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Jean C. Baudet

Articles avec #poesie tag

Science et litterature

22 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Poésie

Récemment, quelques correspondants de Facebook m’ont fait remarquer que les romanciers et les poètes possèdent un don tout particulier pour découvrir des vérités inaccessibles aux savants et aux philosophes, pour dévoiler les mystères de l’Être en tant qu’être, et en particulier pour sonder les profondeurs abyssales des facultés mentales des humains. Je leur sais infiniment gré de m’avoir ouvert les yeux et tiré de mon sommeil dogmatique. Par manque de subtilité et de clairvoyance, je pensais tout benoîtement que la sociologie était l’affaire des sociologues, la psychologie celle des psychologues, et la philosophie celle des philosophes, comme il est de règle dans le monde des simples de croire que la pâtisserie est l’affaire des pâtissiers. Que de naïveté de ma part. Et que je regrette de n’avoir pas été éclairé plus tôt !

Je vais donc, pour poursuivre mes recherches (si mal engagées jusqu’ici) sur la cognition, sur le progrès intellectuel et sur les rapports entre l’intelligence et les émotions, entre le vrai et le faux, abandonner l’étude exténuante (et stérile) des ouvrages de Kant et de Freud, de Popper et de Sarton, de Husserl et de Carnap, des historiens et des ethnographes, des épistémologues et des chercheurs en physiologie du système nerveux, et me plonger dans l’étude des aventures de d’Artagnan et d’Edmond Dantès, de Madame Bovary, de Bouvard et Pécuchet, de la famille des Rougon-Macquart, de Sherlock Holmes, de Charles Swann, d’Hercule Poirot, de Tintin et Milou, du commissaire Maigret, de James Bond, de San Antonio… Et je trouverai certainement les réponses aux questions que je me pose, depuis plus de cinquante ans, dans les œuvres de Nerval, de Baudelaire et de René Char, et dans les ouvrages d’André Breton, de Julien Green, de Jean d’Ormesson et d’Amélie Nothomb.

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Le Non-Dit de Michel Joiret

28 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie, #Belgique

Mon article « Les Belges et la philosophie », paru dans ce blog le 16 juillet 2016, vient d’être publié dans le numéro 113 (daté d’octobre 2016) de la revue Le Non-Dit (Bruxelles). Celle-ci, qui est trimestrielle, a été fondée par Michel Joiret, poète, romancier, essayiste et critique littéraire, en 1988, et continue de paraître sous la valeureuse direction de son fondateur. Valeureuse ? C’est qu’il faut un courage certain et une certaine abnégation pour éditer une revue littéraire en papier dans un pays (la Belgique de langue française) dont les autorités ne manifestent pas une attention aiguë à la littérature, à une époque où les médias électroniques (radio, télévision, réseaux) concurrencent de plus en plus les productions typographiques et la lecture sans images et sans sons, à un moment aussi où le marasme économique a endetté les pouvoirs publics, ce qui ne leur laisse qu’une faible « marge de manœuvre » pour soutenir financièrement l’activité des écrivains et des éditeurs. Je note toutefois que la revue de Joiret bénéficie du soutien du Fonds national de la Littérature, ainsi que du Département Culture de la Ville de Bruxelles.

Le dernier numéro du Non-Dit est presque entièrement dédié à la poésie, avec d’intéressantes études consacrées à des poètes belges disparus (Jean-Luc Wauthier, Liliane Wouters, Marie-Claire d’Orbaix, Jean Dumortier, Adrien Jans) et à des poètes encore vivants (Daniel Soil, Rose-Marie François, Dominique Aguessy, Noëlle Lans). Ces évocations d’œuvres poétiques importantes sont dues aux plumes érudites et amicales de Michel Joiret, de Joseph Bodson, de Renaud Denuit, de Thierry-Pierre Clément.

On trouvera aussi dans cette livraison un texte d’inspiration surréaliste de Louis Mathoux et deux poèmes de T.P. Clément.

