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Jean C. Baudet

Articles avec #materialisme tag

Qu'est-ce que le materialisme ?

27 Février 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Matérialisme

Le matérialisme est la position philosophique qui voit dans la matière le seul constituant de l’Être (de « ce qui existe vraiment »), c’est donc un monisme : il n’y a pas de scission dans l’Être qui est un, unique et unifié. Tout est matériel, c’est-à-dire corporel, de même nature ontologique que le corps humain. Le matérialisme s’oppose donc aux dualismes ou idéalismes, qui prétendent qu’il existe d’autres réalités (« extrasensorielles ») que les réalités matérielles : esprit, anges et démons, dieux, monades (Leibniz), noumènes (Kant), valeurs… Les idéalismes sont clairement des résurgences des religions archaïques qui séparaient le monde terrestre du monde céleste ou du monde souterrain. Ainsi peut-on dire que les idéalismes (Anaxagore, Platon, Plotin, Descartes, Hegel, Bergson…) sont des ersatz des religions. Ce qui explique l’âpreté de l’opposition entre idéalistes et matérialistes, ceux-ci étant même condamnés à mort dans les sociétés où une religion est dominante.

Le matérialisme fut pensé, développé et enseigné par Démocrite, Epicure, Lucrèce, Spinoza, La Mettrie, Diderot, Comte, Feuerbach, Marx, Engels, Nietzsche, Freud, Lénine et quelques autres. Encore faut-il noter que les marxismes sont contaminés par l’idéalisme hégélien, attribuant à la matière des propriétés « dialectiques » quasi mystiques conduisant à accorder une valeur (sacrée) à l’Humanité, ou du moins au Prolétariat.

Le matérialisme conduit à une épistémologie (le scientisme), à une eschatologie (le néant), à une anthropologie (l’homme est un animal comme les autres), à une éthique (le nihilisme et donc l’hédonisme).

L’épistémologie matérialiste explique facilement la possibilité de connaissance par l’absence de séparation ontologique entre l’homme connaissant (le sujet) et les entités à connaître (l’objet), puisqu’il n’existe pas de réalités nouménales. D’où le scientisme du XIXème siècle, trop optimiste, il est vrai, et corrigé par Wittgenstein, Carnap, Popper…

Si le matérialisme est forcément unique (il n’y a qu’une matière), les idéalismes sont par contre très variés malgré leur fonds commun. Parmi les champions actuels de la pensée idéaliste en politique, il faut citer Trump, Le Pen, Hamon, Erdogan, Fillon, Merkel, Mélenchon, Poutine…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Matérialisme ou idealisme ?

8 Octobre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Matérialisme, #Idéalisme

Ma recherche épistémologique m'a conduit au scepticisme relatif, c'est-à-dire à la position de Kant, qui est aussi la position du "bon sens" : l'esprit humain n'est pas de nature à connaître et à comprendre la totalité de l'Être, ce que Kant expliquait par sa théorie du phénomène et du noumène. Ayant examiné dans l'Histoire de très nombreux systèmes de pensée, je ne vois vraiment pas d'autre option soutenable. Et quand je qualifie mon scepticisme de "relatif", c'est pour indiquer que certaines connaissances sont quand même possibles, celles qui sont acquises par "la science" (c'est ce qui distingue mon scepticisme du pyrrhonisme).

Je ne pourrais pas suivre un penseur qui voudrait invalider l'héliocentrisme ou la circulation sanguine ou l'arithmétique !

Mais une fois le scepticisme reconnu comme incontournable, que reste-t-il à faire pour le philosophe ? Le "je sais que je ne sais rien" de Socrate est extrêmement sage, mais conduit au silence. Je continue donc ma recherche, qui devient ontologique, et qui s'exprime de manière toute simple : y a-t-il une "scission dans l'Être" (Karl Jaspers), c'est-à-dire n'y a-t-il que des corps et des produits de ces corps (les atomes de Démocrite, les éléments d'Empédocle, l'étendue de Descartes, la matière de La Mettrie...), ou y a-t-il en plus "autre chose", de nature différente (le monde des Idées de Platon, le monde divin des religions, la liberté de l'humanisme sartrien, etc.) ? Bref, soit le monisme de la matière (généralisation du corps animal), soit le dualisme des idéalismes : Ciel et Terre, Créateur et créatures, monde des Idées et monde sensible, esprit et matière, culture et nature, transcendance et immanence, etc.

