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Jean C. Baudet

Sur l'histoire des techniques

29 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Technique

Sur l'histoire des techniques

Mon dernier livre vient de sortir de presse : Histoire des techniques - De l'outil au système (Vuibert, Paris, 378 pages). Une histoire passionnante, non pas des batailles, non pas des fantasmes et des illusions, mais des réels progrès qui ont vraiment changé les conditions d'existence des espèces d'hominiens, depuis la pierre taillée jusqu'à Internet et aux téléphones portables.

J'ai tenté dans cet ouvrage de réduire à l'essentiel mon étude de l'histoire des techniques parue en deux volumes, chez le même éditeur : De l'outil à la machine (2003) et De la machine au système (2004). On pourra lire ce livre comme une analyse du moteur de l'Histoire, qui est la Technique, ensemble des "moyens de production" (Marx) dont dispose l'Humanité pour tenter de répondre à ses besoins et à ses désirs, véritable "signe de l'humain" (J.C. Baudet : Le signe de l'humain, L'Harmattan, Paris, 2005). Je propose, entre autres, une analyse épistémologique du passage de la "technique" à la "technologie", point de départ des "révolutions industrielles".

La réflexion sur la Technique conduit à quelques constats ;

1° No future without technology !

2° Sine technologia vita est quasi mortis imago !

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Penser l'islam avec Michel Onfray

21 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Islamisme

Mon travail de philosophe, je l’ai déjà dit et répété dans cette chronique d’un penseur solitaire, consiste à définir les déterminations de l’Être et, si possible, d’en déduire des préceptes éthiques et politiques. Mais je suis régulièrement intéressé par l’Actualité, que j’observe grâce aux chaînes françaises et belges de télévision. Je sais… Je devrais prendre du recul, et consulter également des émissions en chinois, en coréen ou en portugais, mais la barrière linguistique est infranchissable. Mais les événements en France et en Belgique sont déjà assez nombreux et complexes, et leurs commentaires polluent mon travail mental avec des questionnements plus terre à terre. Ainsi, à mes méditations ontologiques se mêlent des interrogations sur le code français du Travail, sur l’orthographe du français, sur le sort de l’agriculture en Europe, sur l’évolution du métier de libraire, etc. Par exemple, je me repose la question de l’islam, de l’islam radical, de l’islamisme et de l’islamisation, ayant appris, grâce à l’émission TV « La Grande Librairie », que Michel Onfray vient de publier Penser l’islam. Comme toujours, interview passionnante de l’auteur, qui explique – mais n’est-ce pas une évidence – qu’il faut lire le Coran de manière critique pour mesurer les dangers que l’islam fait courir à la démocratie et à la civilisation qui s’en inspire, en tant que religion qui prétend être basée sur la parole même de Dieu ! Et Onfray nous rappelle que la plupart des « grandes civilisations » trouvent leur origine et leur vigueur dans une croyance au sacré. Il y eut aussi des « actions syndicales » en France, contre un projet de réforme du code du Travail. Ce qui a fait dire à Franz-Olivier Giesbert, dans un talk-show dédié au divertissement et à la bien-pensance politiquement correcte, que « le gouvernement a plus peur de la CGT que de Daech ». Quel est le rôle des syndicats dans le déclin de la France ? Voilà qui m’éloigne de l’Être en tant qu’être.

Il y eut aussi l’arrestation télévisée de l’islamiste sanguinaire Abdeslam, dans la commune belge de Molenbecque, auteur d’un massacre (avec des complices) à Paris en novembre. Les commentateurs (politiciens et journalistes) cherchent maintenant à critiquer les forces de l’ordre, plutôt que de saluer un véritable exploit de la police fédérale belge, capable de localiser et d’arrêter, sans victimes collatérales, un terroriste se planquant facilement dans une commune à forte population musulmane, où il a trouvé la complicité d’amis et de membres de sa famille. Tout cela donne à penser. Et je me demande d’où vient l’argent avec lequel Abdeslam et consorts payeront les honoraires de leurs avocats…

Penser l'islam ? Il faut lire le Coran, certes. Mais il faut aussi observer l'état de l'Humanité mondialisée, et étudier les statistiques démographiques des différents pays, déjà ou pas encore musulmanisés. D'après la logique d'Aristote et la science que l'on appelle dynamique des populations, quel est l'avenir probable d'un peuple qui limite les naissances par la contraception et par l'avortement, et qui s'acharne à faire vivre le plus longtemps possible ses vieillards ?