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Bob Dylan est-il un poete ?

17 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie, #Littérature

La récente attribution du prix Nobel de Littérature au chanteur Bob Dylan pose trois questions intéressantes. Primo, la production de Dylan est-elle de la poésie ? Secundo, la poésie est-elle de la littérature ? Tertio, qu’est-ce qui distingue la littérature parmi les productions textuelles ? Cette troisième question intéresse tout particulièrement l’épistémologue, car il faut se demander en quoi certaines formations discursives sont « littéraires », comme on se demande en quoi certains textes sont « scientifiques ».

J’ai étudié certains aspects des relations entre littérature et poésie dans mon livre Une philosophie de la poésie (L’Harmattan, Paris). La question est délicate, car la poésie et la littérature (orale) sont nées bien avant l’invention de l’écriture, et l’on ne dispose donc d’aucuns textes permettant de documenter la genèse du « poétique » et du « littéraire ».

Pour tenter de définir la poésie au sein des diverses manifestations culturelles (musique, art, technique, religion, etc.), il faut s’efforcer – malgré le vide documentaire – d’établir les modalités de son apparition et de son évolution après l’invention du langage. On peut, avec prudence, se baser sur l’étude de l’apprentissage du langage par les enfants (les comptines…), se baser sur l’étude psychiatrique des troubles du langage (écholalie…), se baser sur l’étude des textes produits par les peuples primitifs situés encore dans l’oralité, et bien sûr se baser aussi sur l’étude de l’apparition des littératures chez les peuples connaissant l’écriture. On découvrira ainsi facilement que la poésie précède la prose, et que l’apparition de la poésie coïncide avec le développement des rites (prières) et des mythes (récits des origines).

Ainsi, existe-t-il une profonde connivence entre les apparitions du rituel, du mythique et du poétique, c’est-à-dire entre religion et poésie. Dans les temps contemporains, les religions cèdent partiellement la place aux idéologies, et l’on ne s’étonnera pas que les chansons de Dylan soient « engagées ».

Ainsi, « blowin’ in the wind » de Dylan, « am stram gram » des enfants, « frères humains qui après nous vivez » de Villon, et tant d’autres poèmes, ou plaisants, ou sublimes, ont leurs racines dans les plus archaïques et plus intenses émotions du cœur humain, et qui sont la Peur (le soleil noir de la mélancolie) et l’Espérance (là tout n’est qu’ordre et beauté) !

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Louis Savary, les singes et les signes

16 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie, #Wallonie

J’aime beaucoup l’œuvre du poète wallon Louis Savary, né à Wasmes en 1938, auteur d’une bonne quarantaine d’ouvrages (publiés de 1960 à 2016), qui sont pour la plupart des recueils d’aphorismes astucieux, souvent délicieusement narquois. Sa dernière livraison de pensées lapidaires vient de paraître il y a quelques jours, portant un titre malicieux : Maintenant que je suis un vieux singe (aux éditions Les Presses Littéraires, Saint-Estève, 100 pages). Titre malicieux et judicieux ! Ne sommes-nous pas tous destinés à devenir de vieux singes ? Je veux dire qu’avec l’âge l’homme finit par perdre ses illusions, finit par se rendre compte qu’il n’est, en effet, qu’un singe devenu bavard grâce au langage, inventeur d’espérance et rêveur d’infini, qui achève sa vie dans les souffrances et la tristesse de ne pas comprendre pourquoi il a vécu. Reste le doute : « De toutes mes certitudes c’est le doute qui l’emporte ». Avec un net penchant pour le matérialisme : « Je n’irai pas au ciel le paradis a fait faillite ». Ou encore : « Tous mes chemins de croix se rejoignent à l’infini du néant ». Et surtout cette négation de l’illusion suprême : « J’ai tué Dieu / Dieu m’a tué / nous sommes quittes ».

