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Jean C. Baudet

Articles avec #physique tag

Sur les ondes gravitationnelles

13 Février 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Physique

Sur les ondes gravitationnelles

Pendant que les philosophes, généralement solitaires, se morfondent de ne pas arriver à cerner les déterminations de l’Être, les scientifiques, associés en équipes parfois très nombreuses, continuent d’explorer l’Univers avec enthousiasme. Avant-hier, à Washington, la NSF (National Science Foundation des USA) annonçait, lors d’une conférence de presse, une découverte décisive et même vraiment sensationnelle. Une équipe de chercheurs et d’ingénieurs avait pu démontrer l’existence d’ondes gravitationnelles. Ces ondes avaient été prédites par Einstein en 1916 et décrites théoriquement dans un article de 1918 : « Über Gravitationswellen » (Sitzungsberichte der Preussischen Akademie der Wissenschaften, pages 154-167). On sait que l’inventeur de la Théorie de la Relativité a fait diverses prédictions (augmentation de masse des électrons accélérés, inertie de l’énergie, photons, laser, déviation de la lumière par les étoiles, mouvements du périhélie de la planète Mercure…). Toutes ces prévisions ont été expérimentalement vérifiées, et la dernière, celle des ondes de gravitation, vient de l’être : c’est ce qu’a annoncé la NSF, cent ans après la réflexion (géniale) d’Einstein. Voir, sur Einstein et la Relativité, mon livre Histoire de la physique, Vuibert, Paris.

Je n’ai pas la place, dans cette chronique, pour expliquer dans le détail ce que sont ces fameuses ondes. Je voudrais simplement montrer, sur cet exemple, comment les idées des scientifiques s’enchaînent et progressent, contrairement à celles des philosophes qui s’opposent et stagnent…

Après l’hypothèse héliocentrique du Polonais Copernic (1543), l’Allemand Kepler découvre les lois des mouvements des planètes et l’Italien Galilée découvre celles de la chute des corps. En 1687, l’Anglais Newton réalise une magistrale synthèse entre les lois de Kepler et de Galilée, et découvre ainsi la gravitation universelle. Deux masses s’attirent par l’effet d’une force de gravité. En 1865, l’Anglais Maxwell émet l’hypothèse de l’existence d’ondes électromagnétiques (qui seront découvertes en 1888 par l’Allemand Hertz). Au début du XXème siècle, les physiciens arrivent à comprendre que l’attraction entre deux charges électriques est due à ces ondes de Maxwell, et établissent notamment qu’une charge électrique accélérée émet un rayonnement d’ondes électromagnétiques. En 1905, Einstein élabore la Théorie de la Relativité restreinte. Les années suivantes, il la généralise et développe la Théorie de la Relativité générale. Dans ce cadre théorique qui utilise notamment les ressources de l’analyse tensorielle, Einstein propose une solution au problème qui intriguait déjà Newton : comment la force de gravité se transmet-elle du corps attirant au corps attiré ? Idée simple : puisque la force électrique se transporte par les ondes de Maxwell, la force gravifique doit se transporter par d’autres ondes, encore à découvrir.

Le problème, c’est que les calculs montrent que les ondes d’Einstein doivent être extrêmement plus faibles que les ondes de Maxwell, et donc leur détection est très difficile. Pour produire des ondes gravitationnelles détectables, il faut accélérer des masses plus grandes que la masse du Soleil ! En 2015, au LIGO (Laser Interferometer Gravitational-wave Observatory, fondé en 1992 et divisé en deux sites aux USA éloignés de trois mille kilomètres), une grande équipe américano-européenne parvient à détecter les ondes de gravité émises par la fusion de deux trous noirs, événement qui a eu lieu, bien loin d’ici, il y a plus d’un milliard d’années. Une fois de plus, Einstein avait raison. Hier, un article de 16 pages, signé par des dizaines de physiciens, paraît dans les Physical Review Letters : « Observation of gravitational waves from a binary black hole merger ».

