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Jean C. Baudet

Articles avec #philosophie tag

Histoire, epistemologie, ethique

20 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Ethique, #Histoire

Dans mon livre "Curieuses histoires de la Pensée" (Jourdan, Bruxelles, 601 pages), j'ai étudié l'origine des religions et de la philosophie. A la suite de mes travaux précédents d'épistémologie et d'histoire de la science et de la technique, cela m'a conduit à proposer une théorie de la connaissance, l'éditologie, considérant le savoir comme "édité", c'est-à-dire que l'élaboration de propositions sur le réel est d'ordre social (sémiologique, linguistique...) autant que de nature psychique. Quiconque pense, pense forcément avec les mots de sa tribu, et toute pensée est une réaction émotionnelle à l'hostilité de l'environnement, tant l'environnement "naturel" que la pression sociale. Ainsi le déclenchement de la pensée, chez les hominiens bien avant l'invention du langage, est-il la Peur, à l'origine de l'élaboration noétique de l'idée de Sacré. Ensuite, avec le langage viendront les mythes, puis avec la complexification de l'organisation sociale apparaîtront les religions et la violence (qui est l'essence même du Sacré). Avec l'invention de l'alphabet (voir la grammatologie de Derrida), un petit sous-ensemble de l'Humanité entreprend la critique des traditions religieuses et de l'idée même de Sacré : c'est l'invention de la philosophie, que l'érudition attribue aux Grecs de Milet Thalès et Anaximandre.

Disposant maintenant d'une épistémologie, je suis conduit à adopter une ontologie matérialiste (mais fortement nuancée de scepticisme). Le matérialisme récusant toute idée de "valeur", il me reste la tâche - peut-être impossible - de tenter de construire une éthique, c'est-à-dire des propositions pour "vivre ensemble", qui ne seraient pas les commandements d'un dieu caché. Car certes pour le matérialiste la vie humaine n'a guère plus d'importance que la vie des baleines bleues ou que celle des morpions, mais tout de même chaque homme (et il y en a 7,5 milliards !) a une espérance de vie de plusieurs décennies. Autant les passer dans la joie de vivre, dans le bonheur de la rencontre humaine rebaptisée convivialité. L'homme est une passion inutile. Mais c'est parfois une passion bien agréable.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Tous les hommes sont-ils egaux ?

11 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Tous les hommes sont-ils egaux ?

La recherche philosophique ne peut démarrer qu’à partir d’observations, qu’il s’agisse d’observer le monde qui s’offre en spectacle à l’homme attentif (la philosophie commence par l’étonnement, disait Aristote) ou qu’il s’agisse de s’observer, d’examiner sa conscience comme le proposent par exemple Socrate (« connais-toi toi-même »), ou Descartes (« je pense donc je suis »), ou les phénoménologues, ou les religieux, qui observent « au fond de leur cœur » l’espoir d’un monde meilleur à venir. D’où deux sortes de philosophie : des pensées cosmo-centrées (les « physiciens » de Milet, l’atomisme de Démocrite…) ou des pensées égocentriques, ou du moins anthropocentriques.

Observer le monde, c’est observer l’Histoire, et en particulier c’est étudier l’évolution des systèmes de pensée (histoire des religions, histoire de la philosophie, histoire de la science, histoire de la technologie…). Au risque de se perdre dans l’érudition, car il faut plus qu’une vie d’homme pour examiner les œuvres des fondateurs de mythes et des théologiens, ou des philosophes, ou des chercheurs scientifiques, ou des ingénieurs…

Ainsi, la philosophie est forcément une pensée qui critique toutes les pensées, et qui finit tôt ou tard par se critiquer elle-même. Penser, c’est peser, c’est-à-dire comparer. Et comparer des pensées, c’est comparer des penseurs. Qui fut meilleur dans la recherche des fins dernières : Paul de Tarse ou Mahomet de La Mecque ? Qui fut meilleur dans la recherche de la vérité : Platon d’Athènes ou Aristote de Stagire ? Michel Onfray ou Jean Salem ?