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Epistemologie et ontologie

20 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Epistémologie

La philosophie moderne a avancé d’un grand pas, peut-être décisif, en comprenant que le problème épistémologique (le Savoir) et le problème ontologique (l’Être) sont indissolublement liés. C’est le cercle vicieux par excellence ! Les conditions du Savoir sont à l’évidence déterminées par la constitution de l’Être (tout être connaissant fait partie de l’Être), et cette constitution ne peut être connue que si cette constitution autorise le Savoir. Ainsi peut-on prétendre que l’épistémologie et l’ontologie sont des sciences préjudicielles l’une de l’autre. C’est ce qu’avait entrevu Husserl en notant que l’édification d’une théorie de la connaissance rencontre « des abîmes de difficultés ». Pour pouvoir prétendre, comme l’a fait Hegel (et Parménide bien avant lui), que « tout le réel est rationnel », il faut déjà connaître et le réel (l’Être) et le rationnel (le Savoir). Bien entendu, j’utilise pour établir cette circularité les « lois de la pensée » établies par Aristote et ses générations de successeurs ayant construit les règles de la Logique. Mais ces règles sont découvertes à partir de l’empirie, c’est-à-dire de ma condition d’homme. Je ne peux par exemple aboutir au principe du tiers exclu, que parce que j’ai remarqué, dans mon vécu, et de manière apodictique, qu’une porte ne peut être qu’ouverte ou fermée. Mais je concède aux esprits imaginatifs que l’on peut – avec d’ailleurs un étrange plaisir qui confine au « poétique » – rêver d’un monde où les portes s’ouvrent et se ferment en même temps, et peuplé d’autres merveilles plus fantasmagoriques encore…

Mais que peut connaître de l’Être l’être humain et, question subsidiaire mais très intéressante, tous les êtres humains ont-ils les mêmes capacités d’acquisition de savoirs ?

Si je pense, par exemple, qu’un être qui serait hors de l’Être ne saurait être, ce qui revient à la formule populaire « tout est dans tout », s’agit-il d’une vérité ? J’éprouve le sentiment très vif (que Descartes appelait l’évidence claire et distincte) qu’il en est bien ainsi, et pourtant cela ne découle pas de mon expérience vécue – car il m’est impossible de vérifier tous les êtres (c’est le problème devenu banal de l’induction). Pourtant, si je cherche par l’introspection d’où me vient cette certitude qu’aucun être ne peut exister hors de l’Être, je constate que cette détermination est « logique », qu’elle découle de la définition de l’Être (« tout ce qui existe vraiment ») et de l’acceptation du principe d’identité et du principe du tiers exclu, dont l’origine est empirique. Il s’agit donc bien d’un savoir que je construis par une combinaison d’observations et de raisonnements.

Mais alors, à partir de cette base apparemment solide (l’archè de l’Être est l’être : ce qui est formé de « choses » qui sont), puis-je aller plus loin dans la connaissance de l’Être, et notamment puis-je en déduire le sens de ma vie et connaître mon destin ? Puis-je éviter les apories de l’éléatisme ? Par exemple, avec Pythagore, vais-je admettre que les êtres ultimes constituants de l’Être sont les nombres ? Avec Empédocle, vais-je admettre qu’ils sont les quatre éléments ? Avec Démocrite, vais-je admettre qu’ils sont les atomes ? Avec Descartes, vais-je admettre qu’ils sont l’étendue et la pensée ? Avec Leibniz, vais-je admettre qu’ils sont les monades ? Ou avec le Modèle Standard de la physique contemporaine, vais-je admettre que les constituants ultimes de l’Être sont les fermions et les bosons, dont les interactions ont engendré ces milliards de corps humains, dont quelques-uns s’interrogent avec désespoir sur le sens et la finalité de leur propre existence ?

Sartre a écrit quelque part, à peu près : « l’homme est un être dans l’être duquel il est question de son être », ce qui est une reformulation du « roseau pensant » de Pascal. Tous les hommes, en effet, possèdent la capacité de penser, qui est l’intelligence. Mais combien d’hommes se servent-ils de leur intelligence ?

