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Jean C. Baudet

Sur les races humaines

29 Mai 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique

Mes billets précédents concernant les races humaines m’ont valu de nombreuses et intéressantes réactions qui m’incitent à revenir sur le sujet. Je m’adresse évidemment à des lecteurs désireux de se hisser au niveau des concepts et prêts à la réflexion sereine. Car je n’ai pas le moins du monde l’idée de mener à la rivière des ânes qui n’ont pas soif – ce qui est la règle d’or de toute entreprise pédagogique.

Il me semble qu’il convient d’abord de comprendre qu’une race humaine (que le concept soit ou non fondé) est une catégorie, c’est-à-dire résulte de l’idée que l’on peut désigner par un même terme des objets distincts mais possédant certains caractères communs. Si bien que d’emblée les comparaisons sont éclairantes : la 7ème compagnie n’existe pas, mais seuls existent les soldats qui en font partie. Ou bien encore, on se souviendra que les arbres cachent la forêt, et l’on accordera l’existence aux arbres qui composent la forêt qui, elle, « n’existe » pas.

Il faut distinguer trois niveaux d’utilisation du terme « race » : le niveau naïf ou spontané (le fameux « homme de la rue ») ; le niveau scientifique (en l’occurrence la communauté internationale des biologistes professionnels) ; le niveau épistémologique ou critique (les philosophes qui s’occupent de « théorie de la connaissance »). En passant, je note qu’évidemment on peut prétendre que la « communauté des biologistes » n’existe pas !

1° La conception naïve des races est très ancienne. On en trouve déjà une trace dans un vieux livre hébraïque, la Genèse (il y a environ 2 500 ans). Le verset 18 du chapitre 9 commence ainsi : « Les fils de Noé, qui sortirent de l’arche, étaient Sem, Cham et Japhet (…) C’est par eux que fut peuplée toute la terre ». Selon cette conception archaïque, il y aurait trois groupes (ou « races ») : les Sémites (Hébreux et Arabes), les Japhétites (habitant l’Europe et l’Asie), les Chamites ou Hamites (les noirs d’Afrique). On voit que deux types de caractères sont utilisés pour former ces trois catégories, un critère morphologique et un critère chorologique. La conception naïve des races humaines (celle de la Genèse et celle de tous les racismes, même aujourd’hui) se base sur des observations sommaires, sans critique approfondie.

2° La conception scientifique des races est forcément postérieure à 1543 (j’ai montré dans mes travaux d’épistémologie et d’histoire des sciences que la science sensu stricto commence en 1543, voir ma bibliographie). Cette conception a considérablement évolué depuis les premiers travaux des zoologistes et des botanistes de la Renaissance jusqu’à nos jours. Linné (1758) marque une étape décisive en proposant une classification des vivants (hommes compris). Il ne reconnaît qu’une espèce humaine (Homo sapiens), mais y distingue quatre formes différentes. Une autre étape importante est la découverte de l’évolution des formes vivantes par Darwin (1859), dont le mécanisme ne sera élucidé qu’après 1953 (découverte de la structure de l’ADN par Watson). L’on pense que, de génération en génération, il y a transmission d’un équipement génétique (des molécules d’ADN) qui peut s’altérer, et qui commande les caractères morphologiques. L’environnement « sélectionne » les gènes et à partir d’une population homogène initiale il se forme des sous-groupes si l’expansion territoriale amène les descendants dans des environnements différents (c’est ce que l’on appelle la « spéciation »). Ceci signifie 1° qu’il n’y aurait pas de races chez l’homme si la surface de la terre était strictement homogène : il n’y aurait aucune pression évolutive, et les humains n’auraient aucune raison de différer les uns des autres ; 2° que les « races » sont des entités dynamiques, constamment changeantes, comme d’ailleurs tous les groupements (armées, professions, orchestres, que sais-je encore ?). Notons que le terme « race » n’est plus utilisés par les biologistes comme UTO (unités taxonomiques opérationnelles), qui distinguent plus finement, dans une espèce donnée, les sous-espèces, les variétés et les formes. Le mot « race » est encore utilisé par les éleveurs et les zootechniciens pour parler des groupes d’animaux domestiqués. C’est d’ailleurs la nécessité d’éviter les croisements pour maintenir la « pureté de la race » des chiens ou des chevaux qui démontre le caractère labile des « races ».

L’étude des génomes des primates a montré qu’il y a très peu de gènes différents entre l’homme et le chimpanzé, mais personne ne nie que ces deux animaux appartiennent à des espèces différentes.

