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Jean C. Baudet

Articles avec #philosophie tag

Le bilan de Jean Baudet

22 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Après soixante-douze ans de vie terrestre, je vais bientôt mourir. Je suis très fatigué, et je n’ai plus qu’à me souvenir de mes espérances trompées, de mes projets inaboutis, de mes chagrins et de mes peines, en attendant de nouvelles souffrances et les abjectes humiliations du vieillissement. Je n’ai plus qu’une œuvre à accomplir, et c’est de dresser mon bilan et d’établir le compte de mes résultats, avec pertes et profits.

J’ai fait des études de philosophie (à l’Université Saint-Louis à Bruxelles), puis de biologie (à l’Université de Bujumbura), et après avoir exercé, avec une certaine ferveur, les métiers d’enseignant, de chercheur, de journaliste et d’éditeur, je suis devenu philosophe et écrivain. Je suis marié et père de deux filles, et je n’ai ni parents, ni amis véritables, ni proches en dehors de ma femme et mes enfants. C’est que je suis d’un naturel peu sociable, n’aimant guère les conversations mondaines, les bavardages de salons, les cérémonies de parade, les hypocrisies, le partage des émotions, et me trouvant d’excellentes raisons, hélas, de me rapprocher de la misanthropie. Au temps de « ma jeunesse folle » (Villon), j’eus cependant quelques amis et amies, que « le vent a emportés » (Rutebeuf). Où êtes-vous, douces compagnes et gentils compagnons ?

J’ai publié plusieurs centaines d’articles scientifiques, philosophiques ou journalistiques, ainsi que quelques poèmes, et 42 livres. J’ai fondé une revue d’histoire de la science et de la technologie, qui a duré de 1978 à 1989, Technologia, et un magazine, Ingénieur et Industrie, qui a paru de 1979 à 1996.

Le bilan de cette vie studieuse et souvent solitaire ? Des mots, rien que des mots, des milliers de phrases imprimées et dispersées dans quelques bibliothèques. Quelques dizaines de milliers de lecteurs, si je cumule les ventes déclarées par mes éditeurs. Mais, au sein de ce lectorat, combien d’âmes ayant vibré avec moi à la recherche de la vérité ? Comment faire une « œuvre » avec des contributions à la génétique des légumineuses, à la taxonomie des céréales, à la sociologie des ingénieurs, à l’histoire des systèmes de pensée (religions, philosophie, science), avec des poèmes, des billets d’humeur, et des ouvrages de philosophie ?

Je vais bientôt, « dans un mois, dans un an » (Sagan), rejoindre quelques hommes que j’ai admirés, quelques autres que j’ai détestés, et beaucoup d’autres qui m’indiffèrent, « dans la fosse commune du temps » (Brassens). Parmi ceux que j’ai aimés : Aristote, Boèce, Descartes, Spinoza, Lavoisier, Beethoven, Schopenhauer, Nietzsche, Einstein, Bachelard, Jolivet, Jean Rostand, Thelonious Monk, Miles Davis, John Coltrane, et Louis Armstrong quand il chantait « What a beautiful world » ou « On the sunny side of the street »…

Bref, une « passion inutile » (Sartre), comme les passions d’Aristote, de Boèce, de Descartes, de Spinoza, etc.

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De la science et de la philosophie

3 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Philosophie

De la science et de la philosophie

Mon itinéraire intellectuel fut une longue marche partant de la science pour aboutir à la philosophie, c'est-à-dire de la physique à la métaphysique, en passant par les littératures, les mythes et les religions. Ce parcours fut émaillé d'une quarantaine de livres et de nombreux articles, ainsi que de quelques poèmes. Pendant cinquante années, j'ai tenté de comprendre comment l'esprit humain fonctionne et progresse, ce qui impliquait une attention toute particulière à l'histoire de la science et à l'histoire de la philosophie.