Dans l'état actuel de ma recherche, étant donné ce que j'ai vécu, je penche fort du côté du matérialisme. Les conséquences logiques du matérialisme s'opposent - c'est l'évidence - en plein aux différentes aspirations des différents idéalismes. Je rencontre la farouche résistance des bigots et des curés de toutes les religions, des humanistes de toutes les sortes, des gendarmes de la pensée unique sociale et humanitaire, des admirateurs de l'indicible et des chantres du "non-encore-aperçu" (Heidegger). C'est fatal ! L'opposition entre matérialisme (unique) et idéalismes (multiples) est le coeur de la réflexion philosophique et la source des guerres de religions. Il faut se demander pourquoi tant d'hommes, malgré les évidences de l'Histoire, de l'Actualité, de la Vie, voudraient que le Réel coïncide avec l'Espéré ? Mais ma recherche n'est pas terminée... Comme je voudrais qu'un doux Jésus m'accueille dans son paradis éternel !!!

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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De l'idealisme au materialisme

18 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Matérialisme

De l'idealisme au materialisme

La logique nous permet d’affirmer qu’il n’y a que deux ontologies possibles, le matérialisme et le non-matérialisme. Si l’on n’admet pas que cette alternative épuise les possibilités de la pensée philosophique, il vaut mieux s’occuper d’autre chose que de chercher à connaître les déterminations de l’Être ! Ou bien seule existe la matière, ou bien il existe la matière et autre chose, qui doit forcément être non-matérielle. Bien sûr, la notion un peu vague de « matière » doit être analysée jusqu’au niveau du concept, mais aussi vague soit-elle la notion de matière est « claire et distincte ». Est matière tout ce qui est de même nature que le corps humain (des os, du sang, des muscles), et en particulier tout ce qui est accessible par les sens (éventuellement aidés par une instrumentation forcément matérielle : microscopes, télescopes, etc.). L’unicité ontologique du corps humain (et plus largement du corps des êtres vivants) fait qu’il n’existe qu’une seule matière, et donc qu’un seul matérialisme. Mais il est possible d’envisager de nombreux non-matérialismes, selon les entités non-matérielles dont l’existence est admise. Par exemple, la religion hindouiste admet l’existence de nombreux dieux (de nature immatérielle), le christianisme admet l’existence d’un monde spirituel avec un dieu unique, des anges, des démons et les âmes (immatérielles) des hommes, le cartésianisme admet l’existence, à côté de la matière (appelée « étendue » par Descartes), de la pensée, etc.

Ainsi, le matérialisme est un monisme, les non-matérialismes sont des dualismes. On les appelle des idéalismes ou spiritualismes. Certains auteurs distinguent les idéalismes des spiritualismes, mais il s’agit toujours bien d’admettre l’existence autonome d’entités non-matérielles. Le terme « autonome » est indispensable. Les matérialistes acceptent évidemment l’existence de la pensée (sinon, comment philosopher ?), des idées, de la volonté, de l’inconscient, etc., mais il s’agit de réalités produites par la matière. Selon une formule, je crois, de Feuerbach, pour le matérialiste « c’est l’être qui produit la conscience, et pas la conscience qui produit l’être ».

Comment puis-je orienter mon travail d’étude et de réflexion pour pouvoir décider de la position à adopter ? Je remarquerai d’abord que si le matérialisme « a raison », cela revient à admettre que la philosophie coïncide avec la science, car alors l’Univers des physiciens, des astronomes et des biologistes coïncide avec l’Être (l’ensemble de tout ce qui existe vraiment). Même l’éthique et la politique dépendent alors de la science, puisque les « valeurs » ne sont pas ontologiquement autonomes par rapport à la matière (les idées d’humanité, de justice, etc., n’étant plus que des productions du système nerveux central).

