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Jean C. Baudet

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Philosophie et psychiatrie

31 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Psychiatrie

Je relis (peut-être pour retrouver certains émois de ma jeunesse) l’excellente Introduction aux existentialismes d’Emmanuel Mounier, qui date de 1947, mais que je consulte dans une réédition de 1962, et je m’arrête à une belle page où le héros du personnalisme (et l’auteur du Traité du caractère) nous explique que les philosophes existentialistes sont « de grands nerveux ouverts par leur émotivité à la perception intense de l’être, souffrant d’une susceptibilité particulière à l’empiètement de l’être ressenti comme altérité, sur le je récepteur ». Et plus loin, Mounier conclut « la négation de l’être transcendant trouverait ici une de ses attaches charnelles, comme, chez d’autres, son affirmation trahit le besoin d’entourage et de consolation ».

Voilà qui va fort loin.

Je me suis souvent, en parcourant pour mes recherches la longue et solennelle galerie des philosophes (et même plus généralement des « penseurs », poètes, moralistes, gourous, réformateurs sociaux…), heurté à cette idée apparemment fort simple que l’extrême diversité des systèmes philosophiques que l’on rencontre dans l’Histoire relève de la psychologie différentielle, que les diverses positions résultent en somme mécaniquement des structures mentales des auteurs. Et j’opposais la brillante capacité imaginative de Platon à la rigueur méthodique et austère d’Aristote, l’émotivité au sang-froid, l’optimisme délirant d’un Leibniz au pessimisme maladif d’un Schopenhauer, le verbalisme échevelé (un des traits de la schizophrénie) à la suspicion compulsive (un symptôme de la paranoïa). Bref, il faudrait peut-être réécrire l’histoire de la pensée humaine en commençant par établir le profil psychologique des penseurs. On comprendrait peut-être mieux certaines divagations de la pensée postmoderne (car il s’y trouve indéniablement du pathologique) si l’on disposait des portraits cliniques d’Epicure, de Jésus de Nazareth, de Mahomet de La Mecque, de Descartes, de Hegel, de Marx, de Carnap, et… d’Emmanuel Mounier. Un tempérament joyeux découvrira que l’Être est bel et bon, et il inventera l’espérance et le paradis. Un tempérament hypocondre apercevra a contrario dans l’Être une source de terribles cruautés, et imaginera en tremblant les horreurs de l’enfer.

En somme, les systèmes, les religions, les idéologies proposés par l’intelligentsia au cours des siècles, dépendent directement des « attaches charnelles » de leurs inventeurs, c’est-à-dire, en termes contemporains, de leurs chromosomes, de leurs gènes, de leurs conditionnements par l’entourage social, des caractéristiques physiologiques de leur système nerveux central et de leur chimie sanguine (sérotonine, dopamine…). Cela s’appelle matérialisme ! Quelle fut la formule psychologique de Démocrite, d’Epicure, de Spinoza, de La Mettrie, de Marx, de Lénine ? L’histoire de la philosophie devient un chapitre des neurosciences.

Je n’ai plus la force d’envisager d’écrire une telle histoire de la pensée basée sur la psychologie des penseurs. Mais je me dis qu’ils soient à tendance schizoïde ou paranoïaque, introvertie ou extravertie, égocentrée ou altruiste, ils doivent tous répondre aux mêmes questions : quelles sont les vraies déterminations de l’Être ? Et n’est-il pas évident qu’il existe, de par le vaste monde, des doctrines fumeuses, acceptées et soutenues, parfois avec fanatisme, par des millions de partisans, sécrétées par des cerveaux malades ?

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Du journal intime aux reseaux sociaux

27 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Je tiens un « journal » (des cahiers de papier) depuis le mois de février 1962, et le présent blog depuis décembre 2010. Mon blog remplace partiellement mon journal, mais seulement partiellement, car il m’arrive encore de décrire ma mélancolie sur le papier. Mon journal n’étant destiné qu’à moi-même, je n’y fais aucun effort de style, mais mon blog est ouvert au public, et dès lors – sans cependant sacrifier à l’esthétisme – j’y soigne ma phraséologie, et il m’arrive même, dans cette chronique de mes ruminations mentales, de penser à mes lecteurs, et de tenter de leur rendre compréhensibles les arcanes de l’épistémologie et de l’ontologie que je m’efforce de disséquer. Je fais relativement peu allusion à l’Actualité, l’objet de ma recherche étant mon « moi », qui est l’âme déçue, désenchantée, d’un vieillard valétudinaire devenant cacochyme et égrotant, portant le sac lourd et dérisoire de ses espérances de la maturité et le baluchon futile de ses rêves d’adolescent. Ma devise est « connais-toi toi-même », comme Socrate, ou « que sais-je ? », comme Montaigne, et je suis (j’éprouve douloureusement l’existence de mon être) parce que « je » pense, comme Descartes. La philosophie ne naît-elle pas quand le penseur passe du « nous » au « je », c’est-à-dire quand il se libère des traditions de sa tribu ?

