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Jean C. Baudet

Sur le Deux

31 Août 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Tout questionnement radical se heurte à l’opposition du sujet et de l’objet et il s’agit d’abord de voir si cette scission de l’Être, comme on l’a appelée (Jaspers), est une marque de l’instrument de pensée (l’Organon) ou si elle est une réalité des « choses », et encore doit-on déterminer, si l’on est conduit à incriminer l’instrument, si la dualité est linguistique ou psychologique. La dualité se referme sur elle-même. Est-elle déjà dans le sujet – comme le prétendent les idéalismes – ou dans l’objet, comme le pense le matérialisme ? La dualité, c’est-à-dire la négation (le moteur dialectique de Hegel, ou déjà d’Aristote), ou comme on dira la faille dans l’Être (l’Être et le néant), permet la construction, l’élaboration (seulement mentale, ou vraiment ontologique).

On peut demander d’où vient la Dualité – que l’on peut hypostasier en entéléchie primordiale : au commencement était le Deux –, mais cela revient à reposer la question de l’origine de l’Être, et c’est faire un pas en arrière après avoir fait un pas en avant. Pour sortir de l’aporie, il faut trancher d’un seul coup le nœud gordien, et cela ne peut être que brutal et basé sur l’expérience de vie du penseur. Je veux dire que c’est ici, au moment de la méditation la plus profonde de l’Être, qu’il faut se décharger du littéraire et du livresque – des bons mots – et en revenir à l’expérience vécue, qui est la souffrance ou ce que j’ai appelée le besoin (qui est le besoin de ne pas souffrir).

Le philosophe doit se souvenir que la Philosophie est la recherche du Bonheur et pas de l’Explication. L’érudition est le début de la Philosophie, mais pas la fin. On plonge alors dans le concret, pas dans l’abstraction concrète des cartésiens ou des existentialistes, mais dans l’absolument concret des pensées vives de l’existant qui souffre et gémit dans son parcours vers l’agonie.

D’avoir coupé le nœud avec brutalité fera que l’on s’interroge sur la justesse du coup de hache, qui ébranle les traditions et scandalise la pensée commune (mais c’est, depuis toujours, le lot de la Philosophie, qui est dans toutes ses formes authentiques une opposition aux idées socialisées, au risque de la ciguë). Dans une société qui vénère les mots (messagers de l’âme), il est ignoble et obscène de privilégier les gestes (dérisoires manifestations du corps), et mettre la Technique à l’origine de la Civilisation (1, 2) est un blasphème. Et poser la Cuisine au cœur de la Technique (3) est alors le comble du blasphématoire.

D’autres coups de hache sont peut-être à envisager pour résoudre le nœud de la Dualité, et il y a la douceur des jeunes filles, qui détricotent patiemment la scission de l’Être avec les aiguilles de l’Espoir.

 

(1) J.C. Baudet : De l’Outil à la Machine, Vuibert, Paris, 2003.

(2) J.C. Baudet : Le Signe de l’Humain, L’Harmattan, Paris, 2005.

(3) J.C. Baudet : Histoire de la Cuisine, Jourdan, Bruxelles, 2013.

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Sur la souffrance

29 Août 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Ceux qui me font l'honneur de suivre la présente chronique ont bien sûr remarqué qu'elle est variée (comme le sont les assiettes de hors d'oeuvre dans un restaurant grec) et cependant centrée sur un seul objet (comme le sont les contenus de conscience d'un obsédé monomaniaque), et que cet objet est la souffrance. C'est-à-dire la condition humaine. Sauf erreur de ma part, il y eut déjà quelque 100 milliards de morts au sein de l'Humanité, ces morts furent loin d'être toutes sans douleur, et il faut beaucoup de bonne volonté pour ne pas en tirer de sombres conclusions.

Je souffre donc je suis. Voilà la prémisse de mon "cogito". Mes adversaires idéologiques (extrêmement nombreux, ce qui est dans la norme) ont beau dire et me parler du sens de la vie et de la beauté des corolles : je vais encore souffrir, et de plus en plus...

