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Jean C. Baudet

Science, litterature et philosophie

10 Mai 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Philosophie

J'ai consacré l'essentiel de ma vie intellectuelle à méditer à partir 1° de l'oeuvre de Galilée, de Newton, de Lavoisier, d'Einstein et d'autres personnages du même genre, 2° des ouvrages de Sophocle, de Rabelais, de Balzac, de Simenon et d'autres auteurs du même acabit, 3° des travaux d'Aristote, de Kant, de Husserl et de Heidegger et de quelques autres penseurs du même niveau. Très haut, le niveau ! Et je ne peux en disconvenir, malgré tous les éloges des amoureux de la littérature : j'ai repéré dans l'histoire de la science des constructions mentales à donner le vertige, des progrès proprement époustouflants, une adéquation, surtout, avec le Réel de mon vécu qui n'existe nulle part ailleurs, en tout cas ni chez les littéraires, ni chez les philosophes. C'est-à-dire chez les amuseurs et chez les bavards. Car que nous apprend Simenon que nous ne savions déjà avec Sophocle, avec Homère ? Car que nous apprend sur l'Être un Heidegger, un Badiou, un Comte-Sponville (et mes propres philosophèmes) qui s'ajouterait au non-savoir d'Aristote, de Parménide, d'Héraclite ?

Au risque de provoquer l'ire des thuriféraires de Marcel Proust (ah, les belles phrases !) et le sarcasme des encenseurs de Frédéric Nietzsche (ah, quelle profondeur !), avec la certitude de passer au yeux des subtils et des cultivés pour un "matérialiste vulgaire", un rustre sans élégance, un mécréant du Sublime, je le dis et le répète pour ceux qui veulent réfléchir et penser : seule la science accède au vrai et à l'efficace, même si elle ne répond pas à nos plus angoissantes questions. J'ai examiné ce qu'ont donné à l'Humanité le tableau de Mendéléev et les Fleurs du mal. Toute la chimie, d'un côté. Et quoi de l'autre ? J'ai examiné ce qu'ont donné à l'Humanité les équations de Maxwell, les transformations de Lorentz, les Principia mathematica de Whitehead et Russell, et de l'autre côté le bateau ivre ou l'eau de la Seine qui coule sous les ponts de Paris. Des géants et des nains...

Ce n'est pas une préférence d'ordre esthétique, et je suis plus ému par un roman de Julien Green (ou agacé par un roman de...) que par le théorème de Poynting (encore que, il y a de la beauté dans les intégrales), mais les recherches de Poynting ont conduit (avec d'autres, et d'abord Maxwell et Hertz) à la découverte des ondes électromagnétiques, c'est-à-dire au télégraphe, au téléphone, à la radiodiffusion, à la télévision, au radar, au four à micro-ondes, à Internet, au GSM, au GPS... Je ne vois pas (mais je suis grossièrement aveugle à l'indicible et à l'inexprimable) à quoi mène Minuit !

Car, et c'est toute la différence entre le bavardage littéraire (qui a ses charmes) et celui des philosophes (qui a les siens), que les littérateurs naviguent dans l'esthétique, pour notre bon plaisir (je ne veux dégoûter personne de la littérature), alors que les philosophes déploient leurs pensées dans l'épistémique, ne cherchant pas à séduire et à amuser, mais à s'approcher le plus qu'il est possible du Réel. Je n'ai jamais vu de bateau ivre, ni de violons de l'automne, ni de coups de dés sans hasard, ni de vampires (malgré Stoker et surtout Jean Ray), et j'admets certes que Waterloo est une morne plaine, mais je me dis "et alors ?"

Et l'Humanité honore Victor Hugo, voire Camille Lemonnier et Emile Verhaeren comme des génies, et ignore les travaux de Coulomb, de Biot, de Savart, d'Oersted, d'Arago, de Volta, d'Ampère, de Fresnel, de Faraday, de Daniell, de Pixii, de Joule, d'Ohm, de Gauss...

Mais qui organise la mémoire de l'Humanité, sinon les pédants adulateurs de l'excellence (comme ils disent), les grimauds et les cuistres, les fonctionnaires de l'Inutile, les notaires du Somptueux, et surtout, à y bien penser, les organisateurs des célébrations qui vendent les droits d'entrée dans la Cour de récréation littéraire... La littérature, désintéressée paraît-il, survit, sombre ironie, grâce aux... lois du marché.

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