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Daniel Arnould, le Destin, les dieux

16 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Religion, #Philologie

Le problème central de la philosophie ontologique est celui des déterminations de l’Être, et celui de la philosophie éthique et politique est celui de la liberté humaine. Car tout prescrit politique ou éthique n’a de sens que si l’homme est libre (et donc responsable de ses actes), mais la liberté de l’homme n’est pas une évidence, malgré la véhémence avec laquelle les existentialistes l’ont proclamée, obligés qu’ils furent d’ailleurs de faire sa part à la « situation » pour justifier les limitations du libre arbitre. Problème central donc de l’alternative « liberté ou déterminisme », qui agite les philosophes – et aussi les législateurs, les juristes, les religieux –, et qui est le problème du destin. Pourquoi Achille mourut-il à Troie, alors qu’Ulysse revint à Ithaque vivre entre ses parents le reste de son âge ? Pourquoi Jacques est-il souffreteux et constamment affaibli, alors que Jules connaît une robuste et presque insolente santé ?

Si la question du destin est donc décisive en philosophie, le philosophe doit s’attacher à savoir d’où vient cette idée d’un sort réservé (par qui et comment ?) à tout humain, avec toute la diversité des destinées (y compris les « grands destins » des grands personnages, voir J.C. Baudet : Les grands destins qui changèrent le monde, Jourdan, Bruxelles). Pour trouver l’origine et connaître l’évolution de l’idée de « destin », il faut remonter aux premiers textes (philologie) qui montrent que l’idée était déjà acquise chez les Grecs du temps d’Homère. Mais l’étude scientifique des peuples primitifs (ethnographie) montre l’idée présente avant l’invention de l’écriture. La croyance en une force mystérieuse qui décide du déroulement de la vie des hommes remonte donc à la Préhistoire, au temps de l’oralité.

Voilà pourquoi j’ai lu avec un vif intérêt le livre tout récent (février 2016) du philologue français Daniel Arnould : Les figures du destin dans l’épopée antique gréco-latine (L’Harmattan, Paris, 304 p.). C’est en réalité, remaniée pour la librairie, la thèse de doctorat de l’auteur, c’est-à-dire un livre composé dans la rigueur du travail universitaire, sans autre souci rhétorique que ceux de la clarté, de la précision et de la documentation.

Arnould a étudié 32 épopées et épyllions, soit 17 poèmes en grec et 15 en latin, allant du VIIIème siècle avant notre ère (l’Iliade et l’Odyssée) au VIème siècle de l’ère chrétienne. Il a minutieusement compté les occurrences des mots grecs ou latins correspondant au champ sémantique de « destin », ce qui le conduit à établir un intéressant tableau de l’évolution des idées sur le destin pendant quatorze siècles. Il n’oublie d’ailleurs pas de prendre en compte les idées des philosophes, spécialement des épicuriens et des stoïciens, si importants pendant la période hellénistique et la période romaine. Le destin est d’ailleurs le concept central du stoïcisme.

Dès l’origine de la littérature scripturale épique (qui succède à une littérature orale évidemment inconnue) en langue grecque, on voit apparaître deux termes concurrents pour désigner le « destin » : moïra (part), qui désigne la part de chance et de malchance dévolue à chacun, kèr (mort), parce que la mort est l’achèvement du destin de tous. Ces deux noms communs, faisant partie du vocabulaire usuel, vont être personnifiés et l’idée d’un Destin qui règle d’avance la vie des hommes va se développer, appelé soit Moïra soit Kèr. La personnification se marque par une initiale majuscule, mais la philologie est impuissante pour dater cette personnification, puisqu’il faut attendre le Vème siècle (avant JC) pour que les Grecs adoptent la majuscule pour indiquer les « noms propres ». Mais à la personnification va succéder la divinisation (anthropomorphe). Les Moires, présentées comme trois filles de Zeus et de Thémis, sont les trois déesses qui décident du sort des humains : Clotho, Lachésis et Atropos. Quant aux Kères, elles sont les filles de la Nyx, la Nuit. Encore la tradition est-elle assez confuse, car dans certains textes les Kères sont présentées comme les sœurs des Moires, ou sont même confondues avec elles. Une troisième figure du Destin apparaît dans certains poèmes tardifs, Ananké, dont l’origine est mal connue.

On sait à quel point les Romains vont s’imprégner de la brillante culture grecque, et qu’ils vont fondre leurs croyances religieuses dans le polythéisme hellénique. Deux entités désignent le Destin dans la poésie latine, Fatum et Fortuna, et les Moires, chez les Romains, deviennent les Parques, divinités de l’Enfer chargées de filer le fil de l’existence des hommes, et de le couper à l’instant « fatidique ».

