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Jean C. Baudet

Articles avec #philosophie tag

Philosophie Ouverte dans Facebook

8 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

J’ai créé un groupe dans Facebook, intitulé « Philosophie Ouverte », pour réunir des personnes capables et désireuses de penser par elles-mêmes, c’est-à-dire délivrées de tout embrigadement politique, religieux ou sentimental. Il s’agit de tenter de connaître et de comprendre le monde avant de prétendre le transformer. Le groupe est donc ouvert à toutes les idées, sauf à celles qui se réclament de traditions prétendues « sacrées » ou « évidentes ». Quiconque, philosophe professionnel ou amateur de réflexions, peut facilement s’inscrire ou se désinscrire.

Il est souhaitable que les membres du groupe s’abstiennent de proférer des insultes. Il y a suffisamment d’autres groupes sur Facebook pour cela.

J’entends aussi par ce moyen, bien évidemment, faire connaître, sans le moindre esprit d’endoctrinement, les résultats de mon travail philosophique, basé sur quelques idées que j’ai rassemblées sous le nom d’éditologie.

Une vidéo de l'auteur sur l'histoire de la science :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Mes metiers

5 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Je suis un homme heureux ! Si du moins l’on peut admettre, avec je ne sais plus qui, que le bonheur consiste à avoir fait de sa passion son métier. Et c’est bien mon état, depuis une quinzaine d’années : après avoir exercé quatre professions successivement ou simultanément, je peux enfin consacrer tout mon temps à la recherche philosophique, c’est-à-dire à lire, à écrire (y compris dans ce blog), à essayer de penser et à publier des livres. Je fus professeur de philosophie (au Burundi), biologiste (à la Faculté Agronomique de Gembloux), éditeur (à Bruxelles) et journaliste, et voilà que maintenant je m’adonne à temps plein à la philosophie. Je distingue soigneusement deux métiers, celui de professeur de philosophie (qui essaye de transmettre des savoirs) et celui de philosophe (qui tente de créer des savoirs).

J’ai commencé à m’intéresser à la philosophie à quatorze ans, alors que j’étudiais les « humanités » à l’Athénée de Wavre, en Wallonie. C’est par la lecture de La Nausée de Sartre que j’ai été amené à lire L’Être et le néant, puis à me documenter sur l’existentialisme, la phénoménologie, la psychanalyse, etc. J’étais également très attiré, en ces temps maintenant si lointains, par la physique et la chimie.

Les hasards de la vie ne m’ont pas permis d’être philosophe full time tout au long de mon existence, mais même quand j’exerçai la profession harassante d’éditeur, je réservai toujours un peu de temps pour la pensée (j’ai d’ailleurs, tout en exerçant les métiers d’éditeur et de journaliste, donné un cours de philosophie de la technique dans un programme interuniversitaire du FNRS, de 1985 à 1993, et fait quelques conférences de philosophie à l’ISIB, une école d’ingénieurs à Bruxelles).

Arrivé donc dans ma soixante-douzième année, vivant (modestement) de mes droits d’auteur, je peux me livrer totalement au métier d’essayer de connaître l’Être et de comprendre le Destin. C’est le bonheur, car je ne suis pas obligé de gagner mon pain à la sueur de mon front. Mais ce n’est pas un bonheur sans mélange ! J’éprouve, chaque jour davantage, les douleurs diverses qui accompagnent le vieillissement, et il m’arrive de plus en plus souvent des crises d’angoisse (bien autrement vive que l’angoisse un peu « littéraire » de Roquentin dans La Nausée). Car j’ai acquis une certitude (et c’est peut-être la seule certitude de toute la philosophie), c’est que je vais souffrir de plus en plus, avant de mourir. Et les souffrances de fin de vie sont abjectes. J’ai des lecteurs qui n’acceptent pas certaines de mes thèses, et c’est bien normal. Mes propositions sur l’origine du fait religieux, sur la valeur de la science, sur la distinction entre science et philosophie, sur les rapports entre technique et technologie, sur la portée cognitive de la poésie, etc., trouvent évidemment des contradicteurs, chez les idéalistes plus ou moins spirituels. Mais qui peut nier que je vais souffrir, et même que cette affirmation a une portée universelle ? Car tous les hommes sont, inéluctablement, des êtres-pour-la-souffrance, et je me demande si je vais devenir aveugle, comme Sartre, ou si je vais mourir d’une indigestion, comme La Mettrie, ou d’un cancer, comme Derrida.