Mais comparer, c’est constater des différences. La pensée critique – aussi appelée intelligence ou raison ou logos (on pense avec des mots) – c’est la discrimination, c’est reconnaître que tous les hommes ne sont pas égaux. Cruelle conclusion de l’examen de l’Histoire, qui s’impose à la raison mais qui heurte et scandalise le cœur ! Voilà ce qu’on appelle « penser ». J’ai étudié les philosophes, les physiciens et les chimistes, les « intellectuels français », les « ingénieurs belges », et même les « grands cuisiniers » (dans mon Histoire de la cuisine, Jourdan, Bruxelles). Qui oserait affirmer que « tous les intellectuels se valent », et qu’Eric Zemmour vaut Jean-Paul Sartre, ou que Natacha Polony vaut Simone de Beauvoir ?

Pour info :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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La pensee empiricale de Jean-Pierre Jameux

7 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

J’ai lu avec un très grand plaisir le dernier livre du philosophe français Jean-Pierre Jameux : Réflexions sur la réalité en philosophie (L’Harmattan, Paris, 154 pages). Cet ouvrage développe, en quatre « réflexions », une critique serrée de la tradition dominante en philosophie (au moins depuis Parménide, qui ne parvint pas à sortir des apories de l’être et du néant) qui consiste en somme à ne pas prendre la réalité brute au sérieux. Obnubilés par le dualisme du moi et du non-moi, nombreux en effet furent les philosophes qui théorisèrent une dichotomie de l’Être, ainsi Platon (le monde sensible et le monde des Idées), Descartes (l’étendue et la pensée), Kant (le phénomène et le noumène), Husserl (la conscience et les essences)… « nous sommes toujours incapables de choisir entre d’un côté notre pensée et de l’autre côté le monde » (p. 5).

Reprenant une remarque déjà faite par Gaston Bachelard (Le nouvel esprit scientifique, 1934), Jameux observe que l’esprit moderne associe deux attitudes philosophiques contradictoires, le rationalisme et le réalisme, dans un tiraillement conceptuel qui obscurcit la recherche de l’Être. Et l’auteur s’interroge : « n’y aurait-il pas une identité ou un originaire plus profond entre le rationalisme moderne transcendantal et le réalisme classique d’une chose en soi donnée soit par les idées ou soit par la quiddité ? » (p. 6). Et ce tiraillement est la cause de « l’étrangeté que revêtent nos réflexions sur la réalité ». Celle-ci est plus ou moins niée, et de nombreux philosophes dénoncent comme un « réalisme vulgaire », comme une « croyance naïve », l’idée du simple bon sens que les objets qui nous entourent existent vraiment. Je pense ici à la très pertinente critique de l’idéalisme par Lénine dans son grand livre Matérialisme et empirocriticisme (1909). Le rejet de la réalité conduit au solipsisme de George Berkeley, ou à des ontologies fantasmagoriques : les monades de Leibniz, l’esprit dialectique de Hegel, etc.

Le travail de Jameux est largement basé sur une critique du cogito, qu’il renverse résolument. Ce n’est pas parce que je pense que je suis, mais c’est parce que je suis (une chose) que je pense : sum res ergo sum (p. 23). Et de développer une épistémologie et une ontologie « empiricales » qui s’opposent à la pensée transcendantale dominante. La pensée empiricale est basée sur ce que Jameux appelle l’a-cogito : il s’agit d’atteindre l’essence des choses par l’observation directe des choses elles-mêmes et non par la pensée qui introduit des présuppositions parasites. Malgré les apparences, nous sommes à l’opposé de la phénoménologie husserlienne. L’apodicticité de « je suis une chose », et de « il y a des choses », permet de fonder une ontologie partant des choses (évidentes, vécues) et non d’un « esprit » fantasmé. L’appréhension directe du monde est possible dans sa réalité dévoilée par les faits. Encore faut-il, nous prévient Jameux, distinguer les « faits bruts » et les « faits construits ». En somme, tant les empiristes que les rationalistes passent par la conscience pour comprendre le monde, ce qui revient (de Descartes à Deleuze) à admettre le primat de la conscience, c’est-à-dire à faire naître le monde des « esprits ».

