Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Jean C. Baudet

Articles avec #philosophie tag

Testament philosophique 7 (sur les religions)

20 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Religion

Mais au fait, qu'est-ce exactement que la philosophie ? C'est un mouvement intellectuel qui refuse d'accepter sans examen libre et approfondi toutes les propositions, d'où qu'elles viennent, en particulier les traditions religieuses. Pour moi, la philosophie est "une tradition qui refuse toutes les traditions". C'est donc le refus d'adhérer sans critique aux affirmations d'un autre, et même en fait à ses propres affirmations. La philosophie, c'est l'esprit critique tous azimuts. N'est donc pas philosophe celui qui adhère à une croyance, quelle qu'elle soit. Depuis ses 2.600 ans d'existence, la philosophie (elle fut inventée par le Grec Thalès, à Milet) n'a pu déboucher que sur le scepticisme, car jusqu'à présent aucun système de pensée n'a pu construire des propositions apodictiques (en dehors de la science, mais la science s'interdit d'explorer le domaine métaphysique).

L'antagonisme entre philosophie (unifiée par son projet critique) et religions (très nombreuses et en conflit) est donc au centre de la préoccupation des philosophes. L'étude des religions est une excellente introduction à l'anthropologie, car elle montre avec constance que la grande majorité des hommes n'arrivent pas à se soustraire aux traditions de leur tribu.

Les données statistiques sont évidemment très imprécises, mais l'on peut admettre comme ordre de grandeur que, sur 7,5 milliards d'êtres humains polluant notre belle planète il y a 2,5 milliards de chrétiens, 1,5 milliards de musulmans, 0,9 milliard d'hindous. Les trois plus "grandes" religions correspondent à 2/3 de l'Humanité. Les autres religions sont très diverses. Les spécialistes estiment qu'il n'y a que 2 % d'athées.

L'étude de l'Histoire et de l'Actualité montre que, de toutes les religions, l'islam est la plus agressive. Son extension, favorisée par des circonstances géopolitiques (de nombreux pays musulmans disposent d'importantes réserves de pétrole), semble inéluctable, à moins d'un sursaut des "intellectuels" qui se prétendent "progressistes". Dont la devise devrait être "liberté, égalité, lucidité".

Lire la suite

Testament philosophique 6 (sur Israel)

17 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Politique

Si je devais me définir, je choisirais une formule très simple, et je dirais que je suis un philosophe « de la simplicité ». J’espère ne pas m’illusionner en pensant que mon expérience intellectuelle me préserve du simplisme (ce n’est évidemment pas la même chose), mais après avoir longuement étudié les grands philosophes (ceux que la tradition universitaire appelle « grands »), je me méfie des sophistications réflexives, et je rejette résolument les textes abstrus, aussi impressionnants soient-ils par leur virtuosité verbale : « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». La phénoménologie, fût-elle transcendantale, ou l’herméneutique, serait-elle même existentielle (et même existentiale), malgré des centaines de livres et de commentaires sur ces livres, ne nous apprend finalement rien d’inébranlable sur le réel et la condition humaine. Les phénoménologues (émules de Husserl) et les herméneutistes (successeurs de Gadamer) ne savent toujours pas si les hommes ont une âme, et si elle est immortelle.

Ainsi, mon épistémologie est-elle d’une simplicité éblouissante ! Je pense en effet que, de tous les discours qui prétendent nous apporter des vérités (poèmes, anathèmes, théorèmes, mythes, « projets de société »…), seuls les discours de la science (physique, biologie, psychologie) nous offrent des propositions vérifiables. C’est aussi simple que cela : une « connaissance » est soit scientifique, et donc vérifiable, soit religieuse, philosophique, idéologique, et invérifiable. Et la vérification des données scientifiques présente un caractère grandiose et spectaculaire qu’il faut être le dernier des sots pour récuser, c’est la technologie. Les équations de Maxwell (physique) sont vérifiées tous les jours par les trains électriques, même s’ils sont en retard, et le plus ordinaire des sectateurs de Mahomet vérifie les lois de la chimie en manipulant des explosifs.

Epistémologie simple, mais pas simpliste. Si je pense que la science est la seule construction de l’Humanité s’approchant de la vérité et si donc je rejette comme douteuses les affirmations des poètes, des prêtres, des législateurs, et même des philosophes, je ne prétends pas que la science soit capable de répondre à toutes les questions. La science « sait » que les protons et les électrons existent, mais elle reste muette quant à l’existence des âmes et des dieux.

La simplicité consiste (et c’est loin d’être simple !) à rechercher, dans un Réel d’une complexité inouïe, les déterminants les plus décisifs, qui constituent le schéma explicatif du phénomène étudié, en séparant l’essentiel de l’accessoire.