Dois-je approfondir l’histoire de la philosophie, depuis le premier matérialiste (Thalès de Milet) jusqu’aux matérialistes contemporains (Badiou, Comte-Sponville, Quiniou, Onfray…) ? Dois-je par exemple réétudier en profondeur le « grand passage », vers 1840, en Allemagne, de l’idéalisme de Georg W.F. Hegel au matérialisme de Frédéric Engels et de Karl Marx ? Devrais-je relire, crayon en main, les œuvres de Friedrich von Schelling, d’Arthur Schopenhauer, de Max Stirner, de Bruno Bauer, de David Friedrich Strauss, de Jakob Friedrich Reiff, de Ludwig Feuerbach, de Friedrich Albert Lange ? L’érudition m’apportera-t-elle la grande réponse à la grande question de l’Être : y a-t-il une scission dans l’Être, ou le Réel coïncide-t-il parfaitement avec le Monde des scientifiques ? Les idéalismes, et notamment les religions, sont-ils des mystifications, sont-ils des productions des « facultés mentales » (l’activité du système nerveux) imaginées astucieusement par les forces biologiques pour rendre la vie supportable ? Je relis en ce moment L’essence du christianisme de Feuerbach, dans la traduction de 1968 de Jean-Pierre Osier. J’essaye de reconstituer la filiation des idées qui, avec les travaux de Reiff, de Feuerbach, d’Engels et finalement de Marx, conduisirent du schéma hégélien « l’Esprit fit apparaître la Nature » au schéma inverse du matérialisme « la Nature fit apparaître l’Esprit ».

En relisant ces grands penseurs, ces grands Allemands qui étudièrent avec le plus de profondeur et de subtilité la question de l’Être, rejetant dans l’archaïsme les pensées encore naïves et débutantes d’Anaxagore et de Platon, vais-je, un jour prochain, pouvoir me décider pour ou contre les idéalismes, et savoir enfin si j’ai une âme ? Et si Marx avait raison ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Yvon Quiniou et le materialisme

29 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Matérialisme

Je continue à travailler. C’est ainsi que je viens d’achever la lecture, avec délectation, du dernier livre d’Yvon Quiniou : Misère de la philosophie contemporaine, au regard du matérialisme (L’Harmattan, Paris, 258 pages). Il a publié d’autres livres bien intéressants, comme Athéisme et matérialisme aujourd’hui (2004), Critique de la religion, une imposture morale intellectuelle et politique (2014), et surtout un très utile Pour une approche critique de l’islam (2016), d’une très cruelle actualité. Quiniou est un philosophe français marxiste (j’allais écrire « français et donc marxiste » !). Je ne suis certes pas d’accord avec toutes ses positions, mais sa vigoureuse attaque de la dérive « littéraire » des philosophes contemporains les plus médiatisés rejoint tout à fait mes analyses, et je me réjouis qu’il soit encore possible, en France postmoderne, de publier des livres qui dénoncent la poudre jetée aux yeux de l’université (et donc des médias, et donc de l’opinion publique, et donc des politiciens développant un discours de pensée unique politiquement correcte), et qui déboulonnent les statues de ceux que René Pommier dénommait les « vaches sacrées ». Quiniou a choisi de critiquer en profondeur quatre de ces penseurs sacralisés par les prosternations médiatiques : Husserl, Heidegger, Foucault, Deleuze, mais il en cite quelques autres au passage, Henri Bergson, Jacques Lacan, Félix Guattari, Jacques Derrida…