Il m’arrive parfois de penser à mes lecteurs (quelques dizaines d’hommes et de femmes, dont quelques assidus), dont certains doivent être ahuris de trouver un effort de penser sur Internet, réceptacle prodigieux par sa technologie (on est loin des cahiers de papier), mais lamentable comme recueil de plaisanteries obscènes et vulgaires, de niaiseries sentimentales, de slogans puérils et d’injonctions abjectes, de poèmes infantiles ou saugrenus. Toutes les ignominies, tous les avilissements, toutes les platitudes sont véhiculées, à la vitesse de l’électron, sur le vaste réseau de câbles et de faisceaux hertziens. Je pense à Monsieur X, à qui j’ai expliqué la différence axiologique entre les valeurs relatives, construites par les sociétés, et la valeur absolue, le vrai, qui est le double linguistique et donc communicable du réel. Je songe à Madame Y, que je ne connais que par son pseudonyme (est-ce bien une femme, d’ailleurs ?), à qui j’ai tenté de résumer les concepts principaux de l’éditologie. Je songe à Monsieur Z, dont je ne connais ni l’âge ni la formation, qui a aimablement fourni quelques commentaires à l’un ou l’autre de mes billets. Penser, dans mon journal, c’était dialoguer avec moi-même. Penser, dans mon blog, c’est dialoguer avec d’autres (qui ont chacun leur « moi »). C’est pourquoi la pensée est dialectique. Arrivera-t-elle, comme le voulait Hegel, à l’avènement de l’Esprit ? Ou comme l’espérait Heidegger, au dévoilement de l’Être ?

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Joel Balazut, Martin Heidegger et la metaphysique

22 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Métaphysique

La doctrine de Martin Heidegger continue d’interroger la sagacité des philosophes et est encore le prétexte de nombreux commentaires. En particulier en France, il existe toute une littérature heideggérienne qui tente de prolonger l’œuvre de Jean-Paul Sartre qui, comme on sait, popularisa dans l’intelligentsia de Saint-Germain-des-Prés les idées du philosophe allemand. Je citerai notamment le bel ouvrage de Dominique Janicaud, Heidegger en France (2001). Je signalerai en passant qu’en 1942 (donc avant la parution de L’Être et le néant), le philosophe belge Alphonse De Waelhens avait publié un livre de 379 pages intitulé La philosophie de Martin Heidegger.

Un des meilleurs spécialistes du philosophe de Fribourg est Joël Balazut, qui fut chargé de cours à l’Université de Toulouse II, et qui a déjà publié trois ouvrages sur l’inventeur de l’analytique existentiale, L’impensé de la philosophie heideggérienne (2007), Heidegger (2008), et Heidegger. Une philosophie de la présence (2013). J’ai fait paraître un compte rendu critique du deuxième livre dans la livraison de juillet 2008 de la Revue Générale. Et voici que Balazut vient de publier un quatrième livre, Heidegger et le problème de la métaphysique, chez L’Harmattan, à Paris (116 pages).

C’est une étude de l’évolution des positions métaphysiques de Heidegger, qui a « pensé » de 1915 (quand il soutient sa thèse d’habilitation à l’Université de Fribourg) jusqu’à sa mort, en 1976, c’est-à-dire pendant une soixantaine d’années durant lesquelles ses positions ont évolué. Balazut s’est surtout basé sur deux textes, la conférence de Heidegger à Fribourg, en 1929 : Was ist Metaphysik ?, et son cours de 1935 : Einfürhung in die Metaphysik.

