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Jean C. Baudet

Les cultures sont inégales

24 Novembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Je regardais, hier soir, un talk-show sur une chaîne française de télévision, consacré au thème "L'Occident est-il en déclin ?", et je me disais qu'à écouter quelques intervenants on ne pouvait plus en douter ! Comme souvent, grand festival de la Pensée Unique Politiquement Correcte. Il y eut tout de même quelques propos utiles et même intelligents, comme certaines remarques d'Alain Finkielkraut ou encore les interventions d'Elisabeth Lévy.

La question est devenue "les cultures se valent-elles ?". L'idée même de poser une telle question, de la part d'intellectuels qui sont supposés avoir étudié l'histoire, est révélatrice de l'état de déclin de la pensée occidentale dominante.

Car enfin, il n'y a pas à réfléchir longtemps sur un sujet pareil.

Soit à comparer la culture A (où l'on porte des chapeaux ronds) et la culture B (où l'on porte des chapeaux pointus). Faut-il réfléchir longtemps pour arriver à admettre que - à supposer qu'elles ne diffèrent que par ce trait vestimentaire - les cultures A et B sont égales ?...

Soit maintenant à comparer la culture X (où l'on dit que le Soleil tourne autour de la Terre) et la culture Y (où l'on dit que c'est la Terre qui tourne autour du Soleil). Qui ne voit qu'ici il y a "mesurabilité" de la valeur des deux cultures, et que Y est supérieure à X, parce que l'héliocentrisme est vérifiable, qu'il a été vérifié, et que le passage du géocentrisme (par exemple la société française au XVe siècle) à l'héliocentrisme correspond à un progrès civilisationnel !

Qu'il s'agisse d'art plastique, de musique, de danse, de littérature ou de traditions culinaires ou vestimentaires, toutes les cultures se valent à peu près, et je suis tout près d'admettre et tout prêt à reconnaître que le tam-tam des forêts africaines vaut bien la Neuvième Symphonie, ou que le didgeridoo des aborigènes d'Australie vaut bien la trompette de Miles Davis. Mais dès lors qu'il s'agit de Connaissance, il y a ceux qui savent et ceux qui ne savent pas. Et ceci concerne les cultures, et pas les individus rattachés à ces cultures, car certains aborigènes d'Australie connaissent mieux la Physique et la Biologie que certains "intellectuels" de France ou de Californie.

Si l'on compare les innombrables cultures, il faut admettre que, jusqu'à présent, la philosophie est apparue UNIQUEMENT chez les Grecs de l'Antiquité et qu'elle n'est pratiquée que par quelques INDIVIDUS qui se rattachent par leur comportement mental à l'hellénisme. Je rappelle que la philosophie est le rejet des traditions, notamment religieuses, et que les "philosophies orientales" ne sont pour la plupart que des religiosités sans consistance.

Et c'est parce que l'esprit philosophique (d'ailleurs très peu répandu, car peu d'hommes résistent aux croyances de la tribu, même en Occident) ne fut présent qu'en Occident que c'est en Occident qu'est née la Science, avec Copernic, Galilée, Newton, Einstein et quelques centaines d'autres. A moins que la Biologie moléculaire n'ait été inventée par un Inca, la Physique relativiste par un Egyptien de l'époque pharaonique et la Mécanique quantique par un Hottentot. Mais il me semble que je le saurais...

 

Pour info : Télé Bruxelles

Canal C (Namur)

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Les sources de la Civilisation

19 Novembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Ne faut-il pas, toujours, remonter aux sources, pour comprendre ? Il est d’ailleurs plus facile de penser en se basant sur le passé qu’en se basant sur l’avenir.

