Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Jean C. Baudet

Histoire des mathematiques

30 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Mathématiques, #Histoire

Je viens de recevoir les exemplaires d'auteur de mon dernier livre : Histoire des mathématiques, qui vient de paraître chez Vuibert, à Paris (VI+346 pages). Ce volume est beaucoup plus qu'une simple réédition "revue et corrigée" de mon Nouvel Abrégé d'histoire des mathématiques, paru chez le même éditeur en 2002 (douze ans, déjà !). En effet, j'ai complètement refondu la rédaction de cet ouvrage, de manière à tenir compte de nouvelles lectures et de l'avancée de mon travail épistémologique (voir notamment mon livre de 2005 : Mathématique et vérité - Une philosophie du nombre, L'Harmattan, Paris).

J'étudie l'apparition (déjà à la Préhistoire), le développement et les extraordinaires acquis de la pensée mathématique tout au long de l'Histoire, c'est-à-dire de la méditation sur les nombres (arithmétique) et sur les formes (géométrie), jusqu'au XXème siècle quand, grâce aux travaux notamment de Bertrand Russel et de Nicolas Bourbaki, "les" mathématiques ne forment plus que "une" mathématique. J'identifie ainsi, dans une réflexion plus épistémologique qu'historienne, la mathématique comme le langage de la raison, comme un des critères de la scientificité, et à vrai dire comme l'ossature de la civilisation occidentale.

Mais en m'efforçant de comprendre (et donc d'expliquer) comment a progressé l'étude des nombres et des figures, avec notamment l'invention de l'algèbre par Diophante ou la création de la logique symbolique par George Boole, je suis obligé d'aller aux notions les plus radicales du travail mathématicien, et je fournis ainsi comme une "introduction à la mathématique" pour tous ceux - enseignants, enseignés, curieux... - qui éprouvent quelque difficulté à pénétrer dans le monde des algèbres et des topologies. Ainsi, faisant en somme d'une pierre deux coups, je donne à la fois un manuel d'épistémologie mathématique pour les savants confirmés et un ouvrage d'initiation pour les débutants.

Mon Nouvel Abrégé d'histoire des mathématiques ayant été fort bien accueilli tant par le grand public que par le public restreint des mathématiciens et des philosophes des sciences, j'espère évidemment un même accueil pour un livre qui me semble "amélioré". J'ai en tout cas reçu souvent des témoignages de lecteurs qui m'ont confirmé une idée toute simple : on comprend plus facilement les maths quand on les aborde dans l'ordre même de leur constitution historique : les maths "préhistoriques" sont plus simples que les maths des Grecs, et la mathématique d'Euclide et d'Archimède est plus simple que celle de Descartes ou de Newton.

Mon nouveau livre devrait se trouver chez les bons libraires dans les prochains jours.

Pour info :        

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles, interview sur ma philosophie :  

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur), interview sur mes travaux sur l'invention technique :  

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

Lire la suite

Jacques Vermeylen lecteur d'Isaïe

25 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Religion

Le révérend père Jacques Vermeylen est docteur de l'Université Catholique de Louvain, professeur émérite de la Faculté de théologie de Lille, et grand spécialiste des études bibliques, surtout de ce que les chrétiens appellent l'Ancien Testament, c'est-à-dire à quelques textes près la Bible judaïque. J'ai déjà pu apprécié la vaste érudition et le sens profond de l'analyse philologique du père Vermeylen, notamment en préparant mon livre sur l'origine des religions, Curieuses histoires de la Pensée (Jourdan, 2011). Par exemple, je me souviens avoir lu, enchanté et admiratif, son étude très savante en forme d'enquête policière "David a-t-il été assassiné ?" (Revue biblique 107(4): 481-494, 2000).