Pour Heidegger, nous rappelle d’emblée Balazut, « la métaphysique compose la nature de l’homme », et en somme on peut dire que le Dasein est métaphysique. Mais pour le philosophe allemand, la métaphysique à prendre en compte est celle des présocratiques et non celle de Platon, d’Aristote et de leurs successeurs. C’est le fameux « oubli de l’Être » que Heidegger reprochait à la tradition philosophique classique, y compris l’œuvre de son maître Edmond Husserl. L’Être véritable serait donc la phusis de Thalès, d’Anaximandre, de Pythagore, d’Héraclite, et aussi des poètes tragiques grecs, des VIème et Vème siècles, ou plutôt serait la source (mystérieuse) de cette « physique », c’est-à-dire de la nature, du monde tel que le percevaient les philosophes et les poètes de la Grèce. La métaphysique est donc le fondement de la physique, contrairement à ce que suggère l’étymologie. On sait en effet que c’est à Andronicos de Rhodes que l’on doit le terme « métaphysique », qui, au premier siècle avant notre ère, classait les ouvrages de « philosophie première » d’Aristote après (méta) ceux de physique.

Dès la page 11 de sa belle étude, Balazut nous fournit une interprétation de la conception heideggérienne de l’Être : « Ce concept de phusis – en lequel Heidegger découvre donc le sens originel de l’être et qui porte et domine totalement la poésie-pensée grecque la plus ancienne – désigne cette éclosion permanente à laquelle l’homme est ouvert, par laquelle l’étant en totalité se déploie depuis toujours à partir et en direction d’un fond chaotique informe et béant, de sorte que l’ensemble de ce qui est n’a pas d’autre sens qu’être (sans raison) ». Si je peux me risquer à une formulation plus concise, je dirai que l’Être selon Heidegger est le commencement et la fin de l’étant, est ce qui fait passer (mystérieusement) le néant à l’être de la nature et de l’histoire (la phusis). Le maître de Fribourg a élevé au niveau du concept le Chaos d’Hésiode, conception encore religieuse de l’origine des choses. Et ce que Heidegger appellera l’oubli de l’Être commence avec l’idéalisme de Platon qui croit découvrir un « arrière-monde » en inventant son monde des Idées derrière et au-dessus de la phusis, conception qui sera reprise d’une manière ou d’une autre par la majorité des philosophes distinguant un monde matériel et un monde spirituel (ouvrant la porte au retour du religieux).

Balazut aborde aussi la question de la technique chez Heidegger, qui s’est exprimé plusieurs fois au cours de sa longue vie de méditation, de manière plutôt obscure et même contradictoire, sur le sens de la technique. On sait que la pensée heideggérienne a alimenté – ce qui fut peut-être un contresens – la réflexion technophobe de plusieurs intellectuels au cours du XXème siècle, comme par exemple Jacques Ellul ou Jürgen Habermas, non sans établir des liens fantasmatiques entre la critique marxiste du capitalisme et la détestation romantique du progrès technique et industriel. Car comment interpréter la position, pour le moins ambiguë, de Heidegger, quand il voit dans la technique devenue technologie « l’achèvement de la métaphysique » ? Achever la métaphysique, n’est-ce pas amener à son terme l’étude de l’Être, n’est-ce pas voir que c’est la technologie qui a permis à l’esprit humain, aux XIXème et XXème siècles, de développer la physique (la connaissance de la phusis) d’une manière inouïe, proprement impensable au temps de la poésie-pensée des présocratiques ? Je dépasse peut-être la pensée de Heidegger et l’analyse de Balazut, mais il me semble que si la phusis est la concrétisation de l’Être, c’est par la technologie que l’homme d’aujourd’hui a accès aux structures de la nature, et donc aux déterminations de l’Être. Peut-être qu’au lieu d’être une nouvelle mystique, la doctrine heideggérienne fut un nouveau scientisme. Après le crépuscule des métaphysiciens, voici venu le matin des physiciens. Ceci explique peut-être un certain désarroi que l’on constate chez bien des philosophes de notre temps. Entre le Chaos et le Big Bang, il faut choisir…

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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De la phenomenologie a l'editologie

11 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Editologie

Le philosophie est la recherche du bonheur. Ce n’est pas, comme la science, une connaissance répondant à des curiosités. Ce n’est pas davantage, comme chacune des religions, la défense hystérique et fanatisée d’une tradition « spirituelle ». La philosophie est la recherche des moyens (s’ils existent) de connaître le bonheur, c’est-à-dire d’atteindre un état agréable persistant, de faire en sorte que notre engagement affectif dans le monde soit positif (que j’éprouve le désir d’y rester) et durable. Un plaisir passager, aussi intense soit-il, ne saurait contenter le philosophe, car une jouissance ancienne ne compense pas une souffrance actuelle. Pour trouver le chemin du bonheur, le philosophe doit s’efforcer de connaître la réalité, car c’est de ce qui existe vraiment que proviennent aussi bien les plaisirs que les douleurs. La difficulté (très probablement insurmontable) réside alors dans l’impossibilité d’un examen exhaustif de la réalité, de l’Être, dont on sait qu’il se déploie dans le Temps, c’est-à-dire dans un passé qui n’est plus, dans un présent qui devient passé au moment même où l’on s’efforce de l’observer, et dans un futur qui, n’étant pas encore présent, est inaccessible à l’observation philosophique.