Philosophie : Thalès, grec,

logique : Aristote, grec,

géométrie axiomatique : Euclide, grec,

algèbre : Diophante, grec,

chiffres décimaux : Brahmagupta, indien (628),

astronomie héliocentrique : Copernic, allemand (1543),

anatomie : Vésale, bruxellois (1543),

mécanique céleste : Kepler, allemand (1609),

astronomie instrumentale : Galilée, italien (1610),

géométrie analytique : Descartes, français (1637),

gravitation : Newton, anglais (1687),

analyse infinitésimale : Leibniz, allemand (1694),

taxonomie : Linné, suédois (1735),

économie politique : Smith, écossais (1776),

chimie : Lavoisier, français (1789),

symbolisme chimique : Berzelius, suédois (1811),

science-fiction : Shelley, anglaise (1818),

thermodynamique : Carnot, français (1824),

sociologie : Comte, français (1830),

saxophone : Sax, belge wallon (1842),

algèbre de la logique : Boole, anglais (1847),

évolutionnisme : Darwin, anglais (1859),

automobile : Lenoir, belge wallon (1863),

théorie des ensembles : Cantor, juif allemand (1872),

électromagnétisme : Maxwell, écossais (1873),

téléphone : Bell, américain (1876),

microbiologie médicale : Pasteur, français (1878),

coca-cola : Pemberton, américain (1885),

ondes radio : Hertz, juif allemand (1888),

cinématographe : Lumière, français (1895),

psychanalyse : Freud, juif autrichien (1896),

relativité : Einstein, juif américain (1905),

phénoménologie : Husserl, juif allemand (1913),

mécanique quantique : Bohr, juif danois (1913),

inventaire loufoque : Prévert, français (1946),

biologie moléculaire : Watson, américain (1953),

rock and roll : Presley, américain (1954),

pilule contraceptive : Pincus, juif américain (1960).

Références : J.C. Baudet, Curieuses histoires des inventions, Jourdan, Bruxelles, 2011.

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L'Etre, le Temps et la Technique

16 Novembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Maurice Merleau-Ponty, en 1953, écrit : "ce que le philosophe pose, ce n'est jamais l'absolument absolu, c'est l'absolu en rapport avec lui". Et, en 1927, Martin Heidegger dénonce "l'oubli de l'Être" dans un des ouvrages de pensée les plus célèbres du XXe siècle. Voilà le double point de départ de ma réflexion, il y a bien longtemps déjà, et je n'ai cessé de m'efforcer de penser l'Être, mais avec pour programme cet autre propos de Merleau-Ponty, dans le même livre : "la méditation de l'être se localise dans le moi (...) en arrière du monde et de l'histoire". Voilà pourquoi j'ai tenté, une vie durant, de dépasser la physique, la science "dure" (le monde) et les sciences sociales, les "humanités" (l'histoire), pour poser ma réflexion sur le socle plus sûr de ma propre existence (la métaphysique).

J'ai découvert mes besoins, et j'ai dénoncé à mon tour le grand oubli des postmodernes : l'oubli de la Technique, moyen dont l'Homme (la généralisation du Moi) dispose pour répondre, d'ailleurs imparfaitement, à ses besoins. Car dans ma recherche documentaire (lire les Autres) ou introspective (lire en Moi), m'imposant le travail de Sisyphe de lire tous les livres et de faire l'inventaire de toutes les idées, je n'ai jamais rencontré que des besoins corporels, directement ou indirectement liés au corps, et je n'ai jamais fait l'expérience de "vérités profondes dans mon coeur". Si l'homme dans son ek-sistence (pour reprendre le vocabulaire heideggérien) est le berger de l'Être, c'est parce qu'il est le seul possesseur de la Technique, qui est comme un visage de Gorgone - l'éclat insoutenable de la Réalité - qui aveugle et pétrifie.

J'ai rédigé une première ébauche de ma méditation sur la Technique et l'Humain en 1996, qui pour des raisons purement circonstancielles n'est parue qu'en 2005 : "Le Signe de l'humain" (L'Harmattan, Paris).

C'est grâce à l'Outil que l'homme mange, qu'il se protège des agressions et qu'il vit, plus ou moins bien (c'est-à-dire par le Travail, d'où l'inhumanité ontique des improductifs). Et c'est même grâce à l'Outil que l'homme pense, donc qu'il ek-siste, qu'il atteint la connaissance extatique de la Technique-Être.

 

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Les grands destins qui ont changé le monde

14 Novembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Grands-destins.jpgMon livre Les Grands Destins qui ont changé le monde vient de sortir de presse aux éditions Jourdan (Bruxelles-Paris, 331 pages). C'est à la fois un ensemble d'études sur les plus "grands hommes", quelques "récits de vie", une réflexion sur l'importance et une introduction à une analyse philosophique du "sens de l'histoire". L'amateur de belles histoires vraies sera satisfait. Par contre, les séquestrés de la Pensée Unique détesteront. Car, parmi les dizaines de "grands hommes" que j'ai étudiés, il n'y a ni Coluche, ni Alain Badiou, ni Simone de Beauvoir, ni même Jacques Prévert.