3° La conception épistémologique des « races » consiste à examiner de manière critique les utilisations du terme (et plus généralement de tous les taxons reconnus en biologie). Il n’est pas difficile de remarquer qu’à côté d’une utilisation scientifique exigeante des catégories taxonomiques (pas uniquement chez l’homme, d’ailleurs), il y a des utilisations abusives du terme, qui relèvent de l’idéologie, pour justifier ou condamner les diverses attitudes politiques prises face à la diversité morphologique de l’espèce Homo sapiens. L’épistémologie reconnaît aux catégories (collections, ensembles, races, espèces, etc.) une existence « mentale » ou « intelligible » et seulement aux éléments formant ces catégories une existence « réelle » ou « ontologique ». Mais cette distinction conduit à des abîmes de difficultés (voir mon livre Mathématique et vérité, L’Harmattan, Paris, 2005).

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Races, langues, religions

26 Mai 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique

La Convention européenne des Droits de l'Homme stipule, dans son article 14, intitulé "Interdiction de discrimination", qu'aucune distinction entre les personnes ne peut être fondée sur "la race, la langue, la religion"... Que je sache, cela ne signifie pas que ladite Convention proclame l'inexistence des races, des langues et des religions. Les auteurs de ce texte vénérable sont des politiciens et des juristes, font oeuvre juridique et législative, et ne prétendent pas contribuer à la science biologique ! Il me semble même que signaler que l'on ne peut pas discriminer les personnes d'après leur race implique l'existence des races...

Et si l'on veut lutter contre le racisme en niant l'existence des races, il faut semblablement lutter contre les querelles linguistiques en niant l'existence des langues, et lutter contre les guerres de religion en niant l'existence des religions. Après tout, les langues n'existent pas, il n'y a que des locuteurs. Et les religions n'existent pas davantage, il n'y a que des religieux, plus ou moins fanatiques et dangereux.

Pour comprendre sérieusement cette question des races, qui est un des aspects de la grande question de l'existence des catégories, il convient de se préparer par une réflexion épistémologique approfondie. J'ai tenté d'apporter une contribution à cette question difficile dans un livre paru en 2005, "Mathématique et Vérité" (L'Harmattan, Paris), en examinant les soubassements du concept de nombre, et en montrant que "les nombres existent" ou "les nombres n'existent pas" selon la compréhension que l'on accepte du terme "nombre". On peut remplacer "nombre" par "race", ou par n'importe quelle catégorie taxonomique.

Que les législateurs promulguent des lois utiles pour le maintien de l'ordre social et pour le progrès de la civilisation (ce n'est pas facile !), que les biologistes étudient la biodiversité, y compris la diversité chez Homo sapiens (qui n'échappe pas aux lois que l'on découvre petit à petit qui s'imposent à tous les êtres vivants), et que les journalistes ne confondent pas les lois, les idéologies, les sentiments et la science, "et les vaches seront bien gardées". Et chez les vaches, personne ne met en doute l'existence des races.

Dernière remarque : la race, en biologie (même si le terme est remplacé par d'autres termes taxonomiques), est une notion dynamique : une "race" ne se maintient pas au cours du temps, du fait des migrations et des métissages. C'est justement parce qu'ils évoluent, que les êtres vivants se distinguent des objets inertes. En biologie, "tout bouge tout le temps", ce qui ne permet pas de conclure "puisque ça bouge, cela n'existe pas" !

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Sur l'existence des races humaines

25 Mai 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique

C'est effarant ! Il y a des intellectuels, d'ailleurs nombreux, qui prétendent avec une véhémence inquiétante, que : "il n'y a pas de races humaines" !!! C'est comme si, en astronomie, on nous disait "il n'y a pas d'étoiles", ou comme si, en chimie, on voulait nous faire admettre que le sel n'est pas soluble dans l'eau. Et le plus inquiétant, c'est que les révisionnistes de la biologie prétendent se fonder "sur la Science" !!! Cela montre à quel point les idéologies et les religions, ou plus fondamentalement les "bons sentiments", sont capables d'inhiber l'observation et le raisonnement. Ce qui me semble grave, c'est que des individus veulent pour décider de la Vérité, remplacer le travail sérieux des scientifiques (avec les controverses que cela implique) par des décisions politiques. Désormais, on va organiser des référendums pour décider de l'existence du boson de Higgs ou pour savoir combien il y a d'électrons dans l'atome de carbone !