L’analyse de Jameux ne va pas jusque là, mais nous pouvons aller plus loin dans la critique de la pensée transcendantale. Il me semble que celle-ci est une rémanence (éventuellement inconsciente) de la pensée archaïque qui sépare résolument le monde en un domaine sacré (à l’origine de l’idée de « spirituel ») et un domaine profane, ce qui est une projection ontologique de l’expérience commune d’une existence corporelle « doublée » d’une existence intellectuelle : les pensées, les mots, les rêves…

La pensée empiricale, c’est donc voir les choses comme elles sont, et éviter de faire du monde une projection des désirs, des espoirs et des émotions de « l’esprit humain ». Pour nous, c’est un fondement du matérialisme, auquel notre propre réflexion a abouti par la considération du primat de la Technique, autre manière d’accepter la réalité des choses. Et je suis pleinement d’accord avec la conclusion de Jean-Pierre Jameux : « nous ne devrons jamais oublier, au cours de nos réflexions futures en épistémologie et sur la question de l’être, de suivre pas à pas le réel » (p. 149).

Pour info :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Pour ou contre l'humanisme ?

6 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Humanisme

Si l’on accepte l’humanisme, c’est-à-dire la vénération de l’humain, il faut bien attribuer une certaine « valeur » à tous les hommes, y compris les plus misérables. On peut même aller jusqu’à prétendre, nonobstant les spectacles décourageants de l’Actualité et de l’Histoire, que « tous les hommes se valent », et que donc « tous les hommes sont égaux ». Je dois avouer que j’ai du mal à accepter une telle affirmation péremptoire, mais il est vrai que je ne suis pas humaniste. J’ai la faiblesse (ou la lucidité ?) de ne pas égaler Joseph Jongen à Ludwig van Beethoven, et de ne pas mettre dans le même rayon Léon Ollé-Laprune et Arthur Schopenhauer (ou Alain Badiou et Gaston Bachelard)… Mais si j’arrive, quoique difficilement, à admettre, pour devenir politiquement correct, que tous les hommes, malgré leurs évidentes différences génétiques, morphologiques, psychologiques, linguistiques et culturelles, ont la même valeur, je ne peux pas me résoudre à admettre que toutes leurs idées se valent ! Le spectacle bariolé, pittoresque et passionnant de l’histoire des mythes et des religions, de l’histoire de la philosophie et des idéologies, de l’histoire de la science, montre à l’évidence, avec mille et mille exemples, que toutes les idées que produit l’esprit humain (ou qu’élaborent les réseaux neuronaux du système nerveux des hommes et des femmes) correspondent à toute la gamme qui va de l’abjection ou de la sottise au remarquable et au sublime. Si tous les hommes se valent, toutes leurs idées ne se valent pas ! Et il y a loin des mythes et des anathèmes de la pensée archaïque aux théorèmes (et aux blasphèmes) de la modernité.

Mais alors, si toutes les idées ne se valent pas, s’il y a par exemple progression du géocentrisme des Anciens à l’héliocentrisme des Modernes, il faut avoir le courage de comparer les systèmes de pensée, de ne pas faire d’amalgames, et d’oser la discrimination. Du courage ? Certes, il en faut pour penser (penser, c’est reconnaître les différences) parmi les foules soumises aux traditions, plus ou moins « sacrées », et qui vont jusqu'au terrorisme pour imposer leurs idées. Il faut par exemple oser comparer les religions, et déterminer celles qui sont le plus archaïques. Car si l’humanisme est l’honneur de l’esprit humain, si la grandeur de l’homme réside dans sa pensée, encore faut-il ne pas penser n’importe quoi ! Penser, c’est distinguer et choisir.

Pour info :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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La philosophie : recherche de l'Etre

20 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

La philosophie n'est pas une simple soif de connaître, comme la botanique qui a l'ambition de déterminer la diversité végétale, ou comme l'astronomie qui compte les étoiles. Car à quoi bon connaître le nombre des galaxies ? La philosophie n'est pas une occupation, un passe-temps, une "discipline" comme le droit pénal ou l'entomologie. Elle est une question de vie ou de mort, c'est-à-dire de plaisir ou de malheur, et les Grands Anciens avaient raison de la définir comme la recherche du bonheur. Il faut, pour vivre, savoir si la vie vaut la peine d'être vécue, et on ne l'apprend ni en se pliant aux rites et aux mythes d'une tradition, forcément relative et disqualifiée par son historicité, ni en se fiant à des intuitions qui, fruits de l'imagination et de l'émotion, ont toutes les chances d'être des ruses de l'instinct vital. Doutant des traditions de la société dont il fait partie comme des sentiments qui lui viennent d'un corps poussé à persévérer dans l'existence, le philosophe cherche à connaître l'à-venir de cette existence, et très concrètement s'il va souffrir avant la mort (la réponse est manifestement oui) et après la mort (c'est ici que tenter de répondre conduit à des abîmes de difficultés).