En attendant, je suis un homme heureux. Qui sait que ça ne durera plus très longtemps.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Qu'est-ce que la philosophie ?

4 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Qu'est-ce que la philosophie ?

Il est banal de constater que, si les définitions par exemple de l’astronomie ou de l’étruscologie sont « claires et distinctes », et universellement acceptées, la définition de la philosophie donne lieu à des débats interminables. L’astronomie est l’étude des astres, et l’étruscologie est l’étude de l’histoire et de la culture des Etrusques, voilà qui ne soulève aucune polémique. Mais de quoi la philosophie est-elle l’étude ? Et d’ailleurs, est-elle l’étude d’un objet, comme le sont l’astronomie, la chimie, la sociologie ?... On rencontre souvent dans le public l’idée de la philosophie comme attitude, comme comportement face aux aléas de la vie, et le philosophe devient un être d’exception (un sage, voire un gourou) capable de supporter avec abnégation les malheurs de l’existence car, disent les malins, dans l’adversité « il faut être philosophe » ! Il y a aussi les définitions humoristiques, comme quand un tel, refermant un livre de philosophie, déclare que « la philosophie est l’art de dire peu de choses avec beaucoup de mots ». Ce quidam ajoute parfois que, bien au contraire, « la poésie est l’art de dire beaucoup de choses avec peu de mots ». Cela fait sourire, mais ne va pas très loin.

Pour définir la philosophie, c’est-à-dire pour en découvrir l’essence (eidos), il n’y a pas d’autre chemin à emprunter que celui de l’observation et de l’analyse. Il faut observer, c’est-à-dire lire les œuvres des grands philosophes, analyser leurs écrits, et s’efforcer de percevoir ce qu’il y a de commun entre les textes de Heidegger et ceux de Platon, entre les textes de Descartes et de Husserl et ceux d’Aristote et de Hegel. L’on constate alors assez facilement que si les différentes « disciplines » étudient des objets qui sont des parties du Réel (les étoiles, les molécules, les sociétés humaines…), si l’astronomie, la chimie, etc. s’enferment volontairement dans un domaine bien délimité de ce qui existe (les zoologistes n’étudient pas les étoiles), la philosophie, par contre, ne place aucune limite à ses recherches : rien de ce qui existe ne lui est étranger ! C’est ainsi qu’Aristote définissait la philosophie comme étant l’étude de l’Être (to on), ce que l’on peut aussi appeler l’étude de toutes les choses, du Tout, du Monde, de l’Univers, du Cosmos, du Réel, bref c’est l’étude de tout ce qui existe vraiment : le ciel et la terre, les hommes et les femmes, les objets palpables et les idées, et peut-être aussi les esprits, les valeurs et les dieux.

La philosophie, l’étude de Tout (Plotin dira l’étude de l’Un, le Tout étant forcément unique), est ainsi une discipline qui refuse l’enfermement disciplinaire, une recherche « totalitaire » qui semblera hautaine, orgueilleuse, arrogante, car elle ne s’interdit aucune investigation, et même elle prétend soumettre à ses analyses les choses les plus sacrées ou les plus ineffables, que le vulgum pecus croit réservées aux prêtres et aux poètes.

La philosophie est un système de pensée qui apparaît tardivement dans l’histoire des activités intellectuelles, après ces systèmes considérablement plus anciens que sont la littérature, le mythe, la religion. Je ne développerai pas ici le fait que les littératures, les mythes et les religions sont multiples alors qu’il n’y a qu’une philosophie (puisqu’il n’y a qu’un seul Tout). Par contre, la philosophie est antérieure (d’environ deux mille ans) à la science, qui en dérive. La science est, comme la philosophie, l’étude de Tout (subdivisée en domaines : les étoiles, les atomes, les molécules, les sociétés, les cultures…), mais qui se distingue de la philosophie par l’usage méthodique d’une instrumentation qui entraîne la vérifiabilité (analysée comme falsifiabilité par Karl Popper et comme renversement d’obstacles épistémologiques par Gaston Bachelard).