Mais pourquoi en faire une chronique, journal intime rendu public, cahier de laboratoire phénoménologique offert en pâture aux passants, somme d'articulets qui sont comme de petits vagabonds de ma pensée que je lance sur les chemins électroniques du Grand Réseau des Humains (GRH), strip-tease ontologique indécent, obscène comme la vie ?

J'ai commencé à penser en octobre 1968 (mon cours de philosophie au Burundi), ou en avril 1978 (ma revue "Technologia"), ou en 1984 (quand j'invente l'éditologie), ou peut-être en 1960 (naïvement, n'ayant pas encore lu les ouvrages de Richard Bodéüs). J'ai lu tous les livres, visité tous les laboratoires, étudié tous les philosophes, examiné tous les concepts, et toujours j'ai rencontré la souffrance, et la mienne singulièrement. J'ai parfois rencontré les remèdes de la poésie, les apaisements de l'érudition, les divertissements de la recherche et les consolations de la philosophie - sans compter les splendeurs de l'Art. Mais ce ne furent que des rémissions avant l'Eternel Retour de mes douleurs.

Je dédie donc ma chronique - du sang, des larmes et des mots inutiles - à tous ceux qui souffrent, à mes frères humains qui après moi vivront (souffriront...), à tous ceux qui cherchent le sens de la vie (c'est-à-dire du cancer, de l'hémiplégie, des bras cassés, des fils tués, des mères agonisantes, des bronchites chroniques, des femmes battues, torturées et violées, des sophismes et des fanatismes, des viandes trop cuites et du temps perdu), à tous ceux qui paniquent dans leur nuit, mouillés par leur sanie.

Il y en a, je le sais bien, qui me diront, d'un air plus ou moins scandalisé : "et la Littérature" ?Eh bien, ne voyons-nous pas que Gilgamesh, Achille, Ulysse, Enée, Roland, Tristan, Roméo, Andromaque, Faust, Frankenstein, Dracula ont beaucoup souffert, ou ont beaucoup fait souffrir ? Que reste-t-il des chefs-d'oeuvre de la Littérature, si on en enlève la souffrance, les "fleurs du Mal" ?

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Interview de Baudet par Jean C.

27 Août 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Jean C. - Vous vous dites très fatigué. Pourquoi ?

Baudet - Parce que j'ai des organes internes qui gonflent de plus en plus et un organe externe qui gonfle de moins en moins !

Jean C. - C'est important, les organes ?

Baudet - Pour un matérialiste, c'est même à la fois essentiel et existentiel.

 

Jean C. - Qu'est-ce que c'est, être matérialiste ?

Baudet - C'est être presque contre tout et contre tous. Car les humains ont un besoin immense de croire qu'ils sont autre chose que la somme de leurs organes. C'est ce besoin qui a créé les mythes, les religions, les idéologies et tous les fanatismes. Autant de prétextes à joyeux massacres et à divines bêtises. Le matérialisme s'oppose à tous les catéchismes.

Jean C. - Tous les catéchismes se valent ?

Baudet - On peut sans doute estimer qu'il y en a qui sont encore pires que les autres. On peut désigner, au XXème siècle, les catéchismes du communisme et du national-socialisme, qui furent très efficients dans l'abominable, et au XXIème il n'y a que les aveugles (ou les compteurs de voix lors des élections) qui ne voient pas l'abomination de l'islamisme. Aveugles très dangereux, comme étaient dangereux les collaborateurs au temps de l'occupation de la France par les nazis. On ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs, et les dirigeants politiques des pays civilisés devraient savoir que l'on ne se bat pas contre les fanatiques et les voyous avec des bons sentiments et des projets de "vivre ensemble".

 

Jean C. - Vous êtes inquiet pour l'avenir de la Civilisation ?