Pour connaître l'à-venir, c'est-à-dire la condition humaine, les aléas probables de l'existence, il faut à l'évidence connaître tout ce qui existe vraiment, puisqu'un "aléa" ne peut provenir que de ce qui existe, de l'Être. Il faut admettre comme base de la réflexion cette évidence de la vie quotidienne : tout ce qui arrive à l'homme, plaisir ou souffrance, a son origine dans un extérieur au "moi", il peut s'agir du corps même (c'est le domaine de la médecine) ou des innombrables "choses". Depuis Aristote, la philosophie (étude de l'Être) se subdivise en ontologie (étude de l'Être en tant qu'être), cosmologie (l'Être en tant que monde), anthropologie (l'Être en tant qu'homme), théologie (l'Être en tant que source - réelle ou illusoire ? - des traditions religieuses).

Le premier texte nous étant parvenu tentant une étude de l'Être est le Péri physéôs de Parménide d'Elée (vers 475 a.c.), dans lequel l'auteur réfléchit aux rapports entre être et néant (non-être) et arrive à la conclusion que l'Être (le Réel) est rationnel, connaissable par la raison humaine, et qu'il est inengendré, immuable, impérissable, immobile, sans vides et homogène. Ce résultat du "rationalisme", manifestement contraire à l'expérience, montre l'insuffisance du travail logique (logos : raison) pour connaître les choses. Ce sera Aristote, un siècle plus tard, qui montrera que la connaissance de l'Être nécessite que le raisonnement soit basé sur des observations (empirisme).

Depuis les Grecs, la réflexion philosophique est basée sur la dualité du moi et du non-moi, du sujet et de l'objet, de la conscience et du réel extérieur à la conscience (les réalités mondaines). Cette "scission dans l'Être" semble incontournable, et correspond à une opposition radicale entre une recherche qui part de l'objet (les physiciens de Milet, les atomistes, Aristote, les épicuriens, etc.), minoritaire dans l'histoire de la philosophie, et une recherche qui commence par une interrogation du moi, qu'il s'agisse de Socrate, de Descartes (cogito, ergo sum), de Kant, de Husserl, etc.

Pour ma part, j'ai entamé ma recherche, à la fin des années 1960, sur la base d'une double constatation : 1° l'oubli de la Technique par la philosophie contemporaine (malgré les travaux de Heidegger, d'ailleurs très ambigus), 2° le primat de la Technique dans le développement de la pensée humaine. La Technique (l'Outil), en effet, apparaît, dans l'histoire des espèces humaines, longtemps avant le Langage et donc la Culture !

L'étude critique des commencements de la Technique m'a montré l'insuffisance des épistémologies idéalistes (Popper, Bachelard, Kuhn...) qui n'ont pas analysé correctement le lien entre Technique et Science. Je rejoignais ainsi l'idée centrale du marxisme, que le moteur de l'Histoire est l'évolution des "moyens de production" (les outils et les machines). J'ai tenté ensuite de relier ce constat du primat de la Technique à une ontologie matérialiste et à une épistémologie néo-scientiste. La Science nous présente l'homme comme un tube digestif formé de cellules douées d'une "volonté" d'existence et de multiplication, accompagné par un réseau de cellules spécialisées dans la coordination intercellulaire (les neurones). Ainsi, l'homme est non seulement un "être-pour-la-mort" (Heidegger), c'est aussi un "être-pour-manger" (c'est-à-dire un animal) et un "être-pour-penser", et notamment pour penser ses souffrances. Cette vision matérialiste et scientiste me conduit à déterminer l'Être comme "totalité des étants" (avec ou sans conscience), dont il faut regarder l'existence et l'évolution comme des données factuelles, qu'il est peut-être vain d'interroger : l'Être est (Parménide) et l'Être devient (Hegel), voilà peut-être l'horizon indépassable de l'ontologie.