Je viens de résumer tout ce travail, fait d'érudition historienne et de réflexion épistémologique, dans deux ouvrages de synthèse, tout récemment parus chez La Boîte à Pandore (Paris) : Les plus grandes dates de la science (317 pages), Les plus grandes dates de la philosophie (319 p.). Il s'agissait non seulement d'effectuer, pour la science et pour la philosophie, une opération de réduction à l'essentiel, c'est-à-dire de résumer au plus simple 26 siècles de pensée philosophique et de recherche scientifique, en écartant fermement les soi-disant subtilités du bavardage et les fausses profondeurs des logomachies, mais il fallait en outre exposer, dans la simplicité, les acquis de mes propres réflexions. En rejetant également les charmes fallacieux de l'anecdote et de l'érudition pointilliste.

Si je mérite quelques émules, c'est me semble-t-il d'avoir fondu en une seule recherche l'histoire de la science et celle de la philosophie, et aussi l'histoire de la technique et l'histoire des religions, jetant ainsi quelques bases d'une histoire critique des systèmes de pensée.

Et le résultat de toutes ces recherches est d'une simplicité lumineuse : tandis que la science propose des vérités vérifiables et que les religions veulent imposer des vérités invérifiables, la philosophie pose les questions importantes, et n'a pas encore les réponses.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Une nouvelle histoire de la philosophie

28 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Histoire

Une nouvelle histoire de la philosophie

Voilà ! Mon dernier livre est paru ! Sous le titre Les plus grandes dates de la philosophie, je viens de faire publier, par les éditions La Boîte à Pandore (Paris), un ouvrage de 379 pages qui résume et explique l’histoire de la philosophie. Bien entendu, c’est une histoire « résumée », qui s’efforce de mettre en évidence les penseurs essentiels, ceux qui ont vraiment fait progresser la réflexion philosophique, depuis Thalès de Milet jusqu’à Michel Onfray. Il sera donc vain de me reprocher d’être « incomplet » (connaissez-vous une histoire « complète » de la philosophie ?), ou de me critiquer parce que j’ai « oublié » tel auteur obscur du Moyen Âge ou tel professeur, évidemment éminent, du Collège de France. C’est d’ailleurs le principal mérite du travail historique, de séparer l’essentiel de l’accessoire, et de retenir Auguste Comte, et de négliger Léon Ollé-Laprune. Car il s’agit non pas seulement d’aligner des dates et des noms, mais il fallait surtout montrer la filiation des idées, mettre à jour les mécanismes mentaux (négation, analogie, généralisation…) qui firent que l’on passe de Platon à Aristote, ou de Kant à Fichte puis à Hegel…

En fait, cet ouvrage est vraiment mon « dernier livre » car, prétextant l’objectif d’écrire une histoire de la philosophie, c’est-à-dire de la plus haute et plus exigeante pensée, il s’efforce également de proposer une synthèse de mes propres réflexions, qui m’ont amené à une hésitation indécidable entre le scepticisme (les sophistes et Pyrrhon) et le matérialisme (Spinoza, La Mettrie, Nietzsche…).

La « morale de l’histoire » ? Vers 600 avant notre ère, Thalès invente la philosophie, c’est-à-dire la pensée libre (le « libre examen » des choses et des valeurs), la pensée libérée des traditions religieuses, et la pratique philosophique s’arrête au début du Moyen Âge, sous les coups fanatiques et furieux du christianisme (et de l’islam). Les soi-disant « philosophes » médiévaux sont en fait des théologiens, sans exception, acceptant sans le moindre esprit critique les évangiles ou le Coran. La pratique de la philosophie reparaît, en terre chrétienne, au XVIème siècle, et se développe jusqu’à nos jours. Mais peut-être qu’un nouveau Moyen Âge se prépare, la pensée libre disparaissant bientôt sous les coups de l’islamisme. L’homo sapiens sera-t-il remplacé par l’homo credulus ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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La triple racine de l'editologie

23 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Editologie, #Epistémologie, #Philosophie

J’ai développé le concept d’éditologie au début des années 1980. Le néologisme « éditologie » désigne une démarche philosophique basée sur trois déterminations. L’éditologie est une épistémologie (1) historique (2) qui accorde une importance décisive à la technique (3).

