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Jean C. Baudet

Articles avec #philosophie tag

La pensee de Jean Baudet

15 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

L’observation, l’introspection phénoménologique, le raisonnement et l’étude critique de l’histoire de la pensée (mythes, religions, philosophie, science, technologie) m’ont conduit, quant à la question gnoséologique, à une synthèse de l’empirisme de Locke, du scepticisme de Kant, du rationalisme appliqué de Bachelard et de l’épistémologie de Popper (avec, en plus, une insistance toute particulière sur le rôle de la technique dans le processus cognitif). Cette position quant aux possibilités de connaissance me conduit ensuite, en ontologie, au matérialisme (tempéré par un coefficient de scepticisme), ce qui m’interdit les illusions des religions, spiritualismes et autres réconforts, et m’amène à dénoncer tout humanisme comme une résurgence des idées mythologiques sacralisant l’humanité (voir « La religion est la première conscience de soi de l’homme », in L. Feuerbach : L’Essence du christianisme, 1841).

Avec l’empirisme rationaliste en gnoséologie, le matérialisme en ontologie et l’anti-humanisme en éthique, et avec le scepticisme en « arrière-garde », je ne peux qu’arriver au désespoir et au pessimisme le plus noir : la matière produit la vie, et la vie est douleur. La « conscience de soi » dans la lumière de la philosophie la plus exigeante conduit à une définition de l’homme plus angoissante encore que celle des existentialistes Heidegger et Sartre : l’homme n’est pas seulement un « être-pour-la-mort », c’est un « être-pour-la-souffrance ». La mort ne n’effraye nullement ; les souffrances m’épouvantent.

Je ne peux pas résumer plus brièvement (voir mes livres et mes articles) mon cheminement philosophique (un « chemin qui ne mène nulle part », disait Heidegger), évitant les travestissements littéraires, les parades dérisoires de l’humour ou les consolations « bon chic, bon genre » de la pression sociale et de l’amitié ou de la politesse.

Mais je n’oublie pas la politesse, fondement de la politique et du vivre-ensemble. Je remercie mes lecteurs, sympathisants ou adversaires, de leur attention, et pour certains d’entre eux de leurs paroles d’espoir, malgré tout. Malgré mon angoisse, mes peines et mes douleurs, cela me touche. Et puis, on ne sait jamais…

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La philosophie et l'histoire

4 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Métaphysique

La philosophie trouve ses sources, mais aussi ses limites, dans le Monde et dans l’Histoire. C’est en effet avec le questionnement des réalités mondaines par Thalès et les physiciens de Milet que commence l’enquête philosophique se débarrassant des traditions magico-religieuses de la pensée archaïque, et c’est avec l’étude de l’historiographie par Hegel et les hégéliens (dont Feuerbach, Engels et Marx) que débute la philosophie vraiment moderne. On peut voir dans le titre énigmatique de l’ouvrage fameux de Heidegger, Sein und Zeit, une indication des deux sources de la philosophie.

Mais l’immense complexité du Monde et de l’Histoire conduit le travailleur intellectuel à s’arrêter au seuil du philosophique, restant comme enlisé dans l’étude du physique (les sciences « expérimentales ») ou dans celle de l’historique (les sciences « humaines »). L’observation des choses (astronomie, sociologie, politique…), fascinantes et inépuisables, détourne ainsi de leur compréhension, et les astronomes, les biologistes, les sociologues, les observateurs politiques et tous les spécialistes d’un domaine plus ou moins étendu de l’Être, produisent d’innombrables textes qui ne sont que des prolégomènes à toute recherche se voulant philosophique, c’est-à-dire compréhensive et « absolue ». Il s’agit donc de construire, au-delà de la physique, une « méta-physique », et au-delà de l’historique, une « méta-historique » !

Mais comment atteindre ce « méta », et d’ailleurs existe-il ?