Une vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur mes ennemis

12 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Je pense, donc je suis entouré d'ennemis. Car la pensée (l'épistèmè) s'attaque à l'opinion (la doxa), et l'attachement à l'opinion engendre le fanatisme et la violence, au moins verbale. Moins elle est fondée, plus l'opinion est fanatique, le sentiment venant au secours de l'intelligence défaillante. Etant anti-religieux, parce que ma recherche m'a conduit à voir dans les religions des mystifications, des superstitions confortées par le pouvoir politique, j'ai plusieurs milliards d'ennemis, et pas seulement deux milliards de chrétiens et plus d'un milliard de musulmans. Etant anti-humaniste, parce que ma réflexion n'a trouvé aucune raison de sacraliser l'espèce de primates Homo sapiens, et que je considère que l'homme est une bête comme les autres - ce qui est bien prouvé par la bêtise de tant d'humains -, je suis honni par les humanistes, surtout par ceux de l'espèce "droits-de-l'hommiste". Etant anti-social, et donc anti-socialiste, car je ne trouve ni grandeur ni noblesse dans les foules qui hurlent, hordes animales qui ne sont que des troupeaux de mammifères, ne trouvant un peu d'honneur que chez quelques trop rares individus, je suis détesté par les hommes de gauche, par les maîtres-penseurs de la générosité fade, docilement suivis par les troupes endoctrinées de la compassion et de l'égalitarisme.

J'ai pour ennemis les prophètes, les prêtres, les pasteurs, les imams et les bonzes, et aussi la prêtraille laïque imbibée de marxisme, de freudisme littéraire, de messianisme et de pensée unidirectionnelle. J'ai pour ennemis les idéalistes de toutes les sortes - formant une véritable hydre à cent têtes - et je me rallie, partiellement du moins, à la logique désespérante d'Aristote, au matérialisme sans illusion de La Mettrie, de Marx (jeune), et même de Comte-Sponville, quand du moins il ne sombre pas, comme tant d'autres, dans les rêveries humanistes et dans le moralisme.

Je n'ai d'admiration que pour la recherche obstinée de l'Être (du Réel, pas des fantômes), et pour ces grands hommes, trop peu nombreux, qui cherchent dans la Science, qui construisent dans la Technique et qui produisent dans l'Industrie. Grands hommes détestés, vilipendés, persécutés par mes ennemis. Car mes ennemis n'aiment pas la réussite et tous ceux qui dépassent. Ils ont la haine de l'excellence, de ce qui aurait pu être l'honneur de l'Humanité.

Une vidéo de l'auteur à la librairie Filigranes, Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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La valeur des hommes

12 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Humanisme

Tout le malheur de l'Humanité vient de ce que l'Elite est peu nombreuse, alors que la Masse est innombrable. C'est qu'il est plus facile de "produire" un homme quelconque (il suffit de neuf mois de gestation) que de "produire" un homme instruit. Et l'instruction a un coût, d'ailleurs considérable. Il faut douze ans pour obtenir un être analphabète mais capable d'utiliser un fusil ou une machette avec une certaine efficacité, mais il en faut de double pour obtenir un sociologue, un ingénieur, un journaliste d'investigation, un psychiatre ou un étruscologue. Tous les hommes ne se valent pas, n'ont pas la même valeur d'usage, et une société a besoin de sociologues, d'ingénieurs, d'ouvriers manutentionnaires, de poètes, d'historiens médiévistes, de conducteurs d'autobus, d'informaticiens, de boulangers, d'agriculteurs, d'humoristes, alors qu'elle n'a pas vraiment besoin d'assassins, de voleurs, d'escrocs, de prévaricateurs, et de prometteurs de beaux jours. Du reste, pourquoi les entreprises accordent-elles de plus hauts salaires à leurs ingénieurs et à leurs juristes qu'à leurs ouvriers manoeuvres, s'ils avaient la même valeur ? Classer les hommes d'après leur utilité sociale, voilà qui va étrangler d'indignation une bonne partie des humanistes. C'est que ces humanistes ne veulent pas observer le Réel. Faut-il vraiment leur rappeler qu'il est plus long et plus difficile de construire un palais que d'assembler quelques planches pour faire une cabane ? Et d'ailleurs, quelle est la valeur d'un humaniste qui pense par slogans ? Et ne voit-on pas les économistes se livrer à de complexes calculs pour comparer les productivités des Français et des Allemands, des Wallons et des Flamands, des Rwandais et des Burundais, des Coréens du Nord et des Coréens du Sud ? Bien sûr, je les vois venir les gauchistes amis du peuple égalitaristes et adorateurs du genre humain. Ils nous feront remarquer qu'il faut trente ans pour former un théologien. Mais a-t-on vraiment besoin de théologiens ?

