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Jean C. Baudet

Articles avec #wallonie tag

Louis Savary, les singes et les signes

16 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie, #Wallonie

J’aime beaucoup l’œuvre du poète wallon Louis Savary, né à Wasmes en 1938, auteur d’une bonne quarantaine d’ouvrages (publiés de 1960 à 2016), qui sont pour la plupart des recueils d’aphorismes astucieux, souvent délicieusement narquois. Sa dernière livraison de pensées lapidaires vient de paraître il y a quelques jours, portant un titre malicieux : Maintenant que je suis un vieux singe (aux éditions Les Presses Littéraires, Saint-Estève, 100 pages). Titre malicieux et judicieux ! Ne sommes-nous pas tous destinés à devenir de vieux singes ? Je veux dire qu’avec l’âge l’homme finit par perdre ses illusions, finit par se rendre compte qu’il n’est, en effet, qu’un singe devenu bavard grâce au langage, inventeur d’espérance et rêveur d’infini, qui achève sa vie dans les souffrances et la tristesse de ne pas comprendre pourquoi il a vécu. Reste le doute : « De toutes mes certitudes c’est le doute qui l’emporte ». Avec un net penchant pour le matérialisme : « Je n’irai pas au ciel le paradis a fait faillite ». Ou encore : « Tous mes chemins de croix se rejoignent à l’infini du néant ». Et surtout cette négation de l’illusion suprême : « J’ai tué Dieu / Dieu m’a tué / nous sommes quittes ».

Avec cette centaine d’aphorismes – autant de signes jetés au vent, venus de plus de cinquante années de méditations sur l’existence –, Savary nous rappelle le drame humain, qui est de suivre un chemin qui va de l’homme à l’animal, remontant en somme dans la vie individuelle le parcours de l’espèce qui est allé (pendant des millions d’années) du singe à l’homme. Dans la force insolente de sa jeunesse, l’homme (le singe parlant) construit de lui-même tout un échafaudage de valeurs, qu’il magnifie encore dans sa maturité en créant des chefs-d’œuvre, se croyant un dieu, ou du moins la créature d’un dieu, et puis, avec le vieillissement de ses ardeurs, il finit par comprendre que tout cet humanisme qui prétend distinguer l’humain de la bête n’est que fantasmagorie, chimère, duperie et vaniteuse rêverie. Le signe que nous envoie Savary ? Que ce fameux « sens de la vie » cherché depuis des siècles par les philosophes, et par les poètes, se trouve dans les enseignements désespérants de ces disciplines scientifiques que sont la préhistoire, la paléoanthropologie, la primatologie… Le poète nous prévient : « Je ne suis plus sûr de rien excepté du pire ».

L’espèce humaine a produit la logique d’Aristote, le calcul intégral de Leibniz, les symphonies de Beethoven, la théorie de l’évolution de Darwin, les avions de Boeing (et les aphorismes de Savary), les pelleteuses de Caterpillar, tant de splendeurs. Inutiles ?

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Caterpillar, Gosselies et l'aveuglement

2 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique, #Economie, #Wallonie

Caterpillar, Gosselies et l'aveuglement

C’est fascinant de voir à quel point les commentateurs de la fermeture de l’usine de Caterpillar à Gosselies s’entêtent à ne pas vouloir regarder en face les réalités d’une Humanité mondialisée ! Imbibés jusqu’à la moelle des os par le marxisme et par la détestation des entreprises et des industriels, ils refusent (journalistes, syndicalistes, politiciens et même certains économistes…) d’admettre les principes les plus fondamentaux et d’ailleurs fort simples de la vie industrielle : une entreprise doit faire des bénéfices, ou disparaître. Et elle ne peut réaliser des bénéfices que si elle peut, à qualité égale, produire à moindres coûts que ses concurrents. Si les salaires sont plus élevés, si les taxes sont plus lourdes, si les règlementations sont plus astreignantes, la fin est inéluctable.

La fin de l’industrialisation de la Wallonie est inéluctable, les géographes sérieux et les économistes compétents le savent depuis… 1960 (la fermeture des charbonnages), ou depuis… 1974 (l’augmentation brutale du prix du pétrole). Charbonnages, usines sidérurgiques, entreprises carbochimiques, ateliers de construction mécanique ont disparu. Aujourd’hui, c’est Caterpillar qui ferme, avec quelques sous-traitants. Demain, les dernières entreprises manufacturières (aérospatial, chimie fine, pharmacie) cesseront leurs activités, concurrencées par un milliard de Chinois, par un milliard d’Indiens et par tous les autres.

Dans dix ans, et peut-être avant, la Wallonie sera un pays de homes pour vieillards, de sites touristiques, de musées et de friches industrielles, aux routes défoncées, aux infrastructures délabrées, et avec une immense dette publique.

Aurait-on pu éviter cette marche annoncée vers le sous-développement ? Je ne le sais pas. Mais les responsables sont clairement identifiés, ce sont ces « décideurs » qui ont préféré la démagogie et les dépenses publiques improductives à l’analyse prospective, à la rigueur et à l’austérité. Que les Wallons se consolent. Déjà l’admirable Athènes et la Rome admirable ont connu le même sort. Il est difficile d’éviter l’aveuglement quand le passé est glorieux.