Le seul chemin possible pour atteindre ce méta – qui serait le cœur de l’Être – est le retour sur le « moi », c’est-à-dire le retour au concret, au vécu même du philosophe, à ses plaisirs et à ses souffrances, et (retombant dans les pièges de l’érudition !), l’on évoque ici les figures grandioses et pathétiques de Protagoras, de Socrate, de Descartes, de Fichte, de Kierkegaard, de Stirner, de Nietzsche, de Husserl…

Plutôt que de rester au stade propédeutique de la contemplation des galaxies ou de la formation et de la chute des empires – contemplation qui se fera, c’est selon, sur le mode scientifique, ou de manière littéraire ou journalistique –, le philosophe examinera l’Être par le seul truchement dont il dispose, qui est l’être de son moi, et il découvrira que la source profonde et mystérieuse de ses interrogations n’est rien d’autre que la douleur : « je souffre, donc j’existe ». L’important n’est pas dans le réchauffement de l’atmosphère, dans la disparition des espèces vivantes, dans le choix entre Donald et Hillary, dans les mouvements migratoires, dans la dictature du prolétariat, dans le face-à-face de la Wallonie communiste et du Canada libéral, mais dans les souffrances du moi, c’est-à-dire de chacune des sept milliards et quelques personnes formant l’Humanité et qui souffrent ou souffriront. Tout le reste n’est que science ou littérature, c’est-à-dire divertissement et espérance.

 

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Encore un jour (poeme immoraliste)

1 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Poème

Encore un jour à vivre, et même tout un mois de novembre, encore un jour à exister, sous le ciel gris de Bruxelles, à un kilomètre de Molenbeek, en attendant l'hiver et les neiges, encore un jour à subir cette existence entretenue par des pulsions de vouloir-être, attristé par des regrets et des remords (vécus autrement par Martine Rouhart), entouré de sottises et de slogans d'espérance, cerné de l'incompréhension de mes lecteurs, soutenu malgré moi par la "société de consommation" pourtant si décriée, écoeuré par la "société d'illusion" qui vocifère fanatiquement pour célébrer l'absolu et l'infini...

Encore un jour à réchauffer mon corps près des radiateurs, à consommer trois repas, à boire une eau purifiée par la science et l'industrie, à m'informer des affaires du monde par la télévision grâce à la technologie, à m'inquiéter pour ma femme malade, pour l'avenir de mes enfants, pour l'inexorable augmentation de mes douleurs, pour ma déchéance et pour les humiliations corporelles...

Encore un jour à assister aux péripéties de la comédie des "grands hommes" (Mélenchon, Trump, Macron, Hollande, Magnette...) et des tragédies des croyances, des activismes, des processions hurlantes...

Encore un jour à boire du bourgogne (ou du beaujolais), à lire du Husserl (ou du Gabriel Marcel), à manger des charcuteries, à relire des poèmes de Louis Mathoux ou de Philippe Leuckx ou de Liza Leyla, à écouter du Beethoven (ou du Stravinski ou du Messiaen ou du Poulenc), à passer la soirée avec le lieutenant Columbo, ou le commissaire Lescaut, ou le détective belge Hercule Poirot, à écrire dans mon blog qu'il est inutile d'écrire comme il est inutile de mener à la rivière un âne qui n'a pas soif...

Encore un jour inutile...

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Sur la question de l'Etre

18 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Finalement, la seule question qu’il importerait de résoudre est la question de l’Être, puisque d’elle découlent toutes les problématiques qui assaillent l’esprit humain (esthétique, éthique, politique…). Mais voilà déjà qu’à peine formulée la question nous place devant une inextricable difficulté, qui est celle du lien causal, dont l’existence est indispensable pour que l’on puisse développer des réflexions discursives (rationalisme) ou des observations démonstratives (empirisme). La connaissance de l’Être ne peut conduire à des connaissances dérivées que si le principe de causalité est valable, c’est-à-dire s’il existe effectivement une liaison absolue et objective entre l’Être et la raison, et donc entre l’Être et le langage par lequel la raison s’exprime. C’est, en philosophie, le truisme (et l’immense difficulté) de l’interdépendance de l’ontologie et de la gnoséologie. Parménide d’Elée, un des premiers penseurs à avoir résolument arraché la question de l’Être aux traditions archaïques du mythe, pensait avoir trouvé la clé du « logos » dans la négation qui oppose l’Être au non-Être, c’est-à-dire au Néant, annonçant les ambitieuses synthèses d’Aristote, de Descartes et Spinoza (et donc de Husserl qui reprend la méditation du cogito), de Hegel… Cela conduit aux conceptions « dialectiques » de l’Être, comme le marxisme, qui « résolvent » la question du changement (passage mystérieux de l’être au non-être) par l’attribution à l’Être d’une capacité dynamique, dialogique, proposée déjà par Héraclite d’Ephèse. C’est en somme l’explication, toute verbale et peut-être naïve, du mouvement par le moteur (Aristote), de la modification par l’agent capable de modifier.

