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Jean C. Baudet

Articles avec #belgique tag

Sur quelques ecrivains belges

28 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Belgique

Ce matin, après avoir pris mon petit déjeuner (pain aux raisins et café au lait), dans la morosité d’une journée d’avril au ciel de grisaille, je me suis mis à songer à tous ces écrivains belges que j’ai connus, que j’ai souvent appréciés, que j’ai admirés parfois, et qui sont morts : Emile Poumon (décédé en 2000), Georges Sion (2001), Charles Bertin (2002), Raymond Quinot (2005), Marcel Hennart (2005), Roger Foulon (2008), Jacques Henrard (2008), Roger Pâquet (2008), Jean-Louis Crousse (2008), Patrick Virelles (2010), Juliette Aderca (2011), Emile Kesteman (2011), Ariane François-Demeester (2012), Alain Bertrand (2014), Joseph Boly (2014), Maria Caunus (2014), Jean Dumortier (2014), Jean-Luc Wauthier (2015), France Bastia (2017)…

Que sont mes amis devenus ? (Rutebeuf).

En écrivant cette parole, à peu que le cœur ne me fend (Villon).

Et je poursuis ma méditation nostalgique…

Qui lit encore les poèmes et les romans, les drames et les essais de ces littérateurs qui par les ombres myrteux prennent leur repos ? (Ronsard).

Et je songe maintenant aux écrivains belges, amis ou ennemis, que je connais ou que j’ignore, dont j’ai lu quelques textes avec plaisir ou ennui, ou dont je n’ai pas lu une seule ligne, qui vivent encore et qui publient, et dont je sais que, tôt ou tard, ils vont aussi mourir.  

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Le Non-Dit de Michel Joiret

28 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie, #Belgique

Mon article « Les Belges et la philosophie », paru dans ce blog le 16 juillet 2016, vient d’être publié dans le numéro 113 (daté d’octobre 2016) de la revue Le Non-Dit (Bruxelles). Celle-ci, qui est trimestrielle, a été fondée par Michel Joiret, poète, romancier, essayiste et critique littéraire, en 1988, et continue de paraître sous la valeureuse direction de son fondateur. Valeureuse ? C’est qu’il faut un courage certain et une certaine abnégation pour éditer une revue littéraire en papier dans un pays (la Belgique de langue française) dont les autorités ne manifestent pas une attention aiguë à la littérature, à une époque où les médias électroniques (radio, télévision, réseaux) concurrencent de plus en plus les productions typographiques et la lecture sans images et sans sons, à un moment aussi où le marasme économique a endetté les pouvoirs publics, ce qui ne leur laisse qu’une faible « marge de manœuvre » pour soutenir financièrement l’activité des écrivains et des éditeurs. Je note toutefois que la revue de Joiret bénéficie du soutien du Fonds national de la Littérature, ainsi que du Département Culture de la Ville de Bruxelles.

Le dernier numéro du Non-Dit est presque entièrement dédié à la poésie, avec d’intéressantes études consacrées à des poètes belges disparus (Jean-Luc Wauthier, Liliane Wouters, Marie-Claire d’Orbaix, Jean Dumortier, Adrien Jans) et à des poètes encore vivants (Daniel Soil, Rose-Marie François, Dominique Aguessy, Noëlle Lans). Ces évocations d’œuvres poétiques importantes sont dues aux plumes érudites et amicales de Michel Joiret, de Joseph Bodson, de Renaud Denuit, de Thierry-Pierre Clément.

On trouvera aussi dans cette livraison un texte d’inspiration surréaliste de Louis Mathoux et deux poèmes de T.P. Clément.