 

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Pourquoi je suis si optimiste

10 Novembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Si l'on consulte avec sérieux les données statistiques pour les trente dernières années, on constate des tendances assez nettes, variables certes d'un pays à l'autre, qui par extrapolation nous permettent de prévoir qu'il y aura, dans les années à venir, en Europe :

- de moins en moins d'enfants de souche européenne, de chercheurs scientifiques, d'ingénieurs, d'entrepreneurs, de professeurs de grec ancien, de penseurs libérés de la Pensée Unique, de boulangers, de marchands de livres, de plombiers, de maçons, de métallurgistes,

- de plus en plus d'analphabètes, d'illettrés, d'incultes, d'ignorants, de créationnistes, de bouddhistes, d'évangélistes, de musulmans, d'animistes, d'astrologues, de chiromanciens, de vieillards improductifs, d'obèses, de stressés, de déprimés, de drogués, de vendeurs de drogues, d'homosexuels, de manifestants anti-quelque chose de plus en plus violents, de terroristes, de salafistes, de djihadistes, d'islamistes, de cyclistes, de cambrioleurs, de pédophiles, de délinquants informatiques, de délinquants juvéniles (de plus en plus jeunes), de délinquants relâchés après avoir été pris en flagrant délit, de grévistes, d'activistes anti-quelque chose de plus en plus violents, de chômeurs, de sans-abri, de mendiants, de rapeurs, de voleurs à la tire, de voleurs à main armée (de mieux en mieux armés), d'incendiaires, de violeurs (isolés ou en groupe), de loques à terre, de tags sur les murs, de merde dans la bouffe, de tornades, d'inondations, de feux de forêt, de lanceurs de pavés, de nationalistes, d'indépendantistes, de sociologues, d'historiens de l'art, de scénaristes de bandes dessinées, de juges laxistes, de politiciens véreux, d'avocats marrons, de prévaricateurs, de concussionnaires, d'astrophysiciens, de chercheurs de particules, d'humoristes malhonnêtes, de chanteurs sans voix, de ventriloques sans talent, de danseuses sans culotte, de processionnaires des droits de l'homme.

Il y aura de moins en moins de tués sur les routes, mais de plus en plus d'estropiés ayant survécu à un accident automobile.

 

Bref, il y aura de moins en moins de producteurs et de plus en plus de consommateurs, de moins en moins de constructeurs et de plus en plus de destructeurs.

 

De moins en moins d'antipathiques producteurs de nourritures, de biens et de services, et de plus en plus de sympathiques bouches à nourrir.

 

Dois-je préciser qu'une constatation statistique n'est pas un jugement de valeur ? Il est indéniable qu'il y a plus d'incendiaires aujourd'hui que jadis, et moins de libraires aujourd'hui que naguère. Mais ce double fait observable n'est pas une appréciation éthique. Je ne me prononce pas sur la "valeur" des incendiaires...

 

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Husserl et Heidegger

7 Novembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Bien que n'étant ni husserlien ni heideggerien, j'ai toujours, depuis que j'ai entamé mon travail philosophique, pris Husserl et Heidegger comme modèles. Car, quand j'étais encore étudiant en philosophie, mes professeurs avaient su me convaincre que Husserl et Heidegger sont les plus grands philosophes du XXe siècle. Il y a quarante-six ans de cela, et après tout ce temps d'abondantes lectures, ayant maintenant suffisamment de recul (Husserl décède en 1938 et Heidegger en 1976), je me rends compte que mes maîtres ne se trompaient pas : Husserl et Heidegger furent bien d'immenses penseurs, qui dépassent - par la profondeur de leur recherche, par l'abondance de leurs publications et surtout par l'impact sur les mouvements contemporains de la Pensée -, et qui dépassent de loin, tous les intellectuels du vingtième siècle.

J'ai donc essayé (et je continue) d'analyser presque quotidiennement, en tentant d'aller toujours plus loin dans cette investigation forcément solitaire (on ne pense pas en troupeau) et cependant solidaire (une découverte philosophique, aussi ténue soit-elle, peut profiter à toute l'Humanité), la nature de l'Être, l'être de la conscience, et de m'approcher le plus qu'il est possible à un homme pensant du véridique et du concret. Ce qui m'a impressionné dans ma jeunesse et ce qui impressionne encore le vieux penseur que je suis devenu, c'est la continuité de leur réflexion, cette espèce d'acharnement tranquille à atteindre les plus obscures et les plus lointaines profondeurs du Vrai. Les deux grands philosophes allemands n'ont pas cessé de philosopher, noircissant des milliers de pages de leurs dissections de concepts. Je n'ai pas arrêté non plus, sauf pendant un court intermède (de 1973 à 1978) quand je me suis consacré à la recherche en biologie, avec d'ailleurs le ferme projet de revenir à la recherche philosophique après que j'aurais atteint une connaissance concrète et une maîtrise suffisante de la "méthode scientifique". C'est d'ailleurs cette attention à la "science" qui me distingue sans doute le plus des deux grands philosophes du XXe siècle ! Encore dois-je rappeler que Husserl fut mathématicien avant de devenir philosophe.