Epistémologie : de manière très classique, l’éditologie est d’abord la construction d’une théorie de la connaissance, car il faut d’abord savoir s’il est possible de savoir (et comment ?) avant d’entreprendre des investigations concernant l’Être, et avant de proposer une éthique.

Histoire : contrairement aux épistémologies de la grande tradition universitaire allemande (Kant, Fichte, Husserl…), l’éditologie préconise une épistémologie a posteriori et non a priori. C’est dire qu’il faut analyser les facultés cognitives de l’esprit humain non par le raisonnement seul (à la façon de Descartes, de Kant, etc.), mais par l’examen critique de la manière dont les connaissances (qu’elles soient d’ailleurs vraies ou fausses) sont apparues et se sont répandues au cours de l’évolution de la pensée, depuis la préhistoire jusqu’à nos jours. Il faut commencer la quête philosophique par l’étude approfondie de l’histoire des systèmes de pensée (l’expression est de Michel Foucault).

Technique : la position la plus originale de l’éditologie est de constater, vers 1980, le désintérêt paradoxal, de la part des philosophes dominants, du fait technique, alors qu’il apparaît facilement que la technique est la toute première production culturelle. Les humains ont inventé l’outil de bois ou de pierre avant même d’avoir inventé le langage ! Ce primat de la technique – et l’oubli de la technique par de très nombreux philosophes – est le fondement le plus spécifique de l’éditologie.

J’ai donc, depuis 1980, basé ma démarche philosophique sur trois « évidences », 1° la nécessité d’une théorie de la connaissance, 2° le besoin d’une étude diachronique de la pensée, 3° la reconnaissance du primat de la technique (et donc du caractère humanisant de la technique). Voir mes publications : « Penser la technique », Revue Générale 1989(12) : 35-40 ; « Le critère de l’humain », IBM Informations 1994(12) : 10-11, 1994 ; Le signe de l’humain – Une philosophie de la technique, L’Harmattan, Paris, 172 p., 2005.

L’éditologie s’inscrit évidemment dans la suite de la philosophia perennis, avec Platon comme premier auteur d’une théorie approfondie de la connaissance, avec Gaston Bachelard (précédé par Léon Brunschvicg) comme promoteur d’une épistémologie historique, et avec Karl Marx comme premier penseur de la technique (Voir Kostas Axelos : Marx, penseur de la technique – De l’aliénation de l’homme à la conquête du monde, Minuit, Paris, 324 p., 1961).

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Materialisme, idealismes, scepticisme

18 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Scepticisme

Materialisme, idealismes, scepticisme

La Terre est entourée d’une écorce en trois parties : lithosphère (les roches formées surtout de silicium, d’aluminium et d’oxygène), hydrosphère et atmosphère. Cette écorce est peuplée d’une phytosphère (les végétaux) et d’une zoosphère (les animaux). De celle-ci a émergé au cours du temps une anthroposphère, par orthogenèse du système cérébro-spinal de certains singes, qui est l’ensemble des hominiens (les diverses espèces d’australopithèques et du genre Homo). Après l’invention du langage, l’anthroposphère a généré une noosphère (ensemble des idées produites par les systèmes cérébro-spinaux), qui à son tour à généré une logosphère (ensemble des mots correspondant aux idées). Enfin, s’est développée une technosphère, qui est l’ensemble des outils, des machines et des systèmes techniques produits par l’Humanité.