La phénoménologie transcendantale de Husserl a repris les données radicales du cogito de Descartes montrant que la démarche philosophique commence par les expériences de vie du philosophe (du « moi » et du « je » : « je pense donc je suis »), et quand le philosophe allemand développe les thèmes du vécu de la conscience et de la nécessité d’aller « aux choses mêmes », que dit-il d’autre que ceci, que l’homme vivant connaît des joies et des peines, mais qu’il ignore le dénouement de cette aventure. Heidegger ne nous apprend pas grand-chose quand il nous révèle – comme s’il avait décrypté, grâce à une herméneutique novatrice, le message sibyllin que l’Être aurait consenti à lui transmettre – que l’homme est un Sein-zum-Tode, un « être-pour-la-mort » et un Sein-in-der-Welt, un « être-au-monde ».

L’éditologie trouve son point d’ancrage dans des considérations plus modestes, mais plus sûres, qui sont le primat de la Technique (qui peut nier que les hominiens ont inventé l’outil avant d’inventer le langage ?) et la fécondité cumulative de la Science (qui peut nier l’efficacité cognitive des microscopes et des thermomètres ?). L’éditologie compare les systèmes de pensée et admet une supériorité, au moins dans l’exploration du monde phénoménal, de la pensée « scientifique ». L’éditologie ne trouve aucune manifestation de vérité (d’adéquation au réel) dans les littératures, les mythes, les religions, les idéologies. Elle constate que ces différents systèmes (qui apparaissent dans une même lignée ayant pour source l’émotion provoquée par l’invention des mots) provoquent des adhésions véhémentes du fait de la puissance des sentiments de peur et d’espoir.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Qu'appelle-t-on penser ?

10 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Epistémologie

Qu'appelle-t-on penser ?

La question philosophique fondamentale, la plus essentielle, est celle de la pensée (M. Heidegger : Qu'appelle-t-on penser ?, PUF, Paris, 1959). Comment cet être singulier, que l'on appelle l'homme, arrive-t-il à associer des idées pour élaborer des propositions sur lui-même et sur ce qui l'entoure, c'est-à-dire sur le réel ? Et que valent ces propositions, qui sont par exemple la théorie de la relativité du temps, ou le principe de la séparation des pouvoirs, ou encore des projets d'organisation politique ? Que vaut en fait la "civilisation" (ne pas confondre civilisation et culture), qui est la pensée concrétisée ?

C'est en pensant à la pensée, il y a longtemps déjà, qu'il m'a semblé indispensable d'observer la pensée dans sa concrétisation en livres (il faut lire les penseurs), et en essayant de classer les divers systèmes de pensée (penser, c'est d'abord classifier, distinguer, éviter les confusions et les amalgames). Il m'a semblé nécessaire d'examiner en particulier la "pensée scientifique", la "science", qui est une pensée qui, manifestement, a abouti à certains résultats indiscutables (la technologie, notamment). J'ai donc commencé mon travail par l'épistémologie "historique" (que j'appellerai "éditologie"), influencé par Gaston Bachelard (et dans une moindre mesure par Michel Foucault), en 1978, en fondant la revue Technologia (histoire de la science et de la technologie).

Ce travail a conduit, entre autres, à neuf volumes (Vuibert, Paris, 2002-2009, 3.100 pages) qui constituent une histoire complète de la pensée scientifique, le mot "complète" étant évidemment une exagération ironique, car je ne vois pas la possibilité d'écrire une histoire "complète" de quelque sujet que ce soit ! Ce travail a notamment confirmé un trait bien connu de la science (déjà remarqué avec insistance par Galilée), à savoir l'importance centrale de la mathématique dans le développement de la pensée scientifique. S'il est indéniable que l'on pense avec des mots, il est tout aussi évident que l'on pense scientifiquement avec des nombres, et plus précisément comme l'a montré Nicolas Bourbaki, avec des "structures" (algébriques et topologiques). D'où les tentatives, un peu prématurées, dans les années 1950 et 1960, du structuralisme pour fonder les "sciences humaines" (C. Lévi-Strauss : Les structures élémentaires de la parenté, PUF, Paris, 1949).

