qui portent en eux la double tentation distrayante du poétique (l’enchantement des phrases : assonances, allitérations, anaphores…) et du rhétorique (l’émotion de la communication avec un public). La double tentation aussi du comique (les ridicules ne manquent pas dans l’histoire des hommes) et du tragique (la vie est un malheur programmé), qui sont les deux ressorts du littéraire.

Après 26 siècles d’efforts d’un très petit nombre de penseurs qui ont porté leur attention au-delà des préoccupations ordinaires, la philosophie est sublime dans son projet et très humble dans ses réalisations. Car la philosophie cultive le doute, elle est recherche et non savoir, elle est inquiétude et non dogmatisme fanatique conduisant au terrorisme, elle est perpétuelle interrogation face aux analyses des sociologues, des politologues et des historiens, elle est interrogation perpétuelle face aux certitudes illusoires des religions.

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La Civilisation et les douleurs

21 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Civilisation, #Philosophie

De nombreux hommes se soucient du sort de l’Humanité et de l’avenir de la Civilisation. C’est qu’il y a de quoi s’inquiéter : chômage, famines, réchauffement de l’atmosphère, misère, obscurantisme religieux, terrorisme islamiste, disparition annoncée des baleines et des éléphants, immigrations massives, drogues, développement de l’autoritarisme (Corée du Nord, Russie, Turquie…), etc. Mais que peut-on faire ? Voter pour Clinton plutôt que pour Trump ? Soutenir Juppé plutôt que Fillon ? On voit bien que l’individu ne peut guère influencer les tendances lourdes de l’Histoire, et pourtant de nombreux hommes se soucient du sort de l’Humanité. C’est pour éviter d’avoir à penser à leur propre destin. Car il est « écrit », et rien ne peut le changer : vieillissement, douleurs, agonie, mort ! C’est pour échapper à la pensée sur soi et sur son inéluctable déchéance que l’homme se préoccupe de l’Humanité. Il se réfugie dans « l’oubli de l’Être » (Heidegger), qui est en fait l’oubli de son être et de son devenir, pour ne pas penser. Car « penser », ce n’est pas spéculer sur les énergies « renouvelables », sur le développement « durable », sur le commerce « équitable », sur le « vivre-ensemble » et sur la bonne « gouvernance », penser c’est avoir pleinement conscience de sa finitude et des souffrances qui attendent chacun. Pascal, déjà, avait compris que ce qu’il appelait le divertissement n’est qu’un subterfuge du vivant pour oublier la mort et pour entretenir une plaisante insouciance. Et malgré leur splendeur parfois sublime, l’Art, la Musique, la Littérature et la Poésie ne sont que d’astucieuses machinations du vivant pour éviter de penser à la mort. Même les histoires les plus tristes imaginées par les dramaturges, même les romans les plus noirs ou les chants les plus désespérés ont pour but de nous distraire de la « vraie vie », de ce que Heidegger, encore lui, appelait « Être et Temps ».

Ainsi, la philosophie vraiment « profonde » n’est pas l’érudition des professeurs qui décortiquent pendant toute une vie studieuse les dialogues de Platon, ou qui tentent de déterminer si le spinozisme était un matérialisme ou un panthéisme. Ainsi, la philosophie vraiment « authentique » ne consiste ni à forger des concepts, ni à rassurer le bon peuple avec de belles phrases sur l’honneur de l’humanité, sur la liberté et l’égalité, et sur l’amour, comme dans les chansons. La philosophie vraie n’est ni l’étalage d’un savoir rare, ni une consolation. C’est la recherche du réel. Peut-être y a-t-il « quelque chose » après la mort mais, en attendant, il y a au moins la certitude, pour chacun dans sa solitude « existentielle », de douleurs à venir, chagrins inconsolables ou souffrances physiques insupportables. C’est moins amusant qu’une chanson de Charles Trenet ou qu’un monologue de Raymond Devos. Mais, si ça vous fait du bien, vous pouvez chanter Y a de la joie ! en imaginant le « changement de système » (sic) qui apportera le bonheur à 8 milliards de mammifères doués d’une conscience et empoisonnant les sols, les eaux et l’atmosphère de leurs déjections.