Constatant les apories auxquelles conduit l’usage seul de la raison dans le travail philosophique, Protagoras, Gorgias et d’autres que l’on a appelés les sophistes ont initié une nouvelle tradition de recherche qui est un « retour au concret », un examen de la « condition humaine », conduisant à ce que les contemporains appelleront les existentialismes, qui sont des « humanismes ». Des formules comme « l’homme est la mesure de toutes choses » (Protagoras), « connais-toi toi-même » (Socrate), « chez l’homme, l’existence précède l’essence » (Sartre) expriment ce courant de pensée.

J’ai tenté, au début des années 1980, d’effectuer un « retour au concret » (une approche indirecte de la question de l’Être) par la considération du primat de la Technique. Cette-ci étant l’ensemble des moyens dont se dote l’homme pour répondre à ses besoins, il s’agissait de développer une philosophie à partir des besoins humains, c’est-à-dire de la situation des hommes face à la souffrance. Car « être », c’est toujours « avoir besoin », souffrir, tôt ou tard.

Mais comment passer de l’être souffrant de l’homme à l’Être dans sa plénitude et son mystère ? La formidable difficulté de ce passage me conduit au scepticisme. Mais je cherche encore…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Pour quoi ecrire encore ?

14 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Philosophie

Et maintenant, au seuil de l’agonie, que vais-je faire ? Au-delà de la question égoïste, il y a ici questionnement universel, car il vient pour chacun le temps de la mort proche, quand les forces déclinent et que l’on se demande pour quoi l’on a vécu. Les démographes estiment à cent milliards le nombre de mes « semblables » déjà disparus. Quels furent leurs apports à la Civilisation, si tant est que l’on accorde une quelconque valeur aux avancées civilisationnelles ? Et quelle humilité quand on voit ce qu’on laisse soi-même par rapport à quelques dizaines de grands destins : Aristote, Spinoza, Lavoisier, Einstein !... Quel démon de la perversité me pousse à ajouter à cette liste glorieuse les noms de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, ou de Maurice Maeterlinck et de Romain Rolland ?

Or donc, je vais bientôt mourir. Ma mémoire s’affaiblit, j’écris péniblement, la lecture me pèse, mes organes se détériorent les uns après les autres, mes enthousiasmes ont disparu, mes passions sont éteintes, je m’approche, dans l’angoisse de nouvelles douleurs, de mon néant. Il est temps de faire le bilan de ma vie, encore que ce dernier exercice ne servira à rien.

Outre quelques travaux de biologie, au temps lointain de ma jeunesse, et quelques poèmes, j’ai consacré la plus grande partie de ma vie à la recherche épistémologique, espérant apporter une contribution à la question de la connaissance. C’est dans cette perspective que j’ai résumé, en quelques milliers de pages, l’histoire des systèmes de pensée : la technique (fondatrice d’humanité) ; les religions (avec les inventions des rites, des mythes, des dogmes…) ; la philosophie ; la science (mathématique, physique, chimie, biologie) ; la technologie (fille de la science ayant permis l’actuelle « mondialisation » des hommes). Au total, une quarantaine de livres, et quelques centaines d’articles.