Voilà une goutte de lumière dans un océan de malheur : Scientia vincere tenebras ? Comme je voudrais y croire ! Pendant que les philosophes s’opposent férocement entre idéalistes et matérialistes, comme je souhaite que, partout dans le monde, la science et l’éducation parviennent à vaincre les ténèbres, c’est-à-dire la superstition, l’obscurantisme, le fanatisme, les slogans simplistes et les activismes stériles. Mais ce n’est pas si simple. Le LIGO a coûté des centaines de millions de dollars. Produits par le capitalisme US.

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Histoire de la physique

1 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Physique, #Histoire

Histoire de la physique

La Physique est la plus formidable, la plus extraordinaire, la plus impressionnante réalisation de l'esprit humain. Non seulement elle rassemble dans un discours hautement sophistiqué (faisant appel au langage mathématique) d'innombrables savoirs vérifiés, mais elle fournit une description opératoire de l'Univers, jusque dans l'explication de ces phénomènes étonnants que sont la Vie et la Pensée, et elle est à l'origine de la Technologie.

La Physique est ainsi une source de réflexion incontournable pour le philosophe, dont les hypothèses épistémologiques doivent tenir compte des succès des physiciens. Pour comprendre comment la Physique "fonctionne", comment elle a été construite dans un mouvement de haute pensée multiséculaire, j'ai entrepris il y a quelques années l'étude critique de l'histoire de la Physique, véritable "noyau dur" de la Science. Soit dit en passant, c'est peut-être parce que Husserl a pris la Mathématique plutôt que la Physique comme point de départ de sa réflexion que la phénoménologie s'est enlisée dans le verbalisme et la logomachie.

J'ai donc publié, chez Vuibert (Paris), une histoire de la Physique en deux volumes (avant et après 1900) : Penser le monde (2006, 287 pages), Expliquer l'Univers (2008, 427 p.). Tout récemment, j'ai publié une nouvelle version de ce travail : Histoire de la Physique (Vuibert, 2015, 333 p.). Il s'agissait, en débarrassant mon exposé de détails dont seuls les spécialistes peuvent tirer profit, de faire apparaître le plus clairement possible le cheminement intellectuel des physiciens, et de mettre en évidence les particularités de l'esprit scientifique. Comment les hypothèses se forment, comment elles sont vérifiées ou rejetées, comment les théories se construisent, depuis l'encore naïve théorie des quatre éléments (de Thalès à Empédocle et Platon) jusqu'aux somptueuses doctrines en accord avec l'expérience que sont la Relativité, les Quanta, la Chromodynamique (particules élémentaires), l'Expansion de l'Univers... La Physique se révèle être la composante la plus solide (en 2015...) de la Civilisation, une des réalisations les plus admirables de l'espèce humaine, et parcourir son histoire est un régal pour l'intelligence.

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Sur la condition humaine

3 Août 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Physique

Sur la condition humaine

En 1687, l’Anglais Newton publie sa découverte de la gravitation universelle. C’est la première force identifiée dans le monde. Aujourd’hui, l’on connaît trois forces : l’attraction gravitationnelle, la force nucléaire (le Japonais Yukawa) et la force électrofaible (le Français Coulomb). La gravitation est amplement démontrée par l’expérience quotidienne de la chute et par les milliers d’observations des astronomes. La force nucléaire permet le fonctionnement des centrales nucléaires. Et la force électrofaible est la source des phénomènes électriques et magnétiques, et c’est la force qui maintient les atomes unis dans les molécules. L’on peut dire que la force nucléaire « crée » les atomes et que la force électrofaible « crée » les molécules, la force gravitationnelle agissant surtout sur les « grandes » accumulations de matière. C’est par l’effet de la force électrofaible que les molécules interagissent et se transforment, y compris dans les phénomènes vitaux et psychiques. Ainsi peut-on dire que les instincts animaux et ce qui en dérive chez l’homme (la peur, le désir, la compassion, l’intelligence, la conscience, l’espoir…) sont des conséquences des caractéristiques des trois forces cosmiques. Si la force électrofaible était véhiculée par des bosons avec des particularités légèrement différentes, l’Univers ne serait pas ce qu’il est (l’Être des philosophes aurait d’autres propriétés), et il n’y aurait peut-être pas dans ce monde différent d’entités capables de connaître et de comprendre. La conscience humaine et la souffrance qu’elle engendre dépend peut-être du spin ou de la masse du boson W ou du boson Z !