Il fallait ensuite explorer les systèmes de pensée "non scientifiques" : littératures, mythes, religions, idéologies. Ainsi s'est élaborée, dans la civilisation, l'opposition entre ce que j'appelle la "STI" (science-technique-industrie) et la "culture". L'Histoire et l'Actualité montrent que cette opposition peut être violente. Louis Althusser, en 1965 déjà (Pour Marx, Maspero, Paris), l'avait bien noté : "l'idéologie comme système de représentations se distingue de la science en ce que la fonction pratico-sociale l'emporte en elle sur la fonction théorique". Cette opposition est manifestement liée à celle que l'on constate, au lycée, entre les matheux et les lettreux, ou si l'on veut elle reprend la distinction que faisait Pascal entre l'esprit de géométrie et l'esprit de finesse, entre la raison et le coeur. Il faudra demander à la sociologie, à la psychologie et aux neurosciences d'où vient et que signifie cette scission dans la pensée.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Philosophie Ouverte dans Facebook

8 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

J’ai créé un groupe dans Facebook, intitulé « Philosophie Ouverte », pour réunir des personnes capables et désireuses de penser par elles-mêmes, c’est-à-dire délivrées de tout embrigadement politique, religieux ou sentimental. Il s’agit de tenter de connaître et de comprendre le monde avant de prétendre le transformer. Le groupe est donc ouvert à toutes les idées, sauf à celles qui se réclament de traditions prétendues « sacrées » ou « évidentes ». Quiconque, philosophe professionnel ou amateur de réflexions, peut facilement s’inscrire ou se désinscrire.

Il est souhaitable que les membres du groupe s’abstiennent de proférer des insultes. Il y a suffisamment d’autres groupes sur Facebook pour cela.

J’entends aussi par ce moyen, bien évidemment, faire connaître, sans le moindre esprit d’endoctrinement, les résultats de mon travail philosophique, basé sur quelques idées que j’ai rassemblées sous le nom d’éditologie.

Une vidéo de l'auteur sur l'histoire de la science :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Mes metiers

5 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Je suis un homme heureux ! Si du moins l’on peut admettre, avec je ne sais plus qui, que le bonheur consiste à avoir fait de sa passion son métier. Et c’est bien mon état, depuis une quinzaine d’années : après avoir exercé quatre professions successivement ou simultanément, je peux enfin consacrer tout mon temps à la recherche philosophique, c’est-à-dire à lire, à écrire (y compris dans ce blog), à essayer de penser et à publier des livres. Je fus professeur de philosophie (au Burundi), biologiste (à la Faculté Agronomique de Gembloux), éditeur (à Bruxelles) et journaliste, et voilà que maintenant je m’adonne à temps plein à la philosophie. Je distingue soigneusement deux métiers, celui de professeur de philosophie (qui essaye de transmettre des savoirs) et celui de philosophe (qui tente de créer des savoirs).

J’ai commencé à m’intéresser à la philosophie à quatorze ans, alors que j’étudiais les « humanités » à l’Athénée de Wavre, en Wallonie. C’est par la lecture de La Nausée de Sartre que j’ai été amené à lire L’Être et le néant, puis à me documenter sur l’existentialisme, la phénoménologie, la psychanalyse, etc. J’étais également très attiré, en ces temps maintenant si lointains, par la physique et la chimie.

Les hasards de la vie ne m’ont pas permis d’être philosophe full time tout au long de mon existence, mais même quand j’exerçai la profession harassante d’éditeur, je réservai toujours un peu de temps pour la pensée (j’ai d’ailleurs, tout en exerçant les métiers d’éditeur et de journaliste, donné un cours de philosophie de la technique dans un programme interuniversitaire du FNRS, de 1985 à 1993, et fait quelques conférences de philosophie à l’ISIB, une école d’ingénieurs à Bruxelles).