Quand j'étais étudiant, dans les années 1960 (comme le temps passe !), je m'en souviens très bien, tous mes condisciples avaient la peau blanche, sans la moindre exception ! En 1968, je me rendis au Burundi pour enseigner, et quelle ne fut pas ma surprise de constater que tous mes étudiants, sans la moindre exception, avaient la peau noire ! Les races auraient-elles disparu, depuis 1968 ? Peut-être à cause des slogans badigeonnés sur les murs de Paris cette année-là ?

Que nous apprend la biologie ? D'abord un principe général, jamais encore mis en défaut : les êtres vivants, végétaux et animaux (humains compris), sont caractérisés par une très grande variabilité morphologique. Hors le cas des jumeaux homozygotes, il n'y a pas deux chiens, deux haricots ou deux humains parfaitement semblables ! Cela s'explique très bien par les résultats de la recherche génétique : tout caractère (la forme du nez, la couleur de la peau...) résulte de l'action, lors du développement de l'individu, de molécules appelées gènes. Ces gènes se transmettent de génération en génération, et produisent la belle diversité que nous connaissons, avec des petits blancs et des grands noirs, et aussi des grands blancs et des petits noirs. Ensuite, la biologie tente (c'est la question difficile de la "biodiversité") de situer les individus qu'elle observe dans des arbres phylétiques qui représentent l'évolution des espèces, c'est-à-dire des groupes d'individus qui se ressemblent tellement (malgré les différences individuelles) qu'on les désigne par un nom déterminé. Ainsi on appelle "Canis familiaris" tous les animaux à quatre pattes, à poils et qui aboient (en anglais "dog"). Mais il ne faut pas confondre avec "Canis lupus", qui désigne les loups, ni avec "Canis vulpes", qui désigne les renards. Quand les variations morphologiques sont importantes au sein d'une espèce, on définit des sous-espèces, éventuellement subdivisées en variétés, celles-ci étant subdivisées en formes. Le mot "race" n'est donc que peu utilisé par les biologistes, mais le concept correspond à "subdivision de l'espèce".

Et chez l'homme ? Eh bien, non seulement il existe des races (d'ailleurs de définition difficile, mais une réalité complexe n'est pas une réalité inexistante !) au sein de la population humaine actuelle, mais dans le passé la diversité de l'humain est tellement grande que les paléoanthropologues ont identifié au moins une dizaine d'espèces, c'est-à-dire de groupes encore plus différents entre eux que les races actuelles. Voici les noms de ces espèces humaines : "Homo antecessor", "H. cepranensis", "H. erectus", "H. floresiensis", "H. georgicus", "H. habilis", "H. heidelbergensis", "H. neanderthalensis", "H. rhodesiensis", "H. sapiens" (la seule espèce qui a survécu). Il serait tout de même étonnant qu'il y ait dix espèces dans le genre "Homo", mais une seule race dans l'espèce "H. sapiens". Soit dit en passant, toutes les espèces ont pour origine "Homo habilis", qui apparaît en Afrique il y a plus de deux millions d'années.

Alors, quand les politiciens auront imposé que l'on apprenne dans les écoles que "les races n'existent pas", en véritables talibans de la biologie, quelle sera leur prochaine affirmation ? Que l'économie est fausse et qu'il n'y a pas de lois du marché ? Que le cancer n'existe pas ? Que l'intelligence est rigoureusement égale chez tous ? Que François Hollande est grand et qu'Alain Badiou est son prophète ?

L'Humanité, péniblement, a construit des arts, des langues, des littératures, des religions, des idéologies, des cuisines (mais peut-être que "les cuisines n'existent pas") et... une seule Science. C'est l'unicité et l'universalité de celle-ci qui en fait la valeur. Elle est en danger, car des talibans de l'Egalité entre les Humains veulent la remplacer par la consultation populaire. Mais qu'est-ce que la démocratie : rassembler le plus grand nombre d'ignorants pour leur demander de répondre à une question difficile ! Va-t-on organiser des référendums pour savoir si Hitler a existé, si Napoléon n'est pas un mythe, si le thon rouge contient des "oméga-3" ?

Certes, il me reste quelques doutes sur l'existence de certaines races humaines telles que décrites par certains scientifiques de l'ère précédant le développement de la biologie moléculaire (de même que l'on met en doute les travaux des astronomes avant 1543, voir Copernic). Mais si même les races n'existent pas, une chose est sûre. Les sots existent. J'en ai rencontrés.