Et voici que cet auteur attachant vient de faire paraître, aux éditions Cerf (Paris), un livre débordant d'érudition et d'enthousiasme (au sens étymologique du terme) : Le livre d'Isaïe - Une cathédrale littéraire (235 pages). C'est vraiment, avec d'innombrables notes infrapaginales, avec une bibliographie abondante, avec un index des passages cités de l'Ancien Testament, un livre savant. Mais que savons-nous d'Isaïe ? Peu, fort peu de choses. On n'a d'Isaïe que son livre, aucun autre témoignage contemporain, et le prophète ne s'occupe guère de nous renseigner sur sa personne. C'est d'ailleurs banal. Que savons-nous de l'auteur de la Chanson de Roland, ou d'Homère (un contemporain d'Isaïe) ? Voici un texte qui a fortement influencé les idées d'une grande partie de l'Humanité, et son auteur est un illustre inconnu, ou plutôt un ensemble d'inconnus. Car, nous apprend Vermeylen, il y eut plusieurs Isaïe. Le texte que nous possédons, lu par les juifs et par les chrétiens, a été composé, par ajouts et remaniements rédactionnels successifs, par toute une série d'Isaïe, du VIIIème au IIème siècle avant l'ère chrétienne. Le premier Isaïe (le seul peut-être qui porta ce nom) est donc du VIIIème siècle. On peut ajouter qu'il était, d'après ses écrits, un proche du roi de Juda.

Dans le classement traditionnel des livres de la Bible, le livre d'Isaïe vient immédiatement après le livre des Rois, ce qui permet de supposer (mais ce n'est qu'une hypothèse), qu'Isaïe (celui du VIIIème siècle) fut le premier des prophètes, ou du moins un des premiers. L'étude de son discours est donc intéressant pour tenter de comprendre comment les idées évoluent à l'intérieur d'une tradition religieuse, pourtant rétive à toute évolution intellectuelle. Dans sa conclusion, le RP Vermeylen nous montre que les événements politiques sont à l'origine des remontrances du prophète. C'est l'attitude du roi de Juda par rapport aux grandes puissances de l'époque (Egypte, Assyrie, puis Babylonie) qui inspire la théologie d'Isaïe et de ses émules. L'auteur nous dit "Isaïe suggère ainsi une forme nouvelle de religion, où la fidélité résulte moins dans le culte que dans une éthique de la vie collective" (p. 188). De là à faire, dans une lectio divina catholique, d'Isaïe et des prophètes les précurseurs d'un Jésus, qui privilégiait la charité plutôt que les pratiques rituelles, il n'y a qu'un pas. Les religions seraient donc capables d'évoluer ?

Essayer d'être plus précis pour situer le premier Isaïe ? L'introduction de son livre nous dit "Vision d'Isaïe fils d'Amots, qu'il vit sur Juda et Jérusalem aux jours d'Ozias, Yotam, Achaz, Ezéchias, rois de Juda". Les règnes (mal connus) des quatre rois correspondent au dernier tiers du VIIIème siècle. La plupart des historiens datent de 727 l'avènement d'Ezéchias, fils d'Achaz. 

Pour info :      

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles, interview sur ma philosophie :  

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur), interview sur mes travaux sur l'invention technique :  

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

Lire la suite

Pour et contre Gilles Deleuze

24 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Matérialisme

Si je cherche à décliner mes positions ontologiques apparaissant, souvent voilées, dans l'ensemble de mes ouvrages, j'aboutis par quelque côté que je prenne le parcours de ma réflexion, au-delà des traditions culturelles et universitaires dont je me suis efforcé de me débarrasser comme d'un actif improductif, à ce qu'il faut appeler un "matérialisme métaphysique" qui n'est peut-être pas très lointain de l'empirisme transcendantal de Gilles Deleuze. Sauf qu'il me semble que mes recherches épistémologiques (prolégomènes obligés à toute métaphysique qui voudrait se présenter comme science, etc.), entamées par des préoccupations vulgairement académiques (science et technologie, rôle social de l'ingénieur, connaissance et instrumentation, être et penser comme deux modalités du Réel...), donnent au moins une coloration spéciale à mes philosophèmes. Je me réfère ici à Léon Brunschvicg, à Gaston Bachelard, et même à Michel Foucault (quand il tâche de construire une "archéologie des savoirs", qui n'a pour moi de sens que si elle conduit non pas à une impossible "géographie de l'être", mais à une indispensable "futurologie de mon être").

Car bien sûr je n'ignore pas ce lieu commun qui nous dit que, puisque le passé n'existe plus et que le futur n'existe pas encore, seul le présent est réel. Mais l'être du présent est de disparaître au profit d'un nouveau présent, de se dédoubler dès son apparition en un passé révolu et un avenir immédiatement "présentifié", et c'est ce présent de demain que je redoute, et qui me fait penser. C'est quand l'avenir "se présente" à moi que j'y pense. La vraie dichotomie qui fonde la pensée authentique - à différencier des pensées de pure occupation mentale, comme la science, la littérature, les idéologies... - n'est pas celle de l'âme et du corps, ou du Moi et du Monde, ni même du phénomène et du noumène, mais de moi et de mon destin. Homère (Odyssée), Sophocle (Oedipe-roi) plus philosophes que Parménide, Empédocle, Socrate ! Ceux-ci ont développé des curiosités ; ceux-là ont exprimé des angoisses.