La construction d’une éthique (pour vivre avec sa conscience) et d’une politique (pour vivre avec les autres) nécessite la connaissance de Tout (et donc la philosophie) pour être solidement fondée, car l’ignorance d’une partie du Réel pourrait bien négliger une détermination décisive du comportement humain : les dieux semblent affectionner de rester cachés ! L’éthique et la politique sont donc subalternes par rapport à la philosophie, et c’est pourquoi je les déclare « impossibles ». La philosophie étant inachevée, l’Humanité devra se contenter d’éthiques approximatives, bricolées, changeantes d’une communauté à l’autre, et de politiques relatives, car on ne connaît pas d’absolu (peut-être même n’y en a-t-il pas).

L’absence d’une éthique fondée philosophiquement, et donc universelle, fait – depuis longtemps – le malheur de l’Humanité. Mais c’est peut-être l’honneur des hommes de le savoir, et de se méfier de ceux qui prétendent connaître les valeurs, et qui veulent les imposer par le terrorisme.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Les systemes de pensee

2 Janvier 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Editologie

Les systemes de pensee

L’étude comparative approfondie de l’histoire des systèmes de pensée montre clairement que ceux-ci apparaissent, au cours de l’évolution de l’Humanité, dans un ordre chronologique bien déterminé. Au commencement de la pensée humaine (après l’invention du langage), apparaissent les Littératures, puis les Mythes, puis les Religions. Il s’agit toujours d’élaborer des textes (c’est le fondement même de l’éditologie), c’est-à-dire des séquences de mots : on pense avec les mots. Ces trois systèmes successifs – littéraire, mythique, religieux – naissent au sein de populations ignorant l’écriture, c’est-à-dire aux temps préhistoriques. Il est piquant de devoir admettre qu’il y eut des "écrivains" bien avant l’écriture.

Puis vint le système de pensée que l’on appelle Philosophie, en Grèce, vers 600 avant notre ère. C’est l’avènement de ce que l’on peut aussi appeler la pensée « critique », qui a l’audace inouïe de mettre en doute les traditions de la tribu. Il faudrait approfondir l’idée selon laquelle la philosophie naquit de l’écriture, et plus précisément de l’alphabet (voir la grammatologie de Jacques Derrida), qui permet d’une part l’analyse (éviter les confusions) et d’autre part la transmission et donc le travail dialogique (comparer les avis). Le dialogue (ne serait-ce qu’avec soi-même) est le noyau dur de toute œuvre philosophique.

Enfin vint la Science, cinquième « système de pensée », venu tard, et donc plus complexe et plus sophistiqué que les précédents. Je date symboliquement l’avènement de la science de 1543, quand paraît le livre de Copernic proposant l’héliocentrisme. De même que ma réflexion me conduit à penser que la philosophie est née grâce à l’alphabet, qui est un outil pour penser (c’est-à-dire pour distinguer), mes investigations historiques m’ont incité à voir dans l’instrumentation l’usage d’outils pour découvrir (instruments de mesure, télescopes, microscopes, etc.). C’est l’instrument qui rend la science vérifiable (voir l’épistémologie de Karl Popper).

Il résulte de cette apparition tardive de la science que des productions textuelles comme l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie, la physique, la médecine des Grecs n’appartiennent pas encore à la science telle que définie par l’éditologie (épistémologie historique). Elles constituent une proto-science, qui fait encore partie du système de pensée que j’appelle « philosophie ». Au risque de m’opposer à une tradition universitaire puissante, je considère les mathématiques comme une partie de la philosophie (leur rapport avec la logique, voir Bertrand Russell et Nicolas Bourbaki) et non de la science.

On notera avec intérêt que les systèmes littérature, mythe et religion sont multiples : il y a autant de littératures que de langues (tous les peuples, aussi primitifs soient-ils, se racontent des histoires), et les mythes et religions sont notoirement nombreux. Par contre, la philosophie, et plus encore la science sont unifiées. Elles forment le soubassement intellectuel des pays « industrialisés » comme la Chine ou le Brésil ou l’Inde.