Avec cette centaine d’aphorismes – autant de signes jetés au vent, venus de plus de cinquante années de méditations sur l’existence –, Savary nous rappelle le drame humain, qui est de suivre un chemin qui va de l’homme à l’animal, remontant en somme dans la vie individuelle le parcours de l’espèce qui est allé (pendant des millions d’années) du singe à l’homme. Dans la force insolente de sa jeunesse, l’homme (le singe parlant) construit de lui-même tout un échafaudage de valeurs, qu’il magnifie encore dans sa maturité en créant des chefs-d’œuvre, se croyant un dieu, ou du moins la créature d’un dieu, et puis, avec le vieillissement de ses ardeurs, il finit par comprendre que tout cet humanisme qui prétend distinguer l’humain de la bête n’est que fantasmagorie, chimère, duperie et vaniteuse rêverie. Le signe que nous envoie Savary ? Que ce fameux « sens de la vie » cherché depuis des siècles par les philosophes, et par les poètes, se trouve dans les enseignements désespérants de ces disciplines scientifiques que sont la préhistoire, la paléoanthropologie, la primatologie… Le poète nous prévient : « Je ne suis plus sûr de rien excepté du pire ».

L’espèce humaine a produit la logique d’Aristote, le calcul intégral de Leibniz, les symphonies de Beethoven, la théorie de l’évolution de Darwin, les avions de Boeing (et les aphorismes de Savary), les pelleteuses de Caterpillar, tant de splendeurs. Inutiles ?

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Qui je fus (autobiographie)

19 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie

Il est bien vrai (du moins c'est ce que je trouve dans ma mémoire, qui pourrait bien être mensongère) que je fus, successivement ou simultanément, professeur de mathématiques, professeur de philosophie, botaniste-prospecteur (au Burundi, au Rwanda, au Congo, au Kenya), taxonomiste, chimiste (à la Faculté Agronomique de Gembloux), biologiste (idem), historien des sciences, historien des techniques (à la Cité des sciences et de l'Industrie, à Paris), éditeur, journaliste, fondateur de la revue Technologia, fondateur du magazine Ingénieur et Industrie, chercheur en sociologie (à l'Association Internationale de Sociologie, à Paris), terminologue (au Conseil supérieur de la langue française de Belgique), chargé de cours de philosophie de la technique (au Fonds National belge de la Recherche Scientifique, FNRS), historien des religions, historien de la philosophie, poète, romancier (un seul roman, d'ailleurs très court), critique littéraire, conférencier, écrivain, historien des "systèmes de pensée", philosophe.

J'ai été, successivement ou simultanément, sartrien et heideggérien, admirateur de George Sarton, de Jean Rostand, de Melvin Kranzberg et de Bertrand Gille, aristotélicien, épicurien, cartésien, spinoziste, admirateur de La Mettrie, schopenhauerien, nietzschéen, admirateur du Cercle de Vienne, de Louis Rougier, de Jean-François Revel, de Mircéa Eliade, et de Gaston Bachelard.

Et je suis devenu égrotant, valétudinaire, cacochyme. Ma vue baisse, mes bras tremblent, je suis fatigué, ma mémoire défaille. Fus-je vraiment ce que je crois avoir été ? Tout cela ne serait-il que songes, fantasmes et inventions ? Ai-je vraiment récolté des graminées et des mélastomatacées dans les savanes du Rwanda et du Kivu ? Ai-je vraiment, dans un laboratoire à Gembloux dont il me semble encore percevoir les senteurs des solvants et la bonne odeur de végétation, étudié les protéines et les amino-acides de diverses légumineuses ? Ai-je vraiment, à l'aide d'un puissant microscope, compté les chromosomes de plantes tropicales ? Ai-je vraiment réfléchi aux grands concepts, le phénomène et le noumène, le savant et l'ignare, l'être et le néant, le moi et le non-moi, le matérialisme et l'idéalisme ?

Qui fus-je, au sein d'une Humanité de 100 milliards de "semblables", la plupart déjà morts, et les autres en train de mourir ?