Mon ontologie se fonde ainsi sur l'univocité de mon anxieuse attente du lendemain, base de toute prise de conscience existentielle, avec ou sans les ornements scolaires de la phénoménologie et de l'herméneutique. L'enjeu de la philosophie est le destin du philosophe, et l'à-venir est sa préoccupation radicale. Il n'y a aucun décalage entre pensée et existence, entre paraître et être, entre vivre et désespérer. Ainsi mon ontologie est-elle une autobiographie, une exploration permanente des profondeurs de mon angoisse, et la f'réquentation admirative et toujours déçue des traces qu'ont laissées dans l'Histoire Ceux qui ont pensé avant moi (voir une liste partielle dans mon livre "Les agitateurs d'idées en France", 2014). Mes déterminations sont des lectures, toujours rejetées, et des méditations, toujours interrompues dans leur bel élan par la rencontre fatale du mur nouménal qui m'interdit de savoir ce qui m'importe.  

Pour info :    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Florence Richter, Evelyne Wilwerth, Bernard Gheur

19 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Belgique

Vraiment, hier soir, une très belle séance publique de l'AEB (Association des Ecrivains belges), à Ixelles. Formule habituelle : trois livres présentés, Un jardin dans les Rocheuses, de Bernard Gheur (éditions Weyrich), un récit autobiographique (à la recherche de son grand-père, ingénieur des mines liégeois expatrié au Canada) ; Miteux et magnifiques, d'Evelyne Wilwerth (MEO), un recueil de nouvelles évoquant avec truculence et émotion quelques échantillons d'humanité hantant les rives du canal dans le nord de Bruxelles ; La déesse et le pingouin, de Florence Richter (Avant-propos), conte philosophique qui mélange dans une sarabande de réflexions et de références culturelles la mythographie (la déesse Innana, Ishtar, Vénus...), la psychologie des profondeurs (Jung) et la physiologie des pingouins, oiseaux nageant dans les eaux les plus froides du globe terrestre. A noter que le maître de cérémonie était Renaud Denuit, excellent pour assurer une cohérence dans la soirée. L'ouvrage de Richter était présenté avec enthousiasme par Jean Lacroix. Celui de Wilwerth, également sur le ton communicatif de l'admiration, par Nicole Versailles.

Après les présentations - 30 minutes rigoureusement comptées pour chaque livre - le traditionnel "verre de l'amitié". Il faut préciser, "de l'amitié littéraire", forme de connivence et de convivialité très particulière de l'homo scriptor. Je m'entretiens, brièvement, avec Joseph Bodson, Martine Rouhart, Anne-Michèle Hamesse, Jean-Loup Seban, Marguerite James, Marcel Detiège, d'autres encore...

Renaud Denuit propose à un petit groupe, quand déjà de nombreux écrivains et amateurs de la littérature ont quitté les lieux, de terminer la soirée dans un restaurant, j'accepte la perspective d'un bon repas et de bonnes conversations. Nous nous retrouvons, Renaud et moi, dans un restaurant italien de la chaussée de Wavre, fort bien entourés : Florence, Fany, Evelyne et Françoise. Il s'agit de Françoise Michiels, qui a fondé Les cahiers Amarante, à Bruxelles, en décembre 1985. Souvenirs...

La soirée s'achève dans le bon vin et les échanges philosophico-littéraires de qualité. In vino veritas ? Mais qu'est-ce que la vérité ? L'adéquation d'un discours avec le réel dont il parle. Mais comment savoir que mon discours est adéquat, ce qui impliquerait de... connaître le réel ?

Je rentre, fatigué mais content, avec Evelyne (nous parlons du dur métier d'écrivain), à bord du tram 3. Je suis chez moi à zéro heure trente-cinq minutes. Marianne est déjà endormie.