Voici par exemple une question géopolitique dont les experts (historiens et politologues) se délectent à détailler les inextricables tenants et aboutissants : le conflit israélo-arabe, et l’antisémitisme qui l’accompagne. Les analyses se contredisent et se superposent, dépensent des trésors de rhétorique pour masquer le mieux possible une position sentimentale pour ou contre les juifs. Les uns évoquent 1948, les autres remontent aux massacres de juifs perpétrés par la secte de Mahomet, au VIIème siècle, et l’on va même jusqu’à l’époque du temple du roi Salomon.

Un peu de réflexion, sans devoir faire appel aux délices de l’érudition, montre une situation simple, dominée par trois données scientifiques aisément vérifiables. 1° géographique : le territoire d’Israël est encerclé de pays arabo-musulmans hostiles, situation dangereuse en cas de conflit armé ; 2° démographique : l’Humanité comporte 1,5 milliard de musulmans et 14 millions de juifs ; 3° historique : de nombreux dirigeants de haut rang de pays musulmans, depuis des décennies, dans des discours officiels largement diffusés, affirment sans ambiguïté leur projet de « détruire Israël et tuer tous les juifs ».

A suivre…

Lire la suite

Testament philosophique 5 (sur l'epistemologie)

15 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Epistémologie

Connaître, c’est toujours observer. Voilà le fondement de ma philosophie. Je dois tenter de l’exprimer clairement, en termes simples, car les questions « existentielles » sont simples, et méritent des réponses sans littérature, sans rhétorique et sans pédanterie. Je répugne à sombrer dans le verbalisme et la logomachie de nombre de philosophes contemporains, souvent acclamés par les modes (existentialisme, structuralisme, nouvelle philosophie…), mais dont le contenu doctrinal est décevant. Que puis-je savoir, que puis-je espérer, que puis-je faire, voilà les trois questions que tout homme sensé se pose. Commençons par la question du savoir, qui est du ressort de la gnoséologie ou épistémologie (termes synonymes, car il n’y a pas différentes sortes de connaissance : on sait ou on ne sait pas).

Mes enquêtes en histoire des systèmes de pensée m’amènent à admettre que tout savoir provient toujours d’une observation, c’est-à-dire d’une orientation de la conscience (le sujet connaissant) vers l’extérieur de la conscience (l’objet à connaître). Malgré d’innombrables méditations sur ce problème de la cognition, je ne parviens pas à sortir du schéma « conscience – connaissance – Être », car ma conscience (et l’intersubjectivité me permet de généraliser : « toute conscience ») est toujours dirigée vers quelque chose qui n’est pas elle, et qui fait partie de l’Être. Tout savoir est forcément une connexion entre un « moi » et un « non-moi ». C’est ce que Husserl, se basant sur la psychologie de Brentano, appelle « intentionnalité ».

Mais l’analyse montre facilement qu’il existe plusieurs modes d’observation. Il y a d’abord l’observation par le truchement des sens (die Sinnlichkeit, « la sensibilité », disait Kant) qui s’interposent entre le sujet et l’objet. C’est la connaissance commune, celle de la vie quotidienne. Je « sais » qu’il y a des nuages parce que ma vue transporte les nuages (l’impression qu’ils produisent) vers mon « esprit ». Tous mes savoirs ordinaires proviennent de ce mécanisme de transmissions, et je « sais », à la suite d’observations innombrables, où se trouvent mes clés, que mon chat dort, etc.

Cette observation, que l’on peut qualifier de naïve, de spontanée, est déjà une possibilité présente chez l’animal, qui « sait » (grâce à l’observation olfactive, auditive, visuelle, tactile ou gustative) distinguer un objet comestible d’un non comestible, etc. L’observation peut conduire à la vérité ou à l’erreur : hallucinations, illusions sensorielles…

J’établis une distinction, étant donné son importance dans l’histoire de la pensée, entre l’observation d’une chose et l’observation d’une chose relative à une autre chose. Je regarde un nuage, et j’acquiers des savoirs sur cet objet. Mais je peux aussi observer un traité de météorologie (lecture, donc vision) ou assister à une conférence sur l’atmosphère (audition), qui me procurent des savoirs sur les nuages (que je ne perçois pas directement). Il faut donc distinguer l’observation sensorielle (empirisme), où les sens séparent le sujet de l’objet, et l’observation traditionnelle (traditionalisme), où je suis informé par le moyen d’une tradition (livres ou enseignement oral). Remarquons que l’observation sensorielle, présente chez l’animal, n’implique qu’un seul sujet. Je suis seul à regarder les nuages, les beaux nuages qui passent, là-bas… Par contre l’observation traditionnelle, inexistante chez l’animal, implique une vie sociale : la tradition se transmet de génération en génération.

Donc, et cela me paraît « clair et distinct », l’homme acquiert des savoirs par l’observation à l’aide de ses sens (et il faut étudier la psychologie pour évaluer la qualité de ces savoirs) ou par l’observation de traditions propres à sa tribu (et il faut étudier l’histoire des différents peuples pour comparer la valeur de leurs savoirs). Ce sont deux manières de connaître que l’on peut appeler « médiates », car elles interposent un moyen (sens ou tradition) entre l’objet et le sujet.

Certains penseurs (par exemple Henri Bergson) ont imaginé la possibilité d’une connaissance « immédiate », c’est-à-dire sans le truchement d’un moyen quelconque entre objet et sujet. La conscience est immédiatement en contact avec le monde, et en particulier avec ces parties de l’Être qui ne sont pas accessibles par les sens, et qui forment un mystérieux domaine que l’on appelle « spirituel » ou « immatériel ». Cette connaissance par observation immédiate, non sensorielle, est appelée « intuition », et serait activée notamment par les mystiques et par certains poètes.

Pendant mes 55 années de tentative de répondre aux questions sur l’être et le néant, sur la vie et la mort, sur le bien et le mal, etc., j’ai rencontré d’innombrables savoirs dont je parvenais à établir l’origine soit sensorielle (je sais qu’il y a des nuages), soit traditionnelle (je sais qu’il y a des gens qui croient qu’il existe des dieux). Mais jamais je n’ai fait l’expérience d’une intuition ! Jamais ma conscience ne fut en contact direct avec des entités extrasensorielles ! Peut-être est-ce une singularité de mon esprit, et sans doute suis-je dépourvu de la capacité intuitive (comme je suis myope, ce qui me rend incapable de voir les objets lointains avec netteté). Ou bien – et mes réflexions me conduisent vers cette idée un peu triste – l’intuition (qui est la source des « croyances ») est une illusion, d’ailleurs fort répandue, et que les religieux appellent la « foi ».

En résumé, je pense qu’il y a deux modes théoriquement possibles de connaissance, médiat (observation par les sens ou imprégnation par les traditions) ou immédiat (intuition, mysticisme). Le premier conduit au système de pensée « STI » (science-technique-industrie), le second au système « Non-STI », ou « culture » : littérature et poésie, mythes, religions, idéologies…

A suivre…

Une vidéo de l'auteur à la librairie Filigranes, à Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Testament philosophique 4 (sur la poesie)

11 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Poésie

Et je continue - c'est le 4ème jour - à réexaminer les moments de ma vie, à étudier mon existence, à observer mon moi, parce que l'étude du moi est le seul chemin qui mène à l'Être, si toutefois l'Être est atteignable. Car c'est le fondement incontournable de la gnoséologie : on ne peut connaître un être qu'à partir de son être, et connaître c'est toujours observer, c'est-à-dire ressentir. C'est ce qu'a découvert Aristote en s'opposant à la théorie de la réminiscence de Platon, et aucun des grands philosophes (Descartes, Locke, Kant, Husserl...) n'a pu le dépasser sur ce point. Quoi qu'on dise, pour qu'il y ait connaissance d'un objet par un sujet, il faut qu'il y ait une connexion entre l'objectif et le subjectif.

Chez les poètes (1999-2012)

C'est en 1999, alors que je travaillais à la construction d'une histoire critique de la science et de la non-science, que je fis la connaissance du poète bruxellois Emile Kesteman (1922-2011). Il avait fondé, en 1982, le Grenier Jane Tony, une espèce de salon littéraire où se réunissaient des poètes. Je dois le confesser, il y avait, parmi les membres du Grenier, plus de Trissotin que de Baudelaire... Tous les samedis, l'après-midi, inspirés ou non selon la saison, les sociétaires du Grenier, sous la présidence aimable et bienveillante de Kesteman, se rassemblaient dans un restaurant grec à Ixelles, le Syrtaki. L'un après l'autre, ils récitaient un ou deux poèmes, qui étaient pour la plupart publiés dans la revue Les Elytres du hanneton. Pendant quelques années, je fréquentai le cénacle d'Emile très régulièrement, et je participai au cérémonial des lectures. C'est ainsi que je publiai quelque 70 poèmes dans Les Elytres. Je rencontrai quelques poètes de qualité, notamment : Jean-Louis Crousse, Gaëtan Faucer, Jacques Goyens, Liza Leyla, Louis Mathoux, Isabelle Fable, Isabelle Bielecki, Marcel Hennart...

Si je me pliai à l'exercice un peu vain de rassembler quelques mots sur une feuille blanche pour évoquer, par anaphores, métaphores et métonymies, des sentiments variés et pour provoquer, chez l'improbable lecteur, des émotions d'enchantement "poétique", et si je me livrai à cet exercice avec assiduité pendant plusieurs années, c'est parce que j'avais rencontré, au Grenier, quelques poètes qui m'expliquèrent, le plus sérieusement du monde, que leur "travail" consistait à chercher "le sens de la vie", à "exprimer l'indicible", et à s'approcher par leur "démarche poétique" de l'ineffable et des vérités inaccessibles aux pauvres ploucs prosaïques qui ne voyaient pas plus loin que le bout de leur nez. Ce fut pour moi une révélation enthousiasmante. J'avais trouvé mon chemin de Damas ! Alors que je croyais, sot que j'étais, qu'il n'y avait que deux systèmes de pensée (la science et les religions), les poètes du Grenier Jane Tony m'apprenaient qu'il y avait une troisième voie de connaissance : la poésie. Le poète plus savant que les hommes de science et mieux inspirés que les religieux ! Toutes mes recherches, qui m'avaient pris tant d'années, s'écroulaient. Je ne devais plus rechercher la vérité chez Darwin et chez Einstein (lamentables ignares ignorant tout de la voie poétique), ni dans les évangiles ou le Coran, mais dans les poèmes des successeurs de Verhaeren et de Maeterlinck. Je me mis fébrilement à me documenter, étudiant pendant des jours et des jours, à la Bibliothèque Royale de Bruxelles, les poèmes (de l'indicible et de l'ineffable) de 1.120 poètes belges, morts ou vivants. Je me mis aussi à lire les historiens de la poésie, les poéticiens et les sémiologues, et je finis par publier le résultat de mes recherches dans le domaine enchanté de la cognition poétique : Une philosophie de la poésie (L'Harmattan, 2006).

Outre mes poèmes publiés dans Les Elytres et dans quelques autres revues littéraires, j'ai produit, en auto-édition à faible tirage, deux recueils de poèmes et un roman poétique (Les mystères de Konioss, 2012). Je mis fin à mon aventure poétique en 2012 : la connaissance par le poème n'est qu'une illusion, ou une supercherie. La poésie enchante (c'est déjà très admirable), et la philosophie fait déchanter, révélant les trucs et les ficelles des faux savoirs. La poésie est un divertissement, qui peut procurer, comme la musique, d'intenses plaisirs, mais qui, hélas, n'ouvre aucune porte sur ce qui existe vraiment.

A suivre...

Lire la suite

Testament philosophique 3

10 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Je poursuis, dans ce troisième billet, mon introspection, mon effort pour faire renaître mon passé dans ma mémoire embuée, l'analyse critique de mon autobiographie, la célébration sublime du grand culte égocentrique, car toute recherche de vérité commence par des questions, et une question est toujours la question de quelqu'un, d'un "moi" ou d'un "je". Ce "quelqu'un" fut d'abord Thalès, à Milet, puis Platon, à Athènes, puis bien d'autres encore, qui dirent solennellement, par un beau soir méditatif (ou peut-être un matin) : "je me demande si...". Philosophie bien ordonnée commence par soi-même. Voici la philosophie d'un "moi", qui est un moi né à Bruxelles, à la rue Haute, en 1944, alors que les soldats anglais et américains débarrassaient le monde du nazisme allemand et du militarisme japonais, en attendant le déploiement de nouvelles horreurs idéologiques.

L'histoire des systèmes de pensée (1997-2015)

En 1997, je termine les démarches exténuantes en vue de la liquidation de mon entreprise d'édition : licenciement du personnel, publications au Moniteur belge, discussions avec les fournisseurs, consultations d'avocats et de comptables... Je ne suis plus le patron de personne, et je vais pouvoir me consacrer à temps plein au travail philosophique. J'ai 53 ans, et il commence à être temps que je sache enfin quelle est la racine de l'Être, s'il possède dix ou douze catégories, ou davantage, et quel est le sens de mon existence, là (à Bruxelles, dans le quartier des pagodes), c'est-à-dire de mon Dasein (Heidegger) ou de ce qui précède mon essence (Sartre). Je n'ai plus mes revues pour m'exprimer, mais en réalité ce n'était pas bien grave, car les nécessités du commerce me censuraient. On ne parle pas de phénoménologie et d'herméneutique à des ingénieurs et à des industriels, qui formaient l'essentiel du lectorat de ma revue Ingénieur et Industrie ! Mais j'avais gagné l'amitié de France Bastia, romancière, et de son époux, André Goosse, grammairien, qui dirigeaient la Revue Générale, et qui m'invitèrent à devenir membre du comité de rédaction de ce périodique - le plus ancien de Belgique, fondé en 1865. J'avais ainsi un lieu pour publier mes articles... Un matérialiste athée plutôt à droite dans l'organe des intellectuels de gauche d'obédience chrétienne !!!

Mon programme, en 1997, était d'une simplicité exemplaire, comportant deux étapes. Primo, étudier de manière critique l'histoire des systèmes de pensée, c'est-à-dire composer une "archéologie des savoirs", comme disait Michel Foucault à la suite des beaux travaux d'épistémologie historique de Gaston Bachelard. Secundo, à partir des résultats de cette vaste enquête (d'où viennent les idées de connaissance, d'être, de matière, de dieux, d'éternité, etc.), tenter de construire une nouvelle philosophie, donc une gnoséologie, une ontologie et une éthique. Je ne me fixais pas de deadline, sachant qu'il me faudrait de nombreuses années pour accomplir un travail si ambitieux. Je me disais d'ailleurs que fort probablement la maladie et la mort m'empêcheraient de répondre à toutes les questions ! Mais est-il besoin d'espérer pour entreprendre ?

L'étude historique des systèmes de pensée comportait, dans mon esprit, deux volets complémentaires : l'histoire de la science, de la technique et de l'industrie (STI) et l'étude de la non-STI, c'est-à-dire des religions, de la philosophie, des idéologies et des "sciences humaines".

Mon "Histoire de la STI" fut achevée en quelques années, et publiée en 9 volumes par Vuibert (Paris) de 2002 à 2009 (plus de trois mille pages). Mon "Histoire de la non-STI" est encore inachevée. Quelques volumes ont été publiés par Jourdan (Bruxelles) et par La Boîte à Pandore (Paris). Quelques résultats épistémologiques découlant de ces recherches ont fait l'objet de trois volumes édités par L'Harmattan (Paris) en 2005 et 2006 : Mathématique et vérité, Le signe de l'humain, Une philosophie de la poésie.

A suivre...

Lire la suite

Testament philosophique 2

9 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

J'ai donc décidé d'entreprendre, ici même, la rédaction, en termes aussi simples que possible, des conclusions auxquelles aboutissent mes travaux. Je ne parlerai pas de mes travaux en biologie végétale (quelques années seulement) représentés par une quinzaine de publications, mais je me bornerai à l'essentiel, qui est une tentative (désespérée ?) de répondre aux grandes questions de la philosophia perennis. Pour ce faire, il me faut revivre les cinquante-cinq dernières années de ma vie et rechercher dans ma mémoire les souvenirs de cette existence, ce qui procure cette tendre et amère émotion que l'on appelle la nostalgie. Je dois m'intéresser à "moi" pour obéir à l'injonction de Socrate ("connais-toi toi-même"), pour tenir compte de la sublime leçon de Descartes (toute philosophie commence par la prise de conscience d'un moi : "je" pense donc "je" suis), et en somme pour l'excellente raison que de tous les hommes ayant pollué la Planète je suis celui dont l'observation m'est la plus commode. Mes nombreux ennemis diront que c'est de l'égoïsme, de la prétention narcissique, de l'arrogance... Qu'ils le disent, car il faut laisser vociférer les imbéciles. Les moins sots seront bien obligés d'admettre que tout travail philosophique sérieux commence par une introspection, c'est-à-dire par un examen de conscience.

Une vie d'éditeur (1978-1997)

J'ai donc lancé la revue Technologia, dédiée à l'histoire de la science et de la technologie, à Ixelles (Bruxelles), en 1978. J'allais être éditeur pendant près de vingt ans. Je quittais le monde suave et confortable de l'enseignement et de la recherche pour la "vraie vie", c'est-à-dire pour une position de chef d'entreprise (une entreprise très modeste), et j'allais apprendre sur le tas l'art difficile de la gestion, que les Américains déclinent en deux mots : management et marketing. Je découvris, dans le concret de contacts avec mes clients, mes fournisseurs et mes employés, quelques principes simples et impitoyables, tels que "on n'a rien pour rien", ou encore "tous les hommes ne sont pas égaux dans le travail", et plus généralement ce que l'on appelle les "lois du marché".

Malgré une substantielle subvention du Ministère belge de l'Education nationale et plusieurs centaines d'abonnés, l'exploitation de Technologia ne dégageait pas un bénéfice satisfaisant et nous cherchâmes, ma femme et moi, d'autres activités d'édition. Grâce à un ami ingénieur, Francis De Ridder, je rencontrai quelques dirigeants d'associations belges d'ingénieurs et, dès 1979, je lançais la Revue de l'Ingénieur industriel, qui était un magazine tiré à plusieurs milliers d'exemplaires. La vente d'espace publicitaire engendra un chiffre d'affaires qui augmenta rapidement. Malgré la crise pétrolière de l'hiver 1973-74, il y avait encore, en Belgique et surtout en Wallonie, un beau paysage industriel, et j'eus parmi mes annonceurs des sociétés comme les ACEC, la MBLE, la SABENA, Cockerill Sambre, toutes entreprises qui ont aujourd'hui disparu. La belle croissance de mon magazine m'incita à adopter une forme juridique, et le 22 juillet 1981 je créais l'APPS, Association pour la Promotion des Publications Scientifiques, avec une juriste, Carla Vanderperren, un écrivain, Bernard Goorden, et un ingénieur, Jacques Dupont. L'APPS publiait régulièrement Technologia et la Revue de l'Ingénieur industriel, mais entamait également l'édition d'ouvrages scientifiques et techniques. Et l'APPS commençait à engager du personnel, en constatant que l'ardeur au travail n'est pas équitablement répartie chez les Belges. En 1987, la Revue changeait de titre et devenait Ingénieur et Industrie. L'aventure de l'APPS se termina en 1997 : l'arrivée d'Internet dans le monde des affaires faisait brutalement chuter la rentabilité de la publicité "papier", du moins pour la publicité industrielle, d'autant plus que la désindustrialisation de la Belgique raréfiait dramatiquement le nombre d'annonceurs potentiels.

Pendant cette période qui va de 1978 à 1997, j'exerçai en fait trois activités, l'édition, le journalisme et la philosophie. En effet, pour diminuer les frais de production, je faisais peu appel à des journalistes, et je rédigeais moi-même de nombreux articles pour former le contenu rédactionnel de mes périodiques (souvent, je signais d'un pseudonyme). C'est ainsi que j'assistai, en Belgique et à l'étranger, à de nombreuses conférences de presse qui me permirent d'acquérir une certaine connaissance des milieux économiques européens. Quand le magazine Ingénieur et Industrie cessa de paraître, sa diffusion avait atteint les 23 mille exemplaires. Il s'agissait de la diffusion effective, régulièrement contrôlée par le CIM, le Centre d'Information des Médias.

Mais je n'oubliais pas la philosophie ! Pendant toutes ces années, je ne cessai pas de méditer les grands problèmes de l'existence des dieux et des hommes, et je me spécialisai - la direction de mes revues me procurait un observatoire privilégié - dans l'étude épistémologique non seulement de la science, mais aussi de la technique et de l'industrie. Au début des années 1980, je proposai deux concepts : "éditologie" (la science est un ensemble de textes édités selon des modalités spécifiques) et "STI" (continuum épistémique science-technique-industrie). En 1985, je commençai à enseigner, tout en continuant à diriger l'APPS, la Philosophie de la technique et l'Histoire de la profession d'ingénieur dans le cadre du Programme inter-universitaire d'Histoire des sciences du FNRS. Je donnai aussi régulièrement des conférences de philosophie dans une école d'ingénieurs, l'Institut Supérieur Industriel de Bruxelles.

A suivre...

Lire la suite

Testament philosophique 1

8 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Voilà que je suis devenu vieux, malade, et très las, et mon oeuvre est inachevée ! J'ai publié une quarantaine de livres, qui sont autant de prolégomènes à la métaphysique future que mon esprit engendre peu à peu - à partir de tant de lectures ! - mais je n'ai plus en moi l'énergie nécessaire pour entreprendre l'opus ultime : l'exposé organisé et clarifié de ce que je pense. Le fameux démon de la perversité me suggère d'ailleurs l'inutilité de cette entreprise. A quoi a servi que Spinoza achève son Ethique, et que ses amis la publient après sa mort ? A quoi sert la recherche de la vérité, quand la majorité des hommes, pourtant munis généralement d'une cervelle, se complaisent dans les phantasmes de l'espérance et de l'imagination, et trouvent commode le slogan débile "à chacun sa vérité" ?

Eléments d'autobiographie (1944-1978)

Je vais donc, tant que je peux, livrer aux visiteurs de ce blog mes ultimes réflexions, qui auraient pu faire un dernier livre, en me méfiant des tentations ridicules et trompeuses de la littérature et, pis encore, de la logomachie prétentieuse et vaine des cuistres. Je le pensais déjà à vingt ans, je le pense encore cinquante années plus tard : on pense avec des mots, mais il ne suffit pas d'accoler des mots rares (voire des néologismes) pour bien penser.

J'ai commencé à penser à l'âge de quinze ans, quand je n'étais encore qu'un écolier à l'Athénée d'Ixelles, en région bruxelloise. Le professeur de morale, Pierre Le Grève (1916-2004), un pittoresque marxiste anti-stalinien, initiait ses élèves aux grandes idées de la philosophie, et je me souviens encore, comme si c'était hier, du plaisir intense que je pris à l'écouter exposer l'allégorie de la caverne de Platon, et de l'enthousiasme qui me bouleversait quand il comparaît avec finesse l'épicurisme et le stoïcisme. Le bruit courait que notre professeur prenait de grandes libertés avec le programme officiel, et qu'il enseignait des matières un peu trop avancées pour des galopins en classe de poésie ou de rhétorique, comme on disait à l'époque. Je me souviens également des cours passionnants de Maurice-Jean Lefèbve (1916-1981), qui enseignait la littérature française. Je me revois encore, avec une étonnante précision après toutes ces années, alors qu'il expliquait le Discours de la méthode, dialoguant avec lui au sujet du cogito cartésien.

Après mes études supérieures, je fus nommé, en 1968, professeur de philosophie au Burundi, dans le cadre de l'assistance technique belge aux pays sous-développés. J'enseignai pendant cinq ans (cinq belles années), jusqu'à ce que les relations diplomatiques s'enveniment entre le royaume de Belgique et le Burundi. Mon poste fut supprimé, et ma carrière d'enseignant prenait déjà fin ! Je me mis à exercer divers métiers, tout en continuant à consacrer mes loisirs à la réflexion philosophique. C'est ainsi que je fus botaniste au Congo ex-belge, puis chercheur en biologie à la Faculté Agronomique de Gembloux et à l'Université de Paris-VI, puis éditeur, puis journaliste. Je revins d'ailleurs à l'enseignement en 1985. Je donnai, pendant huit ans, deux cours dans le cadre du Programme inter-universitaire d'enseignement de 3ème cycle d'Histoire des sciences du FNRS (Fonds National belge pour la Recherche Scientifique). J'enseignais la Philosophie de la technique et l'Histoire de la profession d'ingénieur.