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Avec la poete Liza Leyla

12 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie

Avec la poete Liza Leyla

J'étais, hier, à la Bibliothèque Royale de Bruxelles, où j'entamais la lecture du grand livre d'Octave Hamelin, Essai sur les éléments principaux de la représentation (Alcan, Paris, 1907), ouvrage que je n'avais pas encore consulté, et que je ne connaissais que par les manuels. Je suis un lecteur assidu à la BR, où je rencontre souvent la poète Liza Leyla, qui poursuit des recherches sur les grands symboles de l'Humanité. Liza était présente, et nous allâmes passer un moment à la cafeteria, comme nous le faisons fréquemment. Abreuvés par du café au lait, rassasiés par un morceau de tarte aux cerises, nous évoquâmes l'actualité du petit monde belge des belles-lettres, et naturellement nous commentâmes la récente nomination de la romancière Anne-Michèle Hamesse à la présidence de l'Association des Ecrivains Belges et la plus récente encore démission du poète Michel Stavaux du poste de secrétaire général de l'AEB. Nous parlâmes, non sans malice, de certains de nos "collègues". Ah, le délicat plaisir des médisances !

Liza Leyla est une Flamande qui a choisi d'écrire en français. Elle a étudié la philosophie à la Vrije Universiteit ("Université libre"), à Bruxelles, où elle eut la chance de suivre les enseignements de Léopold Flam. Elle commence sa carrière littéraire au début des années 1980, participant notamment aux réunions poétiques du Grenier Jane Tony, fondé à Bruxelles par Emile Kesteman. C'est d'ailleurs audit Grenier que j'ai fait la connaissance de Liza. Elle est l'auteur de nombreux poèmes parus dans Les Elytres du hanneton (la revue du GJT), ainsi que de plusieurs recueils de poésie très soignés, notamment : Nostalgie chromatique (1992), Les lèvres du néant (1993), Les tentacules du Moloch (1994), La voie d'Eros (2001), Epines satinées (2003)...

La poésie de Liza Leyla enchante son lecteur par une prosodie raffinée et élégante, et le fait pénétrer dans un univers mystérieux et suave, étrange, où il rencontre des forêts de symboles pas toujours familiers. C'est l'éternel questionnement du Philosophe, prolongé et parfois apaisé par les singulières évocations du Poète. C'est que, pour Liza Leyla, derrière les tristes évidences du néant, il y a les terrifiantes et maléfiques cruautés du Moloch, et derrière encore les consolantes et douces plénitudes du chemin d'Eros.

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Pierre-Jean Foulon visite le neant

25 Février 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie

Il y a deux cents ans, Hölderlin questionnait, solennellement (et en allemand) : "Pourquoi des poètes en ces temps de misère ?". La question est peut-être plus pertinente encore en Belgique, en 2016 ! En tout cas, les éditions du Spantole, à Thuin (Wallonie), viennent de publier une intéressante plaquette de 27 poèmes courts, sous le titre Voyage au pays du néant provisoire, du poète Pierre-Jean Foulon. Pourquoi ce voyage poétique au temps de la terreur, du fanatisme, des bouleversements de l'atmosphère ? Peut-être, tout simplement, pour faire passer le temps, pour aider le lecteur (et l'auteur, avant lui) à supporter les misères du siècle, à donner un peu de plaisir (c'est toujours bon à prendre) dans l'agencement heureux de verbes, de substantifs et d'adjectifs. Car la poésie - comme la philosophie, sa cousine - n'a que des mots pour parler de l'être et du néant, et pour nous inviter à des voyages d'évocation (luxe, calme, volupté...) ou à des rêves héroïques.