Ce schéma correspond à la description scientifique du monde (géologie et biologie), acceptée par la philosophie matérialiste. L’homme est un animal distingué par le développement de son système nerveux central, dont le développement intellectuel résulte d’un mouvement dialectique entre le corps et la pensée (issue du corps) qui produit la Technique – les mots étant les outils de la pensée. « Au commencement était le Singe », et pas « au commencement était le verbe ». Les innombrables idéalismes (religions, platonisme, cartésianisme, hégélianisme, marxisme, socialisme, existentialisme, etc.) récusent vigoureusement ce schéma, ne pouvant admettre que l’homme n’est qu’un corps, et attachant une « valeur » particulière à l’intelligence (noos) et à la parole (logos).

Remarquons que le marxisme (comme la plupart des humanismes) est un idéalisme, malgré sa qualification de « matérialisme dialectique ».

Le scepticisme – seule position philosophique vraiment rigoureuse – pose que le choix entre matérialisme et idéalisme est apodictiquement indécidable. Tout homme – descendant du singe, ou créature d’un dieu, ou concrétisation d’une Idée, ou étant jeté inexorablement dans le monde à la recherche de l’Être – est seul dans sa nuit, être-pour-ignorer.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Pourquoi je suis si lucide

5 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

La pratique régulière de l’épistémologie (qui est la gymnastique de l’esprit et le fitness de l’intellectualité) m’a appris à me méfier de l’émotion – qui est le détournement de l’intelligence vers le passé – et de l’imaginaire – qui est le détournement de l’intelligence vers le futur. L’émotion et le sentiment sont à la racine des mythes, du romantisme et des gauchismes, glorifiant les temps anciens et rêvant de bonheurs disparus. L’imaginaire et l’imagination sont à l’origine des utopies et des « projets de société », peignant de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel les moments à venir et songeant à la paix et à l’amour. Et le sentiment et l’imagination s’associent et leurs rêveries se mélangent en religions, en idéologies et en fanatismes.

C’est l’imagination et le sentiment combinés qui ont inventé ce sophisme qui prétend que, puisque le passé n’est plus et que l’avenir n’est pas encore, seul le présent existe, conduisant à l’optimisme béat du Carpe diem. Le vrai est plus tragique. En réalité, c’est tout le contraire. Le passé existe en déterminant notre présent, et le futur existe car chaque instant nous y conduit inéluctablement. On ne quitte le passé que pour entrer dans l’avenir, et le présent est bien peu de chose, et si l’on cueille « les roses de la vie », elles finissent toujours par faner.

L’enfant, le débile et le primitif ont l’insouciance en commun, et de robustes certitudes.

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Pourquoi je suis si pessimiste

2 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Il faut se rendre à l’évidence ! Depuis plus de vingt-cinq siècles, les meilleurs esprits du monde, les intelligences les plus aiguisées, ont tenté de comprendre en profondeur l’ensemble des choses, ont voulu découvrir les secrets de l’Être et dévoiler le sens de l’Existence, et ils n’ont ramené de leurs vastes méditations, de leurs enquêtes pluridisciplinaires et de leurs raisonnements subtils (et toujours novateurs) qu’un amas d’hypothèses incertaines, de conjectures invérifiables et de supputations contradictoires ! A peine un « grand philosophe » a-t-il pensé dans une direction, proposant une nouvelle idée pour interpréter les signes du Réel, qu’il s’en trouve un autre pour le contredire, et Aristote s’est moqué de Platon, Spinoza a ridiculisé Descartes, Heidegger a dépassé Husserl… J’ai moi-même entrepris, il y a plus de cinquante années déjà, avec un bel enthousiasme juvénile, de participer à cette recherche – qui, quoi qu’on en dise, est l’honneur de l’Humanité – des déterminations cachées de l’Univers, et je me suis jeté à corps perdu dans la lecture acharnée des « grands auteurs ». J’ai lu pendant cinq décennies, prenant des notes qui s’accumulent dans mes tiroirs et mes cartons, j’ai même à mon tour composé des textes, publiant des articles et quarante livres, et je ne sais toujours pas – ce qui s’appelle savoir – quand ni comment je vais mourir, si j’ai une âme (mortelle ou immortelle ?), et si les « valeurs » de la Civilisation sont « valables » !