NB.- Je dédie avec émotion le présent billet à la mémoire de mes étudiants de "race tutsi" massacrés par des génocidaires de "race hutu", en 1972 et 1973.

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A propos de Stockholm

24 Mai 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Quand on marche à Berlin ou à Paris, ou à Stockholm, les tags innombrables qui recouvrent les murs nous rappellent que les cités civilisées abritent une racaille paresseuse et agressive de plus en plus nombreuse, organisée pour l'enlaidissement, le vandalisme, la destruction, le pillage, les caillassages et l'incendie. La Civilisation connaît désormais le visage et la signature de ses ennemis. Si donc il existe encore, parmi les peuples civilisés, des intellectuels engagés pour le progrès social et des politiciens oeuvrant pour le progrès éthique, ils savent maintenant quels sont leurs adversaires. L'Humanité a plus à craindre des voyous que des paradis fiscaux, du sida, du coronavirus, du tabac, de la consommation de viande de cheval ou des automobiles qui stationnent sur un trottoir. L'incendie de quelques dizaines de voitures aujourd'hui préfigure celle de cent, de mille, de dix mille voitures demain, et l'assassinat d'un gendarme ou d'un pompier annonce des dizaines, puis des centaines de victimes bientôt parmi les forces de l'ordre et les professionnels de la sécurité. Car les jeteurs de pierres et de bouteilles d'essence font plus de dégâts et affectent davantage le pouvoir d'achat des populations que la fraude fiscale ou la spéculation boursière. Il est plus facile de devenir voyou que policier, caillasseur que banquier, ou incendiaire que boulanger. Regardez la multiplication des tags, qui est l'indice observable de la multiplication des inciviques.

La Civilisation sait maintenant ce qui la menace : la Nature (ce n'est pas nouveau), l'Islamisme (dont les progrès augmentent de mois en mois), quelques Etats belliqueux et surmilitarisés (l'Iran, la Corée du Nord...), et la Racaille des villes et des banlieues. D'où vient le plus grand risque ?

Les "forces vives des Nations" ont des ressources limitées, hélas, pour lutter contre les menaces grandissantes d'adolescents casseurs et d'adultes grossiers et malveillants Et les moyens mis en oeuvre pour s'attaquer à la vieille dame qui a trop mal au dos pour ramasser les excréments de son chien sur un trottoir, ou à l'automobiliste qui conduit vite pour arriver à l'usine ou au bureau, ou pour organiser des campagnes publicitaires pour les préservatifs, ou pour empêcher l'usage de l'anglais dans les universités, tous ces moyens ne sont plus disponibles pour empêcher les émeutes destructrices qui, tout porte à le penser, deviendront de plus en plus meurtrières. Un Etat qui s'attaque aux promeneurs de chiens mais n'ose pas s'en prendre à la racaille a son avenir tout dessiné. En forme de tags.