Ainsi l’érudition nous montre, sur le cas du « destin » (mais sans doute est-ce transposable à d’autres idées mythico-religieuses), comment l’Humanité passe d’une conception commune basée sur une observation banale à l’idée d’une divinité, avec des attributs de plus en plus complexes. L’imagination poétique comme source des spéculations théologiques. On a le schéma ternaire : mot commun (moïra) >>> personnification (abstraction : Moïra) >>> théogenèse.

Il y a trois Moires et donc trois Parques. Semblablement, il y a dans la religion grecque trois Erinyes, trois Gorgones, trois Charites, neuf Muses (trois fois trois). Peut-être faut-il y voir une illustration de la théorie de l’idéologie tripartite des Indo-Européens développée par Georges Dumézil. Ou bien, plus généralement, une fascination pour la trinité et la figure du triangle, qui est la forme géométrique la plus simple : seulement trois points ! C’est dans l’observation de son expérience quotidienne que l’homme découvre de quoi inventer les dieux.

Au fait, dans la mythologie d’aujourd’hui, le Destin ne s’appelle-t-il pas « ADN » ?

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Un dimanche de Jean Baudet

13 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Intelligence artificielle

C'est aujourd'hui dimanche ! Levé à sept heures et demie. La première épreuve de la journée : sortir de mon lit. Douche. Salle de bain inondée des accents suaves du concerto pour clarinette de Mozart. Petit déjeuner. Confiture de fraises. Café au lait. Trier mes idées, qui forment le flux incessant de ma rumination mentale. C'est le travail du philosophe de trier des idées. D'un côté, le gros tas de mes idées noires. De l'autre, quelques rares idées roses : le sourire et le courage de ma femme, malgré la maladie. Mes deux filles, qui viennent cet après-midi. Quelques idées rosses, également, qui m'enchantent, sur la sottise de cet écrivain qui prend les extravagances de sa plume pour des valeurs universelles. Mais je n'écrirai pas son nom sur mes cahiers, ni sur mon pupitre ni sur les arbres, ni dans ce blog.

Je devrais concentrer mes travaux de la journée - à chaque jour suffit sa peine -, faisant fi du repos dominical, sur la continuation de ma réflexion épistémologique. Poursuivre ma recherche sur la cognition et sur la vérité. Comment des hommes (et moi en particulier) sont-ils capables d'acquérir des savoirs conformes à la réalité ? Autrement dit : la réalité est-elle cogniscible ? Est-elle dicible ? En cinquante ans de lectures et de recherches, je suis arrivé à la presque conviction (je laisse une part au doute) que la connaissance exige la collaboration de deux opérations de l'esprit, l'observation et le raisonnement, correspondant à ce que les Grecs appelaient la technè et le logos. Car les origines de l'observation (chez le genre humain, dans l'histoire, et chez l'enfant, dans la psychogenèse) résident dans la technique (le primitif et l'enfant font des gestes pour accéder à leur environnement). Et car le raisonnement n'apparaît qu'avec l'invention du langage. L'homme n'arrive à comprendre que par l'opération des sens et par le développement des paroles. Tout cela correspond aux enseignements de la philosophie classique (par exemple la collaboration de la Sinnlichkeit et du Verstand chez Kant), et à ceux de la psychologie expérimentale (les "facultés mentales"). Mais le noeud du problème est dans la connexion entre le perçu et le réel, c'est-à-dire dans le lien entre l'épistémologie et l'ontologie. Quelques heures de réflexion, par un bel après-midi à la fin de l'hiver, ne suffiront pas.

Il faudra peut-être attendre la maturation de la neurologie, des sciences cognitives et des techniques d'intelligence artificielle et de robotique ! Il a fallu attendre la lunette astronomique de Galilée pour faire cesser (sauf chez quelques fanatiques) l'hésitation entre géocentrisme et héliocentrisme. Il suffira peut-être de construire un robot doué de sensibilité, de mémoire, d'imagination, d'intelligence et de volonté pour devoir admettre la matérialité de l'esprit.