Pourquoi (ou pour quoi) continuer ? Malgré la magnifique splendeur de cet esprit humain qui sort lentement des ténèbres de l’animalité par l’invention d’outillages de plus en plus efficaces (dont le langage) pour atteindre des vérités sublimes, malgré mon admiration pour Epicure, pour Galilée, pour Newton, pour Mendéléev, tout mon travail de déconstruction du progrès intellectuel m’a conduit au pessimisme le plus noir, au nihilisme le plus strict, mais débarrassé de l’ultime illusion nietzschéenne du « surhomme ». Pourquoi alors transmettre mes idées et les questions laissées pendantes aux nouvelles générations – qui, d’ailleurs, ne me lisent pas, sacrifiant à de nouvelles idoles : la Nature, le Vivant, la Démocratie, la Justice, l’Ethique… A quoi sert-il d’expliquer à des jeunes gens obnubilés par le « retour du spirituel », tentés par le bouddhisme, l’évangélisme, l’islamisme, ou qui vénèrent les chansons de Bob Dylan, que la philosophie, c’est le doute perpétuel ? Que deux millénaires de haute pensée, malgré la découverte des galaxies et des quarks, malgré les téléphones portables de Samsung et les fusils-mitrailleurs de Kalachnikov, n’ont pas fait progresser beaucoup l’esprit des hommes par rapport aux positions de Socrate, qui savait qu’il ne savait rien.

Et pourtant, s’ils acceptaient le doute philosophique, les hommes ne connaîtraient plus le fanatisme destructeur des religions, la démagogie perverse des promesses électorales et des idéologies, les illusions (conduisant aux pires atrocités) proférées par les hommes providentiels et leurs prophètes, et les humains pourraient vivre tranquillement, en cultivant leur jardin. Mais cela ne les empêcherait pas de connaître, tôt ou tard, la douleur, les souffrances et la mort. En attendant, écoutons Beethoven…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur les bases de la philosophie

26 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Epistémologie

Sur les bases de la philosophie

La plupart des philosophes ont développé leur pensée à partir de quelques idées fondamentales, parfois une seule : l’Atome de Démocrite, le Monde des Idées de Platon, le Cogito de Descartes, la Substance de Spinoza, la Monade de Leibniz, l’Opposition entre le phénoménal et le nouménal de Kant, l’Evolution de l’esprit absolu de Hegel, la Volonté de Schopenhauer, la Généalogie de la morale de Nietzsche, la Durée de Bergson, l’Oubli de l’Être de Heidegger, etc.

J’ai fondé mon travail sur trois « intuitions premières » qui me semblent avoir valeur d’évidences. Primo, le primat de la technique sur toutes les autres productions culturelles de l’Humanité. On doit en effet admettre que l’homme a d’abord inventé le travail du bois (déjà esquissé par les gorilles et les chimpanzés) et la taille de la pierre avant d’inventer l’art, l’écriture, la métallurgie et les dieux ! Secundo, la continuité épistémologique qui unit la technique à la science. C’est qu’en effet les progrès incessants de la construction mécanique, de l’informatique et de l’automatisation, de la technologie médicale, sont clairement dépendants des progrès de la physique, de la chimie, de la biologie. Tertio, ce que j’appelle le « théorème d’existence » ou « principe ontologique » : tout concept désigne un objet qui existe de manière autonome ou qui n’existe que par sa dépendance d’un autre objet autonome. Ainsi, tout homme sain d’esprit est « obligé » d’admettre l’existence de son corps ou de sa chemise, ou du Soleil et de la Lune, mais il est en droit de s’interroger sur l’existence de la quadrature du cercle, de l’âme humaine, des fées, des dieux, des anges, du paradis, de l’enfer. On remarquera aisément que cette troisième proposition n’est rien d’autre qu’une reformulation de la loi du tiers exclu d’Aristote : « on a A ou non-A ».

J’ai traité du primat de la technique dans Le Signe de l’humain (L’Harmattan, Paris) et du complexe épistémique « science-technique » dans de nombreux livres et articles d’histoire de la science et d’histoire des techniques. On remarquera encore que la troisième « intuition première », qui peut s’exprimer simplement par l’alternative « Dieu existe ou n’existe pas », correspond au substrat mental qui conduit au fanatisme de la majorité des hommes, menant aux insultes, aux meurtres, au terrorisme et aux massacres de masse. Les historiens des religions, comme René Girard, ont établi la profonde relation qui existe entre croyance et violence.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Penser, c'est s'exposer