Certes, à côté de la philosophie, il y a la science ! Après Platon, il y eut Galilée ; après Descartes, il y eut Newton ; après Husserl, il y eut Einstein… Nous sommes là dans le solide, dans le vérifiable, et souvent dans le vérifié. Qui doute aujourd’hui de l’héliocentrisme de Copernic et Kepler, de la pertinence du tableau des éléments de Mendéléev, de la formule du benzène, ou même des « sciences humaines », qui nous apprennent que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute ? Seulement, à quoi nous sert-il de connaître que l’Univers est vieux de 13 milliards d’années, et que l’atome d’uranium contient 92 électrons ? Ce Suprême Savoir est admirable, merveilleux, exaltant, passionnant, mais à quoi sert-il à l’homme qui doit vivre sans savoir pourquoi, avec des souffrances aiguës à l’horizon ?

De cinquante années de recherches philosophiques et scientifiques, il ne me reste que quelques publications et un Grand Doute. Toute une vie pour découvrir qu’il faut douter de tout, même de la vie, et surtout des « valeurs », toujours accompagnées du plus hideux fanatisme. Ils sont plus d’un milliard à « penser » qu’il faut s’abstenir de manger de la viande de porc, et parmi eux il y en a qui iraient jusqu’à tuer d’autres hommes pour affirmer cette croyance. Ils sont plus de deux milliards à « penser » qu’il y a trois personnes en un seul dieu, et parmi eux il y en a qui iraient jusqu’à tuer d’autres hommes pour affirmer cette croyance.

La science ne répond peut-être pas aux grandes questions. Mais les scientifiques les plus certains d’être sur le chemin de la Vérité ne condamnent pas à la décapitation ou au bûcher ceux qui ne croient pas au Big Bang ou au tableau périodique des éléments chimiques. Ou aux données démographiques. Mais ces données nous apprennent que, irrémédiablement, dans une Humanité en expansion explosive, il y a de plus en plus de croyants, avec parmi eux de plus en plus de fanatiques, et il y a, proportionnellement, de moins en moins de scientifiques. Voilà pourquoi je suis si pessimiste.

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Epistemologie et ontologie

20 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Epistémologie

La philosophie moderne a avancé d’un grand pas, peut-être décisif, en comprenant que le problème épistémologique (le Savoir) et le problème ontologique (l’Être) sont indissolublement liés. C’est le cercle vicieux par excellence ! Les conditions du Savoir sont à l’évidence déterminées par la constitution de l’Être (tout être connaissant fait partie de l’Être), et cette constitution ne peut être connue que si cette constitution autorise le Savoir. Ainsi peut-on prétendre que l’épistémologie et l’ontologie sont des sciences préjudicielles l’une de l’autre. C’est ce qu’avait entrevu Husserl en notant que l’édification d’une théorie de la connaissance rencontre « des abîmes de difficultés ». Pour pouvoir prétendre, comme l’a fait Hegel (et Parménide bien avant lui), que « tout le réel est rationnel », il faut déjà connaître et le réel (l’Être) et le rationnel (le Savoir). Bien entendu, j’utilise pour établir cette circularité les « lois de la pensée » établies par Aristote et ses générations de successeurs ayant construit les règles de la Logique. Mais ces règles sont découvertes à partir de l’empirie, c’est-à-dire de ma condition d’homme. Je ne peux par exemple aboutir au principe du tiers exclu, que parce que j’ai remarqué, dans mon vécu, et de manière apodictique, qu’une porte ne peut être qu’ouverte ou fermée. Mais je concède aux esprits imaginatifs que l’on peut – avec d’ailleurs un étrange plaisir qui confine au « poétique » – rêver d’un monde où les portes s’ouvrent et se ferment en même temps, et peuplé d’autres merveilles plus fantasmagoriques encore…

Mais que peut connaître de l’Être l’être humain et, question subsidiaire mais très intéressante, tous les êtres humains ont-ils les mêmes capacités d’acquisition de savoirs ?