Le néant dont le poète nous propose la visite est celui (qu'on espère provisoire) d'une opération chirurgicale. Vingt-sept tableautins nous conduisent de la chambre du patient aux salles d'examens (toute une machinerie savante), aux longs couloirs (" Rien n'est plus étrange / que ce lit roulant / qui m'emmène gisant mobile "), et finalement au seuil de la salle d'opérations. Les tableaux descriptifs d'un "voyage" sont très réussis, n'utilisant que les ressources de la vision (" d'un azur plus léger que le ciel ") et de l'audition (un poème est consacré à Beethoven). J'aurais, pour ma part, ajouté quelques notes olfactives et gustatives. Mais c'est - forcément ! - affaire de goût.

J'ai déjà signalé dans ce blog combien je déteste la poésie postmoderne minimaliste, qui n'est qu'ésotérisme naïf, insuffisance de travail, escroquerie, imposture, snobisme, pédantisme et néant définitif. La poésie de P.J. Foulon est tout le contraire : clarté du propos, finesse de l'expression, consistance esthétique, simplicité élégante, authenticité de l'émotion.

Comme toujours quand la poésie est riche, plusieurs lectures sont possibles. Plutôt que de raconter un séjour chez les "hommes en vert", le poète a peut-être voulu donner une célébration de la technologie médicale, qui prolonge l'être, en attendant le néant ?

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Philosophie et poesie

9 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Poésie

Philosophie et poesie

Hier après-midi, je me suis entretenu en public avec Liza Leyla, poète, sur le thème "Philosophie et poésie", au restaurant Syrtaki à Ixelles (Bruxelles). L'interview a surtout été basé sur les idées développées dans mon livre Une philosophie de la poésie (L'Harmattan, Paris).

Dans cet ouvrage j'analyse la prétention cognitive d'une certaine poésie postmoderne. En effet, depuis Baudelaire et surtout depuis Mallarmé, d'importantes oeuvres poétiques se présentent comme des "recherches" du "sens de la vie", voire même comme des tentatives de dire l'indicible, de percer les mystères de l'existence, de dévoiler le sur-réel plus véridique encore que le réel, bref de révéler la Vérité Ultime et Sublime, inaccessible aux intelligences prosaïques. Par exemple, Baudelaire n'a-t-il pas soutenu que le Poète, "prince des nuées", est seul capable de percevoir comment "les parfums, les couleurs et les sons se répondent" ?

A côté de la science et des religions, la poésie serait ainsi une troisième voie de connaissance, menant l'homme éclairé par les mystérieuses vibrations des voyelles colorées aux savoirs authentiques de l'être et du destin ? C'est à l'épistémologie qu'il appartient de répondre, et il faut déterminer avec rigueur comment se constituent les savoirs, ce qui implique de cerner au plus près les concepts de "savoir", de "vérité", de "religion", de "science". L'Histoire nous paraît éclairante, quand elle nous montre que c'est après l'invention du langage (aux temps préhistoriques) qu'apparaissent les poèmes et les mythes. Ce n'est que bien après cette origine des inquiétudes verbalisées, après que les pouvoirs politiques aient organisé les religions comme soutiens de leur domination, que la philosophie va apparaître et qu'elle donnera naissance à la science, après une gestation qui dura de nombreux siècles.

Alors, la poésie est-elle un moyen admirable et transcendant d'atteindre les vérités, cachées aux esprits grossiers, du monde et de ce que Nietzsche appelait l'arrière-monde ? Ou n'est-elle qu'une piteuse illusion, qu'une pathétique espérance d'accéder à des "vérités" consolantes des révélations décourageantes de la science, qu'une dérisoire mystification ? Trois découvertes scientifiques ont ébranlé la conscience humaniste : Marx (les actions humaines basées sur l'exploitation de l'homme par l'homme), Darwin (l'homme est un animal comme les autres), Freud (le comportement humain dominé par les pulsions sexuelles). Ne supportant pas cette assimilation de l'homme à l'animal, des poètes ont réagi par l'imaginaire et le recours au prestige des Anciens Temps.

J'admire sans réserves la valeur esthétique de la poésie. Je suis moins certain de sa valeur épistémique.