Pour info :    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles, interview sur ma philosophie :  

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur), interview sur mes travaux sur l'invention technique :  

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

Lire la suite

Islamisme et sens de l'Histoire

16 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Islamisme

D'après l'Agence Belga, des dizaines de morts hier au Kenya, à Mpeketoni, dans un attentat islamiste. Et c'est comme ça tous les jours, pour la grandeur d'Allah ! Il suffit désormais de suivre l'actualité, même négligemment, pour savoir quel est l'ennemi mortel actuel de la Civilisation et de la Pensée. Mais ces attentats au nom de l'islam vont-ils désaveugler les opinions publiques et éclairer les intellectuels qui hurlent à l'islamophobie chaque fois que l'on commente un massacre de Boko Haram, d'Al Qaïda, des djihadistes de Syrie, des talibans, des shebabs, et d'autres groupes encore ?... Au XXème siècle, le projet islamiste se bornait presque à menacer Israël et à proclamer la solution finale au Moyen-Orient : rejeter tous les juifs à la mer. Maintenant, le programme s'est étendu, et il s'agit de détruire l'Occident, par des actions massacrantes de plus en plus fréquentes, qui concernent aussi bien la Chine et l'Afrique christo-animiste que les USA ou la France laïque. Aujourd'hui, des centaines de Français, de Belges et d'autres Européens partent en Turquie pour mener la guerre sainte. Combien seront-ils dans six mois, dans cinq ans ?

Dans ma jeunesse, j'ai mal apprécié le sens de l'Histoire. J'ai cru que l'affaiblissement du christianisme renforcerait "mécaniquement" la libre pensée, la rationalité, la laïcité et l'agnosticisme. Mais nous assistons au jeu des vases communicants des croyances, et l'on tombe de Charybde en Scylla. Car le christianisme avait fini par se débarrasser de son fanatisme, et l'on ne tuait plus pour athéisme en pays chrétien.

Dans les années 1910 à 1940, l'ennemi mortel de la Civilisation fut le pangermanisme, qui engendra le nazisme. On sait ce qu'il a fallu pour s'en débarrasser. Dans les années 1950 à 1990, l'ennemi fut le communisme stalinien, puis les gauchismes (j'entends les mouvements gauchistes prônant la violence), dont on a cru être libéré avec la chute du mur de Berlin et la "fin de l'Histoire". Hélas, ce n'était que partie remise. Nous connaissons maintenant le visage des nouveaux ennemis de la Liberté.

Bien sûr, peut-être que ma lecture de l'Histoire est sans nuances, et que je me trompe. Peut-être que les hommes de bonne volonté, chrétiens, musulmans, hindouïstes, juifs, animistes, shintoïstes, marxistes, adventistes du septième jour, zoroastriens, droits-de-l'hommistes, mélenchonistes, témoins de Jéhovah et athées vont, la main dans la main, nous préparer la fraternité universelle et le désarmement spiritualiste. Peut-être...

Pour info :    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Philosophe et/ou ecrivain ?

13 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Littérature

On me demande parfois comment j'arrive à concilier mon métier d'écrivain avec les obligations et exigences de la recherche philosophique. J'avoue que la question me préoccupe, et qu'elle est même centrale dans ma réflexion. Je suis parti, dans ma recherche, d'une définition "opérationnelle" de la science (au sens le plus général de savoir systématique et vérifiable), fondement de l'éditologie : la science est "un ensemble de textes édités". Comme cette définition semble convenir aussi à la philosophie et également à la littérature, il y a là une difficulté radicale, qui est celle de Heidegger (par exemple) : "qu'appelle-t-on penser ?" Il ne suffit pas d'écrire un texte (en prose ou en vers, chez un éditeur ou à compte d'auteur), même sur un "grand sujet" (la liberté, la vie après la mort, les valeurs, le sens de l'Histoire...), pour atteindre le niveau du travail philosophique. Les hommes de ma génération se souviennent de l'antagonisme entre Jean-Paul Sartre et Albert Camus, deux des intellectuels les plus en vue des années 1940 et 1950. Sartre était écrivain et philosophe. Camus n'était qu'écrivain. Lors de leur dispute, d'ailleurs, Sartre, avec sa cruauté tranchante, n'a pas manqué de répéter que Camus n'était pas un philosophe !

A vrai dire, la question revient à définir clairement (si possible) la différence entre littérature et philosophie. Sartre y a consacré un livre tout à fait remarquable, et on a beaucoup écrit depuis sur cette question. J'ai, moi-même, tenté une approche de la question dans deux ouvrages, Une philosophie de la poésie (2006), et A quoi pensent les Belges ? (2010). Dans le premier, je tente une analyse critique du projet d'une certaine poésie contemporaine de cerner l'indicible et de dévoiler le sens de la vie (Heidegger est en partie responsable de cette prétention postmoderne). Dans le second, je propose une distinction, chez les littérateurs belges (en langue française ou en flamand), entre philosophes (Léopold Flam, Henri Van Lier...) et écrivains.