Car en effet, le courant dominant et même dominateur (on a pu parler de « terrorisme intellectuel ») de la haute intelligence européo-américaine commence avec les travaux (très solides au départ) d’Edmond Husserl qui, au début du XXème siècle, entreprend de refonder la philosophie (après Kant, après Hegel, après Marx !) pour lui donner enfin le statut gnoséologique d’une science. Mais curieusement, le grand penseur allemand se détourne de la science en train de progresser de manière inouïe (évolution biologique, psychanalyse, sociologie, histoire comparée des religions, radioactivité, quanta…), et il fonde une logomachie amphigourique inextricable sous le nom impressionnant de « phénoménologie transcendantale », qui devient un irrationalisme stérile. Husserl a voulu faire de la philosophie une science en tournant le dos à la science en train d’accélérer ses progrès de façon pourtant spectaculaire ! Suivront les œuvres (aux qualités littéraires indiscutables, Quiniou le reconnaît volontiers) de Heidegger (les existentiaux), de Foucault (l’archéologie des savoirs), de Deleuze (le plan d’immanence), détricotées de façon rigoureuse.

Pour l’auteur, la philosophie doit désormais penser « théoriquement avec la science positive et repenser son objectif, sur la base matérialiste que la science impose » (pages 9 et 10). Nous ne saurions mieux dire, sinon que nous remplacerions la notion un peu vague de « science » par le concept « STI » (science-technologie-industrie), qui a l’avantage d’exprimer le lien épistémologique entre la recherche scientifique « pure », la technique et l’économie.

Le matérialisme, nous dit fort justement Quiniou, est « une conception moniste de l’Être qui affirme que l’unité réelle du monde consiste en sa matérialité et que celle-ci ne se prouve pas par quelques boniments de prestidigitateur, à savoir la spéculation (…) Cette conception du monde affirme par conséquent l’extériorité de la réalité matérielle par rapport à la conscience (…) et elle s’applique à la pensée humaine dont l’essence est considérée comme matérielle » (p. 32).

Au vrai, Yvon Quiniou s’en prend à l’idéalisme sans cesse renaissant dans l’histoire de la philosophie, et aux divers aspects de l’anti-science d’aujourd’hui, tels que l’épistémologie constructiviste.

Je voudrais citer de nombreux passages de ce beau livre, par exemple : « Pourquoi regretter que la science ne donne pas de sens à l’aventure humaine ? Il faut admettre que celle-ci est absurde en elle-même » (p. 137).

Et voici la conclusion : « La philosophie ne peut plus être ce qu’elle a prétendu être longtemps (…) un savoir immédiat de l’être à travers la simple réflexion. Les sciences, qu’elle avait incluses en elle, se sont détachées d’elle et ont révélé, ce faisant, que la réflexion n’avait aucun pouvoir cognitif, que cela plaise ou non à ceux qui en font profession et s’en enorgueillissent » (p. 253). Je le répète depuis longtemps : l’esprit humain ne peut avoir une prise sur le réel que par la combinaison du raisonnement et de l’observation, et celle-ci a besoin de l’instrumentation (donc de la technique) pour progresser. C’est l’instrument d’observation (et de mesure) qui donne ses pouvoirs à la science, et Husserl, Heidegger, Foucault et beaucoup d’autres ont voulu l’ignorer, dans l’orgueilleux mépris de cuistres, d’intellectuels « purs », ne voulant pas se salir les mains. Ainsi, plus la science étend ses conquêtes, plus des beaux parleurs la dédaignent, entraînant l’intelligentsia dans les méandres phraséologiques de leur pensée délirante, et transformant le sublime projet philosophique de connaissance en une simple et dérisoire entreprise littéraire. Ne pas s’étonner, alors, que les peuples « manquent de repères », et qu’il y ait « une crise dans la Civilisation » !

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Jean Baudet lecteur de Lenine

22 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Matérialisme

Voici quelques extraits du grand livre de Lénine, Matérialisme et empiriocriticisme (1909), ouvrage délicieusement énergique et joyeusement subversif, tout à fait d’actualité en ces temps de « retour du spirituel ».