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Avec la poete Liza Leyla

12 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie

Avec la poete Liza Leyla

J'étais, hier, à la Bibliothèque Royale de Bruxelles, où j'entamais la lecture du grand livre d'Octave Hamelin, Essai sur les éléments principaux de la représentation (Alcan, Paris, 1907), ouvrage que je n'avais pas encore consulté, et que je ne connaissais que par les manuels. Je suis un lecteur assidu à la BR, où je rencontre souvent la poète Liza Leyla, qui poursuit des recherches sur les grands symboles de l'Humanité. Liza était présente, et nous allâmes passer un moment à la cafeteria, comme nous le faisons fréquemment. Abreuvés par du café au lait, rassasiés par un morceau de tarte aux cerises, nous évoquâmes l'actualité du petit monde belge des belles-lettres, et naturellement nous commentâmes la récente nomination de la romancière Anne-Michèle Hamesse à la présidence de l'Association des Ecrivains Belges et la plus récente encore démission du poète Michel Stavaux du poste de secrétaire général de l'AEB. Nous parlâmes, non sans malice, de certains de nos "collègues". Ah, le délicat plaisir des médisances !

Liza Leyla est une Flamande qui a choisi d'écrire en français. Elle a étudié la philosophie à la Vrije Universiteit ("Université libre"), à Bruxelles, où elle eut la chance de suivre les enseignements de Léopold Flam. Elle commence sa carrière littéraire au début des années 1980, participant notamment aux réunions poétiques du Grenier Jane Tony, fondé à Bruxelles par Emile Kesteman. C'est d'ailleurs audit Grenier que j'ai fait la connaissance de Liza. Elle est l'auteur de nombreux poèmes parus dans Les Elytres du hanneton (la revue du GJT), ainsi que de plusieurs recueils de poésie très soignés, notamment : Nostalgie chromatique (1992), Les lèvres du néant (1993), Les tentacules du Moloch (1994), La voie d'Eros (2001), Epines satinées (2003)...

La poésie de Liza Leyla enchante son lecteur par une prosodie raffinée et élégante, et le fait pénétrer dans un univers mystérieux et suave, étrange, où il rencontre des forêts de symboles pas toujours familiers. C'est l'éternel questionnement du Philosophe, prolongé et parfois apaisé par les singulières évocations du Poète. C'est que, pour Liza Leyla, derrière les tristes évidences du néant, il y a les terrifiantes et maléfiques cruautés du Moloch, et derrière encore les consolantes et douces plénitudes du chemin d'Eros.

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Le meilleur livre de Jean Baudet

11 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire

Le meilleur livre de Jean Baudet

En vieillissant, jour après jour, j'ai fini par atteindre l'âge des bilans et de l'autocritique, et je mesure le chemin parcouru. Pour un écrivain, même s'il est philosophe, ce chemin est semé de livres, et plus exactement de "textes édités", ce qui m'induit à la modestie. En cinquante ans de vie active, mes ouvrages publiés ne constituent qu'une rangée de bibliothèque de 86 centimètres, ce qui est bien peu à côté de la production autrement abondante de certains collègues plus travailleurs que moi. Voilà qui est objectif, vérifiable et falsifiable, et rigoureusement vrai : 86 centimètres, ni plus ni moins ! Alors, bien sûr, j'entends déjà les subtils, les pisse-froid, les cuistres et les snobs de service (au service de qui ?) me parler de "valeur littéraire", de "valeur philosophique", et même de "valeur morale". Mais quelle est la valeur des livres de Martin Heidegger (plus que 86 centimètres), nazi abscons et même abstrus ?

Quel est, dans cette quarantaine d'ouvrages, mon meilleur livre (mon "moins mauvais", diront mes nombreux détracteurs) ? Le plus gros (3 centimètres, 601 pages) : Curieuses histoires de la pensée ? L'épaisseur d'un volume est un critère objectif, mais peut-être pas le plus adéquat. Un meilleur critère est le chiffre des ventes, et mon best seller est mon Nouvel Abrégé d'histoire des mathématiques, publié en 2002, ayant fait l'objet de plusieurs retirages, et qui vient de faire l'objet d'une réédition entièrement refondue, sous le titre Histoire des mathématiques.