Baudet - Tout indique qu'elle est sérieusement en danger, et que le danger est imminent. Quand il s'agissait de combattre nazisme et communisme, il y avait encore des frontières, ce qui facilitait la lutte. D'autre part, les collaborateurs de l'infâme sont parvenus à anesthésier les consciences.

Jean C. - Vous êtes fort pessimiste !

Baudet - Comparez la France de 2013 avec celle de 2000. Vous trouvez que ça va mieux ? Ne voyez-vous pas les tendances lourdes qui n'annoncent vraiment pas des lendemains glorieux ? Ne voyez-vous pas la montée régulière de la délinquance, qui commence de plus en plus tôt, de la criminalité, de mieux en mieux armée, des comportements aberrants de plus en plus répandus, et la montée constante de l'intolérance intellectuelle, qui interdit d'écrire et qui voudrait même interdire de penser ? Ne percevez-vous pas l'augmentation régulière du nombre de mendiants ? Méfions-nous des discours lénifiants. Je prends un exemple anecdotique et un peu dérisoire par rapport à des menaces autrement dangereuses. On nous annonce régulièrement qu'il y a de moins en moins de tués sur les routes. Mais informe-t-on le public que cela correspond à de plus en plus de handicapés lourds qui vont être à charge de la collectivité pendant des dizaines d'années ? Je n'ai rien contre les handicapés, contre les mendiants, contre les drogués, contre les obèses, contre les analphabètes. Mais la France ira-t-elle mieux avec plus de handicapés, de mendiants, de drogués, d'obèses et d'analphabètes ?

 

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Louis Savary et les mots justes

23 Août 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Louis Savary est un des rares poètes authentiques vivant en Belgique de langue française, trop alourdie hélas par des singes savants. Il excelle dans l'aphorisme dans la lignée des petits mots d'un Achille Chavée ou des inscriptions d'un Louis Scutenaire. Car quand on a vraiment quelque chose à dire, les mots suffisent.

Aux éditions Scrisul Romanesc (une maison d'édition roumaine) vient de paraître un recueil rétrospectif, "Des premiers tabous au dernier baroud", qui rassemble environ 250 aphorismes savaryens, en français mais accompagnés de leur traduction en roumain, choisis par Cecilia Burtica. Cela fait un beau livre de 254 pages, que l'on lit avec bonheur, et que l'on refeuillettera avec plaisir. Plaisir des mots, des idées bien tournées, qui pour ma part contraste avec l'admiration convenue et "à la mode" (à la mode de quand ?) des "haïs coups".

Car il n'y a aucune affectation, aucun souci snob ou snobant dans le travail de Savary, qui n'est d'aucune chapelle - une chapelle étant, en Belgique de langue presque française, une chape, petite évidemment au pays des petitesses, dont la lourdeur de plomb inhibe toute tentative de penser vrai.

Car les aphorismes de Savary pensent vrai, et c'est le bonheur de la rencontre du mot et de l'idée - du signifiant et du signifié pour les balourds de certains milieux. Et quoi de plus juste que :

il vaut mieux se taire à terre

que de parler en l'air ?

Ou que :

les imbéciles détiennent la vérité depuis toujours

les autres cherchent encore ?

Et pour finir enfin par un trait de satire, je citerai aussi :

que penser de celui qui tire vanité

d'être l'élu d'une majorité d'imbéciles ?

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Ma philosophie pour tous

22 Août 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Comme tous les lecteurs de mon blog ne sont pas des philosophes professionnels, je dois peut-être tenter d'expliquer mes positions en termes simples. Mais une pensée peut-elle être éclaircie pour tous ?

Il y a - c'est un acquis après 2 600 ans de production philosophique depuis Thalès jusqu'à nos jours, patiemment étudiée par des générations d'historiens de la philosophie - il y a deux, et seulement deux "visions du monde" possibles. Ou bien seule la matière existe, ou bien il existe en plus "autre chose". On ne peut pas sortir de cette alternative. Ou bien, on admet le matérialisme, c'est-à-dire que seule la matière existe - les philosophes matérialistes disent que l'Être est dans sa totalité homogène, consubstantiel au corporel. Je reviendrai sur le concept de "matière". Ou bien, on admet qu'il y a un "plus", qui est (forcément !) de nature non matérielle. On appelle communément ces deuxièmes options (elles sont multiples, se rattachant à diverses traditions) des idéalismes ou des spiritualismes.

