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Jean C. Baudet

Articles avec #gnosticisme tag

Pour une bibliographie du gnosticisme

25 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Religion, #Gnosticisme

Jusqu’à la moitié du XVIIIème siècle, les savants, les érudits, les philologues, les historiens n’ont disposé, pour étudier le gnosticisme, que des ouvrages (grecs ou latins) des pères de l’Eglise chrétienne, qui ne voyaient dans les gnostiques que d’abominables mécréants. On ne possédait aucune œuvre gnostique originale, les chrétiens ayant soigneusement détruit tout livre d’inspiration gnostique. Mais comme les théologiens du christianisme naissant les citaient souvent (avec horreur), on était en droit de supposer que les gnostiques représentaient un important courant religieux au temps de l’Empire romain.

Cette absence de sources authentiques dura jusqu’aux environs de 1755, quand le Britannique Anthony Askew fit l’acquisition d’un manuscrit (provenant d’Egypte) de 178 pages, le « Codex de Londres », qui contient un texte gnostique, sans nom d’auteur, intitulé Pistis Sophia (« Foi et sagesse »). Cet ouvrage aurait été rédigé vers 330 de l’ère chrétienne. Il rapporte notamment un dialogue entre Jésus et Marie Madeleine : le prophète juif révèle à sa disciple les secrets de la destinée humaine. La découverte de ce texte est à l’origine des élucubrations que des esprits imaginatifs développeront à propos des relations amoureuses de Jésus et de Marie de Magdala.

Quelques années plus tard, en 1773, un autre Britannique, James Bruce, fait en Egypte l’achat d’un manuscrit de 78 feuillets de papyrus (la « Collection d’Oxford »), qui contient deux ouvrages gnostiques, le Livre du grand traité initiatique et la Topographie céleste.

En 1896, l’Allemand Carl Schmidt achète, au Caire, un manuscrit que l’on appellera le « Papyrus de Berlin ». Il comporte quatre livres, l’Evangile selon Marie, le Livre des secrets de Jean, la Sagesse de Jésus et l’Acte de Pierre. Si bien que quand le XXème siècle commence, avec le développement de l’étude scientifique du fait religieux, l’on dispose d’un corpus restreint de sept textes, hélas non datés et sans noms d’auteur.

La situation va changer de manière spectaculaire à la fin de l’an 1945. On découvre en Haute- Egypte, à Nag Hammadi, une bibliothèque de treize codex rassemblant de nombreux textes gnostiques, actuellement conservés au Caire. La recherche sur les sectes gnostiques se développe considérablement. Une édition complète, en fac-similé, de tous ces textes est réalisée, avec l’aide de l’UNESCO, de 1972 à 1977.

En 1974, à l’initiative de Jacques E. Ménard, la Bibliothèque Copte de Nag Hammadi, BCNH, est fondée par l’Université Laval à Québec (Canada). La BCNH entreprend la traduction en français et l’édition des textes. Ce travail est actuellement achevé pour l’ensemble de la bibliothèque.

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Philippe Fleury et le gnosticisme

24 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Religion, #Gnosticisme

Philippe Fleury et le gnosticisme

L’histoire des religions est une intéressante et très instructive collection de fantasmes partagés socialement, qui très souvent conduisent au fanatisme d’une grande violence, montrant à quel point, dans les espèces humaines, Thanatos est proche d’Eros. Je viens de lire l’excellent petit ouvrage (107 pages), qui vient de paraître, du philosophe Philippe Fleury (professeur au Lycée de Nîmes) : Figures du gnosticisme (L’Harmattan, Paris).

Le gnosticisme fut un des courants religieux les plus importants du temps de l’Empire romain, assez mystérieux, d’une part parce que ses adeptes cultivaient l’ésotérisme et formaient des sectes plus ou moins secrètes, et d’autre part parce que les chrétiens, devenant dominants dans l’Empire, persécutaient cruellement les gnostiques, condamnant ces « hérétiques » et brûlant leurs livres, si bien que pendant des siècles l’érudition a dû se contenter, pour étudier ce phénomène religieux, des textes des pères de l’Eglise, adversaires résolus des gnostiques. La situation de la recherche scientifique a complètement changé en 1945, avec l’extraordinaire découverte de la bibliothèque de Nag Hammadi (en Egypte), comportant 13 cahiers renfermant de nombreux textes gnostiques. Ces ouvrages sont des textes dogmatiques et il ne s’y trouve que très peu d’informations historiques, si bien que l’on a actuellement une bonne documentation pour décrire les croyances gnostiques, mais que la chronologie (et donc la filiation des idées) reste largement méconnue. On n’est guère renseigné sur les biographies des fondateurs de sectes : Ménandre, Satornil, Carpocrate, Basilide, Valentin et les autres.

Le professeur Fleury ne propose donc pas une histoire du gnosticisme, mais a voulu résumer le contenu dogmatique des croyances relatives à la gnose, ce qui le conduit à une définition : « un dualisme anticosmique, eschatologique et sotériologique, basé sur une théologie apophatique et sur une anthropologie tripartite ». Pour les gnostiques, il existe deux mondes, le monde matériel (le Mal, œuvre du démiurge) et le monde céleste (le Bien). Et l’homme est formé de trois instances : le corps (soma), l’âme (psyché) et l’esprit (pneuma).

Philippe Fleury analyse très finement le dualisme gnostique par rapport au dualisme du mazdéisme perse, au dualisme judaïque (le créateur et les créatures), au dualisme de Platon et de Plotin. Peut-être n’a-t-il pas été assez loin dans sa déconstruction du gnosticisme. N’aurait-il pas dû reconnaître que le gnosticisme est une réaction de l’intelligence imaginative à la peur (le sentiment tragique de la vie), qui invente une ontologie duale pour disculper le divin de la responsabilité des souffrances « ici-bas », et à l’espoir (les lendemains qui chantent), qui invente un salut par la gnose ? Rechercher les sources psychologiques du gnosticisme ne conduirait-il pas à définir le marxisme comme un gnosticisme laïc, revenu sur terre, avec la dualité du prolétariat et du capitalisme, et le salut à la fin de la lutte des classes ?

J’ai, il n’y a guère, publié la synthèse de mes études du gnosticisme dans mon livre Histoire de la pensée de l’an un à l’an mil (Jourdan, Bruxelles).

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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