Arrivé donc dans ma soixante-douzième année, vivant (modestement) de mes droits d’auteur, je peux me livrer totalement au métier d’essayer de connaître l’Être et de comprendre le Destin. C’est le bonheur, car je ne suis pas obligé de gagner mon pain à la sueur de mon front. Mais ce n’est pas un bonheur sans mélange ! J’éprouve, chaque jour davantage, les douleurs diverses qui accompagnent le vieillissement, et il m’arrive de plus en plus souvent des crises d’angoisse (bien autrement vive que l’angoisse un peu « littéraire » de Roquentin dans La Nausée). Car j’ai acquis une certitude (et c’est peut-être la seule certitude de toute la philosophie), c’est que je vais souffrir de plus en plus, avant de mourir. Et les souffrances de fin de vie sont abjectes. J’ai des lecteurs qui n’acceptent pas certaines de mes thèses, et c’est bien normal. Mes propositions sur l’origine du fait religieux, sur la valeur de la science, sur la distinction entre science et philosophie, sur les rapports entre technique et technologie, sur la portée cognitive de la poésie, etc., trouvent évidemment des contradicteurs, chez les idéalistes plus ou moins spirituels. Mais qui peut nier que je vais souffrir, et même que cette affirmation a une portée universelle ? Car tous les hommes sont, inéluctablement, des êtres-pour-la-souffrance, et je me demande si je vais devenir aveugle, comme Sartre, ou si je vais mourir d’une indigestion, comme La Mettrie, ou d’un cancer, comme Derrida.

En attendant, je suis un homme heureux. Qui sait que ça ne durera plus très longtemps.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Qu'est-ce que la philosophie ?

4 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Qu'est-ce que la philosophie ?

Il est banal de constater que, si les définitions par exemple de l’astronomie ou de l’étruscologie sont « claires et distinctes », et universellement acceptées, la définition de la philosophie donne lieu à des débats interminables. L’astronomie est l’étude des astres, et l’étruscologie est l’étude de l’histoire et de la culture des Etrusques, voilà qui ne soulève aucune polémique. Mais de quoi la philosophie est-elle l’étude ? Et d’ailleurs, est-elle l’étude d’un objet, comme le sont l’astronomie, la chimie, la sociologie ?... On rencontre souvent dans le public l’idée de la philosophie comme attitude, comme comportement face aux aléas de la vie, et le philosophe devient un être d’exception (un sage, voire un gourou) capable de supporter avec abnégation les malheurs de l’existence car, disent les malins, dans l’adversité « il faut être philosophe » ! Il y a aussi les définitions humoristiques, comme quand un tel, refermant un livre de philosophie, déclare que « la philosophie est l’art de dire peu de choses avec beaucoup de mots ». Ce quidam ajoute parfois que, bien au contraire, « la poésie est l’art de dire beaucoup de choses avec peu de mots ». Cela fait sourire, mais ne va pas très loin.

Pour définir la philosophie, c’est-à-dire pour en découvrir l’essence (eidos), il n’y a pas d’autre chemin à emprunter que celui de l’observation et de l’analyse. Il faut observer, c’est-à-dire lire les œuvres des grands philosophes, analyser leurs écrits, et s’efforcer de percevoir ce qu’il y a de commun entre les textes de Heidegger et ceux de Platon, entre les textes de Descartes et de Husserl et ceux d’Aristote et de Hegel. L’on constate alors assez facilement que si les différentes « disciplines » étudient des objets qui sont des parties du Réel (les étoiles, les molécules, les sociétés humaines…), si l’astronomie, la chimie, etc. s’enferment volontairement dans un domaine bien délimité de ce qui existe (les zoologistes n’étudient pas les étoiles), la philosophie, par contre, ne place aucune limite à ses recherches : rien de ce qui existe ne lui est étranger ! C’est ainsi qu’Aristote définissait la philosophie comme étant l’étude de l’Être (to on), ce que l’on peut aussi appeler l’étude de toutes les choses, du Tout, du Monde, de l’Univers, du Cosmos, du Réel, bref c’est l’étude de tout ce qui existe vraiment : le ciel et la terre, les hommes et les femmes, les objets palpables et les idées, et peut-être aussi les esprits, les valeurs et les dieux.

La philosophie, l’étude de Tout (Plotin dira l’étude de l’Un, le Tout étant forcément unique), est ainsi une discipline qui refuse l’enfermement disciplinaire, une recherche « totalitaire » qui semblera hautaine, orgueilleuse, arrogante, car elle ne s’interdit aucune investigation, et même elle prétend soumettre à ses analyses les choses les plus sacrées ou les plus ineffables, que le vulgum pecus croit réservées aux prêtres et aux poètes.

La philosophie est un système de pensée qui apparaît tardivement dans l’histoire des activités intellectuelles, après ces systèmes considérablement plus anciens que sont la littérature, le mythe, la religion. Je ne développerai pas ici le fait que les littératures, les mythes et les religions sont multiples alors qu’il n’y a qu’une philosophie (puisqu’il n’y a qu’un seul Tout). Par contre, la philosophie est antérieure (d’environ deux mille ans) à la science, qui en dérive. La science est, comme la philosophie, l’étude de Tout (subdivisée en domaines : les étoiles, les atomes, les molécules, les sociétés, les cultures…), mais qui se distingue de la philosophie par l’usage méthodique d’une instrumentation qui entraîne la vérifiabilité (analysée comme falsifiabilité par Karl Popper et comme renversement d’obstacles épistémologiques par Gaston Bachelard).