Mais abandonnons l'objectivité, et faisons notre autocritique ! Mon meilleur livre n'est pas le plus divertissant. Je n'écris pas pour amuser les foules, il y a Amélie Nothomb et Frédéric Beigbeder pour ça, et d'ailleurs je n'ai publié qu'un seul roman, fort mince. Mon meilleur livre n'est pas le plus enchanteur. Je n'écris pas pour éblouir les adulateurs de Rimbaud ou de Jean-Pierre Verheggen, et d'ailleurs je n'ai publié que deux recueils de poèmes (plus, il est vrai, quelques textes dans des revues peu lues). Mon meilleur livre n'est pas le plus intéressant. Je n'écris pas pour instruire le vulgum pecus.

Mon meilleur livre devrait être, ce me semble, celui où j'explicite le plus clairement et le plus distinctement (sans les fioritures snobinardes de l'érudition et de la logomachie, ou l'imposture de "l'indicible") les résultats originaux de mon travail philosophique, qui ne sont d'ailleurs qu'hypothèses que je propose à ceux qui veulent penser. Il me semble que trois titres se détachent de l'ensemble. Les Curieuses histoires déjà citées, où je développe une théorie de l'origine du fait religieux ; Le Signe de l'humain, où je propose une analyse philosophique de la technique ; et Les grands destins qui ont changé le monde.

Finalement, je pense que ce dernier ouvrage sur les "grands destins" est le meilleur de ma production. J'y développe, en une trentaine de biographies de "grands hommes", ma conception matérialiste (mais pas vraiment marxiste) de l'Histoire, en montrant que les scientifiques, les ingénieurs et les industriels ont de manière plus radicale bouleversé la "condition humaine" que les grands généraux, les politiciens, les chanteurs de charme et les acteurs de cinéma. Je le proclame : Bill Gates a plus profondément changé la manière de vivre de milliards de gens que Charles de Gaulle ou que Brigitte Bardot. Ou que la plupart des écrivains, fussent-ils philosophes.

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Sur le spirituel

9 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Religion, #Spiritualité

J’ai créé récemment, dans Facebook, un groupe de discussion « Philosophie ouverte ». Il y a quelques jours, j’y ai posté quelques éléments de réflexion sur la distinction entre religion et spiritualité, ce qui m’a valu, comme c’était à prévoir, de nombreux commentaires, souvent passionnés. Je disais notamment que « la spiritualité est le vertige de l’ignorance ».

Que voulais-je dire ?

D’abord, il me faut préciser que mes interventions sur les réseaux sociaux électroniques ne sont ni des cours ni des conférences. Ce sont comme des « instantanés » (des « selfies », si l’on veut), de mon travail de philosophe, qui évolue de jour en jour au gré de mes méditations et de mes lectures. Il s’agit de clarifier ma pensée pour moi-même, et non pour instruire (et encore moins pour convaincre) mes éventuels lecteurs. Mais tant mieux si je leur donne à penser !

J’ai réfléchi de manière « érudite » sur le fait religieux pour rédiger et publier deux livres : Curieuses histoires de la pensée (601 pages), Histoire de la pensée de l’an Un à l’an Mil (334 pages). J’y développe une théorie de la genèse des religions, et je ne peux qu’y renvoyer toute personne intéressée. Cette étude fait partie d’un projet plus vaste, que j’ai appelé éditologie, qui consiste à tenter de construire une épistémologie à partir de l’histoire critique des systèmes de pensée : religions, mais aussi technique, philosophie, science, poésie… Cela ne signifie pas que ma théorie soit vraie (au contraire, je pratique avec allégresse le doute méthodique, notamment vis-à-vis de moi-même), mais cela veut dire qu’elle se base sur un corpus assez important de faits historiques et de raisonnements (introspectifs), et qu’elle relève du travail philosophique et non de la conversation de salon ou de talk-show.

Je tiens pour acquis mon existence (Descartes), ma conscience (Husserl), l’inéluctabilité de ma mort prochaine (Heidegger) et l’existence de milliards d’autres êtres qui me ressemblent plus ou moins (je repousse fermement le solipsisme). Voilà le socle de ma réflexion. Les douleurs de la maladie et du vieillissement me rappellent régulièrement la vérité de mon existence et de ma finitude.

Pendant cinquante années de recherche et d’enseignement, j’ai comparé minutieusement les systèmes de pensée apparus au cours des siècles, et je suis arrivé à l’idée (que j’exprime ici rapidement, de manière presque caricaturale) que seule la science conduit à des savoirs « vrais », c’est-à-dire en concordance avec le réel. L’efficacité de la technologie me semble fonder la valeur épistémique des disciplines « scientifiques ». Je ne prétends pas que les mythes, les religions, la philosophie, la poésie sont sans valeur, mais je constate que leurs assertions sont invérifiables. Je rejoins ainsi l’épistémologie du Cercle de Vienne et de Popper et de Bachelard, que j’ai complétée par les concepts de STI et d’instrumentation.