Tous mes travaux - à l'exception de mes recherches en biologie - sont donc, malgré leur apparente dispersion, sont donc les fruits (souvent amers) d'une seule et même et continue réflexion : l'existant est-il autre chose que la série de ses manifestations, y a-t-il de l'être qui soutient l'existence des étants, et la conscience n'est-elle que le percevant du perçu, et quelle relation peut-on établir entre le temps et la souffrance humaine, etc...

Ainsi donc, le moindre de mes poèmes et jusqu'aux billets souvent brouillonnés de ce blog s'inscrivent dans une recherche unique et la plus difficile de toutes (car j'ai aussi connu les plaisirs ambigus de l'érudition), celle de la Totalité - et je suis en désaccord avec Heidegger quand il prétend distinguer l'Être de la Totalité...

Ainsi encore, je crois pouvoir affirmer que toute philosophie sérieuse, qui ne peut être qu'introspective (comme l'a brillamment montré Husserl, et déjà Descartes bien avant lui), est forcément une autobiographie. L'auteur "littéraire" devient philosophe quand il commence à s'intéresser à son moi.

 

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Les deux missions du Poète

3 Novembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Philosophie poesieLa Poésie a quelque chose à voir avec la Beauté, mais la conceptualisation du Beau est difficile et, au risque de perdre une partie de la substance du Poème, on peut conduire la réflexion à partir de simples observations sociologiques. Cela revient à déterminer quelles sont les attentes des sociétés envers la poésie, et l'observation sociale est plus facile que l'analyse herméneutique de la production poétique. Car il ne faut pas confondre esthétique et histoire de l'art, mais il ne faut pas davantage s'enfoncer trop rapidement (en oubliant l'histoire) dans les profondeurs eidétiques de l'acte générateur du poème.

Il y a d'ailleurs une évidence qui peut servir de point de départ : la société attend du poète (et de l'artiste en général) qu'elle l'enchante ! Les gens, les braves gens, les chers "frères humains", qu'ils soient les contemporains de Chrétien de Troyes ou de Verlaine, qu'ils soient les compatriotes d'Yves Namur ou de Colette Nys-Mazure, attendent d'abord des poètes qu'ils les divertissent, les amusent, les fassent rêver ou sourire. Le poète est un saltimbanque, un amuseur, un bouffon, un troubadour, et sa mission première est l'ornementation, la distraction, la récréation. On peut d'ailleurs se demander si Yves Namur ou Jean-Pierre Verheggen sont vraiment divertissants !?!

Cette mission sociale de divertissement (parfois subventionnée par les pouvoirs publics, ce qui est un signe intéressant d'insignifiance) est à l'origine même de toute poésie, et Gilgamesh déjà divertissait les Sumériens il y a quatre mille ans, et les aventures d'Ulysse ont enchanté l'Hellade.

Mais il y a plus. Au-delà de la mission ornementale et récréative de la poésie (et de l'art), l'on décèle facilement une autre fonction sociale de l'art de tronçonner des phrases pour former des poèmes - car, formellement, tout poème peut se définir comme une séquence de phrases inégales. Il s'agit de "donner un sens à la vie", de "révéler les significations, évidemment profondes et indicibles, de l'existence", de "dévoiler l'Ultime Vérité", de "mettre à jour le non-encore-aperçu", selon la vigoureuse expression de Martin Heidegger.

Donc, deux missions du poète : distraire la populace inconsciente, révéler le sens de l'Être à l'élite consciente.

Ces missions sont clairement contradictoires. Distraire, amuser, divertir, c'est exactement faire oublier le sens (tragique) de la vie, et l'on va au music-hall ou à la Maison de la Poésie pour oublier... Un certain Blaise Pascal le remarquait déjà. Et révéler le sens de l'Être, c'est remuer le fer cognitif dans la plaie sanglante et douloureuse de la finitude. Faire oublier le temps qui passe, et rappeler que le temps nous porte vers le cancer, le diabète, les tremblements incontrôlables, la souffrance et la mort. Deux missions exactement contraires !

Définition du poème ? En effet, la définition est bien "phrases inégales". Cette inégalité produit des effets rythmiques sur l'auditeur ou le lecteur qui induisent une attention particulière, qui n'est pas produite par la prose, où les lignes ne sont égales que par un effet typographique (la justification), mais l'on pourrait étendre ma définition à la poésie d'avant l'imprimerie, et même d'avant l'écriture.

Reste la question redoutable : pourquoi la société demande-t-elle du sens aux poètes, ce qui revient à se demander d'où vient la croyance que les poètes disposent d'une capacité cognitive spécifique ?

Dans le cours de l'histoire, on voit clairement que l'apparition de cette croyance est issue du romantisme - un Boileau ou un Ronsard se bornaient à écrire de jolies choses, et ne se prenaient pas pour des philosophes.

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