« Nous avons observé (…) dans toutes les questions de philosophie (…) la lutte entre le matérialisme et l’idéalisme. Nous avons toujours trouvé, sans exception, derrière un amoncellement de nouvelles subtilités terminologiques, derrière le fatras d’une docte scolastique, deux tendances fondamentales, deux courants principaux, dans la manière de résoudre les questions philosophiques. Faut-il accorder la primauté à la nature, à la matière, au physique, à l’univers extérieur et considérer comme élément secondaire la conscience, l’esprit, la sensation, le psychique, etc., telle est la question capitale qui continue en réalité à diviser les philosophes en deux camps importants. La cause de milliers et de milliers d’erreurs et de confusions dans ce domaine, c’est que, sous l’apparence des termes, des définitions, des subterfuges scolastiques, des jongleries verbales, on n’aperçoit pas ces deux tendances fondamentales.

Le génie de Marx et d’Engels consiste précisément en ce que, pendant une très longue période – près d’un demi-siècle – ils s’employèrent à développer le matérialisme, à faire progresser une tendance fondamentale de la philosophie, sans s’attarder à ressasser les questions gnoséologiques déjà résolues (…) en balayant impitoyablement, comme des ordures, les bourdes, le galimatias emphatique et prétentieux, les innombrables tentatives de « découvrir » une nouvelle tendance en philosophie, une nouvelle direction, etc. Le caractère purement verbal des tentatives de ce genre, le jeu scolastique de nouveaux « ismes » philosophiques, l’obscurcissement du fond de la question par des artifices alambiqués, l’incapacité à comprendre et à bien se représenter la lutte de deux tendances fondamentales de la gnoséologie, c’est ce que Marx et Engels combattirent et pourchassèrent tout au long de leur activité.

(…)

La théorie matérialiste de la connaissance est une arme universelle contre la foi religieuse, non seulement contre le religion des curés, religion ordinaire, connue de tous, mais aussi contre la religion professorale, épurée et élevée, des idéalistes obnubilés. »

Du marxisme à l’éditologie il y a filiation, mais aussi dépassement, par élimination des résidus idéalistes qui altèrent le matérialisme « dialectique » (notamment la sacralisation du prolétariat), j’y reviendrai sans doute dans de prochains billets. Mais citons quelques auteurs du « galimatias emphatique et prétentieux » qui mériteraient d’être « balayés impitoyablement » : Husserl, Jaspers, Heidegger, Gadamer, Foucault, Ricoeur, Levinas, Deleuze, Badiou. La liste n’est pas complète, hélas.

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Jean Baudet est malade

24 Février 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Matérialisme

J'ai mal dormi cette nuit, j'ai un peu de fièvre et je me sens encore plus fatigué que d'habitude. J'ai cependant pris mon petit déjeuner avec plaisir (deux tranches de pain aux raisins tartinées de beurre et de confiture). Mais je n'ai pas la force de rédiger une chronique aujourd'hui. Encore la maladie est-elle un beau sujet de méditation : il suffit d'une bactérie microscopique, ou d'un virus plus microscopique encore pour passer - sans que la fameuse liberté des idéalistes façon Jean-Paul Sartre y puisse rien faire - de l'être au non-être ! Je me morfonds donc dans ma vieille bergère, admirant les rayons solaires qui illuminent ma bibliothèque où je passe l'essentiel de mes jours. "Je pense donc je suis" devient "j'ai mal - notamment au fond du pharynx - donc j'existe encore un peu". Il faut une sacrée bonne santé pour s'enthousiasmer d'idéalisme et de mystérieuses entités spirituelles dans l'au-delà ! Le matérialisme démontré par la morbidité !

Je m'excuse auprès de mes lecteurs, habitués ou occasionnels : ma chronique de ce beau jour d'hiver sera sénile, égrotante, valétudinaire et cacochyme. Mais que mes ennemis, que je voue aux gémonies, patientent : je ne suis pas encore à l'agonie !