La distinction entre le système « mythe » et le système « religion » est liée à l’inévitable succession des idées. Il faut avoir l’idée que le Soleil est un dieu (mythe) avant d’avoir l’idée qu’il faut rendre un culte au Soleil (religion). Le mythe est de nature individuelle, la religion est de nature sociale (ce qui peut conduire au fanatisme). Il y a des mythes sans religion, il n’y a pas de religion sans mythes…

L’éditologie est un ensemble d’hypothèses, et est donc discutable. Mais je ne suis pas encore arrivé à nier que l’Odyssée soit plus ancienne que la Théorie de la Relativité, ou que le polythéisme sumérien se soit développé avant la parution des dialogues de Platon ou des traités d’Aristote. Et je pense sans réserves que la Relativité ou les Quanta sont plus complexes que l’allégorie de la caverne, ou que le mythe d’Osiris et d’Isis…

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Ecrire et penser

31 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Littérature

Ecrire – je veux dire « publier », écrire pour un public, car je ne compte pas comme « écriture » le simple geste d’aligner des mots dans un cahier destiné au tiroir, activité qui vaut le tricot ou la collection de timbres – écrire, donc, cette pratique qui est une des spécificités de l’animal humain – car les bêtes ni ne pensent, ni n’écrivent – écrire, c’est chercher des lecteurs, c’est espérer fixer l’attention de quelques personnes éventuellement inconnues, c’est vouloir être lu, être compris (pas nécessairement être approuvé), et peut-être même que c’est espérer d’être aimé. Et selon le niveau d’exigence où l’écrivain situe son œuvre, il attend de susciter l’intérêt des foules ou celle des happy few. Racine et Molière écrivaient pour l’entourage du roi, nos romanciers postmodernes écrivent « pour tout le monde ». Ce n’est pas moins honorable, et Françoise Sagan, Amélie Nothomb ou Marc Levy valent bien Julien Gracq ou Marcel Proust.

Penser, c’est autre chose… Bien sûr, la pensée implique l’écriture, et implique même l’alphabet, car la représentation pictographique ou idéographique des concepts n’est pas suffisamment analytique pour permettre une réflexion soutenue. Avec sa grammatologie, Jacques Derrida a dit des choses fort justes à ce sujet, et ce n’est sans doute pas un hasard si la philosophie est née chez les Grecs, seul peuple de l’Antiquité à disposer d’un alphabet complet, avec consonnes et voyelles.

Je prends évidemment les termes « écriture » et « pensée » dans leur sens le plus profond. On « écrit » pour les autres (pour un public) : c’est la littérature. On « pense » pour soi : c’est la philosophie. Penser (voir Heidegger : Was heist denken ?), c’est bien plus que réfléchir, et l’on n’appelle pas « penser » jouer aux échecs, composer un sonnet, résoudre un système d’équations… De même que l’écriture se définit par l’existence d’un destinataire (d’ailleurs peu déterminé), la pensée se définit par son destinataire, qui est le penseur lui-même. L’écrivain cherche à séduire, à émouvoir, à enchanter, à distraire ses lecteurs, et attend les applaudissements et si possible la bienveillance de la « critique ».

La pensée, c’est-à-dire la philosophie créatrice (enseigner l’histoire de la philosophie n’est pas encore philosopher), c’est chercher le réel absolu, en rapport avec soi. Le philosophe interroge le monde, et s’interroge lui-même. Les religions – qui sont les inverses de la philosophie – interdisent la pensée, elles consistent à préserver et à répandre (éventuellement par la violence) une tradition, qu’il s’agisse de celle fixée dans ses écrits par Confucius, ou de celles de Bouddha ou de Ron Hubbard.

La science, qui est évidemment une activité intellectuelle, et même la plus vaste et la plus élaborée qui soit (la mécanique quantique et la chromodynamique sont autrement complexes que la phénoménologie de Husserl ou que l’existentialisme de Sartre et Beauvoir), n’est pas une pensée, car le chercheur scientifique ne se situe pas lui-même dans le champ de ses investigations. Le religieux « connaît » son destin, inscrit dans des écritures saintes. Le scientifique ne s’intéresse pas à son destin, du moins dans le cadre de ses recherches. Le philosophe essaye, en tentant de dévoiler les déterminations de l’Être, de savoir quel sera son destin et donc quel est le sens de sa vie. Le savant écrit pour la communauté scientifique internationale. L’écrivain écrit pour un public qu’il espère aussi vaste que possible. Le philosophe écrit pour lui-même (« je pense », écrivait Descartes en 1637), et pour le petit nombre de « ceux qui pensent ».

Pour info : https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Histoire, epistemologie, ethique

20 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Ethique, #Histoire

Dans mon livre "Curieuses histoires de la Pensée" (Jourdan, Bruxelles, 601 pages), j'ai étudié l'origine des religions et de la philosophie. A la suite de mes travaux précédents d'épistémologie et d'histoire de la science et de la technique, cela m'a conduit à proposer une théorie de la connaissance, l'éditologie, considérant le savoir comme "édité", c'est-à-dire que l'élaboration de propositions sur le réel est d'ordre social (sémiologique, linguistique...) autant que de nature psychique. Quiconque pense, pense forcément avec les mots de sa tribu, et toute pensée est une réaction émotionnelle à l'hostilité de l'environnement, tant l'environnement "naturel" que la pression sociale. Ainsi le déclenchement de la pensée, chez les hominiens bien avant l'invention du langage, est-il la Peur, à l'origine de l'élaboration noétique de l'idée de Sacré. Ensuite, avec le langage viendront les mythes, puis avec la complexification de l'organisation sociale apparaîtront les religions et la violence (qui est l'essence même du Sacré). Avec l'invention de l'alphabet (voir la grammatologie de Derrida), un petit sous-ensemble de l'Humanité entreprend la critique des traditions religieuses et de l'idée même de Sacré : c'est l'invention de la philosophie, que l'érudition attribue aux Grecs de Milet Thalès et Anaximandre.

Disposant maintenant d'une épistémologie, je suis conduit à adopter une ontologie matérialiste (mais fortement nuancée de scepticisme). Le matérialisme récusant toute idée de "valeur", il me reste la tâche - peut-être impossible - de tenter de construire une éthique, c'est-à-dire des propositions pour "vivre ensemble", qui ne seraient pas les commandements d'un dieu caché. Car certes pour le matérialiste la vie humaine n'a guère plus d'importance que la vie des baleines bleues ou que celle des morpions, mais tout de même chaque homme (et il y en a 7,5 milliards !) a une espérance de vie de plusieurs décennies. Autant les passer dans la joie de vivre, dans le bonheur de la rencontre humaine rebaptisée convivialité. L'homme est une passion inutile. Mais c'est parfois une passion bien agréable.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Tous les hommes sont-ils egaux ?

11 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Tous les hommes sont-ils egaux ?

La recherche philosophique ne peut démarrer qu’à partir d’observations, qu’il s’agisse d’observer le monde qui s’offre en spectacle à l’homme attentif (la philosophie commence par l’étonnement, disait Aristote) ou qu’il s’agisse de s’observer, d’examiner sa conscience comme le proposent par exemple Socrate (« connais-toi toi-même »), ou Descartes (« je pense donc je suis »), ou les phénoménologues, ou les religieux, qui observent « au fond de leur cœur » l’espoir d’un monde meilleur à venir. D’où deux sortes de philosophie : des pensées cosmo-centrées (les « physiciens » de Milet, l’atomisme de Démocrite…) ou des pensées égocentriques, ou du moins anthropocentriques.

Observer le monde, c’est observer l’Histoire, et en particulier c’est étudier l’évolution des systèmes de pensée (histoire des religions, histoire de la philosophie, histoire de la science, histoire de la technologie…). Au risque de se perdre dans l’érudition, car il faut plus qu’une vie d’homme pour examiner les œuvres des fondateurs de mythes et des théologiens, ou des philosophes, ou des chercheurs scientifiques, ou des ingénieurs…

Ainsi, la philosophie est forcément une pensée qui critique toutes les pensées, et qui finit tôt ou tard par se critiquer elle-même. Penser, c’est peser, c’est-à-dire comparer. Et comparer des pensées, c’est comparer des penseurs. Qui fut meilleur dans la recherche des fins dernières : Paul de Tarse ou Mahomet de La Mecque ? Qui fut meilleur dans la recherche de la vérité : Platon d’Athènes ou Aristote de Stagire ? Michel Onfray ou Jean Salem ?

Mais comparer, c’est constater des différences. La pensée critique – aussi appelée intelligence ou raison ou logos (on pense avec des mots) – c’est la discrimination, c’est reconnaître que tous les hommes ne sont pas égaux. Cruelle conclusion de l’examen de l’Histoire, qui s’impose à la raison mais qui heurte et scandalise le cœur ! Voilà ce qu’on appelle « penser ». J’ai étudié les philosophes, les physiciens et les chimistes, les « intellectuels français », les « ingénieurs belges », et même les « grands cuisiniers » (dans mon Histoire de la cuisine, Jourdan, Bruxelles). Qui oserait affirmer que « tous les intellectuels se valent », et qu’Eric Zemmour vaut Jean-Paul Sartre, ou que Natacha Polony vaut Simone de Beauvoir ?

Pour info :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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La pensee empiricale de Jean-Pierre Jameux

7 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

J’ai lu avec un très grand plaisir le dernier livre du philosophe français Jean-Pierre Jameux : Réflexions sur la réalité en philosophie (L’Harmattan, Paris, 154 pages). Cet ouvrage développe, en quatre « réflexions », une critique serrée de la tradition dominante en philosophie (au moins depuis Parménide, qui ne parvint pas à sortir des apories de l’être et du néant) qui consiste en somme à ne pas prendre la réalité brute au sérieux. Obnubilés par le dualisme du moi et du non-moi, nombreux en effet furent les philosophes qui théorisèrent une dichotomie de l’Être, ainsi Platon (le monde sensible et le monde des Idées), Descartes (l’étendue et la pensée), Kant (le phénomène et le noumène), Husserl (la conscience et les essences)… « nous sommes toujours incapables de choisir entre d’un côté notre pensée et de l’autre côté le monde » (p. 5).

Reprenant une remarque déjà faite par Gaston Bachelard (Le nouvel esprit scientifique, 1934), Jameux observe que l’esprit moderne associe deux attitudes philosophiques contradictoires, le rationalisme et le réalisme, dans un tiraillement conceptuel qui obscurcit la recherche de l’Être. Et l’auteur s’interroge : « n’y aurait-il pas une identité ou un originaire plus profond entre le rationalisme moderne transcendantal et le réalisme classique d’une chose en soi donnée soit par les idées ou soit par la quiddité ? » (p. 6). Et ce tiraillement est la cause de « l’étrangeté que revêtent nos réflexions sur la réalité ». Celle-ci est plus ou moins niée, et de nombreux philosophes dénoncent comme un « réalisme vulgaire », comme une « croyance naïve », l’idée du simple bon sens que les objets qui nous entourent existent vraiment. Je pense ici à la très pertinente critique de l’idéalisme par Lénine dans son grand livre Matérialisme et empirocriticisme (1909). Le rejet de la réalité conduit au solipsisme de George Berkeley, ou à des ontologies fantasmagoriques : les monades de Leibniz, l’esprit dialectique de Hegel, etc.

Le travail de Jameux est largement basé sur une critique du cogito, qu’il renverse résolument. Ce n’est pas parce que je pense que je suis, mais c’est parce que je suis (une chose) que je pense : sum res ergo sum (p. 23). Et de développer une épistémologie et une ontologie « empiricales » qui s’opposent à la pensée transcendantale dominante. La pensée empiricale est basée sur ce que Jameux appelle l’a-cogito : il s’agit d’atteindre l’essence des choses par l’observation directe des choses elles-mêmes et non par la pensée qui introduit des présuppositions parasites. Malgré les apparences, nous sommes à l’opposé de la phénoménologie husserlienne. L’apodicticité de « je suis une chose », et de « il y a des choses », permet de fonder une ontologie partant des choses (évidentes, vécues) et non d’un « esprit » fantasmé. L’appréhension directe du monde est possible dans sa réalité dévoilée par les faits. Encore faut-il, nous prévient Jameux, distinguer les « faits bruts » et les « faits construits ». En somme, tant les empiristes que les rationalistes passent par la conscience pour comprendre le monde, ce qui revient (de Descartes à Deleuze) à admettre le primat de la conscience, c’est-à-dire à faire naître le monde des « esprits ».