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La pensee de Jean Baudet

15 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

L’observation, l’introspection phénoménologique, le raisonnement et l’étude critique de l’histoire de la pensée (mythes, religions, philosophie, science, technologie) m’ont conduit, quant à la question gnoséologique, à une synthèse de l’empirisme de Locke, du scepticisme de Kant, du rationalisme appliqué de Bachelard et de l’épistémologie de Popper (avec, en plus, une insistance toute particulière sur le rôle de la technique dans le processus cognitif). Cette position quant aux possibilités de connaissance me conduit ensuite, en ontologie, au matérialisme (tempéré par un coefficient de scepticisme), ce qui m’interdit les illusions des religions, spiritualismes et autres réconforts, et m’amène à dénoncer tout humanisme comme une résurgence des idées mythologiques sacralisant l’humanité (voir « La religion est la première conscience de soi de l’homme », in L. Feuerbach : L’Essence du christianisme, 1841).

Avec l’empirisme rationaliste en gnoséologie, le matérialisme en ontologie et l’anti-humanisme en éthique, et avec le scepticisme en « arrière-garde », je ne peux qu’arriver au désespoir et au pessimisme le plus noir : la matière produit la vie, et la vie est douleur. La « conscience de soi » dans la lumière de la philosophie la plus exigeante conduit à une définition de l’homme plus angoissante encore que celle des existentialistes Heidegger et Sartre : l’homme n’est pas seulement un « être-pour-la-mort », c’est un « être-pour-la-souffrance ». La mort ne n’effraye nullement ; les souffrances m’épouvantent.

Je ne peux pas résumer plus brièvement (voir mes livres et mes articles) mon cheminement philosophique (un « chemin qui ne mène nulle part », disait Heidegger), évitant les travestissements littéraires, les parades dérisoires de l’humour ou les consolations « bon chic, bon genre » de la pression sociale et de l’amitié ou de la politesse.

Mais je n’oublie pas la politesse, fondement de la politique et du vivre-ensemble. Je remercie mes lecteurs, sympathisants ou adversaires, de leur attention, et pour certains d’entre eux de leurs paroles d’espoir, malgré tout. Malgré mon angoisse, mes peines et mes douleurs, cela me touche. Et puis, on ne sait jamais…

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La philosophie et l'histoire

4 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Métaphysique

La philosophie trouve ses sources, mais aussi ses limites, dans le Monde et dans l’Histoire. C’est en effet avec le questionnement des réalités mondaines par Thalès et les physiciens de Milet que commence l’enquête philosophique se débarrassant des traditions magico-religieuses de la pensée archaïque, et c’est avec l’étude de l’historiographie par Hegel et les hégéliens (dont Feuerbach, Engels et Marx) que débute la philosophie vraiment moderne. On peut voir dans le titre énigmatique de l’ouvrage fameux de Heidegger, Sein und Zeit, une indication des deux sources de la philosophie.

Mais l’immense complexité du Monde et de l’Histoire conduit le travailleur intellectuel à s’arrêter au seuil du philosophique, restant comme enlisé dans l’étude du physique (les sciences « expérimentales ») ou dans celle de l’historique (les sciences « humaines »). L’observation des choses (astronomie, sociologie, politique…), fascinantes et inépuisables, détourne ainsi de leur compréhension, et les astronomes, les biologistes, les sociologues, les observateurs politiques et tous les spécialistes d’un domaine plus ou moins étendu de l’Être, produisent d’innombrables textes qui ne sont que des prolégomènes à toute recherche se voulant philosophique, c’est-à-dire compréhensive et « absolue ». Il s’agit donc de construire, au-delà de la physique, une « méta-physique », et au-delà de l’historique, une « méta-historique » !

Mais comment atteindre ce « méta », et d’ailleurs existe-il ?

Le seul chemin possible pour atteindre ce méta – qui serait le cœur de l’Être – est le retour sur le « moi », c’est-à-dire le retour au concret, au vécu même du philosophe, à ses plaisirs et à ses souffrances, et (retombant dans les pièges de l’érudition !), l’on évoque ici les figures grandioses et pathétiques de Protagoras, de Socrate, de Descartes, de Fichte, de Kierkegaard, de Stirner, de Nietzsche, de Husserl…

Plutôt que de rester au stade propédeutique de la contemplation des galaxies ou de la formation et de la chute des empires – contemplation qui se fera, c’est selon, sur le mode scientifique, ou de manière littéraire ou journalistique –, le philosophe examinera l’Être par le seul truchement dont il dispose, qui est l’être de son moi, et il découvrira que la source profonde et mystérieuse de ses interrogations n’est rien d’autre que la douleur : « je souffre, donc j’existe ». L’important n’est pas dans le réchauffement de l’atmosphère, dans la disparition des espèces vivantes, dans le choix entre Donald et Hillary, dans les mouvements migratoires, dans la dictature du prolétariat, dans le face-à-face de la Wallonie communiste et du Canada libéral, mais dans les souffrances du moi, c’est-à-dire de chacune des sept milliards et quelques personnes formant l’Humanité et qui souffrent ou souffriront. Tout le reste n’est que science ou littérature, c’est-à-dire divertissement et espérance.