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Mes tranches de vie

20 Mai 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

J'ai déjà, dans différents articles, expliqué que toute la philosophie s'est construite à partir du "Moi" des philosophes, c'est-à-dire de ces personnes singulières qui à Milet, à Ephèse, à Crotone, à Agrigente, à Athènes, puis ailleurs, un jour prirent conscience d'eux-mêmes et créèrent des idées et des concepts. Voir par exemple mon article "Moi et les autres" (Revue Générale 142(6/7): 49-53, 2007). Et toute la philosophie, c'est la base génératrice de tous les savoirs, y compris le plus élaboré de ces savoirs, la science. Car d'où viendrait la science, sinon des "Moi" des hommes qui, depuis Thalès à Milet jusqu'aux physiciens et biologistes et sociologues contemporains, tentent de connaître et de comprendre le Réel, c'est-à-dire tentent de savoir ce qui va "vraiment" arriver à leur "Moi". Il serait facile de montrer que tout le platonisme se résume à une biographie de Platon, que le cartésianisme n'est que la biographie de René Descartes, ou que le sartrisme n'est que celle de Jean-Paul Sartre (voir son admirable livre "Les Mots", qui aurait pu avoir pour titre: "Moi").Tout effort philosophique part d'un Moi qui s'observe, qui analyse sa propre existence, qui tente de connaître - dans l'angoisse - son destin. Car, comme le disait Maurice Merleau-Ponty, la philosophie n'est pas la recherche de l'Absolu, mais celle de l'Absolu agissant sur Moi. Que m'importent les étoiles, les atomes et les dieux, si je dois connaître la déchéance d'un cancer, d'une dégénérescence nerveuse, d'une quelconque dégradation de ce "Moi" qui m'enferme comme la plus impitoyable des prisons ?
Et qu'est-ce que ce Moi, sinon la succession de tranches de vie ? Aussi le temps est-il venu (pour Moi !!!) de faire le bilan de mes tranches de vie, qui se superposèrent parfois dans mon existence, car il m'est arrivé de poursuivre simultanément divers projets (au temps joli des enthousiasmes). Le temps est venu de mettre dans une petite valise, pour un définitif voyage, les restes de quelques moments de la vie d'un homme "qui se penche sur son passé". Je compte six tranches principales : professeur de philosophie au Burundi, chercheur en biologie végétale, historien des sciences (l'aventure de ma revue "Technologia"), éditeur (les péripéties de mon magazine "Ingénieur et Industrie"), poète (de 2001 à 2006), philosophe, c'est-à-dire analyste du moi "au niveau du concept", qui est la dernière tranche, car comment pourrais-je entamer une nouvelle tranche de vie après avoir plongé au plus profond de moi-même pour essayer de comprendre l'Être et le Temps ? Je suis arrivé dans la tranche de vie définitive, celle qui rassemble en une gerbe dérisoire et pourrissante tous les résultats des tranches de vie précédentes, la phase terminale de l'Existence, qui révèle ô combien cruellement les horreurs de la Vie, célébrée par des idiots, et ne signifiant rien ("and signifying nothing").
Pessimisme ? Quelle pourrait être la coloration de la pensée d'un homme qui observe les bêtises d'une Humanité incapable de se contenter de la finitude de ses membres, et qui sent dans ses organes opérer la puissance entropique du Néant ? Ah oui, une dernière remarque. Je note que ma fin de vie correspond au passage de l'état de poète à celui de philosophe (ce dernier état me ramène à ma prime jeunesse), c'est-à-dire des illusions fantasmatiques de l'Imaginaire et du Sentimental aux observations indépassables de la Réalité. Sois calme, ô ma douleur. J'ai quand même, en six tranches de vie, rédigé quelques phrases...
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L'inventeur de la pince a linge

13 Mai 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

L'outil statistique de mon blog me permet de voir que, assez régulièrement, un visiteur s'intéresse à l'inventeur de la pince à linge. Je ne sais pas si c'est le même quidam qui répète de temps en temps la même recherche, s'il a appris à marcher sur les trottoirs de Manille, de Paris ou d'Alger, je ne sais même pas s'il s'agit toujours de la même personne en quête de sens ou de plusieurs individus soucieux de répondre à cette grave question "qui a inventé la pince à linge" ? Mais cela me donne à penser. Car il y a dans le dérisoire de cette question toute la misère d'une certaine pratique de la philosophie : qui a dit que, qui a pensé que ?... Et si j'ai insisté dans certains de mes ouvrages - livres ou articles en revue - sur l'importance de certaines inventions (600 avant NSJC, Thalès invente la philosophie; 1543 après NSJC, Copernic invente l'héliocentrisme; 1661, François Vatel invente la Crème Chantilly; 1846, Adolphe Sax invente le saxophone), c'est toujours avec l'ironie qui s'impose, et c'est même un de mes leitmotive : qu'est-ce que l'importance ?

Pour ma part, j'accorde une importance mineure à l'invention de la pince à linge (sauf quand le vent est violent), et je porte à un des sommets de la créativité humaine l'invention de la crème fouettée de Vatel. Et si vous n'aimez pas la Crème Chantilly (qui mérite une majuscule, malgré les grammairiens), n'en dégoûtez pas les autres !

Salut à toi, anonyme chercheur de l'inventeur de la pince à fixer le linge après le lessivage et l'essorage, les deux mamelles de la propreté ! Tu me rappelles opportunément la vanité de certaines recherches, la vanité d'une certaine érudition, la vanité de certains questionnements. Qui a inventé la pince à linge? Autant demander qui a écrit les évangiles ou le Coran, et demander ce que valent ces vieux textes d'un Âge que le philosophe aurait pu croire révolu. Mais qui a inventé la Relativité, l'Evolutionnisme, la Mécanique quantique, la Biologie moléculaire et l'Editologie ? Hélas, cela n'intéresse pas la ménagère de moins de cinquante ans, ni d'ailleurs la ménagère plus âgée. Allons, il faut s'y faire. Ce qui est important pour l'un ne l'est pas pour l'autre. Et, au fait, qui a inventé l'humour ?