La construction d’une éthique (pour vivre avec sa conscience) et d’une politique (pour vivre avec les autres) nécessite la connaissance de Tout (et donc la philosophie) pour être solidement fondée, car l’ignorance d’une partie du Réel pourrait bien négliger une détermination décisive du comportement humain : les dieux semblent affectionner de rester cachés ! L’éthique et la politique sont donc subalternes par rapport à la philosophie, et c’est pourquoi je les déclare « impossibles ». La philosophie étant inachevée, l’Humanité devra se contenter d’éthiques approximatives, bricolées, changeantes d’une communauté à l’autre, et de politiques relatives, car on ne connaît pas d’absolu (peut-être même n’y en a-t-il pas).

L’absence d’une éthique fondée philosophiquement, et donc universelle, fait – depuis longtemps – le malheur de l’Humanité. Mais c’est peut-être l’honneur des hommes de le savoir, et de se méfier de ceux qui prétendent connaître les valeurs, et qui veulent les imposer par le terrorisme.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Les systemes de pensee

2 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Editologie

Les systemes de pensee

L’étude comparative approfondie de l’histoire des systèmes de pensée montre clairement que ceux-ci apparaissent, au cours de l’évolution de l’Humanité, dans un ordre chronologique bien déterminé. Au commencement de la pensée humaine (après l’invention du langage), apparaissent les Littératures, puis les Mythes, puis les Religions. Il s’agit toujours d’élaborer des textes (c’est le fondement même de l’éditologie), c’est-à-dire des séquences de mots : on pense avec les mots. Ces trois systèmes successifs – littéraire, mythique, religieux – naissent au sein de populations ignorant l’écriture, c’est-à-dire aux temps préhistoriques. Il est piquant de devoir admettre qu’il y eut des "écrivains" bien avant l’écriture.

Puis vint le système de pensée que l’on appelle Philosophie, en Grèce, vers 600 avant notre ère. C’est l’avènement de ce que l’on peut aussi appeler la pensée « critique », qui a l’audace inouïe de mettre en doute les traditions de la tribu. Il faudrait approfondir l’idée selon laquelle la philosophie naquit de l’écriture, et plus précisément de l’alphabet (voir la grammatologie de Jacques Derrida), qui permet d’une part l’analyse (éviter les confusions) et d’autre part la transmission et donc le travail dialogique (comparer les avis). Le dialogue (ne serait-ce qu’avec soi-même) est le noyau dur de toute œuvre philosophique.

Enfin vint la Science, cinquième « système de pensée », venu tard, et donc plus complexe et plus sophistiqué que les précédents. Je date symboliquement l’avènement de la science de 1543, quand paraît le livre de Copernic proposant l’héliocentrisme. De même que ma réflexion me conduit à penser que la philosophie est née grâce à l’alphabet, qui est un outil pour penser (c’est-à-dire pour distinguer), mes investigations historiques m’ont incité à voir dans l’instrumentation l’usage d’outils pour découvrir (instruments de mesure, télescopes, microscopes, etc.). C’est l’instrument qui rend la science vérifiable (voir l’épistémologie de Karl Popper).

Il résulte de cette apparition tardive de la science que des productions textuelles comme l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie, la physique, la médecine des Grecs n’appartiennent pas encore à la science telle que définie par l’éditologie (épistémologie historique). Elles constituent une proto-science, qui fait encore partie du système de pensée que j’appelle « philosophie ». Au risque de m’opposer à une tradition universitaire puissante, je considère les mathématiques comme une partie de la philosophie (leur rapport avec la logique, voir Bertrand Russell et Nicolas Bourbaki) et non de la science.

On notera avec intérêt que les systèmes littérature, mythe et religion sont multiples : il y a autant de littératures que de langues (tous les peuples, aussi primitifs soient-ils, se racontent des histoires), et les mythes et religions sont notoirement nombreux. Par contre, la philosophie, et plus encore la science sont unifiées. Elles forment le soubassement intellectuel des pays « industrialisés » comme la Chine ou le Brésil ou l’Inde.