La question, éminemment complexe, ne peut être résolue en quelques phrases, mais il faut convenir que la littérature "littéraire" fait usage du sentimental et de l'imaginaire, alors que précisément le projet de la philosophie consiste à se méfier radicalement des idées issues de l'émotion et de l'imagination. Si l'on compare, par exemple, les oeuvres d'un Bachelard ou d'un Foucault à celles d'un Proust ou d'un Simenon, il me semble que les premiers tentent de faire connaître le réel à leurs lecteurs alors que les seconds (comme tous les romanciers, poètes et dramaturges) tentent au contraire d'en distraire les lecteurs. C'est sans doute la pierre d'achoppement du distinguo philosophie-littérature : la distraction, le divertissement. Peut-être que le Rouge et le Noir ou le Père Goriot (ou La pipe de Maigret) visent à donner de l'information sur l'ambition, sur le commerce du vermicelle ou sur les pulsions criminelles, mais d'abord ce sont des textes à lire "pour passer le temps" et "pour s'évader du quotidien". Or, qu'est-ce que le quotidien, sinon le réel ?

Pour info :    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

 

Lire la suite

Monter et puis descendre

8 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

J'ai atteint mon acmé en 2005. J'avais soixante-et-un ans. Cette année-là, je publiais, aux éditions L'Harmattan, à Paris, mes deux livres les plus importants, les plus denses, exprimant le mieux qu'il m'était possible les résultats de mes réflexions : Mathématique et vérité, ainsi que Le signe de l'humain. Dans le premier de ces ouvrages, je précisais mes positions épistémologiques, et dans le second je dessinais les traits principaux d'une "philosophie de la technique" dont j'avais entamé la conceptualisation dès 1978 (avec le lancement de ma revue Technologia). Egalement en cette année de grande fécondité, je publiais chez Vuibert (Paris) une "Histoire de la médecine et de la biologie" sous le titre Penser le vivant, qui était en fait le cinquième tome d'une "Histoire générale de la science" qui allait totaliser neuf volumes et plus de trois mille pages. J'étais arrivé, en 2005, au climax de ma productivité conceptuelle, au maximum de mes capacités philosophantes, au sommet de mes possibles. Ayant atteint le point le plus élevé de la montagne, il ne me reste plus qu'à redescendre vers la plaine, vers l'amer, vers le bas au goût âcre et fétide. J'avais cotoyé Aristote et Nietzsche, Descartes et George Sarton, Gaston Bachelard et Bertrand Gille, Maurice Daumas et La Mettrie, et il me restait les débats télévisés et les slogans des cortèges, et les émois poétiques de quelques vieillards, et les affirmations péremptoires de la Pensée Unique droits-de-l'hommiste. Sans compter la mode nouvelle de l'europhobie, symptôme de démence sénile.

Je descends de la montagne... Il m'arrive de ne pas savoir maîtriser un tremblement, et j'ai de plus en plus souvent des pertes de mémoire, et ma fatigue m'empêche parfois de penser. Mon oeuvre est achevée, et sa substance la plus consistante se trouve dans deux livres, Mathématique et vérité, Le signe de l'humain. Quelques collègues (amis, je ne sais pas ?) sont morts, d'autres sont en train de mourir. Tant que j'en ai la force, je publierai des textes, courts dans ce journal-blog, plus longs dans des ouvrages destinés à la librairie. Je composerai encore, de temps en temps, de beaux poèmes à propos de ma tour abolie sur mon luth constellé, sachant désormais que je ne connaîtrai plus jamais l'ordre et la beauté, le luxe, le calme et la volupté. Je suis arrivé au temps des déchéances et des laideurs.

Mais au fait, que reste-t-il de l'oeuvre (rongée aux mythes) de Platon, ou de Spinoza, ou de Heidegger ? Des pages sublimes, certes, j'en conviens, mais quelles vérités ? Allons, je ne suis pas encore mort, tant que je ricane.