En 1978, alors que j'étais encore penché sur mes microscopes à la Faculté de Gembloux, je décidai de mettre fin à mes recherches sur la taxonomie et la génétique des plantes vivrières (légumineuses et graminées), pour revenir autant que possible au travail philosophique. Je fondai, avec ma femme Marianne Allard, une maison d'édition sise au 51 de la rue du Mail, à Ixelles, qui était mon domicile. Nous lançâmes une revue, Technologia, dont j'espérais faire un support pour mes recherches philosophiques. Mais de mes contacts avec les milieux universitaires belges il apparut qu'il serait plus rentable de consacrer la revue à l'histoire qu'à la philosophie, pour la raison simple (et désolante) que le Belge cultivé (il y en a) s'intéresse davantage aux faits concrets de l'histoire qu'aux réflexions abstraites de la philosophie. Ma revue fut donc dédiée à "l'histoire des sciences et de la technologie", d'où son titre. Elle cessa de paraître en 1989, en ayant été pendant quelques années la seule revue belge consacrée à l'histoire des sciences.

Mon idée de lancer un périodique d'histoire des sciences résulte principalement de trois lectures : Gaston Bachelard, Michel Foucault et George Sarton.

A suivre...

Lire la suite

La philosophie et les sciences humaines

6 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Il ne faut pas confondre la philosophie et les sciences humaines. Le philosophe, d’une part, le psychologue, le linguiste, le sociologue, d’autre part, ne travaillent pas dans le même champ. Les sciences humaines se définissent par leur méthode (la méthode « scientifique ») et par leur objet : l’existence humaine terrestre, ce que l’on appelle aussi la « condition humaine ». Les sciences humaines donnent des limites à leurs recherches, se bornant à l’observable : les maladies mentales, les croyances religieuses, les productions textuelles, les organisations politiques, les échanges économiques, etc. Par contre, la philosophie n’a pas de méthode arrêtée – elle est en perpétuelle quête de moyens de connaissance – et son objet est l’existence humaine (le Dasein de Heidegger) sans limite d’horizon. Pour reprendre le vocabulaire heideggérien, les sciences psychosociales étudient les hommes en tant qu’étants, la philosophie étudie l’être des hommes. La dialectique de Hegel, la psychanalyse de Freud, la phénoménologie de Husserl, l’analytique existentiale de Heidegger, l’ontologie phénoménologique de Sartre, l’herméneutique transcendantale de Gadamer, la déconstruction et la grammatologie de Derrida (mais il ne s’agit peut-être que de philologie et de critique littéraire), l’archéologie des systèmes de pensée de Foucault (et l’éditologie qui s’y rattache par certains aspects), la prospection du plan d’immanence de Deleuze, sont autant de tentatives récentes pour construire de nouveaux chemins vers l’Être inaccessible par la méthode expérimentale (observation et réflexion). Chemins qui jusqu’à présent, selon un titre de Heidegger, n’ont « mené nulle part ». Car malgré deux siècles depuis la dissection dialectique de l’Esprit (Geist) par Hegel et ses émules, malgré un siècle de travaux exténuants pour arriver à dévoiler l’Être (Sein) par Heidegger et ses disciples, nous ne savons toujours pas si l’homme est autre chose qu’une « passion inutile » (Sartre), et si les hommes connaîtront une vie – délimitée ou éternelle – après leur mort.

Une vidéo de l'auteur à la librairie Filigranes, à Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Technique et ontologie

23 Septembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Technique

Technique et ontologie

On ne peut espérer réaliser le projet ontologique, c'est-à-dire la détermination de l'Être, que grâce au recours aux facultés cognitives de l'instance désignée par "on", formulation prudente pour dire le "moi" du philosophe, de son "esprit", puisqu'aussi bien le projet de connaître l'Être n'a de sens que s'il permet d'évaluer l'impact des propriétés de l'Être sur le futur du moi, futur qui se présente comme un paysage inconnu, inexploré, à découvrir, dont l'horizon cache toujours, malgré les progrès de l'esprit humain, un à-venir redouté. Depuis maintenant un peu plus de deux siècles, depuis les résultats navrants de la critique (Kant) qui situent désespérément le sujet à l'intérieur même de l'objet (et c'est plus qu'une intériorité topologique, c'est une appartenance consubstantielle, car il paraît difficile de soutenir que le sujet n'a pas sa source dans l'objet), la connaissance de l'Être est admise comme impossible, alors même que l'Histoire montre des territoires toujours plus vastes et plus profonds de l'Être soumis à la pénétration opérative de l'esprit de l'homme, qui par la Technique se soumet aux déterminations perçues et en reçoit en retour des effets prouvant l'adéquation de plus en plus parfaite des actions techniciennes et des résultats.

