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Jean C. Baudet

Les ingenieurs et quelques idees sur l'emploi

29 Mars 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

J'ai exercé le métier délicat et passionnant d'éditeur de 1978 à 1997, ce qui fut un apparent intermède dans ma carrière philosophique, encore que je n'aie jamais, même pendant cette période d'activité intense, cessé de méditer les belles idées de Husserl et les étonnants concepts de Heidegger. Ma principale production fut l'édition du magazine mensuel "Ingénieur et Industrie", qui comme son titre l'indique était diffusé auprès des ingénieurs et des chefs et cadres d'entreprises industrielles, essentiellement en Belgique francophone. Vivant de publicité industrielle et non de beau langage, ledit magazine a commencé à rencontrer des difficultés de financement avec l'accélération de la désindustrialisation de la Belgique, quand les décideurs politiques crurent de plus en plus fort que la société industrialisée allait bientôt connaître les radieux lendemains qui chantent de la "société de l'information", ou "société de l'intelligence" (en Belgique !...), c'est-à-dire d'une société où les entreprises (bonnes) de services allaient remplacer les entreprises (mauvaises) de production de biens matériels. On allait voir ce qu'on allait voir, grâce à la créativité et l'on produirait des logiciels plutôt que des tôles d'acier, des machines à coudre, des assiettes en faïence ou des voitures automobiles. Et j'ai vu la fermeture des ACEC (Ateliers de Constructions Electriques de Charleroi), de la MBLE (Manufacture Belge de Lampes Electriques) et de bien d'autres "fleurons" de l'industrie belge, surtout wallonne. J'avais beau tenter d'expliquer dans mes éditoriaux qu'il fallait, pour donner de l'emploi aux Belges et des ressources financières à la Belgique, former plus d'ingénieurs et moins d'étruscologues, je voyais les écoles d'ingénieurs de moins en moins fréquentées. Elles intéressaient moins les politiciens que les facultés de lettres, que les instituts d'histoire de l'art, que les académies d'art du cirque, que les écoles de ventriloquie... Les chômeurs étaient de plus en plus nombreux et de mieux en mieux formés, diplômés d'assyriologie ou d'histoire du théâtre. Aujourd'hui, j'assiste à des "talk-shows" où la même incompréhension oppose ceux qui savent calculer à ceux qui rêvent. Le chômage augmente en Belgique, en France, ailleurs en Europe où l'on préfère former des clowns et des philologues que des ingénieurs.

Mais à quoi bon expliquer à des ignares que seules des entreprises peuvent créer des richesses ? Que dans un monde de plus en plus complexe il faut des dirigeants formés à l'étude de la complexité ? Qu'il ne suffit pas d'avoir des entreprises, mais qu'il faut encore que celles-ci vendent leurs produits à des clients solvables avec un bénéfice suffisant ? Qu'il faut taxer les improductifs et soutenir les producteurs ? Qu'il ne faut pas prendre les vessies pour des lanternes, et les casseurs d'installations industrielles pour des bienfaiteurs ?J'entendais récemment un quidam, sur une chaîne TV française, annoncer sans rire que dans les prochaines années le secteur des énergies "renouvelables" allait créer 100 ou 150 mille emplois ! Mais combien d'emplois seront supprimés, corrélativement, dans le secteur des énergies fossiles ? Car les ingénieurs savent bien qu'un kWh photovoltaïque ou produit par les courants d'air vaut exactement un kWh "fossile". Et donc, si l'on produit (toutes choses égales par ailleurs) 100 kWh par éoliennes à la place de 100 kWh par le nucléaire ou le pétrole, ce que l'on gagne en emploi d'un côté est perdu de l'autre... Et quand je pense aux milliards qui sont engloutis dans la "recherche" pour mettre au point la production d'énergie par fusion nucléaire !!!... Dont la faisabilité n'est même pas sûre ! Allons, il est temps que je relise quelques bonnes pages de Husserl, ou de Heidegger...