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Les Belges et la philosophie

16 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Belgique, #Philosophie

Les Belges et la philosophie

Il arrive parfois que je relise l'un ou l'autre passage de l'un ou l'autre de mes livres, et j'y prends même un scandaleux plaisir car, à tout prendre, je préfère ma prose explicite, précise et sereine à celles, inutilement obscures, alambiquées, vainement prétentieuses et ridiculement pédantesques d'un Edmond Husserl, d'un Martin Heidegger, ou même d'un Gilles Deleuze. Comme s'il fallait être amphigourique pour être "profond" ! C'est ainsi que hier, dans la soirée, je relisais, avec une joie présomptueuse et même carrément outrecuidante, la page 129 de mon ouvrage A quoi pensent les Belges ? publié en 2010 par les éditions Jourdan. J'y présentais l'ouvrage (publié en 1910) de Maurice De Wulf : Histoire de la philosophie en Belgique, un gros volume de 374 pages. Voilà ce que j'écrivais il y a quelques années - et mon appréciation sévère n'a pas changé: " Après tout, qu'est-ce que les Kant et les Platon et les Schopenhauer ont vraiment apporté à l'Humanité, par rapport à ce que lui ont donné le Belge Etienne Lenoir - le moteur qui équipera les autos et les avions, le Belge Zénobe Gramme - l'électricité, le Belge Ernest Solvay - l'industrialisation de la chimie, ou le Belge Adolphe Sax - les suaves et envoûtantes sonorités du saxophone ? ". Quelques années plus tard, je n'ai rien à modifier à ce texte, sinon peut-être que je remplacerais le mot "Belge" par le mot "Wallon".

Maurice Wulf, au terme de son enquête sérieusement érudite - il était professeur à l'Université de Louvain et disposait des richesses de la meilleure bibliothèque de Belgique -, formule sa conclusion de manière claire et distincte : " la Belgique n'a donné le jour à aucun philosophe de génie ". Cent ans plus tard, je crains bien n'avoir rien à ajouter à ce triste constat. La Belgique a donné le jour à de grands ingénieurs, fort nombreux, mais à très peu de penseurs systématiques. C'est peut-être parce que la Belgique est profondément imprégnée de christianisme (la seule université en Belgique, de 1426 à 1797, est l'Université Catholique de Louvain), que ses "intellectuels" n'ont pas su rejeter les traditions catholiques ou sont, pour la plupart, tombés dans les ornières modernes des socialismes, qui sont les résurgences sécularisées de la charité judéo-chrétienne. A quoi bon penser quand on trouve la Vérité dans les livres de Marc, de Matthieu, de Luc, de Jean et de Marx ?

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Au CA de l'AEB

12 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Belgique

J"étais hier soir au Conseil d'administration de l'Association des Ecrivains belges, dégustant des morceaux de gâteau au chocolat avec d'abord du café au lait, puis un excellent vin rouge, tout en écoutant attentivement mes collègues. Il ne m'appartient évidemment pas de dévoiler le secret des délibérations, ni de révéler sur la place publique, à l'attention des lecteurs de mon blog (que je remercie de l'intérêt qu'ils manifestent pour mes réflexions politiquement incorrectes et foncièrement anti-religieuses), les débats, discussions, échanges d'idées, prises de bec, propos, enthousiasmes, regrets divers, considérations opportunes ou hors sujet, délibérations et décisions du Conseil. Je dois m'astreindre à un devoir de réserve, et je ne dirai pas ce que mon cher confrère X à dit de mon aussi cher confrère Y, ni même de ce que ma chère consoeur A a dit, avec une certaine véhémence qui m'a étonné, de ma non moins chère consoeur B.

Mais je peux révéler sans trahir le secret des délibérations - puisque la chose sera publiée dans la revue de l'AEB - qu'il y avait à l'ordre du jour la nomination d'un vice-président et d'un secrétaire général, et que désormais le "bureau" de l'AEB se compose de : Anne-Michèle Hamesse, présidente, Michel Joiret, vice-président, Jean-Pol Masson, secrétaire général, Jean-Loup Seban, trésorier.