Une vidéo de l'auteur à la librairie Filigranes, à Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Les productions culturelles

11 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Histoire

Les productions culturelles

Les productions culturelles (intellectuelles) de l'Humanité, c'est-à-dire les produits de la Pensée, sont variées et leur analyse nécessite de les replacer dans le temps de l'Histoire, car elles ne sont pas apparues en même temps. L'étude de la préhistoire, de l'ethnographie et de la psychologie cognitive montre à l'évidence que le simple est antérieur au complexe : la doctrine "philosophique" des 4 éléments d'Empédocle est venue avant (vers 440 a.c.) le tableau "scientifique" des 64 éléments de Mendéléev (1869) !

On peut envisager la chronologie suivante, au cours du lent processus d'hominisation, puis au cours de l'évolution du genre Homo. Il y eut d'abord la Technique (invention de l'outil) et la Magie (qui ne sont pas distinctes au début), puis l'invention de la Musique et de la Danse, du Langage, des Mythes, de la Poésie. Il paraît difficile de nier qu'il a fallu disposer du langage avant de produire de la poésie.

Puis apparaît la Littérature, dont la Poésie est le composant principal (il est bien connu que, chez les peuples ayant accédé à l'expression littéraire, la versification a précédé la prose), puis apparaît l'Organisation politique, puis viennent les Religions (développement de certains mythes), puis le Calcul (sous la forme rudimentaire de la comptabilité), puis la Philosophie, puis la Logique, puis la Science, puis la Technologie, puis la Prise de conscience de la finitude de l'Homme (Martin Heidegger).

Ces productions, où l'on trouve de l'admirable et du sublime, vont se dissoudre dans les idéologies terroristes et disparaître : Thanatos est plus fort qu'Eros, et la haine et la destruction sont accessibles par tous les hommes, alors que la recherche et la construction ne sont le fait que d'individus trop rares. La Civilisation (Technique + Poésie + Philosophie + Science) est mortelle.

Beaucoup des inventeurs de ces productions sont inconnus, mais l'on sait que la philosophie fut inventée par Thalès, la logique par Aristote, la science par Copernic, Kepler et Galilée.

Une vidéo de l'auteur à la librairie Filigranes, à Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Philosophie et poesie

9 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Poésie

Philosophie et poesie

Hier après-midi, je me suis entretenu en public avec Liza Leyla, poète, sur le thème "Philosophie et poésie", au restaurant Syrtaki à Ixelles (Bruxelles). L'interview a surtout été basé sur les idées développées dans mon livre Une philosophie de la poésie (L'Harmattan, Paris).

Dans cet ouvrage j'analyse la prétention cognitive d'une certaine poésie postmoderne. En effet, depuis Baudelaire et surtout depuis Mallarmé, d'importantes oeuvres poétiques se présentent comme des "recherches" du "sens de la vie", voire même comme des tentatives de dire l'indicible, de percer les mystères de l'existence, de dévoiler le sur-réel plus véridique encore que le réel, bref de révéler la Vérité Ultime et Sublime, inaccessible aux intelligences prosaïques. Par exemple, Baudelaire n'a-t-il pas soutenu que le Poète, "prince des nuées", est seul capable de percevoir comment "les parfums, les couleurs et les sons se répondent" ?

A côté de la science et des religions, la poésie serait ainsi une troisième voie de connaissance, menant l'homme éclairé par les mystérieuses vibrations des voyelles colorées aux savoirs authentiques de l'être et du destin ? C'est à l'épistémologie qu'il appartient de répondre, et il faut déterminer avec rigueur comment se constituent les savoirs, ce qui implique de cerner au plus près les concepts de "savoir", de "vérité", de "religion", de "science". L'Histoire nous paraît éclairante, quand elle nous montre que c'est après l'invention du langage (aux temps préhistoriques) qu'apparaissent les poèmes et les mythes. Ce n'est que bien après cette origine des inquiétudes verbalisées, après que les pouvoirs politiques aient organisé les religions comme soutiens de leur domination, que la philosophie va apparaître et qu'elle donnera naissance à la science, après une gestation qui dura de nombreux siècles.

Alors, la poésie est-elle un moyen admirable et transcendant d'atteindre les vérités, cachées aux esprits grossiers, du monde et de ce que Nietzsche appelait l'arrière-monde ? Ou n'est-elle qu'une piteuse illusion, qu'une pathétique espérance d'accéder à des "vérités" consolantes des révélations décourageantes de la science, qu'une dérisoire mystification ? Trois découvertes scientifiques ont ébranlé la conscience humaniste : Marx (les actions humaines basées sur l'exploitation de l'homme par l'homme), Darwin (l'homme est un animal comme les autres), Freud (le comportement humain dominé par les pulsions sexuelles). Ne supportant pas cette assimilation de l'homme à l'animal, des poètes ont réagi par l'imaginaire et le recours au prestige des Anciens Temps.

J'admire sans réserves la valeur esthétique de la poésie. Je suis moins certain de sa valeur épistémique.

Une vidéo de l'auteur à la librairie Filigranes, à Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Elements de metaphysique

4 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Métaphysique

La métaphysique est l'étude de l'Être en tant qu'être (Aristote : to On è on). Elle est le fondement de la philosophie, et donc de toute science. Depuis 600 avant notre ère jusqu'à nos jours, depuis la parole inaugurale de Thalès de Milet, elle a été développée par quelques dizaines de métaphysiciens. D'après une tradition qui est peut-être légendaire, son nom lui aurait été donné par Andronicos de Rhodes, il y a plus de deux mille ans : méta ta physica.

Les plus anciens exposés de métaphysique (généralement versifiés) étaient intitulés "Péri physéôs". L'Être a reçu, au cours du temps, au gré des divers auteurs, des noms variés, tous synonymes : Nature (Physis), Dieu (Spinoza : deus sive natura), Cosmos, Monde, Univers, Un (Plotin), Tout, Totalité, Réel, Vrai. Pour ma part, j'utilise volontiers le terme "Ce qui existe vraiment". Cette dénomination peut sembler tautologique, l'Être étant déterminé par l'existence, mais elle possède l'avantage de cerner le concept d'être ou d'existence par les sensations du vécu (de l'existence au sens de l'existentialisme), et dès lors d'être accessible même aux non-philosophes. Quiconque peut facilement former l'idée de "tout ce qui existe", même si l'approfondissement du sens de cette expression conduit à des abîmes de difficultés !

La principale difficulté de la métaphysique est de nature épistémologique : d'où vient que l'homme admet l'existence de certains objets (cet arbre fait partie de l'Être) et refuse l'existence à certains autres objets (les cercles carrés n'existent pas, ne font pas partie de l'Être) ? La question, qui ne peut s'exprimer qu'à l'aide du langage, est biaisée par les possibilités mêmes du langage. En effet, celui-ci peut générer des signifiants sans fin, qui désignent ou ne désignent pas des objets du Réel ! C'est ainsi qu'aux premiers temps de l'aventure de l'esprit humain, celui-ci a créé les mythes par nomination de l'inconnu. On peut appeler la métaphysique un effort pour échapper aux séductions des mythes et à la mystification.

Un des points d'achoppement de la métaphysique est ce que j'appelle la "coupure ontologique". L'Être est-il d'un seul tenant (par exemple la substance de Spinoza), ou est-il le lieu d'une scission entre deux domaines radicalement séparés (par exemple le monde sensible distinct du monde des Idées chez Platon). Monisme ou dualisme ? Comme le disait Spinoza : ordo rerum et ordo idearum, qui d'ailleurs unifiait ces deux "ordres" dans le monisme strict d'une substance unique, Natura.

Le monisme ne peut conduire qu'au matérialisme (Démocrite, Epicure, La Mettrie, Marx, Lénine), le solipsisme n'étant pas défendable.

Les dualismes ou idéalismes sont divers, mais peuvent tous être considérés comme des résurgences de l'esprit religieux, qui admet une scission ontologique du Moi (l'âme et le corps) et du Monde (le Ciel et la Terre).

Finalement, la question est : comment le métaphysicien, étant singulier, peut-il espérer atteindre la connaissance de l'Être, totalité universelle ? Et la question subsidiaire : que valent les discours basés sur une métaphysique illusoire ou inconsciente ?

Une vidéo de l'auteur à la librairie Filigranes, à Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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