24 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Philosophie

Penser, c'est s'exposer

Ceci est mon 810ème billet dans ce blog. J'ai créé ce blog en décembre 2010, et cela fait donc maintenant plusieurs années que je livre au public du monde entier - pourvu qu'il sache lire le français et qu'il accepte les servitudes de la lecture sur écran -, avec assiduité, mes pensées au jour le jour... Je livre ainsi ma pensée brute, parfois brutale, sans apprêts ni finition littéraire, à quelques centaines de lecteurs, réguliers ou occasionnels, approbateurs ou scandalisés par mes idées généralement politiquement incorrectes. Je remercie d'ailleurs les Français, les Canadiens, les Flamands, les Bruxellois, les Wallons, les Suisses, les Luxembourgeois, les Marocains, les Algériens, les Tunisiens, les Sénégalais, les Ivoiriens, les Gabonais, les Congolais, les Rwandais, les Burundais et tous les autres qui viennent visiter ce blog. Grâce à quelques tags (#Poésie, #Cuisine, #Science, etc.), ils peuvent facilement retrouver mes messages sur des thèmes précis, et connaître l'évolution au cours du temps de mon travail philosophique, exposé au grand jour.

Plus de 800 articles, cela fait l'équivalent d'une demi-douzaine de livres en librairie. Ma production "électronique" reste modeste par rapport à ma production "papier" (42 titres).

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Les mysteres de l'Etre

12 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Les mysteres de l'Etre

La détermination de la ligne de démarcation entre la science et la philosophie est un thème majeur de la recherche philosophique. Il s’agit de distinguer le travail du chercheur scientifique de celui du philosophe, soit en reconnaissant des différences dans la méthode (les facultés mentales du sujet mises en œuvre), soit en découvrant des différences dans l’objet même de la recherche. C’est-à-dire que l’on se place, pour opposer la science à la philosophie, soit dans une perspective gnoséologique, soit dans une perspective ontologique. Ces deux perspectives n’étant d’ailleurs distinguées que verbalement, par commodité d’expression, parce qu’une réflexion suffisamment poussée montre que la question de la Connaissance et la question de l’Être sont inextricablement liées !

Nous pouvons dire, en première approximation, et presque en forme de boutade, que le chercheur scientifique étudie et s’efforce de comprendre ce qu’il voit, alors que le philosophe tente d’étudier et de comprendre ce qu’il ne voit pas. Les propositions de la science sont « claires et distinctes », et toujours vérifiables (dans les limites de l’instrumentation disponible pour observer le réel), quand celles de la philosophie comportent souvent un caractère mystérieux, ineffable, c’est-à-dire fortement émotionnel, et intrinsèquement invérifiable. L’objet de la science est l’Univers, l’objet de la philosophie est l’Être. Il y a dans cette idée d’Univers quelque chose de concret, de solide, d’évident, peut-être même de vulgaire, qui contraste avec les résonances mystiques ou poétiques (sentimentales et « indicibles ») liées à l’idée d’Être. Remarquons cependant que pour les penseurs matérialistes (de Thalès à Lénine…) l’Univers et l’Être coïncident parfaitement, et la distinction entre science et philosophie disparaît. Elle n’est maintenue que par la tradition universitaire qui, pour des raisons pratiques (le recrutement des élèves), sépare encore les facultés « des sciences » des facultés « de philosophie et lettres ». L’adjonction des belles-lettres à la philosophie est d’ailleurs significative, et l’opposition entre le caractère noble de la philosophie et le caractère populaire de la science (avec ses « manipulations » qui rappellent le travail manuel des manants) est un trait remarquable de la culture occidentale.

Mais qu’est-ce que l’Être ? L’Univers, et rien que l’Univers, décrit dans son immense complexité par les astronomes, les physiciens, les chimistes, les biologistes et les anthropologues ? Ou l’Être est-il l’Univers plus « quelque chose », ce quelque chose n’étant pas de nature matérielle (sans quoi, il ferait partie de l’Univers !) ? L’étude historique critique des systèmes de pensée, y compris dans le temps présent, montre clairement que l’apparition de cette idée d’un « quelque chose d’immatériel », c’est-à-dire d’inaccessible par les sens, correspond à l’apparition des comportements (rites) et des croyances (mythes) à l’origine du fait religieux. Ce fait religieux apparaîtrait, d’après les préhistoriens, il y a cent mille ans, quand la philosophie n’apparaît qu’il y a 2 600 ans, avec l’œuvre de Thalès. La science est encore plus récente, ne commençant à accumuler des résultats qu’à partir du XVIème siècle !