La distinction entre le système « mythe » et le système « religion » est liée à l’inévitable succession des idées. Il faut avoir l’idée que le Soleil est un dieu (mythe) avant d’avoir l’idée qu’il faut rendre un culte au Soleil (religion). Le mythe est de nature individuelle, la religion est de nature sociale (ce qui peut conduire au fanatisme). Il y a des mythes sans religion, il n’y a pas de religion sans mythes…

L’éditologie est un ensemble d’hypothèses, et est donc discutable. Mais je ne suis pas encore arrivé à nier que l’Odyssée soit plus ancienne que la Théorie de la Relativité, ou que le polythéisme sumérien se soit développé avant la parution des dialogues de Platon ou des traités d’Aristote. Et je pense sans réserves que la Relativité ou les Quanta sont plus complexes que l’allégorie de la caverne, ou que le mythe d’Osiris et d’Isis…

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Ecrire et penser

31 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Littérature

Ecrire – je veux dire « publier », écrire pour un public, car je ne compte pas comme « écriture » le simple geste d’aligner des mots dans un cahier destiné au tiroir, activité qui vaut le tricot ou la collection de timbres – écrire, donc, cette pratique qui est une des spécificités de l’animal humain – car les bêtes ni ne pensent, ni n’écrivent – écrire, c’est chercher des lecteurs, c’est espérer fixer l’attention de quelques personnes éventuellement inconnues, c’est vouloir être lu, être compris (pas nécessairement être approuvé), et peut-être même que c’est espérer d’être aimé. Et selon le niveau d’exigence où l’écrivain situe son œuvre, il attend de susciter l’intérêt des foules ou celle des happy few. Racine et Molière écrivaient pour l’entourage du roi, nos romanciers postmodernes écrivent « pour tout le monde ». Ce n’est pas moins honorable, et Françoise Sagan, Amélie Nothomb ou Marc Levy valent bien Julien Gracq ou Marcel Proust.

Penser, c’est autre chose… Bien sûr, la pensée implique l’écriture, et implique même l’alphabet, car la représentation pictographique ou idéographique des concepts n’est pas suffisamment analytique pour permettre une réflexion soutenue. Avec sa grammatologie, Jacques Derrida a dit des choses fort justes à ce sujet, et ce n’est sans doute pas un hasard si la philosophie est née chez les Grecs, seul peuple de l’Antiquité à disposer d’un alphabet complet, avec consonnes et voyelles.

Je prends évidemment les termes « écriture » et « pensée » dans leur sens le plus profond. On « écrit » pour les autres (pour un public) : c’est la littérature. On « pense » pour soi : c’est la philosophie. Penser (voir Heidegger : Was heist denken ?), c’est bien plus que réfléchir, et l’on n’appelle pas « penser » jouer aux échecs, composer un sonnet, résoudre un système d’équations… De même que l’écriture se définit par l’existence d’un destinataire (d’ailleurs peu déterminé), la pensée se définit par son destinataire, qui est le penseur lui-même. L’écrivain cherche à séduire, à émouvoir, à enchanter, à distraire ses lecteurs, et attend les applaudissements et si possible la bienveillance de la « critique ».

La pensée, c’est-à-dire la philosophie créatrice (enseigner l’histoire de la philosophie n’est pas encore philosopher), c’est chercher le réel absolu, en rapport avec soi. Le philosophe interroge le monde, et s’interroge lui-même. Les religions – qui sont les inverses de la philosophie – interdisent la pensée, elles consistent à préserver et à répandre (éventuellement par la violence) une tradition, qu’il s’agisse de celle fixée dans ses écrits par Confucius, ou de celles de Bouddha ou de Ron Hubbard.

La science, qui est évidemment une activité intellectuelle, et même la plus vaste et la plus élaborée qui soit (la mécanique quantique et la chromodynamique sont autrement complexes que la phénoménologie de Husserl ou que l’existentialisme de Sartre et Beauvoir), n’est pas une pensée, car le chercheur scientifique ne se situe pas lui-même dans le champ de ses investigations. Le religieux « connaît » son destin, inscrit dans des écritures saintes. Le scientifique ne s’intéresse pas à son destin, du moins dans le cadre de ses recherches. Le philosophe essaye, en tentant de dévoiler les déterminations de l’Être, de savoir quel sera son destin et donc quel est le sens de sa vie. Le savant écrit pour la communauté scientifique internationale. L’écrivain écrit pour un public qu’il espère aussi vaste que possible. Le philosophe écrit pour lui-même (« je pense », écrivait Descartes en 1637), et pour le petit nombre de « ceux qui pensent ».

Pour info : https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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