Si je pense, par exemple, qu’un être qui serait hors de l’Être ne saurait être, ce qui revient à la formule populaire « tout est dans tout », s’agit-il d’une vérité ? J’éprouve le sentiment très vif (que Descartes appelait l’évidence claire et distincte) qu’il en est bien ainsi, et pourtant cela ne découle pas de mon expérience vécue – car il m’est impossible de vérifier tous les êtres (c’est le problème devenu banal de l’induction). Pourtant, si je cherche par l’introspection d’où me vient cette certitude qu’aucun être ne peut exister hors de l’Être, je constate que cette détermination est « logique », qu’elle découle de la définition de l’Être (« tout ce qui existe vraiment ») et de l’acceptation du principe d’identité et du principe du tiers exclu, dont l’origine est empirique. Il s’agit donc bien d’un savoir que je construis par une combinaison d’observations et de raisonnements.

Mais alors, à partir de cette base apparemment solide (l’archè de l’Être est l’être : ce qui est formé de « choses » qui sont), puis-je aller plus loin dans la connaissance de l’Être, et notamment puis-je en déduire le sens de ma vie et connaître mon destin ? Puis-je éviter les apories de l’éléatisme ? Par exemple, avec Pythagore, vais-je admettre que les êtres ultimes constituants de l’Être sont les nombres ? Avec Empédocle, vais-je admettre qu’ils sont les quatre éléments ? Avec Démocrite, vais-je admettre qu’ils sont les atomes ? Avec Descartes, vais-je admettre qu’ils sont l’étendue et la pensée ? Avec Leibniz, vais-je admettre qu’ils sont les monades ? Ou avec le Modèle Standard de la physique contemporaine, vais-je admettre que les constituants ultimes de l’Être sont les fermions et les bosons, dont les interactions ont engendré ces milliards de corps humains, dont quelques-uns s’interrogent avec désespoir sur le sens et la finalité de leur propre existence ?

Sartre a écrit quelque part, à peu près : « l’homme est un être dans l’être duquel il est question de son être », ce qui est une reformulation du « roseau pensant » de Pascal. Tous les hommes, en effet, possèdent la capacité de penser, qui est l’intelligence. Mais combien d’hommes se servent-ils de leur intelligence ?

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Un dimanche de Jean Baudet

13 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Intelligence artificielle

C'est aujourd'hui dimanche ! Levé à sept heures et demie. La première épreuve de la journée : sortir de mon lit. Douche. Salle de bain inondée des accents suaves du concerto pour clarinette de Mozart. Petit déjeuner. Confiture de fraises. Café au lait. Trier mes idées, qui forment le flux incessant de ma rumination mentale. C'est le travail du philosophe de trier des idées. D'un côté, le gros tas de mes idées noires. De l'autre, quelques rares idées roses : le sourire et le courage de ma femme, malgré la maladie. Mes deux filles, qui viennent cet après-midi. Quelques idées rosses, également, qui m'enchantent, sur la sottise de cet écrivain qui prend les extravagances de sa plume pour des valeurs universelles. Mais je n'écrirai pas son nom sur mes cahiers, ni sur mon pupitre ni sur les arbres, ni dans ce blog.