L’analyse de Jameux ne va pas jusque là, mais nous pouvons aller plus loin dans la critique de la pensée transcendantale. Il me semble que celle-ci est une rémanence (éventuellement inconsciente) de la pensée archaïque qui sépare résolument le monde en un domaine sacré (à l’origine de l’idée de « spirituel ») et un domaine profane, ce qui est une projection ontologique de l’expérience commune d’une existence corporelle « doublée » d’une existence intellectuelle : les pensées, les mots, les rêves…

La pensée empiricale, c’est donc voir les choses comme elles sont, et éviter de faire du monde une projection des désirs, des espoirs et des émotions de « l’esprit humain ». Pour nous, c’est un fondement du matérialisme, auquel notre propre réflexion a abouti par la considération du primat de la Technique, autre manière d’accepter la réalité des choses. Et je suis pleinement d’accord avec la conclusion de Jean-Pierre Jameux : « nous ne devrons jamais oublier, au cours de nos réflexions futures en épistémologie et sur la question de l’être, de suivre pas à pas le réel » (p. 149).

Pour info :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Pour ou contre l'humanisme ?

6 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Humanisme

Si l’on accepte l’humanisme, c’est-à-dire la vénération de l’humain, il faut bien attribuer une certaine « valeur » à tous les hommes, y compris les plus misérables. On peut même aller jusqu’à prétendre, nonobstant les spectacles décourageants de l’Actualité et de l’Histoire, que « tous les hommes se valent », et que donc « tous les hommes sont égaux ». Je dois avouer que j’ai du mal à accepter une telle affirmation péremptoire, mais il est vrai que je ne suis pas humaniste. J’ai la faiblesse (ou la lucidité ?) de ne pas égaler Joseph Jongen à Ludwig van Beethoven, et de ne pas mettre dans le même rayon Léon Ollé-Laprune et Arthur Schopenhauer (ou Alain Badiou et Gaston Bachelard)… Mais si j’arrive, quoique difficilement, à admettre, pour devenir politiquement correct, que tous les hommes, malgré leurs évidentes différences génétiques, morphologiques, psychologiques, linguistiques et culturelles, ont la même valeur, je ne peux pas me résoudre à admettre que toutes leurs idées se valent ! Le spectacle bariolé, pittoresque et passionnant de l’histoire des mythes et des religions, de l’histoire de la philosophie et des idéologies, de l’histoire de la science, montre à l’évidence, avec mille et mille exemples, que toutes les idées que produit l’esprit humain (ou qu’élaborent les réseaux neuronaux du système nerveux des hommes et des femmes) correspondent à toute la gamme qui va de l’abjection ou de la sottise au remarquable et au sublime. Si tous les hommes se valent, toutes leurs idées ne se valent pas ! Et il y a loin des mythes et des anathèmes de la pensée archaïque aux théorèmes (et aux blasphèmes) de la modernité.

Mais alors, si toutes les idées ne se valent pas, s’il y a par exemple progression du géocentrisme des Anciens à l’héliocentrisme des Modernes, il faut avoir le courage de comparer les systèmes de pensée, de ne pas faire d’amalgames, et d’oser la discrimination. Du courage ? Certes, il en faut pour penser (penser, c’est reconnaître les différences) parmi les foules soumises aux traditions, plus ou moins « sacrées », et qui vont jusqu'au terrorisme pour imposer leurs idées. Il faut par exemple oser comparer les religions, et déterminer celles qui sont le plus archaïques. Car si l’humanisme est l’honneur de l’esprit humain, si la grandeur de l’homme réside dans sa pensée, encore faut-il ne pas penser n’importe quoi ! Penser, c’est distinguer et choisir.

Pour info :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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La philosophie : recherche de l'Etre

20 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

La philosophie n'est pas une simple soif de connaître, comme la botanique qui a l'ambition de déterminer la diversité végétale, ou comme l'astronomie qui compte les étoiles. Car à quoi bon connaître le nombre des galaxies ? La philosophie n'est pas une occupation, un passe-temps, une "discipline" comme le droit pénal ou l'entomologie. Elle est une question de vie ou de mort, c'est-à-dire de plaisir ou de malheur, et les Grands Anciens avaient raison de la définir comme la recherche du bonheur. Il faut, pour vivre, savoir si la vie vaut la peine d'être vécue, et on ne l'apprend ni en se pliant aux rites et aux mythes d'une tradition, forcément relative et disqualifiée par son historicité, ni en se fiant à des intuitions qui, fruits de l'imagination et de l'émotion, ont toutes les chances d'être des ruses de l'instinct vital. Doutant des traditions de la société dont il fait partie comme des sentiments qui lui viennent d'un corps poussé à persévérer dans l'existence, le philosophe cherche à connaître l'à-venir de cette existence, et très concrètement s'il va souffrir avant la mort (la réponse est manifestement oui) et après la mort (c'est ici que tenter de répondre conduit à des abîmes de difficultés).