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Chez les ecrivains wallons

5 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Belgique

Chez les ecrivains wallons

J’étais hier soir à la soirée littéraire de l’AREAW, qui a lieu à l’Espace Wallonie, dans une cave aménagée en estaminet, tous les premiers mercredis du mois, sous la présidence de Joseph Bodson. L’Association royale des Ecrivains et des Artistes de Wallonie avait organisé la séance en trois actes. Le premier fut didactique, le second critique, le troisième allia les vertus expressives de la concision à l’humour – et à la profondeur – d’une certaine poésie.

Acte premier : Jean-Pierre Dopagne et Michel Otten (professeur émérite de l’Université Catholique de Louvain) discutent doctement autour d’un ouvrage récent de celui-ci : Paysages du Nord – Etudes de littérature belge de langue française. Le dialogue a porté sur une question importante, à vrai dire même essentielle : existe-t-il une « littérature belge » (ou les écrivains belges ne forment-ils qu’une province de la littérature française ?). Le professeur Otten répond vigoureusement par l’affirmative, opposant Camille Lemonnier à Zola, et comparant Michel de Ghelderode à Shakespeare. Mais alors, si la littérature belge est spécifique, quelle est sa spécificité ? Otten (émule de Barthes, de Kristeva et des autres « vaches sacrées », comme disait René Pommier, de la critique littéraire placée sous les signes ambigus de la sémiologie et de la psychanalyse), après de longues recherches menées avec toute la rigueur quasi scientifique de la philologie, a la réponse. Les littérateurs belges se distinguent de leurs confrères français par l’intérêt pour les paysages ! Et pour illustrer cette thèse paradoxale (mais le paradoxe est le grand souci des disciples de Barthes), Michel Otten cite Bruges-la-Morte. Il distingue aussi soigneusement le symbolisme français du symbolisme belge, celui-ci étant, d’après le professeur, plus profondément influencé par le romantisme et par la philosophie idéaliste des Allemands.

Acte deuxième : Michel Ducobu présente et interroge Anne Grauwels, à propos de son roman Une année douce. C’est l’histoire des amours d’une femme située entre deux hommes, qui cherche la solution de ses problèmes sentimentaux chez les psychanalystes. Ducobu a tôt fait de découvrir que le texte est une autofiction, et l’interview prend des allures de dialogue de sourds, faisant malicieusement écho à une déclaration précédente de Michel Otten, qui déclarait fort justement qu’une œuvre littéraire peut donner lieu à de multiples lectures.

Acte troisième : un véritable feu d’artifice, brillant de mille feux. Deux auteurs d’aphorismes, Louis Savary et Max De Backer, ont procédé à un étonnant échange de maximes, tour à tour plaisantes (souvent) et sévères (moins fréquemment), rappelant fort à propos que la littérature est un jeu de mots, visant à faire rire ou à émouvoir, et aussi à donner à penser.

J’ai terminé la soirée en buvant trois verres de vin rouge, en grignotant quelques biscuits salés, et en retrouvant avec plaisir quelques amis : Jacques Goyens, Dominique Aguessy, Isabelle Bielecki, Mireille Dabée, Liza Leyla, Claire Anne Magnès, Martine Rouhart…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Anne-Michele Hamesse et les ecrivains belges

5 Février 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Belgique

J’ai participé, hier soir, à la réunion du Conseil d’administration de l’AEB, qui avait un point crucial à l’ordre du jour : la désignation « en son sein » (conformément aux statuts) d’un nouveau président. C’est que l’Association des Ecrivains belges en langue française, fondée en 1902 par Octave Maus, était sans président depuis décembre 2015, du fait de la démission pour raison de santé du président Jean Lacroix. Et l’on sait que, sans capitaine, un bateau est un peu ivre.

Malgré la pluie et le vent, j’ai donc quitté ma bibliothèque paisible et bien chauffée pour rejoindre la quinzaine d’administrateurs rassemblés dans un des salons de la Maison des Ecrivains, chaussée de Wavre à Ixelles, qui est aussi le siège du Musée Camille Lemonnier (né et mort à Ixelles), actuellement en cours de rénovation. Soit dit en passant, Ixelles est peut-être la commune la plus littéraire de la région bruxelloise, avec plein de souvenirs de grands écrivains belges qui y sont nés et qui hantent encore ses rues et ses avenues, sous la pluie et dans le vent.