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Science, litterature et philosophie

10 Mai 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Philosophie

J'ai consacré l'essentiel de ma vie intellectuelle à méditer à partir 1° de l'oeuvre de Galilée, de Newton, de Lavoisier, d'Einstein et d'autres personnages du même genre, 2° des ouvrages de Sophocle, de Rabelais, de Balzac, de Simenon et d'autres auteurs du même acabit, 3° des travaux d'Aristote, de Kant, de Husserl et de Heidegger et de quelques autres penseurs du même niveau. Très haut, le niveau ! Et je ne peux en disconvenir, malgré tous les éloges des amoureux de la littérature : j'ai repéré dans l'histoire de la science des constructions mentales à donner le vertige, des progrès proprement époustouflants, une adéquation, surtout, avec le Réel de mon vécu qui n'existe nulle part ailleurs, en tout cas ni chez les littéraires, ni chez les philosophes. C'est-à-dire chez les amuseurs et chez les bavards. Car que nous apprend Simenon que nous ne savions déjà avec Sophocle, avec Homère ? Car que nous apprend sur l'Être un Heidegger, un Badiou, un Comte-Sponville (et mes propres philosophèmes) qui s'ajouterait au non-savoir d'Aristote, de Parménide, d'Héraclite ?

Au risque de provoquer l'ire des thuriféraires de Marcel Proust (ah, les belles phrases !) et le sarcasme des encenseurs de Frédéric Nietzsche (ah, quelle profondeur !), avec la certitude de passer au yeux des subtils et des cultivés pour un "matérialiste vulgaire", un rustre sans élégance, un mécréant du Sublime, je le dis et le répète pour ceux qui veulent réfléchir et penser : seule la science accède au vrai et à l'efficace, même si elle ne répond pas à nos plus angoissantes questions. J'ai examiné ce qu'ont donné à l'Humanité le tableau de Mendéléev et les Fleurs du mal. Toute la chimie, d'un côté. Et quoi de l'autre ? J'ai examiné ce qu'ont donné à l'Humanité les équations de Maxwell, les transformations de Lorentz, les Principia mathematica de Whitehead et Russell, et de l'autre côté le bateau ivre ou l'eau de la Seine qui coule sous les ponts de Paris. Des géants et des nains...

Ce n'est pas une préférence d'ordre esthétique, et je suis plus ému par un roman de Julien Green (ou agacé par un roman de...) que par le théorème de Poynting (encore que, il y a de la beauté dans les intégrales), mais les recherches de Poynting ont conduit (avec d'autres, et d'abord Maxwell et Hertz) à la découverte des ondes électromagnétiques, c'est-à-dire au télégraphe, au téléphone, à la radiodiffusion, à la télévision, au radar, au four à micro-ondes, à Internet, au GSM, au GPS... Je ne vois pas (mais je suis grossièrement aveugle à l'indicible et à l'inexprimable) à quoi mène Minuit !

Car, et c'est toute la différence entre le bavardage littéraire (qui a ses charmes) et celui des philosophes (qui a les siens), que les littérateurs naviguent dans l'esthétique, pour notre bon plaisir (je ne veux dégoûter personne de la littérature), alors que les philosophes déploient leurs pensées dans l'épistémique, ne cherchant pas à séduire et à amuser, mais à s'approcher le plus qu'il est possible du Réel. Je n'ai jamais vu de bateau ivre, ni de violons de l'automne, ni de coups de dés sans hasard, ni de vampires (malgré Stoker et surtout Jean Ray), et j'admets certes que Waterloo est une morne plaine, mais je me dis "et alors ?"

Et l'Humanité honore Victor Hugo, voire Camille Lemonnier et Emile Verhaeren comme des génies, et ignore les travaux de Coulomb, de Biot, de Savart, d'Oersted, d'Arago, de Volta, d'Ampère, de Fresnel, de Faraday, de Daniell, de Pixii, de Joule, d'Ohm, de Gauss...

Mais qui organise la mémoire de l'Humanité, sinon les pédants adulateurs de l'excellence (comme ils disent), les grimauds et les cuistres, les fonctionnaires de l'Inutile, les notaires du Somptueux, et surtout, à y bien penser, les organisateurs des célébrations qui vendent les droits d'entrée dans la Cour de récréation littéraire... La littérature, désintéressée paraît-il, survit, sombre ironie, grâce aux... lois du marché.