Que l’idée d’une différence entre l’Être et l’Univers ait sa source dans une croyance élaborée par l’homme de Neandertal (Homo neanderthalensis) devrait donner à penser à ceux des hommes qui prétendent réfléchir librement, sans accepter le joug de traditions quelconques. Que l’Être soit égal à l’Univers des galaxies et des étoiles, ou qu’il soit plus grand que lui, il est mystérieux et tragique. Peut-être, comme le pensait Démocrite il y a plus de deux millénaires, n’est-il formé que de particules. Peut-être, comme le pensent les religieux, contient-il autre chose ? Comment savoir ? Il me semble que l’étude critique de l’origine et de l’évolution des religions conduit au matérialisme, ce « quelque chose » qui distinguerait l’Être de l’Univers n’étant finalement qu’une manifestation de l’Espoir des humains, manifestation bien matérielle de l’instinct qui pousse tous les vivants à persévérer dans l’existence, et à rêver de vie éternelle.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Le scepticisme et le stoicisme indepassables

26 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Scepticisme

Le scepticisme et le stoicisme indepassables

Il faut se rendre à l’évidence ! Vingt-six siècles de philosophie, depuis le glorieux fondateur Thalès de Milet jusqu’à nos jours déboussolés, n’ont pas conduit l’élite intellectuelle de l’Humanité (les masses se contentent des religions et des idéologies) à résoudre le problème de la Connaissance (gnoséologie) ni celui de l’Action (éthique). Nous ne savons pas ce que nous pouvons savoir, et nous ignorons ce que nous devons faire. C’est-à-dire qu’en matière de connaissance, nous ne sommes pas plus loin que le scepticisme de Pyrrhon d’Elis, qui fonde une école de philosophie à Athènes en 322 avant notre ère : les facultés intellectuelles de l’esprit humain sont insuffisantes pour connaître le tout du monde. C’est une détermination de ce que plus tard on appellera la finitude de l’homme : la connaissance absolue est absolument impossible. C’est-à-dire, aussi, qu’en matière d’action, de comportement (et donc de politique), nous ne savons pas s’il existe des « valeurs » qui s’imposent à nous pour nous donner des règles de vie : pouvons-nous accepter l’avortement, la peine de mort, les drogues, le burkini, l’ingénierie fiscale ? Nous n’avons qu’une seule certitude : les souffrances et la mort sont inéluctables. Nous ne pouvons que l’accepter, et tenter d’élaborer des règles de vie et de résignation pour orienter nos existences jusqu’à la fin inéluctable. Cela signifie que nous ne sommes pas plus loin que le stoïcisme de Zénon de Cittium, qui fonde une école de philosophie à Athènes en 301.

Est-ce à dire que la philosophie est inutile, qu’il ne faut pas « perdre son temps » à lire Aristote, Spinoza, Schopenhauer et Michel Onfray ? Je ne le pense pas. Il me semble même que l’étude de la philosophie nous apprend le doute, nous incite à user en toutes choses d’esprit critique, et à nous prémunir contre les objurgations des prophètes, les imprécations des prêtres, les espérances des idéologues, les rêves fallacieux (mais si consolateurs…) des poètes. La philosophie nous apprend à nous méfier des illusions, et à rejeter les fanatismes. C’est là, dans un tragique non-savoir, que se trouve « l’honneur de l’humanité ». Nous devrons nous en contenter.