Les délibérations se sont déroulées sous la conduite de France Bastia, présidente d’honneur de l’AEB, romancière, rédacteur en chef de la Revue Générale. Le fameux consensus, qui pèse si bien le pour et le contre, et qui est toujours un compromis, a désigné comme nouveau président des écrivains belges Anne-Michèle Hamesse, auteur de plusieurs romans, parmi lesquels je cite, sans être complet : Natale (Luce Wilquin, 1994), Le jeune homme de Calais (Wilquin, 1995), Bella disparue (Wilquin, 1997), Villa Théodore (Wilquin, 2003), Les années Victoire (Novelas, 2012).

Le bureau de l’AEB est donc maintenant formé par le nouveau président, avec Renaud Denuit, vice-président, Michel Stavaux, secrétaire général, et Jean-Loup Seban, trésorier.

Je suis rentré chez moi, dans le vent et sous la pluie, satisfait. L’AEB est en de bonnes mains. Or c’est, à Bruxelles mais pour toute la Belgique, un lieu de résistance littéraire et intellectuelle, où l’on peut encore célébrer quelques mots de la langue française, où l’on peut encore libérer la parole et participer à l’effort d’émancipation des consciences, par les livres, dans leur belle multiplicité. Car il faut, de plus en plus, se méfier des lecteurs d’un seul livre.

Mais j’ai quand même un regret. Il aurait fallu, pour respecter la sainte diversité, que le nouveau président soit à la fois un homme et une femme, un hétéro et un homo, un jeune et un vieux, un Bruxellois, un Wallon et un Flamand (qui écrirait en français), un Belge et un immigré, un romancier et un essayiste, un dramaturge et un poète, un blanc et un noir, un travailleur et un chômeur, un chauve et un chevelu, un néo-libéral et un paléo-socialiste, un carnivore et un végétarien, un buveur de vin et un buveur de bière (y a-t-il des buveurs d’eau parmi les écrivains belges ?), un lève-tôt et un lève-tard, un fumeur et un non-fumeur, un automobiliste et un piéton, un tragique et un comique, un pince-sans-rire et un pisse-vinaigre, un m’as-tu-vu et un m’as-tu-lu, un prosaïque et un versificateur, un ancien et un moderne.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Quaghebeur, Toussaint et les ecrivains belges

4 Février 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Belgique

J’étais présent, hier, à la soirée mensuelle de l’Association royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie, à Bruxelles, à l’Espace Wallonie (tout près de la Grand-Place), où j’ai le plaisir de revoir périodiquement quelques amis. Deux ouvrages récemment parus étaient présentés, Histoire, forme et sens en littérature – La Belgique francophone (1815-1914) de Marc Quaghebeur et C’est trop beau, trop – Cinquante écrivains belges de Pascale Toussaint. Quaghebeur, poète, écrivain et historien de la littérature, est le directeur des Archives et Musée de la Littérature (à Bruxelles). Toussaint est professeur de langue et de littérature françaises. Je note aussi qu’elle est l’épouse du peintre et écrivain Jacques Richard. Quaghebeur a dialogué avec Joseph Bodson, l’infatigable président de l’AREAW, et Toussaint fut présentée par Jacques Goyens.

Soirée consacrée donc à la littérature française chez les Belges, à moins qu’il ne fût question de la « littérature belge en langue française », ou peut-être de la « littérature en français en Wallonie et à Bruxelles ». Ces hésitations terminologiques ne sont pas vaines (et ne sont pas neuves non plus), ont même une profonde signification politique, puisqu’il s’agit d’un marqueur décisif d’une identité. Les écrivains belges qui ont choisi d’écrire en français participent-ils à la construction de la littérature française, ou sont-ils les représentants d’une littérature belge ?