Pour le matérialiste, tout est matière et rien que matière. Pour le spiritualiste, le Tout est composé de matière (il est difficile de nier l'existence du corps humain...) et de réalités non-matérielles, idéales, spirituelles, transcendantes, numineuses, nouménales... Des esprits, des anges, des forces occultes, des "réalités indicibles", des dieux, des démons, des valeurs, que sais-je encore ?...

Le concept de matière s'est formé entre 600 et 350 avant notre ère, chez des penseurs comme Thalès de Milet, Démocrite d'Abdère, Aristote de Stagire. On peut aujourd'hui en donner une définition claire et distincte : la matière est tout ce qui est accessible par les sens de l'homme, directement ou par le truchement d'instruments (microscopes, par exemple), c'est donc une instance "de même nature" que le corps humain. Il n'y a rien d'autre dans le Tout (que les philosophes appellent l'Être) que la matière. Et les idées, qui si l'on veut "existent", ne sont pas autre chose que des productions matérielles, des espèces de sécrétions de la matière.

J'ai travaillé pendant de nombreuses années (voir ma bibliographie) à tenter d'apporter une contribution à la théorie de la connaissance dans le cadre d'une démarche que j'ai appelée "éditologie", et qui est si l'on veut une prolongation, un approfondissement des travaux de Husserl, de Popper et de Bachelard. Ma réflexion me ramène, par quelque côté que je prenne les questions de la Connaissance et de l'Être, toujours au matérialisme. Il en découle des conséquences qui désolent les religieux, les idéalistes, les humanistes, les bigots de toutes les causes et les droits-de-l'hommistes. Mais la Logique m'y conduit inexorablement : s'il n'y a que de la matière, il n'y a pas de "valeurs" ni de "dignité", et l'homme n'est qu'une bête, un sac de protoplasme périssable - les comportements stupides que nous révèlent l'Actualité le montrent clairement. Il n'y a - pour le matérialisme logique - ni "honneur de l'Humanité" ni "Surhomme". Mais je n'exclus par l'idée que je me trompe - puisque, à voir la multiplicité des doctrines, tant d'hommes se trompent ! L'honneur de l'Humanité existe peut-être, et c'est peut-être la Recherche sincère et passionnée de la Vérité et peut-être même d'autre chose... Voilà pourquoi je cherche encore.

J'ajouterai, pour éviter tout malentendu, que le matérialisme est notamment "pour" la contraception, les expériences sur embryons humains, l'avortement et l'euthanasie. 

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Vanity-case (poeme)

20 Août 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Voici venu l'instant où les cycles se ferment

où d'un dernier regard nous voyons dans l'espace et le temps

les sources se tarir, les débuts qui s'essoufflent,

et le jaune des soufres, le rouge des cinabres,

le bleu des fusions eutectiques et les concrétions vertes

s'agiter dans les vents d'entropie

mais j'ai dans mes retours tous les signes d'une vie

toutes les étapes évanouies

d'un chemin chez les hommes

et je compte dans mon grand registre de beau papier vergé

les moments à Kikwit, à Bujumbura (c'était aux sources du Nil),

à Goma, à Paris près de la place Jussieu,

et dans les bibliothèques,

les expériences premières,

et je compte les moments révolus comme des acrotères parant les temps

de mes acrimonies, marquant les instants de mes sarcasmes au fronton de mes peines,

et je compte les gestes presque oubliés comme les chatoiements

d'une moire propylique

et je compte les rubis, les améthystes et les saphirs eidétiques

d'une existence sans causes et sans effets

 

Voici venu l'instant

de mes derniers poèmes, calmes comme le désespoir

mystérieux comme des rites très anciens

et que j'enferme en ricanant dans le vanity-case de mes dernières questions.