Que l’on appelle les trois forces naturelles les trois interactions du Modèle Standard de la Physique, ou la Sainte Trinité, ou les trois principes du Grand Manitou, ne change pas grand-chose aux déterminismes de la condition humaine. Parce qu’il « y a » des protons (force nucléaire) et parce que les protons attirent les électrons (force électrofaible), il y a des hommes qui souffrent, des hommes qui pensent et des hommes qui espèrent. Faut-il se réjouir ou se lamenter : la civilisation est la conséquence de la valse des fermions et des bosons. Non seulement « il y a quelque chose plutôt que rien », mais en outre ce qu’il y a découle mécaniquement de ce qu’il y eut.

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Une histoire de la physique

30 Mars 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Physique, #Epistémologie

Une histoire de la physique

Mon livre Histoire de la physique vient de sortir de presse chez Vuibert, à Paris (333 pages). Cet ouvrage est le résultat de la fusion de deux livres précédents : Penser le monde (Histoire de la physique jusqu'en 1900, Vuibert, 287 p., 2006) et Expliquer l'Univers (Histoire de la physique depuis 1900, Vuibert, 427 p., 2008). Pour passer de 714 pages à 333, il m'a fallu revoir la rédaction de fond en comble, de manière à concentrer le récit sur les expériences vraiment cruciales et sur les théories les plus importantes, pour faire ressortir clairement la filiation des idées, depuis les premières réflexions "physiques" de Thalès de Milet jusqu'à la récente découverte du boson de Higgs. Cette Histoire de la physique, outre qu'elle offre une passionnante exploration de l'évolution de la science de l'Univers (les étapes principales de l'astronomie sont également étudiées), constitue une introduction à l'épistémologie, puisque la physique est en réalité la base de toutes les sciences (chimie, biologie, technologie...). La thèse principale que je développe dans ce livre est que la "science" ne se constitue pleinement comme distincte de la "philosophie" qu'au XVIe siècle, en Europe, quand les "philosophes de la nature" (Paracelse, Copernic, Kepler, Galilée...) inventent l'instrumentation. L'usage d'instruments (lunettes astronomiques, appareils de laboratoire) permet en effet à l'observation d'atteindre des réalités insoupçonnées et permet au raisonnement d'être renforcé par la mathématisation (rendue possible par les instruments de mesure). Les tentatives de description du monde antérieures aux années 1500 ne sont encore que de la "proto-science", par manque de moyens. On retrouve ici ce que j'ai appelé le primat de la technique (notamment dans mon livre Le signe de l'humain - Une philosophie de la technique, L'Harmattan, Paris, 2005) : la science provient de la technique et non l'inverse.

En suivant l'évolution de la physique depuis la théorie grecque des quatre éléments jusqu'à l'actuelle distinction des particules élémentaires en fermions et bosons, il est captivant de comprendre comment une petite élite (quelques centaines de physiciens, d'astronomes et de chimistes pour les milliards d'hommes "ordinaires") a su élaborer une description précise de l'Univers, dont la validité est prouvée tous les jours par les résultats de la technologie. C'est peut-être dans la construction de la physique que l'on trouve "l'honneur de l'Humanité".

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Histoire de la physique

11 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Physique, #Histoire

J'ai consacré 2 livres à l'histoire de la physique.

Penser le monde - Une histoire de la physique jusqu'en 1900

Vuibert, Paris, IV + 283 pages, 2006.

Expliquer l'Univers - Une histoire de la physique depuis 1900

Vuibert, VII + 420 pages, 2008.

Il s'agit d'une étude épistémologique de la construction des savoirs de la physique, et aussi de l'astronomie, depuis les premières hypothèses des Physiciens de Milet jusqu'aux observations de particules élémentaires et aux théories cosmologiques de la fin du XXème siècle. C'est une histoire "explicative", qui vise à comprendre comment (grâce au langage mathématique) les idées se sont formées et se sont précisées au cours du temps, à l'encontre de tant d'histoires de la physique qui se bornent à énumérer les dates des découvertes et des théories et les noms des physiciens, sans entrer dans le processus intellectuel de formation des connaissances.