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Methode Gahungu, Burundi et Rwanda

27 Mars 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique

Je dois avouer mon ignorance, je ne sais pas qui est Méthode Gahungu. J'ignore s'il est rwandais ou burundais, s'il est twa, tutsi ou hutu, mais je sais qu'il vient d'écrire un beau livre, et qu'il est "un homme de bonne volonté". Vous me direz qu'on ne fait pas de bons livres avec de la bonne volonté, et vous aurez raison, mais Gahungu a aussi derrière lui une vie de chercheur (il a publié, à ma connaissance, deux livres, chez L'Harmattan, sur le rôle des pères blancs dans la formation intellectuelle des Africains au temps de la colonisation) qui le rend capable d'écrire des choses intéressantes, et il a une bonne plume, qu'il ne met pas à son chapeau mais qu'il trempe dans l'encre de l'espoir d'une réconciliation entre les tribus de ce que les Belges appelaient, avant 1962, le Ruanda-Urundi. Gahungu vient donc de publier un nouveau livre, tout à fait passionnant : Burundi et Rwanda : réconcilier les ethnies (L'Harmattan, Paris, 2013, 291 pages). Je rappelle que le Burundi et le Rwanda sont deux pays d'Afrique centrale très semblables, habités par deux groupes ethniques principaux, les Batutsi et les Bahutu (le préfixe "ba" marque le pluriel dans les langues bantoues). L'antagonisme (cfr le massacre de près d'un million de Tutsis au Rwanda en 1994, sans compter de nombreux autres épisodes sanglants depuis l'Indépendance) entre les deux ethnies principales est fort bien analysé par Gahungu, qui résume notamment la "vision" que l'on se fait habituellement des deux groupes (page 24) : "Quant aux Hutu, ils sont définis comme des personnes gaies, impulsives, naïves, portées vers le surnaturel. Les Tutsi, au contraire, sont indiqués comme des individus intelligents, habiles et éduqués, égoïstes, vindicatifs, paresseux : le travail manuel est, pour eux, peu digne de leur race de seigneur".

Dans la première moitié de son livre, l'auteur tente de reconstituer l'histoire des deux pays, ce qui est bien difficile du fait que l'écriture était ignorée par les peuples concernés avant l'arrivée d'Européens, et qu'il faut donc se baser sur des traditions orales d'interprétation délicate. Dans la seconde moitié de l'ouvrage, il essaye de trouver des voies de réconciliation. Il note que "pour une réconciliation véritable, il faut avoir le courage d'aller à la recherche des causes principales des conflits sociaux" (p. 140). Dès le début de son livre, Gahungu avait d'ailleurs osé une généralisation, hélas bien exacte : "les Africains d'ethnies différentes sont presque incapables de vivre pacifiquement ensemble" (p. 9).

L'ouvrage de Méthode Gahungu est basé sur une documentation solide, comme le montre son abondante bibliographie. Je m'étonne toutefois de ne pas y voir mentionner les travaux, pourtant décisifs, des Belges Francis Rodegem (son dictionnaire rundi-français est cependant mentionné) et Jan Vansina. Celui-ci a notamment publié L'évolution du royaume rwanda des origines à 1900 (1962) et La légende du passé : traditions orales du Burundi (1972) qui sont deux des ouvrages les plus substantiels de l'historiographie des deux pays.

Et je me dis qu'il n'y a pas qu'au Rwanda et au Burundi qu'un peuple "gai, naïf et porté vers le surnaturel" rêve d'anéantir un autre peuple "intelligent et éduqué"... En essayant de trouver, dans ces beaux pays de collines verdoyantes, les causes des conflits sociaux, Gahungu a peut-être trouvé la clé de la condition humaine : la différence, mère de la jalousie.

Pour info : Télé Bruxelles

Canal C (Namur)

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

Librairie Filigranes (Bruxelles)
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Céline en fuite

26 Mars 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Didier Marinesque vient de publier, chez Jourdan (Bruxelles-Paris), un excellent et captivant récit de la fin de la vie du romancier et essayiste Louis-Ferdinand Céline : "Céline en fuite" (2013, 248 pages). L'ouvrage est fort bien documenté, et écrit d'une bonne plume. C'est, comme on dit, de l'histoire écrite comme un roman, et en effet le romanesque ne manque pas. La fuite rocambolesque, les menaces de mort, les désolations de la plus grande guerre de l'Histoire (jusqu'à présent), et une femme danseuse, et des chats... Du sordide et de l'émouvant : de quoi faire réfléchir, y compris sur les surévaluations de la Littérature (avec L majuscule) par une certaine élite (?)... Quelques jours après le débarquement anglo-américain en Normandie, en juin 1944, Céline s'enfuit en Allemagne, sachant bien que les "bons Français" ne tarderont pas à l'étriper (c'est le langage célinien) pour avoir osé publier ses idées. Idées souvent exécrables, j'en conviens, mais Céline n'a jamais tué personne, il faut aussi en convenir. Céline finit par arriver à Sigmaringen, en octobre 1944, où les Allemands ont installé les hauts dignitaires du gouvernement de Vichy. Mais il s'y trouve aussi des "collaborateurs" de moindre importance, qui y survivent dans la misère, la gale et les poux. Céline, qui est médecin de profession, va les soigner pendant quelques mois, dans des conditions de plus en plus pénibles. L'avancée des troupes américaines l'oblige à fuir encore, et il arrive, avec ses chats et sa femme, à Copenhague, en mars 1945. Il restera au Danemark jusqu'à son amnistie en 1951. Il revient en France où il vivra ses dix dernières années, jusqu'au bout de sa nuit, contribuant d'ailleurs à la bonne fortune de son éditeur Gallimard.