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Propos sur l'heroisme

18 Août 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

J'ai lu l'Iliade, puis l'Odyssée, dans ma jeunesse, et comme j'ai méprisé Achille, héros dont l'invincibilité était l'oeuvre d'un dieu et enlevait tout mérite à sa bravoure, et comme j'ai admiré Ulysse, ingénieur, constructeur du Cheval de Troie, la plus étonnante machine de toute l'histoire de la Technique, c'est-à-dire de l'ingenium ! Et puis après, lisant les belles phrases de Sophocle, comme j'ai admiré Oedipe et ses douleurs ! Et j'ai admiré sans réserves Alexandre, qui porta la Civilisation jusqu'aux confins du monde, et j'ai admiré, presque jusqu'à l'extase, ces héros de la Pensée que furent Euclide inventeur des axiomes, Archimède calculateur des infinis, et le sublime Epicure précurseur de La Mettrie et de Nietzsche.

Je n'ai guère admiré les bâtisseurs des cathédrales, ni les bouffons du Moyen Âge (encore y at-il de belles pages chez Rutebeuf), mais j'ai beaucoup aimé Robinson Crusoë dans son île, Lavoisier dans son laboratoire, et le grand Hegel dans sa bibliothèque. Mes autres héros ? Il y a Sherlock Holmes, parce qu'il était chimiste et chercheur, il y a Jules Maigret, chercheur plus vraisemblable (un héros doit être possible), il y a Bob Morane, ingénieur, et il y a, super-héros, héros suprême, Albert Einstein, explicateur du monde. Et je n'oublie pas les héros de Midway, de Tarawa, des plages de Normandie, de Bastogne et du pont de Remagen. J'ai aimé quelques héros, de la Littérature ou de l'Histoire, dans ma jeunesse et dans ma maturité, mais maintenant que je m'installe dans ma vieillesse avec mes ulcères et mes fièvres, je n'admire plus, je ne fais plus que mépriser et honnir les imposteurs, les agitateurs de pacotille, les idéologues sans valeur, les répétiteurs hébétés de slogans et d'anathèmes. Le temps est venu pour moi de tenir mon rôle dans le troisième et dernier acte de ce drame parfois drolatique qui est la vie d'un homme, né dans un pays qui n'a pour héros que des buveurs de bière, des gribouilleurs d'aphorismes stupides (ceci n'est pas une pipe), des chanteurs grimaçants d'inepties et des étrusculogues. Je n'admire plus de héros, car c'est à mon tour de tenter l'héroïsme et de subir en silence l'humiliation, les douleurs, la souffrance et l'anéantissement.

 

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Turbulences a la Villa Empain !

14 Août 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Je me suis offert une immersion dans l’ordre et la beauté, et dans le luxe, le calme et la volupté des formes et des matériaux rares. C’était à la Villa Empain, superbe chef-d’œuvre de l’Art Déco, à Bruxelles, au 67, avenue Franklin Roosevelt. C’est un magnifique hôtel de maître, aux lignes claires particulièrement élégantes, avec un équilibre parfaitement réussi entre la rigueur des formes (une symphonie d’angles droits) et la luxuriance des matériaux, marbres somptueux, bois exotiques, alliages métalliques prestigieux. Et une exploitation de l’espace d’un raffinement extrême…

Ladite villa a été construite, en 1934, par Louis Empain, fils de l’illustre homme d’affaires et collaborateur du roi Léopold II Edouard Empain. Par l’architecte suisse Michel Polak. Cette construction admirable, témoin d’une époque révolue où Bruxelles avait le souci (et les moyens) de la beauté, a bien failli disparaître, mais elle est conservée, et fait partie du patrimoine immobilier dont peuvent bénéficier les Bruxellois et les touristes.