J'ai en particulier tenté la "reconstruction" de la mécanique newtonienne à partir des lois du mouvement des planètes (Kepler) et des lois de la chute des graves (Galilée) ; de la mécanique quantique à partir des expériences sur le rayonnement du corps noir ; de la théorie de la relativité à partir de l'électromagnétisme (Maxwell) et des mesures de la vitesse de la lumière. Pour ne pas alourdir mon texte, j'ai principalement utilisé le formalisme mathématique d'aujourd'hui, mon souci étant plus de comprendre la filiation des idées que de présenter le pittoresque des anciennes notations.

Je me devais également de décrire en profondeur les expériences (dues surtout à J.J. Thomson et à E. Rutherford) qui ont abouti à connaître la structure des atomes, et qui sont à la base de la découverte des particules subatomiques.

Le résultat épistémologique principal de cette étude est d'une parti de confirmer le lien épistémique entre science, technique et industrie (pas de physique sans instruments produits par l'industrie...) et d'autre part de montrer que la naissance de la physique (et donc de la science sensu stricto) ne date que du XVIème siècle, avec l'apparition de l'instrumentation, c'est-à-dire l'utilisation d'instruments permettant des observations quantitatives, et donc la mathématisation des raisonnements. Quand on veut bien donner au mot "science" tout son sens (une méthode de recherche dont les résultats sont vérifiables à l'aide d'instruments), il n'y a donc pas de "science arabe", pas (ou presque pas) de "science grecque", pas de "science chinoise"...

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Sur une formule d'Univers

30 Août 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Physique

J'ai étudié longuement et de façon approfondie l'évolution de la pensée des hommes (mythes, religions, science...), ce qui m'a conduit notamment à produire une "Histoire critique de la Physique" en deux parties (avant et après 1900) : "Penser le monde" (Vuibert, Paris, 2006, IV+283 pages), "Expliquer l'Univers" (même éditeur, 2008, VII+420 p.). En août 2013, je me suis efforcé de rédiger une synthèse de cette histoire longue et compliquée, ce qui a donné une brochure éditée (tirage limité), "L'essentiel de l'histoire de la Physique" (43 pages).

Je proposais dans cet ouvrage une "formule d'Univers" dont voici une explication élémentaire.

Les 4 concepts cruciaux de la Physique (en 2014) sont ceux d'espace, de temps, de matière et d'énergie. C'est Galilée (1610) qui a relié rationnellement (c.à.d. mathématiquement) l'espace S au temps T par sa définition de la vitesse v = S/T. C'est Einstein (1905) qui, après une analyse extrême des rapports entre l'espace et le temps, est arrivé à comprendre l'inertie de l'énergie, c.à.d. le rapport entre l'énergie E et la masse M (ou matière): E = M.c², c étant la vitesse de l'énergie rayonnante, vulgairement appelée "lumière".

Il est alors facile de relier en une expression unique ces quatre concepts. Puisque c est une vitesse, on a c = S/T et donc E = M.S²/T², que l'on peut aussi bien écrire E/M = S²/T², ou encore E.T² = M.S², ou même E.T²/M.S² = 1.

C'est ce que j'appelle la "formule d'Univers", qui montre que les quatre "entités" E, T, M et S sont intimement liées, formant comme les quatre faces d'un seul Réel (ou sous-Réel si l'on se place dans une perspective spiritualiste qui pose que l'Être est différent du Réel).

Cette formule condense en quelques symboles une très grande valeur poétique, puisqu'elle évoque en une sublime concision les principales déterminations du Réel (et donc du "sens de la vie" et de la "condition humaine"). Elle présente aussi un intérêt pédagogique évident, puisqu'elle rappelle dans sa remarquable simplicité les relations indissociables de l'espace-temps et de la matière-énergie (formulée par la Physique d'aujourd'hui par la dualité irréductible des fermions et des bosons).