Ce « scientisme » ne doit pas être mal compris. Je ne prétends pas que la science sera un jour capable de répondre à toutes les questions, mais je pense qu’elle est seule à pouvoir répondre à quelques-unes. Les quelques doctrines des philosophes qui se sont avérées conformes au réel sont maintenant intégrées dans la science, comme l’atomisme de Démocrite ou la logique d’Aristote ou la mathématique de Pythagore.

En rapport avec la question de la science, il faut remarquer que les innombrables « visions du monde » se ramènent à deux positions contradictoires. Le « matérialisme » pose que seule la matière (ce qui est de même nature ontologique que le corps humain) existe. Les « idéalismes » posent que le réel est formé par la matière et par autre chose, de nature non matérielle (et donc inaccessible par les sens), qui forme le monde « spirituel ». Si le matérialisme est unique (la matière est une), les idéalismes sont innombrables, et l’on y trouve toutes les religions et la majorité des grands systèmes philosophiques (Platon, Plotin, Descartes, Kant, etc.).

L’histoire de la pensée peut se lire comme un combat multiséculaire entre les matérialistes (de Thalès à… moi-même !) et les idéalistes. Historiquement, les philosophes idéalistes « retrouvent » l’idée fondamentale de toutes les religions, idée apparue d’après les préhistoriens à la fin du Paléolithique, qui est l’idée que l’homme est formé d’un corps (matériel) et d’une âme (spirituelle).

A la fin du XXème siècle, dans le monde occidental, des raisons historiques complexes ont engendré un mouvement de pensée anti-science et anti-technique (guerres mondiales, bombe atomique, décolonisation…), bientôt suivi par un « retour du spirituel » que l’Histoire a fait coïncider avec une expansion spectaculaire de l’islam.

De nombreux Occidentaux, de culture chrétienne mais devenus de moins en moins pratiquants et développant même un anti-cléricalisme, condamnent les pratiques et croyances religieuses mais affirment s’intéresser à la « spiritualité », sorte de religion sans dogmes, sans rites et sans clergé, qui est la forme populaire de l’idéalisme.

C’est de cette spiritualité postmoderne que je dis qu’elle est un « vertige de l’ignorance ». La psychogenèse de la spiritualité est une succession de trois idées simples. Primo : je ne sais pas (et personne ne le sait de manière apodictique) s’il y a autre chose que la matière (c'est-à-dire que mon corps et ce qui y ressemble), peut-être un monde mystérieux que je visiterai après ma mort, ou peut-être un merveilleux univers où toutes les questions sont résolues. Secundo : j’éprouve parfois des émotions intenses : la perte d’une mère ou d’un fils, l’audition d’un quatuor de Beethoven, la lecture d’un chapitre de Bergson ou de Proust. Tertio : le vertige émotionnel et la curiosité insatisfaite se combinent à mon imagination – comme ce fut le cas chez mon ancêtre du Paléolithique – pour que j’élabore des idées de nirvana, de savoir suprême, de vie après la mort, et de Grand Tout Mystérieux.

La spiritualité est une réaction à l’ignorance et à l’espoir. Réaction naïve et illusoire, ou réaction « profonde » qui touche à l’absolument réel ?

JE NE SAIS PAS !

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Une chronologie des sciences