La Fondation Boghossian a eu l’excellente idée d’utiliser ce lieu de beauté et de grâce pour y organiser une exposition temporaire, baptisée « Turbulences ». La beauté, parfois exubérante, de l’Art, ajoutée à la beauté raffinée de l’Architecture, cela donne presque le tournis. Le fait est que l’homme de 2013, entouré de tags saugrenus ou agressifs et sursaturé de séries télévisées qui ne montrent que violences et laideurs – sans compter l’Actualité et son lot quotidien d’abjections –, a presque oublié qu’il y a de l’harmonie, de la grandeur et de la sérénité dans les projets de certains hommes, et singulièrement (mais pas toujours, hélas) chez les artistes.

Car les œuvres – sculptures, dessins, installations diverses – exposées à la Villa Empain sont de grande qualité, et l’on ne sait ce qui est le plus impressionnant, de la splendeur du contenant ou de la magnificence du contenu. Comme l’indique le titre de l’exposition, la plupart des œuvres rassemblées sont en rapport avec les mystères des turbulences, des tourbillons, du chaos, du mouvement et de l’incertitude, et en même temps avec l’étrange pouvoir de certaines évolutions désordonnées de conduire à un équilibre dynamique inattendu.

Bien des œuvres appartiennent à l’art cinétique, offrant au visiteur le spectacle fascinant d’ondulations serpentines, de fluctuations bizarres, d’oscillations subtiles, de rythmes étranges, produits par la combinaison inattendue de moteurs électriques, de ventilateurs et de l’imagination de l’Artiste.

La Fondation Boghossian a acquis la Villa Empain en 2006, dans un état de délabrement avancé. La restauration a été exemplaire. L’exposition rassemble des pièces de 38 artistes contemporains, de différentes nationalités.

Le mouvement engendre la turbulence, et la turbulence engendre le chaos, la douleur et la mort, on le sait bien, du moins quand elle est aveugle ou, bien pire, quand elle résulte d’idéologies hargneuses et de fanatismes abjects. Mais le mouvement, une découverte de l’Art du XXème siècle (il n’y a pas que le cinématographe), par des artistes comme Pol Bury, par exemple, peut aussi être maîtrisé, domestiqué, conquis et produire un plaisir esthétique qui apaise et repose.

L’avenir de l’homme et de ses turbulences, serait-il dans l’Art, et dans la Beauté ? Ou si l’Art était une turbine nichée au cœur du réel ?

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Menaces sur la Civilisation

8 Août 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Comme je l'aimais, la Civilisation ! Comme j'ai aimé les deux Testaments, les trois mousquetaires, les quatre saisons (de Vivaldi) et les cinq semaines en ballon (de Verne). Et le septième sceau d'Ingmar Bergman. Comme j'ai aimé la crème Chantilly et le poulet Marengo, la Ford T et la Citroën DS 19, les sept boules de cristal et la marque jaune, les combats d'Achille et les voyages d'Ulysse, l'analyse de l'air et la synthèse de l'eau (par Lavoisier), les grandes symphonies de Beethoven et la petite musique de nuit, les romans de Georges Simenon, de Jean-Batiste Baronian, de Michel Joiret et d'Anne-Michèle Hamesse, les poèmes de Louis Mathoux et de Philippe Leuckx, le tableau de Mendéléev (Penser la matière), les équations de Maxwell (Expliquer l'Univers), la classification de Linné (Penser le vivant) et la critique de la raison pure par Emmanuel Kant (La vie des grands philosophes). Comme j'ai aimé la poire Belle Hélène (Histoire de la cuisine) et les valses de Strauss, le tango argentin, la samba brésilienne, et le rock and roll d'Elvis Presley et de Johnny Hallyday. Comme j'ai aimé le chocolat de Nestlé, les logiciels de Microsoft, l'acier d'ArcelorMittal et le nylon de Du Pont de Nemours (Curieuses histoires des entreprises). Et comme j'ai aimé la philosophie d'Henri Van Lier, l'esthétique d'Arsène Soreil, la grammaire d'André Goosse, la psychologie de Jacques Van Rillaer (A quoi pensent les Belges ?). Comme j'ai aimé, peut-être plus encore, Frankenstein et Dracula, Sherlock Holmes et San Antonio, Nestor Burma et Columbo ! Et il y a encore la morne plaine de Waterloo, la petite madeleine et bien d'autres gâteaux, Napoléon à Rivoli, et Patton à Bastogne, et Newton qui pense à l'espace absolu, et Einstein qui relativise, et James Watson qui analyse la nucléine, et James Watt qui fait pousser le piston dans les deux sens (De l'outil à la machine), et William Boeing, et Alexander Graham Bell, et Enrico Fermi (De la machine au système)...