Toute l'histoire des systèmes de pensée montre l'esprit humain (tant religieux que philosophique-scientifique) à la recherche de l'Unité sous-jacente à l'effarante et pittoresque diversité du monde. Ma formule, qui relie l'Un aux quatre facettes du Réel, contentera-t-elle les chercheurs d'Unité, les assoiffés d'Absolu, les volontaires d'une Explication Ultime ?

Pour info :                      

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles, interview sur ma philosophie :  

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

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Sur une formule d'Univers

13 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Physique

Le problème fondamental de la philosophie est la question de l'Être, dont tout dépend, et il convient que le philosophe cherche  à en dévoiler la nature et le devenir par tous les moyens possibles. Par exemple, il doit s'informer des acquis de la Science. Il serait certes insuffisant de ne s'en tenir qu'aux seules données scientifiques, mais il serait complètement sot de ne pas en tenir compte. Encore peut-on se demander si les données extra-scientifiques sont pertinentes, car où nous mène (vers quel chemin "menant quelque part") la distinction faite par Martin Heidegger entre das Sein et das Seinde ?

J'ai longuement étudié l'évolution de la Physique, depuis les premières cogitations de Thalès de Milet et de Parménide d'Elée (qui a découvert la dualité de l'être et du néant), notamment dans mes trois livres (Vuibert, Paris) Penser la matière (2004), Penser le monde (2006) et Expliquer l'Univers (2008). On peut résumer la conception actuelle du monde des physiciens par deux lois d'équivalence (toutes deux d'ailleurs formulées par Albert Einstein entre 1905 et 1915), celle de l'équivalence matière-énergie (la fameuse formule E = m.c²) et celle de l'équivalence espace-temps (exprimée par la relation c².dt² = dx² + dy² + dz²).

Ces deux relations d'équivalence sont reliées par le paramètre c, qui est la vitesse de propagation des ondes électromagnétiques (lumière, voir les équations de Maxwell). On peut écrire c = e/t (e est l'espace et t le temps), et il vient E = m.e²/t², que l'on peut aussi écrire : E.t² = m.e², formule d'une étonnante simplicité qui relie les quatre "constituants" de l'Univers :

énergie x (temps)² = masse x (espace)².

Que cache cette fulgurante simplicité ? Cette formule d'Univers nous conduira-t-elle au dévoilement de l'Être ? Et à la connaissance des fins dernières de l'homme ? Elle montre déjà les limites de la critique d'Emmanuel Kant, quand il faisait (en 1781) de l'espace et du temps des formes a priori de la sensibilité humaine. Si l'énergie et la matière sont des réalités objectives (et quel homme souffrant peut nier l'objectivité des données matérielles, corporelles, qui le font "prendre conscience" de son Dasein - "être-là" ?), la formule d'Univers (qui résume plus de deux mille ans de recherche des physiciens) montre l'objectivité de l'espace et du temps, c'est-à-dire du changement et du devenir. C'est de cette existence de l'espace et du temps que découle le fondement des nombres, c'est-à-dire de la mathématique, comme je l'ai montré en 2005 dans mon livre Mathématique et vérité. Une philosophie du nombre (L'Harmattan, Paris).

Pour info :  

Librairie Filigranes (Bruxelles)

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur)

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

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Histoire de la Physique

26 Octobre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Physique, #Histoire

Penser le mondeC'est étrange que, 45 ans plus tard, je poursuis encore mon interrogation, posée en 1968, quand je commençais à enseigner. Une question simple, comme toutes les questions que se pose la philosophie : comment l'homme est-il capable de connaître, ou, plus radicalement : que valent les connaissances humaines ? Je m'étais assigné un programme, en lecteur de Bachelard : examiner en profondeur l'évolution de la Science d'un côté et celle des religions d'autre part, pour étudier deux démarches opposées de l'esprit humain dans l'interprétation de sa condition, ce qui impliquait de publier, tôt ou tard, une "Histoire de la Science" et une "Histoire des religions". Il m'a fallu des années pour rassembler une documentation suffisante, et j'ai pris le temps de fréquenter quelques laboratoires, j'ai publié mon "Histoire de la Science" en 9 volumes chez Vuibert, Paris (2002-2009), et j'ai encore publié quelques travaux annexes chez L'Harmattan, Paris, et chez Jourdan, Bruxelles.