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Pour et contre Gilles Deleuze

24 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Matérialisme

Si je cherche à décliner mes positions ontologiques apparaissant, souvent voilées, dans l'ensemble de mes ouvrages, j'aboutis par quelque côté que je prenne le parcours de ma réflexion, au-delà des traditions culturelles et universitaires dont je me suis efforcé de me débarrasser comme d'un actif improductif, à ce qu'il faut appeler un "matérialisme métaphysique" qui n'est peut-être pas très lointain de l'empirisme transcendantal de Gilles Deleuze. Sauf qu'il me semble que mes recherches épistémologiques (prolégomènes obligés à toute métaphysique qui voudrait se présenter comme science, etc.), entamées par des préoccupations vulgairement académiques (science et technologie, rôle social de l'ingénieur, connaissance et instrumentation, être et penser comme deux modalités du Réel...), donnent au moins une coloration spéciale à mes philosophèmes. Je me réfère ici à Léon Brunschvicg, à Gaston Bachelard, et même à Michel Foucault (quand il tâche de construire une "archéologie des savoirs", qui n'a pour moi de sens que si elle conduit non pas à une impossible "géographie de l'être", mais à une indispensable "futurologie de mon être").

Car bien sûr je n'ignore pas ce lieu commun qui nous dit que, puisque le passé n'existe plus et que le futur n'existe pas encore, seul le présent est réel. Mais l'être du présent est de disparaître au profit d'un nouveau présent, de se dédoubler dès son apparition en un passé révolu et un avenir immédiatement "présentifié", et c'est ce présent de demain que je redoute, et qui me fait penser. C'est quand l'avenir "se présente" à moi que j'y pense. La vraie dichotomie qui fonde la pensée authentique - à différencier des pensées de pure occupation mentale, comme la science, la littérature, les idéologies... - n'est pas celle de l'âme et du corps, ou du Moi et du Monde, ni même du phénomène et du noumène, mais de moi et de mon destin. Homère (Odyssée), Sophocle (Oedipe-roi) plus philosophes que Parménide, Empédocle, Socrate ! Ceux-ci ont développé des curiosités ; ceux-là ont exprimé des angoisses.

Mon ontologie se fonde ainsi sur l'univocité de mon anxieuse attente du lendemain, base de toute prise de conscience existentielle, avec ou sans les ornements scolaires de la phénoménologie et de l'herméneutique. L'enjeu de la philosophie est le destin du philosophe, et l'à-venir est sa préoccupation radicale. Il n'y a aucun décalage entre pensée et existence, entre paraître et être, entre vivre et désespérer. Ainsi mon ontologie est-elle une autobiographie, une exploration permanente des profondeurs de mon angoisse, et la f'réquentation admirative et toujours déçue des traces qu'ont laissées dans l'Histoire Ceux qui ont pensé avant moi (voir une liste partielle dans mon livre "Les agitateurs d'idées en France", 2014). Mes déterminations sont des lectures, toujours rejetées, et des méditations, toujours interrompues dans leur bel élan par la rencontre fatale du mur nouménal qui m'interdit de savoir ce qui m'importe.  

Pour info :    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Propos sur le matérialisme

20 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Matérialisme, #Biographie