Une vidéo de l'auteur à la librairie Filigranes, à Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Testament philosophique 4 (sur la poesie)

11 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Poésie

Et je continue - c'est le 4ème jour - à réexaminer les moments de ma vie, à étudier mon existence, à observer mon moi, parce que l'étude du moi est le seul chemin qui mène à l'Être, si toutefois l'Être est atteignable. Car c'est le fondement incontournable de la gnoséologie : on ne peut connaître un être qu'à partir de son être, et connaître c'est toujours observer, c'est-à-dire ressentir. C'est ce qu'a découvert Aristote en s'opposant à la théorie de la réminiscence de Platon, et aucun des grands philosophes (Descartes, Locke, Kant, Husserl...) n'a pu le dépasser sur ce point. Quoi qu'on dise, pour qu'il y ait connaissance d'un objet par un sujet, il faut qu'il y ait une connexion entre l'objectif et le subjectif.

Chez les poètes (1999-2012)

C'est en 1999, alors que je travaillais à la construction d'une histoire critique de la science et de la non-science, que je fis la connaissance du poète bruxellois Emile Kesteman (1922-2011). Il avait fondé, en 1982, le Grenier Jane Tony, une espèce de salon littéraire où se réunissaient des poètes. Je dois le confesser, il y avait, parmi les membres du Grenier, plus de Trissotin que de Baudelaire... Tous les samedis, l'après-midi, inspirés ou non selon la saison, les sociétaires du Grenier, sous la présidence aimable et bienveillante de Kesteman, se rassemblaient dans un restaurant grec à Ixelles, le Syrtaki. L'un après l'autre, ils récitaient un ou deux poèmes, qui étaient pour la plupart publiés dans la revue Les Elytres du hanneton. Pendant quelques années, je fréquentai le cénacle d'Emile très régulièrement, et je participai au cérémonial des lectures. C'est ainsi que je publiai quelque 70 poèmes dans Les Elytres. Je rencontrai quelques poètes de qualité, notamment : Jean-Louis Crousse, Gaëtan Faucer, Jacques Goyens, Liza Leyla, Louis Mathoux, Isabelle Fable, Isabelle Bielecki, Marcel Hennart...

Si je me pliai à l'exercice un peu vain de rassembler quelques mots sur une feuille blanche pour évoquer, par anaphores, métaphores et métonymies, des sentiments variés et pour provoquer, chez l'improbable lecteur, des émotions d'enchantement "poétique", et si je me livrai à cet exercice avec assiduité pendant plusieurs années, c'est parce que j'avais rencontré, au Grenier, quelques poètes qui m'expliquèrent, le plus sérieusement du monde, que leur "travail" consistait à chercher "le sens de la vie", à "exprimer l'indicible", et à s'approcher par leur "démarche poétique" de l'ineffable et des vérités inaccessibles aux pauvres ploucs prosaïques qui ne voyaient pas plus loin que le bout de leur nez. Ce fut pour moi une révélation enthousiasmante. J'avais trouvé mon chemin de Damas ! Alors que je croyais, sot que j'étais, qu'il n'y avait que deux systèmes de pensée (la science et les religions), les poètes du Grenier Jane Tony m'apprenaient qu'il y avait une troisième voie de connaissance : la poésie. Le poète plus savant que les hommes de science et mieux inspirés que les religieux ! Toutes mes recherches, qui m'avaient pris tant d'années, s'écroulaient. Je ne devais plus rechercher la vérité chez Darwin et chez Einstein (lamentables ignares ignorant tout de la voie poétique), ni dans les évangiles ou le Coran, mais dans les poèmes des successeurs de Verhaeren et de Maeterlinck. Je me mis fébrilement à me documenter, étudiant pendant des jours et des jours, à la Bibliothèque Royale de Bruxelles, les poèmes (de l'indicible et de l'ineffable) de 1.120 poètes belges, morts ou vivants. Je me mis aussi à lire les historiens de la poésie, les poéticiens et les sémiologues, et je finis par publier le résultat de mes recherches dans le domaine enchanté de la cognition poétique : Une philosophie de la poésie (L'Harmattan, 2006).