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Rwanda, Burundi, France

23 Mars 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Les données statistiques sont implacables, c'est pourquoi les sentimentaux idéologiques ne les aiment pas. Et pourtant, comme elles sont instructives !!! D'après la Banque Mondiale, il y avait 3 millions d'habitants au Rwanda en 1960, 3 Mio au Burundi et 47 Mio en France. En 2011, ces chiffres devenaient respectivement 11 Mio, 8,5 Mio et 65 Mio. Conclusion : pendant que la France augmentait sa population d'un facteur 1,4 (en cinquante ans), l'accroissement atteignait 2,8 au Burundi et 3,7 au Rwanda, et ceci malgré le génocide de 1994, pendant lequel, avec une efficacité très remarquable, les Hutus du Rwanda ont tué à coups de bâton près d'un million de Tutsis. Conclusion de la conclusion : pendant la période 1960-2011, le Rwanda fut 2,6 fois (3,7 divisé par 1,4) plus favorable au développement humain que la France, et le Burundi fut 2 fois (2,8/1,4) plus favorable. Car évidemment la qualité d'une zone géographique pour le développement des hommes se mesure par l'accroissement de la population.

 

L'humanité se développe 2,6 fois plus au Rwanda qu'en France, malgré un génocide. Il est vrai que la pilule contraceptive et l'avortement dépénalisé sont la cause, en France, d'un génocide invisible. La question est donc posée aux politiciens et aux idéologues : pourquoi la France est-elle moins favorable à la multiplication des hommes que le Rwanda ?

 

Du point de vue géopolitique, et en tenant compte de l'humanisme, de la morale, de l'éthique et du simple bon sens, on concluera évidemment que la communauté des hommes - par l'intermédiaire de l'ONU et des ONG - doit davantage concentrer son aide sur la France sous-peuplée plutôt que sur le Rwanda et le Burundi, dont les courbes démographiques croissantes attestent de la supériorité des conditions locales pour le développement humain.

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Le coup du père François

18 Mars 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Cur PenseeJe n'ai pas commenté l'élection du nouveau pape, et je n'ai pas salué son choix d'un prénom nouveau pour la fonction pontificale. Je m'en excuse auprès de mes fidèles lecteurs. Mais je ne peux pas réagir à tout. Du reste, je fus très occupé, ces derniers jours, par la réflexion métaphysique, car j'ai essayé de déterminer, par la méditation armée du fruit de mes nombreuses lectures, s'il y a trois, quatre ou cinq personnes en Dieu. Ce n'est pas parce qu'à Nicée quelques évêques ont déterminé, en 325, sous le règne de Constantin, que Dieu est trinitaire que la chose est dite. Je dois reconnaître, avec un certain agacement, que je ne suis pas arrivé à une conclusion qui me satisfasse. Aussi bien ai-je décidé de faire une pause, de regarder la télévision, et j'entends des commentaires dans tous les sens à propos du nouveau Saint et Sacré Pontife. Cela me fait penser que les religions sont à la fois exécrables et indispensables. Sur leur exécrabilité, je ne m'étendrai pas, je me contenterai d'avoir une pensée pour les nombreuses victimes - passées, présentes et à venir - des fanatismes religieux. En notant au passage que les fanatismes des religions sans dieu (je pense au communisme et au nazisme) sont les plus abominablement destructeurs.

Mais sur l'indispensabilité des religions, je voudrais m'arrêter un moment (un moment de recueillement ne fait de tort à personne). Il ne faut pas rêver, et il faut  voir les choses comme elles sont et les hommes doivent être observés sans préjugés. Ils sont pour la plupart ignares, incultes, et superstitieux. C'est ce qui explique l'universalité du fait religieux. L'homme sans formation intellectuelle a besoin d'espérer un avenir radieux, quitte à ce qu'il soit post mortem, et depuis que l'homme a élaboré les premiers mythes, les sectes se sont multipliées, avec toujours l'un ou l'autre gourou pour transformer les mythes en dogmes. La liste est longue : Aménophis IV, Moïse, Zoroastre, Bouddha, Paul (de Tarse), Marcion, Arius, Nestorius, Manès, Mahomet, Luther, Jansénius, Rousseau, Hegel, Marx, Lénine, Mao-Tsé-Toung, Levinas, Mélenchon, etc.