D'où vient mon matérialisme ? Et, au fond, le matérialisme, qu'est-ce que c'est ? Je dois remonter loin dans mes souvenirs, et me rappeler la cour de récréation de l'Athénée de Wavre, où j'ai fait une partie de mes études secondaires (la quatrième et la troisième années). J'avais quatorze ans, et comme tous les garçons de cet âge et de cette époque, j'étais fasciné par le communisme, qui avait pour principale vertu d'être mal vu par nos parents et nos professeurs. Je me suis mis alors à lire tout ce qui me tombait sous la main à ce sujet, et je découvris Marx et Engels, et ces deux expressions magiques : "matérialisme dialectique", "matérialisme historique". Je ne sais plus exactement quand, mais je suis tombé inévitablement sur la fameuse déclaration de Marx : "Ma méthode dialectique, non seulement diffère par la base de la méthode hégélienne, mais elle en est même l’exact opposé. Pour Hegel, le mouvement de la pensée, qu’il personnifie sous le nom de l’Idée, est le démiurge de la réalité, laquelle n’est que la forme phénoménale de l’Idée.  Pour moi, au contraire, le mouvement de la pensée n’est que la réflexion du mouvement réel, transporté et transposé dans le cerveau de l’homme". Cela ne pouvait qu'être la vérité vraie, et je fus communiste, marxiste et dialecticien (hégélien aussi, sans trop savoir ce que cela signifiait) pendant six mois. Je changeai d'athénée, et me retrouvai en classe de seconde (dite de poésie), à l'Athénée Royal d'Ixelles. Je continuais à m'intéresser aux idées de Marx et d'Engels, et je m'approvisionnais en livres sur le sujet dans une librairie aujourd'hui disparue dont j'ai oublié le nom et l'adresse (c'était peut-être à la place Saint-Jean, mais ma mémoire est défaillante). J'en sus bientôt un peu plus sur Hegel, et je me dis qu'il fallait aller plus loin que Marx (que je commençais à prendre pour ce qu'il fut, un dangereux idéaliste déguisé en matérialiste, et qui remplaçait l'intelligence de l'histoire par la compassion, dans la lignée du prophétisme juif). C'est-à-dire qu'il fallait en effet renverser l'idéalisme de Hegel, mais qu'il fallait même abandonner sa dialectique, qui était le coeur de son idéalisme. J'en vins ainsi à un matérialisme radical, anti-marxiste, anti-hégélien, conséquent et sans fioritures "culturelles". J'entamai mes études supérieures, j'appris la philosophie de manière moins chaotique, et je n'ai plus cessé de m'interroger sur la grande question : matérialisme, oui ou non ?

Tous mes travaux m'ont toujours ramené à un matérialisme "clair et distinct". Il me semble qu'en effet la lecture de l'Histoire (et en particulier de l'histoire des systèmes de pensée), que l'examen phénoménologique de la condition de l'Existence (humaine), que la réflexion débarrassée des pesanteurs des traditions ne peuvent conduire qu'à un monisme (j'ai, depuis, trouvé des soutiens chez Moritz Schlick, chez Sartre, dans la philosophie analytique américaine), c'est-à-dire à une profonde unité ontologique du Réel. Le réel est matériel, c'est-à-dire sensible, corporel, de même nature que mon corps dont je puis expérimenter les douleurs et les plaisirs. Le monde des Idées de Platon, la dialectique de Hegel, le noumène de Kant, l'Être de Heidegger (ici, c'est moins clair) ne sont que des répétitions raffinées des idées les plus primitives d'un "au-delà" que l'on trouve chez les sauvages et les hommes préhistoriques : chamanisme, animisme, superstitions diverses qui conduiront aux religions et aux idéologies spiritualistes - avec ces derniers avatars ridicules de l'idéalisme que sont l'astrologie, la voyance, le spiritisme, la chiromancie, que l'on pratique dans des sociétés humaines que l'on prétend "avancées".

Seule existe la matière. Tout le reste - esprits, âmes, anges, dieux, valeurs, morales, éthiques - ne sont que des songes ou des mensonges.

Certes, je laisse la place au doute, et je continue à chercher. Un jour peut-être, je me trouverai sur le chemin de Damas, ou face à un buisson qui brûle sans se consommer. Mais en attendant une théophanie que je pense improbable, je crois en la matière, parce que j'en souffre, et je ne crois en rien d'autre. Je peux le dire plus savamment, et expliquer que mon épistémologie (éditologie) m'a conduit à admettre que la méthode scientifique est fondée par ses résultats (comme Socrate avait prouvé le mouvement en marchant), et que la science ne connaît qu'un univers partout semblable à lui-même, ce qui implique une ontologie moniste.

Je ne suis qu'un futur cadavre, et l'Humanité n'est qu'un immense charnier, fait de chairs décomposées ou qui se décomposeront.

J'entends déjà les clameurs scandalisées des idéalistes et des superstitieux. Et le sourire de l'enfant ? Et la beauté des crépuscules ? Et Beethoven ? Ah oui, Beethoven... Lui, peut-être, avec Vivaldi et Bach et Rachmaninov et Jolivet, et avec Lavoisier, et avec Einstein, et avec Galilée. Ah oui, mon matérialisme ne m'empêche pas d'admirer. Mais rarement, parmi les hommes.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Les systèmes de pensée

3 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Gnoséologie, #Matérialisme

L'étude approfondie des systèmes de pensée, notamment par le biais de leur étude "archéologique" (au sens de Michel Foucault) ou de leur "déconstruction" (Jacques Derrida), nous apprend finalement qu'il est impossible - ou du moins qu'il a été impossible à toutes les générations de philosophes professionnels pendant 26 siècles - de sortir du couple oppositif "matérialisme-idéalisme". Je l'ai enseigné de multiples fois, dans ma jeunesse, j'y suis revenu dans divers exposés, tout au long de ma vie : la matière existe (je l'ai rencontrée !...), et à cela on ne peut ajouter qu'une simple alternative. Ou bien il y a "autre chose", ou bien il n'y a rien d'autre. Bien entendu, cette "autre chose" peut prendre les figures les plus diverses, et 100 milliards d'individus humains ont contribué, plus ou moins, à élaborer des idées à propos de cette "autre chose", mais cette diversité (potentielle) ne change rien à l'incontournable "autre chose ou rien".

Si l'on admet "autre chose", de nature forcément non-matérielle, on s'engage dans un idéalisme (ou dualisme, par opposition à monisme). Si on rejette cette réalité "autre", on évolue dans le matérialisme.

L'exercice est rudimentaire mais éclairant : se demander où l'on se situe dans cette opposition.

Il s'agit pour moi, au soir de ma vie, d'essayer de trouver la formulation la plus concise de cette réalité, seule et désespérante certitude. Mais en tentant de trouver cette formulation, je suis comme empêtré soit dans les pièges de l'érudition (citer des auteurs, commenter des textes...), soit dans ceux de la rhétorique et du poétique (agrémenter l'expression par des ornements "littéraires" : jeux de mots, figures de style...). Or, la réalité est brutale. La matière existe - je l'éprouve par mes souffrances physiques et par l'angoisse qu'elles entraînent. Et l'autre chose ajoute à mes douleurs. Car d'abord je ne sais pas répondre à la question de son existence. Mais ensuite et surtout, j'ignore si cette "autre chose" éventuelle peut avoir sur moi des effets maléfiques. La matière me fait souffrir, de plus en plus chaque semaine. Qu'en est-il de la non-matière, peut-être encore plus féroce et impitoyable ?

Voilà où mène la philosophie, et je retrouve les phrases désespérées de Camus dans Le mythe de Sisyphe. Oui, comme Camus, je me moque de connaître la marche des planètes ou le nombre des catégories, seul un problème importe, pour moi, c'est-à-dire pour chaque homme souffrant dans sa nuit (ceci ne concerne évidemment pas les Messieurs Je-sais-tout plus savants que deux mille six cents ans de philosophie), c'est de savoir s'il y a "autre chose". Camus appelait cela le problème du suicide, mais il n'était pas allé assez loin dans sa réflexion. Car le suicide ne règle rien, s'il y a "autre chose".

Voilà que je jette à la mer l'aveu de mes souffrances et le cri de mes questions. Sans espoir de répondre, mais peut-être parce que j'ai passé toute ma vie à écrire, à lire, à étudier et à enseigner, et que les mots me soutiennent un peu, comme un bandage bien serré soulage un blessé. Et quelle blessure que celle de ne pas savoir s'il y a autre chose, peut-être des souffrances futures plus vives encore que les douleurs actuelles qui existent.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

 

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