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De l'idealisme au materialisme

18 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Matérialisme

De l'idealisme au materialisme

La logique nous permet d’affirmer qu’il n’y a que deux ontologies possibles, le matérialisme et le non-matérialisme. Si l’on n’admet pas que cette alternative épuise les possibilités de la pensée philosophique, il vaut mieux s’occuper d’autre chose que de chercher à connaître les déterminations de l’Être ! Ou bien seule existe la matière, ou bien il existe la matière et autre chose, qui doit forcément être non-matérielle. Bien sûr, la notion un peu vague de « matière » doit être analysée jusqu’au niveau du concept, mais aussi vague soit-elle la notion de matière est « claire et distincte ». Est matière tout ce qui est de même nature que le corps humain (des os, du sang, des muscles), et en particulier tout ce qui est accessible par les sens (éventuellement aidés par une instrumentation forcément matérielle : microscopes, télescopes, etc.). L’unicité ontologique du corps humain (et plus largement du corps des êtres vivants) fait qu’il n’existe qu’une seule matière, et donc qu’un seul matérialisme. Mais il est possible d’envisager de nombreux non-matérialismes, selon les entités non-matérielles dont l’existence est admise. Par exemple, la religion hindouiste admet l’existence de nombreux dieux (de nature immatérielle), le christianisme admet l’existence d’un monde spirituel avec un dieu unique, des anges, des démons et les âmes (immatérielles) des hommes, le cartésianisme admet l’existence, à côté de la matière (appelée « étendue » par Descartes), de la pensée, etc.

Ainsi, le matérialisme est un monisme, les non-matérialismes sont des dualismes. On les appelle des idéalismes ou spiritualismes. Certains auteurs distinguent les idéalismes des spiritualismes, mais il s’agit toujours bien d’admettre l’existence autonome d’entités non-matérielles. Le terme « autonome » est indispensable. Les matérialistes acceptent évidemment l’existence de la pensée (sinon, comment philosopher ?), des idées, de la volonté, de l’inconscient, etc., mais il s’agit de réalités produites par la matière. Selon une formule, je crois, de Feuerbach, pour le matérialiste « c’est l’être qui produit la conscience, et pas la conscience qui produit l’être ».

Comment puis-je orienter mon travail d’étude et de réflexion pour pouvoir décider de la position à adopter ? Je remarquerai d’abord que si le matérialisme « a raison », cela revient à admettre que la philosophie coïncide avec la science, car alors l’Univers des physiciens, des astronomes et des biologistes coïncide avec l’Être (l’ensemble de tout ce qui existe vraiment). Même l’éthique et la politique dépendent alors de la science, puisque les « valeurs » ne sont pas ontologiquement autonomes par rapport à la matière (les idées d’humanité, de justice, etc., n’étant plus que des productions du système nerveux central).

Dois-je approfondir l’histoire de la philosophie, depuis le premier matérialiste (Thalès de Milet) jusqu’aux matérialistes contemporains (Badiou, Comte-Sponville, Quiniou, Onfray…) ? Dois-je par exemple réétudier en profondeur le « grand passage », vers 1840, en Allemagne, de l’idéalisme de Georg W.F. Hegel au matérialisme de Frédéric Engels et de Karl Marx ? Devrais-je relire, crayon en main, les œuvres de Friedrich von Schelling, d’Arthur Schopenhauer, de Max Stirner, de Bruno Bauer, de David Friedrich Strauss, de Jakob Friedrich Reiff, de Ludwig Feuerbach, de Friedrich Albert Lange ? L’érudition m’apportera-t-elle la grande réponse à la grande question de l’Être : y a-t-il une scission dans l’Être, ou le Réel coïncide-t-il parfaitement avec le Monde des scientifiques ? Les idéalismes, et notamment les religions, sont-ils des mystifications, sont-ils des productions des « facultés mentales » (l’activité du système nerveux) imaginées astucieusement par les forces biologiques pour rendre la vie supportable ? Je relis en ce moment L’essence du christianisme de Feuerbach, dans la traduction de 1968 de Jean-Pierre Osier. J’essaye de reconstituer la filiation des idées qui, avec les travaux de Reiff, de Feuerbach, d’Engels et finalement de Marx, conduisirent du schéma hégélien « l’Esprit fit apparaître la Nature » au schéma inverse du matérialisme « la Nature fit apparaître l’Esprit ».

En relisant ces grands penseurs, ces grands Allemands qui étudièrent avec le plus de profondeur et de subtilité la question de l’Être, rejetant dans l’archaïsme les pensées encore naïves et débutantes d’Anaxagore et de Platon, vais-je, un jour prochain, pouvoir me décider pour ou contre les idéalismes, et savoir enfin si j’ai une âme ? Et si Marx avait raison ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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