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Aristide Nerriere, nouveau metaphysicien

9 Mai 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Métaphysique

Il me faut signaler, à la double intention des authentiques chercheurs de sens et des véritables amateurs de beauté verbale, le livre du philosophe (et poète) Aristide Nerrière (1951). Il s'intitule "Métaphysique pour un nouvel existentialisme", ce qui est tout un programme, développé en phrases superbes en 237 pages, et qui vient de paraître, à Paris, aux éditions L'Harmattan, dans la belle collection "Commentaires philosophiques" dirigée par Angèle Kremer-Marietti (qui s'y connaît en commentaires).

Il est toujours difficile et en somme injuste de résumer un bon livre de plus de deux cents pages en vingt ou trente lignes. Il est d'ailleurs plus injuste encore de consacrer ne serait-ce qu'une ligne à un mauvais livre ! Mais comment faire ? Je ne peux, dans ce blog qui n'est lisible que si les billets sont courts, que me résoudre à l'hyper-concision, alors que le travail de Nerrière mérite une analyse approfondie. Parlons d'abord de la forme : elle est superbe ! Jugez-en. Pour nous rappeler la condition humaine (le tragique de la vie, selon Miguel de Unamuno), il présente ainsi les hommes : "pareils à des éphémères gravitant sans trêve autour d'une lampe" (p. 9). L'image n'est-elle pas superbe ? Ne sommes-nous pas, en effet, de misérables insectes éblouis par des lampes, d'ailleurs diverses : religions, idéologies, spiritualité, ou... métaphysique ? Et Nerrière enfonce le clou : "Car si personne n'échappe dans nos rangs à ce sempiternel prurit de l'interrogation fondamentale, pas plus les doctes que les prétendus simples en esprit, il reste que le salaire traditionnel des réponses est ici très insatisfaisant" (p. 9). Il faut donc, nous dit Nerrière, reconquérir l'espace de la métaphysique, abandonné d'après Nerrière depuis Kant. Et, de même que Marx a solennellement "renversé" la philosophie de Hegel, Nerrière entreprend de renverser l'existentialisme de Sartre. Il l'affirme haut et fort. Chez l'homme, ce n'est pas l'existence qui précède l'essence, mais "c'est au contraire le primat de l'essence qui fonde indubitablement la survenue de toute existence" (p. 10). On ne peut pas être sans être quelque chose !

La forme est donc magnifique. Et le fond ? C'est plus difficile d'en juger, ne serait-ce que parce que, chez Nerrière comme chez bien d'autres philosophes (on pouvait déjà le dire des présocratiques), la "profondeur" de la pensée se mélange à la subtilité de l'expression, et qu'il n'est pas toujours facile, pour le lecteur, de distinguer si son adhésion à la pensée de l'auteur provient de la force épistémique du jugement ou de la puissance rhétorique de la proposition qui exprime ce jugement. La question est pertinente (et impertinente pour les cuistres et les snobs) : philosophie ou littérature ? On peut le demander en lisant Schopenhauer, en lisant (et se délectant) Nietzsche, en lisant Aristide Nerrière. Car on est emporté par les phrases, mais emporté où ? Vers les hauts sommets peu fréquentés d'une montagne de vérité, ou vers les fantasmes de l'espoir méta-physique ? Alors, le nouvel existentialisme métaphysique de Nerrière, est-ce une philosophie novatrice qui nous révèle des aspects jusqu'ici ignorés de la condition humaine, ou le surgissement, dans une âme plus de poète que de métaphysicien, de l'émotion d'exister ? Est-ce une construction de l'esprit pensant, ou de l'esprit espérant. Lisons la dernière phrase de ce beau livre (p. 233).

"Désormais, que toutes nos aubes, nos heures, soient plus une occasion de joie, de partage et d'élévation que de doutes, d'égoïsmes ou de tourments. Ainsi, qu'il nous suffise de penser que tout demeure potentiellement ouvert, inouï, palpitant, et qu'il n'est de témoignage recevable que s'il incite la valeureuse prose humaine, pour l'instant soumise au diktat de la brièveté, à de nombreux et plus amples développements".

Qu'en pensez-vous ? Est-ce là la recherche de vérité d'un philosophe, où l'affirmation des espoirs, des générosités et des illusions d'un poète des bons sentiments ? La valeureuse prose d'Aristide Nerrière est belle, enchanteresse, et je vous promets de bonnes heures de lecture ? Mais le rôle du philosophe est-il de nous enchanter, ou de dire, d'essayer de dire le réel, aussi bien métaphysique que physique, le réel des corps vieillissants, des sociétés dégénérescentes, et des angoisses de l'ignorance des vérités ultimes ? 