J'ai aussi publié, déjà, chez Jourdan, les 2 premiers volumes de mon "Histoire des religions". Et j'entreprends maintenant, car mon enquête historique n'est peut-être pas suffisante, et surtout parce que mes réponses épistémologiques manquent encore de clarté, de reprendre l'examen de l'histoire de la Physique. J'aimerais, par exemple, dénouer les multiples rapports entre Physique et Mathématique (théorie des groupes et particules, notamment), qui ont fait avancer la Physique vers des visions du monde d'une incroyable précision (voir la découverte prévue du boson de Higgs).

Une des difficultés est d'éviter de tomber dans le piège béant de l'érudition ou dans celui, plein de séductions malignes, de l'anecdote. Et je dois donc chercher, dans les textes d'Aristote et d'Einstein, la "quintessence" des observations et des raisonnements. L'autre difficulté est bien sûr de formuler des conclusions, de passer de l'historiographie à l'épistémographie. L'étude m'a montré que le noeud de la question réside dans la nature de la relation du sujet et de l'objet (de Moi et du Monde), de la conscience et des phénomènes. Le problème de la connaissance est celui de la mise en place, par le sujet connaissant, d'une liaison homégénéisante entre le sujet et l'objet. L'idée de l'instrumentation comme criterium de la scientificité me semble être un résultat précieux de l'éditologie, mais doit encore être approfondie, et aurais-je le temps de tout éclaircir ?

Je dois éviter de m'égarer dans la technicité de la Physique, et en même temps je ne peux oublier que c'est justement cette technicité qui fait que la Physique est une "science", et pas un simple discours littéraire, c'est-à-dire sentimental et métaphorique.

Chacun doit choisir la montagne dont il espère atteindre un jour le sommet.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles)

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur)

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Philosophie 004 - Les éléments

27 Décembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Physique

On rattache généralement à l'école de Milet deux philosophes grecs plus récents que Thalès, Anaximène et Anaximandre : Xénophane de Colophon (fin du VIe siècle) et Héraclite d'Ephèse (v. 550 - v. 480). Colophon et Ephèse sont, comme Milet, des villes d'Ionie.

 

Pour Xénophane, l'archè est la terre. Alors que Thalès et davantage encore Anaximène pensent que le principe doit être fluide et léger, Xénophane pense au contraire que le monde ne peut être construit qu'à partir d'un élément dense et fixe. Le fait est que le lourd, en se désagrégeant, donne des objets de plus en plus légers, mais l'on peut aussi bien considérer que le léger, par condensation ou compression, forme des objets de plus en plus lourds...

 

Pour Héraclite, l'archè est le feu. Ni l'eau, ni l'air, ni la terre n'ont d'après lui la puissance, la potentialité créatrice du feu, qui peut transformer tant de choses (cuire des viandes, vaporiser de l'eau, fondre les métaux, transformer le bois en cendres et en fumées...). C'est donc le feu qui est à l'origine du monde, en permanent changement. " L'homme ne se baigne pas deux fois dans la même rivière ", disait Héraclite. Le monisme " substantialiste " de Thalès, Anaximène et Xénophane (le principe est une " substance ") est remplacé, chez Héraclite, par un monisme " dynamique " : le principe est une puissance, une force, la force transformante du feu.

 

Xénophane et Héraclite ont écrit des poèmes, dont il nous reste quelques fragments. L'on peut donc se faire une impression plus précise de leur pensée que de celle de leurs prédécesseurs. Il y a clairement, chez les Grecs "qui pensent" (et qui sont très peu nombreux) au VIe siècle et au début du Ve siècle, une filiation des idées, qui va de l'idée d'un principe fluide (l'eau de Thalès) à celle soit de substances différentes (Anaximène, puis Xénophane), soit d'un principe indéterminé, soit d'un principe dynamique.