Il est vrai que la Technique n'atteint qu'une partie de l'Être, et que cette partie est peut-être, par on ne sait quel maléfice, justement la partie la moins significative des choses existant réellement (y compris leur source originaire). Il faut toutefois noter que cette partie de l'Être efficacement atteinte par la Technique correspond à de nombreux soucis non seulement de l'homme ordinaire des foules, mais aussi de l'intelligentsia la mieux éduquée. Reste que le choix ontologique (monisme ou dualisme) est à la fois impossible dans l'absolu et fortement éclairé par l'efficience technicienne. Le monde perçu (et maîtrisé par la Technique, justement parce qu'il est perceptible, qu'il donne prise aux stratégies de l'esprit) est certes étrange, jusqu'à l'absurde, mais n'en présente pas moins des cohérences qu'une herméneutique subtile doit reconnaître comme autant de signes. Et de quoi la Technique est-elle le signe ?

Lire la suite

Heidegger et l'oubli de l'Etre

17 Septembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Que veut dire Heidegger avec « l’oubli de l’être » ou, mieux, « l’oubli de la question de l’être », et pourquoi ne l’a-t-il pas dit clairement, comme on définit de manière univoque et compréhensible tout étant ? Parce que, justement, Heidegger a découvert la différence radicale entre l’être et les étants, entre les choses et la source jaillissante qui donne l’être aux choses qu’il appelle « étants », puisqu’elles sont, en effet. Le terme « être » renvoie à un concept plurivoque, et il faut (au moins) distinguer « l’ensemble des choses » et « l’origine de l’ensemble des choses ». Mais était-ce vraiment oublié, comme le prétend Heidegger, par Platon, par Aristote, et dès lors par toute la métaphysique occidentale ? L’ « être en tant qu’être » d’Aristote (to on è on) est-il vraiment de moindre qualité philosophique que le « Sein » de Heidegger, ou que la physis des philosophes présocratiques, qu’il admire tant ? Ou bien toute tentative d’explicitation de l’oubli de l’être serait-elle vouée à l’échec, par nature même de cet oubli, et le philosophe allemand refuse-t-il l’emploi de mots trop simples pour expliquer une conception trop complexe, trop mystérieuse, trop impénétrable, inaccessible à l’esprit humain, et faut-il parler de l’être (et a fortiori de l’oubli de l’être) en évitant la simplicité, qui enlèverait l’aura de « profondeur » (inaccessible aux hommes vulgaires non philosophes) à l’être, à propos duquel « il faut se taire », et l’être dans son acception heideggérienne devient-il alors comme les dieux auréolés de mystère des devins et des théologiens, dont on ne parle qu’en chuchotant ?

Les mots de la tribu sont-ils insuffisants pour dire aux hommes qu’il y a des choses, que ces choses « existent », et qu’on ne sait ni comment ni pourquoi ? Et d’ailleurs, comment Heidegger sait-il que l’être est « voilé », et que vaut le dévoilement qu’il nous propose, et qui est l’Art et la Poésie, autrement dit l’imagination inspirée, autant dire la révélation par une entité invisible – ce que les penseurs moins avancés que Heidegger appellent un ange ou un dieu ? Heidegger et ses émules disséquant le Dasein (l’être capable de poser la question de l’être) ou Aristote et ses successeurs observant la « nature » (un ersatz de l’être) : qui a raison ?

Heidegger, dans une œuvre abondante et superbe, ne pose-t-il pas, au fond, la question fondamentale de l’opposition entre le matérialisme et les idéalismes, entre une pensée qui ne trouve le « spirituel » nulle part et une conception qui invente des dieux et des valeurs (des êtres mystérieux) pour répondre aux angoisses de l’ignorance, non pas de ce qui est, mais de ce qui va advenir ? Car que révèle le « dévoilement de l’être », sinon des souffrances inéluctables qui, quoi qu’on fasse, finissent par nous assaillir ? Heidegger use d’un euphémisme pour définir l’homme un « être-pour-la-mort », c’est « être-pour-souffrir » qu’il fallait dire.

Heidegger en arrive à opposer l’Art et la Technique. Ici, je le rejoins tout à fait, avec ma propre terminologie, quand j’oppose la Culture à la STI (science-technique-industrie). Ce sont bien deux modes d’être pour le Dasein. Mais je pense – vilipendé, bien sûr, par tous les croyants, plus ou moins heideggériens – que l’Art est une illusion, un divertissement qui nous fait oublier l’être, et que c’est la Technique qui nous dévoile l’être, dans sa hideuse réalité. L’homme a beau passer sa vie au concert, au musée ou au bordel, il finit toujours dans un cercueil, après une agonie plus ou moins longue. Platon, Aristote et Heidegger sont morts.

Une vidéo de l'auteur à la librairie Filigranes, à Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>