L’ouvrage de Quaghebeur est le premier volume d’une « histoire de la littérature en Belgique francophone » qui sera une véritable somme, toute de profonde érudition et de subtile réflexion critique sur le fait littéraire dans un Etat à qui manque l’unité linguistique. L’auteur n’a pas manqué de rappeler que la Littérature est le résultat de l’Histoire. Le livre de Toussaint, moins ambitieux, n’est pas moins utile. C’est une anthologie qui donne un aperçu de l’œuvre si variée des Belges (Flamands, Wallons ou Bruxellois) qui ont fait métier d’écrire, et qui l’on fait dans la langue de Rabelais et de Montaigne.

J’ai beaucoup aimé ces deux présentations, à la fois passionnées et savantes. Et je suis rentré chez moi, dans la grisaille (un des traits de la belgité, ou de la belgitude) d’un soir d’hiver, avec en tête une grave question. Faut-il, en Belgique, et spécialement dans la communauté française du royaume, enseigner la littérature belge ? Faut-il initier la jeunesse aux œuvres de Shakespeare, de Molière, ou de Michel de Ghelderode ? Aux textes de Descartes, d’Emmanuel Kant ou de Chaïm Perelman ? Aux romans de Stendhal, de Balzac, de Zola, de Proust, de Camus, ou à ceux de Camille Lemonnier et d’Alexis Curvers ? Dans un monde menacé par les communautarismes, dans le fracas des explosions des attentats islamistes et dans le pénétrant silence de la pensée libre qui renonce à s’exprimer, faut-il former les citoyens du XXIème siècle en faisant connaître les œuvres littéraires de portée universelle, ou les écrits de ceux qui sont nés quelque part ? Faut-il enseigner ce qui distingue, ou ce qui rassemble ?

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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L'histoire des ingenieurs belges

19 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Technologie, #Belgique

L'histoire des ingenieurs belges

L'historiographie de la Belgique est très riche, et comporte de nombreux ouvrages sur les peintres belges, sur les princes et les princesses de Belgique, sur les politiciens belges, sur les écrivains belges, sur les chanteurs belges, sur les pédophiles belges, sur les dessinateurs belges de bandes dessinées, etc. Cependant, un peu de réflexion mène à comprendre que les Belges ne doivent pas leur existence aux peintres, aux princes, aux politiciens, aux écrivains ! Certes, Magritte, Léopold II, Paul-Henri Spaak, Verhaeren ont accompli, chacun dans leur domaine, des oeuvres gigantesques et admirables, mais la vie même des Belges dépend davantage des constructions matérielles (les routes, les ponts, des machines agricoles, des chemins de fer...) et de l'industrie, c'est-à-dire de la Technique, que des toiles de Rubens et de Matisse, ou des oeuvres d'Eugène Ysaye ou de Joseph Jongen ! Les ingénieurs ont "construit" la Belgique, donnant à son peuple eau potable, nourriture (ingénieurs agronomes) et infrastructures, les autres lui ont apporté des ornements (toiles peintes, récits captivants, discours politiciens...). Sartre le disait déjà : chez l'homme, l'existence précède l'essence. Avant de s'évader dans la littérature ou dans la musique, ou de s'adonner aux somptueux plaisirs de la recherche philosophique, l'homme (même le Belge) doit boire et manger. Le Belge a plus besoin de bière et de frites que de poésie, et l'on n'a ni frites ni bière sans ingénieurs... Le moteur de l'Histoire n'est pas la Culture, mais la Technique, les "moyens de production", et donc les ingénieurs. Marx le savait déjà.

J'ai donc consacré une partie de mes travaux d'épistémologie et d'histoire de la science à l'étude de l'évolution de la Technique et, très concrètement, j'ai publié trois livres sur les ingénieurs belges : Les ingénieurs belges (APPS, Bruxelles, 1986, épuisé), Histoire des sciences et de l'industrie en Belgique (Jourdan, Bruxelles), Les plus grands ingénieurs belges (La Boîte à Pandore, Paris).