6 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Epistémologie

Mon dernier livre vient de paraître ! Aux éditions La Boîte à Pandore (Paris), sous le titre Les plus grandes dates de la science, en 317 pages sobrement illustrées. Après avoir publié de nombreux ouvrages critiques et détaillés consacrés à l'histoire de la pensée scientifique, qui constituent une base nécessaire à la recherche épistémologique (quelle est la "valeur" de la science ?), il me fallait mettre à la disposition du grand public une synthèse commode et de lecture aisée de ces travaux. C'est-à-dire résumer et expliquer en 317 pages l'apparition, le développement (d'abord très lent puis de plus en plus rapide) et l'épanouissement de la mathématique, de l'astronomie, de la physique, de la chimie et de la biologie. Laissant de côté les innombrables détails de l'histoire de ce progrès fascinant de la pensée, j'ai voulu identifier les "grands moments" de la constitution de la méthode scientifique et de ses principaux acquis. Il est fascinant de voir comment la communauté scientifique (une fraction bien faible de l'Humanité) est passée, concernant les êtres vivants, du fixisme des naturalistes (Linné) à l'évolutionnisme de Lamarck et de Darwin, et comment l'évolution biologique fut vérifiée par la découverte de la structure moléculaire de l'ADN (Watson). Il est époustouflant de voir comment l'on est passé d'une vision du monde géocentrique (Ptolémée) à l'héliocentrisme de Copernic, à l'Univers fixe dans le temps et l'espace de Newton, à l'Univers en expansion d'Einstein, Hubble et Lemaître. Il est bouleversant de suivre le passage, concernant la constitution de la matière, de la théorie des quatre éléments (théorie archaïque et naïve) à la chromodynamique quantique des particules élémentaires, dûment vérifiée par les expériences des physiciens "des hautes énergies", et notamment par la découverte du boson de Higgs en 2012.

Peut-être l'homme cultivé et ouvert du XXIème siècle en conviendra-t-il : il faut connaître Voltaire et Confucius, Le Pen et Mélenchon, Simone de Beauvoir et Brigitte Bardot, mais il faut aussi connaître - si l'on se veut ouvert et cultivé - les grandes dates de l'histoire de la science !

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Jean Baudet publie un beau poeme

4 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poème

Le double intérêt d’une chronique est qu’elle est brève en chacun de ses articles, et qu’elle est interminable. Je peux, au gré du temps, commenter les giboulées de mars, les sottises d’un magistrat, une découverte étonnante en biologie moléculaire, ou je peux revenir, jour après jour, proposer un philosophème ou offrir (car c’est un cadeau) un poème. Il s’agit aujourd’hui d’aller plus loin que Rilke et que Vigny, que Baudelaire et Sophocle, de dépasser Philippe Leucks, Louis Mathoux, Louis Savary et Dominique Aguessy.

Voici un poème définitif. En prose, avec quelques virgules.

Je marche dans la Ville dans ses rues silencieuses longeant les platanes tristes d’une avenue

cherchant la petite place où je m’étais assis pour manger une crêpe et je me souviens

en marchant de la table incertaine et de la nappe de papier rose. C’était il y a deux ans, ou trois peut-être, et je n’avais pas encore visité le Néant me contentant de quelques excursions dans le vide opaque des foules et des cohues.

Je marche dans la Ville remarquant maintenant le bruissement continu et lointain de la circulation automobile, et je pense. Il y a mes pas sur les pavés durs, mes souvenances de repas et d’enthousiasmes, mes lectures et les statues, les baumes analgésiques dont l’effet ne dure qu’un moment comme une musique suave.

J’ai dans une musette de toile beige que je porte en bandoulière une poire mûre et quelques tartines beurrées et j’avance dans la lumière atteignant des quartiers de la Ville que je ne connais pas. Le soleil me réchauffe et j’ai déjà en bouche toutes les saveurs du fruit juteux, une vision plus claire du Néant et des fulgurations d’ontologie. Mon cheminement m’amène à un grand boulevard, désert, morne, avec des bâtiments immenses à moitié en ruines, façades de pierres sculptées, bas-reliefs, gargouilles gothiques, colonnades doriques ou d’Ionie, triglyphes et métopes, fenêtres aux vitres brisées. Des écriteaux marquent le nom des artères : rue du Diabète, rue de l’Angine de poitrine, impasse du Cancer. Je marche dans la Ville dont j’ai atteint le nœud substantiel, au creux du Temps, dans un repli de l’Être (relire Sein und Zeit, de Martin Heidegger), et l’eau fraîche de ma gourde ne calme pas les resserrements de ma poitrine. Car la béance de l’Être est là, atteinte enfin dans ce boulevard aux grandeurs passées, c’est le rien, le vide absolu, la mort lente, et je me souviens du sourire aigre du serveur qui plaçait en face de moi, sur une petite table en fer, avec du sucre brun, la crêpe commandée il y a deux ans, ou trois peut-être. Et je me souviens du Bonheur, prétexte des eudémonismes, car il n’est qu’un jouet convoité dans la vitrine d’un marchand, et que personne, jamais, ne vous offrira.

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