Comme j'ai aimé la logique d'Aristote, l'antithèse et la synthèse chez Hegel, et le radicalisme de Nietzsche - et les aphorismes définitifs de Cioran. Et les duos en blues de Louis Armstrong et d'Ella Fitzgerald. 

Et voilà que, comme tout ce que l'on aime, la Civilisation va disparaître, voilà qu'elle abandonne déjà, sous les coups de la canaille, envahie par les idéologies et les fanatismes, s'amenuisant dans la brume des illusions.

 

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Sur l'ontologie du mal

6 Août 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Je m'exprime métaphysiquement sur l'Histoire, sur l'Actualité ou sur ma propre Existence, et je ne goûte plus que très peu les plaisirs assez ambigus de l'érudition ou ceux, plus interlopes encore, de la littérature ou du journalisme. La philosophie n'est-elle pas la traversée des apparences ? Aussi, dois-je dans ma réflexion m'exprimer sur la métaphysique du mal. Le mal se rencontre dans l'empirie de la souffrance, qui est une donnée de l'Être, et du Phénomène, et qui n'existe que par le moi souffrant - c'est un fait existentiel du philosophe lui-même. Je découvre le mal tous les jours, exposé multiforme et universel dans les médias, qu'il s'agisse d'un orage qui détruit un vignoble ou d'un magistrat qui libère un criminel. Et si je prétends que les destructions perpétrées par les racailles urbaines constituent pour la Civilisation un danger plus grand que l'évasion fiscale, c'est le résultat d'une analyse désacralisée de l'Action. Analyse qui s'alimente notamment des catégories de la science juridique qui distingue judicieusement délit et crime, atteinte aux biens et atteinte aux personnes. Car philosopher, c'est s'efforcer de distinguer, de discriminer, tout en s'affranchissant des lourdeurs des traditions, des sentiments et des catéchismes. Il me paraît indiscutable qu'un chef d'entreprise qui organise ses comptes financiers pour minimiser l'impôt n'est qu'un travailleur consciencieux qui fait son travail, qui est de maximiser ses bénéfices. Et il me semble tout aussi indiscutable qu'un voyou qui lance de l'essence enflammée sur un gendarme est un agresseur dangereux. Apparemment, le patron et voyou s'attaquent à l'Etat. Mais la comparaison ne tient pas. Le patron qui pratique une ingénierie fiscale efficace (je ne parle pas de fraude, c'est autre chose), non seulement opère dans la légalité, mais ne fait que déplacer des richesses. Du point de vue ontologique (et donc éthique), quelle importance que des impôts soient versés dans un pays plutôt que dans un autre ? Mais le voyou veut blesser, veut tuer, veut détruire. Et que l'on ne vienne pas opposer sa violence de pervers à la "violence sociale" inventée par l'idéologie christiano-marxiste, qui développe une étrange indulgence pour les brigands. L'homme qui viole une femme dans une "tournante" ne le fait pas pour résister à une quelconque "injustice sociale", ni pour combattre "les lois du marché". Tout est là, dans une action "mauvaise" : porte-t-elle préjudice à l'intégrité de la personne humaine ? Si, du moins, on accorde une valeur aux personnes. Au fond, il se pourrait bien que je sois personnaliste.

 

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