Ces trois ouvrages constituent une contribution "matérialiste" à l'historiographie de la Belgique. Ils posent quelques graves questions, notamment celle-ci. La Belgique aura-t-elle suffisamment d'ingénieurs pour concevoir, réaliser et utiliser les moyens technologiques qui seront nécessaires pour affronter les défis de notre temps : énergies renouvelables, limitation des émissions de gaz à effet de serre, épuisement des ressources en métaux nécessaires pour les télécommunications, dispositifs de sécurité contre le terrorisme, le banditisme et la cybercriminalité, techniques de recyclage, médicaments adaptés aux nouvelles pathologies, méthodes de dépollution.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur les Flamands et les Wallons

16 Septembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Belgique

Sur les Flamands et les Wallons

Dans mon ouvrage A quoi pensent les Belges ? (Jourdan, Bruxelles, 361 pages), je propose une analyse de l’évolution de la vie « intellectuelle » en Belgique, pointant évidemment la question linguistique, puisque, en Belgique comme ailleurs, on pense avec les mots de la tribu. Lors de l’accès à l’indépendance des Belges, en 1830, ceux-ci parlent soit le français, soit des patois ou dialectes flamands, brabançons, limbourgeois, wallons, picards… En simplifiant, on peut nommer trois langues vernaculaires principales (français, flamand, wallon) et une langue véhiculaire (français). Donc trois communautés principales – française, flamande, wallonne –, si l’on veut bien entendre par « communauté » tout groupe humain dont les membres peuvent communiquer, grâce au partage d’un même idiome.

Voici un extrait de mon livre, où il est question de l’écrivain Eugène Baie (1874-1863), né à Anderlecht (Bruxelles), et plus particulièrement de son étude L’épopée flamande, parue en 1903.

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Dans cet ouvrage, l’auteur propose une relecture émue de l’histoire, pour assister à la formation de la Flandre, en remontant jusqu’aux temps préhistoriques, ce qui est justifié comme suit : « C’est pendant qu’un peuple se conforme à la brutale empreinte de son milieu d’élection que sa façon de sentir nous apparaît avec le plus de relief ». Et de conclure : « comme le Flamand s’est dégagé, peu à peu, du Conquistador germain, la Flandre s’est dégagée de l’océan ».

Les conceptions de Baie conduisent à une vision de la Belgique du début du XXe siècle diamétralement opposée à celle, par exemple, d’un Edmond Picard. « Définitivement », affirme Baie, « les petites civilisations de la Flandre, de la Wallonie et, en fin de compte, de la Néerlande avortent dans l’impossibilité où elles se trouvent de concilier leurs énergies ou de discerner les moyens d’y réussir ». Il y a décidément, ajoute-t-il, « dans les provinces belges, deux races entre lesquelles se consomme un irréductible divorce de mœurs, de caractères, de langues ». Et il précise : « de souche germanique, la race flamande virile, combative, réfléchie, conserve, de ses jours de splendeur, une langue et des traditions ; d’essence latine, la race wallonne laborieuse, versatile, prompte à l’enthousiasme, a trop souvent cédé aux dépens de ses intérêts à la générosité de ses impulsions émotives. Leur génie s’est d’ailleurs traduit différemment : l’énergie du Flamand, expansive et panthéiste, s’est figée sur la toile, en la violence du geste ; la frivolité du Wallon, imaginative et primesautière, accessible à toutes les subtilités élégantes des Latins, s’est énoncée musicalement en la grâce des fioritures. Des origines, des sensibilités (… diverses font que…) la constitution du pays est fondée sur une compétition d’intérêts ».

Une telle présentation peu nuancée des Flamands et des Wallons serait considérée aujourd’hui comme un « cliché ». Il est intéressant de savoir, me semble-t-il, que le cliché date de plus de cent ans.