La situation est clairement un problème économique. Pour former intellectuellement 7 milliards d'individus afin de les rendre capables de comparer librement, sans préjugés et en toute connaissance, les diverses options religieuses qui sont proposées dans le monde, il faudrait des ressources énormes (locaux, bibliothèques, organisateurs, enseignants...) qui dépassent de loin les possibilités purement physiques de l'Humanité. Et même si ces ressources étaient disponibles, de nombreux Etats refuseraient de s'en servir pour scier la branche mystique sur laquelle ils sont assis ! Bref, les religions sont incontournables.

Reste alors une question : quelle religion choisir ? Ici aussi, c'est encore une question d'éducation, car pour comparer et choisir il faut connaître. Il me semble qu'à tout prendre, la religion du père jésuite devenu François n'est pas la pire, loin de là. Le catholicisme a dépassé historiquement le stade du fanatisme. Exécrable dans le principe, mais peut-être le "meilleur choix" dans la pratique. Car quand on ne peut atteindre l'Absolu, il faut se contenter du Relatif. Et si l'on ne peut pas combattre le fait religieux, on peut au moins cibler certaines de ses abjectes outrances.

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Christianisme, manichéisme, islam, etc.

12 Mars 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

J'ai entrepris de publier une "Histoire des religions et de la philosophie", selon les mêmes principes que mon "Histoire de la science et des techniques" (9 volumes, Vuibert, Paris, 2002-2009). Il s'agit d'exposer la naissance et l'évolution des idées en restant au plus près de la chronologie, de manière à mettre en évidence les "constantes" de la pensée humaine, et d'évaluer son "progrès".

Le premier volume de cet ensemble (ambitieux...) est paru chez Jourdan (Bruxelles-Paris) en 2011 sous le titre "Curieuses histoires de la pensée" (601 pages). J'y analysais l'origine même de la pensée avec l'apparition du langage pendant la Préhistoire, le développement des mythes, leur évolution vers la formation de religions (védisme en Inde, confucianisme chez les Chinois, et bien sûr les polythéismes de l'Antiquité: Mésopotamie, Egypte, Grèce, Etrusques, Rome, etc.). J'y montrais aussi la séquence polythéisme-hénothéisme-monothéisme, avec notamment Zoroastre et le judaïsme. Enfin, j'y traitais de la formation de l'esprit philosophique avec Thalès. Ce premier volume traitait de la pensée depuis ses plus lointaines origines jusqu'au début de l'Empire romain, avec l'empereur Tibère.

Le deuxième volume vient de sortir de presse, également chez Jourdan: "Histoire de la pensée de l'an Un à l'an Mil" (334 p.). J'y étudie mille ans de développement de la pensée humaine, où l'on voit naître de nouvelles religions (christianisme, gnosticisme, hermétisme, manichéisme, islam...) et où l'on voit la disparition progressive de l'esprit philosophique.

J'ai notamment tenté de replacer dans le courant des idées les différents évangiles apocryphes et écrits gnostiques découverts récemment (par exemple à Nag Hammadi), qui ont profondément renouvelé la compréhension du fait religieux.J'étudie évidemment les mouvements de pensée (ou sectes) que l'Eglise appelle des hérésies: marcionisme, arianisme, priscillianisme, pélagianisme, nestorianisme, etc.

J'ai renoncé à établir une bibliographie, qui aurait été énorme, mais je mets à la disposition du lecteur les références de mes sources principales dans 151 notes de bas de page.

Voilà donc, en un peu moins de mille pages, un exposé chronologique et critique de l'évolution des idées depuis l'invention de l'outil par un singe astucieux jusqu'à l'époque du pape Sylvestre II. On situera dans l'histoire aussi bien Mahomet que Bouddha, Lao Tseu qu'Aristote, Epicure que Plotin, Porphyre ou Jamblique. Et l'on se demandera si l'évolution de ces idées est une progression ou une régression...

Si Amon-Ra, Zeus, Jupiter, Yahvé, Dieu le Père, Allah et Ahura Mazda me prêtent vie, je publierai la suite, avec le développement de la scolastique et Thomas d'Aquin, avec Descartes, Kant et Michel Onfray, avec Martin Luther et Frédéric Nietzsche. Allons, je vais quitter ce blog, et me remettre au travail... 

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