 

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Encore un jour (poeme immoraliste)

1 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Poème

Encore un jour à vivre, et même tout un mois de novembre, encore un jour à exister, sous le ciel gris de Bruxelles, à un kilomètre de Molenbeek, en attendant l'hiver et les neiges, encore un jour à subir cette existence entretenue par des pulsions de vouloir-être, attristé par des regrets et des remords (vécus autrement par Martine Rouhart), entouré de sottises et de slogans d'espérance, cerné de l'incompréhension de mes lecteurs, soutenu malgré moi par la "société de consommation" pourtant si décriée, écoeuré par la "société d'illusion" qui vocifère fanatiquement pour célébrer l'absolu et l'infini...

Encore un jour à réchauffer mon corps près des radiateurs, à consommer trois repas, à boire une eau purifiée par la science et l'industrie, à m'informer des affaires du monde par la télévision grâce à la technologie, à m'inquiéter pour ma femme malade, pour l'avenir de mes enfants, pour l'inexorable augmentation de mes douleurs, pour ma déchéance et pour les humiliations corporelles...

Encore un jour à assister aux péripéties de la comédie des "grands hommes" (Mélenchon, Trump, Macron, Hollande, Magnette...) et des tragédies des croyances, des activismes, des processions hurlantes...

Encore un jour à boire du bourgogne (ou du beaujolais), à lire du Husserl (ou du Gabriel Marcel), à manger des charcuteries, à relire des poèmes de Louis Mathoux ou de Philippe Leuckx ou de Liza Leyla, à écouter du Beethoven (ou du Stravinski ou du Messiaen ou du Poulenc), à passer la soirée avec le lieutenant Columbo, ou le commissaire Lescaut, ou le détective belge Hercule Poirot, à écrire dans mon blog qu'il est inutile d'écrire comme il est inutile de mener à la rivière un âne qui n'a pas soif...

Encore un jour inutile...

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Sur la question de l'Etre

18 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Finalement, la seule question qu’il importerait de résoudre est la question de l’Être, puisque d’elle découlent toutes les problématiques qui assaillent l’esprit humain (esthétique, éthique, politique…). Mais voilà déjà qu’à peine formulée la question nous place devant une inextricable difficulté, qui est celle du lien causal, dont l’existence est indispensable pour que l’on puisse développer des réflexions discursives (rationalisme) ou des observations démonstratives (empirisme). La connaissance de l’Être ne peut conduire à des connaissances dérivées que si le principe de causalité est valable, c’est-à-dire s’il existe effectivement une liaison absolue et objective entre l’Être et la raison, et donc entre l’Être et le langage par lequel la raison s’exprime. C’est, en philosophie, le truisme (et l’immense difficulté) de l’interdépendance de l’ontologie et de la gnoséologie. Parménide d’Elée, un des premiers penseurs à avoir résolument arraché la question de l’Être aux traditions archaïques du mythe, pensait avoir trouvé la clé du « logos » dans la négation qui oppose l’Être au non-Être, c’est-à-dire au Néant, annonçant les ambitieuses synthèses d’Aristote, de Descartes et Spinoza (et donc de Husserl qui reprend la méditation du cogito), de Hegel… Cela conduit aux conceptions « dialectiques » de l’Être, comme le marxisme, qui « résolvent » la question du changement (passage mystérieux de l’être au non-être) par l’attribution à l’Être d’une capacité dynamique, dialogique, proposée déjà par Héraclite d’Ephèse. C’est en somme l’explication, toute verbale et peut-être naïve, du mouvement par le moteur (Aristote), de la modification par l’agent capable de modifier.

Constatant les apories auxquelles conduit l’usage seul de la raison dans le travail philosophique, Protagoras, Gorgias et d’autres que l’on a appelés les sophistes ont initié une nouvelle tradition de recherche qui est un « retour au concret », un examen de la « condition humaine », conduisant à ce que les contemporains appelleront les existentialismes, qui sont des « humanismes ». Des formules comme « l’homme est la mesure de toutes choses » (Protagoras), « connais-toi toi-même » (Socrate), « chez l’homme, l’existence précède l’essence » (Sartre) expriment ce courant de pensée.