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La Revue Generale a 150 ans !

13 Juin 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Belgique

J'étais, ce matin de juin, dès dix heures, au Palais des académies, pour assister à la séance de commémoration du 150ème anniversaire de la Revue Générale, la plus ancienne revue vivante en Belgique, fondée à l'initiative des évêques belges en 1865, lors de la dernière année de règne du roi Léopold numéro un. Je suis membre du Comité de rédaction de ce périodique depuis 1996, et je me réjouis toujours quand l'occasion se présente de revoir mes collègues. Il y avait une bonne centaine de personnes dans l'auditorium de la rue Ducale. Des collaborateurs réguliers ou occasionnels, des lecteurs sans doute, des curieux peut-être.

La séance a commencé par une allocution de Jacques De Decker, secrétaire perpétuel de l'Académie de langue et de littérature françaises, que j'écoutai attentivement assis à côté de mon ami Jean-Loup Seban et juste derrière le poète Piet Lincken. Puis il y eut un excellent exposé de Francis Delpérée, qui sut rendre vivante l'évocation de l'histoire (un siècle et demi de l'histoire des Belges !) de la revue, fondée par le parti catholique au temps du premier Léopold et devenue pluraliste (sinon, comment y serais-je ?) au temps du roi Philippe. Francis commença par une métaphore anatomique en expliquant que la RG marche sur deux jambes. Il voulait dire la Politique et la Culture, car c'est bien le commentaire politique et le commentaire culturel (surtout littéraire) qui se partagent l'essentiel des pages de la revue. Francis termina cette allocution historique et captivante (je voyais défiler les grandes heures, pas toutes glorieuses, de l'aventure des Belges, et je me souvins de Georges Sion...) par quelques considérations bien venues sur la délicate coexistence des médias de papier et d'Internet. Puis il y eut l'intervention de Jean-Baptiste Baronian, dont l'extraordinaire érudition littéraire me surprend toujours. Il m'apprit notamment, à propos d'une comparaison entre la RG et la Revue des Deux Mondes, qu'Alfred de Musset appelait Sainte-Beuve "Sainte-Bévue". Vraiment, je ne m'ennuyai point.

Le mot de la fin revint évidemment à France Bastia, directeur et rédacteur en chef de la revue, rayonnante, enthousiaste et très émue. Je sais la somme de travail, d'abnégation, de courage, il faut pour diriger une revue et pour faire sortir tous les mois une nouvelle livraison (j'ai fait ce dur métier de 1978 à 1996). Comme c'est court, un mois (qui court...) pour sélectionner des textes, pour mettre en pages, pour discuter avec les auteurs (souvent prolixes), pour faire imprimer, pour organiser le routage, et pour recommencer à pousser le rocher de Sisyphe du prochain numéro.

Après les applaudissements, l'assistance grimpa le grand escalier au tapis rouge pour se rendre à la salle des marbres, pour saluer, pour congratuler, pour s'enquérir de la santé de l'un ou du dernier succès littéraire de l'autre, pour manger et pour boire. C'est ainsi que j'eus le bonheur, entre autres rencontres, de m'entretenir avec les poètes Dominique Aguessy, Isabelle Bielecki, Claire-Anne Magnès, avec les romancières Anne-Michèle Hamesse, Martine Rouhart, Evelyne Wilwerth, avec Renaud Denuit, avec Vincent Dujardin, avec Guy Delhasse, avec Edmond Radar, avec Marc Wlmet, avec Christian Libens...

150 ans ont passé, une tradition culturelle s'est maintenue à travers les vicissitudes socio-politiques du "vivre ensemble" de deux peuples européens qui ne parlent pas la même langue. Mais curieusement, dans la salle des marbres, il m'a semblé que l'on parlait plus des Grecs que des Flamands. Il est vrai que, comme l'a rappelé Francis Delpérée, la RG est "ouverte sur le monde"...

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