Je devrais concentrer mes travaux de la journée - à chaque jour suffit sa peine -, faisant fi du repos dominical, sur la continuation de ma réflexion épistémologique. Poursuivre ma recherche sur la cognition et sur la vérité. Comment des hommes (et moi en particulier) sont-ils capables d'acquérir des savoirs conformes à la réalité ? Autrement dit : la réalité est-elle cogniscible ? Est-elle dicible ? En cinquante ans de lectures et de recherches, je suis arrivé à la presque conviction (je laisse une part au doute) que la connaissance exige la collaboration de deux opérations de l'esprit, l'observation et le raisonnement, correspondant à ce que les Grecs appelaient la technè et le logos. Car les origines de l'observation (chez le genre humain, dans l'histoire, et chez l'enfant, dans la psychogenèse) résident dans la technique (le primitif et l'enfant font des gestes pour accéder à leur environnement). Et car le raisonnement n'apparaît qu'avec l'invention du langage. L'homme n'arrive à comprendre que par l'opération des sens et par le développement des paroles. Tout cela correspond aux enseignements de la philosophie classique (par exemple la collaboration de la Sinnlichkeit et du Verstand chez Kant), et à ceux de la psychologie expérimentale (les "facultés mentales"). Mais le noeud du problème est dans la connexion entre le perçu et le réel, c'est-à-dire dans le lien entre l'épistémologie et l'ontologie. Quelques heures de réflexion, par un bel après-midi à la fin de l'hiver, ne suffiront pas.

Il faudra peut-être attendre la maturation de la neurologie, des sciences cognitives et des techniques d'intelligence artificielle et de robotique ! Il a fallu attendre la lunette astronomique de Galilée pour faire cesser (sauf chez quelques fanatiques) l'hésitation entre géocentrisme et héliocentrisme. Il suffira peut-être de construire un robot doué de sensibilité, de mémoire, d'imagination, d'intelligence et de volonté pour devoir admettre la matérialité de l'esprit.

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Jean Baudet seme le doute

3 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Ethique

En 40 livres, dans de nombreux articles (dans la presse papier et dans ce blog) et dans quelques conférences, jamais je n'ai proposé de "vérités", j'entends de vérités dans le monde des valeurs, en esthétique, en éthique, en politique. Certes, il m'est arrivé d'indiquer que je préfère les vins de Bourgogne à ceux de Bordeaux, mais jamais je n'ai prétendu que les bourgognes sont meilleurs que les bordeaux, et je ne développerai pas tout un argumentaire pour ou contre le beaujolais ou le rosé d'Anjou (bien frais, c'est bien agréable en été). N'étant, pas plus que Heidegger, pas arrivé à connaître de façon sûre les déterminations de l'Être, je développe un rigoureux scepticisme, et je doute méthodiquement de toutes les "valeurs" proposées à l'animal humain, surtout quand il s'agit de valeurs proposées avec véhémence et fanatisme !

J'ai cependant quelques solides convictions, forgées pendant quelques dizaines d'années de méditations. Je crois qu'il existe des protons et des neutrons, que la molécule de benzène contient six atomes de carbone, que la Terre tourne autour du Soleil, et que les femmes ont des ovaires dont les hommes sont dépourvus.

Mais je doute, profondément, qu'il soit obligatoire que des Etats endettés accueillent, hébergent et nourrissent des ressortissants d'autres Etats, sous prétexte de guerre, de famine, de catastrophe climatique.

Mais je doute, assurément, qu'il soit interdit de comparer de manière critique, scientifiquement, les diverses religions et les diverses cultures, et de publier les résultats de ce travail, même s'ils montrent que certaines religions sont basées sur des mythes archaïques incompatibles avec le vivre-ensemble.

Mais je doute, vraiment, qu'il soit indispensable de s'acharner à faire survivre misérablement, à l'aide de moyens technologiques très coûteux, des malades incurables devenus à jamais incapables d'autonomie.

Mais je doute, surtout, que la démocratie puisse fonctionner sans démagogie, et qu'il soit possible d'organiser la vie des hommes (de construire des tunnels qui ne s'effondrent pas et de développer un système judiciaire qui protège vraiment la société contre les bandits et les pervers) sans la malice, l'hypocrisie, la flatterie, les promesses vaines, le mensonge et les calculs électoraux du personnel politique.

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