J’ai tenté, au début des années 1980, d’effectuer un « retour au concret » (une approche indirecte de la question de l’Être) par la considération du primat de la Technique. Cette-ci étant l’ensemble des moyens dont se dote l’homme pour répondre à ses besoins, il s’agissait de développer une philosophie à partir des besoins humains, c’est-à-dire de la situation des hommes face à la souffrance. Car « être », c’est toujours « avoir besoin », souffrir, tôt ou tard.

Mais comment passer de l’être souffrant de l’homme à l’Être dans sa plénitude et son mystère ? La formidable difficulté de ce passage me conduit au scepticisme. Mais je cherche encore…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Pour quoi ecrire encore ?

14 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Philosophie

Et maintenant, au seuil de l’agonie, que vais-je faire ? Au-delà de la question égoïste, il y a ici questionnement universel, car il vient pour chacun le temps de la mort proche, quand les forces déclinent et que l’on se demande pour quoi l’on a vécu. Les démographes estiment à cent milliards le nombre de mes « semblables » déjà disparus. Quels furent leurs apports à la Civilisation, si tant est que l’on accorde une quelconque valeur aux avancées civilisationnelles ? Et quelle humilité quand on voit ce qu’on laisse soi-même par rapport à quelques dizaines de grands destins : Aristote, Spinoza, Lavoisier, Einstein !... Quel démon de la perversité me pousse à ajouter à cette liste glorieuse les noms de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, ou de Maurice Maeterlinck et de Romain Rolland ?

Or donc, je vais bientôt mourir. Ma mémoire s’affaiblit, j’écris péniblement, la lecture me pèse, mes organes se détériorent les uns après les autres, mes enthousiasmes ont disparu, mes passions sont éteintes, je m’approche, dans l’angoisse de nouvelles douleurs, de mon néant. Il est temps de faire le bilan de ma vie, encore que ce dernier exercice ne servira à rien.

Outre quelques travaux de biologie, au temps lointain de ma jeunesse, et quelques poèmes, j’ai consacré la plus grande partie de ma vie à la recherche épistémologique, espérant apporter une contribution à la question de la connaissance. C’est dans cette perspective que j’ai résumé, en quelques milliers de pages, l’histoire des systèmes de pensée : la technique (fondatrice d’humanité) ; les religions (avec les inventions des rites, des mythes, des dogmes…) ; la philosophie ; la science (mathématique, physique, chimie, biologie) ; la technologie (fille de la science ayant permis l’actuelle « mondialisation » des hommes). Au total, une quarantaine de livres, et quelques centaines d’articles.

Pourquoi (ou pour quoi) continuer ? Malgré la magnifique splendeur de cet esprit humain qui sort lentement des ténèbres de l’animalité par l’invention d’outillages de plus en plus efficaces (dont le langage) pour atteindre des vérités sublimes, malgré mon admiration pour Epicure, pour Galilée, pour Newton, pour Mendéléev, tout mon travail de déconstruction du progrès intellectuel m’a conduit au pessimisme le plus noir, au nihilisme le plus strict, mais débarrassé de l’ultime illusion nietzschéenne du « surhomme ». Pourquoi alors transmettre mes idées et les questions laissées pendantes aux nouvelles générations – qui, d’ailleurs, ne me lisent pas, sacrifiant à de nouvelles idoles : la Nature, le Vivant, la Démocratie, la Justice, l’Ethique… A quoi sert-il d’expliquer à des jeunes gens obnubilés par le « retour du spirituel », tentés par le bouddhisme, l’évangélisme, l’islamisme, ou qui vénèrent les chansons de Bob Dylan, que la philosophie, c’est le doute perpétuel ? Que deux millénaires de haute pensée, malgré la découverte des galaxies et des quarks, malgré les téléphones portables de Samsung et les fusils-mitrailleurs de Kalachnikov, n’ont pas fait progresser beaucoup l’esprit des hommes par rapport aux positions de Socrate, qui savait qu’il ne savait rien.

Et pourtant, s’ils acceptaient le doute philosophique, les hommes ne connaîtraient plus le fanatisme destructeur des religions, la démagogie perverse des promesses électorales et des idéologies, les illusions (conduisant aux pires atrocités) proférées par les hommes providentiels et leurs prophètes, et les humains pourraient vivre tranquillement, en cultivant leur jardin. Mais cela ne les empêcherait pas de connaître, tôt ou tard, la douleur, les souffrances et la mort. En attendant, écoutons Beethoven…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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