Pour connaître l'à-venir, c'est-à-dire la condition humaine, les aléas probables de l'existence, il faut à l'évidence connaître tout ce qui existe vraiment, puisqu'un "aléa" ne peut provenir que de ce qui existe, de l'Être. Il faut admettre comme base de la réflexion cette évidence de la vie quotidienne : tout ce qui arrive à l'homme, plaisir ou souffrance, a son origine dans un extérieur au "moi", il peut s'agir du corps même (c'est le domaine de la médecine) ou des innombrables "choses". Depuis Aristote, la philosophie (étude de l'Être) se subdivise en ontologie (étude de l'Être en tant qu'être), cosmologie (l'Être en tant que monde), anthropologie (l'Être en tant qu'homme), théologie (l'Être en tant que source - réelle ou illusoire ? - des traditions religieuses).

Le premier texte nous étant parvenu tentant une étude de l'Être est le Péri physéôs de Parménide d'Elée (vers 475 a.c.), dans lequel l'auteur réfléchit aux rapports entre être et néant (non-être) et arrive à la conclusion que l'Être (le Réel) est rationnel, connaissable par la raison humaine, et qu'il est inengendré, immuable, impérissable, immobile, sans vides et homogène. Ce résultat du "rationalisme", manifestement contraire à l'expérience, montre l'insuffisance du travail logique (logos : raison) pour connaître les choses. Ce sera Aristote, un siècle plus tard, qui montrera que la connaissance de l'Être nécessite que le raisonnement soit basé sur des observations (empirisme).

Depuis les Grecs, la réflexion philosophique est basée sur la dualité du moi et du non-moi, du sujet et de l'objet, de la conscience et du réel extérieur à la conscience (les réalités mondaines). Cette "scission dans l'Être" semble incontournable, et correspond à une opposition radicale entre une recherche qui part de l'objet (les physiciens de Milet, les atomistes, Aristote, les épicuriens, etc.), minoritaire dans l'histoire de la philosophie, et une recherche qui commence par une interrogation du moi, qu'il s'agisse de Socrate, de Descartes (cogito, ergo sum), de Kant, de Husserl, etc.

Pour ma part, j'ai entamé ma recherche, à la fin des années 1960, sur la base d'une double constatation : 1° l'oubli de la Technique par la philosophie contemporaine (malgré les travaux de Heidegger, d'ailleurs très ambigus), 2° le primat de la Technique dans le développement de la pensée humaine. La Technique (l'Outil), en effet, apparaît, dans l'histoire des espèces humaines, longtemps avant le Langage et donc la Culture !

L'étude critique des commencements de la Technique m'a montré l'insuffisance des épistémologies idéalistes (Popper, Bachelard, Kuhn...) qui n'ont pas analysé correctement le lien entre Technique et Science. Je rejoignais ainsi l'idée centrale du marxisme, que le moteur de l'Histoire est l'évolution des "moyens de production" (les outils et les machines). J'ai tenté ensuite de relier ce constat du primat de la Technique à une ontologie matérialiste et à une épistémologie néo-scientiste. La Science nous présente l'homme comme un tube digestif formé de cellules douées d'une "volonté" d'existence et de multiplication, accompagné par un réseau de cellules spécialisées dans la coordination intercellulaire (les neurones). Ainsi, l'homme est non seulement un "être-pour-la-mort" (Heidegger), c'est aussi un "être-pour-manger" (c'est-à-dire un animal) et un "être-pour-penser", et notamment pour penser ses souffrances. Cette vision matérialiste et scientiste me conduit à déterminer l'Être comme "totalité des étants" (avec ou sans conscience), dont il faut regarder l'existence et l'évolution comme des données factuelles, qu'il est peut-être vain d'interroger : l'Être est (Parménide) et l'Être devient (Hegel), voilà peut-être l'horizon indépassable de l'ontologie.

Une vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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