Outre mes poèmes publiés dans Les Elytres et dans quelques autres revues littéraires, j'ai produit, en auto-édition à faible tirage, deux recueils de poèmes et un roman poétique (Les mystères de Konioss, 2012). Je mis fin à mon aventure poétique en 2012 : la connaissance par le poème n'est qu'une illusion, ou une supercherie. La poésie enchante (c'est déjà très admirable), et la philosophie fait déchanter, révélant les trucs et les ficelles des faux savoirs. La poésie est un divertissement, qui peut procurer, comme la musique, d'intenses plaisirs, mais qui, hélas, n'ouvre aucune porte sur ce qui existe vraiment.

A suivre...

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Louis Savary, poete de Dieu

7 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie, #Religion

Le poète belge Louis Savary (né à Wasmes en 1938) vient de faire paraître un nouveau recueil Ite missa est aux éditions Les Presses Littéraires (Saint-Estève, 100 pages). Depuis 1960 – année de sa première publication –, Savary a produit plus d’une trentaine d’ouvrages, dans lesquels il maîtrise avec justesse (et avec ce qu’il faut de fantaisie) l’art délicat de l’aphorisme, de la maxime, de la phrase courte qui en dit long. Il prolonge ainsi avec bonheur une tradition d’écriture dense qui remonte aux sentences morales de La Rochefoucauld et aux pensées de Blaise Pascal. Les aphorismes de Savary ne sont pas que de simples jeux de mots qui s’adressent à la rêverie du lecteur, ébranlant phantasmes mirifiques et visions troubles. Ces aphorismes sont d’authentiques raisonnements qui s’adressent à l’intelligence et ici, contrairement à la mode postmoderne à laquelle Savary ne cède pas, le bon sens s’accorde toujours avec la rime. Il ne s’agit pas, comme chez trop de poètes contemporains, d’associer trois mots (parfois quatre !) incongrûment choisis pour étonner le lecteur par un « poème » qui ne dit rien, mais chaque phrase de Savary donne à penser. Certes, le poète reste au seuil de la philosophie, il se promène dans le labyrinthe des mots avec un joyeux plaisir, et dédaigne d’en trouver la sortie pour mêler ses réflexions aux syllogismes austères du philosophe. Mais cela est juste et bon : le poète est un artiste qui construit des phrases (des vers) avec des mots, ouvrant à la compréhension des concepts qui est l’objectif de la philosophie.

Et dans le présent ouvrage, Savary nous parle de Dieu en interprétant son silence : Dieu est une subtile coïncidence / entre le désir de l’homme / et son impuissance à l’assouvir. Ou encore : Dieu / des gens ne l’ont jamais cherché / ils l’ont trouvé tout de suite. Et encore ceci, particulièrement concis, et qui vaut toute une bibliothèque de théologie : Dieu existe-t-il ? / Dieu seul le sait !

Avec un peu de cet humour qui est, comme on sait, la politesse du désespoir, le maître ès aphorismes Louis Savary s’est fait, en une centaine de petits poèmes très brefs, théologien. Petits poèmes qui scandaliseront les bigots et les fanatiques, qui les liront comme autant de blasphèmes. Mais les seuls poèmes qui comptent n’ont-ils pas forcément quelque chose de blasphématoire ?

La couverture de ce beau livre est ornée d’un dessin qui évoque la balade des pendus de Villon, et porte une pancarte noire où est inscrit en grandes lettres blanches « Je suis poète ». Evidente allusion au terrorisme actuel d’inspiration religieuse, qui massacre les libres penseurs et assassine les vrais poètes.

Je ferais bien un aphorisme, à mon tour : Dieu est muet, mais est-il aussi sourd ? / N’entend-il pas les kalachnikovs qui tuent les chercheurs de vérité ?

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