 

Empédocle d'Agrigente, en Sicile (mort vers 430), a publié un poème Péri physéos (" Sur la nature ") dans l'esprit des poèmes des physiciens de Milet. Il accepte l'idée réductionniste de Thalès, à savoir que la multiplicité extrêmement complexe du monde peut être expliquée de manière simple par la raison humaine, mais il rejette le monisme du Milésien. Empédocle pense qu'il y a quatre racines (rhizomata), irréductibles l'une à l'autre, dont les diverses combinaisons engendrent tous les objets de la réalité : l'eau, l'air, la terre et le feu (chez Empédocle, le feu est défini comme une substance).

 

Cette théorie des quatre éléments va être considérée par de nombreux penseurs contemporains ou successeurs d'Empédocle comme un progrès par rapport aux idées de Thalès et de ses disciples. Elle va être acceptée comme exprimant la " vérité " sur la constitution du monde par plusieurs philosophes, et notamment par Platon puis par Aristote, qui furent les plus importants et les plus influents philosophes de l'Antiquité gréco-romaine. Mais bien sûr, cette théorie des éléments, parce qu'elle refuse de prendre en compte des dieux ou des principes " spirituels " pour expliquer les choses, sera exécrée par la pensée conservatrice. Il ne faut pas oublier que celle-ci correspondait à la majorité dans les cités grecques.

 

L'autorité d'Aristote sera telle que la théorie des quatre éléments sera considérée comme exacte et définitive par la grande majorité des penseurs durant le Moyen Âge, et encore après, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Mais, afin de concilier cette théorie avec la religion (chrétienne en Occident ou musulmane en Orient), on lira Aristote en restreignant la théorie des éléments au monde "matériel" ou "sublunaire" (en dessous de la sphère céleste qui porte la Lune). Dans le ciel aristotélicien tel qu'il fut interprété par le Moyen Âge, se trouve le monde spirituel, non-matériel, habité par les âmes, les anges et Dieu.

 

En 1777, le chimiste français Antoine-Laurent de Lavoisier (1743-1794), dans son laboratoire, par des manipulations ingénieuses et précises, montre que l'air constituant l'atmosphère est en réalité formé de deux gaz bien distincts, l'azote et l'oxygène. En 1783, Lavoisier parvient encore, à la suite de nouvelles expériences, à montrer que l'eau est formée de deux gaz : l'oxygène et l'hydrogène. Ni l'eau ni l'air ne sont donc des éléments, puisqu'ils sont eux-mêmes formés de substances plus élémentaires. Lavoisier a démontré que la théorie des quatre éléments, admise pourtant pendant plus de vingt siècles, est fausse ! La matière constituant les divers objets qui existent dans le monde n'est pas formée de quatre éléments, mais d'un nombre bien plus élevé de " corps simples ", que les chimistes appelleront éléments (constituants ultimes du monde) et qui sont l'oxygène, l'hydrogène, l'azote et d'autres, comme le carbone, le soufre, le fer, etc. En 1789, Lavoisier publie un Traité élémentaire de chimie dans lequel il signale une trentaine d'éléments, tout en expliquant qu'il y a vraisemblablement dans la nature d'autres éléments qui restent à découvrir. En effet, aujourd'hui les chimistes ont isolé et identifié une centaine d'éléments (1).

 

Si l'on veut vraiment comprendre la philosophie, il est capital de bien réfléchir à la différence entre le concept d'élément chez Thalès et les Anciens (il s'agit d'une construction de l'imagination à partir d'observations sommaires) et le concept d'élément chez Lavoisier et les chimistes actuels : il s'agit d'une construction de l'intelligence à partir d'observations systématiques et précises.

 

Nous retiendrons que la théorie physique d'Empédocle, reprise par Aristote, admettait que tous les corps existant dans le monde sont formés, en proportions variables, d'eau, d'air, de terre et de feu. Cette théorie fut anéantie "expérimentalement" par Lavoisier à la fin du XVIIIe siècle.

 

(1) Voir J.C. Baudet : A la recherche des éléments de la matière, Vuibert, Paris, 2009.

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