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Le monde (l'Etre) est... electrique

7 Mai 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Il est fascinant de constater que toute la vision scientifique du monde aujourd’hui repose entièrement sur les développements de deux observations fortuites, accidentelles, faites il y a plus de vingt-cinq siècles, chez les Grecs, qui n’y ont d’ailleurs attribué que peu d’importance. Il s’agit de l’observation qu’un morceau d’ambre frotté attire de menus morceaux de papyrus et de celle de l’action attractive d’une certaine pierre sur de petits morceaux de fer. Ces modestes phénomènes d’attraction seront négligés par les penseurs pendant deux mille ans, et pourtant c’est de leur étude systématique – qui ne commencera qu’à la fin du XVIe siècle – que naîtra notre extraordinaire connaissance de la matière, aussi bien celle constituant les étoiles les plus lointaines de l’Univers, que celle qui forme les corps des êtres vivants, quels qu’ils soient. Et non seulement ces deux phénomènes, l’électricité et le magnétisme, fourniront la clé de la science de la matière, c’est-à-dire de la Physique, de la Chimie et de la Biologie (car même la Vie est de nature « électromagnétique »), mais leur connaissance de plus en plus approfondie permettra le développement d’une technologie d’une efficacité impensable au temps des Grecs de l’Antiquité. Car il n’y a guère d’outils, de machines ou de systèmes techniques fonctionnant, aujourd’hui, sans l’intervention d’électricité. Et même les objets les plus courants et les plus humbles de notre vie quotidienne, comme une pince à linge, un peigne ou un crayon, si l’on peut s’en servir sans courant électrique, il faut savoir que l’électricité est intervenue dans leur fabrication, leur transport et leur distribution !

J'ai essayé de déterminer comment, en partant de deux vieilles observations des Hellènes, la connaissance de l’électricité et du magnétisme s’est construite en quelques siècles, et comment ces « merveilles » que sont nos moteurs électriques, nos centrales électriques, nos trains électriques, nos ordinateurs électroniques et nos téléphones électroniques ont été conçues et réalisées, car ce sont bien des objets merveilleux, que nos ancêtres auraient crus possibles seulement grâce à un miracle.

Nous avons déjà étudié l’histoire de l’électricité dans trois ouvrages constituant une histoire de la Physique et de la Chimie[1], et nous avons aussi abordé l’histoire de l’électrotechnique dans notre étude sur l’histoire de la technique[2] après 1800.

Notre but n’est pas uniquement historien. Certes, il est intéressant de connaître l’histoire des physiciens et des ingénieurs dont les œuvres nous permettent d’éclairer nos nuits à l’aide de lampes électriques ou d’utiliser toutes sortes de dispositifs électrifiés. Mais nous espérons en outre, par l’examen de cette histoire, comprendre comment des expérimentateurs et des théoriciens sont parvenus à analyser les phénomènes électromagnétiques, sont parvenus à prévoir avec une précision formidable les comportements de circuits électriques d’une extraordinaire complexité, et au fond nous voulons savoir comment l’étude approfondie de l’attraction électrique et de l’attraction magnétique a permis à l’esprit humain de percer les secrets de la matière. Comment l’on en est arrivé à concevoir, en somme, la matière comme formée d’électricité. N’est-ce pas fascinant ? C’est dans les attractions « électriques » et « magnétiques », presque négligeables et en tout cas négligées par les Grecs, par les Romains et par tout le Moyen Âge, que réside le « secret de la matière » ! Etudier l’histoire de l’électricité, ce n’est donc pas seulement faire un voyage historique dans le pittoresque et l’anecdotique des expériences anciennes et des théories passées, c’est pénétrer au cœur même de la pensée scientifique, c’est prendre conscience que ce n’est que par l’observation la plus exigeante combinée au raisonnement le plus rigoureux que l’humanité est parvenue à comprendre, sinon son destin et le « sens » de la vie, au moins la nature de cette matière qui l’environne de toutes parts, et qui est même ce dont est fait son propre corps.

Car c'est un fait, et un fait admirable : toute notre connaissance du monde, de l'Être, et toute notre capacité d'action proviennent de l'observation attentive de ceci : un corps frotté attire la poussière !!!

 


[1] J.C. Baudet : Penser la matière, Vuibert, Paris, V+389 p., 2004 ; Penser le monde, Vuibert, IV+283 p., 2006 ;  Expliquer l’Univers, Vuibert, VII+420 p., 2008.

[2] J.C. Baudet : De la machine au système, Vuibert, Paris, VII+600 p., 2004.

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