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Chez les ecrivains de Wallonie

5 Mars 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Wallonie

Chez les ecrivains de Wallonie

Je participais, hier soir, à la séance publique mensuelle de l'AREAW, l'Association royale des Ecrivains et des Artistes de Wallonie, qui se tient dans les locaux de l'Espace-Wallonie, rue Marché-aux-Herbes, à Bruxelles. Selon la formule rituelle, trois livres récents furent présentés, un roman, un recueil de poèmes et un essai. Le roman était Aller-retour, de Martine Rouhart (une romancière "qui monte" dans le paysage culturel francophone), présenté par Joseph Bodson, le président de l'AREAW. Une captivante histoire de chemin de fer, car on peut faire d'intéressantes rencontres dans un wagon ferroviaire... Le recueil était Autour d'un corps vivant, de Pierre Schroven, poète confirmé, qui fut notamment l'animateur de la revue défunte Remue-Méninges, et qui résiste victorieusement aux sirènes délétères du minimalisme pseudo-poétique (qui prône les profondeurs indicibles du silence, et qui ne mérite que le silence, en effet). Cela procura à l'assemblée le grand plaisir d'un entretien entre le poète et Gérard Adam (romancier et patron des éditions MEO). Autour d'une question essentielle : comment, avec l'aide des mots de la langue française, dire l'invisible qui est (peut-être ?) derrière les choses de la perception sensorielle ? Qu'y a-t-il autour du corps d'un homme ?

Quant à l'essai présenté à l'AREAW, je ne me plaindrai pas du choix. C'était un de mes derniers livres, Les plus grands Belges (éditions La Boîte à Pandore), à propos duquel j'échangeai quelques propos avec le président Bodson. Cet ouvrage étant une collection de notices sur de grands personnages présentées dans l'ordre chronologique des dates de naissance (c'est donc une "histoire" et pas un "dictionnaire"), il a fallu que j'explique pourquoi j'avais omis d'évoquer, chez les Belges, les grands politiciens, les grands criminels et les grands sportifs. Tout en évitant les amalgames entre sport, criminalité et action politique. C'est que je m'étais fixé d'évoquer les véritables "constructeurs" de la Belgique, de la Belgique matérielle (les ingénieurs, les industriels et les grands négociants) et de la Belgique idéale (ou imaginaire ?) des savants, des écrivains et des artistes.

Parmi les personnes présentes, j'eus le plaisir de revoir quelques amis, notamment (liste non exhaustive, comme ma liste des grands Belges) : Jacques Goyens, écrivain, Mireille Dabée, photographe et plasticienne, Anne Claire, peintre, Anne-Marie Weyers, peintre, Noëlle Lans, poète, Claire Anne Magnès, poète, Liza Leyla, poète, Frédérique Frahan, poète, Isabelle Fable, écrivain.

J'ai terminé la soirée en dégustant d'excellents boulets à la Liégeoise dans un restaurant des environs, car je ne vis pas que de bonne littérature, il me faut aussi des protéines. A la sauce wallonne, pourquoi pas ?

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Jacques Richard chez les Wallons

3 Octobre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Wallonie

J'étais, avant-hier, à la réunion mensuelle de l'AREAW, l'Association royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie, qui se tient à Bruxelles, se déroulant selon une immuable liturgie, avec d'abord les trois coups de trois présentations de livres (l'offertoire), suivis de l'ardente communion des fidèles adorateurs de la Grande Littérature, avec le sacrifice rituel de quelques bouteilles de vin rouge et de vin jaune, aux couleurs de la Wallonie. Libations exaltantes, mais je me suis contenté de quatre verres de chardonnay.

Je n'ai lu aucun des trois livres présentés, et ce qui suit n'a donc pas valeur de critique littéraire ou philosophique, je ne songe qu'à graver ce moment de "convivialité" et de frémissement sentimental entre écrivains (et écrivants, ajouterait une méchante plume, mais l'on me sait respectueux de presque tous les représentants de l'espèce humaine) dans la mémoire électronique de mon blog.

Premier acte : de Philippe Marchandise, "Le jour de l'amélanchier", roman présenté, avec beaucoup de finesse et de bienveillance, par Eveline Legrand. C'est l'histoire de l'auteur qui a subi une opération cardiaque et qui raconte sa convalescence en regardant l'amélanchier de son jardin, arbre aux fleurs blanches de la famille des Rosaceae, comme chacun sait, et que les non-botanistes et les gens sans vocabulaire appellent "poirier sauvage". Bref une étude psychologique sur l'espoir de guérir.

Deuxième acte : de Nathalie Boutiau, "Le silence de Jimmy", roman présenté par le poète Thierry-Pierre Clément, avec un bel enthousiasme. C'est l'histoire d'un petit garçon, Jimmy, qui est dans le coma. Bref une étude romanesque sur l'espérance de vivre.

Troisième acte : de Jacques Richard, peintre et écrivain, "L'homme peut-être", recueil d'une trentaine de nouvelles présenté par Michel Ducobu, écrivain sensible et érudit coutumier des présentations à l'AREAW. L'auteur explique qu'il a travaillé en s'inspirant des Variations Goldberg de Bach, ce qui situe d'emblée son niveau d'exigence. Et l'échange est animé entre Ducobu et Richard, le premier voulant situer le second à la fois dans le sillage du Nouveau Roman et dans la survivance du surréalisme, le second se défendant bien d'un quelconque jeu surréaliste, et affirmant son attachement à l'écriture de Thomas Owen.

Bref, encore : deux livres sur l'espoir écrits avec de bons sentiments, et un livre de littérature-peinture qui décrit l'homme et le monde comme ils sont, ou plutôt comme ils paraissent être, ou peut-être les deux et encore autre chose. Pas de la philosophie à soixante-quinze centimes, m'a-t-il semblé (je répète que je n'ai pas lu le livre), mais de la littérature. Les philosophes, les convalescents et les parents d'enfants malades ne sont pas les seuls à s'interroger sur ce qui nous attend vraiment.

Peu de monde, mais j'ai eu le plaisir de revoir Isabelle Fable, Isabelle Bielecki, Mireille Dabée, Noëlle Lans...

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