Pour info :    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Mon examen de conscience

2 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Moi

Depuis quelques jours, j'ai repris mon travail philosophique par le commencement, comme on remonte aux sources d'un problème ardu, et ce commencement c'est moi, c'est-à-dire (par généralisation peut-être abusive) le moi de tout être humain. D'où une exploration introspective de mes joies et de mes peines, de mes admirations et de mes haines, de mon passé vécu et de ma vie à venir. D'où mes récents billets : "Le Je et le Moi" et "Les structures de l'Ego". Il ne s'agit pas d'une curiosité fixée sur un objet, d'ailleurs quelconque, comme en science post-galiléenne, mais il s'agit d'une angoisse qui me rend la vie presque insupportable, il s'agit de ma douleur, de mes souffrances, de mon anxiété, et comme le fameux serpent qui se mord la queue j'explore ma conscience dans ses profondeurs pour tenter d'y échapper. Plus près de mon être pour être plus loin de moi. Car la philosophie véritable (pas l'érudition académique qui commente les philosophes), la plus douloureuse et la plus sérieuse des quêtes, est constamment menacée par une subreptice conversion en divertissement. On connaît trop bien ces écrivailleurs qui prétendent philosopher quand ils ne font qu'agencer avec un air grave d'inutiles bouquets de fleurs de rhétorique. L'érudition, l'attention focalisée sur un objet, cet objet serait-il ma douleur et ma crainte, c'est "l'oubli de moi", l'objectivation de mon existence, et penser devient oublier celui qui pense. Chaque phrase que je construis est un moment gagné sur le temps des inquiétudes, et c'est surtout l'oubli du réel (de l'Être, si on veut s'exprimer comme Heidegger). Mais si je veux vraiment connaître et comprendre, l'authenticité de la recherche réflexive ne suffit pas, et ce n'est pas assez de se défier de la distraction. Il faut aussi écarter les pesanteurs de la scolastique et comprendre est vivre avec sa perception dans un constant dialogue avec soi-même.

La nature dialogique de la recherche philosophique me conduit au souci de clarté, qui n'est pas un oubli des détails et des nuances - comme dans la pensée "naïve" de la doxa - mais qui est un effort d'évaluation des importances. D'où mes constants efforts de réduction (eidétique...) à l'essentiel, et un souci de transparence qui va jusqu'à la schématisation et la caricature. Car bien sûr que ma conscience est plus complexe que "Je et Moi", et évidemment que l'on ne renferme pas toute la richesse et l'historicité d'une vie humaine en trois phrases ! Mais faut-il que j'entreprenne la description phénoménologique (Husserl) de mes orteils ou la lecture herméneutique (Gadamer) des Upanishads ou l'exégèse existentiale (Heidegger) pour savoir que je souffre et que je n'ai d'autre horizon que des souffrances plus cuisantes et les humiliations d'un corps de plus en plus défaillant ?

Voilà pourquoi je suis devenu un écrivain qui se moque de la littérature et un philosophe qui se moque de la philosophie. A méditer : "le lien social est basé sur le songe ou le mensonge".

Pour info :    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Professions (poeme belge)

1 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poème

J'éprouve une tendre et particulière sympathie, une admiration même

et de l'amour, peut-être bien, une affection prenante, pour

les banquiers et les maîtres de la finance, les boulangers et les gendarmes, les sous-lieutenants, les lieutenants et les capitaines de vaisseau, les ingénieurs chimistes, les ingénieurs mécaniciens, les ingénieurs agronomes, certains architectes, les lexicologues (et même les lexicographes), les grammairiens et les armateurs, les subrécargues, les tonneliers, les bouilleurs de cru, les travailleurs du chapeau, les prostituées, les infirmières, les cuisinières, les vendeuses de chaussettes, les institutrices, les couturières, les historiens, les épistémologues, les bouchers, les charcutiers, les éleveurs de cochons, certains journalistes, quelques philosophes, les physiciens, les biologistes, les algologues, les ptéridologues, les mycologues, les bactériologistes, les empêcheurs de tourner en rond, les algébristes, les phanérogamistes, les violoncellistes, les saxophonistes (tout spécialement John Coltrane), les buveurs de vins français, les mangeurs de fromages français, les marchands de frites, les visiteurs du soir, les morts à Venise, les danseurs sous la pluie, les amateurs de gaufres liégeoises, les automobilistes.

J'aime beaucoup moins les poéticules analyseurs de l'indicible, les versificateurs du sens profond des silences et du vide (sic), les déballeurs de billevesées, les rimeurs sans rimes et surtout sans raison, les chansonniers mytheux, les pâmées d'admiration pour la littérature des extases à bon compte, les philosophes de l'impalpable, les littérateurs de l'infini.

Pour info :    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite